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FLYNT – Interview Rétrographie

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1. J’ai l’impression qu’il y a un petit côté « best-of » dans cette mixtape. Est-ce que c’est quelque chose de voulu ? Qu’est ce qui t’a motivé à sortir Retrographie ?

Oui c’est voulu puisqu’il n’y a pas de titres inédits crées pour l’occasion. Rétrographie c’est la contraction de Rétrospective et de Discographie, c’est une compilation de tracks et de couplets rares ou moins rares apparus à droite à gauche depuis 1998 et de quelques titres phares extraits de mes 2 albums. Un des points forts de Rétrographie c’est que tout est enchaîné et mixé comme si c’était un mix radio ou comme ce que l’on pouvait trouver en K7 il y a quelques années. Ce qui m’a poussé à sortir Rétrographie c’est l’envie de sortir un nouveau disque, de réunir des titres éparpillés sur un même support et d’avoir une actualité pour remettre un peu de lumière sur Itinéraire bis et pour aller chercher de nouvelles dates de concerts notamment. Après plus de 15 ans de rap et 2 albums il m’a semblé que c’était le bon moment pour le faire.

2. Tu as utilisé pas mal de scratchs en conclusion des morceaux. Ca se fait plus du tout en 2013, c’est pour donner une couleur « à l’ancienne » ? Pareil pour la cover, avec les polices d’écriture un peu old school ?

Je n’ai pas voulu donner de couleur à l’ancienne en particulier, c’est juste que mettre des titres bout-à-bout ne me semblait pas avoir grand intérêt. Là c’est un mix original et inédit, c’est vivant, il y a des versions des titres qu’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est une véritable valeur ajoutée et c’est bien plus agréable à écouter comme ça.

3. Pourquoi avoir remixé « Haut la main » ou « 1 pour la plume » ? Je trouve ça intéressant, parce que c’étaient des morceaux très énergiques, qui du coup changent complètement de rythme et de couleur musicale.

Parce que ce sont les premiers extraits de mes albums. Ce sont les morceaux que j’avais choisi pour être des locomotives. 1 pour la plume pour annoncer J’éclaire ma ville et Haut la main pour lancer Itinéraire bis. C’était plus intéressant de proposer des versions nouvelles. J’ai toujours laissé la porte ouverte aux remixs en rendant disponibles certains acapellas. Il y a eu des dizaines de remix de 1 pour la plume par exemple car j’avais sorti le titre en maxi à l’époque. C’est assez difficile de réussir un remix, les deux remixs présents sur Rétrographie sont très réussis je trouve.

4. Y’a-t-il eu d’autres remixs que tu n’as finalement pas gardé dans le tracklisting final ?

Oui un paquet !

5. DJ Safe et Nodey ont fait un gros boulot de dépoussiérage de tes vieux sons. Tu leur as donné des indications ou tu les as laissé opérer seuls ? Pareil pour le choix de la tracklist, tu l’as fait seul, ou en collaboration avec tes DJ ?

C’est DJ Safe qui a tout dépoussiéré et enchaîné et c’est Reptile qui a fait les mises à niveau, on a fait plus ou moins la sélection ensemble avec Safe mais il avait carte blanche, il a fait sa sélection en fonction de la pertinence des enchaînements, de la musicalité et des thèmes abordés. Au fur et à mesure qu’il avançait il me demandait certains acapella, certains instrus… Ca a pris du temps pour tout boucler et pour qu’on soit content du résultat. Ca fait 1 an qu’on est dessus, bon on n’a pas bossé dessus tous les jours hein, on bossait à distance car il habite au Havre, c’est pas du tout évident à distance. DJ Blaiz’, mon DJ sur scène, nous a beaucoup aidé aussi, quant à Nodey il a fait l’intro uniquement, mais quelle intro ! Il y a beaucoup de couplets qui ont été laissé sur le côté parce que musicalement ou pour d’autres raisons ça ne rentrait pas dans l’ensemble. Il a fallu se séparer de certains couplets et c’était pas forcément facile de prendre ces décisions. C’est un travail collaboratif dans tous les cas.

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6. Tu fais encore une fois appel à Nodey … Est-ce parce qu’en tant qu’asiatique, il est champion de ping-pong, une qualité non-négligeable dans le rap jeu en 2013 ?

On a fait une vidéo où on joue au ping-pong lui et moi, on voulait la sortir pour promotionner la mixtape mais il y a eu une autre vidéo sur le thème du ping-pong qui est sortie juste quand on allait la balancer donc on a dû changer nos plans.. Dégoûtés mais pas vaincus, on planche sur une vidéo où on nous voit jouer aux cartes là.

7. Un de tes fans m’a dit « quand tu as suivi Flynt depuis le début, cette mixtape n’a aucun intérêt ». Qu’est ce que tu peux lui répondre ?

D’abord je lui demanderais si il l’a écoutée… Et puis je le remercierai de me suivre depuis le début mais non, je ne suis pas d’accord avec lui et d’après les retours que j’ai eu d’auditeurs qui me suivent et qui ont écouté la mixtape, ils l’ont tous aimée parce que c’est bien réalisé, parce que tout est réuni sur un même support et parce que même ceux qui me suivent depuis des années ne connaissaient pas tous les couplets ou tous les titres. Je lui répondrais donc que je suis totalement en désaccord avec lui.

8. Tu as mis le live de J’éclaire ma ville. D’après ce que tu avais dit en interview, c’est un live qui t’avait particulièrement marqué, et on comprend que tu aies voulu qu’il apparaisse sur cette mixtape. Est-ce que tu n’as pas eu peur que la qualité sonore de l’enregistrement ne rebute certains ? Pourquoi ne pas avoir inséré plus de morceaux live ?

C’est un extrait du concert au New Morning à Paris en fait, enregistré en février 2012. Ce moment du concert était très fort. Toute la salle qui backe le couplet, et à la fin du couplet le public en transe se met spontanément à scander et à chanter « Ici c’est Paris, Paris c’est nous, Paris c’est nous… » tous en chœur. C’était beau. Là où je n’ai pas eu de chance c’est que l’enregistrement audio de ce concert a complétement foiré, inutilisable ! Du coup on a extrait le son caméra pour récupérer un bout un peu audible de ce concert. La qualité n’est pas top mais ça ne me dérange pas ça fait partie du truc, le son est crade et ça rend le moment encore plus authentique. A la base je voulais mettre beaucoup plus de passages de live mais l’enregistrement ayant foiré… J’ai mis ce passage à la fin parce que le live est important dans mon parcours et c’est un gros big up au public aussi. La plus belle récompense pour mes textes c’est d’aller sur scène, c’est ce que j’ai voulu signifier en mettant ce passage de live mythique à mes yeux pour conclure la mixtape.

9. Quels sont tes prochains projets ? Les retours (que j’estime positifs dans l’ensemble) sur Itinéraire Bis t’encouragent-ils à envisager un troisième album ?

Mes principaux projets sont des projets familiaux et professionnels actuellement. Côté musique, je dois écrire pour l’album de mon pote Nodey et pour la compilation de mon pote DJ Blaiz’ « Appelle moi MC 2 » notamment. J’ai un peu de mal à me remettre à écrire là. J’ai fait un track avec Lil Dap, PMD et AKH qui doit sortir sur la compilation du beatmaker Crown début février. Quant au 3ème album, j’ai hâte, ce que je vis avec Itinéraire bis depuis plus d’un an c’est génial. On a fait plus de 30 dates avec Blaiz’ et Nasme, on a joué au Bataclan, à l’Olympia, j’ai chanté au Zénith de Caen, on a fait des gros concerts à Lyon, à Brest, à Nantes, à Bruxelles, à Angers et j’en passe. Je récolte les fruits de mon travail, à mon niveau je profite de ce que la musique a de mieux à apporter alors forcément le 3ème album, j’en ai très envie. Itinéraire bis m’a fait beaucoup de bien, c’est pour moi le meilleur de mes 2 albums, j’espère faire encore mieux au prochain.

10. « C’est le rap de celui qui a dit non et va te faire enculer » est-ce que cette phase est celle qui résume le mieux ton style pour toi ? Et peux tu la développer ? Non à quoi ? Et qui doit se faire enculer ? Et pour quel motif ?

Non ce n’est pas la phrase qui résume le mieux mon style. Celle qui résume assez bien mon style c’est 1 pour la plume ex-aequo avec le gros son. Ce non, c’est le non au rap fast food et aux guignoleries du rap game, non à la soumission aux majors et au diktat de quelques radios, non à la réussite à tout prix. La phrase à laquelle tu fais référence je l’ai écrit il y a 5 ans pour un titre avec Le Rat Luciano et Gino qui n’est jamais sorti.

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11. Je pense aussi que « Moi je rap comme ce que j’aurais dit » te correspond bien. Tu penses que s’inventer un personnage est un piège trop fréquent dans le rap ?

Aujourd’hui je m’en tape de qui s’invente une vie ou non. Je pense quand même que c’est dangereux de s’inventer une vie dans le rap et de se créer un personnage que tu n’es pas réellement dans la vraie vie. Certains semblent prisonniers de leur image effectivement. Mais je vais te dire, même quand tu ne joues pas un personnage et que tu rappes qui tu es, tu peux te retrouver prisonnier de cette image aussi.

12. « Ma plume ferait du fric en faisant rimer là où j’habite avec ma bite » Tu n’as jamais été tenté de faire des mille et des cent avec ta musique ou bien tu y as renoncé avec le temps vu ton rap ?

Ca n’a jamais été ma motivation première. Et c’est vrai qu’avec le style de rap que j’ai, la gamberge que j’ai et la façon dont je suis organisé, c’est plus compliqué. Vu aussi les médias qu’on a en France et ce qui plaît au public et vu que je n’ai pas une major, un éditeur ou un label qui bosse derrière pour pousser mes titres au max… Par contre je n’ai aucun complexe à faire de l’argent avec mon rap, j’en fais et c’est bien normal, j’aimerais en faire plus même. Mes disques je les vends, mes concerts et mes t-shirts aussi donc il n’y a pas de renoncement, on bosse, on s’organise pour faire plaisir à ceux qui nous suivent et pour gagner de l’argent et ce par nos propres moyens. Il y a de l’argent pour tous dans la musique, il faut bosser et s’organiser comme partout. Il faut trouver son public c’est ça le plus important.

13. Sur ce projet, il y a des morceaux que tu aurais voulu mettre aussi mais que tu n’as pas mis pour certaines raisons ? si oui, lesquels ?

Je n’ai pas mis la majorité de mes premiers couplets apparus sur K7 à la fin des années 90 et début 2000, ça ne collait pas avec l’ensemble. Ca faisait pourtant partie du projet au départ, j’aurais voulu les mettre pour montrer l’évolution de mon rap et parce qu’ils font partie de ma discographie mais ils étaient compliqués à enchaîner avec les reste des tracks, du coup j’ai abandonné l’idée, ça fait une bonne vingtaine d’anciens couplets qui n’y figurent pas.

14. À l’inverse, y a-t-il des morceaux dont on reparle beaucoup dont toi tu n’es pas satisfait ?

Je ne suis pas fan de mon couplet sur le morceau Compte à rebours, que j’ai fait avec Ekoué, je ne l’ai jamais beaucoup aimé ce couplet, je le trouve plutôt faible. Sinon j’aime tous les couplets qui sont dans Rétrographie et dans mes albums.

15. Sur ce projet, on peut réentendre des vieux freestyles issus de mixtape (comme Splifflife, par exemple). C’est devenu plus rare de t’entendre sur ce genre d’exercice plus spontané (même si on t’a entendu sur Marche Arrière, dernièrement). Comment l’expliques tu ? Perfectionnisme ? Ou le fait qu’il y ait moins de mixtapes/ compilations de qualité qu’avant dans le rap ?

C’est une question de temps, on me propose beaucoup de projets et moi je suis le moins productif de France donc forcément ça coince. Pour le temps que je passe à faire du rap, je privilégie la création de mes albums, préparer mes concerts et faire des concerts. Tout ça ça prend du temps. Combien de mecs tu pourrais citer qui ont fait beaucoup de mixtapes et compilations et qui ne font presque jamais de concerts et qui n’ont pas d’albums ? Y en a plein. Moi si j’avais accepté tous les projets qu’on me proposait, j’aurais jamais sorti 2 albums. On parlait d’argent et de plaisir tout à l’heure, c’est avec un album que tu prends des sous et que tu te fais vraiment plaisir dans mon cas, pas sur les compilations ou les projets des autres à quelques exceptions près si tu poses sur l’album d’un mec qui vends des dizaines de milliers de disques. Pourtant je ne néglige pas les propositions qu’on me fait ni ceux qui me les font, c’est juste impossible de tout faire, c’est pas une question d’argent c’est une question de temps et de priorités. J’aimerais pouvoir croiser le mic avec d’autres MC’s plus souvent mais bon, j’ai déjà beaucoup de travail et c’est dur de m’en rajouter.

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16. Il y a 2 choses assez récurrentes qui s’opposent souvent dans tes textes tout en restant très cohérent : l’envie de voyager, de connaître une autre vie mais aussi le fait d’être très attaché à Paris et à ton contexte. Comment perçois-tu cette dualité ?

Voyager ça fait partie de ce que la vie offre de plus plaisant. Quand tu voyages tu te sens vivre. Et quand tu voyages ta ville te manque forcément, tes proches, ton train-train, ton quotidien. Pour moi ça ne s’oppose pas, ça se complète, j’ai besoin des 2 dans ma vie, les voyages et mes racines.

17. « Je ne suis pas bon qu’à pera, mais je suis là car je pense que le bon son manque dans mon pays, comme le Rat » ? le Rat Luciano est-il une de tes références ? As tu tout simplement des références en France ?

Oui le Rat et la FF, je les écoutais beaucoup quand j’étais plus jeune. Des références j’en ai beaucoup, mais pas toutes pour les mêmes raisons. Il y a des MC que je respecte pour leurs couplets, leur parcours et/ou leur vision, leur concept, et d’autres qui sont des références négatives. Ca dépend ce que tu entends par « références ». Dans un couplet je dis : « On m’demande quel est l’style que j’aime j’ai des références par centaine, dans l’authentique ou le clownesque, le rap faible ou le terrible, le réfléchi, l’immature, le mythomane, le crédible, celui qui pète le score ou pas plus haut qu’une naine, je puise dans toutes les disciplines de la culture urbaine… » Si ta question est de savoir qui j’aime bien écouter, je te répondrais spontanément Sidi O, Mac Tyer, Casey, Joe Lucazz, Orelsan, Nasme, Dino, C.Sen, Mapaula… Parmi les MC’s que j’ai découvert plus récemment j’aime bien S.Pri Noir et Volts Face. Bon j’en oublie, j’aime pas trop répondre à ce type de question parce que j’en oublie forcément.

18. Tu sembles beaucoup fonctionner à l’humain : tu collabores souvent avec les mêmes artistes qui reviennent (Nasme, Sidi Omar, etc…). Dernièrement on t’as entendu avec Orelsan. D’autres collaborations sont elles à prévoir ?

Oui mais à part le track avec AKH sur la compilation dont je parlais tout à l’heure parce qu’il va sortir et qu’il est enregistré, je préfère ne pas en parler parce que rien n’est fait encore sur les compilations de Blaiz’ et Nodey, on cherche toujours la direction du truc. A part ça je n’ai pas beaucoup d’autres projets à part attaquer un 3ème album puisque j’évite de m’engager dans des collaborations alors que je sais que je ne pourrai pas suivre par manque de temps.

19. « Sur mon album, moi j’aurais bien invité Nelson Mandela ? » Tu penses qu’il a un bon flow, Nelson ? Pourrait on dire qu’il fait du Dirty South Africa ? (ça c’est de la question)

Haha t’es con !

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20. « Si t’as pas de bons conseils, garde les, j’ai pas besoin d’eux. La raison est mon maître et je me domine du haut de mon mètre 82 » Beaucoup de gens t’ont donné de mauvais conseils dans ta carrière ? (C’était aussi pour le plaisir de ressortir cette phase que j’aime beaucoup)

J’me souviens pas des mauvais conseils. Et peut-être qu’on m’en a donné des bons que je n’ai pas suivi.

Super Bonus. La question raciste de Spleenter : Que penses tu du retour merdique d’Eminem ?

Eminem, je ne le suis plus depuis quelques années. J’ai lâché. Niveau instrus, je m’y retrouve pas aujourd’hui. On m’avait filé des places pour son concert au Stade de France et j’y suis allé. J’ai été plutôt déçu. Les concerts dans les stades je suis pas fan déjà mais j’ai trouvé qu’au-delà de sa performance qui reste celle d’un MC hors-norme, son filage, son intro, son rappel, sa sortie, certains choix… tout ça m’a laissé perplexe. Je n’ai ressenti ni magie, ni frisson. C’est pas bien c’que j’vais dire mais j’préférais son rap quand il se droguait et quand ça partait en couille dans sa vie.

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Interview : Flynt (partie 3/3)

Flynt, l’interview Captcha x Blavog : troisième et dernière partie, avec un interviewé qui devient intervieweur, une crotte de nez à Youssoupha, et des infos sur un éventuel album commun avec Sidi O.

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 Lire la partie 1 – Lire la partie 2

Note de Flynt : A ce moment de l’interview, les rôles se sont inversés. Pendant quelques minutes, je me suis mis à poser un certain nombre de questions à mes interviewers sur leurs motivations, leurs projets … Un peu comme ça se fait pour un film, on a coupé la scène, mais pour ceux que ça intéresse, on a retranscrit l’échange, que vous trouverez en bonus en toute fin d’interview.
Du coup, magie du montage…

Flynt : (il reçoit un mail sur son téléphone) Attends, regarde, je reçois un mail : « je tenais à te féliciter pour ton travail, il n’y a pas de déception ». Il n’y a pas de déception ! Comme je te disais on dirait que les gens étaient partis déçu d’avance !

Spleenter : Sans vouloir faire l’avocat du diable, est-ce que c’est pas dû à ton style de rap ?

Flynt : Un deuxième album, c’est dur. Les gens ont un point de comparaison, ce qui n’était pas le cas avec le premier.

Genono : Ton public semble mûr (25 ans et plus). C’est vraiment le cas ?

Flynt : Pas seulement. Je le remarque surtout sur mon site internet, et sur la boutique en ligne, qui m’a bien aidé à faire mon album d’ailleurs. J’ai beaucoup de jeunes de 19, 20, 21 ans qui me suivent, c’est que ma musique ne parle pas uniquement à des trentenaires. Ca parle aussi à des plus jeunes, et c’est tant mieux.

Teobaldo : Youssoupha dit une phrase du genre « je suis le seul trentenaire à écrire comme un adulte ».

Flynt : Youssoupha a dit aussi « t’avais jamais entendu de rap français ». Il a dit aussi « le meilleur rappeur de France a un cheveu sur la langue ». Il a dit aussi que Sarkozy était un fils de polonais, donc à partir de là difficile de le croire … Pour sa phrase sur les trentenaires … forcément, je suis pas d’accord avec lui. Mais ça m’étonne qu’il ait dit ça. Il l’a vraiment dit ?

Spleenter : Ah oui oui !

Flynt : Il a une faculté à se mettre naturellement les gens à dos.

Teobaldo : J’ai l’impression que c’est voulu, il se met à part, l’air de dire « regardez, je suis celui que les gens aiment pas, parce que je dis des trucs intelligents, et que vous êtes tous des cons ».

Flynt : Je sais pas. C’est un bon rappeur, qui a un bon discours, mais y’a toujours un truc qui … « T’avais jamais entendu de rap français », nan, arrête, tu peux pas dire ça. On a grandit avec Authentik, avec Note ton nom sur la liste et j’en passe, le rap français on l’a vu arriver, on l’a vu grandir. Même un mec qui aurait révolutionné le rap ne pourrait pas dire ça ! Alors Youssoupha … c’est le type de personne avec qui beaucoup pensaient que je pouvais me sentir proche artistiquement, mais en fait pas du tout, vraiment pas du tout !

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Teobaldo : Nodey il aime bien Youssoupha

Flynt : Oui, il l’aime bien, et j’espère que l’avenir lui permettra de travailler avec lui.

Genono : Est-ce que tu aimerais feater (et pas fister, comme le propose mon correcteur d’orthographe) un américain ? Si oui, lequel ?

Flynt : Ca a faillit se faire sur Itinéraire Bis. J’avais une instru d’Alchemist, que j’ai finalement pas gardé.

Spleenter : Sérieux ?

Flynt : Ouai, je l’ai rencontré. J’étais assis avec lui dans sa chambre d’hotel, à écouter des beats. C’est quand même un truc mortel ! Pour la petite histoire, en 99-2000, j’avais fait une mixtape spéciale Alchemist. Début des années 2000, il était au sommet de sa carrière, avec Mobb Deep. Et puis finalement, l’Alchemist d’aujourd’hui, ou en tout cas ce qu’il m’a fait écouter, ça me parlait beaucoup moins.

Il m’a fait écouter  une dizaine instrus, et quand t’es là, à côté d’Alchemist, tu chipotes pas trop parce que tu sais que cette occasion ne se représentera pas. Du coup j’ai pris 3 instrus, pour en garder une finalement. Et avec le recul, j’ai pas réussi à faire de morceau dessus. L’instru que j’avais gardé, je trouvais que c’était la moins bonne de toutes celles que j’avais sur l’album. Donc la réflexion ça a été : est-ce que je la garde parce que c’est Alchemist, quitte à faire un truc  avec un einstru qui me plaît moyennement ? Est-ce que ça sert à quelque chose d’avoir un gros effet d’annonce en mettant le nom d’Alchemist, pour au final avoir un son pas terrible ? Donc voila, j’avais une instru d’Alchemist, je l’ai pas utilisé.

Pour répondre à première la question, oui, j’aimerais bien faire un featuring avec Busta Rythmes. Pour moi c’est le meilleur. Et je sais même pas si je le ferais si on me le proposait, parce que si c’est pour qu’il s’asseye sur moi, c’est pas la peine. Y a pas match dès le départ avec lui. Par contre là je dois faire un featuring avec Parrish Smith (EPMD), Lil’ Dap (Group Home) et AKH. C’est pour une compil. Un beatmaker que j’avais rencontré une fois  (Crown)  m’a appelé, m’a envoyé un couplet de Lil’Dap, m’a demandé si je voulais poser. J’ai aimé l’instru et j’ai écrit et enregistré, après il a amené Akh et Parrish sur le track… entre-temps, la gauche est passée, et je dois refaire mon couplet (rires). Contrairement à l’album où j’en parle pas du tout, là j’ai parlé de politique dans ce couplet. J’aurais préféré que Sarko passe, j’aurais pas eu à le refaire (rires). J’ai pas voté Sarko hein, on est d’accord. Le seul truc pour lequel j’étais content qu’il passe en 2007, c’est parce que j’avais écrit une rime dans « Ca fait du bien d’le dire » où je dis « on aurait pas la droite si on jouait les élections à l’applaudimètre » quand le résultat est tombé,  malgré la déception,  je me suis dit « bon, au moins ma rime a un sens, je peux la garder ». (rires)

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Spleenter : Tu te vois pas finir sur un projet, qui est quand même le truc typique de rappeur blanc, à la Soulkast ?

Flynt : « Typique de rappeurs blancs », je sais pas. « Rappeur blanc », j’ai du mal. Déjà, « rappeur », j’ai du mal. L’autre fois une journaliste me demande « alors, à quel moment tu as décidé de devenir rappeur ? ». Mais j’ai jamais décidé de devenir rappeur ! Si j’ai fait du rap, c’est que je suis tombé dedans. On m’a dit que ce que je faisais c’était bien, et puis je sais pas faire grand-chose d’autre à part écrire. L’histoire me donne raison d’avoir continué jusqu’à présent. Si j’avais été bon en Rubiks Cube, et si j’étais devenu champion de Rubiks Cube, ça aurait été cool aussi. A partir du moment où t’as un savoir-faire, faut le cultiver. Pour Soulkast, c’était quoi la question ?

Spleenter : Le fantasme ultime, par rapport aux featurings ricains …

Flynt : J’ai aucun fantasme par rapport à ça. Ni en France, ni outre-Atlantique.

Teobaldo : Sur « comme sur un playground », y’a un dialogue à la fin qui dit « jouer chez les pros, rien à foutre ». Pour toi, le Michael Jordan du rap français, ce serait qui ?

Flynt : Aucune idée. Bien sûr, quand j’étais simple auditeur, y’avait des tauliers, mais j’ai plus la même vision, maintenant que moi-même j’enregistre des albums et que je sors des disques. De l’intérieur, je ne vois plus de tauliers. Mais quand j’étais plus jeune, oui, il y avait Le Rat Luciano, NTM. J’ai jamais été ce qu’on appelle un fan, j’ai pas ce côté fanatique, que ce soit dans la musique ou dans d’autres domaines. J’aime bien des gens, et donc je respecte ce qu’ils font mais j’suis pas en sang sur les gens.

Je reçois parfois des messages de ouf, récemment un mec m’écrit avec ses tripes que « Tourner la page » ça l’a aidé dans sa vie, qu’il est ému, que maintenant il écoute le deuxième album et que « Homeboy » c’est sa vie … personnellement, il me le dit et ça me touche. Mais moi-même si je le pensais je pourrais pas écrire ça à quelqu’un. Donc les featurings … ça peut très bien être un illustre inconnu, à partir du moment où je m’entends bien avec lui, et d’ailleurs c’est ce que je fais.

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Genono : T’as toujours opéré en solo, t’as jamais eu envie de te joindre à une équipe, un label ?

Flynt : Pas vraiment. Sur J’éclaire ma ville, on était une petite équipe, mais ça s’arrête là. Rejoindre un label comme, je dis n’importe quoi, IV My People, Nouvelle Donne à l’époque, ou même des labels plus petits … J’ai décidé d’y aller tout seul, parce que je sais faire des disques, ça s’arrête là. Mais je suis pas tout seul non plus, j’ai la chance d’être très bien entouré. Je suis le cerveau, j’ai tout planifié tout seul, tout coordonné tout seul, mais c’est pas un truc solo, c’est quand même collaboratif. Même au delà de la musique ! Rien que le mec que j’ai rencontré dans le RER, et avec qui j’ai fait le site internet, s’il avait pas été là, j’aurais pas pu faire mon disque !

J’ai eu de la chance sur pas mal de trucs, comme la fresque. C’est des mecs de Toulouse, Sismik et Azot, j’arrive à la salle de concert à Toulouse y a un an, ils avaient cellophané la grande grille coulissante du parking, et ils avaient fait un gros graff avec ma tête. Quand j’ai vu ça, j’en revenais pas ! Donc j’ai discuté avec eux, et y’a deux mois, Azot m’envoie un message « salut, je crois que tu vas sortir ton album bientôt, ce serait bien de faire une fresque sur Paris ». Alors que le mec, à la base, je le connais pas, il me doit rien, je lui ai rien demandé ! Et finalement ils sont venus à Paris ils l’ont fait et de belle manière sur un mur gigantesque ! Ca a fait parler, grâce à cette fresque on a parlé de mon disque dans Le Parisien … Ca a énormément participé à l’album. Et c’est pour ça que je dis que j’ai été porté par le public, eux ce sont des graffeurs, des web-masters, mais ça reste des gens du public ! Ils ont fait ça juste parce qu’ils aimaient bien ma musique ! J’ai plein d’exemples comme ça

L’histoire de la pochette, elle est folle, aussi ! Moins de deux semaines avant la date limite du rendu des éléments, je me rends compte, après plusieurs essais, que j’ai pas la photo que je veux pour ma pochette. Je m’assois, je réfléchis là-dessus, et sans mentir, trente minutes après, je reçois un mail « salut, je m’appelle Léo, je suis photographe, je sais pas si t’as des projets ou pas » … le mec savait  pas que j’allais sortir un album ! « Si t’as des projets, contacte-moi ». Je l’ai contacté dans la seconde ! On s’est vu deux jours après, il me claque la photo de l’album !

Mon obstination a été récompensée par la chance, le hasard, je sais pas comment appeler ça. Je trouve ça remarquable.

Teobaldo : Dans l’ancien album, tu disais « cousin, achète mon disque, tu seras riche toute l’année ». C’est valable que pour les cousins de ta famille ? Parce que pour moi, ça a pas marché.

Flynt : Je vois ça !!! (rires)

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Genono : Tu te vois faire un projet commun avec un ou des autres rappeurs ?

Flynt : On me l’a déjà proposé, j’ai refusé. On en a parlé aussi y a pas si longtemps avec Sidi-O, j’avais dit « pourquoi pas », mais ça s’est pas fait encore. J’ai un peu du mal avec ce concept d’albums communs.

Genono : Pourquoi t’as pas fait de morceau collectif, un peu comme tu l’as fait pour le remix de « 1 pour la plume » ?

Flynt : J’y ai pensé trop tard. J’aurais pu faire « Haut la main » remix. Après, faut contacter du monde, etc. J’ai commencé dans le rap avec la compil « Explicit 18 », et quand j’ai terminé cette compil, je me suis dit « plus jamais ». C’est très relou une compil ou des titres à plusieurs, faut composer avec les emplois du temps de chacun.. Et puis, c’est quelque chose de déjà vu et revu. Ca a déjà été fait. Je voulais faire un maxi remix de Haut la main, avec des instrus différentes, une de Alchemist, une de Enzoolou, de Perpignan, qui est très très fort, et dont vous allez entendre beaucoup parler et une de Saï du Havre

Spleenter : Donc t’as une instru d’Alchemist dans tes tiroirs. Il te l’a donné, par solidarité entre rappeurs blancs ?

Flynt : (rires) Qu’est ce que c’est que cette fixation sur les rappeurs blancs ?

Spleenter : C’est la seule minorité dans le rap, avec les femmes.

Flynt : Si j’avais dû l’utiliser, on aurait discuté, je pense pas qu’il me l’aurait donné gratuitement, mais c’est pas du tout rentré en ligne de compte. Sur le coup, j’ai regretté, mais une fois l’album fini, je trouve ça cohérent, au final, aucun regret. Je me suis dit aussi « je suis le seul con qui sort un album sans clip ! ». Et au final, ça m’a pas du tout handicapé. J’ai un modèle qui m’est spécifique on dirait.

Spleenter : Je me rappelle que pour le clip de « Fidèle à son contexte », y’avait Félina. Et vues les réactions, ça encourage pas à faire des clips.

Flynt : Félina, c’est une fille bien, elle est gentille. L’idée, c’était de mettre une seule fille, et pas plein, c’était pas mon idée mais celle du réalisateur. Mais bon, passons.

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Teobaldo : Vraie question d’enculé de journaliste de merde : sur « j’ai trouvé ma place », « j’ai choisi mon camp », et « homeboy », t’as une notion de bien et de mal très marquée. C’est pas forcément le cas de tous les albums de rap français aujourd’hui, et malgré ça, tu fais une référence à Dieudonné, l’axe du mal de la bien-pensance à la française.

Flynt : Quelle référence ? La quenelle ?

Teobaldo : Oui.

Flynt : Est-ce que ça appartient encore à Dieudonné aujourd’hui ? Ca a dépassé Dieudo, c’est rentré dans le langage courant.

Teobaldo : Ton discours passe bien. Je peux écouter ça avec ma mère à côté, elle va pas gueuler. T’as un discours de « gentil ». Comment tu te places par rapport au reste de la société ?

Flynt : (hésitation) De la même manière que je me suis affranchi de toute la thématique sociale dans mon album, j’ai l’impression que la vie m’a rendu un peu individualiste. Pas égocentrique, mais individualiste. J’essaye d’évoluer au mieux possible dans cette société, sans ignorer complètement les problèmes qu’il y a autour, mais j’arrive à un âge où je veux profiter de mes enfants, de ma femme, de ma vie. Le côté revendicatif ou révolté que je pouvais avoir sur J’éclaire ma ville, il était aussi dû au bordel qu’était ma vie à ce moment-là. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre qui me convient.

Teobaldo : Mais on écoute pas du rap pour ça, merde !

Flynt : Si ça peut faire comprendre aux gens que c’est un bon chemin à prendre … Avoir une famille, un travail, des amis, être équilibré. J’ai eu des exemples autour de moi, de gens qui ont fondé une famille, et qui se sont senti tout de suite mieux dans leur peau et qui m’ont servi d’exemple.

Teobaldo : Y’a des trucs qui te manquent dans ta vie d’avant ?

Flynt : Pas du tout. Quand j’ai appris que j’allais être papa, je me suis lavé de toutes mes interrogations sur la vie. J’ai muri en une fraction de seconde. Et si y’a des gens qui, en écoutant ça, se disent que c’est une bonne direction à prendre dans leur vie … ce sera pas grâce à moi, mais ce sera une bonne chose. Dans le rap, on parle de vie dissolue, de plein de trucs, mais la simplicité, ça fait pas de mal non plus.

Spleenter : T’as écouté d’autres morceaux de rappeurs sur la paternité ?

Flynt : J’ai entendu « Papa » de Triptik, j’ai trouvé ça plutôt pas mal. Nakk, « mon père, ce héros ». Youssoupha aussi . Ouai, je les ai écouté … je préfère Homeboy ! . Qu’est ce que vous en pensez de ce morceau ?

Teobaldo : Sans avoir d’enfants, ça aide à se poser la question, « est-ce que ça vaut le coup d’être daron ? ». C’est bien, parce que ton discours est structuré, tu parles de t’être lavé de tes interrogations, c’est un peu l’impression que donne le morceau. On sent que c’est quelque chose de fort, de spécial.

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Spleenter : Moi j’aime bien le jeu de mots du titre. Dernière question : tes sons du moment, rap et hors-rap ?

Flynt : J’ai découvert une chanteuse y’a pas longtemps nom … Azealia Banks ! Qu’est ce que j’ai découvert y’a pas longtemps (il hésite beaucoup ) … Mac Miller.

Spleenter : Encore un rappeur blanc !

Flynt : J’ai découvert Niro aussi y’a pas longtemps, j’ai bien aimé … j’ai écouté Action Bronson et Sean Price … C’est tout ce qui me vient à l’esprit.

Spleenter : Tu suis pas vraiment le rap français ?

Flynt : Je suis, mais j’écoute pas forcément. Parfois j’ai des a-priori, parfois je suis un peu con. Et depuis un an et demi, j’ai la tête dans mon disque. J’ai même pas écouté les derniers albums de Nas, Jay-Z, Rick Ross … faut dire que j’ ai été très souvent déçu ces dernières années par les sorties US dans leur ensemblre alors…

Teobaldo : Pour le mot de la fin, des morceaux comme Itinéraire Bis et Le Biff sont des morceaux qui te représentent bien, dans le sens où le constat de départ n’est pas vraiment joyeux, mais où on te sent toujours très combatif.

Flynt : Je suis obstiné. Ca fait partie de mon caractère. Quand je décide un truc, je vais au bout, quoi qu’il arrive. Sur ce disque, si j’avais pas cru en moi … y’a même des moments, j’étais au fond du trou, je me disais que je n’y arriverai pas, mais j’y croyais quand même.

Spleenter : Dernière question : t’es plutôt The Dark Knight Rises ou The Avengers ?

Flynt : J’ai vu ni l’un ni l’autre. Je suis un peu déconnecté, je ne regarde plus la télé, je ne vais plus au cinéma, je ne lis plus les journaux … La société frinçaise et ma famille font que je m’intéresse plus du tout à tout à certains trucs.

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BONUS TRACK 

Genono : Puisque tu parlais politique, une question-Captcha, un peu spéciale … plutôt Goebbels ou Himmler ?

Flynt : Nan mais toi t’es dur … (rires de Teobaldo et Spleenter) Qu’est ce que ça veut dire d’ailleurs ton aka là ? Ca a forcément un sens.

Genono : Tu trouves un sens dans « Fruits et Légumes nazis » ? (Teobaldo est sur le point de crever de rire)

Flynt : J’vais pas te dire que j’ai trouvé le sens, mais quand j’ai vu ça je me suis dit « mais il est fou lui ». Des fois je lis tes tweets, je me dis, mais t’es taré. D’ailleurs vous devriez, enfin peut-être que vous vous en foutez, mais je trouve que vous avez une plume, un truc, je sais pas où vous voulez aller avec, mais cultivez-le quoi.

Genono : Droit dans le mur !

Flynt : C’est pas tout le monde qui a un ton comme le votre.

Teobaldo : Ca fait toujours plaisir à entendre, après la question reste la même : qu’est ce qu’on en fait ?

Flynt : Vous avez un vrai talent, un vrai ton, une imagination, un regard sur les choses, je pense que vous avez des choses à faire. Je sais pas où vous voulez aller ?

Genono : Perso, j’ai plein d’idées, plein de projets, mais je suis un branleur. J’me sors pas les doigts.

Flynt : Et bah il faut, parce que personne va venir te les sortir. Quand je vous lis, j’me dis putain ! Y’a un truc, il se passe un truc, tu vois. La première fois que je suis tombé sur Le Blavog, je me suis dit « il se passe un truc ! ».

Teobaldo : C’est le piège, faut que ce soit un truc, pas forcément grand, mais un truc qui ait de la gueule.

Flynt : Mais Le Blavog ça a de la gueule ! Ca a la gueule que ça a, mais ça a de la gueule ! Tu sens que c’est fait avec les moyens du bord, mais vous pourriez aller plus loin. Pas forcément là-dessus, mais … depuis que j’ai vu Le Blavog, j’attends l’étape suivante ! J’attends plus, plus loin, plus fort. (il se tourne vers Genono) Et pareil avec toi, quand je lis certaines choses … il y a quelque chose. Ce que je retiens aussi de mon expérience personnelle, de mes albums, même si ça n’a rien à voir, à un moment donné, c’est exactement ce que t’as dit : faut se les sortir ! Il faut croire en soi, s’obstiner … « croire en soi », c’est con, mais c’est la base de tout. Alors, je sais pas si vous croyez en vous, mais en tout cas, moi je crois en vous ! Et je sais qu’il y a plein de gens qui croient en vous. Alors, c’est pas forcément dans le même registre, mais vous avez un potentiel comique fort. Bref le message est passé. Qu’est ce que vous voulez faire, vous ?

(léger moment de flottement dû à l’inversion imprévue des rôles : l’interviewé devient l’intervieweur)

Teobaldo : C’est pas une priorité, je cherche du taff, j’ai des rendez-vous … tout ça passe bien évidemment avant. Le Blavog, c’est con mais c’est vraiment à notre rythme. Pendant deux mois y’a pas d’article, puis d’un coup on peut t’en pondre trois en une semaine. Et si c’était plus cadré, genre toutes les semaines faut être drôle, avec le même sujet … j’ai pas le temps.

Spleenter : Pour moi c’est différent, y’a une partie de mon taff qui pourrait correspondre à l’exploitation de ça …

Flynt : Tu fais quoi ?

Spleenter : Je suis pigiste. J’utilise un peu le même ton, sans le côté outrancier.

Teobaldo  : Il peut pas insulter les lecteurs de fils de putes à toutes les phrases quoi.

Spleenter : Y’a aussi un mec qui m’a suggéré fortement de faire un bouquin. Un recueil de trucs fictifs, c’est pas possible. Par contre, prendre des articles décalés, qui sont pas dans le registre du faux dialogue, ça ouais, le jour où y’a assez de matière.

Teobaldo : Qui va acheter ça ?

Flynt : Je sais pas ce que c’est, mais je pense qu’il y a un projet qui vous tend les bras.

Teobaldo : Bah si, ce serait de faire la version animée du Blavog.

Flynt : Un genre de « Kebab-Caviar » ?

Teobaldo : Voila, les mecs j’ai essayé de les contacter. J’ai pas eu de réponse. Puis c’est dommage, quand tu vois Eklips ou Wilaxxx, les mecs font des imitations, mais chacun fait son truc de son côté, ça sert pas à grand-chose. Wilaxxx il va me faire marrer une fois sur trois.

Flynt : Eklips il tourne dans le monde entier …

Teobaldo : Ouais mais après ça va où ?

Flynt : Il vit !

Teobaldo : Oui mais après, comme tu dis, on attend l’étape suivante. Tu prends les mecs de Kebab Caviar à l’animation, une petite équipe pour les dialogues, plus des mecs comme Eklips, Wilaxxx, ou même Digidix. Ca pourrait aller plus loin, je suis d’accord. Mais le gâteau sera pas encore fait que les mecs voudront se tirer dessus pour avoir la plus grosse part !

Flynt : Bah alors comptez pas sur eux.

Genono : Y’a pas qu’eux qui savent faire de l’animé. Y’a du monde, même si c’est des trucs basiques.

Teobaldo : On a déjà collaboré avec des mecs. Tu leur demandes un premier truc, ils te le font dans la nuit direct, tu demandes un deuxième truc, tu vas attendre quatre mois pour l’avoir.

Flynt : Quand t’as pas d’oseille à mettre dedans, ça prend toujours plus de temps. Mais si tu l’intègres à ton projet, que tu le planifies, que tu sais que ça va prendre du temps à cause du manque de moyens … moi c’était pareil ! Pas d’oseille ! J’ai compté sur des gens qui étaient là et qui croyaient en moi, sans tirer sur la corde bien sûr, mais c’était inclus dans mon projet, et ça avançait à son rythme. Si ton projet est réalisé en fonction de ça, ça peut fonctionner.

Teobaldo : Faut des gens de confiance aussi. On y a déjà pensé, plus ou moins, faut trouver des gens compétents et à qui on fasse confiance. Je sais pas comment on trouve un graphiste, ou un mec qui fait des dessins-animés.

Flynt : C’est vrai que mon cas est un peu différent du vôtre, parce que ma tête est connue. Si je croise un mec dans le RER, comme ça s’est produit, le mec me reconnait, et ça se fait peut-être plus facilement. Vous parliez de scénario, je pense pas en avoir les capacités, mais je pense que vous, vous les avez. Les dialogues que vous faites, même si c’est un peu tiré par les cheveux, c’est pas donné à tout le monde.

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