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Salut l’artiste (3)

Apparemment Brams est mort.
Alors bon. C’est le cœur lourd et les couilles vides que nous sommes dans l’obligation de rédiger cet hommage.
Au début ça a fait comme les cons pour DSK : on y croit pas. Brams mort ? mais pourquoi faire ? dans quel but ? Les rappeurs morts ils sortent au minimum un solo juste avant, histoire de. Mais lui il avait pas le temps pour ça, il était déjà ailleurs. Une chose est sûre, il ne méritait pas ça. Pas lui. On évitera donc les vannes à chier du style « il a dû voir le dernier clip de Zoxea et il l’a pas supporté », c’est de mauvais goût. Je suis comme Crimson Bolt dans le film Super quand il dit « come on Boltie wake up » à sa coéquipière et qui la retourne et qui voit un bout de cervelle manquant. D’ailleurs vous allez écouter la musique de cette scène tout en lisant cet article, ça me semble approprié. Moi ça me fait penser à une montée au paradis, c’est un peu triste et beau en même temps. Donc voilà.

Brams c’était le 3e membre du 92i avec Mala et Booba, également le 3e membre de la Malekal Morte quand ça existait encore avec Mala et Issaka. Brams on l’a découvert dans le Beat 2 Boul, avec notamment le morceau catch à l’arrière.
Il se distinguait de ses autres compères en ayant une voix somme toute assez normale, voire très discrète. On était encore très proche du post-adolescent encore prépubère. Du coup c’était très complémentaire au milieu de l’ogre Mala et du boucher Issaka.
La première fois que je l’ai vu ça devait être dans le concert de Lunatic à L’Elysée Montmartre, y’a 10 piges maintenant, pour le morceau 92i. Il était là avec son sweat capuche et son éternel bonnet, à rapper son couplet sans grande conviction, encore très timide. Une sorte de Sir Doum’s mal réveillé, on savait pas trop qui c’était ni ce qu’il foutait là, lui-même semblait se le demander aussi. Suite à la non-réaction totale du public il s’est donc mis de profil et rappait face à Mala, voire limite dos à la foule par moments. Il est comme ça, Brams, il se prend pas la tête. Des années plus tard, c’est avec la même spontanéité salutaire qu’il hurlera au micro « sisi, bande de chiens » ou encore « bande de fils de pute » au stade de France après le bouteilledejackgate de Booba. C’était d’ailleurs limite le seul à continuer d’ambiancer au micro dans ces circonstances, sans doute qu’il trouvait déjà ça très drôle sur le moment, pendant que Fred suppliait au micro également mais en coulisses « calmez-vous s’il vous plaît ne donnez pas une mauvaise image du rap et du rnb ». Et ça c’est du lourd.
Entre temps ? pas grand-chose, et c’est d’ailleurs bien dommage, on avait fini par l’aimer ce ptit gars du 92100. Avec son style totalement je m’en foutiste et ses phases sorties de nulle part mais qui cognent quand tu t’y attends absolument pas (« ce que tu nous caches est rectal« , fallait quand même la sortir celle-là mon con). C’était un peu le pote avec qui tu traînes pas trop mais quand tu le fais tu te dis ah ouais en fait il est intéressant ce type, et après tu te remets à pas trop traîner avec lui. Et puis un jour il clamse et tu t’aperçois que t’as loupé pas mal de trucs. Bien sûr que y’avait meilleur que lui, plus technique, mieux écrit, etc. Mais comme ce fameux pote, il avait « son truc ». On s’est jamais penché dessus, et maintenant c’est trop tard et on se retrouve comme des cons. Avec un seul couplet, il faisait le tour de la terre. Et sûrement qu’il détournait des groupies de Booba avec passion aux 4 coins du monde en tournée. Ça mérite amplement le respect. Sans compter qu’il s’adaptait à tous les changements de Booba niveau flow et instru, alors qu’on sait très bien qu’il ne l’avait pas choisi lui-même. Pourtant dans 92 izi il pose comme s’il avait fait du son orienté south toute sa vie. Allez comprendre. L’album d’après, on lui impose l’autotune, et le miracle se reproduit. Couplet lunaire tout en nonchalance là où d’autres se cassent la gueule lamentablement.

Pour se faire une vraie idée de qui était vraiment ce garçon, le plus simple est sans doute de mater le dvd de Ouest Side, où il figurera dans le clip Boulbi, dans un polo unkut qui lui a valu le doux surnom de sexy chocolat par mala sur le tournage. Et cette merveilleuse blague pas piquée des hannetons pendant le second jour de shooting :
« – vous avez bien gardé les mêmes habits qu’hier ?
Brams – ouais, sauf le slip ! »

Adieu Brams, tu nous auras fait marrer, kiffer, et même supporter Djé, ce que Booba peine à faire la plupart du temps. Même en chien on ne le tenait pas en laisse. Un sacerdoce qui l’a guidé toute sa vie.
A la question de l’inénarrable tonton marcel « alors brams la famille un peu tu prépares un projet solo dans le hiphop« , le mc du Pont de Sèvres répondra simplement « moi comme je dis toujours, je prépare un album, mais c’est un album photo, toujours beau gosse tu vois« . avec le sourire. Fidèle à lui-même. Je pense que ça résume bien le personnage.

Pour citer les dédicaces du livret de Dany Dan :
« Je dédie cet album à (…) Brams (Le vrai roi de Boulogne) »
Brams à l’époque ou la scène boulonnaise était encore à peu près unie était donc le mec marrant du groupe qui sortait de la vanne punchlinesque à gogo. Inventeur selon Dany Dan de l’expression « je voyage en BMW » pour Bus Métro Walkman. Donc là tu sais qu’on a perdu un grand homme qui ne sera jamais remplacé.
On ne dira pas mais merde pourquoi il est mort, on attendait un solo, un son tout seul au moins un truc bordel de merde, même si on le pense. Car pour citer une ligne de Tyler The Creator de Odd Future
« See they’re missing the new album, I’m missing my only friend« .
parce que ouais. c’est quand même vrai.
Son couplet sur Izi life avec l’instru planante prend une toute autre ampleur à présent.
This ain’t a rap song, this is my life
RIP au roi.
Et balance ta maaaaaille, ton spliff ou ton verre de skyyyyyyyy au paradis. Là haut aussi, on lui souhaite de contrôler la zone.

Brams anthologie (tous les sons ou il était là quoi).
et ça c’est une autre bande-son de montée au paradis, vu que tu dois avoir fini d’écouter la première si tu lis lentement.

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Classé dans hommage, sliphop