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Interview – Vald (+ special guests qui passaient par là)

A un moment y’a Lino qui vient serrer des mains avant d’aller pisser, et à la fin y’a Tefa qui tape un peu l’incruste, mais on a rien dit parce que c’était chez lui.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 1

Interview : Genono (Captcha Mag) et Teobaldo (Le Blavog)
Photos : Mehdi MK ( TupakTV)
On a uni nos forces comme si on était possédé par l’esprit hip-hop.

Genono : Avant la promo autour de la sortie de NQNT, t’as fait très peu d’interviews. C’était par choix, ou parce que les intervieweurs avaient peur de te rencontrer ?

Vald : C’était un choix, jusqu’ici faire des interviews, ça n’avait pas vraiment d’intérêt. Quand tu sors uniquement des projets gratuits sur internet, t’as pas grand-chose à dire. Si c’est juste pour raconter ta vie, y’a aucun intérêt. Là on a quelque chose à défendre, donc on va parler un peu de nous.

Genono : Tes précédents projets, c’était histoire de faire monter un peu la sauce ?

Vald : Voila, l’idée était de se présenter un peu aux gens, parce que dire « je sais rapper », c’est bien beau, mais si t’as aucun projet …

Genono : Ce matin je lisais les commentaires sur le clip de Shoote un Ministre … J’ai l’impression que ton public de base ne s’y retrouve pas.

Vald : Mon public de base, c’est quoi ?

Genono : Globalement, les gens qui te suivent depuis le début. Je lis beaucoup de commentaires du type « c’est pas le Vald qu’on aime », on est à la limite du « Vald c’était mieux avant », alors que ta carrière a pas encore débuté. C’est un truc que t’as ressenti ?

Vald : C’est un peu comme le premier amour, quand tu le revois quelques années plus tard, bah … il a changé ! Moi je fais le son que j’aime, après, ils suivent ou pas, c’est pas grave. J’irai trouver d’autres gens pour m’écouter.

Genono : Sur les autres extraits, j’ai l’impression qu’il y a d’autres retours, et que ça correspond plus à ce que le public attendait.

Vald : C’est surtout au niveau des prods, je pense. Et puis, il y a une raison simple : sur mes anciens projets, je pouvais pas faire de dirty, parce que je savais pas mixer. Et comme c’est moi qui mixais mes projets, forcément … J’avais envie d’en faire, mais je ne savais pas le faire. Alors maintenant, j’arrive en studio, je me régale.

Genono : Jusqu’ici t’étais vraiment en mode « fait-maison » ?

Vald : Ah ouai, c’était artisanal mon frère ! Y’avait un fumet, t’entendais les portes claquer chez moi, t’entendais ma darone crier … il se passait quelque chose quoi ! Alors que maintenant c’est propre, c’est professionnel.

Genono : Je reviens sur Shoote un Ministre … Y’a pas eu trop de controverse au sujet de la quenelle devant l’assemblée. T’es pas déçu ?

Vald : Déçu, non … c’est logique, on fait pas de vues. C’est normal qu’il y ait pas de controverse.

Genono : Justement, ça aurait pu être le truc qui déclenche un peu la machine.

Vald : En tout cas, moi je l’ai pas fait pour ça. Je l’ai fait parce que ça me faisait rigoler. Après peut-être que de l’autre coté, les mecs étaient là à se dire « ouai, on va faire des vues avec ça » … j’en sais rien. Je pense que si on faisait un million de vues avec une quenelle, on en aurait entendu parler … Mais là, avec 100.000 vues, c’est de la rigolade.

Genono : Il se passe plein de choses dans tes clips, ça fourmille d’idées et de conneries. A quel point t’es impliqué là-dedans ?

Vald : Généralement, je rencontre le réalisateur, je propose des idées, et si on peut, on les met en place. Par exemple, pour Shoote un Ministre, j’avais des idées un peu farfelues, qui n’étaient pas réalisables avec le budget et le temps dont on disposait. Donc on s’est concerté, et c’est Tefa qui a eu l’idée : « et si on promenait un ministre mort sur un fauteuil roulant, c’est génial ! »

Mehdi (manager de Vald) : Enculé, c’est moi qui ai eu cette idée !

Vald : Ah c’était ton idée ? C’est vrai que j’ai tendance à considérer que c’est Tefa le génie, mais Mehdi a un meilleur vocabulaire.

Mehdi : Nan, il faut dire que tout vient de Vald !

Genono : Et donc tu disais qu’il y avait des idées que tu ne peux pas encore mettre en place, faute de budget ?

Vald : Ouai, comme les gamins. Ils ont des idées, ils ont envie de faire des films de fou, mais ils peuvent pas. J’en suis à ce stade. Bientôt, j’aurai le budget pour faire des clips hollywoodiens.

Genono : On espère, parce qu’il y a moyen de bien rigoler avec toi. Rien à voir, mais j’ai lu dans ton interview chez l’Abcdr que tu avais une culture rap très limitée. Elle s’est développée un peu, depuis ?

Vald : C’est vrai, j’ai vraiment une mauvaise culture. Disons que c’est une culture atrophiée. Mais je commence à faire des pompes et des tractions.

Genono : Ce manque de culture, tu vois plutôt ça comme un avantage, dans le sens où t’es pas formaté par ce que t’as écouté avant, ou plutôt comme un handicap ?

Vald : Je vois ça comme un fait, j’essaye de changer là-dessus, mais je sais pas si c’est un avantage ou un désavantage. Le bon coté, comme tu le dis, c’est que je fais les choses sans être influencé par ce qu’ont fait d’autres artistes avant moi. J’ai cru comprendre que ceux qui avaient écouté l’album de Lunatic à l’époque étaient traumatisés et voulaient absolument refaire du Lunatic. Moi je l’ai pas écouté, je sais pas ce qu’il se passe dans cet album ! Mais d’un autre coté, le fait de ne pas avoir de références n’est pas forcément un avantage. En fait, j’ai pas conscience de ce qui est bien ou mal, dans le rap.

Genono : Dans ce qui se fait aujourd’hui, t’écoutes quoi ?

Vald : J’aime beaucoup Young Thug, j’aime beaucoup Lil Wayne … j’ai une affection toute particulière pour Lil Wayne. Après, en français … j’ai du mal avec eux, parce que je comprends ce qu’ils disent. Mais par exemple, Kaaris, il me fascine ! Je le trouve trop marrant.

Genono : Mais musicalement, c’est des artistes qui t’inspirent ? Parce que ta musique ressemble pas à du Kaaris ou du Lil Wayne.

Vald : Je sais pas ce qui m’inspire. Si je dis que je m’inspire d’untel, ça veut dire que je vais essayer de faire la même musique que lui ?

Genono : Pas forcément, ça peut être dans le sens où tu vas juste te nourrir de ça, et en faire ta propre sauce. Ne serait-ce qu’au niveau des sonorités, tu peux avoir envie de tendre vers telle ou telle tendance.

Vald : Peut-être que je me nourris de ce que j’écoute sans trop m’en rendre compte, franchement j’en sais rien. J’ai du mal à comprendre le concept d’influence et d’inspiration. J’écoute des trucs … tu sais, des fois, quand j’écoute un morceau, j’ai envie de taper le rappeur. Peut-être que c’est de cette manière là que je m’inspire finalement, c’est une influence un peu malsaine. Je l’écoute, et j’ai juste envie de le mettre à l’amende, de le défoncer.

Genono : Ta connexion avec Rockin Squat sur L’undaground s’exprime chapitre 6, elle se fait comment ?

Vald : Qu’un rappeur avec des disques d’or et 20 ans de carrière m’appelle, j’ai trouvé ça beau. J’étais un rappeur de chambre, j’avais fait quelques mixtapes, mais personne me connaissait. Je sais même pas comment il m’a découvert … c’est une bonne personne, il m’a même invité à monter sur scène à la Cygale.

Lino, surgit de nulle part : Qu’est ce que c’est que ces interviews qui durent 70 heures ?

Vald : Laisse-nous bosser.

Lino : Je passe juste vous saluer avant d’aller pisser. C’est mieux avant qu’après, nan ?

S’en suivent quelques serrages de main, deux-trois vannes pas piquées des hannetons, puis Lino s’en va pisser et l’interview reprend son cours.

Genono : Tu fais beaucoup d’introspection dans tes textes. Est-ce que c’est un truc qui t’aide à te comprendre toi-même, à avancer, à la Soprano qui prend sa carrière pour une thérapie ?

Vald : Pas du tout. J’écris pas quand je suis triste. Si ça va pas, j’écris pas. Je me trouverais con de me trouver dans une situation alarmante et de me dire « oh putain, il faut que j’écrive un texte, il faut que j’explique ce qu’il m’arrive ! ». J’écris uniquement quand je suis content. Et j’ai même pas l’impression de faire de l’introspection, je trouve ça un peu surprenant.

Genono : Tu racontes quand même des trucs super personnels, même si c’est souvent fait avec humour.

Vald : Comme quand je parle de branlette ?

Teobaldo : Ca c’est intime plus que personnel.

Genono : Y’a des moments où tu te dis « ça c’est trop personnel, je vais le garder pour moi » ?

Vald : Ah oui, y’a beaucoup de choses que je dis pas, parce que je trouve que ça ne regarde que moi. Et puis surtout, ça n’apporte rien. Si ça apportait quelque chose de lâcher une phase très personnelle, en me disant que des gens vont se reconnaitre dans ce que je dis … Mais la plupart du temps, je parle pas de moi. C’est pour ça que ce coté introspection, je vois pas trop … Peut-être sur Journal Perso, ou des vieux morceaux ?

Genono : Même sur NQNT, y’a pas mal de phases super personnelles, même si c’est pas forcément à chaque fois le thème du morceau. C’est quelques phrases disséminées ci et là tout au long du projet, que je trouve très personnelles.

Vald : J’ai pas ce ressenti … mais pour revenir à ta première question, écrire ne m’aide pas du tout. Je ne règle rien avec la musique.

Teobaldo : Du coup, écrire ça t’apporte quoi ?

Vald : C‘est un sentiment d’accomplissement. Quand j’écris, j’ai l’impression que je fais quelque chose de ma vie … alors qu’en fait, nan. Je peux passer une nuit entière sur une seule phrase, en vrai je fais rien du tout, mais j’ai quand même l’impression d’avoir fait un truc. Quand je finis un morceau, j’ai vraiment l’impression d’avoir fait quelque chose de concret, de pas être resté là à attendre que le temps passe, comme un branleur. Alors quand le morceau est validé au studio, j’en peux plus, je l’écoute vingt fois d’affilée, je me dis « ouaah, je suis louuurd », alors que pas du tout, je brasse pas un sou.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 2

Genono : Aujourd’hui t’es rappeur à plein-temps ?

Vald : Plus ou moins …

Genono : T’as prévu un plan B, au cas où ça ne marche pas comme prévu ?

Vald : Bah oui, justement, parce que je viens de me rendre compte de l’économie du rap et … c’est pas flamboyant (rires).

Genono : Y’a pas lontemps t’as publié sur les réseaux sociaux « 5 bonnes raisons de ne pas acheter NQNT » …

Mehdi (manager) : Une idée de génie !

Genono : T’annonces « aucun tube ne sera joué en radio ». Ils font pas trop la gueule chez Barclay ?

Vald : Nan, pas du tout. J’ai pas tellement de contacts avec eux en fait.

Genono : Ils t’ont juste commandé un album, façon « ponds ce que tu veux » ?

Vald : Voila, on leur a donné un album, on a dit « si vous aimez, vous prenez, vous donnez de l’argent, et vous distribuez ».

Genono : Et t’as eu des retours ?

Vald : Ils en sont très contents. Ils me trouvent très particulier, avec un univers … ça fait plaisir.

Genono : Parmi les 5 bonnes raisons, tu dis aussi « pas d’autotune dans le projet ». C’est un truc que t’aimes pas ?

Vald : Au contraire, c’est un truc que j’adore, mais que je contrôle pas encore.

Genono : Donc ça va venir ?

Vald : Ah ça, dès que je sais l’utiliser, vous allez en chier ! Prends garde à toi, Jul ! (rires) J’ai aucune censure là-dessus, dès que je sais le faire, c’est partit !

Genono : T’as l’air plutôt à l’aise sur scène, c’est un truc que tu travailles à l’avance, où t’y vas vraiment en mode freestyle ?

Vald : Ouai, jusqu’ici c’était très freestyle, mais le public est super réactif, sans trop que je sache pourquoi. Bien souvent, il est juste content de voir « son » artiste, donc il fait la fête même si tu pues la merde sur scène. Après, on a essayé de travailler un peu le truc, c’est plus cadré, un peu moins bordélique, même si y’aura toujours une part de bordel. A terme, je pense que ça va devenir très professionnel, l’idée c’est que ça devienne un vrai spectacle. Je pense qu’il nous faut juste des séances en studio pour développer ça … et les séances, faut les payer ! Mais là j’ai l’impression qu’on a trouvé un format qui fonctionne bien, ça fait 6 ou 7 dates que je sens qu’on a quelque chose de professionnel.

Genono : Ce coté trop carré, t’as pas peur que ça déplaise à un certain public, qui aime justement le Vald un peu à l’arrache ?

Vald : Ca peut être à l’arrache … mais carré en même temps. J’ai déjà fait des scènes vraiment à l’arrache, et c’était vraiment trop à l’arrache, tellement à l’arrache que le public n’y comprend plus rien. Donc oui, y’aura toujours une ambiance « fait-maison », un petit fumet, mais le temps est à la professionnalisation.

Genono : La piste 5 de NQNT s’appelle Sullyvan. En écoutant le morceau, j’ai l’impression que ce personnage est une sorte d’alter-égo démoniaque de Vald. J’ai bien compris le concept ?

Vald : Ouai, c’est à peu près ça. C’est partit d’une rime que j’ai fait dans un vieux morceau, avec le nom de Sullyvan, et j’ai développé un peu ça. Mais j’ai pas du tout le complexe du schizophrène, avec une partie sombre qui se dévoile sous un alias. Sur ce morceau, c’est vrai que la prod s’y prêtait bien, j’ai poussé un peu dans cette direction … mais en fait nan (rires). Ca m’a surtout permis de faire un égotrip un peu particulier, de parler de ce personnage comme d’une légende, un mythe.

Genono : C’est un truc qui peut revenir dans les prochains projets, ma suite des aventures de Sullyvan ?

Vald : Ouai, je vais le décliner, c’est certain. Et puis ça nous fait un super morceau pour entrer sur scène, c’est génial.

Genono : Piste 8 (« Horrible »), tu dis « suffit d’une vidéo de Soral pour que l’audimat du JT chute ». Tu penses quoi de ce mec ?

Vald : Je pense qu’il a une grande écoute. Je l’ai beaucoup écouté, maintenant j’ai décroché. Je prends plus rien à cœur, j’en ai plus rien à foutre de quoi que ce soit. Je sais qu’il a beaucoup d’audimat, et qu’il est plus proche de la réalité que les journaux télévisés. C’est moins déformé, et ça a plus d’impact. Lui aussi, il bosse à la maison, il est sur son canapé, il fait ses vidéos … Et je sais que si t’écoutes Soral, t’écoutes pas le JT. Ca n’a pas de sens, d’écouter les deux, ou en tout cas, de croire les deux.

Genono : Dans le même morceau, tu dis « personne m’a donné la foi, je suis lassé de croire en rien ». Quel est ton rapport à la religion ?

Vald : J’aimerais avoir la foi ! Mais je crois en rien, je suis pas dedans. Et j’aimerais bien, parce que je ressens une sérénité chez les gens pieux, c’est quelque chose que j’ai pas. Mais j’ai réussi à trouver la sérénité ailleurs, donc je m’en sors pas trop mal.

Genono : La foi, c’est donc quelque chose que tu recherches ? Ou tu te dis juste « si ça vient, ça vient » ..?

Vald : Voila, je me dis que si un jour je tombe dedans, ce sera super. Sinon, tant pis.

Teobaldo : C’est juste une question de sérénité, d’équilibre ?

Vald : C’est vraiment … un bien-être que je ressens chez les gens qui ont la foi. Mais ceux qui l’ont vraiment, pas les frères muz 2.0. Les vrais frères muz, ils ont sont apaisés, c’est magnifique.

Teobaldo : On sent que t’as développé une grosse réflexion là-dessus.

Vald : Ca me touche personnellement en fait, parce que mon frère est devenu musulman. Je trouve ça beau. Moi, j’arrive à vivre sans, mais si un jour ça vient … incha Allah !

Genono : Ensuite, piste 9, « Aulnay-sous-bois », qui est très critique envers la mentalité de quartier et l’apologie de la rue. Tu sentais le besoin de faire ce morceau ?

Vald : Ouai, c’était vraiment un besoin, parce que personne n’en voulait de ce morceau ! (rires) Je trouvais intéressant de proposer cette vision des choses, j’ai pas l’impression d’avoir déjà entendu un morceau comme celui-là … après j’ai une culture de merde, donc il a peut-être déjà été fait. Je trouvais ça marrant qu’un blanc qui vienne du 93 parle de la cité de cette manière.

Teobaldo : T’as pas peur de te mettre des gens à dos ?

Vald : Je connais personne, donc je peux me mettre personne à dos ! (rires) Après, je dis pas que la street c’est mal … mais revendiquer le fait d’être un mec de tiekar, ça pue la merde. Je vous chie dessus ! Attends, que je me fasse pas mal comprendre, c’est pas parce que t’habites dans un tiekar que je te chie dessus …

Genono : Si si, on va marquer ça. On va faire du buzz, on va titrer « Vald chie sur les mecs de tiekar ».

Vald : Nan, ce que je veux dire, c’est que je te chie dessus si t’es un mec de tiekar et que tu vis là-dessus. Et j’en connais plein, des mecs qui te disent « ouai, moi je suis un mec de quartier, je vais rien faire de ma vie, je vais rester en bas » …

Teobaldo : Pas de vacances pour les vrais gars.

Vald : T’as tout dit.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 3

Genono : T’as quel attente sur la sortie de NQNT ?

Vald : Par rapport aux ventes ? J’en ai aucune idée. J’aimerais bien impressionner les gens de maisons de disques, pour qu’ils me sortent en physique, ces fils de lâches.

Genono : Ah mais il sort pas du tout en physique ?

Vald : Nan, parce qu’ils ont pas confiance en nos chiffres, ces crevards ! Ca me fout un cafard de ouf. Mais j’ai confiance, j’ai l’impression que mon public est deter, qu’il croit en moi.

Teobaldo : Du coup tu vises pas un chiffre précis …

Vald : Nan, je vise juste de pouvoir vivre de ma musique. Tant que j’en vis, les chiffres m’intéressent pas.

Tefa (qui est là aussi, parce que c’est la fête du slip) : Ca dépend comment tu veux vivre.

Vald : Je veux juste vivre, poto ! Je veux partir de chez mes parents, je veux pouvoir payer un loyer et des factures.

Teobaldo : Du coup, tu penses que tout buzz est bon à prendre ?

Vald : Nan, y’a aussi des mauvais buzz. Y’a des buzz desquels tu te relèves pas, y’en a certains qui ne s’en sont jamais remis. Je vais pas citer de noms, on va pas leur faire de la mauvaise pub, mais tu les connais.

Genono : Question « à la Spleenter » : est-ce qu’en tant que rappeur blanc, tu pourrais raconter que tu te faisais racketer au collège, comme Orelsan ?

Vald : Le raconter ? Je sais pas … peut-être le dire en une phrase, mais un morceau complet dessus … c’est dur.

Genono : Bah il en a fait … je vais pas dire une carrière, mais presque.

Vald : Nan, je peux pas capitaliser sur le fait d’être une victime, ça m’intéresse pas. Je peux pas écouter un morceau dont le message serait « je suis une victime ». Meme sans le dire ouvertement, mais y’a des sons, les mecs font que se plaindre de la première à la dernière mesure. Frère, relève la tête, car un jour tout s’arrête.

Moment de flottement dans le studio, tant tout le monde est subjugué par la dernière phrase de Vald.

Teobaldo : C’est pour ça, l’humour ? Aborder des sujets sérieux différemment, que les gens se fassent pas chier …

Vald : Voila, et faut se détendre, le ridicule n’a jamais tué personne.

Genono : Les comparaisons avec Orelsan, c’est un truc qui doit te casser les couilles nan ?

Vald : Oui, forcément, mais si ça vous donne une porte d’entrée, prenez-la. C’est toujours mieux qu’on m’écoute en se disant « c’est un peu comme du Orelsan », plutôt qu’on m’écoute pas. Mais j’ai jamais fait du Orelsan, donc j’ai même pas l’impression de devoir m’en détacher. J’ai un phrasé particulier qu’il n’a pas, et il a un phrasé particulier que je n’ai pas.

Teobaldo : Donc t’as déjà écouté ce qu’il fait ?

Vald : Ah oui, bien sur. Tout ce qui se fait, depuis que j’ai commencé à rapper, j’écoute, je me mets à jour. Le rap, c’est une bataille, donc si je sais pas ce que les autres font, c’est chaud.

Genono : Tu pourrais t’autoproclamer Professeur Punchline comme Seth Gueko ?

Vald : Je fais pas de punchlines, moi. Je déteste le mot « punchline ». Déjà, je déteste les anglicismes. On a une langue tellement riche, tellement belle, utiliser des anglicismes c’est dommage. Et le terme « punchline » … c’est nul, complètement nul. Je fais pas de punchline, je fais du sentiment. J’ai l’impression de développer vraiment un ressenti, pas juste de faire de la phrase. C’est difficile de prendre une phase de mon texte, et de la sortir comme ça.

Genono : C’est aussi du à ton écriture qui est très dense, pas mal basée sur la technique avec des assonances, des multisyllabiques dans tous les sens, des mots qui s’entrechoquent. C’est quelque chose que tu recherches particulièrement ou c’est quelque chose qui te vient naturellement ?

Vald : Ca me vient naturellement, c’est de la performance, et c’est ce qui va me faire écouter ou non un rappeur. Si un rappeur rime mal, je l’écoute pas. Les rimes trop simples, ça m’énerve. Y’a plein de mots dans la langue française, sers-toi-en. Maintenant j’y fais peut-être un peu moins attention, mais j’ai longtemps eu l’impression que c’était une obligation. C’est une question un peu complexe, mais pour moi c’est un devoir. Si t’es rappeur et que tu rimes pas … c’est la misère, gros. Fais autre chose.

Genono : Si tu devais imaginer ta reconversion après le rap, ce serait quoi ? Je te verrais bien au cinéma.

Vald : Ouai, le cinéma ça me plairait bien. J’attends qu’on vienne me contacter, je fais des petits appels subliminaux avec mes vidéos, mais ça marche pas (rires). Et puis, j’ai l’impression que ça paye mieux. Sinon, j’aimerais bien me reconvertir dans la production, prendre des petits rappeurs, leur transmettre mon savoir, mon expérience, et les orienter. Mais il faut de l’oseille.

Mehdi (le manager) : Tefa peut t’expliquer comment ça fonctionne !

Tefa : Bah c’est comme la politique : faut être un enculé.

Vald : J’aime bien aussi le montage vidéo, même si j’ai un niveau de merde. Ca me passionne.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 4

Teobaldo : Le clip de Toutatis, déguisé en flic, qui a eu l’idée ?

Vald : C’est une idée à moi, que j’ai trouvé vraiment super, et j’ai forcé tout le monde à la faire. A la base, je voulais faire un vrai truc de bad cop, avec un keuf crapuleux, ripoux … et au final, on s’est retrouvé en îlotiers super ringards. Mais j’aime bien, c’est drôle, ça a un côté sketch, et puis ça nous fait 3 clips bien construits, qui sont très différents mais qui gardent quand même une certaine ligne directrice.

Teobaldo : J’ai l’impression que pour chaque clip tu vas un peu plus loin. Le prochain tu nous fais quoi, la guerre des étoiles ?

Vald : Le prochain … c’est une surprise. Il sera pas cher, mais drôle.

Teobaldo : Tu commences à monter, à avoir une petite notoriété, y’a forcément un moment où un mec va vouloir te clasher. Comment tu penses réagir ?

Vald : Ca dépend de la notoriété du bonhomme. S’il est en dessous de moi, j’en ai rien à foutre, parce qu’il va rien m’apporter, je vais juste lui donner du buzz. Par contre si c’est un mec qui est au-dessus, et qu’il m’attaque … je vais le ruiner, l’enculer comme un chien, je vais pas le lâcher. Je vais voir l’ouverture et … oh putain, je vais l’enculer.

Teobaldo : T’es prêt pour la guerre.

Vald : Attaquez-moi, je vous en supplie ! Mais faut souligner que ça reste de la musique, je peux clasher le mec et lui serrer la main en studio le lendemain. Après, pour qu’un mec avec plus de notoriété que moi m’attaque, faudrait qu’il soit vraiment con.

Teobaldo : Bah y’a des cons dans le rap français, c’est pas le problème.

Tefa : Nan, y’a pas de cons, c’est pas vrai. C’est qu’une rumeur (rires).

Teobaldo : Est-ce que tu serais prêt à faire de la taule pour gagner en street-crédibilité ?

Vald : Je résisterais pas en taule … faudrait que je tue un violeur pour être respecté là-bas. Mais sinon, je suis un petit blanc, t’as vu mon gabarit ? Je suis dans la merde. Je vais m’en prendre plein la gueule !

Genono : Et pas que la gueule …

Vald : Et pas que la gueule !

Mehdi : Du coup après, tu feras peut-être du rap de victime.

Teobaldo : Est-ce que tu penses pas que tu vendrais plus en faisant du rap de victime ?

Vald : Pas sûr. Ce qui marche, c’est la sincérité. Si on croit en ce que je fais, les gens vont se sentir impliqués. Si je deviens la copie d’une copie, ça va intéresser personne. Faut juste être sincère et spontané.

Genono : Niveau connexions, tu fais pas énormément de featurings, ou en tout cas pas avec des rappeurs très côtés. T’es comme Niro, t’aimes pas te mélanger ?

Vald : Pour faire des feats avec des gens côtés, faudrait que j’aime ce qu’ils font, faudrait que je les contacte, ça me met un peu dans une position bizarre, j’aime pas trop ça. Je préfère faire des feats avec des gens que je connais, que j’aime, et avec qui il n’y a pas de calcul. En fait, y’a personne qui m’attire.

Teobaldo : Le rap français t’intéresse vraiment pas ?

Vald : Ah si, y’a vraiment des artistes que je kiffe, que je survalide. Un mec comme Katana, je suis comme un fou dessus, je l’écoute, j’en peux plus. Y’a aussi un gars de la clique de Kaaris, il s’appelle Solo le Mythe, il est trop fort. Y’en a beaucoup, j’aime bien aussi Docteur Bérize … Hornet La Frappe, il tue sa mère !

Genono : Bah justement, ces gens-là, ça t’intéresse pas d’aller les chercher et de rapper avec eux ?

Vald : Ca peut m’intéresser, mais je sais pas spécialement comment m’y prendre … Et puis je pense qu’un feat, ça se fait en fin de projet. Mon prochain projet, quand il sera fini aux trois quarts, je me dirai peut-être « tiens, il me faut un feat » … J’y penserai à ce moment-là. Et puis, ça va me mettre dans une démarche où je serai obligé d’écrire, et je déteste être obligé d’écrire. Ca me frustre.

Teobaldo : Pourtant t’as l’air productif.

Vald : Je suis productif, mais je suis capricieux. Et si j’appelle quelqu’un, je vais être obligé d’écrire, sinon il va me dire « tu m’appelles pour rien, enculé ! ». J’ai jamais de morceau où j’écris un couplet et ensuite je me dis « tiens, untel sur le deuxième couplet, ça passerait bien ». Déjà, j’ai très peu de chutes de morceaux, et puis … je m’aime trop, je crois. A chaque fois je trouve que mon morceau vaut la peine que j’aille au bout tout seul.

Teobaldo : Y’a des gens que t’aimes bien mais avec qui tu penses que musicalement, ça ne fonctionnerait pas ?

Tefa : Swaggman ?

Vald : Nan, Swaggman ça tuerait sa mère, t’es fou ! Par exemple Maitre Gims, je trouve qu’il est super fort, mais je le vois pas faire un refrain et moi lâcher un couplet derrière. Mais j’aime beaucoup de gens hein, même si vous avez l’air de penser le contraire.

Genono : NQNT, tu comptes le défendre sur une tournée ?

Vald : Je sais pas ce qu’on appelle une tournée. En tout cas on a plein de dates, dans toute la France, plus de trente jusqu’à l’été prochain.

Genono : On peut donc appeler ça une tournée.

Vald : Ouai, mais je les connais mes dates, on va pas se mentir les frères. Y’a des salles de quelques centaines de personnes …

Mehdi : Bah on voulait faire la tournée des Zéniths, mais il a que 20000 fans sur Facebook, c’est chaud.

Vald : Après, je sais pas si on peut dire que je vais « défendre » l’EP pendant cette tournée, mais c’est clair que c’est un excellent prétexte pour monter sur scène.

Mehdi : En langage professionnel, ça s’appelle bien « faire une tournée » et « défendre un projet » (rires).

Vald : Ouai, mais j’ai pas l’impression de défendre quoi que ce soit. Quand je monte sur scène, les gens connaissent déjà les morceaux, je leur donne juste ce qu’ils veulent.

Teobaldo : Le fait d’être entouré, avec des gens qui s’occupent de la production, d’autres de la logistique … ça t’enlève un poids ?

Vald : Ca m’enlève un poids, mais d’un autre côté, je dois toujours leur courir après (rires). Maintenant, je délègue, c’est un autre type de poids, mais au final ça m’avance pas beaucoup.

Genono : Pour conclure, les prochains projets, tu bosses déjà dessus ?

Vald : Ouai, je suis en avance. Les morceaux que vous écoutez en ce moment, ça fait déjà un an que je me branle dessus. La suite arrive.

Genono : Bon, bah on a fait le tour.

Vald : Merci les frères, c’était cool, j’ai bien aimé cette interview. De toutes celles que j’ai fait, c’était la plus dynamique.

Tefa : T’oublieras pas de couper toutes les questions où il dit qu’il est antisémite, homophobe, et encarté au FN.

NQNT dans les bacs le 28 Octobre. Et le produit est très bon, alors faites pas les lâches et mettez un petit billet dessus (ndTeo : ceci est un message de Génono. Moi j’ai pas encore écouté le CD =/)

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Interview : Flynt (partie 3/3)

Flynt, l’interview Captcha x Blavog : troisième et dernière partie, avec un interviewé qui devient intervieweur, une crotte de nez à Youssoupha, et des infos sur un éventuel album commun avec Sidi O.

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 Lire la partie 1 – Lire la partie 2

Note de Flynt : A ce moment de l’interview, les rôles se sont inversés. Pendant quelques minutes, je me suis mis à poser un certain nombre de questions à mes interviewers sur leurs motivations, leurs projets … Un peu comme ça se fait pour un film, on a coupé la scène, mais pour ceux que ça intéresse, on a retranscrit l’échange, que vous trouverez en bonus en toute fin d’interview.
Du coup, magie du montage…

Flynt : (il reçoit un mail sur son téléphone) Attends, regarde, je reçois un mail : « je tenais à te féliciter pour ton travail, il n’y a pas de déception ». Il n’y a pas de déception ! Comme je te disais on dirait que les gens étaient partis déçu d’avance !

Spleenter : Sans vouloir faire l’avocat du diable, est-ce que c’est pas dû à ton style de rap ?

Flynt : Un deuxième album, c’est dur. Les gens ont un point de comparaison, ce qui n’était pas le cas avec le premier.

Genono : Ton public semble mûr (25 ans et plus). C’est vraiment le cas ?

Flynt : Pas seulement. Je le remarque surtout sur mon site internet, et sur la boutique en ligne, qui m’a bien aidé à faire mon album d’ailleurs. J’ai beaucoup de jeunes de 19, 20, 21 ans qui me suivent, c’est que ma musique ne parle pas uniquement à des trentenaires. Ca parle aussi à des plus jeunes, et c’est tant mieux.

Teobaldo : Youssoupha dit une phrase du genre « je suis le seul trentenaire à écrire comme un adulte ».

Flynt : Youssoupha a dit aussi « t’avais jamais entendu de rap français ». Il a dit aussi « le meilleur rappeur de France a un cheveu sur la langue ». Il a dit aussi que Sarkozy était un fils de polonais, donc à partir de là difficile de le croire … Pour sa phrase sur les trentenaires … forcément, je suis pas d’accord avec lui. Mais ça m’étonne qu’il ait dit ça. Il l’a vraiment dit ?

Spleenter : Ah oui oui !

Flynt : Il a une faculté à se mettre naturellement les gens à dos.

Teobaldo : J’ai l’impression que c’est voulu, il se met à part, l’air de dire « regardez, je suis celui que les gens aiment pas, parce que je dis des trucs intelligents, et que vous êtes tous des cons ».

Flynt : Je sais pas. C’est un bon rappeur, qui a un bon discours, mais y’a toujours un truc qui … « T’avais jamais entendu de rap français », nan, arrête, tu peux pas dire ça. On a grandit avec Authentik, avec Note ton nom sur la liste et j’en passe, le rap français on l’a vu arriver, on l’a vu grandir. Même un mec qui aurait révolutionné le rap ne pourrait pas dire ça ! Alors Youssoupha … c’est le type de personne avec qui beaucoup pensaient que je pouvais me sentir proche artistiquement, mais en fait pas du tout, vraiment pas du tout !

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Teobaldo : Nodey il aime bien Youssoupha

Flynt : Oui, il l’aime bien, et j’espère que l’avenir lui permettra de travailler avec lui.

Genono : Est-ce que tu aimerais feater (et pas fister, comme le propose mon correcteur d’orthographe) un américain ? Si oui, lequel ?

Flynt : Ca a faillit se faire sur Itinéraire Bis. J’avais une instru d’Alchemist, que j’ai finalement pas gardé.

Spleenter : Sérieux ?

Flynt : Ouai, je l’ai rencontré. J’étais assis avec lui dans sa chambre d’hotel, à écouter des beats. C’est quand même un truc mortel ! Pour la petite histoire, en 99-2000, j’avais fait une mixtape spéciale Alchemist. Début des années 2000, il était au sommet de sa carrière, avec Mobb Deep. Et puis finalement, l’Alchemist d’aujourd’hui, ou en tout cas ce qu’il m’a fait écouter, ça me parlait beaucoup moins.

Il m’a fait écouter  une dizaine instrus, et quand t’es là, à côté d’Alchemist, tu chipotes pas trop parce que tu sais que cette occasion ne se représentera pas. Du coup j’ai pris 3 instrus, pour en garder une finalement. Et avec le recul, j’ai pas réussi à faire de morceau dessus. L’instru que j’avais gardé, je trouvais que c’était la moins bonne de toutes celles que j’avais sur l’album. Donc la réflexion ça a été : est-ce que je la garde parce que c’est Alchemist, quitte à faire un truc  avec un einstru qui me plaît moyennement ? Est-ce que ça sert à quelque chose d’avoir un gros effet d’annonce en mettant le nom d’Alchemist, pour au final avoir un son pas terrible ? Donc voila, j’avais une instru d’Alchemist, je l’ai pas utilisé.

Pour répondre à première la question, oui, j’aimerais bien faire un featuring avec Busta Rythmes. Pour moi c’est le meilleur. Et je sais même pas si je le ferais si on me le proposait, parce que si c’est pour qu’il s’asseye sur moi, c’est pas la peine. Y a pas match dès le départ avec lui. Par contre là je dois faire un featuring avec Parrish Smith (EPMD), Lil’ Dap (Group Home) et AKH. C’est pour une compil. Un beatmaker que j’avais rencontré une fois  (Crown)  m’a appelé, m’a envoyé un couplet de Lil’Dap, m’a demandé si je voulais poser. J’ai aimé l’instru et j’ai écrit et enregistré, après il a amené Akh et Parrish sur le track… entre-temps, la gauche est passée, et je dois refaire mon couplet (rires). Contrairement à l’album où j’en parle pas du tout, là j’ai parlé de politique dans ce couplet. J’aurais préféré que Sarko passe, j’aurais pas eu à le refaire (rires). J’ai pas voté Sarko hein, on est d’accord. Le seul truc pour lequel j’étais content qu’il passe en 2007, c’est parce que j’avais écrit une rime dans « Ca fait du bien d’le dire » où je dis « on aurait pas la droite si on jouait les élections à l’applaudimètre » quand le résultat est tombé,  malgré la déception,  je me suis dit « bon, au moins ma rime a un sens, je peux la garder ». (rires)

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Spleenter : Tu te vois pas finir sur un projet, qui est quand même le truc typique de rappeur blanc, à la Soulkast ?

Flynt : « Typique de rappeurs blancs », je sais pas. « Rappeur blanc », j’ai du mal. Déjà, « rappeur », j’ai du mal. L’autre fois une journaliste me demande « alors, à quel moment tu as décidé de devenir rappeur ? ». Mais j’ai jamais décidé de devenir rappeur ! Si j’ai fait du rap, c’est que je suis tombé dedans. On m’a dit que ce que je faisais c’était bien, et puis je sais pas faire grand-chose d’autre à part écrire. L’histoire me donne raison d’avoir continué jusqu’à présent. Si j’avais été bon en Rubiks Cube, et si j’étais devenu champion de Rubiks Cube, ça aurait été cool aussi. A partir du moment où t’as un savoir-faire, faut le cultiver. Pour Soulkast, c’était quoi la question ?

Spleenter : Le fantasme ultime, par rapport aux featurings ricains …

Flynt : J’ai aucun fantasme par rapport à ça. Ni en France, ni outre-Atlantique.

Teobaldo : Sur « comme sur un playground », y’a un dialogue à la fin qui dit « jouer chez les pros, rien à foutre ». Pour toi, le Michael Jordan du rap français, ce serait qui ?

Flynt : Aucune idée. Bien sûr, quand j’étais simple auditeur, y’avait des tauliers, mais j’ai plus la même vision, maintenant que moi-même j’enregistre des albums et que je sors des disques. De l’intérieur, je ne vois plus de tauliers. Mais quand j’étais plus jeune, oui, il y avait Le Rat Luciano, NTM. J’ai jamais été ce qu’on appelle un fan, j’ai pas ce côté fanatique, que ce soit dans la musique ou dans d’autres domaines. J’aime bien des gens, et donc je respecte ce qu’ils font mais j’suis pas en sang sur les gens.

Je reçois parfois des messages de ouf, récemment un mec m’écrit avec ses tripes que « Tourner la page » ça l’a aidé dans sa vie, qu’il est ému, que maintenant il écoute le deuxième album et que « Homeboy » c’est sa vie … personnellement, il me le dit et ça me touche. Mais moi-même si je le pensais je pourrais pas écrire ça à quelqu’un. Donc les featurings … ça peut très bien être un illustre inconnu, à partir du moment où je m’entends bien avec lui, et d’ailleurs c’est ce que je fais.

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Genono : T’as toujours opéré en solo, t’as jamais eu envie de te joindre à une équipe, un label ?

Flynt : Pas vraiment. Sur J’éclaire ma ville, on était une petite équipe, mais ça s’arrête là. Rejoindre un label comme, je dis n’importe quoi, IV My People, Nouvelle Donne à l’époque, ou même des labels plus petits … J’ai décidé d’y aller tout seul, parce que je sais faire des disques, ça s’arrête là. Mais je suis pas tout seul non plus, j’ai la chance d’être très bien entouré. Je suis le cerveau, j’ai tout planifié tout seul, tout coordonné tout seul, mais c’est pas un truc solo, c’est quand même collaboratif. Même au delà de la musique ! Rien que le mec que j’ai rencontré dans le RER, et avec qui j’ai fait le site internet, s’il avait pas été là, j’aurais pas pu faire mon disque !

J’ai eu de la chance sur pas mal de trucs, comme la fresque. C’est des mecs de Toulouse, Sismik et Azot, j’arrive à la salle de concert à Toulouse y a un an, ils avaient cellophané la grande grille coulissante du parking, et ils avaient fait un gros graff avec ma tête. Quand j’ai vu ça, j’en revenais pas ! Donc j’ai discuté avec eux, et y’a deux mois, Azot m’envoie un message « salut, je crois que tu vas sortir ton album bientôt, ce serait bien de faire une fresque sur Paris ». Alors que le mec, à la base, je le connais pas, il me doit rien, je lui ai rien demandé ! Et finalement ils sont venus à Paris ils l’ont fait et de belle manière sur un mur gigantesque ! Ca a fait parler, grâce à cette fresque on a parlé de mon disque dans Le Parisien … Ca a énormément participé à l’album. Et c’est pour ça que je dis que j’ai été porté par le public, eux ce sont des graffeurs, des web-masters, mais ça reste des gens du public ! Ils ont fait ça juste parce qu’ils aimaient bien ma musique ! J’ai plein d’exemples comme ça

L’histoire de la pochette, elle est folle, aussi ! Moins de deux semaines avant la date limite du rendu des éléments, je me rends compte, après plusieurs essais, que j’ai pas la photo que je veux pour ma pochette. Je m’assois, je réfléchis là-dessus, et sans mentir, trente minutes après, je reçois un mail « salut, je m’appelle Léo, je suis photographe, je sais pas si t’as des projets ou pas » … le mec savait  pas que j’allais sortir un album ! « Si t’as des projets, contacte-moi ». Je l’ai contacté dans la seconde ! On s’est vu deux jours après, il me claque la photo de l’album !

Mon obstination a été récompensée par la chance, le hasard, je sais pas comment appeler ça. Je trouve ça remarquable.

Teobaldo : Dans l’ancien album, tu disais « cousin, achète mon disque, tu seras riche toute l’année ». C’est valable que pour les cousins de ta famille ? Parce que pour moi, ça a pas marché.

Flynt : Je vois ça !!! (rires)

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Genono : Tu te vois faire un projet commun avec un ou des autres rappeurs ?

Flynt : On me l’a déjà proposé, j’ai refusé. On en a parlé aussi y a pas si longtemps avec Sidi-O, j’avais dit « pourquoi pas », mais ça s’est pas fait encore. J’ai un peu du mal avec ce concept d’albums communs.

Genono : Pourquoi t’as pas fait de morceau collectif, un peu comme tu l’as fait pour le remix de « 1 pour la plume » ?

Flynt : J’y ai pensé trop tard. J’aurais pu faire « Haut la main » remix. Après, faut contacter du monde, etc. J’ai commencé dans le rap avec la compil « Explicit 18 », et quand j’ai terminé cette compil, je me suis dit « plus jamais ». C’est très relou une compil ou des titres à plusieurs, faut composer avec les emplois du temps de chacun.. Et puis, c’est quelque chose de déjà vu et revu. Ca a déjà été fait. Je voulais faire un maxi remix de Haut la main, avec des instrus différentes, une de Alchemist, une de Enzoolou, de Perpignan, qui est très très fort, et dont vous allez entendre beaucoup parler et une de Saï du Havre

Spleenter : Donc t’as une instru d’Alchemist dans tes tiroirs. Il te l’a donné, par solidarité entre rappeurs blancs ?

Flynt : (rires) Qu’est ce que c’est que cette fixation sur les rappeurs blancs ?

Spleenter : C’est la seule minorité dans le rap, avec les femmes.

Flynt : Si j’avais dû l’utiliser, on aurait discuté, je pense pas qu’il me l’aurait donné gratuitement, mais c’est pas du tout rentré en ligne de compte. Sur le coup, j’ai regretté, mais une fois l’album fini, je trouve ça cohérent, au final, aucun regret. Je me suis dit aussi « je suis le seul con qui sort un album sans clip ! ». Et au final, ça m’a pas du tout handicapé. J’ai un modèle qui m’est spécifique on dirait.

Spleenter : Je me rappelle que pour le clip de « Fidèle à son contexte », y’avait Félina. Et vues les réactions, ça encourage pas à faire des clips.

Flynt : Félina, c’est une fille bien, elle est gentille. L’idée, c’était de mettre une seule fille, et pas plein, c’était pas mon idée mais celle du réalisateur. Mais bon, passons.

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Teobaldo : Vraie question d’enculé de journaliste de merde : sur « j’ai trouvé ma place », « j’ai choisi mon camp », et « homeboy », t’as une notion de bien et de mal très marquée. C’est pas forcément le cas de tous les albums de rap français aujourd’hui, et malgré ça, tu fais une référence à Dieudonné, l’axe du mal de la bien-pensance à la française.

Flynt : Quelle référence ? La quenelle ?

Teobaldo : Oui.

Flynt : Est-ce que ça appartient encore à Dieudonné aujourd’hui ? Ca a dépassé Dieudo, c’est rentré dans le langage courant.

Teobaldo : Ton discours passe bien. Je peux écouter ça avec ma mère à côté, elle va pas gueuler. T’as un discours de « gentil ». Comment tu te places par rapport au reste de la société ?

Flynt : (hésitation) De la même manière que je me suis affranchi de toute la thématique sociale dans mon album, j’ai l’impression que la vie m’a rendu un peu individualiste. Pas égocentrique, mais individualiste. J’essaye d’évoluer au mieux possible dans cette société, sans ignorer complètement les problèmes qu’il y a autour, mais j’arrive à un âge où je veux profiter de mes enfants, de ma femme, de ma vie. Le côté revendicatif ou révolté que je pouvais avoir sur J’éclaire ma ville, il était aussi dû au bordel qu’était ma vie à ce moment-là. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre qui me convient.

Teobaldo : Mais on écoute pas du rap pour ça, merde !

Flynt : Si ça peut faire comprendre aux gens que c’est un bon chemin à prendre … Avoir une famille, un travail, des amis, être équilibré. J’ai eu des exemples autour de moi, de gens qui ont fondé une famille, et qui se sont senti tout de suite mieux dans leur peau et qui m’ont servi d’exemple.

Teobaldo : Y’a des trucs qui te manquent dans ta vie d’avant ?

Flynt : Pas du tout. Quand j’ai appris que j’allais être papa, je me suis lavé de toutes mes interrogations sur la vie. J’ai muri en une fraction de seconde. Et si y’a des gens qui, en écoutant ça, se disent que c’est une bonne direction à prendre dans leur vie … ce sera pas grâce à moi, mais ce sera une bonne chose. Dans le rap, on parle de vie dissolue, de plein de trucs, mais la simplicité, ça fait pas de mal non plus.

Spleenter : T’as écouté d’autres morceaux de rappeurs sur la paternité ?

Flynt : J’ai entendu « Papa » de Triptik, j’ai trouvé ça plutôt pas mal. Nakk, « mon père, ce héros ». Youssoupha aussi . Ouai, je les ai écouté … je préfère Homeboy ! . Qu’est ce que vous en pensez de ce morceau ?

Teobaldo : Sans avoir d’enfants, ça aide à se poser la question, « est-ce que ça vaut le coup d’être daron ? ». C’est bien, parce que ton discours est structuré, tu parles de t’être lavé de tes interrogations, c’est un peu l’impression que donne le morceau. On sent que c’est quelque chose de fort, de spécial.

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Spleenter : Moi j’aime bien le jeu de mots du titre. Dernière question : tes sons du moment, rap et hors-rap ?

Flynt : J’ai découvert une chanteuse y’a pas longtemps nom … Azealia Banks ! Qu’est ce que j’ai découvert y’a pas longtemps (il hésite beaucoup ) … Mac Miller.

Spleenter : Encore un rappeur blanc !

Flynt : J’ai découvert Niro aussi y’a pas longtemps, j’ai bien aimé … j’ai écouté Action Bronson et Sean Price … C’est tout ce qui me vient à l’esprit.

Spleenter : Tu suis pas vraiment le rap français ?

Flynt : Je suis, mais j’écoute pas forcément. Parfois j’ai des a-priori, parfois je suis un peu con. Et depuis un an et demi, j’ai la tête dans mon disque. J’ai même pas écouté les derniers albums de Nas, Jay-Z, Rick Ross … faut dire que j’ ai été très souvent déçu ces dernières années par les sorties US dans leur ensemblre alors…

Teobaldo : Pour le mot de la fin, des morceaux comme Itinéraire Bis et Le Biff sont des morceaux qui te représentent bien, dans le sens où le constat de départ n’est pas vraiment joyeux, mais où on te sent toujours très combatif.

Flynt : Je suis obstiné. Ca fait partie de mon caractère. Quand je décide un truc, je vais au bout, quoi qu’il arrive. Sur ce disque, si j’avais pas cru en moi … y’a même des moments, j’étais au fond du trou, je me disais que je n’y arriverai pas, mais j’y croyais quand même.

Spleenter : Dernière question : t’es plutôt The Dark Knight Rises ou The Avengers ?

Flynt : J’ai vu ni l’un ni l’autre. Je suis un peu déconnecté, je ne regarde plus la télé, je ne vais plus au cinéma, je ne lis plus les journaux … La société frinçaise et ma famille font que je m’intéresse plus du tout à tout à certains trucs.

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BONUS TRACK 

Genono : Puisque tu parlais politique, une question-Captcha, un peu spéciale … plutôt Goebbels ou Himmler ?

Flynt : Nan mais toi t’es dur … (rires de Teobaldo et Spleenter) Qu’est ce que ça veut dire d’ailleurs ton aka là ? Ca a forcément un sens.

Genono : Tu trouves un sens dans « Fruits et Légumes nazis » ? (Teobaldo est sur le point de crever de rire)

Flynt : J’vais pas te dire que j’ai trouvé le sens, mais quand j’ai vu ça je me suis dit « mais il est fou lui ». Des fois je lis tes tweets, je me dis, mais t’es taré. D’ailleurs vous devriez, enfin peut-être que vous vous en foutez, mais je trouve que vous avez une plume, un truc, je sais pas où vous voulez aller avec, mais cultivez-le quoi.

Genono : Droit dans le mur !

Flynt : C’est pas tout le monde qui a un ton comme le votre.

Teobaldo : Ca fait toujours plaisir à entendre, après la question reste la même : qu’est ce qu’on en fait ?

Flynt : Vous avez un vrai talent, un vrai ton, une imagination, un regard sur les choses, je pense que vous avez des choses à faire. Je sais pas où vous voulez aller ?

Genono : Perso, j’ai plein d’idées, plein de projets, mais je suis un branleur. J’me sors pas les doigts.

Flynt : Et bah il faut, parce que personne va venir te les sortir. Quand je vous lis, j’me dis putain ! Y’a un truc, il se passe un truc, tu vois. La première fois que je suis tombé sur Le Blavog, je me suis dit « il se passe un truc ! ».

Teobaldo : C’est le piège, faut que ce soit un truc, pas forcément grand, mais un truc qui ait de la gueule.

Flynt : Mais Le Blavog ça a de la gueule ! Ca a la gueule que ça a, mais ça a de la gueule ! Tu sens que c’est fait avec les moyens du bord, mais vous pourriez aller plus loin. Pas forcément là-dessus, mais … depuis que j’ai vu Le Blavog, j’attends l’étape suivante ! J’attends plus, plus loin, plus fort. (il se tourne vers Genono) Et pareil avec toi, quand je lis certaines choses … il y a quelque chose. Ce que je retiens aussi de mon expérience personnelle, de mes albums, même si ça n’a rien à voir, à un moment donné, c’est exactement ce que t’as dit : faut se les sortir ! Il faut croire en soi, s’obstiner … « croire en soi », c’est con, mais c’est la base de tout. Alors, je sais pas si vous croyez en vous, mais en tout cas, moi je crois en vous ! Et je sais qu’il y a plein de gens qui croient en vous. Alors, c’est pas forcément dans le même registre, mais vous avez un potentiel comique fort. Bref le message est passé. Qu’est ce que vous voulez faire, vous ?

(léger moment de flottement dû à l’inversion imprévue des rôles : l’interviewé devient l’intervieweur)

Teobaldo : C’est pas une priorité, je cherche du taff, j’ai des rendez-vous … tout ça passe bien évidemment avant. Le Blavog, c’est con mais c’est vraiment à notre rythme. Pendant deux mois y’a pas d’article, puis d’un coup on peut t’en pondre trois en une semaine. Et si c’était plus cadré, genre toutes les semaines faut être drôle, avec le même sujet … j’ai pas le temps.

Spleenter : Pour moi c’est différent, y’a une partie de mon taff qui pourrait correspondre à l’exploitation de ça …

Flynt : Tu fais quoi ?

Spleenter : Je suis pigiste. J’utilise un peu le même ton, sans le côté outrancier.

Teobaldo  : Il peut pas insulter les lecteurs de fils de putes à toutes les phrases quoi.

Spleenter : Y’a aussi un mec qui m’a suggéré fortement de faire un bouquin. Un recueil de trucs fictifs, c’est pas possible. Par contre, prendre des articles décalés, qui sont pas dans le registre du faux dialogue, ça ouais, le jour où y’a assez de matière.

Teobaldo : Qui va acheter ça ?

Flynt : Je sais pas ce que c’est, mais je pense qu’il y a un projet qui vous tend les bras.

Teobaldo : Bah si, ce serait de faire la version animée du Blavog.

Flynt : Un genre de « Kebab-Caviar » ?

Teobaldo : Voila, les mecs j’ai essayé de les contacter. J’ai pas eu de réponse. Puis c’est dommage, quand tu vois Eklips ou Wilaxxx, les mecs font des imitations, mais chacun fait son truc de son côté, ça sert pas à grand-chose. Wilaxxx il va me faire marrer une fois sur trois.

Flynt : Eklips il tourne dans le monde entier …

Teobaldo : Ouais mais après ça va où ?

Flynt : Il vit !

Teobaldo : Oui mais après, comme tu dis, on attend l’étape suivante. Tu prends les mecs de Kebab Caviar à l’animation, une petite équipe pour les dialogues, plus des mecs comme Eklips, Wilaxxx, ou même Digidix. Ca pourrait aller plus loin, je suis d’accord. Mais le gâteau sera pas encore fait que les mecs voudront se tirer dessus pour avoir la plus grosse part !

Flynt : Bah alors comptez pas sur eux.

Genono : Y’a pas qu’eux qui savent faire de l’animé. Y’a du monde, même si c’est des trucs basiques.

Teobaldo : On a déjà collaboré avec des mecs. Tu leur demandes un premier truc, ils te le font dans la nuit direct, tu demandes un deuxième truc, tu vas attendre quatre mois pour l’avoir.

Flynt : Quand t’as pas d’oseille à mettre dedans, ça prend toujours plus de temps. Mais si tu l’intègres à ton projet, que tu le planifies, que tu sais que ça va prendre du temps à cause du manque de moyens … moi c’était pareil ! Pas d’oseille ! J’ai compté sur des gens qui étaient là et qui croyaient en moi, sans tirer sur la corde bien sûr, mais c’était inclus dans mon projet, et ça avançait à son rythme. Si ton projet est réalisé en fonction de ça, ça peut fonctionner.

Teobaldo : Faut des gens de confiance aussi. On y a déjà pensé, plus ou moins, faut trouver des gens compétents et à qui on fasse confiance. Je sais pas comment on trouve un graphiste, ou un mec qui fait des dessins-animés.

Flynt : C’est vrai que mon cas est un peu différent du vôtre, parce que ma tête est connue. Si je croise un mec dans le RER, comme ça s’est produit, le mec me reconnait, et ça se fait peut-être plus facilement. Vous parliez de scénario, je pense pas en avoir les capacités, mais je pense que vous, vous les avez. Les dialogues que vous faites, même si c’est un peu tiré par les cheveux, c’est pas donné à tout le monde.

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The Roots

Il repart alors que tout le monde l’acclame, il revient quand personne n’en veut : vous l’aurez compris, il était plus que temps d’accueillir une nouvelle intervention de notre collègue helvétique, j’ai nommé Big Paul Castellano*

Autrement dit les racines, ici je ne vous parlerai pas de Kunta Kinté ainsi que des nombreuses générations qui suivirent la naissance de cet enfant ordinaire né sous un ciel étoilé.

Non, nous parlerons du but de ce parcours semé d’embûches, d’Afrique aux Amériques, qui aura couté la vie à des millions d’êtres humains. La solution finale, le plan ultime de l’homme blanc, la volonté inébranlable du dépassement de ses propres limites afin de détrôner l’homme noir dans les deux seuls domaines où il se sent en supériorité. J’ai nommé le sport et la chanson (la danse étant pour les homosexuels et le blavog étant un site homophobe, nous n’en parlerons pas).

Même si certains artistes (Elvis Presley : chanteur) ou sportifs (Larry Bird : basketteur) qui, ne nous le cachons pas, ont du sang noir, arrivent à égaler voire surpasser les leaders du secteur, l’homme blanc n’a toujours pas trouvé de solution à ce problème majeur.

Je pourrais faire une liste des différents sous domaines dans lesquels nous excellons (en gros tous les autres) mais concentrons nous sur la chanson, plus particulièrement le rap. Depuis 1970 nous n’avons jamais eu de titre, malgré les nombreux efforts entrepris c’est le statu quo et pas Stat Quo le rappeur noir je te vois venir petit malin.

En voici les raisons principales.

A. LE VÉCU

Pour faire du rap, il faut tout d’abord avoir quelque chose à dire, que ce soit de simples cris ou des textes à rimes plus ou moins engagées sur un sujet plus ou moins précis.

Même si aujourd’hui cela ne veut plus rien dire et que l’on peut très bien travailler pour l’univers carcéral tout en étant un rappeur adulé par ses semblables (Rick Ross), un blanc sera toujours confronté à son vécu.

D’un autre côté, on vous avait averti que l’entertainment était dans l’âme de toute flicaille. La preuve, cette vidéo filmée en caméra cachée :

Un blanc ne peut atteindre le statut de noir que si son vécu est à 100% un désastre. À ce moment là, s’il se sent une veine artistique, deux choix se présentent à lui :

  • Devenir un punk ou un rockeur dégénéré, parler de sa tentative de suicide, de ses problèmes familiaux, de la mort de son animal de compagnie (parfois un hamster, souvent un chien, et toujours pour problèmes d’hygiène) et de son obsession pour la drogue.

  • Devenir rappeur et donc évoluer dans une insécurité totale qui le poussera à commettre de nombreuses erreurs fatales. Rappelons qu’il pourra aussi se droguer.

À partir de ce constat on peut facilement comprendre que le rap n’a jamais été envahi par nos jolies têtes blondes.

Toutefois, nous avons quelques réussites dont nous sommes évidemment très fiers :

R.A. The Rugged Man : un père victime de l’agent orange durant la guerre du Vietnam qui donnera naissance à un fils handicapé et aveugle ainsi qu’à une fille elle aussi handicapée, incapable de marcher ou de parler. Quand je vous disais qu’il fallait qu’un blanc soit définitivement cramé pour se tourner vers le rap, je ne vous avais pas menti.

Necro et Ill Bill ; une mère absente, un oncle défoncé au crack et une passion prononcée pour le hardcore. Necro a d’ailleurs réussi le but ultime de tout rappeur blanc hardcore, c’est-à-dire faire un album en duo avec Kool G Rap (ancien proxénète reconverti dans le rap qui séquestrait ses gagneuses dans son sous-sol pour des séances de fellations interminables).

En bonus, le clip White Slavery où toute la famille est rassemblée (l’oncle, les deux frangins et leur petite amie de l’époque) :

Eminem ; naître pauvre à Detroit dans une roulotte et décider de ne pas faire de la techno.

3rd Bass ; la combinaison entre l’esprit d’entertainment juif (MC Serch), le fait de donner le rôle du DJ au seul noir du groupe (DJ Richie Rich) et un spécialiste de la langue anglaise qui trouve la parade à l’incapacité blanche à la danse en utilisant une canne (Pete Nice). Bien que ce groupe ne réponde à aucun critère d’obtention du statut de rappeur noir, ils sont pour moi le seul groupe de rap à avoir pu passer outre leur couleur de peau à la façon du groupe de soul/funk écossais des années 70, Average White Band (AWB), capable de chanter comme les Isley Brothers.

B. LA RELATION AVEC LES HANDICAPÉS

L’artiste se doit d’avoir des relations intimes avec ses fans qui lui sont dévoués, mais cela peut rapidement mal tourner. En effet, les premiers fans du rappeur blanc seront forcément des personnes handicapées physiquement et mentalement. Ces fans des premiers instants lui seront fidèles à vie, ils seront de tous les concerts, suivant leur idole comme des apôtres.

Je vois rapidement vos têtes blondes exaspérées et déconcertées par ces affirmations calomnieuses, nous nous devons donc de pousser l’analyse jusqu’au bout en apportant des preuves écrites et vidéo-ludiques.

Année 1995

Akhenaton (France/Marseille) dans le morceau « Je Ne Suis Pas A Plaindre »

Le leader des rappeurs blancs en France rend hommage à ce public très spécial dans le troisième morceau de son album « Métèque et Mat ». Montrant une fois de plus qu’il ne serait pas là où il est en ce moment (c’est-à-dire pouvoir enfin faire le design du nouveau maillot de l’Olympique de Marseille) sans ses fidèles supporters qui ne sont heureusement plus là pour voir la déchéance morbide de leur artiste préféré.

Année 2010

Sinik (France/Paris) dans le clip « La Cité des Anges »

Nous nous devions de parler de Sinik qui a lui aussi rendu hommage aux enfants handicapés, bloqués dans les hôpitaux français lors de la sortie de son album. On y voit le jeune Fayçal, 8 ans, apparemment très mal en point, demander à sa mère et son père d’appeler Sinik afin de lui remonter le moral (on ne rit pas bordel de merde) mais aussi pour demander à l’artiste pourquoi ses potes l’ont poussé dans les escaliers après qu’il leur ait dit qu’il était son rappeur préféré.

Année 2011

Machine Gun Kelly (États-Unis/Cleveland) dans le live « I will never forget the power of our music »

La vidéo ci-dessous devrait normalement activer votre filtre parental sur youtube, vu la violence visuelle et le dégoût qui vous sera transmis durant ces trois longues minutes.

Vous y verrez une personne handicapée qui sous l’impulsion de MGK va pouvoir se libérer de sa chaise roulante, marcher quelques pas pour ensuite avoir sa première relation sexuelle avec des filles du public.

Je finirai ce chapitre avec les derniers mots d’amour que nous transmet MGK sur sa relation avec les handicapés « A CULT », « A MOVEMENT », « THIS IS FAMILY », « NO ONE CAN TAKE THIS FROM US ».

C. LE RESPECT DES ANCIENS

Quand tu commences à faire du rap tu peux avoir tes propres influences, que tu pourras ensuite faire partager à ton public, quand tu seras connu et quand on viendra t’interviewer. Encore mieux les gens le déduiront d’eux-mêmes quand ils t’écouteront rapper.

Le problème avec le rappeur blanc est qu’il pense que citer les « piliers », les « anciens » lui donnera une crédibilité au sein de ses pairs, or ce n’est pas le cas. On peut encore citer MGK qui dans son single Wild Boy s’applique comme un bon élève à name dropper frénétiquement missy elliott, diddy et the clipse, pendant que Waka Flocka se bornera à expliquer qu’il est bourré et que tu dois désormais l’appeler Goku tout en suçant ses dragon balls : deux mondes se croisent, et ne se comprennent pas.

Il ne suffit malheureusement pas de parler de Rakim à tout bout de champ pour pouvoir obtenir une quelconque crédibilité, contrairement à une personne comme Alpha 5-20 qui peut simplement citer tous les rappeurs qu’il écoute à la fin d’un de ses morceaux pour que l’on te demande gentiment de jeter ton cadeau de noël contenant la discographie de Mac Miller.

D. L’APPARÂT

Les rappeurs sont des entertainers, il y a les habits, les bijoux, les tatouages, les accessoires, il va falloir trouver un moyen de se démarquer.

Le rappeur blanc part avec 10km de retard car tout ce qu’il pourra porter le rendra systématiquement ridicule. Le premier réflexe est le tatouage, il lui permet de couvrir sa peau blanche de dessins de couleur noire. Là encore cela le fera ressembler automatiquement à un biker, mais vu que le rappeur blanc a déjà le crâne rasé depuis longtemps il ressemblera plus à un néo-nazi qui aurait passé des moments inoubliables dans les bras du premier Vern Schillinger venu.

D’un autre côté, ce moment béni lui permettra d’allier l’utile à l’agréable, c’est-à-dire qu’il pourra remplacer son tatouage dragon qu’il arbore depuis bien trop longtemps sur son bras avec en lettre elfique le nom de sa mère et sa sœur pour le remplacer par une feuille de cannabis.

La New Era est bien évidemment à proscrire, ainsi que toute réalisation de la marque Air Jordan. Il ne te reste donc plus de choix, il te faut porter un masque d’anonymous et te taire à jamais.

E. LES TERMES INTERDITS

Tout le monde ne part pas avec les mêmes chances dans la vie, mais le comble pour l’homme blanc est de ne pas pouvoir utiliser tous les mots de son dictionnaire.

Vous allez me dire, « je ne vois vraiment pas de quoi tu parles » et tu auras bien raison, mais sache que pour le jeune rappeur blanc c’est un calvaire quotidien. Il est très facile de s’emporter, on peut lui trouver de multiples excuses, mais une fois qu’il sera à l’aise, pensant que cela n’allait jamais lui arriver, c’est là qu’il commet la bourde du débutant : prononcer le « N word ».

Évidemment cela ne va pas l’empêcher de continuer comme Billy le Kid devant la chatte d’une squaw, mais il va devoir dire au revoir à la rime facile, aux hymnes de dégénéré et c’est inévitablement à ce moment là qu’il deviendra un rappeur « technique » ce qui l’enfoncera encore plus dans la médiocrité.

Dans le rap français, le jeune aryen a d’autre choix, il va pouvoir utiliser des mots que personne ne comprend. Pour cela il va devoir venir de Marseille, mais nous n’en parlerons pas dans ce blog pour des raisons de pudeur.

Il peut aussi venir de Grigny, mais entre nous le seul blanc qui habite sur place est une petite fille blonde de 8 ans que tu as déjà aperçue dans le clip de « Requiem pour un Keuf » et probablement le maire de la ville. Toutefois, si vous me trouvez un blanc qui habite là-bas et qui ne fait pas partie d’un groupe de rap ou d’une opération d’infiltration policière, vous pouvez lui dire qu’il a clairement raté sa vie.

F. LA NATIONALITE POUR ALIBI

Une petite moustache, une voix rauque, une casquette baissée très bas, jouant avec les jeux de lumière, oui tu as bien reconnu le rappeur blanc sud-américain.

La partie non-extrémiste de notre être aura tendance à accorder un passe droit à ce specimen, rare mais présent comme un albinos, mais soyons sérieux il ne trompe personne. Certains se débrouillent mieux que la plupart des blancs, mais je sais ce qui te gêne, tu penses à ce grand humaniste qui fait la tournée des favelas avec ses bibles et ses vaccins.

FINALITÉ

Nous n’allons pas terminer ce sujet sur un message de paix du genre « cet article a été écrit par une équipe multiculturelle de croyances et de confessions diverses », non, nous allons clore cet affreux chapitre de l’histoire par une vidéo à la fois tragique et consternante.

Elle montre un extrait du film « WhiteBoys », où le héros du film face à sa glace se voit déjà en superstar noire du rap. Notons par la même occasion le miroir : un sacré truc de blanc un peu comme De Niro dans Taxi Driver (non nous ne parlerons pas de toi vilain Crochon).

Dans ce même film une scène est criante de vérité. Ce même personnage va dans un ghetto et croise Slick Rick et ses 50kg de chaîne en or, de rappeur vêtu il lui fait un signe de tête « what’s up », Rick le regarde de haut en bas et lui sort simplement « morning’ officer ». Merci à tous de votre attention.

HORS CATÉGORIE

Le rappeur blanc qui est noir

il s’agit de cette infime poignée de rappeurs blancs à qui personne n’a jamais osé dire qu’ils l’étaient (blancs). Souvent parce qu’ils sont vraiment très moches mais toujours très sympas, et surtout parce que cette information ne changerait absolument rien à leur vie, le meilleur exemple étant Paul Wall, et d’autres types par là-bas au fond.

Le rappeur noir qui est blanc

On arrive ici sur une curiosité de la nature qu’il est toujours amusant d’observer. Le rappeur noir qui est blanc commence comme un rappeur noir classique, mais est happé par un vortex créé par l’homme blanc dans le seul but de se l’approprier, généralement parce qu’on le trouve légèrement moins con que les autres, ou plus rarement car il est le seul au milieu d’un groupe de blancs (s’il porte des lunettes et un sac à dos, je te cache pas que c’est un plus). Cela commence très souvent avec les médias, puis ça continue avec le public, et tôt ou tard il faut reconnaître l’abominable vérité. Face à ça, le rappeur aura deux choix très simples.

option 1 : se fondre dans le moule qu’on lui a préfabriqué, ce qui ne veut pas dire se mettre à agir comme un vrai rappeur blanc, oh que non. il perdrait instantanément toutes les faveurs de son nouveau public si singulier qui l’aime avant tout pour sa différence et ses chants primitifs. Au contraire, il faut qu’il mette le paquet sur le côté hey-regardez-je-suis-moins-pire-que-les-autres-et-en-plus-je-sais-lire-les-mecs. Mais tout en sachant connaître ses limites : il est préférable d’appeler son album « à chaque frère » plutôt que « négritude », trop agressif. Et qu’est-ce qu’on déteste ? Les noirs agressifs, bingo Mamadou tu auras un pin’s au goûter.

option 2 : refuser, s’acharner, sortir un album concept centré sur son bled, faire un flop, feater Yannick Noah, revenir avec un album de rap conchiant mais pas trop, regarder amélie poulain, arrêter le rap, tenter une carrière dans le rock, faire un flop, revenir dans le rap, et ENFIN se décider à retourner à l’option 1.

Les batailles de blancs

comme toute minorité souhaitant s’imposer dans un milieu hostile, les rappeurs blancs se retrouvent souvent comparés, mis en compétition, et fatalement opposés, tels ces femmes enceintes à poil qui font du free fight dans certains films pour adultes (on ne juge pas). Comme chacun le sait, les blancs ne sont pas une communauté solidaire, car les blancs ne sont pas une communauté tout court. Les réactions des rappeurs vont donc du comique au pathétique, on peut citer cette interview de Yelawolf où il s’en prend à MGK (l’anorexique porté sur la sexualité des handicapés, souvenez-vous on en parle plus haut) sans que PERSONNE ne sache exactement d’où lui vient cette haine. Nous on sait. Il a flairé un rival, il lui a reniflé le cul, il a gratté le sol avec ses griffes en grognant. C’est comme quand tu fous deux chats dans une poubelle et que tu leur pisses dessus : ils peuvent pas t’atteindre mais ils peuvent s’entretuer. Ajoutons que le système américain permet l’émergence d’une superstar blanche du rap une fois par génération et une fois seulement, le reste de la masse pouvant juste espérer un jour de feater avec le boss. Sauf que comme beaucoup ont pu le constater, c’est pas parce qu’Eminem t’a tapé dans la main trois fois que tu vas être autre chose qu’un simple freestyle d’un soir.

En France le phénomène reste marginal, et heureusement parce que c’est ridicule à chaque fois. Et quand on dit « à chaque fois », ça concerne uniquement Orelsan. Ce brave petit normand était à peine sorti de son trou (au sens propre, les Caennais le savent très bien) que déjà Fuzati (me demande pas qui c’est, putain) hurlait au pompage, Seth Gueko lançait des piques subliminales en interview, Charly Greane sortait une rime de petit filou sur un feat, Kennedy faisait pareil mais 1 an après, Al K-pote le traitait de petit vicieux adepte de concurrence déloyale, bref rien que de très normal. Le mot d’ordre général est clair : IL NOUS VOLE NOT’ TRAVAIL.

Les plus observateurs d’entre vous noteront que plusieurs membres de cette coalition anti aurélien ne sont absolument pas blancs. C’est normal, c’est la Frince, et chacun tente de s’intégrer selon ses moyens.

Depuis, Al K a semble-t-il oublié jusqu’à l’existence de cette interview, Charly Greane s’est subitement rappelé qu’il était arabe et Seth appelle désormais orel affectueusement son « scriboulex de l’espace » (ou un truc comme ça). Quant à Kennedy et Fuzati, je crois que j’ai déjà oublié ce qu’ils foutaient là au départ. Happy Ending.

Dans un souci d’équité, finissons tout de même sur une note positive qui mettra du baume au cœur de tous ceux que cet article a pu offenser :

*avec la participation amicale et désintéressée de Spleenter, mais de toute façon tu sauras jamais qui a écrit quoi, t’es bien feinté.

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