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The Roots

Il repart alors que tout le monde l’acclame, il revient quand personne n’en veut : vous l’aurez compris, il était plus que temps d’accueillir une nouvelle intervention de notre collègue helvétique, j’ai nommé Big Paul Castellano*

Autrement dit les racines, ici je ne vous parlerai pas de Kunta Kinté ainsi que des nombreuses générations qui suivirent la naissance de cet enfant ordinaire né sous un ciel étoilé.

Non, nous parlerons du but de ce parcours semé d’embûches, d’Afrique aux Amériques, qui aura couté la vie à des millions d’êtres humains. La solution finale, le plan ultime de l’homme blanc, la volonté inébranlable du dépassement de ses propres limites afin de détrôner l’homme noir dans les deux seuls domaines où il se sent en supériorité. J’ai nommé le sport et la chanson (la danse étant pour les homosexuels et le blavog étant un site homophobe, nous n’en parlerons pas).

Même si certains artistes (Elvis Presley : chanteur) ou sportifs (Larry Bird : basketteur) qui, ne nous le cachons pas, ont du sang noir, arrivent à égaler voire surpasser les leaders du secteur, l’homme blanc n’a toujours pas trouvé de solution à ce problème majeur.

Je pourrais faire une liste des différents sous domaines dans lesquels nous excellons (en gros tous les autres) mais concentrons nous sur la chanson, plus particulièrement le rap. Depuis 1970 nous n’avons jamais eu de titre, malgré les nombreux efforts entrepris c’est le statu quo et pas Stat Quo le rappeur noir je te vois venir petit malin.

En voici les raisons principales.

A. LE VÉCU

Pour faire du rap, il faut tout d’abord avoir quelque chose à dire, que ce soit de simples cris ou des textes à rimes plus ou moins engagées sur un sujet plus ou moins précis.

Même si aujourd’hui cela ne veut plus rien dire et que l’on peut très bien travailler pour l’univers carcéral tout en étant un rappeur adulé par ses semblables (Rick Ross), un blanc sera toujours confronté à son vécu.

D’un autre côté, on vous avait averti que l’entertainment était dans l’âme de toute flicaille. La preuve, cette vidéo filmée en caméra cachée :

Un blanc ne peut atteindre le statut de noir que si son vécu est à 100% un désastre. À ce moment là, s’il se sent une veine artistique, deux choix se présentent à lui :

  • Devenir un punk ou un rockeur dégénéré, parler de sa tentative de suicide, de ses problèmes familiaux, de la mort de son animal de compagnie (parfois un hamster, souvent un chien, et toujours pour problèmes d’hygiène) et de son obsession pour la drogue.

  • Devenir rappeur et donc évoluer dans une insécurité totale qui le poussera à commettre de nombreuses erreurs fatales. Rappelons qu’il pourra aussi se droguer.

À partir de ce constat on peut facilement comprendre que le rap n’a jamais été envahi par nos jolies têtes blondes.

Toutefois, nous avons quelques réussites dont nous sommes évidemment très fiers :

R.A. The Rugged Man : un père victime de l’agent orange durant la guerre du Vietnam qui donnera naissance à un fils handicapé et aveugle ainsi qu’à une fille elle aussi handicapée, incapable de marcher ou de parler. Quand je vous disais qu’il fallait qu’un blanc soit définitivement cramé pour se tourner vers le rap, je ne vous avais pas menti.

Necro et Ill Bill ; une mère absente, un oncle défoncé au crack et une passion prononcée pour le hardcore. Necro a d’ailleurs réussi le but ultime de tout rappeur blanc hardcore, c’est-à-dire faire un album en duo avec Kool G Rap (ancien proxénète reconverti dans le rap qui séquestrait ses gagneuses dans son sous-sol pour des séances de fellations interminables).

En bonus, le clip White Slavery où toute la famille est rassemblée (l’oncle, les deux frangins et leur petite amie de l’époque) :

Eminem ; naître pauvre à Detroit dans une roulotte et décider de ne pas faire de la techno.

3rd Bass ; la combinaison entre l’esprit d’entertainment juif (MC Serch), le fait de donner le rôle du DJ au seul noir du groupe (DJ Richie Rich) et un spécialiste de la langue anglaise qui trouve la parade à l’incapacité blanche à la danse en utilisant une canne (Pete Nice). Bien que ce groupe ne réponde à aucun critère d’obtention du statut de rappeur noir, ils sont pour moi le seul groupe de rap à avoir pu passer outre leur couleur de peau à la façon du groupe de soul/funk écossais des années 70, Average White Band (AWB), capable de chanter comme les Isley Brothers.

B. LA RELATION AVEC LES HANDICAPÉS

L’artiste se doit d’avoir des relations intimes avec ses fans qui lui sont dévoués, mais cela peut rapidement mal tourner. En effet, les premiers fans du rappeur blanc seront forcément des personnes handicapées physiquement et mentalement. Ces fans des premiers instants lui seront fidèles à vie, ils seront de tous les concerts, suivant leur idole comme des apôtres.

Je vois rapidement vos têtes blondes exaspérées et déconcertées par ces affirmations calomnieuses, nous nous devons donc de pousser l’analyse jusqu’au bout en apportant des preuves écrites et vidéo-ludiques.

Année 1995

Akhenaton (France/Marseille) dans le morceau « Je Ne Suis Pas A Plaindre »

Le leader des rappeurs blancs en France rend hommage à ce public très spécial dans le troisième morceau de son album « Métèque et Mat ». Montrant une fois de plus qu’il ne serait pas là où il est en ce moment (c’est-à-dire pouvoir enfin faire le design du nouveau maillot de l’Olympique de Marseille) sans ses fidèles supporters qui ne sont heureusement plus là pour voir la déchéance morbide de leur artiste préféré.

Année 2010

Sinik (France/Paris) dans le clip « La Cité des Anges »

Nous nous devions de parler de Sinik qui a lui aussi rendu hommage aux enfants handicapés, bloqués dans les hôpitaux français lors de la sortie de son album. On y voit le jeune Fayçal, 8 ans, apparemment très mal en point, demander à sa mère et son père d’appeler Sinik afin de lui remonter le moral (on ne rit pas bordel de merde) mais aussi pour demander à l’artiste pourquoi ses potes l’ont poussé dans les escaliers après qu’il leur ait dit qu’il était son rappeur préféré.

Année 2011

Machine Gun Kelly (États-Unis/Cleveland) dans le live « I will never forget the power of our music »

La vidéo ci-dessous devrait normalement activer votre filtre parental sur youtube, vu la violence visuelle et le dégoût qui vous sera transmis durant ces trois longues minutes.

Vous y verrez une personne handicapée qui sous l’impulsion de MGK va pouvoir se libérer de sa chaise roulante, marcher quelques pas pour ensuite avoir sa première relation sexuelle avec des filles du public.

Je finirai ce chapitre avec les derniers mots d’amour que nous transmet MGK sur sa relation avec les handicapés « A CULT », « A MOVEMENT », « THIS IS FAMILY », « NO ONE CAN TAKE THIS FROM US ».

C. LE RESPECT DES ANCIENS

Quand tu commences à faire du rap tu peux avoir tes propres influences, que tu pourras ensuite faire partager à ton public, quand tu seras connu et quand on viendra t’interviewer. Encore mieux les gens le déduiront d’eux-mêmes quand ils t’écouteront rapper.

Le problème avec le rappeur blanc est qu’il pense que citer les « piliers », les « anciens » lui donnera une crédibilité au sein de ses pairs, or ce n’est pas le cas. On peut encore citer MGK qui dans son single Wild Boy s’applique comme un bon élève à name dropper frénétiquement missy elliott, diddy et the clipse, pendant que Waka Flocka se bornera à expliquer qu’il est bourré et que tu dois désormais l’appeler Goku tout en suçant ses dragon balls : deux mondes se croisent, et ne se comprennent pas.

Il ne suffit malheureusement pas de parler de Rakim à tout bout de champ pour pouvoir obtenir une quelconque crédibilité, contrairement à une personne comme Alpha 5-20 qui peut simplement citer tous les rappeurs qu’il écoute à la fin d’un de ses morceaux pour que l’on te demande gentiment de jeter ton cadeau de noël contenant la discographie de Mac Miller.

D. L’APPARÂT

Les rappeurs sont des entertainers, il y a les habits, les bijoux, les tatouages, les accessoires, il va falloir trouver un moyen de se démarquer.

Le rappeur blanc part avec 10km de retard car tout ce qu’il pourra porter le rendra systématiquement ridicule. Le premier réflexe est le tatouage, il lui permet de couvrir sa peau blanche de dessins de couleur noire. Là encore cela le fera ressembler automatiquement à un biker, mais vu que le rappeur blanc a déjà le crâne rasé depuis longtemps il ressemblera plus à un néo-nazi qui aurait passé des moments inoubliables dans les bras du premier Vern Schillinger venu.

D’un autre côté, ce moment béni lui permettra d’allier l’utile à l’agréable, c’est-à-dire qu’il pourra remplacer son tatouage dragon qu’il arbore depuis bien trop longtemps sur son bras avec en lettre elfique le nom de sa mère et sa sœur pour le remplacer par une feuille de cannabis.

La New Era est bien évidemment à proscrire, ainsi que toute réalisation de la marque Air Jordan. Il ne te reste donc plus de choix, il te faut porter un masque d’anonymous et te taire à jamais.

E. LES TERMES INTERDITS

Tout le monde ne part pas avec les mêmes chances dans la vie, mais le comble pour l’homme blanc est de ne pas pouvoir utiliser tous les mots de son dictionnaire.

Vous allez me dire, « je ne vois vraiment pas de quoi tu parles » et tu auras bien raison, mais sache que pour le jeune rappeur blanc c’est un calvaire quotidien. Il est très facile de s’emporter, on peut lui trouver de multiples excuses, mais une fois qu’il sera à l’aise, pensant que cela n’allait jamais lui arriver, c’est là qu’il commet la bourde du débutant : prononcer le « N word ».

Évidemment cela ne va pas l’empêcher de continuer comme Billy le Kid devant la chatte d’une squaw, mais il va devoir dire au revoir à la rime facile, aux hymnes de dégénéré et c’est inévitablement à ce moment là qu’il deviendra un rappeur « technique » ce qui l’enfoncera encore plus dans la médiocrité.

Dans le rap français, le jeune aryen a d’autre choix, il va pouvoir utiliser des mots que personne ne comprend. Pour cela il va devoir venir de Marseille, mais nous n’en parlerons pas dans ce blog pour des raisons de pudeur.

Il peut aussi venir de Grigny, mais entre nous le seul blanc qui habite sur place est une petite fille blonde de 8 ans que tu as déjà aperçue dans le clip de « Requiem pour un Keuf » et probablement le maire de la ville. Toutefois, si vous me trouvez un blanc qui habite là-bas et qui ne fait pas partie d’un groupe de rap ou d’une opération d’infiltration policière, vous pouvez lui dire qu’il a clairement raté sa vie.

F. LA NATIONALITE POUR ALIBI

Une petite moustache, une voix rauque, une casquette baissée très bas, jouant avec les jeux de lumière, oui tu as bien reconnu le rappeur blanc sud-américain.

La partie non-extrémiste de notre être aura tendance à accorder un passe droit à ce specimen, rare mais présent comme un albinos, mais soyons sérieux il ne trompe personne. Certains se débrouillent mieux que la plupart des blancs, mais je sais ce qui te gêne, tu penses à ce grand humaniste qui fait la tournée des favelas avec ses bibles et ses vaccins.

FINALITÉ

Nous n’allons pas terminer ce sujet sur un message de paix du genre « cet article a été écrit par une équipe multiculturelle de croyances et de confessions diverses », non, nous allons clore cet affreux chapitre de l’histoire par une vidéo à la fois tragique et consternante.

Elle montre un extrait du film « WhiteBoys », où le héros du film face à sa glace se voit déjà en superstar noire du rap. Notons par la même occasion le miroir : un sacré truc de blanc un peu comme De Niro dans Taxi Driver (non nous ne parlerons pas de toi vilain Crochon).

Dans ce même film une scène est criante de vérité. Ce même personnage va dans un ghetto et croise Slick Rick et ses 50kg de chaîne en or, de rappeur vêtu il lui fait un signe de tête « what’s up », Rick le regarde de haut en bas et lui sort simplement « morning’ officer ». Merci à tous de votre attention.

HORS CATÉGORIE

Le rappeur blanc qui est noir

il s’agit de cette infime poignée de rappeurs blancs à qui personne n’a jamais osé dire qu’ils l’étaient (blancs). Souvent parce qu’ils sont vraiment très moches mais toujours très sympas, et surtout parce que cette information ne changerait absolument rien à leur vie, le meilleur exemple étant Paul Wall, et d’autres types par là-bas au fond.

Le rappeur noir qui est blanc

On arrive ici sur une curiosité de la nature qu’il est toujours amusant d’observer. Le rappeur noir qui est blanc commence comme un rappeur noir classique, mais est happé par un vortex créé par l’homme blanc dans le seul but de se l’approprier, généralement parce qu’on le trouve légèrement moins con que les autres, ou plus rarement car il est le seul au milieu d’un groupe de blancs (s’il porte des lunettes et un sac à dos, je te cache pas que c’est un plus). Cela commence très souvent avec les médias, puis ça continue avec le public, et tôt ou tard il faut reconnaître l’abominable vérité. Face à ça, le rappeur aura deux choix très simples.

option 1 : se fondre dans le moule qu’on lui a préfabriqué, ce qui ne veut pas dire se mettre à agir comme un vrai rappeur blanc, oh que non. il perdrait instantanément toutes les faveurs de son nouveau public si singulier qui l’aime avant tout pour sa différence et ses chants primitifs. Au contraire, il faut qu’il mette le paquet sur le côté hey-regardez-je-suis-moins-pire-que-les-autres-et-en-plus-je-sais-lire-les-mecs. Mais tout en sachant connaître ses limites : il est préférable d’appeler son album « à chaque frère » plutôt que « négritude », trop agressif. Et qu’est-ce qu’on déteste ? Les noirs agressifs, bingo Mamadou tu auras un pin’s au goûter.

option 2 : refuser, s’acharner, sortir un album concept centré sur son bled, faire un flop, feater Yannick Noah, revenir avec un album de rap conchiant mais pas trop, regarder amélie poulain, arrêter le rap, tenter une carrière dans le rock, faire un flop, revenir dans le rap, et ENFIN se décider à retourner à l’option 1.

Les batailles de blancs

comme toute minorité souhaitant s’imposer dans un milieu hostile, les rappeurs blancs se retrouvent souvent comparés, mis en compétition, et fatalement opposés, tels ces femmes enceintes à poil qui font du free fight dans certains films pour adultes (on ne juge pas). Comme chacun le sait, les blancs ne sont pas une communauté solidaire, car les blancs ne sont pas une communauté tout court. Les réactions des rappeurs vont donc du comique au pathétique, on peut citer cette interview de Yelawolf où il s’en prend à MGK (l’anorexique porté sur la sexualité des handicapés, souvenez-vous on en parle plus haut) sans que PERSONNE ne sache exactement d’où lui vient cette haine. Nous on sait. Il a flairé un rival, il lui a reniflé le cul, il a gratté le sol avec ses griffes en grognant. C’est comme quand tu fous deux chats dans une poubelle et que tu leur pisses dessus : ils peuvent pas t’atteindre mais ils peuvent s’entretuer. Ajoutons que le système américain permet l’émergence d’une superstar blanche du rap une fois par génération et une fois seulement, le reste de la masse pouvant juste espérer un jour de feater avec le boss. Sauf que comme beaucoup ont pu le constater, c’est pas parce qu’Eminem t’a tapé dans la main trois fois que tu vas être autre chose qu’un simple freestyle d’un soir.

En France le phénomène reste marginal, et heureusement parce que c’est ridicule à chaque fois. Et quand on dit « à chaque fois », ça concerne uniquement Orelsan. Ce brave petit normand était à peine sorti de son trou (au sens propre, les Caennais le savent très bien) que déjà Fuzati (me demande pas qui c’est, putain) hurlait au pompage, Seth Gueko lançait des piques subliminales en interview, Charly Greane sortait une rime de petit filou sur un feat, Kennedy faisait pareil mais 1 an après, Al K-pote le traitait de petit vicieux adepte de concurrence déloyale, bref rien que de très normal. Le mot d’ordre général est clair : IL NOUS VOLE NOT’ TRAVAIL.

Les plus observateurs d’entre vous noteront que plusieurs membres de cette coalition anti aurélien ne sont absolument pas blancs. C’est normal, c’est la Frince, et chacun tente de s’intégrer selon ses moyens.

Depuis, Al K a semble-t-il oublié jusqu’à l’existence de cette interview, Charly Greane s’est subitement rappelé qu’il était arabe et Seth appelle désormais orel affectueusement son « scriboulex de l’espace » (ou un truc comme ça). Quant à Kennedy et Fuzati, je crois que j’ai déjà oublié ce qu’ils foutaient là au départ. Happy Ending.

Dans un souci d’équité, finissons tout de même sur une note positive qui mettra du baume au cœur de tous ceux que cet article a pu offenser :

*avec la participation amicale et désintéressée de Spleenter, mais de toute façon tu sauras jamais qui a écrit quoi, t’es bien feinté.

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 3

Et sinon, juste histoire de bien faire chier, pourquoi t’as jamais fait de son sur les meufs ou l’amour ? Mais on en a fait un avec Cross, sur rap de banlieusard 2 ! Si, le morceau « ce genre de filles ». Bah non, c’est un truc où vous parlez d’armes et les meufs servent de métaphore filée. Non, on parle vraiment de meufs aussi, en même temps, on dit qu’on aime les femmes. Cross a quand même une rime où il dit qu’il a un gun long comme sa bite… Ouais, bon, on en parle à notre façon, quoi.
Joe appellera ensuite Cross (« tu te souviens du Blavog ? Les mecs qui se foutaient de ta le-gueu ? Je suis avec eux là ») et d’autres potes dont son manager et le fondateur d’E.T.A & 357 (on a oublié le nom mais il me semble que c’est Nabil, ça doit être sur un des audios, démerdez-vous) n’oubliant pas de sortir des blagues dont lui seul a le secret (« en fait, là on attend des gens pour vous péter la gueule »). D’ailleurs le billet sur So parano, les concernés en avaient pensé quoi ? Alors en fait nous on était sciés, d’une part c’était marrant mais le pire c’est que ça ressemblait vraiment à la réalité. Au début on pensait que c’était l’ingé son qui avait écrit ça, ou un pote à nous. Donc là on repense à ce qu’on a écrit et on se dit deux choses : les sessions d’enregistrement ont dû être folklo, et Ill est vraiment perché. Dès son arrivée Cross demandera d’ailleurs direct « alors moi je veux savoir un truc : qui vous a renseigné », et un autre nous dira à peu près la même chose. Mais pourquoi vous m’avez fait parler comme une loque ? Bah parce que c’est tout ce qu’on a trouvé, le flow de Cross étant le plus posé de tous, alors que les autres sont déjà bien lents, et l’ovni Monsieur Cross 2 nous a marqué. Concernant ce son, et « l’instru de clown » (rires) en fait, sans me justifier hein, mais mon idée c’était de jouer sur le décalage entre mon flow, ma voix et l’instru qui est vraiment inhabituelle, on s’attend pas du tout à m’entendre dessus. Détail troublant, sans sa voix, difficile de reconnaître Cross, qui a non seulement une casquette, mais aussi beaucoup de cheveux. Spleenter sera profondément choqué par cette vision, ce qui donnera lieu à l’échange suivant :
Spleenter – et sinon t’as des projets ?
Cross – dans le rap, bah pas vraiment
Spleenter – non mais pour tes cheveux, tu comptes faire quelque chose ?
Cross – (rires) ah mais je vais te dire un truc : j’ai fait le ratio entre la longueur de cheveux et la quantité de meufs que tu serres, et je dois dire que j’y ai grave gagné.
Toujours au niveau capillaire, parce que c’est un sujet primordial dans le rap, Joe y va de son petit conseil technique. Au début ma mère était contre les locks, y’avait pas moyen que j’en ai. Alors le truc c’est que j’ai dit que ce serait juste pour les vacances, pendant l’été, tu vois. Sauf qu’à la rentrée j’ai dit bon ben on a qu’à dire jusqu’à la Toussaint, ce genre de conneries. Et forcément ça poussait, et au bout d’un moment bah elle a lâché l’affaire. Mais là j’ai coupé un peu, c’est plus aussi long qu’avant. Ça c’est de l’interview qu’a des couilles au cul, ou je m’y connais pas.
Son pote/manager/producteur, avec qui Joe nous explique qu’il veut monter une structure en totale indé, décrit le personnage à sa façon : Joe il a une plume, y’a vraiment quelque chose à faire avec lui. Bon le truc c’est que lui, c’est le genre… si y’a un concert et en même temps, une soirée, il va aller à la soirée (sourire).

The Wire vs Les Sopranos (bonus track)

Joe – C’est super dur, je sais pas franchement.  C’est une bonne question parce que je crois même qu’aux États-Unis y’a eu un genre d’étude des meilleures séries et c’était ces 2 qui ressortaient. The Wire j’adore, y’a plein de persos géniaux, mais de l’autre côté y’a Tony… The Wire c’est constant dans la qualité, mais Les Sopranos c’est autre chose, sans que tu saches pourquoi, des fois t’as un épisode de fou, comme quand Christopher et Paulie se paument dans la neige en voulant enterrer un Russe, et qu’ils perdent tous leurs moyens. C’est super comique parce que c’est des mafieux classiques mais là tu les vois dans une situation qu’ils maîtrisent pas, ils ont les cheveux en bataille, ils crèvent la dalle, ils sont gelés, ils s’embrouillent parce qu’un des deux a bouffé un supplément sauce du mac do alors que c’était le seul truc qui leur restait pour grailler…

Spleenter – ça faisait très Fargo, c’est un épisode réalisé par Buscemi je crois.

Joe – Sinon en ce moment y’a Boardwalk Empire, je sais pas si vous suivez.

Spleenter – Ouais, mais si je passe 50 minutes devant un épisode des fois je me fais chier. Alors que si je lis des pages wikipedias mal documentées sur certains persos de la série, je passe une bonne soirée. C’est quand même un gros problème. A part Capone, tous les persos de mafieux sont nuls.

Teo – Surtout Luciano et Lansky, l’un est un attardé impuissant et l’autre a une dégaine d’écolier. Au train où ça va, quand Siegel va débarquer, ce sera un autiste avec un yoyo en bois qui fait des clins d’œil aux meufs dans la rue (et effectivement, entre temps la saison 2 a été diffusée, et un personnage plutôt jeune appelé « Beanie » se distingue en faisant des grimaces d’enfant de 5 ans aux autres gangsters durant ses courtes apparitions)

Joe – ouais mais tu vois, déjà la série elle est pas vraiment sur ces mecs là. C’est sur le perso de Buscemi, et aussi le jeune là, Darmody. Lui il est très bon. Après ça me dérange pas qu’il affiche salement Luciano, avec le moment où il se fait avoir par la meuf qu’il baise. Parce que en vrai, à cet âge là, bah Luciano c’était un ptit con. Nous on a l’image finale du gros gangster mais ça s’est pas fait en un jour. Pareil pour Lansky. Tu vois c’est comme dans Malcolm X de Spike Lee. S’il le montre pas dans sa période de ptit con, en train de (il imite la démarche ridicule que Malcolm X tape à un moment au début du film), bah tu vois pas son évolution et ça a moins d’impact. C’est la réalité.

Il explique ensuite que c’est pareil chez les mafieux, en calant des références précises, notamment Genovese qu’il connait par cœur, avant que le tout débouche sur une interprétation très personnelle du rôle de la mafia dans le débarquement en Sicile : « faut quand même se dire un truc : sans Luciano, tu parlerais sans doute allemand. faut pas l’oublier ça ». Quand à son amour des bonnes séries, il n’en démordra pas « je vais te dire : c’est mieux que le sexe ».

Lucazz du siècle

Une anecdote sur Diomay, c’est cadeau, le rappeur préféré de Teobaldo.
Y’a tout un tas de trucs qui posent problème et qui font qu’on se prend la tête pour rien. A un moment je me suis dit pourquoi pas poser avec Diomay, je le contacte, et il répond via le net « ouais là c’est chaud je suis sur mon album », que son manager veut pas qu’il s’éparpille ou je ne sais quoi. C’est quoi ça. Moi ça m’avait plié de rire, parce que franchement si t’es un rappeur et que tu penses comme ça… La définition d’un rappeur, c’est de rapper. Les trucs « oui mais là c’est pas la bonne période », c’est n’importe quoi. Surtout que bon, je veux pas l’enfoncer, mais ça reste Diomay hein. C’est pas une tête d’affiche ou quoi. Le pire c’est que si ça s’trouve il a pensé que je lui en voulais vu que j’ai pas relancé. Non, j’en ai juste rien à foutre.
Sinon, pelle-mêle, on retiendra le patron de bar qui salue Joe et se fout de la gueule de Delarue : « faut être balaise pour passer de 20g à 0 par semaine. T’as vu sa vidéo d’excuses là ? il a pas seulement baissé son froc, il a tendu son cul en demandant si c’était assez bien ». Joe nous parlera aussi vite fait de Kenny Kenz, un rappeur belge ou suisse (ça date, faites pas chier) qu’il compte produire « il est tout frais et surtout, il est vrai, il fait que décrire son quotidien, il sait de quoi il parle, y’a pas de cinéma. C’est bien aussi de mettre des jeunes en avant, c’est comme ça que la musique se renouvelle. En France on a un peu du mal, mais aux states tu vois même des Lil Wayne, qui sont pas des anciens, ils pensent déjà à la relève, avec Young Money, Drake, Nicki Minaj. Drake c’est pas trop mon truc, mais je comprends la démarche, et Wayne a vu juste, il a ramassé le pactole avec lui, pareil pour Nicki Minaj, même si moi je suis un ancien donc je préfèrerai toujours Lil Kim, mais c’est cool. C’est comme Cory Gunz, il a vu qu’il était dangereux, il l’a signé» Et Rick Ross (ça c’est d’la transition) ? J’apprécie bien. Après le problème que j’ai c’est que c’est glacial, c’est une machine le mec, c’est presque… c’est trop parfait des fois. Tu sais que t’auras l’instru classieuse ici, le feat avec tel rappeur là, le refrain de John Legend là-bas… faudrait que ça respire plus, mais sinon chapeau. Concernant Kenny Kenz, on n’était déjà pas emballés à l’époque, et ça n’a malheureusement pas changé après écoute de leur mixtape commune. Et si on avait un doute sur tous ces gens qui arrêtaient Joe dans la rue alors que c’est même pas son quartier, l’intéressé clarifiera les choses avec une simplicité lucide « bah quand on était encore dans le biz on mettait bien beaucoup de monde, faut pas chercher plus loin hein ». Le même détachement qui lui fera dire en nous quittant « vous faites comme vous le sentez, vous êtes libres pour le texte, je veux pas avoir mon mot à dire dessus, tant mieux si ça pique des fois même ».

Par la suite j’ai revu Joe une fois, où au détour d’une conversation il lâchera tranquillement « moi si j’avais eu l’occasion de faire ça, j’aurais foncé direct. C’est vraiment génial d’être critique de film, ou sinon critique littéraire, c’est vraiment bien ». Bref, un rappeur qui gagne à être connu sans être enfermé dans une case, même si c’est évidemment peine perdue, parce que le public est un con. Cela rejoint d’ailleurs une réflexion qu’il avait eu quand on lui avait fait remarquer qu’il avait un côté très à l’ancienne, vieux Paris dans ses références, qui rejoignait le côté bien écrit de ses lyrics. Renaud, Gainsbourg, Coluche, ouais, si je les cite c’est parce que je me reconnais, je les ai découvert tout jeune et j’aime toujours bien. Desproges aussi, j’adore, Audiard, pareil. Et Dieudonné (ouais on lâche pas l’affaire) ? Ouais… (il hésite, comme s’il attendait qu’un agent du Mossad sorte des chiottes en hurlant putain on en tient un) Ouais. Ouais, j’aime bien également, c’est très bien, il est fort. Puis, après une hésitation, cette dernière phrase qui, à mon sens, résume bien le personnage : En fait, je déteste la bêtise.

Joe Lucazz et Kenny Kenz – Espèce Chaîne Gang

Joe Lucazz – Rencontre avec Joe

Joe Lucazz – Rap de banlieusard 2

Joe Lucazz – des sons à droite à gauche, de ci de là, cahin caha (avec Nakk, Alpha 5.20, Monseigneur Mike, Zekwe Ramos et d’autres gentils garnements, le tracklist est mal écrit, mal taggé, et chaotique, mais tu vas pas faire chier non plus)

Joe & Cross feat Despo & Escobar Macson – Crack music et bijoux de famille

ce morceau n’existe nulle part à la base, mais c’est pas ça qui va nous arrêter. Une production Blavog, unique et historique comme un god dans la chambre d’une bonne sœur (ça c’est bien, parce que god, godemiché, mais god, Dieu : un jeu de mot très classe qui conclut une année qui l’a été tout autant).

Et une bonne année bande d’enculés

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !), Joe Lucazz

Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 2

Sorti du microcosme parisien, une connexion dénote un peu : le lien entre Joe et Le Rat Luciano.
En fait à une époque, des potes voulaient faire une tape où ils reprendraient des classiques du rap français. Ouais mais ça c’est Retour vers le futur et c’est le K.Ommando Toxik. Voilà, ils nous ont pris de court, du coup ça c’est jamais fait. Mais par la force des choses, c’est grâce à ça que j’ai rencontré le Rat Luciano, puisque parmi les reprises, y’avait la FF. Et là franchement on a accroché direct. Et le mec, alors que je suis un parisien qu’il connaît ni d’Adam ni d’Eve, je l’ai au phonetel « ouais t’as qu’à descendre à Marseille au quartier » et c’était pas une façon de parler, après il me traite comme un pote, et réciproquement quand il venait ici. Même quand chez lui c’était pas possible, parfois je dormais chez Don Choa… Tant que c’était pas chez Menzo, ce n’est pas sale. En fait le truc avec le rat, qui fait que de Marseille à Paris il est respecté, c’est pas seulement qu’il est fort, c’est qu’en plus, y’a aucune différence entre celui que t’as sur disque et celui que t’as en face de toi. Il est quartier pour de vrai. Autant, nous tous, même quand on colle à la réalité, on enjolive un peu… autant lui c’est vrai à la virgule près. Et tout le monde te le dira. Même Booba, un jour à une soirée, il me sort « le rat c’est le seul que je respecte dans ce rap game ». Moi à l’époque j’ai juste pensé  « attends que j’arrive, ptit enfoiré » (rires). Mais là j’ai vu que Luciano a fait un feat avec La Fouine On remarque une note très prononcée d’inquiétude dans sa voix, c’est la fin du monde tel qu’il l’a connu, et on le rassurera en lui disant que Luciano ne change apparemment pas de style dans l’extrait du morceau qui a filtré. « Et y’a Rohff aussi, il paraît qu’il a sorti un son qui s’appelle « C’est comment », pareil, j’ai pas écouté, mais ça fait chier, c’est un truc que je voulais faire ça, parce que cette phrase je la dis tout le temps ! » Effectivement, une moitié du Blavog confirme, pour avoir passé une soirée en sa compagnie, le nombre incroyablement élevé de « c’est comment » l’ayant obligé à répondre « pépèrement » une bonne centaine de fois. Cependant chez Rohff la phrase est juste le titre de l’intro de La Cuenta. « Alors c’est cool, tant mieux ». Tout est bien qui finit bien.

INTERLUDE
Là tout de suite faut préciser un truc essentiel. Tout au long de la soirée, Joe s’arrêtera fréquemment pour saluer des gens, et inversement, qu’il soit posé à un bar où simplement en train de marcher en pleine rue. Sa moyenne étant d’un serrage de main et une bise sur la joue toutes les 9,27 minutes, on les passera sous silence la plupart du temps, mais pas là. Parce que Joe s’interrompt brusquement dès l’entrée d’un homme dans le bar, qui le salue chaleureusement.
Le type – salut ça va ? Tu deviens quoi ?
Joe – bah ça va Yann tranquille et toi
Yann – (à nous) enchanté, Yann, Yann Le Bras.
Après avoir échangé quelques amabilités, cette personne revient sur moi, puis sur Joe et fait « ah mais on se connaît, c’est avec lui que vous êtes venu la dernière fois » Hein ? Mais non, pas du tout. Faut aussi préciser qu’être pris pour quelqu’un d’autre est un super pouvoir de Spleenter, qui au cours de sa triste vie s’est vu attribuer une ressemblance avec Mohammed Ali, Yannick Noah, Joachim Noah, Michael Jackson période Jackson 5, Marcel Desailly et même Ronaldinho. « Ah, pardon. Bonne soirée ». Donc c’était le fameux Maître Le Bras, on l’applaudit bien fort, l’avocat le plus name-droppé dans le rap français depuis Perry Mason. Alors comme ça on a le même baveux que B2O, on se fait pas chier. « Ouais, mais ça veut pas dire grand-chose, d’ailleurs c’est même possible qu’il fasse certains trucs pour Booba gratos, vu comment l’autre le fait connaître à tout le monde. » On en apprend tous les jours.

So Parano
Moi à la base je suis plus New York qu’autre chose. C’est ça qui me parle. Mais pourtant sur So Parano notamment, la sélection d’instru allait de faces B de Lil Wayne à Young Buck en passant par Mike Jones et Terrace Martin. Ça en fait c’est dû à Work, c’est lui qui a fait la sélection de beats. De nous tous c’est lui qui se tient vraiment le plus au courant de ce qui se fait actuellement aux U.S. Moi, du moment que ça sonne bien, je suis pas fermé, je pose dessus, le changement c’est toujours sympa. Le délire So Parano en lui-même, bon déjà on est tous fans des Sopranos, et on parle de ce qu’on connaît, de notre vécu, avec le côté business de rue, tout ça. Entre lui qui donne son prénom et son nom, et Work qui dit « on kiffe tellement le rap qu’on se poucav nous-mêmes comme des golmons sur disque » où est la limite à pas franchir pour pas se griller bêtement ? Joe reste pragmatique. C’est une petite tape, personne l’écoutera, même nos proches qui vont l’écouter, avec les flows, les expressions, ils comprendront pas tout, donc ça va. Pas si parano que ça du coup… Tout le délire So Parano c’est surtout parce qu’à l’époque c’était à fond le biz de C. Chacun finissait de poser il checkait son portable, « bon je dois bouger voir un mec, je reviens ». C’était vraiment notre ambiance, et on enchaînait les couplets au milieu de tout ça. De toute façon, nous notre façon de penser c’est que tout ce qu’on fait on devra le payer tôt ou tard. Donc c’est aussi pour ça qu’on se permet d’aller un peu loin dans les paroles, on fait que raconter nos vies, pas la peine de nous faire la morale derrière parce qu’on vous a pas demandé de nous plaindre non plus. On fait que décrire notre quotidien.
Spleenter – Mais par exemple, ta mère écoute ta musique ?
Joe – Ouais
Spleenter – Et elle dit quoi ?
Joe – Elle dit « t’es un con », en général. Mais sinon elle sait que dans la vie je suis plus dans les bêtises, elle est contente pour moi maintenant. Mais sinon quand j’ai eu mes problèmes avec le 36, bah c’est ma sœur qui m’a présenté Le Bras par exemple, comme quoi.

Une famille de boss, on peut le dire.

Joe & Cross : Les Clipse frinçais ?
The Clipse avaient repoussé lors d’un entretien l’étiquette « cocaïne rap » en mettant en avant leurs talents de lyricistes, les métaphores, doubles sens, etc, la vente de drogues étant une thématique générale plus qu’un style. C’était aussi le cas de Joe sur disque (« Classe-moi parmi les lyricistes ») et aussi dans une interview pour rap mag où il citait Talib Kweli comme une de ses références.
« Ouais, je me rappelle. Kweli ça me plaît parce que c’est rue, mais l’écriture reste soignée. Sinon par rapport à nous, ça faisait dix ans qu’on parlait de coke et à l’époque on nous le reprochait beaucoup. Maintenant limite si t’en parles pas t’es hasbeen, alors moi j’ai décidé d’en parler moins qu’avant. Dans mon album y’aura quand même 2-3 sons dessus mais sinon je les  laisse, qu’ils s’amusent à jouer les Scarface entre eux… Nous on savait de quoi on parlait et pourquoi on le disait ». Le mec dit ça comme un plombier qui déplore la piètre qualité des pièces importées d’Europe de l’Est. L’amour du travail bien fait, ni plus ni moins. Pourtant, dans leurs premiers sons, Cross comme Joe décrivait l’univers du deal de manière plus vague, et surtout d’un point de vue extérieur, puis peu à peu il y a eu glissement vers un discours où ils s’assument vendeurs. « Bah justement c’est aussi parce que nous au début on avait une certaine retenue par rapport à ça, puis le temps passe, tu vois des gens qui n’ont jamais été dans ça qui se mettent à parler comme s’ils s’y connaissaient alors qu’on sait que non. Donc là on s’est dit autant y aller, les gens verront bien qu’on s’invente pas de vie. » D’où des phases comme « ils parlent tous de 0.9, 0.9, comme s’ils étaient des chimistes » ? C’est ça, c’est ridicule cette mode.  Pour en revenir aux Clipse, c’est sympa, j’aime bien leurs wordplays, mais dans le genre je préfère D-Block par exemple. » New-York jusqu’au bout décidément. Désolé les gars, on aura vraiment essayé, mais Malice et Pusha T n’auront pas les faveurs du bonhomme de neige.

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 1

Teobaldo – et on a interviewé Joe Lucazz aussi dernièrement

Lalcko – il est très bon lui. C’est dommage qu’il rappe plus.

Teobaldo – mais il a pas arrêté…

Lalcko – ah bon ?

Cet échange hautement confidentiel entre ces deux individus, qui a eu lieu dans l’escalier de mon immeuble, est certes anecdotique mais résume assez bien la position particulière de Joe dans le rap français. Respecté, estimé de ses pairs, mais totalement à la ramasse niveau promo, et limite absent de l’inconscient collectif du public rap frinçais (ça si c’est pas d’la phase de branleur je sais pas ce que c’est).

2e anecdote, toujours plus haut, toujours plus fort : lors de l’enregistrement de GB Paris vol 1, il s’est passé un truc assez marrant à un moment. Joe pose son couplet, et là un petit silence se fait, les autres rappeurs présents l’écoutent réellement. Alors que l’ambiance du studio et le nombre de mc au mètre carré étaient pas du tout adaptés pour ça. Shone et Miko diront d’ailleurs « Joe on a son skeud à la maison », et au-delà du fait que ça sous-entende que ces deux personnes habitent ensemble, une telle unanimité est en général soit synonyme d’hypocrisie soit carrément exceptionnelle. On était ici dans le second cas, avec un consensus parfois flou mais sincère, qui revenait à mettre tout le monde d’accord sur un point : Joe, il écrit pas avec son derche.

Il y a maintenant une petite dizaine de mois, on a eu la chance de pouvoir échanger tout plein de mots avec ce rappeur qu’on aime beaucoup ici, mais dont personne ne parle. Jamais. Surtout toi là-bas. Parce qu’un papier difforme vaut tous les tops de merde du monde, voici le récit pas piqué des hannetons d’une sacrée soirée, en version audio pour ce qu’on a pu sauver et écrite pour tout le reste. Avec des propos rapportés mais aussi de l’itw directe, parce que c’est comme ça, c’est Noël, et comme disait cette meuf qui avait de l’herpès « y’en aura pour tout le monde ».

Lucazz Begins

« En fait à la base j’étais avec Cross dans un crew et à un moment on devait tous se choisir nos blases. Cross à l’époque s’appelait Lupino (?), inspiré de Arsène Lupin (!) et moi, Lucazzi c’était pour Luca Brazzi en fait. C’était un moment où je voulais rendre mon flow plus fluide alors j’essayais au maximum d’enlever certaines lettres qui te font buter sur la prononciation, c’est pour ça que Luca Brazzi est devenu Lucazzi. Dans Le Parrain, ce perso m’a choqué dès le début : tu vois un type répéter pendant une heure une simple phrase de félicitations pour Corleone, ensuite il disparaît et quand Corléone se fait shooter et qu’ils font la réunion de famille tout le monde dit « ah si Luca Brazzi était là, il règlerait tout ça en 2-2 ». Mais tu sais pas bien qui c’est à part que c’est le plus fidèle des capos de la famille. Après t’as la fin, où il réapparait et se fait caner salement. Bref j’étais intrigué. Donc j’ai lu tous les bouquins de Puzo et le perso y est beaucoup plus développé et il m’a bien plu. Donc aucun rapport avec Frank Lucas. « Ca va pas non ? Pas du tout, en plus c’est une balance lui ».

Cam’ron sur Marche avec nous

Alors cette connexion à la base on l’a eu par DJ Battle qui a mixé notre album et qui était beaucoup aux States à ce moment là. A un moment il nous contacte et nous fait voilà j’ai moyen de vous avoir Cam’ron, mais pour un petit truc, ce sera pas forcément un couplet ni rien. Nous on s’en foutait, tu nous passes Cam’ron sur notre skeud, bien sûr que c’est oui. Donc voilà l’histoire de cette intro.

Méthode de travail

Alors mes potes, j’écoute leur avis, mais en vrai, je m’en fous. C’est d’abord moi seul qui compte. Mais attention, je suis super exigeant avec moi-même. La plupart des sons que je fais, je me mets des notes en fait. La plupart du temps, si je me mets pas plus de 14, je sors pas le son. Et ça arrive souvent. Du coup c’est l’inverse, c’est mes potes qui me disent mais t’es fou, ça c’est bien. Mais faut que ça me plaise à moi d’abord. Niveau écriture, le truc que j’aime bien faire c’est instaurer une continuité dans mes couplets, au moins sur la forme, même si ça va parler de tout et de rien au final. Si je te fais une comparaison en début de couplet sur, on va dire, le poker, je vais me démerder pour que ça revienne par la suite, et si possible finir sur ça aussi, mais de manière variée à chaque fois. Que quand t’écoutes, ça semble un enchaînement logique, pas des phrases interchangeables à l’infini.

Joe et le rap français

Il évoque dans un premier temps ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui, à commencer par Flynt. « si t’as une embrouille avec Flynt, t’as qu’à squatter les concerts de Mobb Deep, Infamous Mobb, tout ça, t’es sûr de le trouver. C’est vraiment son délire. C’est un mec en or, il est pas du tout comme moi. Flynt tu lui donnes rendez-vous à 15h, il est là à moins cinq, à 15h01 il t’envoie un texto et à 15h03 il t’appelle. » Évidemment, Joe aurait pu se contenter de dire « Flynt est blanc », mais il est comme ça, il a son sens de la formule bien à lui et il y tient. Quand il parle au naturel, il encule l’ensemble des slammeurs de ce pays. En parlant de ça, la seule fois où on a entendu un pic à des collègues, c’était pour Abd al Malik et Michael Youn nan ? « En fait j’aime pas les clash, je trouve ça bidon en France. Si j’ai un problème avec quelqu’un je vois franchement pas l’intérêt d’en faire un morceau. La phase sur Malik et Youn c’est pas un clash en vrai, c’est juste la vérité : l’un a vraiment zappé le rap pour du slam, et l’autre est un clown. C’est même pas une attaque. L’autre fois où je me suis retrouvé dans une histoire comme ça c’était avec Cen Safaraa, et alors là c’était n’importe quoi. Je pose sur un truc qui reprend la face B de Repose en paix au refrain. Avec Cross on se dit que c’est bien, je pensais même qu’on aurait pu appeler Booba pour qu’il dise quelques mots en intro. Je reviens au studio, et je vois les autres couplets. « Merde mais c’est un clash ça les mecs !? » (Joe dit vraiment ça comme le gars qui se réveille, qui voit la fille à côté de lui et qui fait « mais c’est une rousse, ça les mecs !? »), avec Kappacci qui s’est rajouté et tout. Et en plus ils voulaient le clipper. » Donc là ce qu’on retient c’est que si tu veux clasher quelqu’un mais qu’il te manque un couplet, t’appelles Kappacci, il insultera tout le monde sans rechigner. « Mais de toute façon, même les fois où les beefs ont dépassé le cadre de la musique, c’était déjà n’importe quoi. » Un exemple ? « Le truc de Gab’1 là. Avec Rohff et Kery qui le tapent ou je sais pas quoi. Et y’a sa vidéo le lendemain. Franchement si tu tombes sur un mec et que juste après il continue son délire en vidéo, c’est que déjà tu l’as pas assez tapé. En plus Gab’1 on le connaît c’est un mec du 19, on le voit rentrer en taxi de soirée, il est marrant. Mais sinon le délire c’est que maintenant même les têtes-têtes c’est fini. Normalement, si t’as un truc contre quelqu’un, et que tu le retrouves avec tes gars, c’est tes potes qui le règlent et qui sautent pour toi. C’est comme ça que les trucs se règlent, les histoires de duel de cour de récré, j’y crois pas. » En parlant du 19e, quid de ses petits camarades ? Les Ghett Dip, je les connais, on s’apprécie, leur délire Hausmann, c’est bien, c’est super classe mais le truc c’est que des fois ça va un peu loin. Quand Simsky fait sa rime « je suis juif, musulman, chrétien », bah non. T’es juste musulman. Ça sert à rien, tu vas pas rallier tout le monde juste parce que tu dis ça. C’est comme les délires Illuminatis. C’est la mode, les mecs foutent des signes et des trucs mystiques dans leurs sons et leurs clips, ils croient que ça va leur ramener un certain public. Mais ceux qui sont là-dedans, ça les intéresse pas un rappeur qui parle de ça. Y’a aussi des mecs qui se sont mis à parler de coke dans leurs morceaux parce que c’est devenu fashion. Les gens sont profondément stupides de croire que ça peut les booster. Joe n’est pas non plus très fan des théories du complot en tous genres. Non mais moi, les trucs sur le 11 septembre, les trucs secrets pour contrôler le monde… je suis réaliste. Pour moi c’est l’argent qui dirige absolument tout. Donc pas besoin de chercher très loin. Tu vois juste ceux qui profitent d’un truc et ceux qui y perdent et t’as tout compris. Pourquoi des gens se feraient chier à faire des manipulations de fou pour contrôler un truc alors qu’il suffit de l’acheter ? A part ça, il fréquentait pas mal Sinik et Kennedy durant une période non ? Bah Kennedy et Sinik c’était les petits de Diam’s. Bon Sinik je peux plus trop l’écouter mais Kennedy, lui son évolution est un gâchis. Il s’est racaillisé de fou, avec son accent et ses intonations qui lui vont pas du tout. Surtout qu’à la base c’est pas un ouf. En même temps Kennedy dès qu’il a posé sur Ouest Side il a cru qu’il faisait partie du 92i… C’est exactement ça. Tous ces mecs qui rappaient normal et qui se sont mis à prendre un flow caillera après Booba… (là, Joe imite l’accent caillera. C’est impossible à décrire, le mépris dégouline trop sur les syllabes déformées, on obtient le chaînon manquant entre le raclement de gorge et le gémissement) Mais c’est dommage c’est un petit qui aurait pu tout niquer… mais tous les petits qui peuvent tout niquer ils leur arrivent des trucs. Ce qui manque c’est un jeune qui a les dents longues et qui maque le game. J’ai cru que Sefyu pourrait le faire, mais il a pas les capacités. Certains morceaux je peux même pas les écouter. Son truc « s-s-s-s-s » là (molotov 4), c’est mort pour moi. Le truc des gimmicks c’est bien une fois, pas plus. Pourtant Joe lui aussi a fait un couplet comme ça, « Doom ». Ouais, un couplet sur un feat. Dans mon album solo aussi y’aura un morceau gimmick. Ça s’appellera Mimil. Parce que c’est vrai que je le dis tout le temps. D’ailleurs cette expression, ça vient d’où ? C’est un truc à l’ancienne ça. Moi je me rappelle que c’est à Rosny qu’on le dit beaucoup. Mimil’ c’est genre… tu vois les petits mecs des rues mais d’avant ? Les gavroches, les minots qu’ont même pas 15 piges mais qui ramassent les mégots des grands pour se les foutre dans la bouche, tu vois ce style là, très vieux Paris. Bah c’est ça Mimil’. Et chez nous c’est devenu une sorte de truc qu’on ajoute en fin de phrase, genre « allez arrête tes conneries, mimil… ». Retour au rap. « Ce qui est dommage aussi et qui explique que y’a pas de petits qui déclassent les grands, c’est que les grands quand ils montent ils ont des équipes de merde avec eux. Booba il est fort mais son équipe elle est dégueulasse. Et c’est loin d’être le seul. Du coup tu peux pas avoir de crew à l’américaine qui sont tous au top en même temps. Du côté du Blavog, on a un peu peur de l’évolution de Dosseh. « Je crois vraiment que Dosseh est moins con que les autres de son âge, et en plus il vient de province, il a pas été bousillé par le délire d’ici, il doit avoir plus de recul. »

Darys, Ill, Joe Lucazz – freestyle

La suite au prochain épisode, avec un invité surprise, du suspens et des effets spéciaux.

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