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Interview : Dosseh suite et fin

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La suite de ça, pour ceux qui ont pas bien suivi. Vers la fin ça parle de cheveux et de Jeopardy, on s’est pas foutu d’votre gueule.

Spleenter -Vous vous êtes trompés ?

Dosseh -Non. C’est juste que comme c’est un remix, on voulait pas remettre la même phrase. On voulait réactualiser le truc avec une phrase bien caillera et cette phase de Kery tombait à pique. En plus de ça, vu que Sofiane était et est encore sûrement très proche de l’équipe Kilomaître, on s’est dit direct que si on décidait de faire un clip, y avait moyen de ramener un Kery James dedans.

Teobaldo -Certains disent que t’es quand même très pro black. Ça fait un peu faire la grimace à des gens. T’en penses quoi de ça ?

D -(il n’a pas l’air au courant) Bah franchement, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Les gens qui pensent ça, bah qu’ils continuent de faire la grimace. Si ce genre de choses ça leur donne envie de faire la grimace, qu’ils fassent la grimace et qu’ils restent figés à vie. Après, ça me dérange pas. Tout est question de perception. Y a des gens, quand ils vont t’écouter, ils vont capter que ces phases là. Donc, eux, ils auront cette image à de moi. Moi après, ça me dérange pas, c’est pas un problème, c’est pas un truc qui est spécialement rabaissant. Je m’en bats les couilles.

T -Le truc, plus précisément, c’est que souvent, le reproche c’était que tu faisais plus de feats avec des renois qu’avec des rebeus, par exemple.

D -Déjà, d’une, on s’en fout.

S -En plus, plus t’avances dans le temps et plus c’est faux.

D -Et voilà, de deux, c’est même pas vrai.

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T -Vu que dernièrement t’as souvent posé avec Niro, avec Sofiane, avec Seth… Bon, Seth il est pas rebeu, mais il est pas noir, non plus, donc ça compte.

D -Voilà. Donc qu’est-ce que tu veux que je réponde à ça ? S’ils pensent ça, ça veut surtout dire qu’ils m’ont pas écouté. Ou pas vraiment. S’ils sont tombé sur un son comme… Je vois même pas quel son pourrait faire penser ça, en fait, là maintenant.

T -C’est plus des phases dispersées par ci, par là. C’est plutôt comme un mec comme Booba, il a un peu cette étiquette parce qu’il y fait 2, 3 références de temps en temps.

D -Ouais. Moi, je suis un renoi, donc c’est tout à fait normal que je parle des choses qui concernent les noirs. Ça me touche, c’est normal. Donc une phrase, là, une autre là. Ouais. Mais si y a des gens qui n’entendent que ça et ils se disent que je suis un pro black en grimaçant. Qu’ils grimacent. Grimacez.

T -t’as jamais featé de chinois, non plus.

D -Oui mais ça c’est à cause du Dalai Lama (Rires)

S -Quand tu fais des références comme ça, en plus, sur les renois, je dirais que t’es plus à l’Américaine.

D -C’est exactement ça. C’est simple, ce sont mes réelles influences. Je me bute à ça. Ça me plait. J’analyse. Les rappeurs comme Jay Z ou n’importe quel autre, ils ont tous en eux cette espèce de cause renoie. Mais sans forcément en faire des ceaumors « Ouais il faut faire ci ! il faut faire ça ! » Non. C’est un truc qu’est en eux, ça se ressent même sans qu’ils en parlent. Et moi c’est exactement ça, j’ai pas forcément la volonté d’en faire tout un ceaumor. Après, je peux en faire un, c’est pas ça le problème. Mais je tiens pas à être le mec relou qui va te saouler sur tout un album, black panther à vie. Mais je glisse quelques phases. Peut être que dans mon attitude, mon imagerie, ça se ressent.

S -Je trouve aussi que t’en joues un peu, mais à un autre niveau, quand tu dis des trucs comme « Bosse comme un noichi… »

D -« … Gère le bizness comme un juif. C’est comme ça que je conçois le métissage »

S -C’est ça. C’est le genre de phase qu’a rien de choquant quand tu l’entends en Anglais dans un son US, mais en Français personne ne dit ça. Enfin c’est plus rare, ça arrive seulement. Lentement. Ça te démarque un peu, c’est pour ça que je dis que t’en joues.

D -C’est bien possible.

T -Y a peut être aussi eu le passage sur « 1001 questions » quand tu parles un peu de Dieudonné. Même si c’est juste de la réfléxion. Voire même de l’introspection. Mais y a des gens qu’ont quand même mal pu le prendre.

D -C’est pour ça que j’ai rien à répondre à ce genre de personnes là. Parce que, quoi qu’il se passe, ce sera un dialogue de sourds si en entendant ça tu te dis « Lui, il pense du mal des autres » c’est que t’as rien compris. C’est que t’es con en fait. Mais vas-y, pas de souci. Et on m’a dit « Je parle pas aux cons, ça les instruit » OK. Alors je leur parle pas, pas de problème. C’est même pas un truc péjoratif, pour moi. Ouais, j’ai dit ça. Et alors ? C’est une bonne réponse, ça. Les gens qui te diront « Il est pro black » en faisant la grimace. Tu leur répondras « Et alors ? » (Rires)

S -Sans transition. C’est quoi les questions les plus connes qu’on t’a posé sur ton frère ?

T -Est-ce que ça te saoule ? Est-ce que tu trouves ça normal qu’on t’en parle ?

D -Non. C’est la vie. Je vais pas te dire que je kiffe. À force, je vois aucun intérêt à ce qu’on me pose des questions sur ça. Mais ça me dérange pas.

T -Quand on comprend bien, en plus, toi t’es sur Orléans et avant tu nous as dit que t’étais plutôt vers Meaux, à l’ancienne, et Pit il est du 19ème, donc vous avez même pas grandi ensemble ?

D -En fait, on est demis frères. On a le même daron mais pas la même daronne et moi j’ai grandi avec ma daronne. Mais c’est normal qu’on me pose des questions sur mon frère.

T -Quand t’étais plus neujeu et que lui il explosait vraiment, tes potes ils devaient te casser les couilles pour lui demander de vous prêter une limousine ou une merco pour aller en boite, non ?

D -Ah bah ouais. Un peu. Mais vu que j’ai grandi de mon côté, même mes potes, ils étaient pas à fond sur ça. Ils le savaient, normal, mais il s’en battaient les couilles. On vivait nos vies à nous.

S -Et dans le même genre. Est-ce que, quand t’as posé sur Autopsie puis l’album de Booba, c’était clair dans ta tête qu’on te poserait des questions là dessus pendant 3 ou 4 ans ?

D -Ouais, ouais. Je te dis, c’est pas des trucs qui me gênent. C’est le jeu. C’est comme si demain, je vais à Secret Story et qu’après je suis choqué si on me parle de télé réalité. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est le jeu, mon frère.

S -Encore aujourd’hui, y a des interviews de toi avec Booba dans le titre…

D -Ça c’est juste pour faire de la vue. C’est pas un secret, ça attire les clics. Moi je m’en bats les couilles.

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T -Mais ça donne vraiment l’impression que pour trop d’acteurs du rap en France, le mec est vu comme une espèce de Rahel qui descend de son vaisseau une fois par an pour ses albums ou ses mixtapes Autopsies et qu’il embarque 3, 4 élus à chaque fois.

D -C’est ça.

T -Du coup, toi qui es monté dans le vaisseau spatial, elles sont comment les chiottes là haut ? T’as déjà vu des extraterrestres ?

D -Mais c’est exactement ça.

T -Tu trouves pas que ça peut être un problème, des médias qui fonctionnent comme ça ?

D -Un problème ? Non. Tout dépend comment tu te places. Comment tu voudrais que ce soit ? Comment tu veux que ce soit d’autre ? On fait du peura. Je vais te dire comment je vois le truc et quelle est ma philosophie : Si on me parle encore de ça après 3 piges, c’est que j’ai pas encore fait de bruit qui dépasse ça en 3 piges. Tu vois ? Donc c’est à moi de faire ce qu’il faut. Fin. Y a pas plus simple. Là je vais sortir mon bumal. J’espère qu’on le sortira dans les bonnes conditions marketings, j’espère que j’aurais le relai médiatique qu’il faudra et j’espère que les sons parleront aux gens de manière à ce que les gens écoutent Dosseh pour Dosseh, pour son univers, et pas par rapport au reste.

S -Et d’où t’est venue l’idée du freestyle Gangnam Trap Style ?

D -Le plus simplement possible. Un jour, ça devait passer à la télé, je l’ai entendu et j’ai appelé mon beatmaker Red Rum Music : « Hé gros, tente un délire. Prends la boucle de gangnam style et tu me fais ça en trap. » Aussi simple que ça.

T -Le délire trap, justement, ça t’as pris à quel moment ?

D -C’est seulement maintenant que je m’en rends compte. Mais pour moi c’est pas un virage du tout. Vu que je suis dedans depuis longtemps. Mais comme j’ai pas été trés présent ces derniers temps ça fait que j’ai pas préparé les gens à ça. Je m’en rends compte, là. Mais moi je me considère pas spécialement dans la trap. Je fais juste le son que j’aime. Il se trouve que mes derniers sons ont des sonorités trap mais je fais pas exprès. C’est ce que j’écoute. Donc j’ai choisi des instrus comme ça. Pour moi, y’a pas eu de revirement ou quoi que ce soit, je suis toujours dans le même délire.

S -C’était plutôt quoi tes influences à la base ?

D -J’ai toujours eu des influences très diverses. Là c’est un peu trap parce que c’est mon inspi du moment donc je le fais et j’essaye de le faire bien. Mais y a pas un truc en particulier qui m’a influencé. Ah mais, attends, si. Je suis un fou. Tupac c’était mon gars sûr. Tupac c’était Il Ducce. Lui, on peut dire qu’il m’a vraiment influencé. Après, le reste, j’ai toujours écouté plein de trucs aussi. Mon son c’est un mélange de plusieurs influences, je pourrais pas dire un truc en particulier. Ça peut partir de Nas, de Mobb Deep, de Jay Z. Tout ce que je kiffe, ça se mélange dans ma tête.

S -Et t’es plutôt du genre à donner des instructions trés précises à tes beatmakers ou tu te laisses surprendre ?

D -Ça dépend des sons. Je peux faire des commandes : je voudrais un son qui soit comme ça, que l’atmosphère soit comme ça. Et parfois on m’envoie des prods que je kiffe et je kicke. Y a pas de procédé précis. C’est au feeling.

T -Tu bosses avec qui, en prod, maintenant ?

D -Je bosse beaucoup avec Redrum Music qui a fait les prods de mes morceaux sur Karma et même sur Summer Crack 2, d’ailleurs.

S -Pendant toute une période, t’étais surtout avec Prodfather.

D -Ouais. Il est moins actif qu’avant mais il est toujours là. Toujours à ma gauche. Il est moins actif mais il aura sa place de choix sur mon album.

T -Qu’est-ce qui a fait qu’il est moins actif ? Ça l’a pas tenté de bosser avec d’autres mecs ?

D -Oui mais tu sais, c’est pas tout le monde qui est à fond dans le truc. Mais il est là. Y a pas eu de scission ou quoi entre nous. Lui c’est moi, moi c’est lui. Entre temps j’ai aussi rencontré Redrum Music, c’est un petit jeune de Belgique, il est très très très lourd et très complet. Quand je te dis qu’on a poussé la musicalité loin, j’espère que les gens pourront le percevoir à l’écoute de l’album.

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S -Dans une interview plutôt récente, tu t’es comparé à Ace Hood à un moment. Mais t’avais écouté son album avant de faire cette comparaison ?

D -Non, non. Pourquoi ?

S -Bah je sais pas, il est pas très…

D -Ah ouais ? Mais quand j’ai parlé de lui, c’était pas au niveau rap. Si Ace Hood dit qu’il fait un film, que dedans y aura Meek Mill, 2 Chainz et je sais pas qui d’autre encore, et bien quoi qu’il arrive, les médias là bas, ils feront le taff. Ils vont pas faire la sourde oreille ou faire les mecs. Mais je sais qu’ici, c’est le jeu. Je suis pas choqué, je suis pas surpris. Mais quand même, c’est dommage. En vrai, c’est pas normal. Les médias hip hop en France, tu sais…

T -Ils ont pas l’air de jouer le jeu.

D -Si tu veux mon problème c’est même pas que dans les interviews en elles mêmes, on ne parle pas que du film, c’est même pas à ce niveau là. Comment t’expliquer. Hormis mon interview, de moi, qui suis à l’initiative du projet ; c’est une info qui mérite d’être relayée. Indépendamment du fait que moi, je te contacte, pour en parler. Ça sort assez de l’ordinaire pour être relayé. En plus, ça concerne pas que moi. C’est pas un film où tu me vois marcher tout seul et ça parle que de moi. Y a aussi toute une partie de la scène actuelle. Rien que Seth Gueko, Sofiane et Niro, ils ont aussi sortis des projets à cette période là. Rien que par rapport à ça, ça devrait avoir un certain retentissement médiatique. Et moi je trouve qu’ils ont pas joué le jeu. En tout cas, pas à fond. Mais comme je t’ai dit, je savais avant que ça se passerait comme ça. J’ai pas été étonné ou déçu. Mais avec le recul, quand t’y penses, tu peux pas t’empêcher de penser que c’est dommage. Que c’est pas normal.

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T -Maintenant que t’en parles, Cramé c’est celui qui a fait le plus de bruit, pour moi. Mais c’est sûrement aussi parce qu’il était distribué par Neochrome qui était le gros label rue de l’époque. Les médias en ont parlé, mais pour eux c’était « Le film de Néochrome » t’avais déjà l’impression qu’il s’en foutait du film en lui même, que les sites étaient juste là pour buzzer sur Neochrome et qu’ils avaient pas fait le taff. Vu qu’en vrai c’était surtout le projet de La Cellule, le groupe de Caen. Maintenant que t’en parles, ça me fait penser à ça et non, ce n’est pas une question. (Un intervieweur de légende)

S -Oui mais si Karma a pas la même promo c’est peut être aussi à cause de son côté plus sérieux. Dans Cramé tu pouvais extraire 2, 3 scènes et en faire des extraits en disant « Regardez, c’est drôle, quand même ». C’est voulu. Tu peux le faire aussi dans « La vengeance » même si là on sait pas si c’est voulu. Ça donne des trucs pseudo cultes en 2 clics. Alors que toi tu peux pas faire une promo virale de ce type avec Karma. Mais effectivement, j’ai pas trouvé que les médias étaient à fond sur la promo.

D -Oui. Mais je suis conscient aussi qu’il faut le bon attaché de presse. Le truc serait sorti chez AZ, ça aurait été différent. Ça c’est des trucs qu’on sait. On fait avec. Tranquille.

S -Tu prends la mesure du truc.

D -Voilà. Mais dans l’absolu, c’est pas normal du tout. C’est pour ça que je me suis comparé à Ace Hood. Parce qu’Ace Hood c’est pas une figure majeure. C’est un mec qui est là, un peu comme moi, il est en train de se faire. Bon, J’ai pas écouté son album, toi tu me dis que c’est vite fait. Dommage pour lui. Mais ça reste un mec qui est en train de se faire, il a ses petits trucs et tout, mais c’est pas encore LE mec. Et même lui, malgré cette position là, si demain il fait son film, bien sûr qu’ils vont en parler. C’est « un truc de fou ». Parce que bien sûr que c’est un truc qui mérite d’en parler. C’est pas tous les 4 matins qu’un rappeur fait un film. Surtout en France. Avec le marché qu’on a. Parce qu’aux Etats Unis, un Ace Hood, même avec un album moyen, rien qu’avec un titre comme Bugatti et rien qu’avec Hustle Hard, il a rentré du biff. Donc ces mecs sont plus dans la capacité à faire des petits street films, comme ça. C’est moins exceptionnel, on va dire.

S -Alors qu’en France, ça se compte sur les doigts d’une main.

D -Tu vois ce que je veux dire. À un moment donné, les mecs, faut quand même respecter un peu le travail des gens.

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S -Pour le buzz, tu peux toujours faire une demande de mariage sur trace TV, à Liza Monet.

D -Au pire ! Si y’a que ça à faire.

T -Liza Monet, faudrait tomber bien bas.

S -Mais y a plus de Nicki Minaj en France.

T -Bah prends Shay. T’es pas obligé d’aller dans le film d’horreur, direct. D’ailleurs, un défaut de Karma, il n’y a pas de vrai personnage féminin bien présent dans le film.

D -Hmm hmm. Ouais. Avec cette expérience, on a vu aussi ce qu’on avait fait, ce qu’on avait bien fait, ce qu’on avait pas fait. En gros, on a vu les trucs qui pouvaient être améliorés. Donc si demain je suis amené à faire Karma 2 ou un autre projet, à ce moment là on mettra de la feumeu dedans. (Il sursaute presque) Ah mais en plus, je suis un ouf ! À la base, y’avait. Parmi les histoires qui gravitaient autour qu’on a pas gardé, il y en avait. À la base, on devait me suivre sur une mini série. Donc j’ai mes soucis dans la street, mais j’ai aussi mes soucis conjugaux. Dans la série, y avait 4 épisodes, on avait le temps de développer ça bien. Après, dans le film, il a fallu couper. On a zappé clairement plusieurs côtés du truc.

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T -Tu penses que si y avait des rappeuses plus douées en France, t’aurais plus facilement pensé à intégrer un personnage féminin ?

D -Bien sûr. Forcément. Parce que le fait que t’aies ses sons en tête, ça fait que tu penses à la personne. Alors que là, y en a pas. T’aurais voulu qui ? Parce que je suis pas contre, ça aurait pu être kiffant.

T -Bah dit comme ça, y’a Casey.

S -Oui mais là, ça va pas être un personnage de femme fatale.

T -Ah bah non, mais j’ai jamais parlé de femme fatale en particulier, juste de rôle féminin.

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T -Et du coup, t’as un Karma 2 en tête ?

D -Pas du tout. On verra. Pourquoi pas.

T -Y a pas beaucoup de comédiens de profession dans Karma.

D -Y en a même aucun. Pas de vrai comédien. C’est ça le truc. Même parmi les gens qui sont là et qui ne sont pas rappeurs, c’est pas des comédiens de métier du tout. C’est des gens, on leur a dit « Hey viens, tu vas faire tel truc. Tel rôle » Par exemple, la meuf qui est avec Esco, à l’hôtel, c’est pas une comédienne du tout. C’est juste une meuf qui peut tenir le rôle qu’était écrit. On lui a dit « essaie » et ça c’est bien fait. C’est vraiment un truc en mode artisanal de ouf, tu vois ?

S -Et pourquoi ne pas avoir fait une BO plus longue ?

D -Tu sais, la BO n’était même pas prévue à la base. Ça s’est fait en mode deuspi, vers la fin. Vu qu’à la base les mecs sont des rappeurs, c’est bien d’avoir le support musical.

S -Sur VIP (Very Insolent Personality) de DJ Bellek t’avais repris Disco Bitch. C’est toi qui l’avais choisi ?

D -Il m’a proposé plusieurs trucs et j’ai pris celui là. En fait ce son là, c’est pas Disco Bitch à la base. À la base, c’est un mec qui a fait ça en Français et elle elle a fait comme les mecs de la dance hall, elle a repris le ridim.

S -Donc tu reprenais pas « c’est pour la petite bourgeoisie… »

D -Non, non. C’était un délire (sourire)

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S -Maintenant on va passer à un questionnaire spécial. D’abord y en a un sur les petits frères du rap. C’est des trucs qui se sont passés mais avec d’autres.

PETITS FRÈRES DU RAP :

S -Si ton frère était en clash avec un autre rappeur, pour prouver que t’es pas dans l’histoire, est-ce que tu mettrais, sur les réseaux sociaux, une photo de toi qui tient l’album de ton frère dans une main et de son ennemi dans l’autre ?

D -Qui a fait ça ?

Les 2 -C’est Canardo.

D -…

S -C’était avant le truc de la baston, quand même.

D -Je me vois pas faire ça.

S -Est-ce que tu penses que seuls les fils de pute insultent les mères ? (Rire général et décès de Teobaldo)

D -Euh… En tout cas, c’était rant-ma.

S -Est-ce que, dans ta folle jeunesse, t’essayais de faire le fou avec une bécane dans les clips de ton grand frère ?

D -Non.

T -C’était qui, ça ?

S -Je crois que c’était le petit frère de Tyer.

T -Bigou.

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S -Est-ce que t’es toujours persuadé que ton grand frère est le meilleur rappeur du monde ?

D -Ah, ah. Non. C’était qui ça ?

S -Personne en particulier.

T -Pour moi, c’est Ikbal, ça.

S -Non, ça peut être T-killa, mais lui il a un peu raison. Est-ce que t’as été tenté de t’associer avec ton frère pour un projet commun, ou juste bizness ?

D -Non, pas spécialement. C’est déjà arrivé qu’on évoque ça, dans la conversation. Mais c’est vraiment resté au stade de la discussion.

S -Et est-ce que t’as jamais osé lui dire que dans Time Bomb tu préférais X Men et Lunatic et que dans le Secteur Ä tu préférais Ärsenik ? (Rires) Parce que, quand on t’écoute, y a pas mal de références à des phases cultes de Lunatic, d’X Men ou de Lino et finalement, très très peu voire jamais à Pit.

D -Je calcule pas. C’est que c’est celles là qui m’ont le plus marqué. Mais j’ai saigné son premier album comme tout le monde.

S -Est-ce que c’est arrivé que ça te desserve d’être son petit frère ?

D -Desservi ? Non. Ou en tout cas, pas que je sache. Moi, personne est venu me voir en me disant ça… En même temps personne va venir me le dire. Pas que je sache. Mais ça a déjà dû arriver. Tout arrive.

S -Ensuite, j’ai un questionnaire spécial sur TI vu que t’avais dit quelque part que t’es le sosie Français non officiel de TI.

D – J’ai jamais dit ça.

T -Je pense bien. C’est sur le Blavog que tu l’as lu ça. C’est moi qui l’avais mis.

S -T’es sûr ?

T -Oui, c’était dans L’arrêt de buzz.

D -Ah oui. Je l’avais lu, ça.

S -Et bien ça ne change rien.

QUESTIONNAIRE SOSIE FRINÇAIS NON OFFICIEL DE T.I.

S -Comptes tu te faire arrêter avec un lance roquettes dans les mois qui viennent ?

D -(confiant) Ça va arriver. Dès que j’ai une descente de buzz, c’est parti.

S -Que penses tu de la carrière au cinéma de TI ? Que peu de gens connaissent mais qui est extrêmement mauvaise.

D -Je l’ai vu dans Takers. Et ça va. C’est la seule fois où je l’ai vu en tant qu’acteur.

S -T’as jamais vu son film ATL donc ?

D -Non, je l’ai pas vu.

S -C’est dommage parce que ma question d’après c’était « Pourquoi au lieu de Karma, t’as pas fait un film sur le skate ? »

T -Et est-ce que ta cousine c’est la sosie non officielle de Ciara ? (Rires)

D -Ils sont vraiment cousins ?

T -J’en sais rien mais ils ont le même nom de famille.

D -Moi, j’étais pas au courant. Même pour les noms de famille.

S -Est-ce que tu comptes sortir un album « Dosseh vs La Famine » ?

D -Et bien… Non.

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S -Te considères tu comme le « king de la région Centre » ? Ou plus sérieusement, vu qu’il n’y a que toi et Niro qui ont percé pour le moment, est-ce qu’il y a une petite émulation entre vous ?

D -Ouais. Bah ouais, normal. Mais pas plus qu’avec Sofiane, par exemple. Y a pas une émulation spéciale de là bas. Niro il est fort donc y a une émulation, c’est ça le truc, pas la provenance.

S -Après j’ai un autre questionnaire mais c’est plus par rapport à des séries. Genre, est-ce que t’aimes bien The Wire ?

D -Ah ouais, mais je suis pas trop série, en fait. J’ai pas vraiment suivi.

S -Pour Sopranos, pareil ?

D -Pareil, je suis pas très série, donc bon.

T -Il parlait de Soprano, le rappeur. (Rires)

D -Non mais j’ai du mal à suivre une série. Y’a que Fouiny Story que je regarde. (Spleenter et Teobaldo mettent un petit temps à comprendre ce qu’ils viennent d’entendre puis éclatent de rire) Non, en vrai, je suis que films. J’ai du mal à me poser devant une série.

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(Ensuite, Spleenter essaie de lancer Dosseh sur tout un tas de films de super héros, mais c’est visiblement pas son terrain de prédilection)

S -Mais tu sais quand même qu’il va y avoir un Superman versus Batman ?

D -Ah non. Tu me l’apprends. Mais Batman il va forcément perdre.

T -Batman, il perd pas. C’est Batman. Même sans supers pouvoirs. C’est le plus malin.

S -Ouais, Batman c’est un petit enculé*. Il va se ramener avec une armure et de la kryptonite.

D -Non, j’étais pas au courant. Mais faut dire que je m’en fous, en fait. (Il dit ça l’air le plus diplomate et désolé qu’il peut)

S -Ah ouais, t’en as maté aucun. C’est pas du tout ton truc ? Même Batman ?

D -Si, j’ai bien aimé le dernier Batman. Le truc avec Bane, là.

T -Ah t’avais pas aimé celui avec le Joker ? Celui d’avant ?

D -Non mais ça, c’est des films, ça se regarde. C’est bien. Après je vais pas me le retéma, tu vois ?

T -Ah oui, je vois. (On sent Teobaldo qui essaie de se désolidariser du fanatisme de Spleenter, tel un fourbe petit espagnol albinos qu’il est) Mais celui là, en particulier, il m’avait marqué. Je trouve qu’il est au dessus. Au delà d’un bon film de super héros, c’est un bon film tout court.

D -Ah mais, de manière générale, je trouve que ces films sont archi bien réalisés. Ils sont bien. Y’a rien à dire dessus, mais c’est juste que c’est pas mon délire.

(Là encore il prend son ton le plus aimable, essayant de ne pas vexer ces gens étranges qui lui parlent)

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S -Bon… (l’amertume est totale) Quand on a interviewé Esco, on lui avait demandé sa définition de la punchline. Il déplorait le fait que le terme ait été vachement rabaissé. Et je me souviens aussi d’une interview de Niro où il ne comprenait même pas pourquoi on lui parlait de punchlines. Pour lui c’est un mot de travelo. Vu que tu connais les 2, où tu te situes dans ce truc ?

D -Je me situe entre les 2. Je vais t’expliquer pourquoi : parce qu’en effet, c’est dommage que le mot soit galvaudé. C’est devenu tout et n’importe quoi. Demain, un mec va faire une comparaison et tout le monde va dire que c’est une punchline. « Je suis frais comme une glace » « Ouais ! Punchline ! » Non. C’est une comparaison, point. Ça c’est une chose. De deux, quand Niro il dit que c’est un mot de travelo… (sourire) bon, c’est sa façon de voir les choses. J’ai vu l’interview où il dit ça. Je suis d’accord avec lui, justement, dans le sens où on dirait que les mecs veulent faire de la punchline juste pour de la punchline. Et en plus, en en faisant de mauvaises. En faisant des comparaisons. Des comparaisons ou des métaphores un peu foireuses aussi. Ce qui fait qu’au final, ça n’a plus d’intérêt. Parce que c’est que ça. Ça n’engage que moi, mais à mon sens en tout cas, c’est pas un truc obligatoire dans un texte de peura. Tu péras, tu racontes ce que t’as envie de raconter. Maintenant t’es pas obligé d’avoir une punchline à chaque mesure. Faire des phases de fou tout le temps, OK, mais parfois tu peux aussi parler normalement. Tu racontes ton truc. D’un point A à un point B. Et justement, ce qui met en valeur une punchline, c’est le fait qu’y en ait pas tout le temps. Si ton texte c’est que de la punchline de A à Z, ça tue le truc. À moins qu’elles soient toutes à un très bon niveau, mais c’est rare. C’est pour ça que j’étais d’accord avec Niro. Les mecs veulent trop faire que de la punchline, justement. Que de la punchline, que de la punchline. Ils veulent plus parler. Dire des vrais trucs. Des trucs qui vont parler aux gens, tout simplement. Ils veulent tous arriver en disant « Je rap comme un truc qui fait boum »… Ouais et sinon ?

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S -Et comment tu définirais ton style en tant que rappeur ?

D -C’est exactement ce que je t’ai dit tout à l’heure par rapport au sujet que j’aborde. J’ai du mal avec les cases. Si tu me demandes à moi comment je me définis, je suis incapable de te répondre. Parce que je sais pas quoi te dire. Pour moi, rappeur conscient ça veut rien dire, parce qu’y a pas de rappeur inconscient. Y a pas de cases où je me vois.

S -Quand tu te mets devant ta feuille, t’as pas ton petit schéma de rime ?

D -Non. Voilà. C’est à l’instinct. C’est par rapport à la prod ou peut être par rapport à ce que je vais raconter. Dans un morceau comme « 1001 questions » le but ce sera pas d’être technique. Ce sera de parler, de dire certaines choses. Dans un morceau comme « Igo » le but c’est d’avoir un gimmick. Chaque morceau a son utilité. Chaque morceau à son identité. le dénominateur commun de tout ça c’est que ça reste moi, la même voix, la même manière un peu énergique de péra, ça reste le même type d’écriture et ça reste mes références. mais comme tu dis j’ai pas de schéma d’écriture genre les 4 premières mesures sont comme ça, les 4 mesures après j’accélère, les 4 mesures d’encore après je fais un flow lent et je finis comme ça. Non. Je fais et c’est tout.

S -Et est-ce que t’as remarqué, qu’en fait, depuis que t’as le crane rasé, t’es devenu plus fort ?

D -Ahah ah ouais, tu trouves ?

S -C’est en me refaisant tous les clips que je me suis dit ça. Avant quand t’avais encore des petits veuchs sur la tête c’était bien mais c’est devenu sérieux quand t’as plus de cheveux.

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T -Moi, je trouvais aussi qu’au début, t’étais un peu trop scolaire dans ton débit. Quand t’as commencé à être plus « sale » ; ce qu’un puriste appelle être parfois pas dans les temps, ce que j’appellerais plutôt varier les temps. Perso, moi j’accroche mieux.

D -J’ai évolué, c’est comme tout. Comme t’as dit, c’était les débuts. C’est normal. Pour moi, c’est logique.

T -Et vu de l’extérieur, on a l’impression que tu te lâches plus et que tu t’amuses plus maintenant. Même niveau écriture sur certaines références.

D -C’est vrai. Mais c’est un truc auquel tu fais pas exprès. C’est naturel, tu grandis, tu vis ton truc, tu rencontres d’autres personnes, y a d’autres trips, d’autres références qui te viennent en tête.

T -Toi t’es du genre à écouter tes anciens projets avec du recul et te dire que là il manque ça, etc ?

D -Non. C’est rare que je réécoute mes anciens trucs. J’ai un petit peu du mal. J’ai pas besoin de réécouter pour me rendre compte de mes défauts. Je m’en rends compte déjà.

S -Et c’est ta marque les T-shirts « Niggers » ?

D -Non. C’est à des gens que je connais. Vous n’aurez pas de t-shirt gratuit.

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S – ton film sort chez Parabellum, t’es toujours en indé totale ?

D -Totalement, en indé totale. C’est sorti chez AZ/Musicast en fait.

T -Et pour Perestroika, du coup ?

D -Pour Perestroika, j’espère trouver un deal en édition. Un deal plus intéressant pour l’album.

T -Et si tu trouves pas, tu comptes tout faire en indé ?

D -Il faut, de toute façon. Le but c’est que non. J’espère que non. Normalement, t’aurais pas besoin de te poser ce style de question. Mais si jamais ça arrive. Ça arrive, c’est tout.

T -Je me demandais aussi, le son « Ricky » de Lalcko sur la BO de Karma, il a été enregistré quand ?

D -Là, pour Karma, justement. C’est un morceau récent. Avant de faire Ricky, ça faisait près de 2 piges qu’il avait pas fait de morceau. Et donc il a fait Ricky et là il a repris l’envie de faire des ceaumors. Donc pour tous ceux qui kiffent, il va reprendre du service bientôt, je pense.

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S -Quand tu parles du bled, il me semble que tu précises pas spécialement de pays, en général. C’est pour être plus universel ?

D -Quand je parle du bled, c’est l’Afrique de manière générale. je parle pas spécialement de mon bled à moi. Du Togo ou du Cameroun. Je parle du bled tout court. Parce que quand je vais parler d’un blème qui touche les renois, ça touche pas en particulier un Camerounais. Je vais parler d’un blème général. Pour un renoi Africain ou même Antillais. Donc quand je dis bled c’est pas forcément LE bled, le Cameroun, ma ville, Yaoundé. Non, c’est le bled d’une manière générale.

S -T’es plutôt amateur de Dieudonné, non ?

D -Oui, j’aime ces spectacles. Je les ai tous vus.

S -T’as pas essayé de l’avoir dans le film ? Vu qu’il était dans Cramé.

D -Bof, non.

S -Ça attire trop de problème ?

D -Même pas. De toute façon, le film je l’ai pas non plus sorti chez Sony pour avoir chaud de ça. Au contraire même. Ça aurait fait parler. Mais on a pas pensé à lui spécialement.

S -Un mot de la fin ?

D -Un mot de la fin pour les blavogueurs c’est qu’y a Karma qui est encore dans les bacs. Allez le pécho. L’album arrive.

S -Et dans cet album, t’as aussi casé des références comme Gandhi, Albert Camus, ou d’autres ?

D -Ah bah ouais. Bien sûr.

T -On pourra faire un jeopardy ou je sais plus comment ça s’appelle ce jeu où faudra retrouver les citations et de qui elles sont dans ton album.

D -À fond.

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S -tu penses quoi du Blavog ?

D -Moi, je suis tombé dessus par hasard. Ou alors, je crois qu’on m’avait envoyé un lien, par rapport à un truc que vous disiez sur moi. J’ai tapé des barres. L’intérêt du truc c’est l’humour décalé qu’il y a. Continuez à nous faire rire. Et franchement, les articles, ils sont bien tournés, c’est bien. Même le truc dont tu parlais « L’arrêt de buzz » c’est un truc con (rires). C’est un truc de con, mais tu rigoles. C’est marrant. C’est une manière différente d’amener des informations, c’est bien. Et en plus c’est pertinent dans l’analyse de la situation. J’aime bien le délire, il est poussé.

T -Cimer. Et cimer pour ton temps aussi.

D -Y’a pas de souci. Mais faut partir maintenant.

*Il faut quand même préciser qu’en sortant du studio, Batman attendait Spleenter pour lui casser la gueule et Teobaldo a alors fait un communiqué officiel disant que l’avis personnel de monsieur Ter, Spleen de son prénom, ne reflète pas l’opinion générale du Blavog et n’engage que lui.

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !)

Interview : Dosseh

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A un moment ça parle d’Albert Camus et du Dalai Lama, on s’est pas foutu d’votre gueule sur ce coup.

Spleenter -Dosseh ça te vient d’où comme pseudo ?

Dosseh -C’est mon prénom en fait, mon vrai prénom, celui que ma maman m’a donné.

S -T’es né à Orléans ?

D -Nan je suis né à Paris en fait, à la Salpêtrière. Pendant mon enfance j’ai grandi à Meaux dans le 77, et après je suis parti à Orléans.

Teobaldo -Et tu dirais que c’est quoi le plus campagnard ? Meaux ou Orléans ?

D -Ola pff.. Meaux c’est une petite ville de banlieue normale, et Orléans c’est une grande ville de province.

T -Ouais mais on m’a dit dernièrement qu’il y a des sangliers qui traversent la Loire, non ?

D -Ah j’sais pas moi j’en ai jamais vu en tout cas. Peut être dans les patelins autour , mais à Orléans t’inquiète pas, il n’y a pas de sanglier. Autour il y a des forêts et tout donc c’est possible, mais moi j’ai jamais vu ça.

S -Avant 2004 tu rappais déjà, mais pas vraiment sérieusement si ?

D -Non moi au début je rappais comme n’importe quel gamin dans sa chambre qui imite ce qu’il entend à la radio c’est tout. Je rappotais on va dire. Un jour il y a mes cousins et mon frère qui m’ont entendu freestyler, et de là est parti le délire de rapper pour de vrai.

T -Et le fait de voir ton frère, Pit Baccardi, faire quelque chose dans le rap, t’a motivé ?

D -Ouais bien sûr ! Quand t’es gamin, que t’as pas de recul, à première vue ça te motive. Tu te dis « ah ouais moi aussi j’veux être millionnaire à 20 piges » , puis après bon en avançant tu vois que c’est plus compliqué, qu’il y a d’autres paramètres qui entrent en compte. Mon frère est arrivé à la bonne époque, dans la bonne équipe, géré par le bon mec. Kenzy c’était un vrai stratège, il a mené sa barque loin. Même si au final ça s’est ramassé, mais tu vois quand ça tournait ça tournait pour de vrai.

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T -Tu penses que ça manque de mecs comme Kenzy aujourd’hui, ou il y en a encore ?

D -Le dernier mec qui me rappelle Kenzy aujourd’hui c’est Dawala. Dans le côté businessman qui vient monter son truc tout seul . Bon bien sur c’est grâce au talent de ses artistes mais surtout grâce à son mental qu’il a su quelle direction leur donner. On peut ne pas aimer, mais en tout cas moi sur le plan du business ce mec je le respecte à fond. Pour moi c’est lui le « kenzy des années 2000 ». Après dans un autre registre il y a Booba mais c’est pas vraiment comme Kenzy qui n’était que businessman. Booba lui, est artiste aussi. Mais en gros c’est les deux mecs qui sont aussi précis en terme de business.

T -Dans un son, Desperadoss il me semble, tu cites en références sur un même plan, Lunatic, les X men, et Alpha 5.20. j’ai trouvé ça très intéressant.

D -Moi je trouve que Alpha 5.20 c’est un mec qui a un bon mental, qui a su amener un truc. A son échelle aussi lui c’est un Kenzy. Un Kenzy du ghetto. Il a réussi à faire plus d’oseille que certains mecs plus médiatiques. Il a monté son business, musique, vêtements, je respecte. Artistiquement même j’trouvais qu’il avait un délire, avec son accent et tout. Ce qu’il disait quand tu creuses c’est pas n’importe quoi. Pour moi son premier album c’est un classique je le dis. « Vivre et mourir à Dakar » c’est super lourd. Moi je trouve que c’est un classique, et Alpha c’est un mec respectable.

T -Dans le clip de Matrix où tu tailles les renois avec des crêtes, t’as mis un renoi à crête, qu’est ce qu’il se passe ?

D -(Rires) Ouais on cherchait juste un mec avec un look de rockeur, bon il avait une crête ce sont des choses qui arrivent. On cherchait juste un figurant, il était là.

S -D’ailleurs les crêtes c’est un truc que tu combats depuis le début de ta carrière…

D -Enfin que « je combats », en vrai je m’en bats les couilles . J’croise un mec avec une crête dans la rue j’le calcule pas. Mais j’aime bien lancer des petites crottes de nez comme ça. Mais à l’époque de Bolide 2 et tout, c’était le début de ça. C’était surprenant de voir des renois en slim, avec de crêtes et des teintures. C’est spécial. Surtout les slims, encore aujourd’hui je comprends pas.  Les crêtes bon c’est juste une coiffure. Mais les slims je comprends pas. Chacun son truc. (rires)

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T -Sur Bolide 1, que j’ai découvert il y a pas longtemps, il y a Futuristiq, j’étais surpris. C’est votre seule connexion ?

D -Ouais c’est la seule, et encore ils ont fait un solo, c’est même pas un morceau ensemble. J’avais un cousin d’Argenteuil avec quelques connexions, c’est lui qui a ramené tout le monde, moi je connaissais personne. Il y avait du rap dans sa ville et connaissait un peu de monde. Il a ramené Futuristiq, moi je kiffais grave j’ai accepté direct. Il a ramené Lalcko aussi, pareil je le connaissais pas. A la base je connais personne dans le rap.

T -Et K.Ommando Toxic t’as un peu fait tes classes avec eux, comment ça se fait ?

D -En fait c’est des mecs que j’ai croisé en studio, comme nos trois grands frères étaient potos (NDLR : K.Ommando Toxik est le groupe de Bec Soul et T-killa qui est le petit frère de Calbo et Lino qui forment Ärsenik et donc connaissent bien Pit Baccardi, si tout ça te semble confus c’est que t’écoutes pas assez de rap). Après le feeling est passé tout simplement, donc on a continué. Quand le feeling passe on continue, surtout à cet âge là ! J’avais 18 ans à l’époque de Bolide 1. Je montais sur Paris , Orléans c’était pas le top.

T -Et aujourd’hui à Orléans c’est toujours difficile ?

D -Nan aujourd’hui il y a des trucs. Mais bon pour se professionnaliser t’es obligé de monter sur Paris.

T -Sur « Prototype » j’avais pas compris la phase sur Booba, « Va te faire niquer toi et tes livres comme dirait ce rappeur célèbre / j’crois que t’as oublié que t’étais nègre » , c’est bien deux phrases distinctes ?

D -Ouais ouais ça repart direct sur autre chose après la phrase sur Booba, c’est pas lié ! C’est même en entendant ce morceau là qu’il m’a appelé sur Autopsie.

T -T’as sorti Karma en été, comme les Summer Crack. Tu n’aimes pas l’hiver, c’est à cause de la neige ?

D -En fait les Summer Crack ça a pris naissance parce qu’il y avait des galères , il fallait que je trouve une solution pour ne pas rester sans rien faire pendant X temps. C’est né de là et ça m’a permis de tenir sans tomber dans les oubliettes totales.

T -D’ailleurs, ce sont de bons projets même si ça a plutôt été perçu comme des petits trucs qu’on écoute l’été et basta.

D -Pour que les gens perçoivent un projet comme devant vivre, il faut que toi même tu le fasses vivre. Pour Summer Crack j’ai fait qu’un seul clip, qui est loin d’être mon meilleur. Donc ça s’imprègne pas pareil dans la tête des gens. Si j’avais clippé le son avec Kaaris ça aurait eu un autre retentissement. Mais j’ai pas pu faire vivre le projet comme je voulais.

T -T’avais fait un autre truc avec Kaaris non ?

D -On avait enregistré un son ouais. Il taffait avec Galactik Beat à l’époque. Et donc ils m’avaient appelé pour une compilation. Au final la compile est pas sortie, donc le morceau non plus. Et il bosse plus avec eux. Mais « Pirates » ça s’est fait après ce morceau. C’était en 2011, le truc de Galactik Beat c’était fin 2010, début 2011.

S -Tu dois être un des seuls rappeurs à avoir invité Djé ! Il devient quoi ?

D -Ouais je crois bien !  Je sais pas ce qu’il devient. Moi à l’époque de Summer Crack je voulais inviter des mecs que j’aimais bien et qu’étaient pas mis en avant. Sofiane, Niro, Kaaris ils étaient pas connus encore. J’ai invité les mecs dont je kiffais bien le rap, Boysaf, Massassi tout ça. C’était intéressant d’inviter Djé, car à part sur les albums de Booba on l’entendait nulle part.

S -Sur l’album t’auras quel genre de feats ?

D -Il y en aura moins déjà, et ce sera bien précis, moins freestyle. C’est une autre aventure l’album. Les Summer Crack c’est vraiment dans un délire mixtape. Genre je t’appelle « ouais t’es op pour poser ? » et si t’es op boum tu viens et voilà on kicke. L’album c’est une autre réflexion. Tu pousses l’artistique plus loin, tu veux plus de musicalité, des trucs plus aboutis, plus intimistes sur certains trucs. Justement pour que ça traverse les époques.  Mais ça restera du Dosseh.

T -Mais t’es conscient que ce discours ça fait peur ? Presque à chaque fois qu’on entend un rappeur Français doué dire « Pour mon vrai album, ce sera plus sérieux » ça donne des albums formatés sans identité avec un morceau sur la daronne, un sur le racisme, un sur la tristesse etc.

D -Ah ouais nan mais moi c’est pas du tout ma perception du truc . Plus poussé, je veux dire même les morceaux qui tapent je vais les pousser plus. Aller plus loin, rendre le truc plus grand. Chercher des meilleures prods. Trouver le truc qui va faire la différence entre une mixtape gratuite et un album que les gens vont acheter. Il faut une plus-value tu vois ?

T -Par rapport à tes clips, t’as des côtés vraiment cinématographiques et travaillés. Et il y a un autre mec avec un délire cinématographique comme ça, c’est Escobar. Pourtant le jour où vous faites un clip ensemble, vous rappez juste sur fond vert… Pourquoi ?

D -C’est exactement ça ouais. Mais après faut demander à Esco. C’était son morceau, pour son projet donc c’est lui qui a organisé le clip. Je peux pas gérer le SAV sur ce coup !

T -Ouais, mais on a oublié quand on l’a vu… Ça fait 10 piges que t’es dans le rap, alors que t’es pas spécialement vieux. T’es un peu entre deux générations, entre les Seth Gueko, Lalcko, Escobar Macson, et les Niro, Sofiane, Kaaris etc. c’est pas chiant un peu ?

D -Nan moi je me rattache juste aux rappeurs que j’aime bien, sans parler de génération. A l’époque de Bolide je kiffais Despo, Smoker, Kalash L’afro, les mecs qui kickaient comme ça. Et aujourd’hui je côtoie les mecs qui kickent aussi. Sofiane par exemple que je fréquente hors rap. J’suis pas dans un délire ancienne école, nouvelle école. Je regarde juste si le mec tue. Je regarde ses prestations c’est tout. J’invite que les mecs que je kiffe.

T -Et aujourd’hui tu pourrais faire un Bolide 3, ou tu trouves le niveau trop faible ?

D -Si je fais un Bolide 3 il y aura forcément beaucoup d’invités.  Moi j’ai aucun problème à refaire des feats avec des mecs aux cotés desquels j’ai déjà posé. Si les morceaux étaient bons, m’ont plu et ont plu aux gens, je peux réinviter le mec. Je me sens pas obligé d’inviter un mec que j’ai jamais invité, quitte à ce que je l’aime pas trop. Regarde Niro et Sofiane on pose souvent ensemble ! Meek Mill et Rick Ross ils ont beau faire 10 feats on kiffe toujours ! L’important c’est que la musique soit bonne.

T -En parlant de Niro justement, au freestyle à Skyrock pour son Planète Rap, tu posais avec LMC click. Une connexion est envisageable ?

D -L’avenir nous le dira. On s’était jamais vus, on s’est croisé là-bas tranquille. Le feeling a l’air bon, si on est amené à se recroiser pourquoi pas.

S -Les provinciaux qui percent on a l’impression qu’ils prennent vachement plus le truc au sérieux que certains types d’Ile de France, tu partages cette vision ?

D -Il y a un truc qui est vrai, c’est que les mecs d’Ile de France ont tout à disposition. Ils sont au cœur du truc, ils ont les médias, les maisons de disques, les studios, le public de base. Il y a toute une détermination qu’ils n’ont peut être pas besoin d’avoir. Nous si on se sort pas les doigts du cul, on meurt. Il n’y a rien, on est obligé de s’accrocher . C’est possible que les mecs de Province aient plus dalle, juste par rapport à ça. Peut être que ça se ressent dans nos manières de faire ouais, c’est possible. Et puis quand t’es sur Paname, tu vas toujours croiser des mecs que tu connais quand tu viens d’Ile De France. Alors tu vas peut être te croire vachement buzzé. Nous il n’y a pas ça, peut être on garde plus la tête froide. Quand je monte sur Paname ouais j’suis un peu connu, mais hors de Paname vite fait et je le vois.

S -Dans un morceau tu racontes avoir vu ton disque chez un client de coke, et c’est le point de départ de ton film Karma, donc c’est une vraie anecdote ?

D -Ouais totalement. Et après c’est un peu romancé, mais oui c’est de là que ça part.

S -A la base ça devait être une série non ? Les rushs sont bouclés depuis longtemps ?

D -Depuis fin 2012, et le truc dormait dans un disque dur (comme cette interview, c’est pas beau ça ? NDLR), ça devait être série, on a décidé de tenter un montage film. On a trouvé que ça donnait bien, et on a voulu rester sur ça. On a grave raboté le truc, on a enlevé des petites histoires, et ça a donné le film. Il y avait d’autres personnages même, il y avait Mac Tyer et Kozi par exemple.

T -« Cramé » avait fait pas mal parler à sa sortie, tu avais regardé ça ? Seth Gueko il a un peu un rôle similaire dans les deux.

D -Moi « Cramé » je l’avais pas vu avant de faire « Karma ». Ouais Seth Gueko il est un peu pareil dans les deux, mais c’est une coïncidence. Avant « Karma » j’avais juste vu « African Gangster ».

S -T’as des anecdotes sur le tournage ?

D -A un moment donné on est dans une sorte de hangar, il y a un mec qui se fait buter au sol pendant que moi je prends un coup de pression. En fait ça ça s’est passé dans un parking privé du XVIIeme arrondissement. I l y avait souvent des habitants qui passaient, ils voyaient que des renois crânes rasés avec des armes. Il y avait des caméras des lumières et tout et ils ont appelé les flics quand même alors que c’était évident qu’on était en tournage. Le mardi qui suivait, les flics ont perquisitionné chez les gens, ils ont sauté toutes les armes, ils ont même analysé du faux sang pour voir s’il n’y avait pas eu de meurtre pour de vrai… Mais sinon il y a eu plein de trucs marrants sur le tournage.

T -On a interviewé Esco il y a quelques semaines et quand il te parle en vrai, t’as vraiment le même mec que dans le film. Les textes étaient écrits, ou c’était que de l’impro ?

D -En fait, c’est simple, pour pas que ça fasse surjoué, il fallait pas de texte écrit au mot près. Il y avait juste les informations clés, deux trois punchlines que je voulais qu’ils disent à tout prix. Puis après ils faisaient avec leurs mots à eux, ils brodaient autour, avec leur manière de parler. C’est pour ça que t’as le même mec à l’écran que dans ton interview. Ce n’étaient pas des rôles de compositions. C’était des mecs de quartiers qui se parlent comme des mecs de quartiers. C’est naturel.

T -T’as écrit les rôles en pensant aux gens ? Dans quel ordre t’as fait ça ?

D -J’ai d’abord écrit l’histoire. L’histoire existait déjà, puis en cherchant je me suis dit Esco je le verrais bien dans le rôle de Koffi, tel autre dans un autre rôle etc.

T -Esco le rôle lui va bien, le côté froid tout ça, mais il y a un truc nouveau par rapport au rappeur qu’on connaît c’est le coté avec les meufs, qu’on retrouve pas spécialement dans son rap.

D -C’est aussi ça l’intérêt du truc. Il s’agit pas de faire un film où on parle que de nous comme des caïds et tout. Moi qui suis à la base du projet, j’suis rappeur, je produis le truc, et j’me suis mis un rôle presque de victime, d’un mec qui se fait pressionner pendant tout le film. C’est aussi ça l’intérêt du film, on se met dans toutes les situations.

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T -Et tout le côté Karma justement, la vie qui te revient dans la gueule, c’était dans ton idée dès le début ou pas ?

D -Le titre en fait je l’ai trouvé vraiment à la fin . un soir je discutais avec les mecs avec qui j’ai fait le film, et on a trouvé ce titre. Mais l’histoire oui je voulais évoquer ça. Je voulais illustrer que la roue tourne , fais gaffe au retour de flamme.

T -Et le tournage a eu lieu à Paris, pas chez toi à Orléans, c’était parce que ça aurait été casse couille de le faire la bas ?

D -Non non même pas, si j’avais été à Marseille au moment du truc, et que tous les rappeurs habitaient à Marseille, on aurait fait le truc à Marseille tu vois. Là il se trouve qu’on était à Paname, tous les rappeurs que j’invite c’est des mecs de Paname , « l’équipe technique » (rires), c’est à dire mes deux potes , étaient à Paname. En gros tout était à Paname, donc j’allais pas ramener tout ça à Orléans juste comme ça. Ça coûte du biff. Sinon ça aurait pu être au Mont Saint Michel tu vois ce que j’veux dire ? (Rires de Teobaldo qui est originaire du Mont saint Michel et sait ce que c’est que de tourner là bas)

S -Et du coup ça c’est un projet d’été on va dire, mais c’est pas du tout du même calibre qu’une mixtape…

D -(Il coupe) Non bien sur que non ! Mais moi je le vois même pas comme un projet d’été. C’est un projet, tout court. Maintenant il se trouve que c’est sorti en été, comme ça aurait pu sortir au printemps.

T -Tu penses pas que ça aurait été mieux justement de le sortir au printemps, dans l’année ?

D -Ah tu sais il y a plein de trucs qui auraient été mieux. Moi j’ai fait le choix délibéré de le sortir là, cet été. Ca me permettait de refaire de l’actu jusqu’à la rentrée. C’était ça l’idée. Bien sur que si je m’étais dit « tiens je le sors en janvier 2014 » j’aurais eu le temps de faire plein de trucs en plus, ça je le sais. Mais j’ai fait ce choix. Les images elles dormaient dans les disques durs depuis septembre 2012. Donc à un moment donné j’allais pas le garder pendant deux piges. Même moi j’allais le voir vieillir je l’aurais pas sorti au final. Je me suis dit que le truc était honorable tu vois. C’est pas du Spielberg ou du Kubrick mais on a fait un truc. Avec les moyens qu’on a mis dedans, et le fait que ce soit nous, des mecs sans aucune expérience de quoi que ce soit en cinéma, je trouve qu’on a fait un truc honorable. Alors on l’a sorti puis voilà fin.

S -T’aurais pas voulu le défendre autrement ?

D -Moi j’aurais voulu mais j’avais pas le réseau cinéma. Le réseau du rap et celui du cinéma ce sont deux réseaux qui n’ont rien à voir du tout. Mais j’aurais kiffé comme tout le monde. Tu sors ton projet le but c’est qu’il soit vu par le maximum de monde. Mais l’idée de départ c’était pas du tout de le défendre comme un autre film. C’est un truc original pour le cinéma français, des renois avec des flingues.

T -Et si t’avais eu ce réseau t’aurais poussé le truc , tout en sachant que, comme t’as dit, c’est différent de ce qui se fait ici et ça n’aurait jamais connu les mêmes conditions de sortie qu’un film «normal» ?

D -Quand tu fais un projet comme ça, que tu es un rappeur, que tu sors un film, avec en plus que des gens qui ne sont pas professionnels, à aucun moment tu te dis « je vais faire une grosse production cinématographique et tout baiser dans les salles », non, c’est pas Intouchables. T’es pas dans cette logique là. A la base j’ai fait ça c’est juste pour amener du spectacle. Comme quand je fais un gros clip pour « Mon gang » sur Summer Crack tu vois. C’est de l’entertainment, fin. Juste histoire de venir avec un autre délire que Summer Crack 3, ou Pré-Perestroïka avant l’album…On fait un vrai délire, on va jusqu’au bout. Ca devait être la première série rap, street, française, puis c’est devenu ce film. Mais jamais on s’est dit on va tout baiser au JT, au festival de Cannes. On a fait du mieux qu’on a pu, notre premier public regarde le film, on l’a sorti. Je pense pas que tu rigoles en le regardant, même s’il y a des défauts, plein de trucs qu’on peut reprocher au film. Mais on s’affiche pas, tu te dis pas qu’on est ridicules dedans.

T -Ce n’est que mon avis hein, mais dans le film il y a des mecs qui jouent très bien, Lalcko, Escobar, Bassirou entre autres. Autant il y en a deux, dont celui qui joue le boss, des fois c’est dur… Autant il a un bon regard, tu veux pas l’avoir sur les côtes, autant quand il parle, parfois c’est fastidieux.

D -Bah après on dira que ça ça fait partie des reproches que tu fais au film. Mais comme je te dis on sait que ce n’est pas parfait. On est objectif, on sait où on se situe par rapport à telle ou telle référence. Quand je me place dans un contexte « film rap français » je sais que je me situe très bien avec Karma. Mais c’est sur si tu compares à des The Wire, des American Gangster ou quoi, forcément on est plus dans le même monde.

S -En gros, si on compare à La Vengeance, ça va…

D -(Rires) Nan, mais c’est quand même un truc tu peux le regarder tranquillement.

T -J’ai trouvé qu’il fait limite téléfilm, dans le sens où justement, ça fait pas cinéma gros budget, mais ça fait sérieux malgré tout. Puis la durée aussi y contribue.

D -Ouais on voulait pas faire un truc trop long, pas trop soulant. J’avais lu l’article de Captcha Mag là sur Karma, et je l’ai trouvé pertinent parce qu’à un moment donné ils avaient relevé un détail du truc en expliquant qu’on avait pallié au manque de moyen en faisant ci ou ça. C’était par rapport au fait qu’on voit pas de meurtre, de sang et tout. Pour que le truc soit crédible et beau, il aurait fallu une maquilleuse de ouf, et on pouvait pas, donc on l’a pas fait.

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T -Tiens d’ailleurs à un moment ton personnage drague une maquilleuse et on la revoit plus. Il la serre ?

D -Chacun se fait son interprétation ! Dans la version non coupée il se passe quelques chose mais ça a été jarté du truc.

S -Dans « Cliché » tu dis « j’avais pas d’autre choix que sortir de gros albums ». Tu parles de quel album ?

D -Je parle de celui qui va sortir ! Perestroïka ! La perestroïka c’est la politique qu’a mené Gorbatchev dans les années… Dans les années 80, pour relever la Russie. Ça veut dire reconstruction, restructuration. Ça signifie quelque chose dans mon histoire, et à ma connaissance, il n’y a qu’en Russie que le mec a réellement donné un tel nom à sa politique. C’est un truc historique la perestroika. « Restructuracion » en espagnol mais ça représente rien, même si ça veut dire la même chose.

S -Tandem au début arrêtait pas de dire ça.

T -Puis il y a le délire Sefyu aussi, ruskov. Les rappeurs français vous aimez bien Poutine ! (rires)

D -Nan après moi je trouve le mot il sonne bien, c’est frais. J’aurai pu appeler mon album « Restructuration » mais ça sonne pas aussi bien, ça amène rien. Il y a une dimension artistique, pas que du terre à terre, t’essaies de tout embellir, même le nom de l’album. Puis dans « Perestroika » il y a aussi le coté rigoureux, travailleur, comme tu dis (personne n’a dit ça). Moi dans mon rap ce que je prône de façon récurrente, c’est le charbon. Pleurer, se plaindre c’est pour les autres. Et si tu t‘es ramassé la gueule c’est que t’a fait une connerie c’est tout. Charbon, le travail, la dureté tu vois. On se reposera quand on aura des rhumatismes.

T -Charbonner, c’est un délire très à la mode dans le rap français. Mais est-ce que c’est qu’une mode ou est-ce que ça sert quelque chose ? Charbonner dans quel but ?

D -Chacun a ses projets de vie tu vois. Moi je sais ce que je recherche, ça me regarde , mais chacun a son truc. Il y en a qui veulent ouvrir leur chaîne d’hôtel au bled tout ça. Les gens qui me suivent vraiment, qui savent un peu mon délire, ils comprennent mon discours. Je prône vraiment ça le charbon, tout le temps, à fond. Dans tous mes textes il y a une phrase par rapport à ça. C’est ce qui m’anime. Chacun son ambition. J’ai des trucs précis en tête et je charbonne pour ça, la musique c’est un moyen, pas une fin.

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S -Et le titre de l’album tu l’as depuis le début de son histoire ? Vu que t’avais un album déjà à peu près prêt il y a trois ans, c’était déjà sous la forme de Perestroika ?

D -Non non justement c’est venu après, par rapport à ce qui m’est arrivé. Là j’estime que je suis dans une phase de reconstruction. J’ai eu un long passage à vide après Summer Crack 2, voire même depuis Summer Crack 1 si on va au bout de la réflexion, vu que c’est sorti pour pas tomber aux oubliettes. Donc Perestroika je l’ai trouvé suite à tout ça. Il a fallu repartir un peu depuis le début, recréer de l’activité, générer du flux, que les gens s’activent autour de ton blase. Parce que ça va vite, à plus forte raison quand comme moi tu n’es pas un rappeur confirmé, sans carrière aux fondations solides. Booba ou Rohff peuvent s’absenter pendant un an. Ils le font même pas. Ils pourraient s’ils étaient en galère, car ils ont 4 ou 5 albums derrière eux. Mais des mecs comme moi, un an d’absence c’est énorme. Il faut que tu reviennes pour de vrai. J’ai la chance d’avoir quand même pas mal charbonné dan le rap. Les gens ont l’image de moi comme un mec sachant rapper, c’est l’avantage. Je pars pas de zéro non plus.

T -Toi, t’as dû t’absenter, même si c’était pas une envie, mais est-ce qu’au niveau de la motivation, t’as été un peu refroidi ?

D -Non, même pas, parce que si je faisais du peura pour vivre, j’aurais perdu la motivation. Mais j’ai jamais été dans le peura pour faire des sous. Je veux dire que je serais content d’en faire, évidemment, mais j’ai jamais compté là dessus pour vivre. J’en fais parce que je pouvais, parce que je sais le faire. J’ai la possibilité de le faire, donc je le fais. Mais jamais je me suis reposé dessus. Donc si j’avais pu avoir une perte de motivation, ça n’aurait pas été pas par rapport au peura, ça aurait pu être par rapport à ce qui me fait vivre. Tout simplement. J’ai toujours été là, y a jamais eu de panne d’inspi ou quoi que ce soit. Après le syndrome de la feuille blanche, ouais. Tu peux l’avoir, ça dure une semaine, un mois. Mais j’ai jamais eu de panne d’inspi genre je sais plus quoi dire. J’ai toujours été dans le peura. Même quand j’étais pas là, j’étais là.

S -Ouais, y a toujours eu des feats par ci par là.

D -Voilà, mais même s’il y avait pas eu de feats, je continue toujours de rapper. C’est juste qu’il y a plus de trucs qui sortaient ou que j’étais plus au devant de la scène. Mais j’ai jamais arrêté de rapper. Y a pas eu de rupture genre un an sans rapper, sans écrire. C’est juste que j’étais moins actif. Du moins au devant de la scène, en tout cas.

S -Justement, j’ai peut être raté des trucs, mais j’ai l’impression que t’es pas super présent sur scène, concerts etc…

D -Niveau concert ? Je suis archi pas présent. De toute façon, c’est simple : en France c’est archi dur de faire des concerts. Si t’as pas de tourneur, c’est presque impossible. Parce que, quoi qui se passe, le peura ça reste une musique dure à vendre à des propriétaires de salles. Tout ça c’est compliqué et c’est aussi une histoire de réseau. C’est pareil. Si t’as un bon tourneur, tu tournes bien. Si t’as pas de tourneur, comme moi, c’est ponctuel. De temps en temps y a un plan. Une scène en Belgique qui se débloque. Ou à Montpellier. Ou je sais pas où. Mais vraiment, c’est rare. Tant que j’aurais pas de bon tourneur, ce sera comme ça. De toute façon, c’est comme ça, quand tu regardes ceux qui tournent grave bien : Youssoupha, Médine, Seth Gueko et d’autres, ils ont un bon tourneur. Y’a pas de secret.

S -Toi, c’est le genre de truc que tu voudrais mettre en place pour défendre ton album, par exemple ?

D -Mais bien sûr ! Tu sais, gros, je suis comme tout le monde, comme n’importe quel artiste, je kifferais faire des scènes tous les week ends. C’est bien. Tu rencontres les gens. Tu vois d’autres métiers. Tu vas dans d’autres délires. C’est très bien. C’est intéressant les concerts et puis c’est toujours mieux de voir le mec en vrai. Quand t’es auditeur, tu kiffes. C’est toujours mieux de voir le mec en face à face. Voir si il te procure le même effet que quand tu l’entends dans ses sons. Parce que parfois tu peux être déçu. D’habitude, tu l’entends : BAM BAM ! et là, il arrive sur la scène, il est tout chétif, il a chaud, il a peur, il ose pas trop. Il est là, on dirait une victime, un peu, alors qu’en son il est virulent de ouf, tu vois ? Moi j’aime bien ce truc là ! J’aime bien croiser les gens. Ils voient que je suis comme je suis sur leur CD.

S -J’ai remarqué dernièrement, plutôt dans les égotrips, t’as de plus en plus de tournures de phrase comme « Ta mère est une libertine » « Progéniture de tapin » On dirait que tu kiffes faire des insultes de base mais en les détournant avec des mots recherchés.

D -Ouais, ouais. Mais je fais même pas exprès, en vrai. Je calcule pas plus que ça. C’est un délire, histoire de changer un peu le truc. Je peux dire « Fils de pute » je peux dire « Nique ta mère », mais voilà « ta mère est une libertine » ça passe mieux.

S -Dans Holy Water, tu parles d’excès de sébum. Je crois que c’est la première fois que j’entends un rappeur dire ça. C’est des trucs qui t’ont marqué dans des pubs quand t’étais petit ?

D -(Rires) Non c’est juste de la vanne. Faut pas croire, on a du vocabulaire. Attention.

S -Et par rapport à un truc qu’on avait repris sur le Blavog, justement, quand tu cites Never Die Alone. C’est par rapport au livre ou au film ?

D -Au film. Je connaissais le livre, mais quand je l’ai écrit c’était par rapport au film.

T -C’est pas la seule citation que t’as reprise en plus. Y avait la phrase « Les gens qui sont derrière moi, je ne suis pas sûr de les guider. Les gens devant moi, je ne suis pas sûr de les suivre » d’Albert Camus.

D -Oui, je l’ai reprise dans Poètes Maudits avec Despo. Tu pousses, toi. Tu pousses loin.

T -Ah non, en fait c’est parce que je regarde du catch. Et y a un catcheur dont le gimmick c’est de faire le mec cultivé, hautain, tout ça (Damien Sandow) qui a cité cette phrase en disant que c’était d’Albert Camus. Et là je me suis dit « Mais c’est pas Dosseh, ça ? » C’est toi qu’es loin, en fait. T’en as beaucoup des phases comme ça ?

D -Ouais. Y a des petits trucs comme ça que j’ai en tête. Et quand ça s’y prête, je les reprends.

S -Tu te dis que tout le monde va capter la référence ?

D -Non, ce que je me dis c’est que ceux qui connaissent, ils vont dire « Ah ouais. respect » Et ceux qui connaissent pas…

S -Ils vont quand même se dire « La phrase elle claque »

D -C’est ça. Vu que la phrase est bien, ils vont quand même kiffer la phrase. Et le jour où la verront ailleurs, ils se diront « Ah ouais, mais ça vient de là ? Ah ouais, il est loin ». Exactement comme toi ça t’a fait avec Albert Camus.

S -Moi, pareil. Albert Camus, je savais pas. Mais le Dalai lama, quand je l’ai reconnu, j’ai tapé une bonne barre.

T -Mais est-ce que tu penses que le Dalai lama se balade dans l’Himalaya en reprenant tes phases à toi ?

D -Ahah je sais pas. Mais si il le fait, ça fait plaisir.

S -En plus, ce genre de références, on les attribue plutôt aux rappeurs conscients en général. Du coup avec toi c’est marrant parce que c’est surprenant et ça nuance ton univers aussi, si on peut dire.

D -À fond. Exactement. De toute façon, j’ai un petit peu de mal avec les cases. Rappeur comme ça, rappeur machin, rappeur truc. Je suis pas trop dans ça. parce que je pars du principe que quand tu fais de la musique, le Lundi tu peux écrire un morceau sur une situation reloue qui vient de t’arriver, t’as entendu un truc bien raciste, tu vas écrire sur ça. Mais le Mardi, tu sortiras de chez une meuf, tu vas pas écrire la même chose. T’écris selon tes humeurs, donc les cases, ce sont des postures. Et moi j’aime pas les postures. Je trouve que c’est pas honnête, c’est pas sincère. À partir du moment où tu fais ton fond de commerce d’une cause, t’es plus vraiment sincère. Moi je préfère être là et dire ce que je veux. Si je veux parler du massacre de telles tribus, je sais pas où, j’en parlerai. Si je veux parler d’une soirée en boite, je le fais. Si je veux faire un gros égotrip où y a pas de sens à chercher, je le fais.

T -Du coup, si un jour tu sais que dés que tu vas sortir le moindre son, ça va être grave écouté et décortiqué par tout le monde, t’as pas de thème en particulier que t’aimerais partager ?

D -J’ai des trucs qui me tiennent à cœur que je tiens à partager et que je vais faire, de toute façon. Que ce soit sur Perestroika ou même sur mes autres projets.

T -Tu te dis pas que si t’avais un poids et une influence considérable, ce serait mieux de parler de tel ou tel thème ?

D -Pas vraiment, vu que tout ce que j’ai envie de dire, je le dis déjà. Je dirais pareil. Ou peut être que je dirais d’autres choses parce que j’aurais vécu d’autres choses entre temps. Mais c’est toujours des choses que j’ai envie de dire, quoi qu’il arrive.

Coneheads_Poster

S -T’as beaucoup de phases genre « C’est pas un front que j’ai, c’est une tête d’ogive »

T -Ou « Front de bélier »

S -Tu t’es senti plagié quand Fababy a émergé ? (rires) Tu peux plus trop en faire comme ça. Pour les réseaux sociaux c’est lui, maintenant.

D -Ahahah, miskine il prend cher.

S -Autre question existentielle : Sur le refrain de Igo pourquoi tu dis pas « comme si c’était ma dernière chatte » ? Parce que ça rimerait avec « Droite ».

D -Bah je sais pas.

S -c’était trop vulgaire ? (le sujet lui tient visiblement à coeur)

D -Bah attends, on est pas à un gros mot près dans Igo. (Rires) Bah je sais pas, en fait. Le truc il m’est venu comme ça. Moi, la rime, je la voyais pas comme toi en « A ; ate ; a ; ate » moi c’était en « Oi ; oi ; oi ; oi » C’est « Droite » qui est l’exception.

S -C’est devenu un sport national de clasher La Fouine, mais t’es le seul qui l’a clashé avec 3 ans d’avance quand t’as dit « T’auras plus qu’à lancer des rumeurs sur ta propre mort pour récupérer ton buzz »

D -Ouais, je l’ai clashé par anticipation. Parce que je savais qu’en 2013 il allait faire ça, qu’y aurait ces histoires de clashs là. Je me suis dit « moi, je me positionne direct ! ». (Il reprend soudain son sérieux, réalisant que des attardés au fond de la salle peuvent vraiment prendre ça au 1er degré) Non mais c’est un hasard ou une coïncidence.

S -Et t’y as repensé quand c’est arrivé ?

D -Bien sûr que j’y ai repensé, j’ai repensé qu’à ça.

S -En plus, vu que c’était sur ton feat avec Booba…

D -Ouais, à fond. J’y ai repensé, ça m’a fait rire. Mais quand ce truc est arrivé, je me suis connecté sur twitter, j’avais reçu v’là les mentions. Pendant toute la journée, non. Pendant 2 jours où y a eu ce truc là, toute la Terre a défilé dans mes mentions Bam, bam, bam « Wow ! Dosseh il avait raison !! » etc… C »était marrant.

T -Le pire, c’est que quand t’as posé sur Expendables (Sur la compilation Mort Du Rap Game de Shone du Ghetto Fabulous Gang) quand tu dis « Tu serais même prêt à nous faire croire que ta propre mère est vierge pour augmenter ton nombre de vues » y a des génies qui ont réussi à voir un lien avec La Fouine…

D -Ouais. Mais ça c’était pas dans MDRG c’était dans le freestyle « BM Audi Merco Benz »

T -Ah ouais ? (C’est pas grave, Teo décidera de quand même laisser la pub clandestine pour MDRG)

D – ouais, exact, j’avais vu ça aussi. Mais maintenant, tu sais, les gens ils veulent ça à tout prix. Ils sont à l’affut, c’est un truc de ouf. Ils sont au taquet dés qu’il y a un truc.

T -D’ailleurs, finalement, à propos des clashs. C’est peut être pas dommage que t’aies pas eu d’actu à ce moment là. Y’avait presque plus de buzz pour personne. Sinon c’était très dur de parler d’autre chose. T’as eu un regard là dessus ? Ou tu t’es dit que c’était normal ?

D -Franchement je m’en bats les couilles. Je l’ai vu. Je l’ai vu passer. De toute façon je comptais rien sortir à ce moment là. Il se trouve qu’il y a eu ça. Je me suis mis en mode spectateur comme tout le monde, j’ai regardé. Round 1, round 2. Après voilà, ça s’est fini. Mais quoi qu’il se passe, ça c’est un truc qui peut pas monopoliser l’attention pendant x temps. 1 mois, 2 mois.. Parce que c’est l’actualité du moment. Mais à un moment donné, les gens veulent écouter du son aussi, quand même.

T -À force de parler de rappeur tout le temps, les gens veulent du rap, tu penses ?

D -Voilà. Quoi qu’il se passe, t’aurais pu sortir ton truc. Les gens t’auraient écouté quand même.

S -Par rapport à la reprise de « je boxe avec les mots » d’Ärsenik que t’as posé en feat avec Sofiane sur Blacklist 2, vous avez mis un scratch de Kery James. Pourquoi pas d’Ärsenik, justement ?

D -C’est juste parce qu’en fait il se trouve que… (il cherche ses mots)

35rj39la suite dans la partie 2 où la joie et la bonne humeur sont au rendez-vous (wouhou).

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Fête de la zizic

Je me suis dit que ce serait bien de partager avec vous ma fête de la musique du 21 juin dernier. Pour ceux que ça intéresse, c’est juste en-dessous.

20h : On arrive à la block party de Noir Fluo, au skate park à côté de Bercy.

(par la suite je n’ai pas spécialement fait gaffe à l’heure tout au long de cette trépidante soirée, les horaires précis seront donc remplacés systématiquement par ça :

.

Merci de votre compréhension.)

. Peu de trucs à dire, y’a à peu près tous les Noir Fluo au complet, du son, et bientôt arrive le moment que tout le monde attendait depuis le début : le barbeuk de merguez. Par une sorte d’enchaînement de circonstances, à un moment les mecs qui s’occupaient du grill se barrent et je me retrouve à m’en charger et à servir les gens en en bouffant au passage parce que c’est quand même pour ça que je suis là (« c’est toi qui as fait le barbecue ? – non, moi je suis là pour les merguez et je dépanne le temps que les autres reviennent – ah pardon. On t’a déjà dit que tu ressembles au fils de Yannick Noah ? », etc).

. Test dit rapidement quand je lui parle d’un feat avec Joe Lucazz (je fais souvent ça quand je m’emmerde) que « ça va se faire ». Express fait le morceau Express est back en live, des badauds s’agglutinent au dessus du skate park pour profiter du spectacle, d’autres plus jeunes balancent des pétards.

. Vexé de n’avoir eu aucune merguez, Teo décide de rentrer chez lui comme un prince pour se sustenter, probablement avec des princes de LU et du magret de canard.

. Ça se confirme, Waslo est déjà parti et le morceau « ma Volvo » sera donc joué en live mais sans lui, au grand désespoir de Kicket.

. Je rejoins Daphné croisée par hasard, elle est avec Hifi, Cassidy, et Ill (c’est un peu leur manageuse et je dis « un peu » uniquement pour qu’on m’emmerde pas avec les détails et les appellations). 1er choc : Ill a des cheveux blancs, et n’est donc pas immortel. Cass a des grosses lunettes de soleil (détail crucial pour la suite).

. « Ill n’imite pas Dieudonné, c’est Dieudonné qui lui a tout piqué » Hifi

. Daphné explique à Hifi le concept du blavog, il a du mal à imaginer ce que ça peut donner concrètement alors je lui parle du billet assez vieux sur Time Bomb et Pit Baccardi, ce qui lui fait dire avec un demi-sourire : « mais c’est dangereux les trucs comme ça ».

. on va au Rex où y’a « une soirée de Dabaaz ». Hasard total, on croise Melopheelo devant l’entrée, qui du coup vient aussi avec ses potes.

. Devant le Rex, moment de flottement où personne dit trop rien. Pris d’une impulsion de crétin, je dis à Cassidy que c’était très sympa de s’être prêté pour de vrai au jeu de l’interview parce que du coup c’était la 1ère qu’on avait publiée sur le blavog. Sa réponse est édifiante :

mais tu m’as pas interviewé.
– …
– …
ah pardon je t’ai confondu avec Cassidy
pas de problème.

Cet instant sera mon grand moment de solitude de la soirée et me traumatisera durablement. Je ne sais pas vraiment si Cassidy je l’ai perdu de vue, ou s’il n’a simplement jamais été présent ce soir là.

. Une bande de gars reconnaît Ill et il reste avec eux 10 bonnes minutes. En revenant il m’explique (non pas spécialement que c’est à moi qu’il voulait parler, seulement y’avait que moi) être complètement las de ce genre de choses. Et là c’est vraiment un truc sans doute difficile à intégrer quand t’es un gros fan mais Ill sort ce qu’on appellera désormais « le théorème Lino ». C’est à dire qu’évidemment c’est super flatteur d’avoir tous ces gens qui viennent le féliciter, mais qu’en gros ils lui parlent d’une période de sa vie qui est révolue et qui date de plus de dix ans maintenant, du coup c’est gentil mais sur la longueur c’est limite déprimant. Je lui cite la phase de Lino « bors refais nous quelques gouttes » et il dit c’est exactement ça. Si vous aussi vous êtes rappeur, ne claquez pas vos thunes chez un psy, appelez-moi.

. Ill et Clément d’Animalsons font connaissance, Clément lui rappelle qu’il a travaillé sur l’album de Booba période 45, ce que Ill semble ignorer totalement. #rapfrinçais

. On me présente ensuite à Clément, ce qui donnera lieu au dialogue suivant
T’as produit pour Guizmo récemment, et ce qui m’étonne c’est…
c’est que je produise pour lui.

je réalise subitement que je porte
a) un sac à dos
b) un bonnet
Clément a donc logiquement dû me prendre pour une sorte d’immonde chieur extrémiste le-rap-c’était-mieux-lavande probablement révolté à l’idée qu’il produise pour Guizmo. Je lui explique que je suis simplement surpris qu’il travaille avec un jeune rappeur émergent. Pragmatique, Clément détaille un peu le processus : il a produit des sons qui dans ce cas précis passent en rotation radio, donc les royalties sont au rdv, donc tout va bien. Je lui demande s’il connaît le blavog, mais non. Je lui explique le concept, il éclate de rire et parle d’un délire de lui et Jim Profit (autre producteur) à l’époque de la rime de Booba sur Makelele : « on avait imaginé un casting avec des types qui se font mesurer la queue pour pouvoir entrer dans le 92i ». Vraisemblablement il parle du texte le mâle aimé de Olivier Catin. Curieux de savoir ce que devient l’autre moitié d’Animalson (Marc) je lui demande de ses nouvelles.
il fait ses affaires
en Jamaïque ?
c’est possible.
Voilà. Tels les deux milf guys de la saga American Pie, le duo de producteurs semble avoir appris à ses dépens que « l’amitié est une route à deux trottoirs » (non, ça ne veut pas dire grand-chose mais dans le dernier film c’est rigolo).

. Un type arrive, remarque qu’il y a quand même beaucoup de rappeurs au mètre carré, et décide de, roulements de tambour, faire une photo. Je m’écarte illico, mais Clément, qui était définitivement très gentil, ou très fatigué, me rappelle en disant « ah bah si, le blavog, sur la photo ». Je commence à me dire que finalement, cette soirée pourrait s’avérer plus intéressante que regarder un film tout seul chez moi.

. Dans un moment où apparemment personne n’avait rien d’intéressant à dire, Daphné explique à Ill le concept du blavog (il faut se rendre à l’évidence, elle explique tout ça bien mieux que moi, probablement qu’on la prendra en manageuse quand on sera riches et célèbres). Ill dit qu’il voit à peu près le principe et que ça lui rappelle une fausse interview des X-men qu’on lui avait fait lire à une époque. Bah oui, c’est ça, c’était nous l’interview. La moitié des X me regarde, choqué et calmé, puis fait à peu près le meilleur compliment qu’on puisse entendre quand on tient un blog de merde avec des faux dialogues entre rappeurs français dedans :
« mais… c’est spécial, parce que d’un côté c’est complètement abusé et d’un côté c’est un peu moi quand même. Du coup je comprenais pas, ça m’a surpris, parce que comme tout le monde je me considère comme quelqu’un d’unique, et là je vois un double imaginaire qui me ressemble un peu. Mes potes disaient que c’était bien, ça nous mettait en valeur moi et Cass, mais moi j’étais surtout très surpris, ça me ressemble pas mal alors que vous aviez aucun moyen de me connaître »
L’anecdote sur la réaction de Joe et Cross qui ont d’abord pensé qu’un de leur pote voire leur ingé son avait écrit le billet So Parano lui fait taper une barre, et s’ensuit un échange où j’explique d’où vient sa caricature à lui, que c’était aussi par rapport à son rap mais aussi ses fans, le côté « jay-z frinçais » (là faut savoir que ça le choque absolument pas) et le paradoxe avec le fait qu’il n’ait concrètement toujours rien sorti. Bref un bon moment, qui se conclura par un exercice de style pas piqué des hannetons :
mais si là tout de suite tu devais écrire un truc sur moi tu ferais quoi ?
Tout de suite ?! Ouais mais non, faut…
ah si ! C’est comme moi, les gens ils sont là  »fais un freestyle, fais un freestyle », à ton tour
ok (petit moment de silence et effort de concentration, mon ki augmente sans doute ostensiblement.) alors tu vois je ferais…
putain, déjà ?! Mais tu blagues pas toi !
En fait je te mettrais dans un truc où t’es au milieu de nouveaux rappeurs, tous ceux qu’on appelle « la relève », ils seraient tous là à dire ouais t’es une inspiration, sauf que toi tu les traiterais plus ou moins comme des merdes, et ce serait ça le gag
– …
– …
pas mal.

. Quelques temps plus tard, vaguement désœuvré, je décide de m’activer, ce qui chez moi consiste à rester bloqué devant une fille debout sur un siège en train de donner toute sa vie dans un bootyshake de bonne facture. Je ne suis pas seul, un type encore plus déterminé que moi a sorti son portable ou son appareil photo et la filme carrément. Une fois qu’il estime avoir filmé suffisamment il se tourne vers moi et on se check en riant : c’était Ekoué.
ça va finir dans un clip, ça !
Hahaha. J’ai écouté le dernier lp…
Il tue !!
ensuite j’essaie de glaner des infos sur leur projet de film, mais soit je n’entends pas ses réponses soit je ne les retiens pas (toujours pro).

. Une semaine plus tard (oui, je fais aussi des bonds dans le temps dans cet article, sortez les lunettes 3d) je découvre qu’Ekoué ne rigolait pas du tout : on peut voir cette jeune demoiselle se déhancher dans le clip Un soir comme un autre.

. Ekoué tombe par hasard sur Ill, les deux font les pitres comme des gamins en se reconnaissant et se pincent la joue en éclatant de rire (NO HOMO).

. Moment wtf : à la sortie, une meuf bien belle semble un peu paumée, et un peu désireuse de se faire voir aussi, bref elle sait pas trop où elle va, elle fait deux pas en avant, trois en arrière, manque de se casser la gueule et du coup s’accroche vite fait aux épaules de Ill (en train de parler) avant de partir en disant oups pardon, sans que PERSONNE ne remarque rien
J’étais le seul témoin mais les faits sont là : Ill avait séduit une femme en étant de dos.

. Melopheelo lui aussi se barre de là, mais il a #unevoiture et confirmera sa réputation de mec extracool en nous raccompagnant. Je sais plus bien où on était censé aller parce qu’on a remarqué 2 minutes après qu’on avait faim et Melo nous a gentiment déposé à côté d’une crêperie.

. Dans la crêperie, où y’avait Trace tv sur un écran derrière moi (détail de la plus haute importance). Ill fait éclater de rire les deux cuistots en sortant des blagues d’entrée de jeu.

. le côté baby-sitter (ou manager, dans le rap c’est un peu la même chose) de Daphné se met en marche, attention ça va très vite :

ce serait bien que tu taffes avec Clément
ouais je lui ai bien parlé… par contre j’ai pas pris son numéro
je l’ai pris.
Cool.
Et demain c’est séance photo pour Snatch.
ok.

#managementfrinçais

. ill évoque booba période Time Bomb et parle d’un long trajet dans le métro, avec l’ourson qui le raccompagne jusqu’à chez lui. Problème : Gilles Boulanger ne comprend que très peu de choses quand Elie Yaffa lui parle, il n’est pas habitué à son style d’argot et reste assez sidéré par son vocabulaire. Fin de l’anecdote.

. En revenant sur ses collègues de Time Bomb, Ill reconnaît évidemment le sens de la punchline de Booba et admet avoir eu une petite pression la première fois qu’il a écouté les Lunatic. Idem pour Oxmo qu’il décrit comme ayant vraiment une intelligence dans l’écriture et un sens de la formule de dingue.

. Ill confirme qu’en plus d’avoir des vues sur Lunatic, Kenzy est venu proposer aux X, à l’époque, de signer chez Secteur Ä, sauf que les 2 rappeurs venaient de quitter Time Bomb « donc c’était pas pour signer derrière avec un mec de notre âge, il allait pas devenir notre daron tu vois« . Là tu déduis qu’entre ça et Booba qui prend un RTT carcéral imprévu, Kenzy a dû légèrement maudire les ex-Time Bomb. Et se contenter de Pit Baccardi, mais ça, cela ne nous regarde pas.

. Parce qu’un peu d’humour ne fait jamais de mal, je lui demande également s’il connaît pas par hasard un groupe nommé 1995.
« c’est un groupe ? ça me dit rien, pour moi c’est une date. » Merci à tous.

. Lors d’un moment de silence où tout le monde mange (parce qu’il est impoli de parler la bouche pleine bande de malpropres), Ill lève la tête, regarde la télé et lâche : « je le trouve vraiment bizarre le rebeu de leur groupe, là. Il a une tête étrange quand même. » Je me retourne : c’était un clip de la Sexion d’Assaut et il parlait de Maska.

. Ensuite arrive un clip de Pitbull : « mais vous avez vu la vidéo où il cogne le mec qui le faisait chier dans le public ? Moi je pense que ce gars là, il est pas latino du tout. Il est d’Europe de l’Est. Tu vois les mercenaires sans âmes qui viennent de ce genre de pays, bah c’est ça. »

. Quand j’explique ce que je fais pour gagner ma vie, Ill a une définition qui lui vient immédiatement à l’esprit : « en fait ton métier c’est de réfléchir à la prochaine quenelle que tu vas glisser, et comment tu vas la glisser aux gens ». Une bonne définition du journalisme ma foi. La preuve, tu viens de lire un truc à peine mieux rédigé qu’un journal intime d’adolescente américaine qui vient d’avoir ses 1ers ragnagnas mais t’es content quand même.

y’a aussi eu un moment où ça parlait d’un concert en Suisse ou je ne sais où et j’ai pas pu résister à la question qui tue :  mais pourquoi pas Paris ? « parce que je dois m’entraîner avant de me produire à la maison, pour être sûr que ce soit bon« . Et il a pas menti, puisque le 4 juillet dernier y’a eu ça :

mais nous on y était pas, on matait American Pie 4.

THAT’S ALL FOLKS.

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 3

Et sinon, juste histoire de bien faire chier, pourquoi t’as jamais fait de son sur les meufs ou l’amour ? Mais on en a fait un avec Cross, sur rap de banlieusard 2 ! Si, le morceau « ce genre de filles ». Bah non, c’est un truc où vous parlez d’armes et les meufs servent de métaphore filée. Non, on parle vraiment de meufs aussi, en même temps, on dit qu’on aime les femmes. Cross a quand même une rime où il dit qu’il a un gun long comme sa bite… Ouais, bon, on en parle à notre façon, quoi.
Joe appellera ensuite Cross (« tu te souviens du Blavog ? Les mecs qui se foutaient de ta le-gueu ? Je suis avec eux là ») et d’autres potes dont son manager et le fondateur d’E.T.A & 357 (on a oublié le nom mais il me semble que c’est Nabil, ça doit être sur un des audios, démerdez-vous) n’oubliant pas de sortir des blagues dont lui seul a le secret (« en fait, là on attend des gens pour vous péter la gueule »). D’ailleurs le billet sur So parano, les concernés en avaient pensé quoi ? Alors en fait nous on était sciés, d’une part c’était marrant mais le pire c’est que ça ressemblait vraiment à la réalité. Au début on pensait que c’était l’ingé son qui avait écrit ça, ou un pote à nous. Donc là on repense à ce qu’on a écrit et on se dit deux choses : les sessions d’enregistrement ont dû être folklo, et Ill est vraiment perché. Dès son arrivée Cross demandera d’ailleurs direct « alors moi je veux savoir un truc : qui vous a renseigné », et un autre nous dira à peu près la même chose. Mais pourquoi vous m’avez fait parler comme une loque ? Bah parce que c’est tout ce qu’on a trouvé, le flow de Cross étant le plus posé de tous, alors que les autres sont déjà bien lents, et l’ovni Monsieur Cross 2 nous a marqué. Concernant ce son, et « l’instru de clown » (rires) en fait, sans me justifier hein, mais mon idée c’était de jouer sur le décalage entre mon flow, ma voix et l’instru qui est vraiment inhabituelle, on s’attend pas du tout à m’entendre dessus. Détail troublant, sans sa voix, difficile de reconnaître Cross, qui a non seulement une casquette, mais aussi beaucoup de cheveux. Spleenter sera profondément choqué par cette vision, ce qui donnera lieu à l’échange suivant :
Spleenter – et sinon t’as des projets ?
Cross – dans le rap, bah pas vraiment
Spleenter – non mais pour tes cheveux, tu comptes faire quelque chose ?
Cross – (rires) ah mais je vais te dire un truc : j’ai fait le ratio entre la longueur de cheveux et la quantité de meufs que tu serres, et je dois dire que j’y ai grave gagné.
Toujours au niveau capillaire, parce que c’est un sujet primordial dans le rap, Joe y va de son petit conseil technique. Au début ma mère était contre les locks, y’avait pas moyen que j’en ai. Alors le truc c’est que j’ai dit que ce serait juste pour les vacances, pendant l’été, tu vois. Sauf qu’à la rentrée j’ai dit bon ben on a qu’à dire jusqu’à la Toussaint, ce genre de conneries. Et forcément ça poussait, et au bout d’un moment bah elle a lâché l’affaire. Mais là j’ai coupé un peu, c’est plus aussi long qu’avant. Ça c’est de l’interview qu’a des couilles au cul, ou je m’y connais pas.
Son pote/manager/producteur, avec qui Joe nous explique qu’il veut monter une structure en totale indé, décrit le personnage à sa façon : Joe il a une plume, y’a vraiment quelque chose à faire avec lui. Bon le truc c’est que lui, c’est le genre… si y’a un concert et en même temps, une soirée, il va aller à la soirée (sourire).

The Wire vs Les Sopranos (bonus track)

Joe – C’est super dur, je sais pas franchement.  C’est une bonne question parce que je crois même qu’aux États-Unis y’a eu un genre d’étude des meilleures séries et c’était ces 2 qui ressortaient. The Wire j’adore, y’a plein de persos géniaux, mais de l’autre côté y’a Tony… The Wire c’est constant dans la qualité, mais Les Sopranos c’est autre chose, sans que tu saches pourquoi, des fois t’as un épisode de fou, comme quand Christopher et Paulie se paument dans la neige en voulant enterrer un Russe, et qu’ils perdent tous leurs moyens. C’est super comique parce que c’est des mafieux classiques mais là tu les vois dans une situation qu’ils maîtrisent pas, ils ont les cheveux en bataille, ils crèvent la dalle, ils sont gelés, ils s’embrouillent parce qu’un des deux a bouffé un supplément sauce du mac do alors que c’était le seul truc qui leur restait pour grailler…

Spleenter – ça faisait très Fargo, c’est un épisode réalisé par Buscemi je crois.

Joe – Sinon en ce moment y’a Boardwalk Empire, je sais pas si vous suivez.

Spleenter – Ouais, mais si je passe 50 minutes devant un épisode des fois je me fais chier. Alors que si je lis des pages wikipedias mal documentées sur certains persos de la série, je passe une bonne soirée. C’est quand même un gros problème. A part Capone, tous les persos de mafieux sont nuls.

Teo – Surtout Luciano et Lansky, l’un est un attardé impuissant et l’autre a une dégaine d’écolier. Au train où ça va, quand Siegel va débarquer, ce sera un autiste avec un yoyo en bois qui fait des clins d’œil aux meufs dans la rue (et effectivement, entre temps la saison 2 a été diffusée, et un personnage plutôt jeune appelé « Beanie » se distingue en faisant des grimaces d’enfant de 5 ans aux autres gangsters durant ses courtes apparitions)

Joe – ouais mais tu vois, déjà la série elle est pas vraiment sur ces mecs là. C’est sur le perso de Buscemi, et aussi le jeune là, Darmody. Lui il est très bon. Après ça me dérange pas qu’il affiche salement Luciano, avec le moment où il se fait avoir par la meuf qu’il baise. Parce que en vrai, à cet âge là, bah Luciano c’était un ptit con. Nous on a l’image finale du gros gangster mais ça s’est pas fait en un jour. Pareil pour Lansky. Tu vois c’est comme dans Malcolm X de Spike Lee. S’il le montre pas dans sa période de ptit con, en train de (il imite la démarche ridicule que Malcolm X tape à un moment au début du film), bah tu vois pas son évolution et ça a moins d’impact. C’est la réalité.

Il explique ensuite que c’est pareil chez les mafieux, en calant des références précises, notamment Genovese qu’il connait par cœur, avant que le tout débouche sur une interprétation très personnelle du rôle de la mafia dans le débarquement en Sicile : « faut quand même se dire un truc : sans Luciano, tu parlerais sans doute allemand. faut pas l’oublier ça ». Quand à son amour des bonnes séries, il n’en démordra pas « je vais te dire : c’est mieux que le sexe ».

Lucazz du siècle

Une anecdote sur Diomay, c’est cadeau, le rappeur préféré de Teobaldo.
Y’a tout un tas de trucs qui posent problème et qui font qu’on se prend la tête pour rien. A un moment je me suis dit pourquoi pas poser avec Diomay, je le contacte, et il répond via le net « ouais là c’est chaud je suis sur mon album », que son manager veut pas qu’il s’éparpille ou je ne sais quoi. C’est quoi ça. Moi ça m’avait plié de rire, parce que franchement si t’es un rappeur et que tu penses comme ça… La définition d’un rappeur, c’est de rapper. Les trucs « oui mais là c’est pas la bonne période », c’est n’importe quoi. Surtout que bon, je veux pas l’enfoncer, mais ça reste Diomay hein. C’est pas une tête d’affiche ou quoi. Le pire c’est que si ça s’trouve il a pensé que je lui en voulais vu que j’ai pas relancé. Non, j’en ai juste rien à foutre.
Sinon, pelle-mêle, on retiendra le patron de bar qui salue Joe et se fout de la gueule de Delarue : « faut être balaise pour passer de 20g à 0 par semaine. T’as vu sa vidéo d’excuses là ? il a pas seulement baissé son froc, il a tendu son cul en demandant si c’était assez bien ». Joe nous parlera aussi vite fait de Kenny Kenz, un rappeur belge ou suisse (ça date, faites pas chier) qu’il compte produire « il est tout frais et surtout, il est vrai, il fait que décrire son quotidien, il sait de quoi il parle, y’a pas de cinéma. C’est bien aussi de mettre des jeunes en avant, c’est comme ça que la musique se renouvelle. En France on a un peu du mal, mais aux states tu vois même des Lil Wayne, qui sont pas des anciens, ils pensent déjà à la relève, avec Young Money, Drake, Nicki Minaj. Drake c’est pas trop mon truc, mais je comprends la démarche, et Wayne a vu juste, il a ramassé le pactole avec lui, pareil pour Nicki Minaj, même si moi je suis un ancien donc je préfèrerai toujours Lil Kim, mais c’est cool. C’est comme Cory Gunz, il a vu qu’il était dangereux, il l’a signé» Et Rick Ross (ça c’est d’la transition) ? J’apprécie bien. Après le problème que j’ai c’est que c’est glacial, c’est une machine le mec, c’est presque… c’est trop parfait des fois. Tu sais que t’auras l’instru classieuse ici, le feat avec tel rappeur là, le refrain de John Legend là-bas… faudrait que ça respire plus, mais sinon chapeau. Concernant Kenny Kenz, on n’était déjà pas emballés à l’époque, et ça n’a malheureusement pas changé après écoute de leur mixtape commune. Et si on avait un doute sur tous ces gens qui arrêtaient Joe dans la rue alors que c’est même pas son quartier, l’intéressé clarifiera les choses avec une simplicité lucide « bah quand on était encore dans le biz on mettait bien beaucoup de monde, faut pas chercher plus loin hein ». Le même détachement qui lui fera dire en nous quittant « vous faites comme vous le sentez, vous êtes libres pour le texte, je veux pas avoir mon mot à dire dessus, tant mieux si ça pique des fois même ».

Par la suite j’ai revu Joe une fois, où au détour d’une conversation il lâchera tranquillement « moi si j’avais eu l’occasion de faire ça, j’aurais foncé direct. C’est vraiment génial d’être critique de film, ou sinon critique littéraire, c’est vraiment bien ». Bref, un rappeur qui gagne à être connu sans être enfermé dans une case, même si c’est évidemment peine perdue, parce que le public est un con. Cela rejoint d’ailleurs une réflexion qu’il avait eu quand on lui avait fait remarquer qu’il avait un côté très à l’ancienne, vieux Paris dans ses références, qui rejoignait le côté bien écrit de ses lyrics. Renaud, Gainsbourg, Coluche, ouais, si je les cite c’est parce que je me reconnais, je les ai découvert tout jeune et j’aime toujours bien. Desproges aussi, j’adore, Audiard, pareil. Et Dieudonné (ouais on lâche pas l’affaire) ? Ouais… (il hésite, comme s’il attendait qu’un agent du Mossad sorte des chiottes en hurlant putain on en tient un) Ouais. Ouais, j’aime bien également, c’est très bien, il est fort. Puis, après une hésitation, cette dernière phrase qui, à mon sens, résume bien le personnage : En fait, je déteste la bêtise.

Joe Lucazz et Kenny Kenz – Espèce Chaîne Gang

Joe Lucazz – Rencontre avec Joe

Joe Lucazz – Rap de banlieusard 2

Joe Lucazz – des sons à droite à gauche, de ci de là, cahin caha (avec Nakk, Alpha 5.20, Monseigneur Mike, Zekwe Ramos et d’autres gentils garnements, le tracklist est mal écrit, mal taggé, et chaotique, mais tu vas pas faire chier non plus)

Joe & Cross feat Despo & Escobar Macson – Crack music et bijoux de famille

ce morceau n’existe nulle part à la base, mais c’est pas ça qui va nous arrêter. Une production Blavog, unique et historique comme un god dans la chambre d’une bonne sœur (ça c’est bien, parce que god, godemiché, mais god, Dieu : un jeu de mot très classe qui conclut une année qui l’a été tout autant).

Et une bonne année bande d’enculés

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 2

Sorti du microcosme parisien, une connexion dénote un peu : le lien entre Joe et Le Rat Luciano.
En fait à une époque, des potes voulaient faire une tape où ils reprendraient des classiques du rap français. Ouais mais ça c’est Retour vers le futur et c’est le K.Ommando Toxik. Voilà, ils nous ont pris de court, du coup ça c’est jamais fait. Mais par la force des choses, c’est grâce à ça que j’ai rencontré le Rat Luciano, puisque parmi les reprises, y’avait la FF. Et là franchement on a accroché direct. Et le mec, alors que je suis un parisien qu’il connaît ni d’Adam ni d’Eve, je l’ai au phonetel « ouais t’as qu’à descendre à Marseille au quartier » et c’était pas une façon de parler, après il me traite comme un pote, et réciproquement quand il venait ici. Même quand chez lui c’était pas possible, parfois je dormais chez Don Choa… Tant que c’était pas chez Menzo, ce n’est pas sale. En fait le truc avec le rat, qui fait que de Marseille à Paris il est respecté, c’est pas seulement qu’il est fort, c’est qu’en plus, y’a aucune différence entre celui que t’as sur disque et celui que t’as en face de toi. Il est quartier pour de vrai. Autant, nous tous, même quand on colle à la réalité, on enjolive un peu… autant lui c’est vrai à la virgule près. Et tout le monde te le dira. Même Booba, un jour à une soirée, il me sort « le rat c’est le seul que je respecte dans ce rap game ». Moi à l’époque j’ai juste pensé  « attends que j’arrive, ptit enfoiré » (rires). Mais là j’ai vu que Luciano a fait un feat avec La Fouine On remarque une note très prononcée d’inquiétude dans sa voix, c’est la fin du monde tel qu’il l’a connu, et on le rassurera en lui disant que Luciano ne change apparemment pas de style dans l’extrait du morceau qui a filtré. « Et y’a Rohff aussi, il paraît qu’il a sorti un son qui s’appelle « C’est comment », pareil, j’ai pas écouté, mais ça fait chier, c’est un truc que je voulais faire ça, parce que cette phrase je la dis tout le temps ! » Effectivement, une moitié du Blavog confirme, pour avoir passé une soirée en sa compagnie, le nombre incroyablement élevé de « c’est comment » l’ayant obligé à répondre « pépèrement » une bonne centaine de fois. Cependant chez Rohff la phrase est juste le titre de l’intro de La Cuenta. « Alors c’est cool, tant mieux ». Tout est bien qui finit bien.

INTERLUDE
Là tout de suite faut préciser un truc essentiel. Tout au long de la soirée, Joe s’arrêtera fréquemment pour saluer des gens, et inversement, qu’il soit posé à un bar où simplement en train de marcher en pleine rue. Sa moyenne étant d’un serrage de main et une bise sur la joue toutes les 9,27 minutes, on les passera sous silence la plupart du temps, mais pas là. Parce que Joe s’interrompt brusquement dès l’entrée d’un homme dans le bar, qui le salue chaleureusement.
Le type – salut ça va ? Tu deviens quoi ?
Joe – bah ça va Yann tranquille et toi
Yann – (à nous) enchanté, Yann, Yann Le Bras.
Après avoir échangé quelques amabilités, cette personne revient sur moi, puis sur Joe et fait « ah mais on se connaît, c’est avec lui que vous êtes venu la dernière fois » Hein ? Mais non, pas du tout. Faut aussi préciser qu’être pris pour quelqu’un d’autre est un super pouvoir de Spleenter, qui au cours de sa triste vie s’est vu attribuer une ressemblance avec Mohammed Ali, Yannick Noah, Joachim Noah, Michael Jackson période Jackson 5, Marcel Desailly et même Ronaldinho. « Ah, pardon. Bonne soirée ». Donc c’était le fameux Maître Le Bras, on l’applaudit bien fort, l’avocat le plus name-droppé dans le rap français depuis Perry Mason. Alors comme ça on a le même baveux que B2O, on se fait pas chier. « Ouais, mais ça veut pas dire grand-chose, d’ailleurs c’est même possible qu’il fasse certains trucs pour Booba gratos, vu comment l’autre le fait connaître à tout le monde. » On en apprend tous les jours.

So Parano
Moi à la base je suis plus New York qu’autre chose. C’est ça qui me parle. Mais pourtant sur So Parano notamment, la sélection d’instru allait de faces B de Lil Wayne à Young Buck en passant par Mike Jones et Terrace Martin. Ça en fait c’est dû à Work, c’est lui qui a fait la sélection de beats. De nous tous c’est lui qui se tient vraiment le plus au courant de ce qui se fait actuellement aux U.S. Moi, du moment que ça sonne bien, je suis pas fermé, je pose dessus, le changement c’est toujours sympa. Le délire So Parano en lui-même, bon déjà on est tous fans des Sopranos, et on parle de ce qu’on connaît, de notre vécu, avec le côté business de rue, tout ça. Entre lui qui donne son prénom et son nom, et Work qui dit « on kiffe tellement le rap qu’on se poucav nous-mêmes comme des golmons sur disque » où est la limite à pas franchir pour pas se griller bêtement ? Joe reste pragmatique. C’est une petite tape, personne l’écoutera, même nos proches qui vont l’écouter, avec les flows, les expressions, ils comprendront pas tout, donc ça va. Pas si parano que ça du coup… Tout le délire So Parano c’est surtout parce qu’à l’époque c’était à fond le biz de C. Chacun finissait de poser il checkait son portable, « bon je dois bouger voir un mec, je reviens ». C’était vraiment notre ambiance, et on enchaînait les couplets au milieu de tout ça. De toute façon, nous notre façon de penser c’est que tout ce qu’on fait on devra le payer tôt ou tard. Donc c’est aussi pour ça qu’on se permet d’aller un peu loin dans les paroles, on fait que raconter nos vies, pas la peine de nous faire la morale derrière parce qu’on vous a pas demandé de nous plaindre non plus. On fait que décrire notre quotidien.
Spleenter – Mais par exemple, ta mère écoute ta musique ?
Joe – Ouais
Spleenter – Et elle dit quoi ?
Joe – Elle dit « t’es un con », en général. Mais sinon elle sait que dans la vie je suis plus dans les bêtises, elle est contente pour moi maintenant. Mais sinon quand j’ai eu mes problèmes avec le 36, bah c’est ma sœur qui m’a présenté Le Bras par exemple, comme quoi.

Une famille de boss, on peut le dire.

Joe & Cross : Les Clipse frinçais ?
The Clipse avaient repoussé lors d’un entretien l’étiquette « cocaïne rap » en mettant en avant leurs talents de lyricistes, les métaphores, doubles sens, etc, la vente de drogues étant une thématique générale plus qu’un style. C’était aussi le cas de Joe sur disque (« Classe-moi parmi les lyricistes ») et aussi dans une interview pour rap mag où il citait Talib Kweli comme une de ses références.
« Ouais, je me rappelle. Kweli ça me plaît parce que c’est rue, mais l’écriture reste soignée. Sinon par rapport à nous, ça faisait dix ans qu’on parlait de coke et à l’époque on nous le reprochait beaucoup. Maintenant limite si t’en parles pas t’es hasbeen, alors moi j’ai décidé d’en parler moins qu’avant. Dans mon album y’aura quand même 2-3 sons dessus mais sinon je les  laisse, qu’ils s’amusent à jouer les Scarface entre eux… Nous on savait de quoi on parlait et pourquoi on le disait ». Le mec dit ça comme un plombier qui déplore la piètre qualité des pièces importées d’Europe de l’Est. L’amour du travail bien fait, ni plus ni moins. Pourtant, dans leurs premiers sons, Cross comme Joe décrivait l’univers du deal de manière plus vague, et surtout d’un point de vue extérieur, puis peu à peu il y a eu glissement vers un discours où ils s’assument vendeurs. « Bah justement c’est aussi parce que nous au début on avait une certaine retenue par rapport à ça, puis le temps passe, tu vois des gens qui n’ont jamais été dans ça qui se mettent à parler comme s’ils s’y connaissaient alors qu’on sait que non. Donc là on s’est dit autant y aller, les gens verront bien qu’on s’invente pas de vie. » D’où des phases comme « ils parlent tous de 0.9, 0.9, comme s’ils étaient des chimistes » ? C’est ça, c’est ridicule cette mode.  Pour en revenir aux Clipse, c’est sympa, j’aime bien leurs wordplays, mais dans le genre je préfère D-Block par exemple. » New-York jusqu’au bout décidément. Désolé les gars, on aura vraiment essayé, mais Malice et Pusha T n’auront pas les faveurs du bonhomme de neige.

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 1

Teobaldo – et on a interviewé Joe Lucazz aussi dernièrement

Lalcko – il est très bon lui. C’est dommage qu’il rappe plus.

Teobaldo – mais il a pas arrêté…

Lalcko – ah bon ?

Cet échange hautement confidentiel entre ces deux individus, qui a eu lieu dans l’escalier de mon immeuble, est certes anecdotique mais résume assez bien la position particulière de Joe dans le rap français. Respecté, estimé de ses pairs, mais totalement à la ramasse niveau promo, et limite absent de l’inconscient collectif du public rap frinçais (ça si c’est pas d’la phase de branleur je sais pas ce que c’est).

2e anecdote, toujours plus haut, toujours plus fort : lors de l’enregistrement de GB Paris vol 1, il s’est passé un truc assez marrant à un moment. Joe pose son couplet, et là un petit silence se fait, les autres rappeurs présents l’écoutent réellement. Alors que l’ambiance du studio et le nombre de mc au mètre carré étaient pas du tout adaptés pour ça. Shone et Miko diront d’ailleurs « Joe on a son skeud à la maison », et au-delà du fait que ça sous-entende que ces deux personnes habitent ensemble, une telle unanimité est en général soit synonyme d’hypocrisie soit carrément exceptionnelle. On était ici dans le second cas, avec un consensus parfois flou mais sincère, qui revenait à mettre tout le monde d’accord sur un point : Joe, il écrit pas avec son derche.

Il y a maintenant une petite dizaine de mois, on a eu la chance de pouvoir échanger tout plein de mots avec ce rappeur qu’on aime beaucoup ici, mais dont personne ne parle. Jamais. Surtout toi là-bas. Parce qu’un papier difforme vaut tous les tops de merde du monde, voici le récit pas piqué des hannetons d’une sacrée soirée, en version audio pour ce qu’on a pu sauver et écrite pour tout le reste. Avec des propos rapportés mais aussi de l’itw directe, parce que c’est comme ça, c’est Noël, et comme disait cette meuf qui avait de l’herpès « y’en aura pour tout le monde ».

Lucazz Begins

« En fait à la base j’étais avec Cross dans un crew et à un moment on devait tous se choisir nos blases. Cross à l’époque s’appelait Lupino (?), inspiré de Arsène Lupin (!) et moi, Lucazzi c’était pour Luca Brazzi en fait. C’était un moment où je voulais rendre mon flow plus fluide alors j’essayais au maximum d’enlever certaines lettres qui te font buter sur la prononciation, c’est pour ça que Luca Brazzi est devenu Lucazzi. Dans Le Parrain, ce perso m’a choqué dès le début : tu vois un type répéter pendant une heure une simple phrase de félicitations pour Corleone, ensuite il disparaît et quand Corléone se fait shooter et qu’ils font la réunion de famille tout le monde dit « ah si Luca Brazzi était là, il règlerait tout ça en 2-2 ». Mais tu sais pas bien qui c’est à part que c’est le plus fidèle des capos de la famille. Après t’as la fin, où il réapparait et se fait caner salement. Bref j’étais intrigué. Donc j’ai lu tous les bouquins de Puzo et le perso y est beaucoup plus développé et il m’a bien plu. Donc aucun rapport avec Frank Lucas. « Ca va pas non ? Pas du tout, en plus c’est une balance lui ».

Cam’ron sur Marche avec nous

Alors cette connexion à la base on l’a eu par DJ Battle qui a mixé notre album et qui était beaucoup aux States à ce moment là. A un moment il nous contacte et nous fait voilà j’ai moyen de vous avoir Cam’ron, mais pour un petit truc, ce sera pas forcément un couplet ni rien. Nous on s’en foutait, tu nous passes Cam’ron sur notre skeud, bien sûr que c’est oui. Donc voilà l’histoire de cette intro.

Méthode de travail

Alors mes potes, j’écoute leur avis, mais en vrai, je m’en fous. C’est d’abord moi seul qui compte. Mais attention, je suis super exigeant avec moi-même. La plupart des sons que je fais, je me mets des notes en fait. La plupart du temps, si je me mets pas plus de 14, je sors pas le son. Et ça arrive souvent. Du coup c’est l’inverse, c’est mes potes qui me disent mais t’es fou, ça c’est bien. Mais faut que ça me plaise à moi d’abord. Niveau écriture, le truc que j’aime bien faire c’est instaurer une continuité dans mes couplets, au moins sur la forme, même si ça va parler de tout et de rien au final. Si je te fais une comparaison en début de couplet sur, on va dire, le poker, je vais me démerder pour que ça revienne par la suite, et si possible finir sur ça aussi, mais de manière variée à chaque fois. Que quand t’écoutes, ça semble un enchaînement logique, pas des phrases interchangeables à l’infini.

Joe et le rap français

Il évoque dans un premier temps ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui, à commencer par Flynt. « si t’as une embrouille avec Flynt, t’as qu’à squatter les concerts de Mobb Deep, Infamous Mobb, tout ça, t’es sûr de le trouver. C’est vraiment son délire. C’est un mec en or, il est pas du tout comme moi. Flynt tu lui donnes rendez-vous à 15h, il est là à moins cinq, à 15h01 il t’envoie un texto et à 15h03 il t’appelle. » Évidemment, Joe aurait pu se contenter de dire « Flynt est blanc », mais il est comme ça, il a son sens de la formule bien à lui et il y tient. Quand il parle au naturel, il encule l’ensemble des slammeurs de ce pays. En parlant de ça, la seule fois où on a entendu un pic à des collègues, c’était pour Abd al Malik et Michael Youn nan ? « En fait j’aime pas les clash, je trouve ça bidon en France. Si j’ai un problème avec quelqu’un je vois franchement pas l’intérêt d’en faire un morceau. La phase sur Malik et Youn c’est pas un clash en vrai, c’est juste la vérité : l’un a vraiment zappé le rap pour du slam, et l’autre est un clown. C’est même pas une attaque. L’autre fois où je me suis retrouvé dans une histoire comme ça c’était avec Cen Safaraa, et alors là c’était n’importe quoi. Je pose sur un truc qui reprend la face B de Repose en paix au refrain. Avec Cross on se dit que c’est bien, je pensais même qu’on aurait pu appeler Booba pour qu’il dise quelques mots en intro. Je reviens au studio, et je vois les autres couplets. « Merde mais c’est un clash ça les mecs !? » (Joe dit vraiment ça comme le gars qui se réveille, qui voit la fille à côté de lui et qui fait « mais c’est une rousse, ça les mecs !? »), avec Kappacci qui s’est rajouté et tout. Et en plus ils voulaient le clipper. » Donc là ce qu’on retient c’est que si tu veux clasher quelqu’un mais qu’il te manque un couplet, t’appelles Kappacci, il insultera tout le monde sans rechigner. « Mais de toute façon, même les fois où les beefs ont dépassé le cadre de la musique, c’était déjà n’importe quoi. » Un exemple ? « Le truc de Gab’1 là. Avec Rohff et Kery qui le tapent ou je sais pas quoi. Et y’a sa vidéo le lendemain. Franchement si tu tombes sur un mec et que juste après il continue son délire en vidéo, c’est que déjà tu l’as pas assez tapé. En plus Gab’1 on le connaît c’est un mec du 19, on le voit rentrer en taxi de soirée, il est marrant. Mais sinon le délire c’est que maintenant même les têtes-têtes c’est fini. Normalement, si t’as un truc contre quelqu’un, et que tu le retrouves avec tes gars, c’est tes potes qui le règlent et qui sautent pour toi. C’est comme ça que les trucs se règlent, les histoires de duel de cour de récré, j’y crois pas. » En parlant du 19e, quid de ses petits camarades ? Les Ghett Dip, je les connais, on s’apprécie, leur délire Hausmann, c’est bien, c’est super classe mais le truc c’est que des fois ça va un peu loin. Quand Simsky fait sa rime « je suis juif, musulman, chrétien », bah non. T’es juste musulman. Ça sert à rien, tu vas pas rallier tout le monde juste parce que tu dis ça. C’est comme les délires Illuminatis. C’est la mode, les mecs foutent des signes et des trucs mystiques dans leurs sons et leurs clips, ils croient que ça va leur ramener un certain public. Mais ceux qui sont là-dedans, ça les intéresse pas un rappeur qui parle de ça. Y’a aussi des mecs qui se sont mis à parler de coke dans leurs morceaux parce que c’est devenu fashion. Les gens sont profondément stupides de croire que ça peut les booster. Joe n’est pas non plus très fan des théories du complot en tous genres. Non mais moi, les trucs sur le 11 septembre, les trucs secrets pour contrôler le monde… je suis réaliste. Pour moi c’est l’argent qui dirige absolument tout. Donc pas besoin de chercher très loin. Tu vois juste ceux qui profitent d’un truc et ceux qui y perdent et t’as tout compris. Pourquoi des gens se feraient chier à faire des manipulations de fou pour contrôler un truc alors qu’il suffit de l’acheter ? A part ça, il fréquentait pas mal Sinik et Kennedy durant une période non ? Bah Kennedy et Sinik c’était les petits de Diam’s. Bon Sinik je peux plus trop l’écouter mais Kennedy, lui son évolution est un gâchis. Il s’est racaillisé de fou, avec son accent et ses intonations qui lui vont pas du tout. Surtout qu’à la base c’est pas un ouf. En même temps Kennedy dès qu’il a posé sur Ouest Side il a cru qu’il faisait partie du 92i… C’est exactement ça. Tous ces mecs qui rappaient normal et qui se sont mis à prendre un flow caillera après Booba… (là, Joe imite l’accent caillera. C’est impossible à décrire, le mépris dégouline trop sur les syllabes déformées, on obtient le chaînon manquant entre le raclement de gorge et le gémissement) Mais c’est dommage c’est un petit qui aurait pu tout niquer… mais tous les petits qui peuvent tout niquer ils leur arrivent des trucs. Ce qui manque c’est un jeune qui a les dents longues et qui maque le game. J’ai cru que Sefyu pourrait le faire, mais il a pas les capacités. Certains morceaux je peux même pas les écouter. Son truc « s-s-s-s-s » là (molotov 4), c’est mort pour moi. Le truc des gimmicks c’est bien une fois, pas plus. Pourtant Joe lui aussi a fait un couplet comme ça, « Doom ». Ouais, un couplet sur un feat. Dans mon album solo aussi y’aura un morceau gimmick. Ça s’appellera Mimil. Parce que c’est vrai que je le dis tout le temps. D’ailleurs cette expression, ça vient d’où ? C’est un truc à l’ancienne ça. Moi je me rappelle que c’est à Rosny qu’on le dit beaucoup. Mimil’ c’est genre… tu vois les petits mecs des rues mais d’avant ? Les gavroches, les minots qu’ont même pas 15 piges mais qui ramassent les mégots des grands pour se les foutre dans la bouche, tu vois ce style là, très vieux Paris. Bah c’est ça Mimil’. Et chez nous c’est devenu une sorte de truc qu’on ajoute en fin de phrase, genre « allez arrête tes conneries, mimil… ». Retour au rap. « Ce qui est dommage aussi et qui explique que y’a pas de petits qui déclassent les grands, c’est que les grands quand ils montent ils ont des équipes de merde avec eux. Booba il est fort mais son équipe elle est dégueulasse. Et c’est loin d’être le seul. Du coup tu peux pas avoir de crew à l’américaine qui sont tous au top en même temps. Du côté du Blavog, on a un peu peur de l’évolution de Dosseh. « Je crois vraiment que Dosseh est moins con que les autres de son âge, et en plus il vient de province, il a pas été bousillé par le délire d’ici, il doit avoir plus de recul. »

Darys, Ill, Joe Lucazz – freestyle

La suite au prochain épisode, avec un invité surprise, du suspens et des effets spéciaux.

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !), Joe Lucazz

Il y a des jours comme ça…

… où tout merde inévitablement. Sans qu’on puisse rien faire pour l’empêcher.  Par exemple la veille vous faites l’interview d’un rappeur qui se passe très bien, avec des trucs pertinents qui plairont aux amoureux du rap de westeux et des jeux de mots, et puis le lendemain vous lisez un message de votre collègue qui dit « mauvaise nouvelle : l’enregistreur a merdé, on entend que des grésillements. rien n’est sauvable. » Et ceux qui connaissent les itw d’ici savent que c’est très, très, très dur de reconstruire le truc de mémoire, même à chaud. C’est un peu pour ça que y’en a une pourtant très intéressante de Joe Lucazz qui dort dans les cartons depuis bientôt 6 mois (l’interview, pas Joe).

Bref. Pour couronner le tout vous ouvrez vos volets et constatez que les gentils moineaux et pigeons que le voisin du dessus s’obstine à nourrir ont confondu le rebord de votre fenêtre avec un genre de chiottes à la Turque. Donc on se dit c’est pas grave, au moins aujourd’hui Seno sort sa webtape gratuite qui regroupe tous les samedis bâtards, plus des inédits. Sauf qu’une fois sur son site tout beau tout neuf, on s’aperçoit que le blavog n’est pas en lien. Par contre d’autres sites (de merde) qui n’ont jamais parlé de lui, si, preuve que cet ex-obèse doublé d’un ingrat de  la pire espèce n’est également pas la moitié d’un traître. Donc à ce stade c’était assez logique qu’Amy Winehouse décède, au point où on en est.

Que faire dans ces cas là ?

C’est très simple. Agir avec dignité. Quelqu’un doit payer. Et ce quelqu’un, c’est le groupe 1995.

Pas parce qu’ils sont pires que d’autres.

Pas parce que leur niveau en clash (voir les rap contenders) est inversement proportionnel aux braillements de leur crew qu’ils ramènent toujours en spectateurs.

Pas parce qu’ils portent tous des noms de méchants tout droit sortis d’un dessin animé style Captain Planet.

Pas parce qu’un de leur pote de l’entourage a sorti la phase ultime « je rentre dans tes oreilles comme dans un clito« , clamant ainsi bien fort à la face du monde que ses connaissances en anatomie féminine sont sensiblement les mêmes que celles de votre petit neveu de 8 ans.

Pas parce que leurs dégaines constituent la preuve irréfutable que le concept d’anti-swag a bel et bien des adeptes en France.

Pas parce que « un neuf neuf QUINCE » est l’utilisation du verlan la plus consternante depuis « zé-ar » de maitre gims et ses amis pour désigner le quartier Arts et métier.

Pas parce que pour introduire le concert de Snoop et se rapprocher d’une ambiance West ils ont rien trouvé de mieux que de ramener Vomito Guizmo et le faire freestyler sur du Mobb Deep.

Pas même parce qu’un d’entre eux réussit l’exploit d’être à la fois blanc, roux , et albinos tout en imitant le flow de Cyanure (mais sans les accélérations, ça c’était trop dur).

Non.

Mais parce que leurs fans sont tellement des demeurés avec des goûts de merde et des têtes de cons que du coup, si, ça les rend bien, bien pires que beaucoup d’autres groupes. Leurs auditeurs peuvent te sortir leur coup spécial, le fameux « ils ramènent un bon esprit dans le hiphop ». gné ? Le bon esprit, le côté familial, tu peux aussi le voir en bougeant ton cul d’attardé à Grigny au barbecue des LMC Click avec à peu près tous les rappeurs de la ville, et y’avait aussi Shone & MIKO, parce que c’est comme ça. Mais c’est vrai que Grigny c’est loin, et sans doute que ça fait peur aux cons tous ces grands types qui parlent de rue avec un argot venu d’ailleurs.

D’autres vont t’expliquer pendant une heure que ce groupe, pardon, « la nouvelle sensation du rap français » est une bouffée d’air frais salutaire, à des années lumières des clichés racailleux et je ne sais quel autre argument de fils de pute trop heureux de pouvoir enfin se masturber sur autre chose que ses albums de Triptik d’il y a dix ans. Les mêmes qui feront semblant de pas remarquer que les textes de Nekfeu pourraient être ghostwrités par Al K-pote sous anesthésie générale (à noter que cette équation marche aussi pour Alpha Wann, avec Dany Dan décédé).

Enfin, vous l’aurez compris, il était plus que temps de faire

UN MONTAGE MONGOL

et là d’un coup, cette journée est tout de suite beaucoup plus satisfaisante.

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Interview de Cassidy des X-Men (Une vraie de vraie, et ouais) 1ère partie

Si vous vous souvenez bien, y a environ un an, on avait fait une fausse interview des X-Men. Et bien le vrai Cassidy est tombé dessus. Surpris, il s’est demandé ce que tous les rappeurs se demandent en nous lisant : « Qui sont ces gens ? », « Que veulent-ils ? » ou bien encore, le classique « Sont ils aussi laids et cons qu’on le prétend ? »  Et de fil en aiguille, on en arrive à une vraie interview de Cassidy des X-Men sur le Blavog (on est aussi surpris que vous). Cass’ face à face avec Teobaldo et Spleenter (Et aussi Hichem qui était là pour l’occasion, parce que c’est un bon pote et qu’il habite pas loin, c’est pratique) c’est parti !

Teo -Bah avant tout présente toi, pourquoi Cassidy ? pourquoi ce blase ? Par exemple.

Cass -Bah voilà, Cassidy, issu du groupe X-Men. Pourquoi Cassidy ? Bah vu qu’à la base on est partis sur le nom X-Men pour tout ce qui concerne l’histoire des mutants et de toutes ces histoires qu’on a lues petits, il se trouve que le seul renoi que j’ai trouvé dans toute la clique c’était Black Tom Cassidy. Quand j’ai regardé le bouquin j’ai dit « Tiens ça va être lui, ça me parle. » C’est parti de ça. D’ailleurs mon 1er nom c’était Black Tom Cassidy. Puis après on a viré et gardé Cassidy.

Teo -C’était le nom dans les crédits de « J’attaque du mike. »

Cass -Exact.

Teo -Sinon, y’avait eu aussi Cassi-Dinero.

Cass -Sur « Retour aux pyramides. » En fait on était partis sur un délire avec Oxmo où on était sur les déclinaisons de Cassidy, où je cherchais à faire des petites fantaisies et ça m’est venu comme ça. Ça a été un blase de circonstances mais voilà ça reste Cassidy.

Teo -Tes débuts, t’as commencé quand ?

Cass -Alors débuts… 95 avec le premier morceau qui était sorti, c’était « J’attaque du mike. »

Teo -Mais avant, t’avais commencé depuis longtemps ?

Cass -Allez, ça fait peut-être 2ans maximum qu’on avait commencé à prendre la plume. Ça a été rencontre avec Ill au collège, puis un peu plus tard Hifi aussi dans la street et les soirées du côté de Pigalle. Et voilà, le truc s’est fait, on a tripé, on a commencé à freestyler ensemble, on s’est dit on va faire des petites maquettes, la sauce a prise et voilà, les X-Men sont nés. Mais c’est vrai qu’avant « J’attaque du mike » on avait une année, peut-être 2 ans de rap dans les pattes.

Teo -Hifi faisait partie du groupe à la base ou ça a toujours été clair qu’il était solo ?

Cass – C’était clair, dés le début. En fait Ill et moi on se connaît aussi parce qu’y avait la géographie qui faisait qu’on était du même coin, le XXe. Donc on était amenés à se fréquenter assez régulièrement et Hifi est venu se greffer à l’ambiance ; même si ça reste un très bon soss, il savait d’entrée qu’il allait faire ses trucs solo. Donc on s’est dit voilà on se lance à 3 en tant qu’X-Men mais c’est vite devenu X-Men & Hifi en guest en fait.

(Subitement, Spleenter se réveille)

Spleenter -Mais t’es au courant que Black Tom Cassidy c’est pas un renoi dans la BD ?

Cass -Bah ils m’ont baisé dans la BD que j’ai eu parce qu’il était bien renoi, ou alors je suis daltonien !

Spleenter -C’est possible, mais c’est pas un renoi.

Cass -À vérifier alors. Je te ramènerai le bouquin parce que je l’ai gardé au cas où on émettrait des doutes.

Spleenter -Mais c’est un Irlandais.

Cass -Non mais ça je suis d’accord mais il est représenté renoi dans la BD. Après je sais pas, t’as peut-être raison, mais tu sais il peut y avoir des Irlandais renois aussi.

Spleenter -T’as aussi le délire Al Simmons, non ?

Cass -Ouais, ça c’est un autre côté que j’exploiterai plus tard justement, mais tu fais bien d’en parler parce qu’il existe, en effet.

Teo -La partie homme seul dans l’ombre

Cass -C’est ça.

Teo -Après « J’attaque du mike » y a toute la période Time Bomb, ça tout le monde connait à peu près. Par contre dernièrement, y a un truc qui est sorti, une compil de DJ Sek. Dessus y avait 2 inéditss des X. Y a beaucoup de sons comme ça qui traînent en réserve ?

Cass -J’espère pas en fait… Normalement on aurait du les récupérer ou au moins être au courant quand tout ça se met en place (rires)

Teo -Vous l’avez su qu’au moment où c’est sorti ?

Cass -Non, pas au moment où c’est sorti. Mais disons qu’on en a eu vent parce qu’en fait c’était des maquettes qu’on avait faites à l’époque juste avant « J’attaque du mike » où on devait signer avec le label Source. Donc on était en processus de maquettes. 4, 5 morceaux dont ceux qui réapparaissent dans la compil de Sek. Nous on pensait que ces morceaux avaient plus ou moins disparus jusqu’au jour où un pote me dit « écoute, y a un pote à moi qui a retrouvé ces bandes là » et il s’avère qu’au même moment Sek a retrouvé ces bandes là et à décidé de les sortir. Donc voilà…

Teo -C’est l’Arche perdu votre truc là.

Cass -Ouais c’était un peu ça. C’est marrant parce que c’est des morceaux qui ont été faits de manière spontanée, pas écrits à l’avance. On a écrit sur place en studio puis ça a donné ces morceaux avec des couplets que j’avais repris plus tard dans « On reste humble. » Je sais plus. C’était peut-être « un garçon discret… » que j’avais posé sur Sad Hill.

Teo -Non, non, attends… c’était sur… « La corde au cou » !?

Cass -Ouais exact !

Teo -Un truc genre « Loin devant au volant de ma hip-hop-mobile… »

Cass -« …Profil type des gars qui escroquent pour de gros deals » exactement.

Teo -Mais vous avez aucun droit sur ces sons là ?

Cass – on a des droits mais en tant qu’auteurs, interprètes et pas en tant que producteurs. Mais voilà, tu sais c’est un peu comme tout, on a fait ça à une époque où l’argent c’était pas le sujet donc ce qui fait que sur le papier, sur le contrat, ça a pas été géré de manière carrée. Allez, on va dire que c’est passé à l’as, quoi.

Teo -Après on arrive assez rapidement au 1er album. Là y a beaucoup de rumeurs qui circulent, on sait pas trop ce qui est vrai. Comme quoi y avait eu un procès avec Marvel par rapport au nom des X-Men. Que vous aviez arrêté le rap. Que le truc a été enregistré en 3 semaines seulement.

Cass -Pour reprendre dans l’ordre : Non. Pour l’histoire, on a été le 1er groupe de rap français signé chez Universal et vu qu’on arrivait avec le nom X-Men, forcément en tant que major, ils voulaient pas prendre le moindre risque en mettant dans les bacs le groupe X-Men, sachant que ça appartenait à Marvel. Donc on a juste anticipé pour éviter un procès, justement. Après, pour ce qui est des 3 semaines pour enregistrer l’album, c’est la vérité. Ça veut dire qu’avant de rentrer en studio, on savait pas ce qu’on allait poser. On arrivait le matin « Ok on part là dessus », on écrivait chaque jour un texte. Donc en 3 semaines. Et enfin, non. On a jamais arrêté le rap, c’est juste que tu prends un peu de recul à un moment donné, tu regardes un peu la scène, mais on a jamais arrêté, on écrit tous les jours. C’est notre gymnastique quoi.

Teo -les reproches qui sont faits sur cet album, comme quoi c’était pas forcément au niveau, que les flows étaient un peu fatigués etc…

Cass -Ouais. Ouais. Mais tout ça… Je peux le comprendre mais en même temps, quand on se retourne, c’est un album qui me donne le plus de satisfaction. Dans le sens où c’est un truc instinctif, tout ce qu’on dit dedans c’est vérifiable, c’est la réalité. Parce qu’on avait pas le temps de cogiter à 1 000 choses. on prenait les journées qui se passaient et on les a plaquées sur l’album. C’est clair qu’y a quelques erreurs de flow, on va pas mentir dessus. Mais ça fait presque partie du projet. On a aussi fait une réédition qui s’est bien passé.

Teo -Pourtant, peu de gens ont été au courant.

Cass -On est d’accord qu’au niveau de la promo, c’était pas super. On espère pouvoir rebalancer la sauce avec des vinyles. Et pour en revenir à l’album, j’te dis, c’est une expérience qui m’a marquée parce qu’elle a aura été formatrice dans le sens où écrire un album en 3 semaines en studio c’était pas évident. À la fin on est quand même contents du résultat.

Teo -Et maintenant une question à la con. Sur l’intro, à la fin, on entend bien une balle de ping pong ?

Cass -T’as tout compris, au moment où on faisait l’intro on jouait au ping pong (rires) C’est exactement ça parce que c’était une grande pièce de studio. Au studio Davoust.

Teo -Ça me hantait depuis longtemps…

Cass -C’est marrant parce que t’es le premier qui le soulève. On s’est dit ‘peut-être que les gens vont capter‘ mais finalement ça a mis le temps. Mais ouais, on faisait une partie de ping pong et je sais plus qui menait d’ailleurs. Mais c’est ça, dans la cabine.

Teo -C’est vraiment la meilleure intro du monde.

Cass -En plus, tu remarqueras que c’est synchro. La balle rebondit au bon moment, ça passe dans le rythme donc parfait. Génial. Niquel.

Teo -T’as des questions toi ?

Spleenter -Je les ai marquées sur une feuille, là. Passe la moi.

Teo -Tiens.

Spleenter -Alors, première question : « Spawn ? »

Teo -C’est pas une question ça…

Cass -OK. Section comics. Normal. Vas-y !

Spleenter -Alors pourquoi Spawn ? Tout connement. (Al Simmons étant le vrai nom de Spawn)

Cass -Bah tu sais quoi, quand j’ai vu ce film là, parce que je connaissais pas à la base…

Spleenter -C’est parti du film ?

Cass -Ouais c’est parti du film.

Spleenter -Mais il est à chier.

Cass -Ouais, selon toi. Moi j’ai kiffé en tout cas. Perso, j’ai aimé la description du personnage de Al Simmons. À savoir, un mec qui était engagé à un moment pour une mission du mossad. Plus ou moins forcé de le faire par les circonstances et du coup il bascule du mauvais côté, mais malgré tout avec un fond noble et sain. C’est un peu ce mix là qui m’a interpelé parce que je me définis un peu comme ça. Je suis double facette. Ça peut être le jour et la nuit. Beau temps et tempête. Mon côté homme seul dans l’ombre ; mon côté « Dexter » si tu veux.

Spleenter -Les films X-Men puent la merde, tu as une explication ? Tu l’as vécu comment ?

Cass -Ouais ça je suis d’accord, mais tu sais c’est comme tous les sujets qui, au delà du divertissement, traitent de vraies choses, à savoir le Viet-Nam et toute cette époque avec des revendications de mutations génétiques, Stan Lee etc… Et ils te passent ça en grand divertissement, donc forcément c’est toujours kitsh. Mais les BDs sont bien mieux, je conseille aux gens qui connaissent pas X-Men de se pencher sur les comics à l’ancienne et pas de se référer aux films sortis récemment. Ça reste du divertissement pur et dur, sans plus.

Spleenter -T’as participé au concert ‘Retour aux sources’ et heureusement on t’as pas encore vu, contrairement à ton collègue, porter un t-shirt « Le rap c’était mieux avant. » Tu penses quoi de ce slogan ?

Cass -Je l’ai déjà porté ce t-shirt, parce qu’à un moment donné j’étais là à me dire ‘Ouais c’est un peu chiant ce qui se fait, à l’époque on était unis, on était soudés, c’était génial, super, nanani nanana…‘ Mais les choses ont évolué, faut vivre avec son temps. Tu vois, je roule pas avec des 4L même si je trouve ça joli ou que ça a son charme. Ça commence un petit peu à s’essouffler mais je vais pas cracher sur les mecs qui pensent que le rap c’était mieux avant. Moi je suis acteur du rap, pas spectateur, donc à moi de faire une came solide pour que les gens disent « Ah ouais le rap c’est pas mal maintenant aussi » ou « c’est aussi bien« . Après, chacun pense ce qu’il veut, je suis pas défenseur des morales ou quoi…

Une serpillère est demandée à l'accueil

Spleenter -Après, quand tu dis « on était tous soudés etc… »

Cass -C’était le discours récurrent mais je suis sorti de ça. Je l’ai pensé à un moment, forcément y a un peu de nostalgie. Mais y a un moment donné où tu te réveilles, on est en 2011, faut faire les choses. On y est.

Spleenter -Ouais mais même à l’époque, quand Time Bomb a…

Cass –Explosé ?

Spleenter -Ouais, on va dire ça comme ça. On pouvait déjà dire qu’il y avait beaucoup de potentiel pour faire des choses.

Cass -Ouais mais c’était encore trop chaud pour nous, on était encore dans le feu de l’action. Même si Time Bomb venait d’exploser, malgré tout on restait pas isolés. C’était le nom Time Bomb qui était parti en éclat mais on continuait à voir les Lunatic, les Ghetto Diplomats, Oxmo. Le truc continuait. Ça a pas été aussi clair qu’une vraie rupture. On était tous encore dans la même sphère. Donc ça a mis du temps avant qu’on se dise que c’était une certaine époque.

(là faut préciser que Spleenter bataille pour formuler 2 mots mais personne ne saura jamais ce qu’il a bien pu vouloir nous dire)

Teo -Donc après l’album y a eu « Bing Bang » avec les Ghetto Diplomats. Volume 1.

Cass -Ouais. Y aurait du avoir mais y aura pas de 2. C’est pas prévu. Tu sais, c’est comme tout à l’époque, quand on a fait ce projet on pensait que ce serait bien de faire un deuxième mais la vie à fait que chacun a fait son parcours. Des directions artistiques un peu différentes pour certains. Qui sait ? Peut-être un jour, mais franchement c’est pas dans les projets à venir.

Teo -Dommage. Je le trouve vraiment frais ce truc là.

Cass -Pareil.

Teo -Le truc sonne vraiment bien, y a un gros mix dessus.

Cass -C’est un projet qu’on a fait dans un esprit famille dans le sens où on était régulièrement ensemble. Donc ça a pu se faire à ce moment là et ça a donné cette ambiance là parce qu’on était tout le temps ensemble et je pense qu’aujourd’hui ça donnerait pas la même chose.

Teo -Il a reçu quel accueil ?

Cass -C’était un projet indépendant, donc en tant qu’indépendant c’était satisfaisant. Mais niveau médiation, c’était pas plus que ça. Ça tournait pas en radio mais dans la street ça tournait.

Teo -Donc pas de volume 2… ?

Cass -Et non, dommage.

Teo -Et pourtant y a des sons qui ont été enregistrés et qui ne sont pas sur le projet final. Y a un son qui s’est retrouvé sur une mixtape des Ghett Diip « Ce  monde ne tourne pas rond. »

Spleenter -Y a même déjà DJ Battle qui gueule, c’est marrant.

Teo -C’est pas DJ Battle…

Spleenter -Je sais mais il gueule.

Teo -Le couplet de Simsky ça doit être le même qu’il a sorti sur « Poing levé tête baissée. »

Cass -C’est des morceaux qu’ont pas forcément été retenus tout de suite. Mais en effet, je me souviens de cette maquette là.

Teo -Donc y en avait d’autres.

Cass -Ouais.

Teo -Je peux les avoir ?

Cass -Non. On avait un petit stock de morceaux de côté mais c’est comme tout. Moi en fait, je pense que ce qui serait bien c’est qu’avec tous ceux de cette époque là, on se réunisse et qu’on fasse un vrai truc plutôt que de tous les sortir les uns après les autres. Ce serait bien de faire un truc cohérent, je suis d’accord. Donc avis à la population, à ceux qui se sentent concernés et à ceux qui se reconnaissent. (hein ?!)

Spleenter -D’ailleurs y en a combien des morceaux enfouis comme ça ?

Cass -Y en a pas tant que ça. Mais je dirais une dizaine de morceaux. Je pense.

Teo -Avec toutes ces périodes, Time Bomb, Universal, Bing Bang, etc… on a l’impression que vous avez fait plus de morceaux pas sortis que de morceaux sortis.

Cass -Ouais mais c’est tout à fait possible, parce que tu sais, on est des serials maquetteurs. Enfin on était des serials maquetteurs, un peu moins maintenant parce qu’on sait où on veut aller quand on pose des morceaux mais c’est vrai qu’y a plein de trucs posés, des freestyles, des 16 mesures, des refrains, des idées de morceaux qui sont en chantier, qui sont de côté, qui sont pas sortis.

Teo -D’ailleurs à cet époque là, on vous a entendu sur le EP des Bass Click. Kuizto vous a refait un son pour « Ghettosuperesta » (sur Bing bang vol. 1) et y avait aussi l’outro « Pour mes gars autour » qui était très laid back, californien un peu.

Cass -Produit par Jimenez.

Teo -Et dernièrement, on t’a vu reprendre un sample de je sais plus qui.

Cass -Bobby caldwell.

Teo -Ça reste très typé West Coast tout ça.

Cass -À fond.

Teo -Est-ce que t’as pensé à bosser avec les mecs de la ‘scène westcoast en France’ (les westeux quoi) ?

Cass -En fait, mon futur projet qui est prévu pour cette année tourne un petit peu autour de ça. Je reviens à ce que j’aimais vraiment, à savoir la musique, les accords, les trucs un peu west coast. Même si j’ai une culture plus New York… enfin non, d’ailleurs, c’est aussi bien Est que Ouest. Donc je vais revenir à des trucs plus basiques, on va dire. À base de samples. Et vu que là j’ai eu la chance de m’associer avec des musiciens pour pouvoir jouer les morceaux live, sur scène ça va donner une autre dimension qui se rapprochera un peu plus de Bing Bang. Donc je suis tout à fait dans le sujet en ce moment. Je reviens à mes premières amours.

Teo -Le prochain projet c’est un solo ou il y a celui en commun avec Atto qui arrive ?

Cass -Oui, y a le projet avec Atto « Visionnaire » qui est censé arriver bientôt. Mais tu sais, la musique c’est pas toujours comme on l’espère. Y a des décalages de temps, mais en tout cas le projet est en cours de préparation. Y a déjà la quasi totalité des morceaux. En fait hier, Atto était en mix sur un son. Le projet sortira cette année. Je sais pas si il sortira avant ou après moi. Mais en ce moment, je suis concentré sur la phase studio, travail avec les musiciens, pour sortir un projet carré à la rentrée 2011. Si tout se passe bien.

Teo -Atto qui fait partie des 2 LUX avec qui tu poses souvent. Y a aussi Suspects (Youssou et Stephen) avec qui tu poses régulièrement. C’est ton équipe , c’est des gens que t’aimerais pousser en avant ?

Cass -En fait, c’est les affinités que j’ai dans le quartier. artistiquement ça passe bien, humainement aussi. Et c’est un peu le but de « Métronome Concept » à terme. C’est de produire des groupes. Si c’est pas Suspects ou Atto ce sera d’autres personnes, parce qu’ils auront sûrement fait leurs trucs entre temps. Mais en tout cas j’ai vocation et j’aime donner la chance à des gens qui, pour moi, le méritent. Les jeunes talents de quartier, aussi bien chanteur, chanteuse, graphiste. Peu importe.

Teo -À ce propos, y a un son avec une rappeuse, Clara Pops, sur Menilcity 2, qui a un flow et un débit assez vif. Et c’est la première fois que je t’entends faire des roulements.

Cass -C’est bien possible.

Teo -C’est un peu sadique pour elle. C’est de la compétition ?

Cass -Ouais, elle m’a fait aller dans son délire, donc j’y suis allé volontiers. Elle m’a dit que c’était un morceau un peu up tempo, roulements. bah vaz-y je te suis, c’est pas un souci. Et voilà ça a donné « Vroum Vroum » qui est un peu surprenant, parce qu’on m’attendait pas forcément là dessus. mais ça fait parti de mes skills comme on dit.

Spleenter -D’ailleurs, comment on peut définir le style X-Men ? Parce que les Sages Po, par exemple, on voit bien, ils ont donné une école (Beat 2 Boul) mais vous pas vraiment…

Cass -Le truc c’est qu’on est durs à imiter. C’est à dire qu’y a plein de trucs… Enfin, c’est pas le discours que j’ai d’habitude, mais c’est à force de l’entendre ; il paraît qu’on a été parmi les premiers à faire du name droping, de citer des trucs, de faire des métaphores, avec retour aux pyramides, etc… Les petits qu’on a fait ils sont métis, ils sont pas facilement identifiables. Apparemment y a eu un avant et un après X-Men dans la manière d’amener le rap et de balancer son parlé.

Teo -Après, pour certains, les Jedis c’étaient les petits des X-Men…

Cass -Ouais exact. Je pensais même pas à eux mais ouais, forcément, on les a un peu influencés.

Teo –Joe & Cross, si on veut…

Cass -Ouais aussi, ils sont un peu dans la même vibes.

Teo -Elle était à chier ta question, en fait, Spleenter…

Spleenter -C’est la magie du direct.

Cass -Non mais je suis d’accord. C’est pas des trucs flagrants. Mais pour les citer, justement, je sais qu’à l’époque le groupe qui m’avait le plus choqué en terme de ressemblance c’était… attends que je dise pas de bêtises… la clique avec le beatmaker Drixxxé…

Teo –Triptik.

Cass -Ouais, surtout par rapport à Ill où y avait quelques rimes qui ressemblaient je crois. Avec les banana, nanana… (ce passage rend pas super bien à l’écrit) une manière de dire les trucs. Mais c’est pareil, je me dis « Et si c’est le cas ? Bah tant mieux. On aura inspiré des gens… »

Spleenter -Et ta rencontre avec Joe et Cross ?

Cass -Joe et Cross, pareil. C’est une histoire de quartier, tu sais, proximité XXème. Je pense que Ill les a cotoyé un peu avant moi puisqu’ils se sont captés en soirée. À un moment on s’est retrouvé dans la même pièce. Les mecs avaient du talent et des plumes, on a commencé à écrire puis à délirer et ça a donné une amitié solide, on va dire.

Teo -Et t’as pas eu envie de faire partie de l’aventure « So Parano » ? (projet réunissant Ill des X-Men, Joe Lucazz, Cross et Work).

Cass -Bah justement, pendant toute cette période, moi j’étais dans mon côté Al Simmons. C’est à dire que Ill était chez 45 scientific, enfin il en sortait plutôt, c’était un peu après, mais je sais que Ill, Cross et Joe se voyaient régulièrement. Moi j’étais vraiment dans mes projets persos, concentré sur mon rap et ce qui fait que je ne suis pas intervenu dans ce projet, non.

Spleenter -Et ça t’a jamais saoulé d’être un peu… comment dire ? Le Calbo des X-Men ? Qu’à chaque fois on te parle de Ill tout le temps ?

Cass -Je vais t’expliquer, c’est marrant parce qu’on m’en parle souvent et je le comprends parce que je vois aussi la même chose chez les autres groupes. Comme tu dis, le Calbo, le Lino dans le groupe. Le Ali, le Booba. Mais le truc c’est que moi je viens d’une formation qui est le sport, ça veut dire que c’est le terrain. C’est à dire que ce sont des choses que je comprends tout à fait et c’est normal, parce que si Ill a ce statut, y a une raison. On est venu à l’écriture ensemble et il avait certaine facilité à l’époque, il avait une langue en plus, il avait l’anglais, ce qui ouvre les oreilles, pour ceux qui capteront. Et ça ne m’a poussé qu’à bosser pour qu’aujourd’hui, si on ressort un album X-Men, les gens se poseront la question et verront eux même. C’est une compétition qu’on a entre lui et moi qui est saine. On s’est encore vus y’a pas longtemps et on se dose à base de rap parce que je sais qu’il a un certain « standing » mais j’arrive méchant. Voilà. J’arrive énervé.

Spleenter -Donc t’as parlé d’un nouvel album des X-Men, là ?

Cass -Ouais parce qu’on se voit régulièrement, on discute de choses et d’autres et notamment de ce fameux album, mais ça passe par des projets solo bien aboutis. C’est à dire moi avec un solo carré, une bonne promotion avec une bonne exposition. Lui, pareil, parce que ça fait longtemps. Et après on pourra faire un album X-Men.

Teo -D’ailleurs comment ça se fait que ça prenne autant de temps ? Parce que le dernier projet X-Men c’était Bing Bang, y a près de 10 ans.

Cass -Le dernier truc c’était « Retiens mon nom » sur la compil Mesrine, mais ça c’était qu’un morceau. Mais parce qu’on sait tous les 2 que pour faire un bon album, on a besoin d’énergie et de temps. On veut pas faire un album à distance, à savoir : j’ai fait un couplet, je te l’envoie, wesh qu’est-ce qui se passe ? Non. Pour nous, la vie va avec la musique donc on a besoin de vivre des choses ensemble, de partager les mêmes délires. En ce moment c’est pas le cas parce qu’il est concentré sur ces trucs, moi sur les miens. Une fois qu’on va mettre la machine en route et qu’on va se dire qu’on fait l’album, là vous serez au courant et ce sera du lourd de toutes façons mais on y est pas encore.

Spleenter -Puisque tu parles de la BO de « Mesrine », ça me fait penser à celle de « Ma 6-T va crack-er ». Y avait eu un truc comme quoi, vous aviez déjà posé le morceau et vous avez vu le film en disant « En fait c’est pas vraiment pour nous. »

Cass -Ouais, ouais, exact. On a été un peu surpris, parce que, comme tu dis, on a d’abord fait le morceau et après vu le film. À l’époque, quand c’est sorti, c’était un peu dans le sillage de « La haine », si je dis pas de connerie, et forcément l’impact était moindre. On s’attendait à un truc hypra-patate, même si ça reste ter-ter. Un truc qui reste la photo d’une époque. Mais c’est clair qu’à l’époque, ça nous a pas bouleversés plus que ça. c’était un bon doc, on va dire, sur ce qui se passait à ce moment là mais ça reste pas comme le film marquant pour moi.

Spleenter -Et vous aviez pas dit en gros ‘on veut pas être dessus’ ?

Cass -Non, non, pas du tout. Parce que malgré tout ça restait un beau projet avec les personnes dessus et le fait d’apparaitre sur une BO pour nous, à l’époque, c’était une chance. Donc non, on a foncé direct et sans regrets. D’autant plus que la séquence musicale de notre instru, c’est la scène d’émeute dans le film qui est une scène forte où ça tire dans tous les sens, donc non, c’était plutôt bien.

Teo -Et ce son, vous aviez pas conscience à l’époque de faire quelque chose qui allait rester, apparemment.

Cass -Pas du tout. Au contraire, on est sortis du studio, on était peut-être même un peu déçus. On était pas super satisfaits du truc. Enfin, tu sais, t’as pas forcément un avis objectif. On avait la tête dedans.

Teo -Tu les réécoutes tes anciens sons, en te demandant ce que les gens ont pu aimer en particulier ?

Cass -Ouais et non, je réécoute ces sons parce qu’ils sont dans mon téléphone mais j’arrive pas à capter forcément pourquoi. Parce que c’est un truc qui est encore chaud. Quand on réécoute les lyrics, pour nous y’a rien d’exceptionnel en soi. C’est une succession d’images, je veux pas enlever la valeur du morceau mais juste pour dire que pour nous c’était l’instinct. C’était un truc instinctif et sur le moment on est pas rentrés en studio avec une idée précise avant. On a écouté la musique, on a écrit directement dessus et c’est une part de nous qui est restée et qui fait que les gens ont accroché, je pense.

Spleenter -Et c’était ce morceau là que vous avez posé assis, non ?

Cass -Exact.

Spleenter -Mais c’est parti de quoi ?

Cass -C’est parti de quoi ? Bah on voulait être à l’aise. Dans de bonnes conditions. On s’est dit « Viens on va sortir des trucs classiques où il faut être debout, je sais pas quoi. On va s’asseoir. » On a demandé aux ingés si au niveau du son c’était bien. Ils ont dit OK. Et voilà c’est parti, on a posé le morceau comme ça.

Spleenter -Après c’était la question de merde bateau sur Paris qui revient, mais c’était à l’époque où j’aimais bien la Sexion d’Assaut. (sacré Spleenter, toujours le mot pour rire, celui là)

Cass -Moi j’étais comme toi, ça m’a fait plaisir que le rap Parisien soit de nouveau devant. Chauvinisme 100% mais j’étais content.

Teo -En parlant de rap Parisien y avait l’album de la Famille Haussmann (Ghetto Diplomats) qu’avait pas mal de choses pour fonctionner. Des gros feats, de bons clips, etc… et ça a pas spécialement buzzé.

Cass -Perso, j’ai pas accroché plus que ça à ce projet. Après, chacun se fait son avis mais j’ai pas particulièrement accroché.

Teo -On revient sur tes débuts en solo. Pendant toute la période où Ill est chez 45, toi on te voit pas trop. Puis tu reviens vers 2005 (à peu près) avec « Cass’Story » sur « Le journal du 20 », t’es sur les « Niroshima » aussi. Comment ça se fait qu’à un moment t’aies disparu puis que tu reviennes très lentement pour finalement enchainer une net tape puis plusieurs projets ?

Cass -C’est la réalité du terrain. Parce qu’on a beau être en France, pendant tout ce moment là où j’étais un peu dans ma période Al Simmons, j’essaie un peu de voir comment marche l’industrie du disque, voir par moi même vu que les gens ne font pas de cadeaux. Dans le sens où si t’arrives pour demander quoi que ce soit, faut que tu sois en mesure de tes attentes* pour pouvoir livrer des lyrics frais, une musique patate. Et j’étais pas forcément impliqué au maximum, ce qui fait que j’ai pris mon temps pour, justement, partir sur de nouveaux projets, écrire de nouveaux morceaux, reprendre le truc à zéro. Ça demande du temps, forcément. Plutôt que de faire des morceaux par ci, par là, je me suis dis je vais me poser, savoir ce que je veux, et voilà je suis reparti dans l’écriture et sur de nouveaux projets et ça a donné ‘Métronome Concept.’

*(alors, sur le coup, personne n’a percuté, mais il semblerait que « être en mesure de ses attentes » ça veut pas dire grand chose. Mais on le laisse parce que c’est rigolo)

Teo -Le reproche qui est souvent fait à cette net-tape c’est qu’y avait pas de tracklist, ni rien, ça faisait très anarchique.

Cass -C’est ça. Je suis d’accord, mais c’était même un parti pris quand on est parti sur la mixtape. On veut faire une plage entière pour que les gens l’écoutent d’un trait, mais en fait c’était une connerie. Je pense que les gens veulent sélectionner leurs morceaux et c’est tout aussi bien comme ça. Mais c’était des erreurs de stratégie à l’époque, ça arrive. Le truc c’est de pas les reproduire aujourd’hui. Et ça n’enlève rien à la qualité du son. Mais quand je me suis mis en mode auditeur et écouté mon propre projet, ça m’a fait chier aussi. Le fait de chercher une plage comme à l’époque du walkman et faire avance rapide… ça a son charme mais c’est dépassé.

Teo -Après on arrive à Menilcity 1 où y avait une partie des sons de Métronome Concept qui se retrouvent dessus. Et une autre partie sur X-Story. X-Story qu’on sait pas trop bien ce que c’est, d’où ça sort ?

Cass -Je vais tout vous expliquer.

Spleenter -Vous étiez signés sur Menace Records en tant que X-Men ?

Cass -En fait,à l’époque on croise Bayes qui voulait nous signer pour un album X-Men. On lui avait expliqué à l’époque « Si tu nous signes pour un album X-Men, c’est sous certaines conditions ; à savoir qu’on a besoin d’être cadré. » C’est à dire qu’on lui demande. On a besoin d’être cadrés, d’avoir un planning organisé et en fait le temps à passé, tout ça ne s’est pas mis en place et finalement ça n’a mené nulle part. Un projet qui est tombé à l’eau. On a peut-être posé 1 ou 2 morceaux en tant que maquette mais c’est pas allé plus loin… Et vu qu’y avait un « contrat » avec Menace Records, pour partir de manière « classe », le projet X-story a servi de monnaie d’échange. Vu que Bayes fonctionne en manière street, on s’est adapté à ses méthodes.

Teo -Il est marrant ce projet. Par exemple, y a Poing levé tête baissée qui a été coupé avant la fin…

Cass -Ça, vous demanderez à Bayes. Voilà, vous l’appelez, vous lui demandez pourquoi tout ça. D’ailleurs j’aimerais bien le capter pour lui parler de ce projet, donc si vous avez son contact au cas où, je veux bien. On pourra discuter de tout ça, ce serait sympa. Mais je le croiserai bien à un moment, y a pas de souci.

                —Donc le blavog passe cet appel à témoin, Bayes, si tu nous lis—

Teo -Alors, Menilcity. On sait pas trop si c’est un album, un street album, un machin.

Cass -J’avoue, y a eu beaucoup de branlette dessus. En fait, moi ce qui m’a perdu à un moment, c’est les définitions que tu devais donner aux projets. C’est à dire qu’un projet, au début c’est une mixtape, un street album… Pour moi, ça reste un album, mais aussi une compilation dans le sens où y a des morceaux qui étaient déjà sortis et des morceaux que j’ai faits pour ce projet. Donc pour moi c’est une sorte de compilation ou d’album concept. mais parler de street album ou de mixtape, c’était à peu près la même chose. La seule différence qui est importante pour moi, c’est la différence avec un album. Et ce que j’amène, le prochain, ça ressemblera pas à ce que j’ai fait avant parce que ce sera un projet cohérent du début à la fin, que des inédits. Pour moi un album c’est ça, c’est un concept pensé de A à Z.

Teo -Durant cette période, t’as pas mal de sons avec des Hollandais.

Cass -Exact. C’était ma période Hollande. En fait c’est parti du beatmaker qui a fait « Des guns et des roses » (Raheem) sur Menilcity et qui est une personne qui intervenait aussi sur le projet en tant que producteur et il s’avère qu’on a fait 1 ou 2 mouv du côté de la Hollande, on a rencontré quelques MCs tels que les Pan Africans. À un moment donné on passait, disons, allez, 2 à 3 fois par mois pour développer le business.

Spleenter (il a entendu business et Hollande dans la même phrase) -Uniquement pour la musique ?

Cass -Ben ouais, par rapport à la musique, plans, connections, concerts, radios et content de l’avoir fait parce qu’aujourd’hui, je connais quelqu’un qui s’est installé là bas ce qui est pratique pour faire des concerts, avoir des dates. ce qui m’a surpris en fait, c’est que les Hollandais connaissaient le rap français. Enfin y a un DJ qui m’a sorti des skeuds de l’époque « c’est justifiable », « retour aux pyramides » etc… Et vu qu’en plus j’aime bien bédav, ça tombe bien, c’est en Hollande, tout tombait pile poile. Un bon 360.

Teo -Sur « des guns et des roses » c’est marqué ‘feat sundance’ mais il fait quoi dessus ?

Cass -Il fait des petites interventions dans le refrain. Il y tenait. C’est des choeurs, des backs au refrain, ils font partie du truc. C’est vrai qu’on les entend pas super bien, mais ils ont leur importance.

Teo -Dans ce projet t’avais pas mal d’instrus syncopées, « Je demande pas la Lune » avec Octobre Rouge, « Joue pas » avec Logan, « Le cash » avec Sundance. Des rythmes limite électro, je saurai pas trop définir en fait (et oui, Teobaldo il y connait rien en vrai)

Cass -Je te dirais que c’était ma vibe du moment. J’étais dans cet état d’esprit là et ça a donné ça.

Teo -Et tu calcules ou pas les tendances ? Tu prends ce qui arrive ?

Cass -En même temps, ça se fait dans une certaine époque, donc les sons qui m’arrivent sont faits par des mecs qui écoutent un peu ce qui se fait à ce moment là. Mais je te dirais que non, y’a pas de calculs par rapport à ça. Si la musique me plaît et que ça me botte tout de suite, c’est parti.

Teo -Et tu donnes des indications sur ce que tu veux aux beatmakers ou tu prends vraiment ce que les gens te ramènent ?

Cass -Non, c’est pas exactement ça. Disons qu’y a des trucs que j’aime pas, ça c’est essentiel de le savoir, donc ça fait que je vais pas dessus. Pour ce qui est des choix des instrus de Menilcity 1, je te dirais que c’est allé vraiment au kiff. J’ai eu quelques commandes en fait. Parce que je savais exactement ce que je voulais pour un son comme ‘des guns et des roses’ mais sinon, pour le reste, les gens me connaissent et ils me font des propositions par rapport à mes goûts.

Spleenter -Mais t’as pas une orientation style, pour faire cliché, plus NY, plus LA, plus south ?

Cass -On va dire que mon prochain album sera plus orienté soul, funk, jazz… Enfin non, pas jazz. Plus soul, funk. Ça c’est pour mon solo. Plus dans l’esprit Chaka Khan avec J’attaque du mike, des gros samples, des trucs rejoués. Ça je pense que c’est ce qui me définit le mieux en fait. Parce qu’après tout ce temps, on finit par savoir vraiment et là je pense que c’est la came qui me parle vraiment. Après ça peut évoluer mais pour l’instant c’est ça.

Spleenter -T’anticipes comment la réaction des gens ? Par exemple, Nakk a gardé un certain flow, un certain esprit et des fans de la première heure ont mal accueilli son album, dernièrement. De même, y a sûrement des mecs qui vont dire « ouais mais cassidy qui revient en solo en 2011, ce sera jamais aussi bien qu’avant. »

Cass -Comme je dis, je viens du terrain, donc la musique va parler et le projet que je suis en train de mettre en place, j’ai confiance à 1000%, en tout cas en ce que j’ai fait et ce qui se prépare. Les gens jugeront, je peux pas me mettre à leur place mais je sais que je vais livrer un truc de qualité.

Spleenter -Ça t’a jamais emmerdé, en gros ?

Cass -Tu sais, si je devais m’inquiéter de tout ce que j’entends à chaque fois, vu qu’on est là depuis un moment, je pense que j’aurais beaucoup de cheveux blancs. Je me rase le crâne, soit, mais quand même. Je me protège un peu de tout ça. J’avance. C’est important de se remettre en question, je le fais parce que j’ai mon entourage qui est là pour me dire quand ça déconne, mais au delà de ça j’écoute pas tout ce qui se dit sur mon rap et tout ça. Je suis moi même, tous les jours, à la recherche de progrès dans ce que je fais. Là je suis satisfait de ce qui se passe, donc on verra avec ça.

Teo -2 ans après, y a Menilcity 2 qui arrive sans trop de promo, y a pas mal de sons qu’on connaît déjà. Peu d’inédits. C’était voulu comme ça dés le départ ?

Cass -En fait, Menilcity 2 c’était une manière de boucler la boucle avec toutes ces histoires de mixtape et de street album, justement. Un condensé de ce qui, pour moi, ces dernières années, m’avait marqué. Y a « des guns et des roses » qui revient dedans, le morceau avec JP. Quelque exclus, le morceau avec Gak et toute la clique, Aketo, Veust Lyricist, etc… C’est une manière de boucler la boucle et de dire que pour ce qui est des mixtapes, je vais mettre un point à tout ça pour, justement, me retirer, préparer un album, prendre le temps et balancer que des fraicheurs. que des fraicheurs. Que des fraicheurs.

Teo -T’as une question con, toi ?

Spleenter -Non, c’est juste par rapport à l’avenir des X-Men. Même si y a pas de dates et d’échéances au truc… est-ce que tu pourrais malgré tout donner une date et une échéance ?

Cass – (rires) Ça arrivera un jour, ça c’est sûr. Ça arrivera un jour. Je peux pas te donner de date, parce que ça ce serait des conneries. Mais c’est un truc qui me trotte dans la tête.

Spleenter -C’est pas comme le prochain album d’Express D.

Cass -Pourquoi ?

Spleenter -Parce qu’y en aura pas. (Référence aux propos de Weeedy au concert Retour aux sources)

S’en suit une conversation où on apprend qu’une réédition de « Guet-apens » pourrait voir le jour, avec quelques inédits de l’époque.

Teo -J’ai une question qui me tient à coeur. Y a une rumeur qui a l’air assez vraie quand même comme quoi t’aurais fait un son avec Dany Dan qui n’est jamais sorti nulle part.

Cass -Ah oui, je vois, exact. Mais au moment où vous parliez de ça (référence au billet « Les X-Men : bande d’enfoirés ! ») ça n’avait jamais eu lieu. Je crois qu’on s’était croisés avec Dany Dan mais on avait pas fait de morceau ni studio ni rien du tout. Par contre, récemment, pour l’album d’Hifi on a maquetté un morceau, justement, avec Hifi, Dany Dan et moi mais ça, ça date de l’année dernière. Mais pas au moment où vous faisiez l’article.

Daphnée -La rumeur c’était Hifi et Dany Dan. Et ça c’était pour le projet de Dany Dan.

(Daphnée en fait c’est la manageuse de Cassidy. On l’a pas présentée dès le début parce qu’on pensait pas qu’elle parlerait. Professionnel)

Spleenter -C’est sur « À la régulière », ouais.

Daphnée -Et la rumeur a été déformée. les gens parlaient de Cass, mais c’était pas ça.

Cass -J’étais pas au courant. C’est pour ça que j’ai pas compris, en lisant ce passage. J’ai fait « non, non. »

Note : à ce jour, le blavog n’a toujours pas reçu de preuve que Black Tom Cassidy eut été représenté noir un jour…

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Dead Buzz Walking 7

Après avoir roulé pendant longtemps, Doudou toque enfin chez les Sales Blancs.

Lil Thug – papa ! Y’a un buzz mort à la porte !
Doudou – mais bordel je suis dans le cinéma moi. Le cinéma ! vous voulez pas comprendre ça ?
Seno – excuse-le il savait pas
Lil Thug – pourquoi vous imitez la voix du chef Massaï de Arthur et les Minimoys ?
Doudou – putain de merde… je SUIS la voix de ce perso !
Lil Thug – c’est ça, et vous êtes aussi la voix de Moto Moto dans Madagascars 2 tant qu’on y est…
Doudou – tais-toi et monte dans la Doudoumobile
Lil Thug – c’est un scooter.
Doudou – il est toujours chiant comme ça ?
Seno – et encore, t’as pas vu comment il parlait de la poudre magique

Après que Doudou Masta ait mis quelques coups dans un mur pour se calmer, il part avec le petit thug sur la Doudoubécane (on coupe la poire en deux). Après une petite frayeur causée par une crise de Lil Thug (ils passaient devant l’élysée-montmartre, où Ja Rule donnait un concert exceptionnel, pas de pot), ils arrivent à destination.

Lil Thug – c’est chez toi là ?
Doudou – Non, d’abord je dois passer chez quelqu’un
Lil Thug – ah j’ai eu peur. ça pue sévère ici.

Parce que oui, une fois de plus (1) Doudou Masta doit composer avec des rappères toujours plus avides de buzz. Il avance donc avec Lil Thug dans une arrière-salle des plus louches, où un étrange bonhomme tape sur une mpc en agitant de temps à autres un cadavre de chat au-dessus. Qui est-il donc ? il est l’homme que l’on nomme…
 
Dj Sek – Doudou Masta San. J’ai sorti une compil où je me vante d’avoir été là au bon moment au bon endroit entouré de gens qui avaient du talent.
Doudou – Mais ça ne justifie pas du buzz, ça. Tu sais combien il en sort des compilations sur Time Bomb par an ?
DJ Sek – Oui mais moi j’ai fait partie de l’aventure. Hihihihihiiiii !
Doudou – T’as fait quoi, en gros ?
DJ Sek – C’est moi qui les ai signé sur le label.²
Doudou – Le label dont ils se sont presque tous barrés en mauvais termes ?
DJ Sek –Oui voilà.
Doudou –Parce qu’ils accusaient les autres de plus ou moins tenter de les arnaquer ?
DJ Sek – Oui voilà.
Doudou – C’est tout ? Pasqu’en fait ton problème numéro 1 maintenant c’est que tout le monde sait que t’as fait des pures prods, mais à l’heure actuelle les gens savent plus trop c’que tu vaux.
DJ Sek – non, ça c’est mon problème numéro 2
Doudou – c’est quoi ton problème numéro 1 ?
DJ Sek – je suis fourbe
Doudou – comment ça ?

L’honorable Kessey retire alors ses lunettes noires.

DJ Sek – Je suis asiatique
Doudou – oh putain !
Lil Thug – remet tes lunettes, ça devient dégueulasse là.
DJ Sek – Mais à time bomb, j’étais aussi un peu le patron. Et croyez-moi j’ai le sens de l’entreprise, je suis Chinois.
Lil Thug – T’es pas plutôt Cambodgien ?
DJ Sek – Ça intéresse qui ça ? Chine, Cambodge, c’est pareil. bref ! Je leur disais aussi quand censurer quelques mots trop vulgaire. Fallait bien un superviseur. Un contremaître sur la chaine de fabrique de paires de Ni… de fabrique de machin là…
Doudou – Musique ?
DJ Sek – on va dire ça. Par exemple j’ai dit à Booba de pas dire tout le temps « Biatch », que ça vendrait jamais.
Doudou – …
DJ Sek – Donc tu vois, Time Bomb c’est moi. L’album de Oxmo par exemple, c’est un peu l’album de Time Bomb.
Doudou – Mais c’est beaucoup l’album de Oxmo aussi…
DJ Sek –Si tu y tiens. Mais Time Bomb c’est moi !
Doudou – OK, ça justifie un tout petit peu de buzz en plus, mais c’est pas grand-chose. T’as pas des inédits de l’époque ?
DJ Sek –Bien sûr que si, j’en ai toute une chiée. Une armée en terre cuite d’inédits.
Doudou – Ah bah voilà ! C’est du bon ça !! Mets ça et c’est le buzz du siècle !!!
DJ Sek – Non.
Doudou – Comment non ?
DJ Sek – Je vais en mettre 3 ou 4 à tout péter. Je ressortirai les autres plus tard. Quand j’aurai de nouveau plus de thune. Faut pas mettre toutes ses boulettes de poulet sauté sur la même brochette, comme on dit chez moi. Hihihhihihihi !
Lil Thug – t’es obligé de rire comme ça ?
Doudou – Mais t’as pas peur que le public le prenne mal ? Je veux dire, t’as des morceaux extraordinaires que tu gardes jalousement et t’en sors à peine 1 tout les 5 ans.
DJ Sek – T’es un ouf, Doudou Masta San ?! Je sais bien qu’il faut manger la cervelle du singe quand elle est encore chaude, mais mon public c’est principalement des puristes. Et les puristes en rap Frinçais sont vraiment maboules. Les mecs sont nostalgiques d’une époque où Def Bond était l’un des plus gros vendeurs de singles en invitant Matt Houston. Ils en ont même fait des T-Shirts…
Doudou – Pas faux…

DJ Sek – L’âge d’or du rap, comme ils l’appellent eux même… Quand Booba était en taule, quand Rohff faisait des singles de merde pour se faire connaitre du grand public, quand Dany Dan sortait pas son solo, quand Casey sortait pas son solo, quand Nakk Mendosa sortait pas son solo qu’on attend toujours, quand on nous faisait croire que Marseille était la capitale du rap avec des groupes comme 3ème Œil, quand Daddy Lord C accouchait d’un solo pas du tout à la hauteur de son talent, quand Express D était tricar partout, quand TSN faisait des sons de malade dans l’indifférence générale, quand le lp des X-Men était boudé alors que Baccardi cartonnait, quand le blavog n’existait pas, quand Squat était considéré comme une référence en matière de rap engagé et d’écriture riche, quand Stomy est passé de très vulgaire à trop consensuel sans jamais trouver le juste milieu, quand absolument tout le monde se mettait à copier des instrus New Yorkaises avec 10 ans de retard et en moins bien pour pas que ça se voit et que quand Ärsenik tentait des tendances plus actuelles ils étaient traités de vendus. Enculés Américains impérialistes de merde !
Lil Thug – moi je vais bouffer un morceau, vous me prévenez quand c’est fini.
DJ Sek – Parce que là on parle quand même d’une époque où le public rap considérait que moins tu faisais de blé et moins tu faisais parler de ta musique, plus t’étais un bon petit gars qui n’en voulait et qui faisait avancer la cause… Parce que les mecs pensaient vraiment qu’ils défendaient une cause en ce temps là. Avec un message à faire passer. Mais alors, si le rap d’aujourd’hui est si mauvais que ça, c’est peut-être aussi parce que le message est très mal passé à l’époque. Ça faudra bien l’envisager à un moment. Si ils étaient si forts, comment et pourquoi ils ont laissé le rap Frinçais dans cet état, hein ? Hein ?! Je pose la question !
Doudou -… Euh… Oui… Peut-être…
DJ Sek – Alors les puristes, ils peuvent bien la ramener, j’en ai rien à foutre ! Qu’ils achètent mon disque comme les mange-merde qu’ils ont toujours été. Je leur chie à la gueule à tous ces empaffés ! Ils vont même me remercier, ces cons là, tu verras.
Doudou –Mais, et les artistes dont tu sors des inédits, ils touchent quelque chose là-dessus ?
DJ Sek –C’est là que ça devient très grand. Je ne leur demande absolument pas leur avis, j’ai tous les droits, gros. Je représente l’âge d’or du hip hop, Doudou Masta San. Alors qu’ils me sucent tous mes boules de litchi à genoux ! Je représente une époque où y’avait pas tous ces enculés d’internet qui téléchargent les albums ! Moi j’aime les cons quand ils achètent mes disques. Faut arrêter le téléchargement illégal ! Eux mériter la torture ! Ihi ihi !
Doudou – Ouais, faire le flic c’est hip hop…
DJ Sek – Toi tu aurais pas tenu bien longtemps en Chine, Doudou Masta San.

Une fois sorti, Doudou Masta retrouve Lil Thug juste devant.

Lil Thug – y’a quand même un truc de bizarre
Doudou – quoi ?
Lil Thug – j’ai un tonton, il s’appelle papillon, il est aussi cambodgien, comme ce type…
Doudou – et ?
Lil Thug – bah il s’est pourtant jamais comporté en trou du cul dégénéré.
Doudou – cette histoire doit t’apprendre qu’il ne faut jamais généraliser.
Lil Thug – ouais, les asiatiques sont pas méchants au fond et…
Doudou – je t’arrête tout de suite, c’est les cambodgiens qui sont pas tous méchants. Tous les autres, tu t’approches pas d’eux. Jamais.
 

(1) achète le maxi, t’auras le remix en bonus
 
(²) El Blavog quiere decir que DJ Sek hizò buenos beats a pesar de todo. Pero lo haremos en español. Màs reglo !

Alors on va nous dire pourquoi tant de haine sur les chinois ? parce que les japonais sont bien trop flippants : http://acidcow.com/pics/8344-only-in-japan-97-pics.html

Seno – Rap à l’eau
Lunatic – freestyle dj sek
Lil Thug – Spootnik
Oxmo Puccino & Dany Dan – J’Rappe Pour Rien (DJ Sek)
Mr JL, Prodige, Al, Rocé, Le Bavar – Classic antidote Remix (DJ Sek)
SAV – et les chinois !
Lil Thug – spring break mixtape

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T’vas voir ta gueule à la récré (2)

Orelsan a finalement convaincu Nessbeal de monter l’escalier, ou du moins c’est ce qu’il croit, en fait Ness avait juste envie de pisser c’est pour ça qu’il s’est levé. ils arrivent donc dans le foyer des élèves, avec un babyfoot au milieu pasque le rap français ça rigole plus en 2009.

Nessbeal – cool, un flipper !
Orelsan – heu… c’est un babyfoot j’crois
Nessbeal – t’as le chic pour me casser le moral toi. attends moi là, je vais aux chiottes.

et là Seth Gueko fait son entrée.

Seth – ah bah il est encore là lui ! toujours à me piquer ma place
Orelsan – c’est la 1ère fois qu’on se voit… enchanté d’ailleurs je suis fan
Seth – ça doit te faire bizarre de voir plein d’noirs autour de toi d’un coup hein ?
Orelsan – pas trop, en fait j’ai des potes noirs à Caen, comme toi ici.
Seth – ouais mais moi je vois pas la couleur tu vois. c’est ça les quartiers, la mixité.
Orelsan – ben en fait moi j’ai pas grandi en quartier
Seth – ah !!!
Orelsan – mais je m’en cache pas. après mes potes ils y vivent pour certains, et y’en a des basanés, je m’en fous quoi.
Seth – la ferme. moi je suis pas un gwère. Un gwère c’est un blanc pas bien. Mais moi je suis un blanc bien. J’aurais pu être noir, moi.
Orelsan – oui je comprends. tu veux dire que t’es michael jackson, mais à l’envers
Seth – peut-être, mais moi j’ai pas les OREILLES SALES !
Orelsan – heu… je vois pas le rapport, vraiment
Seth – T’as profité de mon buzz sale enculé. J’ai fait monté la sauce depuis des années avec le côté Eminem Français. J’ai même acheté une roulotte. Et toi tu fais tout pareil…
Orelsan – non ça c’est depuis que j’ai vu 8 mile. je sais pas moi, fallait sortir ton album plus tôt au lieu de faire 36 mixtapes-street-trucs…
Seth – Faut travailler le terrain. Tu peux pas sortir un album direct, tu vendras pas.
Orelsan – ben je sais pas moi j’y arrive… un peu quoi.
Seth – et fermer ta gueule ? t’y arrives ? Ah bah oui, c’est ce que tu fais très bien dans les médias quand on t’attaque. Tu vas devenir has been en moins de 2, tu finiras à « Star à culs démis. » t’es qu’une bête de foire
Orelsan – ben c’est quand même toi qui fais des clips dans un cirque hein. mais la télé c’est dur. on dirait pas comme ça mais toi aussi quand t’y passeras tu verras que…
Seth – mais je passe à la télé sale petit con !
Orelsan – j’me suis pris tout le monde dans la gueule. Même des ministres. toi t’arrives avec un délire proche, white trash et tout.
Seth – attends un peu là ! C’est mon délire, c’est moi, moi ! Que moi ! C’est mes thèmes enculés, surtout celui là !
Orelsan – Ah ouais ? Même une chanson entière sur la branlette ? T’avais jamais fait ça avant. C’est du Orelsan ça.
Seth – Comment ça ? La bistouflex c’est mon rayon ! Je me pignole bien plus que toi. Je suis le plus gros branleur de nous deux. Mon record c’est 7 fois d’affilée.
Orelsan – Ah ouais ? Et ben moi je me branle même en pensant à des moches tellement j’ai écumé tout le reste en me branlant tout le temps. Alors tu peux ranger ta bistouflex.
Busta – Et yo je me place fils, place à l’artiste !
Seth – Mais casse toi, toi, qu’es-ce que tu fous là ?
Busta – On m’a pas appelé ? J’ai entendu mon nom. Busta Busta Flex ! Tu connais la vibe !!!
Seth – Tu connais le chemin de la sortie, aussi.
Orelsan – Wahou ! C’est Busta Flex. Monsieur Flex, il faut revenir dans le rap. Vous étiez trop fort.
Busta – Mais j’ai jamais arrêté.
Orelsan – hein ?
Busta – Je t’assure.

Seth – on s’en fout. moi j’ai été repéré par booba qui m’a fait posé sur autopsie 3. et toc.
Orelsan – ouais, c’est un peu le Raymond Domenech du rap. Il sélectionne que les meilleurs : Kennedy, Dosseh, Dje. il sait voir le talent.
Seth – la 1ère fois que j’ai vu bienvenue chez les ch’tis j’ai cru que c’était un de tes clips
Orelsan – heu… mais donc tu as vu bienvenue chez les ch’tis, c’est pas top. en plus tu dis « la 1ère fois » donc tu l’as vu plusieurs f..
Seth – blax ! tu sais pourquoi les rappeurs ricains font jamais de concert à caen ?
Orelsan – heu mais des fois ils en font… je crois
Seth – ta gueule ! c’est pasque la dernière fois que les ricains ont débarqué en normandie l’accueil était mitigé.
Orelsan – ahah, oui pas mal, bien trouvé.
Seth – voilà, c’est moi le plus fort, j’ai gagné

Mais Nessbeal est revenu des toilettes (finalement il en a profité pour rouler & fumer, ce qui lui a donné envie de chier, d’où son absence prolongée).

Nessbeal – orel faut que tu te défendes mieux que ça, redis lui ce que tu m’as dit l’autre jour
Orelsan – ah cool tu m’as appelé orel
Nessbeal – c’est faux
Orelsan – ok… donc j’ai dit que je trouve ça cool que tu dises que t’es du 95 vu que c’est dur de retenir le nom de ta ville Saint-Ouen-l’Aumône. au début je croyais que c’était une de tes punchlines le nom, je savais pas que ça existait.
Seth – oh bon diou ! le sale…
Orelsan – mais je vois pas vraiment en quoi c’est une vanne, c’est plutôt gentil

ILL – bon vous commencez à faire chier à gueuler comme ça. c’est quoi le problème ?
Orelsan – ill ! oh mon dieu c’est ill !
Seth – c’est lui c’est un copieur il me vole mes idées et vole une partie de mon public. et en plus son public c’est des bolos.
Orelsan – ill ! comme dans « ill des x-men » ! c’est génial !
ILL – et toi c’est quoi ta version des faits ?
Orelsan – putain mais t’es ill ! de retour comme jay-z, instru de jésus ! ah merde je suis confus c’est l’émotion…
ILL – putain j’ai vraiment une vie de merde.
Seth – hé ill mon pote t’as déjà pensé à faire le jeu de mot « benny ill » pasque…
ILL – j’ai déjà sorti ça y’a plus de 10 ans.
Seth – ah.
ILL – sans y penser.
Seth – forcément.
ILL – en impro totale, quand j’étais raide défoncé & bourré.
Seth – oui j’imagine
ILL – je sortais tout juste d’un accident de voiture qui m’avait presque plongé dans le coma.
Seth – je crois que j’ai compris l’idée
ILL – et en même temps je griffonnais vite fait un texte pour Biggie, en rade d’inspi à l’époque.
Orelsan – donc vous avez ghostwrité Biggie ? c’est dingue ! c’était quelle chanson ?
ILL – mais qu’il est con. toi tu gobes vraiment tout
Seth – même les bites ! zdedededexxx !
ILL – et toi tu confonds les punchlines & les blagues de beauf. y’a qu’une seule façon de vous départager. vous connaissez les règles. rdv dans la cour, instruments en main, et que le meilleur gagne. prêts ?
Seth – prêt
Orelsan – prêt
ILL – top départ !

Ekoué – mais qu’est-ce qu’ils foutent ?
Kennedy – ba ils se battent en duel ça se voit pas ?
Ekoué – je vois surtout 2 cons qui se branlent
Kennedy – et c’est le premier qui en pourra plus qui perd
Ekoué – donc si je comprends bien… le mec qui se touche le plus longtemps à quelques mètres d’un autre qui se touche lui aussi, l’emporte ?
Kennedy – voilà
Ekoué – hum… c’est pas un peu gay ?
Kennedy – non, t’es fou, c’est un truc de bonhomme ça.
Ekoué – ça sonne comme un test pour savoir qui est le plus gay.
Kennedy – ba non, puis si ça l’était, vu qu’on est à côté, ça ferait de nous des gays aussi
Ekoué – ah… oui. merde.
Kennedy – on pourrait tout aussi bien ne jamais avoir eu cette conversation
Ekoué – je dis banco.
Kennedy – cool. mais ? diam’s tu les prends en photo ?!
Diam’s – pas du tout, je prends l’arbre qui est juste derrière eux. et puis d’abord c’est pas des tofs que j’fais, c’est une vidéo
Kennedy – …
Ekoué – …

TOUBIQUONTINNEYOUD

ill – mister Hyde (inédit prod DJ Sek) http://www.zshare.net/audio/60469478fcf9ea86/

Busta Flex – place à l’artiste http://www.youtube.com/watch?v=iY8K6N1xAG0

orelsan – différent http://www.dailymotion.com/video/x8xsqr_orelsan-different_music

seth explique sa théorie  sur les blancs & orelsan mais sans dire son nom sinon c’est pas drôle   http://www.dailymotion.com/video/x8y31q_le-dico-du-gueko-seth-gueko_music

Busta Fex – le boul dans le dos http://www.youtube.com/watch?v=2qhlumD7yo0

seth gueko et sa bande – http://www.dailymotion.com/video/x98a8g_seth-gueko-joublirai-pas-live-mr-yo_music

(AKA, Six Coups MC, 25G, Nourou, Zesau, Wira, Shirdé, Mister You, Neoklash, Bounia, Balastik Dogg)

si t’es pressé tu vas à 7’30 et tu admires balastik dogg découper l’instru

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