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FLYNT – Interview Rétrographie

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1. J’ai l’impression qu’il y a un petit côté « best-of » dans cette mixtape. Est-ce que c’est quelque chose de voulu ? Qu’est ce qui t’a motivé à sortir Retrographie ?

Oui c’est voulu puisqu’il n’y a pas de titres inédits crées pour l’occasion. Rétrographie c’est la contraction de Rétrospective et de Discographie, c’est une compilation de tracks et de couplets rares ou moins rares apparus à droite à gauche depuis 1998 et de quelques titres phares extraits de mes 2 albums. Un des points forts de Rétrographie c’est que tout est enchaîné et mixé comme si c’était un mix radio ou comme ce que l’on pouvait trouver en K7 il y a quelques années. Ce qui m’a poussé à sortir Rétrographie c’est l’envie de sortir un nouveau disque, de réunir des titres éparpillés sur un même support et d’avoir une actualité pour remettre un peu de lumière sur Itinéraire bis et pour aller chercher de nouvelles dates de concerts notamment. Après plus de 15 ans de rap et 2 albums il m’a semblé que c’était le bon moment pour le faire.

2. Tu as utilisé pas mal de scratchs en conclusion des morceaux. Ca se fait plus du tout en 2013, c’est pour donner une couleur « à l’ancienne » ? Pareil pour la cover, avec les polices d’écriture un peu old school ?

Je n’ai pas voulu donner de couleur à l’ancienne en particulier, c’est juste que mettre des titres bout-à-bout ne me semblait pas avoir grand intérêt. Là c’est un mix original et inédit, c’est vivant, il y a des versions des titres qu’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est une véritable valeur ajoutée et c’est bien plus agréable à écouter comme ça.

3. Pourquoi avoir remixé « Haut la main » ou « 1 pour la plume » ? Je trouve ça intéressant, parce que c’étaient des morceaux très énergiques, qui du coup changent complètement de rythme et de couleur musicale.

Parce que ce sont les premiers extraits de mes albums. Ce sont les morceaux que j’avais choisi pour être des locomotives. 1 pour la plume pour annoncer J’éclaire ma ville et Haut la main pour lancer Itinéraire bis. C’était plus intéressant de proposer des versions nouvelles. J’ai toujours laissé la porte ouverte aux remixs en rendant disponibles certains acapellas. Il y a eu des dizaines de remix de 1 pour la plume par exemple car j’avais sorti le titre en maxi à l’époque. C’est assez difficile de réussir un remix, les deux remixs présents sur Rétrographie sont très réussis je trouve.

4. Y’a-t-il eu d’autres remixs que tu n’as finalement pas gardé dans le tracklisting final ?

Oui un paquet !

5. DJ Safe et Nodey ont fait un gros boulot de dépoussiérage de tes vieux sons. Tu leur as donné des indications ou tu les as laissé opérer seuls ? Pareil pour le choix de la tracklist, tu l’as fait seul, ou en collaboration avec tes DJ ?

C’est DJ Safe qui a tout dépoussiéré et enchaîné et c’est Reptile qui a fait les mises à niveau, on a fait plus ou moins la sélection ensemble avec Safe mais il avait carte blanche, il a fait sa sélection en fonction de la pertinence des enchaînements, de la musicalité et des thèmes abordés. Au fur et à mesure qu’il avançait il me demandait certains acapella, certains instrus… Ca a pris du temps pour tout boucler et pour qu’on soit content du résultat. Ca fait 1 an qu’on est dessus, bon on n’a pas bossé dessus tous les jours hein, on bossait à distance car il habite au Havre, c’est pas du tout évident à distance. DJ Blaiz’, mon DJ sur scène, nous a beaucoup aidé aussi, quant à Nodey il a fait l’intro uniquement, mais quelle intro ! Il y a beaucoup de couplets qui ont été laissé sur le côté parce que musicalement ou pour d’autres raisons ça ne rentrait pas dans l’ensemble. Il a fallu se séparer de certains couplets et c’était pas forcément facile de prendre ces décisions. C’est un travail collaboratif dans tous les cas.

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6. Tu fais encore une fois appel à Nodey … Est-ce parce qu’en tant qu’asiatique, il est champion de ping-pong, une qualité non-négligeable dans le rap jeu en 2013 ?

On a fait une vidéo où on joue au ping-pong lui et moi, on voulait la sortir pour promotionner la mixtape mais il y a eu une autre vidéo sur le thème du ping-pong qui est sortie juste quand on allait la balancer donc on a dû changer nos plans.. Dégoûtés mais pas vaincus, on planche sur une vidéo où on nous voit jouer aux cartes là.

7. Un de tes fans m’a dit « quand tu as suivi Flynt depuis le début, cette mixtape n’a aucun intérêt ». Qu’est ce que tu peux lui répondre ?

D’abord je lui demanderais si il l’a écoutée… Et puis je le remercierai de me suivre depuis le début mais non, je ne suis pas d’accord avec lui et d’après les retours que j’ai eu d’auditeurs qui me suivent et qui ont écouté la mixtape, ils l’ont tous aimée parce que c’est bien réalisé, parce que tout est réuni sur un même support et parce que même ceux qui me suivent depuis des années ne connaissaient pas tous les couplets ou tous les titres. Je lui répondrais donc que je suis totalement en désaccord avec lui.

8. Tu as mis le live de J’éclaire ma ville. D’après ce que tu avais dit en interview, c’est un live qui t’avait particulièrement marqué, et on comprend que tu aies voulu qu’il apparaisse sur cette mixtape. Est-ce que tu n’as pas eu peur que la qualité sonore de l’enregistrement ne rebute certains ? Pourquoi ne pas avoir inséré plus de morceaux live ?

C’est un extrait du concert au New Morning à Paris en fait, enregistré en février 2012. Ce moment du concert était très fort. Toute la salle qui backe le couplet, et à la fin du couplet le public en transe se met spontanément à scander et à chanter « Ici c’est Paris, Paris c’est nous, Paris c’est nous… » tous en chœur. C’était beau. Là où je n’ai pas eu de chance c’est que l’enregistrement audio de ce concert a complétement foiré, inutilisable ! Du coup on a extrait le son caméra pour récupérer un bout un peu audible de ce concert. La qualité n’est pas top mais ça ne me dérange pas ça fait partie du truc, le son est crade et ça rend le moment encore plus authentique. A la base je voulais mettre beaucoup plus de passages de live mais l’enregistrement ayant foiré… J’ai mis ce passage à la fin parce que le live est important dans mon parcours et c’est un gros big up au public aussi. La plus belle récompense pour mes textes c’est d’aller sur scène, c’est ce que j’ai voulu signifier en mettant ce passage de live mythique à mes yeux pour conclure la mixtape.

9. Quels sont tes prochains projets ? Les retours (que j’estime positifs dans l’ensemble) sur Itinéraire Bis t’encouragent-ils à envisager un troisième album ?

Mes principaux projets sont des projets familiaux et professionnels actuellement. Côté musique, je dois écrire pour l’album de mon pote Nodey et pour la compilation de mon pote DJ Blaiz’ « Appelle moi MC 2 » notamment. J’ai un peu de mal à me remettre à écrire là. J’ai fait un track avec Lil Dap, PMD et AKH qui doit sortir sur la compilation du beatmaker Crown début février. Quant au 3ème album, j’ai hâte, ce que je vis avec Itinéraire bis depuis plus d’un an c’est génial. On a fait plus de 30 dates avec Blaiz’ et Nasme, on a joué au Bataclan, à l’Olympia, j’ai chanté au Zénith de Caen, on a fait des gros concerts à Lyon, à Brest, à Nantes, à Bruxelles, à Angers et j’en passe. Je récolte les fruits de mon travail, à mon niveau je profite de ce que la musique a de mieux à apporter alors forcément le 3ème album, j’en ai très envie. Itinéraire bis m’a fait beaucoup de bien, c’est pour moi le meilleur de mes 2 albums, j’espère faire encore mieux au prochain.

10. « C’est le rap de celui qui a dit non et va te faire enculer » est-ce que cette phase est celle qui résume le mieux ton style pour toi ? Et peux tu la développer ? Non à quoi ? Et qui doit se faire enculer ? Et pour quel motif ?

Non ce n’est pas la phrase qui résume le mieux mon style. Celle qui résume assez bien mon style c’est 1 pour la plume ex-aequo avec le gros son. Ce non, c’est le non au rap fast food et aux guignoleries du rap game, non à la soumission aux majors et au diktat de quelques radios, non à la réussite à tout prix. La phrase à laquelle tu fais référence je l’ai écrit il y a 5 ans pour un titre avec Le Rat Luciano et Gino qui n’est jamais sorti.

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11. Je pense aussi que « Moi je rap comme ce que j’aurais dit » te correspond bien. Tu penses que s’inventer un personnage est un piège trop fréquent dans le rap ?

Aujourd’hui je m’en tape de qui s’invente une vie ou non. Je pense quand même que c’est dangereux de s’inventer une vie dans le rap et de se créer un personnage que tu n’es pas réellement dans la vraie vie. Certains semblent prisonniers de leur image effectivement. Mais je vais te dire, même quand tu ne joues pas un personnage et que tu rappes qui tu es, tu peux te retrouver prisonnier de cette image aussi.

12. « Ma plume ferait du fric en faisant rimer là où j’habite avec ma bite » Tu n’as jamais été tenté de faire des mille et des cent avec ta musique ou bien tu y as renoncé avec le temps vu ton rap ?

Ca n’a jamais été ma motivation première. Et c’est vrai qu’avec le style de rap que j’ai, la gamberge que j’ai et la façon dont je suis organisé, c’est plus compliqué. Vu aussi les médias qu’on a en France et ce qui plaît au public et vu que je n’ai pas une major, un éditeur ou un label qui bosse derrière pour pousser mes titres au max… Par contre je n’ai aucun complexe à faire de l’argent avec mon rap, j’en fais et c’est bien normal, j’aimerais en faire plus même. Mes disques je les vends, mes concerts et mes t-shirts aussi donc il n’y a pas de renoncement, on bosse, on s’organise pour faire plaisir à ceux qui nous suivent et pour gagner de l’argent et ce par nos propres moyens. Il y a de l’argent pour tous dans la musique, il faut bosser et s’organiser comme partout. Il faut trouver son public c’est ça le plus important.

13. Sur ce projet, il y a des morceaux que tu aurais voulu mettre aussi mais que tu n’as pas mis pour certaines raisons ? si oui, lesquels ?

Je n’ai pas mis la majorité de mes premiers couplets apparus sur K7 à la fin des années 90 et début 2000, ça ne collait pas avec l’ensemble. Ca faisait pourtant partie du projet au départ, j’aurais voulu les mettre pour montrer l’évolution de mon rap et parce qu’ils font partie de ma discographie mais ils étaient compliqués à enchaîner avec les reste des tracks, du coup j’ai abandonné l’idée, ça fait une bonne vingtaine d’anciens couplets qui n’y figurent pas.

14. À l’inverse, y a-t-il des morceaux dont on reparle beaucoup dont toi tu n’es pas satisfait ?

Je ne suis pas fan de mon couplet sur le morceau Compte à rebours, que j’ai fait avec Ekoué, je ne l’ai jamais beaucoup aimé ce couplet, je le trouve plutôt faible. Sinon j’aime tous les couplets qui sont dans Rétrographie et dans mes albums.

15. Sur ce projet, on peut réentendre des vieux freestyles issus de mixtape (comme Splifflife, par exemple). C’est devenu plus rare de t’entendre sur ce genre d’exercice plus spontané (même si on t’a entendu sur Marche Arrière, dernièrement). Comment l’expliques tu ? Perfectionnisme ? Ou le fait qu’il y ait moins de mixtapes/ compilations de qualité qu’avant dans le rap ?

C’est une question de temps, on me propose beaucoup de projets et moi je suis le moins productif de France donc forcément ça coince. Pour le temps que je passe à faire du rap, je privilégie la création de mes albums, préparer mes concerts et faire des concerts. Tout ça ça prend du temps. Combien de mecs tu pourrais citer qui ont fait beaucoup de mixtapes et compilations et qui ne font presque jamais de concerts et qui n’ont pas d’albums ? Y en a plein. Moi si j’avais accepté tous les projets qu’on me proposait, j’aurais jamais sorti 2 albums. On parlait d’argent et de plaisir tout à l’heure, c’est avec un album que tu prends des sous et que tu te fais vraiment plaisir dans mon cas, pas sur les compilations ou les projets des autres à quelques exceptions près si tu poses sur l’album d’un mec qui vends des dizaines de milliers de disques. Pourtant je ne néglige pas les propositions qu’on me fait ni ceux qui me les font, c’est juste impossible de tout faire, c’est pas une question d’argent c’est une question de temps et de priorités. J’aimerais pouvoir croiser le mic avec d’autres MC’s plus souvent mais bon, j’ai déjà beaucoup de travail et c’est dur de m’en rajouter.

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16. Il y a 2 choses assez récurrentes qui s’opposent souvent dans tes textes tout en restant très cohérent : l’envie de voyager, de connaître une autre vie mais aussi le fait d’être très attaché à Paris et à ton contexte. Comment perçois-tu cette dualité ?

Voyager ça fait partie de ce que la vie offre de plus plaisant. Quand tu voyages tu te sens vivre. Et quand tu voyages ta ville te manque forcément, tes proches, ton train-train, ton quotidien. Pour moi ça ne s’oppose pas, ça se complète, j’ai besoin des 2 dans ma vie, les voyages et mes racines.

17. « Je ne suis pas bon qu’à pera, mais je suis là car je pense que le bon son manque dans mon pays, comme le Rat » ? le Rat Luciano est-il une de tes références ? As tu tout simplement des références en France ?

Oui le Rat et la FF, je les écoutais beaucoup quand j’étais plus jeune. Des références j’en ai beaucoup, mais pas toutes pour les mêmes raisons. Il y a des MC que je respecte pour leurs couplets, leur parcours et/ou leur vision, leur concept, et d’autres qui sont des références négatives. Ca dépend ce que tu entends par « références ». Dans un couplet je dis : « On m’demande quel est l’style que j’aime j’ai des références par centaine, dans l’authentique ou le clownesque, le rap faible ou le terrible, le réfléchi, l’immature, le mythomane, le crédible, celui qui pète le score ou pas plus haut qu’une naine, je puise dans toutes les disciplines de la culture urbaine… » Si ta question est de savoir qui j’aime bien écouter, je te répondrais spontanément Sidi O, Mac Tyer, Casey, Joe Lucazz, Orelsan, Nasme, Dino, C.Sen, Mapaula… Parmi les MC’s que j’ai découvert plus récemment j’aime bien S.Pri Noir et Volts Face. Bon j’en oublie, j’aime pas trop répondre à ce type de question parce que j’en oublie forcément.

18. Tu sembles beaucoup fonctionner à l’humain : tu collabores souvent avec les mêmes artistes qui reviennent (Nasme, Sidi Omar, etc…). Dernièrement on t’as entendu avec Orelsan. D’autres collaborations sont elles à prévoir ?

Oui mais à part le track avec AKH sur la compilation dont je parlais tout à l’heure parce qu’il va sortir et qu’il est enregistré, je préfère ne pas en parler parce que rien n’est fait encore sur les compilations de Blaiz’ et Nodey, on cherche toujours la direction du truc. A part ça je n’ai pas beaucoup d’autres projets à part attaquer un 3ème album puisque j’évite de m’engager dans des collaborations alors que je sais que je ne pourrai pas suivre par manque de temps.

19. « Sur mon album, moi j’aurais bien invité Nelson Mandela ? » Tu penses qu’il a un bon flow, Nelson ? Pourrait on dire qu’il fait du Dirty South Africa ? (ça c’est de la question)

Haha t’es con !

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20. « Si t’as pas de bons conseils, garde les, j’ai pas besoin d’eux. La raison est mon maître et je me domine du haut de mon mètre 82 » Beaucoup de gens t’ont donné de mauvais conseils dans ta carrière ? (C’était aussi pour le plaisir de ressortir cette phase que j’aime beaucoup)

J’me souviens pas des mauvais conseils. Et peut-être qu’on m’en a donné des bons que je n’ai pas suivi.

Super Bonus. La question raciste de Spleenter : Que penses tu du retour merdique d’Eminem ?

Eminem, je ne le suis plus depuis quelques années. J’ai lâché. Niveau instrus, je m’y retrouve pas aujourd’hui. On m’avait filé des places pour son concert au Stade de France et j’y suis allé. J’ai été plutôt déçu. Les concerts dans les stades je suis pas fan déjà mais j’ai trouvé qu’au-delà de sa performance qui reste celle d’un MC hors-norme, son filage, son intro, son rappel, sa sortie, certains choix… tout ça m’a laissé perplexe. Je n’ai ressenti ni magie, ni frisson. C’est pas bien c’que j’vais dire mais j’préférais son rap quand il se droguait et quand ça partait en couille dans sa vie.

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Interview : Flynt (partie 1/3)

Quelques jours après la sortie de son deuxième album, Itinéraire Bis, nous avons rencontré Flynt. Un long entretien (3 heures) retranscrit intégralement, l’occasion d’évoquer Alchemist, Youssoupha, Booba ou encore Félina. Et aussi Genono, le mec de Captcha Magazine qui était avec nous, lui et ses lubies étranges.

Genono : J’ai lu les différentes interviews que tu as pu faire récemment (abcdr, lebonson, neoboto …), j’ai remarqué qu’on te posait quasiment toujours les mêmes questions, avec, fatalement, toujours les mêmes réponses de ta part. Est-ce que ça ne te casse pas un peu les couilles ?

Flynt : Bah celle là, on me l’avait jamais posée. Chaque intervieweur est différent, et n’a pas forcément lu toutes les interviews que j’ai faites. Quand tu sors un album, ce que les gens veulent savoir, ça tourne un peu autour de la même chose.

Et quand tu vas faire des concerts, tu chantes les mêmes chansons tout le temps. C’est un peu différent, mais je trouve ça normal, et non ça ne me pose pas de problème.

Teobaldo : Tu dis « peu importe ce que le public préfère, je défends ma culture comme Aimé Césaire ». Tu ne poses pas le public dans l’équation ?

Flynt : Si bien sûr mais ça parlera à qui ça parlera en fait. « Peu importe ce que le public préfère » signifie que je ne vais pas adapter mon discours, ma musique, mon rap de manière générale par rapport à ce que les gens peuvent aimer sur le moment, à une mode ou à leurs goûts tout simplement. Donc peu importe ce qu’il préfère, il aura ce que moi je sais faire et ce que j’ai envie de faire. « Je défends ma culture comme Aimé Césaire », simplement parce que c’est quelqu’un qui défendait sa culture, ce qu’il était, ses racines, sa couleur, ses convictions, envers et contre tous.

Teobaldo : Donc ta « culture », le rap, tu sens que c’est quelque chose qu’il faut défendre, tu la sens attaquée, en disparition ?

Flynt : Non, il ne faut pas prendre le mot « défendre » dans ce sens là. Je ne suis pas en guerre. C’est comme quand on me dit « tu vas défendre ton album sur scène » … mais non, je vais rien défendre du tout, je vais juste jouer mes morceaux pour des gens qui auront du plaisir à les écouter, je suis pas là pour me bagarrer. Ce qu’il faut entendre par « je défends ma culture » c’est plutôt « j’impose », j’impose mon truc à moi. Ca rejoint ce que je dis à la fin du morceau,  « je ne réponds pas à la demande, j’impose mon rythme et ma vision ».

Teobaldo : Dès le premier morceau de l’album, tu te mets en opposition avec le rap « racailleux » … Mais parmi les gens avec qui tu as rappé, il y a Joe Lucazz par exemple.

Flynt : Oui et non, c’est une phrase à remettre en contexte. Je ne me positionne pas en opposition au rap racailleux, ni dans l’album, ni de manière générale. J’en écoute même. Dernièrement j’ai été écouter Niro, et j’ai trouvé ça bien. Pour moi ce qui compte, c’est que le mec soit bon. Le mec peut être sur-racailleux, comme il peut être à l’opposé, tant qu’il est bon, ça me va . Je ne livre pas un combat, c’est ce que je dis dans « les clichés ont la peau dure », la musique n’appartient à personne, elle ne m’appartient pas à moi, que chacun fasse ce qu’il a envie d’en faire, comme il a envie d’en faire. Pour moi c’est ça le plus important. Chacun est libre de faire ce qu’il veut et c’est tant mieux comme ça. J’ai plus de plaisir à écouter certains rappeurs qu’on qualifie de « racailleux » parce que c’est bien fait que d’autres mecs que l’on pourrait penser proches de moi artistiquement parlant, mais chez qui je ne me retrouve pas du tout et dont les disques me font chier.

Après bien sûr que j’ai un message totalement opposé. Quand je dis « Je suis né à Colombes et ce n’est sûrement pas un hasard Je porte un message anti-guerre, anti-violence, anti-barbare », c’est vrai, je préfère tirer les gens vers le haut. Enfin, je ne sais pas si je les tire vers le haut, et je ne prétends même pas le faire, mais une chose est sûre, je ne veux surtout pas les tirer vers le bas. Maintenant, est-ce que le rap racailleux tire les jeunes vers le bas … (hésitation) peut-être pour certains qui sont plus influençables que d’autres, je sais pas.

Teobaldo : T’as pas cette fascination pour les gangsters, tu ne t’es jamais identifié à tel personnage de tel film ?

Flynt : Non, pas vraiment.

Teobaldo : Du coup, quels films t’ont marqué ?

Flynt : Les films dont je me souviens vraiment c’est des films comme Retour vers le futur, Indiana Jones, Star Wars. Les films d’aventure, quand t’es petit. Les films de gangsters, , j’aime bien, mais ça s’arrête là. La première fois que j’ai vu Scarface, je suis pas tombé de ma chaise quoi. Je me suis jamais identifié au personnage en me disant « ouais c’est mortel, il prend de la came, c’est sanglant, ça canarde »

Genono : On a entendu des sons à toi dans L’équipe du dimanche. Comment ça se passe, c’est eux qui te contactent en te disant « on voudrait utiliser telle instru » ?

Flynt : La première fois qu’un des mes instrus est passé à L’équipe du dimanche, j’étais pas au courant. C’est par la suite que j’ai rencontré un des monteurs de l’émission  qui avait placé des instrus à moi. J’ai fait connaissance avec lui, et je lui ai dit « je vais te passer un autre instru », il a répondu « ok ». Tout simplement. Je l’ai rencontré parce que j’ai été amené à travailler avec lui, complètement par hasard.

Teobaldo : Et au niveau des droits ?

Flynt : Hé gros, quand tu passes dans L’équipe du dimanche, tu te poses pas la question des droits.  En plus non, ça génère pas de droits, je ne touche pas d’argent, et puis de toute façon c’est des instrus donc dans tous les cas je pense que je toucherais rien. C’est juste … c’est juste mortel quoi ! Quand un pote t’appelle et te dit « putain je viens d’entendre ton instru sur le résumé du Barça ! ».

Donc comme j’ai eu la chance de rencontrer ce mec là, après je l’ai fourni en instrus quoi. D’ailleurs je viens de lui passer tous les instrus d’ Itinéraire Bis. Et ca y est ça commence à habiller les résumés des matchs européens et de certains sujets.  Mais pour revenir à la démarche, elle ne vient pas de moi, même si ça aurait  été intelligent de ma part de penser à faire cette démarche , en tant que producteur.

Teobaldo : C’est le genre de truc, quand c’est toi qui essaye, t’y arrives pas.

Flynt : Oui y a de grandes chances. Donc là c’est encore mieux, c’est venu à moi . Et forcément j’ai pas fermé la porte et j’ ai alimenté le truc.

Genono : Tu travailles avec une équipe restreinte de beatmakers. J’ai lu que, sur les instrus qu’on t’avait envoyé via internet, tu n’en avais récupéré que deux, et que tu aimais développer une relation de confiance avec le beatmaker. Est-ce que ne t’arrive jamais de recevoir une instru, de la trouver mortelle, de poser dessus et de la mettre telle quelle dans l’album ?

Flynt : Bah ça s’est produit. Sur le premier album, j’avais au moins dix beatmakers différents, sur le second j’en ai cinq. Parmi eux, seul Soulchildren était présent sur J’éclaire ma ville. On a donc : Soulchildren, Just Music, Nodey, Angeflex et Fays Winner. Je connaissais Soulchildren, j’ai enregistré et réalisé Itinéraire Bis chez eux, donc j’étais en première ligne pour recevoir leurs instrus, sachant que ces mecs sont pour moi le très très haut du panier en France. Ensuite, Nodey, on avait déjà fait un morceau ensemble, on s’entend super bien. Just Music, on se connaissait par relations interposées, on s’était rencontrés une ou deux fois. Angeflex et Fays Winner je les connaissais pas du tout. Ils m’ont contacté par internet, et le son a parlé quoi. Donc je peux travailler avec des gens que je connais, comme avec des gens que je ne connais pas du tout. L’important, c’est qu’on soit sur la même longueur d’onde, j’affectionne la relation avec les beatmakers. Je pense qu’une bonne collaboration, une bonne entente, ça fait des bons titres. Mais c’est pas genre « ok je prends ton instru, et quand disque sortira, je t’appellerai, et je te donnerai un CD ». C’est aussi leurs titres à eux ! Si j’avais pas d’instrus, je ferais du slam, ou je ferais rien. Le rap c’est de la musique, et qui fait la musique ? C’est pas moi. Moi je me charge des   textes et de sélectionner les musiques. Je leur dois beaucoup, et chaque rappeur leur doit aussi beaucoup. Quand le mec me passe son instru, je lui dis « ok, à partir de maintenant on va travailler ensemble, on va être en relation assez fréquemment, je vais te tenir au courant, etc ». Ca peut m’arriver de balancer un bout de couplet au beatmaker pour lui dire « tiens j’ai écrit ça, tiens le thème ça va être ça ». Les mecs sont au courant à toutes les étapes. Après, personne ne vient mettre son nez dans mes lyrics, je fais pas ça pour qu’ils aient leur mot à dire sur mes textes – et de toute façon ils ne le font pas, donc il n’y a pas de problème là-dessus – mais sur le morceau en lui-même. Un morceau ça parait simple comme ça, mais c’est compliqué. Je veux que les beatmakers soient impliqués et contents du résultat. Et aujourd’hui, je pense que tous les beatmakers qui sont sur l’album sont contents, parce qu’ils ont pu voir la construction du morceau du début jusqu’à la fin, ils ont pu donner leur avis sur le mix, sur le mastering.  Je sais pas comment les autres travaillent, mais moi c’est comme ça.

Pour le morceau avec Orelsan, Nodey était sur le coup pour faire l’instru. Il avait fait une v1, je lui ai dit que  je pensais qu’on pouvait obtenir quelque chose de meilleur , puis il a bossé sur une v2 sur laquelle  on n’était pas encore tout à fait satisfait, et paf il arrive avec une v3 mortelle. Il y a un échange, on en parle ensemble, c’est son morceau, c’est mon morceau.

Teobaldo : Justement, Orelsan, tu l’as rencontré comment ?

Flynt : Alors ça, c’est une question que tout le monde me pose.

Teobaldo : Alors le défi, c’est de répondre différemment.

Flynt : Je vais te répondre exactement la même chose, parce que de toute façon il y a qu’une seule version. Je l’ai rencontré par hasard au studio Haxo. J’allais voir mon pote AKI, qui enregistrait son album là bas, et il se trouve qu’Orelsan enregistrait « Le Chant des Sirènes » là-bas au même moment. On a discuté devant le studio, il m’a dit qu’il avait bien aimé mon premier album, je lui ai dit que moi aussi, j’avais bien aimé son premier album. Je l’avais saigné pendant les vacances, je trouvais ça original et drôle. J’aime bien ce qu’il ramène, et je trouve qu’il écrit bien. On a donc discuté pendant une petite heure devant le studio, on a échangé nos numéros, il m’a dit que ça pourrait être cool de faire un morceau ensemble. Je me suis dit « ok, c’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd », mais en même temps il faut que je m’entende un minimum avec la personne. Pour moi c’est essentiel. C’est très rare que je fasse des morceaux avec des gens que je ne connais pas du tout.

Quelques  mois plus tard je l’ai appelé, on a discuté pendant deux heures, et c’est pas forcément avec tout le monde que tu peux discuter pendant deux heures sans connaitre la personne, surtout au téléphone. Donc déjà, on s’entendait bien, tu vois. Je peux avoir une discussion intéressante avec lui, et je comprends donc en jactant avec lui que c’est un bon gars. Il est aussi super professionnel, ça je m’en suis rendu compte par la suite. Un mec cool. Ce qu’il a fait là, passer de banni de la musique à double victoire de la musique, chapeau.

Comme dans mon album j’avais des morceaux comme « Quand tu seras mort » et « En froid », je me suis dit que comme j’estime avoir  un potentiel comique en moi, il fallait le mettre en avant volontairement sur un titre. J’ai eu envie de faire un morceau un peu plus léger, et c’est vrai que j’ai pensé à lui de manière évidente à ce moment-là. C’était l’homme de la situation pour le morceau que j’avais envie de faire.

Teobaldo : C’est marrant que tu le trouves léger le morceau.

Flynt : C’est pas « en froid » quoi.

Teobaldo : Tu dis « mon pote faut pas qu’il déconne », « faut pas qu’il fasse ci, qu’il fasse ça » … ça a l’air compliqué d’être ton pote.

Flynt : En fait, au début je voulais faire un morceau un peu drôle, un peu léger, trouver un angle un peu différent. Je lui ai proposé, il a accepté, on a fait le titre.

Spleenter : Le thème, vous l’avez élaboré à deux ?

Flynt : Alors à la base, je cherchais l’instru. J’ai trouvé celui de Nodey, même s’il y a eu plusieurs versions, ça s’est fait vite. Ensuite pour le thème, on s’est échangé des mails, sachant que c’est souvent un casse-tête. C’est souvent difficile de trouver des thèmes. Donc je lui proposais 5-6 thèmes, et lui, en pleine tournée, il me donnait son avis, me proposait des trucs. Je l’ai trouvé très professionnel. J’aime travailler comme ça. Et puis un jour, j’ai pensé à « mon pote », je voulais faire un morceau sur l’amitié depuis longtemps en fait. J’ai écrit les huit premières mesures, je lui ai envoyé, il a aimé, il a enchainé. Je lui ai rien imposé, on a échangé beaucoup de thèmes avant par mail ou par téléphone.

Donc le morceau n’est pas si léger que ça en fait tu as raison, je dis par exemple « je te mettrais pas dans mes embrouilles, et si jamais je faisais le con, je te demanderais pas de rappliquer avec une pelle en pleine nuit sans poser de questions ». Je prends le contre-pied de cette expression. Je dis ça parce que, sur la thématique de l’amitié, si tu prends par exemple le titre « Brother » de Sinik, clairement je voulais pas faire un morceau comme ça. Je l’ai entendu après hein, récemment, quand son album est sorti. D’ailleurs pas mal de titre sur le thème « mon pote » sont sortis récemment.

Spleenter : C’est marrant parce que Sinik aussi voulait avoir Orelsan, lui aussi c’était inattendu, par contre lui il l’a pas eu.

Flynt : Ah bon, je croyais qu’ils devaient sortir un truc ensemble ?

Spleenter : Bah au final, non. Il le voulait, il l’avait même annoncé.

Flynt : Pour revenir au morceau, je dis aussi « j’ai pas scellé mon sort au sien ». Les choses sont claires, c’est pas parce que t’es mon pote que je vais te suivre dans toutes tes conneries. Si demain tu me dis « viens on va braquer un tabac », moi je m’en bats les couilles de ton tabac. Je sais que t’es mon pote, mais arrête tes conneries. C’est ma vision à moi, différente de celle que l’on entend dans certains morceaux sur l’amitié, des fois t’as l’impression que c’est « je te donnerai une couille s’il faut mon pote» … J’ai pas voulu tomber dans les clichés inhérents à ce thème, et je trouve que Orelsan n’est pas tombé dedans non plus.

Au final, je trouve que pour des gens qui ont deux univers très différents, qui évoluent dans des sphères tout à fait différentes, ont finalement beaucoup de points communs, et ça colle parfaitement. Pourtant, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres, sur le fait de faire un titre avec lui. Moi ça me semblait évident, rien que de par le fait que c’est un mec qui écrit super bien. C’est un morceau qui fait jacter … tant mieux, je trouve qu’il fait parler en bien.

Spleenter : Niveau featurings, Orelsan était le plus susceptible de faire parler, surtout ta base de fans de la première heure, mais y’a aussi Tiwony. C’est une volonté de ta part de …

Teobaldo : … faire chier tes fans de la première heure ? (rires de l’assemblée)

Spleenter : C’est une volonté de surprendre ?

Flynt : Pas vraiment. Chaque morceau a une histoire. Moi j’aime bien le ragga-dancehall, j’aime l’énergie que ça dégage. J’avais fait un morceau avec Lyricson à l’époque déjà ! J’avais envie de cette touche là, et j’avais envie d’avoir la voix de Tiwony quoi. Tout simplement. De mes deux albums, c’est le seul featuring que j’ai fait avec quelqu’un que je ne connaissais pas. J’ai pas l’habitude de faire ça. J’avais envie de son grain de voix à lui. Je pensais que ça allait coller, et je trouve que ça colle.

Teobaldo : Je trouve son grain de voix très proche de celui de Lord Kossity, particulièrement sur ce morceau.

Flynt : Je vois une différence. Niveau placement, grain de voix, il a son style à lui.

Spleenter : Tu entretiens quel rapport avec les puristes, c’est-à-dire, typiquement le genre de mec qui a du gueuler en entendant Orelsan, ou le scratch de Booba qui dit « nique ta mère » à la fin de « Quand tu s’ras mort » ? Tu te dis, au moins au départ, que ça risque de les brusquer ?

Flynt : Moi j’ai pas du tout pensé ça. Je pense qu’il faut qu’ils me fassent confiance. Regarde « Haut la main », c’est un morceau qui a été fait pour eux, pour leur dire « voila, j’ai pas changé de lyrics, j’ai pas changé de démarche, de discours, de style », et malgré ça, les mecs, enfin c’est peut-être 5% des mecs, me disent « ah ouai, mais l’instru ceci , l’instru cela » … mais l’instru, elle défonce !

Teobaldo : Je trouve qu’elle est dans la continuité des instrus de J’éclaire ma ville

Flynt : Mais moi aussi !

Spleenter : Je pensais surtout que c’était par rapport aux featurings, ou à la limite au scratch de Booba, mais les instrus ?

Flynt : Bah eux ils parlent surtout des instrus en fait. A part celui avec Orelsan, mais on me dit pas « ouais le feat avec Tiwony, c’est chelou » ou « ouais t’as fait un son avec une meuf, c’est chelou ». On me dit plutôt « ouais les instrus, c’est très différent, t’as pris une autre direction » … alors que pour moi c’est pas du tout une autre direction. Pour moi c’est une continuité absolue. C’est même pas une évolution presque, c’est vraiment une continuité. Si j’ai évolué, c’est plus dans le flow, dans les placements, dans la maturité. Je sens Itinéraire Bis beaucoup plus maitrisé que J’éclaire ma ville, parce que entre temps j’ai pris de la bouteille, j’ai fait des concerts … Mais j’ai pas voulu les brusquer. J’aime prendre les choses à contre-pied sur les thèmes, y’a plusieurs morceaux sur les clichés. Quand je commence l’album avec « j’aime mon fils, j’aime ma femme, j’aime ma mère », je te mets au défi de trouver un rappeur qui ouvre son album  en disant « j’aime ». Et tout au long de l’album, y’a ça. « Les clichés ont la peau dure », « En froid » : « j’ai jamais aimé claquer l’oseille dans les clubs, jamais voulu être un thug, moi je voulais avoir un DEUG » … c’est pas ce que t’entends dans le rap ! « Je fais le ménage et la lessive », t’entends pas ça dans le rap. Mais il se trouve que c’est ma vérité à moi. Y’a un mec sur twitter qui m’a dit « je vois pas l’intérêt de parler de tes galères d’indépendant ». Ce à quoi j’ai répondu : « t’inquiètes pas, au prochain album, je m’invente une vie ». Qu’est ce que tu veux que je te raconte ? Je suis en train de faire un disque, ma vie en dépend presque, parce que je me suis organisé pour sortir ce disque, j’ai dû trouver des sous, j’ai beaucoup travaillé, c’est ma vie, tu veux que je te parle de quoi ? De comment c’est en maison de disque ? Mais j’en sais rien moi ! Ou tu veux que je t’en parle pas ? Ok, mais dans ce cas-là je te parle pas vraiment de ma vie.

Je pense que les gens me connaissent pas très bien en vérité, c’est tout. Que les gens se disent « ouais, il a mis Booba » … moi j’aime bien Booba. Pourtant c’est pas du tout le même style que moi, mais j’aime bien, depuis toujours. J’ai toujours aimé écouter Booba. C’est un bon rappeur, il me fait golri, il rappe bien. C’est pas parce qu’il parle d’oseille, de meufs, etc, que j’aime pas. Ca rejoint la discussion qu’on avait au début. Je pense que les gens ne me voient pas du tout comme je suis en vérité.

Teobaldo : Il y a des gens avec qui il n’y a jamais eu de rapprochement, et je trouve ça étonnant. Des mecs comme Les 10 (Lindis et Lavocato), ou même Vasquez de Less du Neuf. Un morceau Flynt-Lindis, je serais assez preneur par exemple.

Flynt : Par exemple, sur « Quand tu s’ras mort », pour moi je prends personne à contre-pied. Toi, tu disais que c’était surprenant.

Genono : Bah, je t’avais jamais entendu sur un son comme ça.

Flynt : C’est peut-être juste que vous ne me connaissez pas encore assez bien. C’est même le premier texte que j’ai écrit pour cet album.

Teobaldo : C’est un thème auquel tu pensais depuis longtemps ?

Flynt : Pas tant que ça, il m’est venu comme ça.  Je me suis même dit que j’allais lancer le clip avant la sortie de l’album.

Teobaldo : Y’avait déjà des petits côtés haineux sur J’éclaire ma ville, par-ci par-là. T’as réuni toute cette haine dans un seul morceau. Dans un album qui est plutôt positif, c’est un peu la bouffée d’air, mais dans l’autre sens, le petit passage de haine qui fait bien plaisir.

Spleenter : C’était pour le plaisir de l’exercice de style ?

Flynt : En fait, j’avais fait une chanson d’amour dans J’éclaire ma ville, qui s’appelait J’ai trouvé ma place. Bon, déjà, faire une chanson d’amour, c’est pas évident, y’en a beaucoup qui se sont cassé les dents.

Genono : Kennedy ?

(rires)

Flynt : Et donc, après avoir fait une chanson d’amour, je me suis dit que j’allais faire une chanson de haine, d’ailleurs j’ai mis entre parenthèses « chanson de haine » sur la tracklist. C’est un peu l’antithèse de la chanson d’amour que j’avais écrit, sauf que c’est pas adressé à une femme. J’aime bien faire des morceaux où il n’y a pas de temps, pas de lieu, pas de sexe, pas d’âge, pas de personnage, et que chacun peut s’approprier. La chanson d’amour, tout le monde pouvait se l’approprier. J’ai même appris il y a peu de temps que des gens s’étaient mariés sur cette chanson ! Le mec a demandé sa femme en mariage, et derrière y’avait « j’ai trouvé ma place à tes côtés ». Et je me suis dit que c’était exactement pour ça que j’avais écrit cette chanson, pour que chacun puisse se l’approprier, ça m’a fait quelque chose d’apprendre ça.

Il y a un truc qui m’a marqué quand j’étais jeune, à la radio, c’était les dédicaces, tu sais quand les auditeurs appelaient pour demander à passer une chanson qu’ils dédiaient à telle ou telle personne. Et l’idée c’est ça, ma chanson d’amour, tu peux l’adresser à qui tu veux, tu peux appeler la radio et dire « passe cette chanson pour cette fille »! Et j’ai eu beaucoup de retours de couples, qui m’ont dit après les concerts « j’ai trouvé ma place c’est mortel, c’est notre chanson ». En gros, c’est ce que le mec voulait dire à sa meuf, mais il avait pas les mots. Et moi, avec ma chanson, je lui ai donné les mots. Et bah la chanson de haine, c’est pareil. C’est dédicacé à ton pire ennemi. Y’a pas de nom, pas de temps, pas d’embrouille décrite en particulier. Tu peux prendre le morceau comme ça, et te dire « ça c’est pour mon ennemi ». J’aime écrire ce genre de morceau, et oui effectivement, c’est un genre d’exercice de style.

Et je pense que cette chanson ne vient pas uniquement du fait que j’ai voulu écrire l’antithèse de la chanson d’amour, y’a aussi certainement des choses en moi qui poussent, jusqu’à tout vomir sur un morceau comme ça. Ceci dit, je joue pas non plus un psychopathe déglingué, je suis quand même lucide, et à la fin je dis que je pourrais te descendre si je n’avais rien à perdre mais  que comme j’ai beaucoup de choses à perdre dans cette vie, donc à la fin … je tue personne, chacun sa route, mais j’espère quand même que tu crèveras avant moi, fils de pute.

Spleenter : Je trouve ça sympa, parce que il y a toujours le cliché du rappeur conscient qui est forcément gentil.

Flynt : Mais moi je suis pas un rappeur conscient ! Rappeur conscient, je sais pas ce que c’est.

Teobaldo : Sortir ce morceau en premier, ça aurait donné une couleur d’album particulière.

Genono : Les puristes auraient fait la gueule.

Flynt : C’était pas une bonne idée. Mais à l’époque, quand j’ai écrit le texte, je me disais que ce serait rigolo. Après, les autres morceaux se sont enchainés, et il était bien sûr évident que ça ne pouvait pas être le premier extrait. En fait, à chaque titre que j’écrivais, je me disais « ça va être celui-là ! ».

Spleenter : Du coup tu vas pas le clipper, « Quand tu s’ras mort » ?

Flynt : Je sais pas, j’y pense. J’ai eu la chance de rencontrer Tcho, que je ne connaissais pas, je lui ai dit que j’avais un morceau à lui proposer … il était ok, puis il a écouté « Haut la main », et il m’a dit « non non, je veux faire Haut la main d’abord! ». (rires) Donc je sais pas si on va le faire, je pense plutôt que s’il y a un clip à faire, ce sera Mon Pote, tout simplement parce qu’il y a peut-être quelque chose d’intéressant visuellement à faire et que tout le monde me le demande.

Teobaldo : En plus de ça, c’est le clip qui a le plus de chances d’être relayé. Tu penses à ça ?

Flynt : Orelsan est un magicien. Le mec a un pouvoir, il suffit qu’il dise sur un réseau social « demain je vais aller m’acheter des pompes à 15h rue de Rivoli » … émeute dans la rue, direct ! Donc oui, y’a ça aussi. Mais j’ai pas fait le morceau pour aller chercher son public, c’est pas fait dans un esprit opportuniste. Je suis pas non plus idiot, le morceau est fait, on va pas se mettre des œillères non plus. On verra si on fait le clip ou pas, mais en tout cas, je suis pas arrivé avec ce morceau-là. J’aurais pu ! J’aurais pu balancer Mon Pote en premier extrait ! Faire le clip, mettre le paquet dessus … mais c’était pas mon choix. Ca aurait peut-être été une erreur. Au lieu de ça, j’ai clippé Haut la main, un morceau adressé à mon public. Faire le lien avec ce que j’avais fait auparavant. Toujours dans la continuité.

Spleenter : A propos de continuité, il y a un parallèle entre Les moyens du bord et La balade des indépendants …

Flynt : Ca, je m’en suis rendu compte après.

Spleenter : C’était pas voulu ?

Flynt : C’était inconscient. C’est après avoir fait La balade que je me suis dit « ça ressemble quand même pas mal aux Moyens du bord ».

Spleenter : Sur Les moyens du bord, tu revendiques beaucoup l’indépendance, tu en parles comme d’une fierté. Au contraire, sur La balade des indépendants, le discours est beaucoup plus cynique, blasé.

Flynt : En gros, c’est le même thème, mais traité différemment. Sur Les moyens du bord, j’expliquais comment j’avais découvert le rap, comment j’en suis arrivé à écrire mon premier disque, etc. Après, peut-être que ça se ressent pas, mais c’est toujours pareil pour moi. Je suis content de faire les choses de cette manière, c’est un choix de ma part, j’ai choisi d’aller tout seul au charbon. J’en suis fier. C’est un morceau qui m’a été inspiré par le public. J’étais à La Miroiterie pour un concert, et en sortant, les gens étaient là « alors ça sort quand ton prochain album, alors ça sort quand » … Et en leur répondant, j’ai compris que c’était un putain de thème pour faire un putain de morceau derrière ! Après, j’ai  appelé Nasme et Dino parce que eux aussi sont plus ou moins dans le même cas. Ils organisent des concerts en indé, sortent leurs disques en indé, ils le vivent vraiment quoi. Et je me suis inspiré de ce morceau pour faire le teaser. J’avais ramené un pote en studio qui filmait, parce qu’on voulait des images de l’enregistrement pour en faire un teaser, mais sans trop savoir où on allait. Et puis en enregistrant le morceau, j’ai eu l’idée : prendre mon couplet, le mettre à l’instant T, là où j’en étais, c’est-à-dire au mois de juin, avec l’album presque terminé, en répondant à cette question : ça sort quand ?  Moi je savais, à ce moment-là, que le disque allait sortir en octobre, parce que j’avais fait mon retro-planning.

On va expliquer à vos lecteurs ce qu’est un retro-planning : quand j’ai commencé, j’ai pris un calendrier , et je me suis dit « bon, je veux sortir à quelle date ? ». J’avais décidé de sortir début octobre 2012. Donc pour sortir début octobre, faut que j’ai mon disque fabriqué et dans les mains à telle date. Pour avoir le disque à telle date, il faut que j’ai fini le mastering à telle date, le mix à telle date, les enregistrements à telle date, et cætera, et cætera. C’est le seul moyen de sortir un disque car ça permet de caler tout le reste là dessus, la promo, les clips et dans le bon timing! Si tu fais pas ça, tu risque fort de te planter.

Dernièrement je parlais avec un ami rappeur, que vous connaissez mais que je ne citerai pas, il me dit « j’aimerais bien sortir en novembre ». On était mi-juillet. Je lui dit : Tu veux sortir le 15 novembre par exemple ? Donc il faut que tu aies tes disques  en main le 15 octobre si tu deales ça avec une distrib . Donc pour les avoir  le 15 octobre, il faut que tu te fixes de boucler  avec mixs et  mastering le 31 août pour être un petit peu large en cas de pépin. T’en es où là ? Il avait 2 titres prêts un truc comme ça…

Pour en revenir au teaser, c’était un moyen d’annoncer la sortie du disque, mais sans préciser de date. Et en même temps, les gens ne savaient pas que c’était un morceau qui était dans l’album. J’aime pas trop parler, je préfère suggérer, ou à la limite, parler mais juste quand il faut parler : quand il faut annoncer une date, on annonce une date, quand il faut balancer des morceaux, on balance des morceaux.. J’ai jamais mis la charrue avant les bœufs. En tant qu’artiste, on me dira ce qu’on voudra, on aimera, on aimera pas, mais en tant que producteur, j’estime que j’ai plutôt bien mené ma barque. A mon modeste niveau, avec mes petits moyens, j’ai réussi, étape par étape, à sortir deux albums. Avec un peu de chance aussi, mais c’est le travail qui a payé.

D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé ce que tu as dit dans ta chronique de l’album : « il faut s’affranchir un peu de J’éclaire ma ville ». Je pense que c’est la clef, moi aussi. C’est marrant, aujourd’hui, j’entends que J’éclaire ma ville c’est devenu « le classique absolu », « un truc cultissime » … Pendant cinq ans, on me disait que c’était un bon disque. Maintenant que le deuxième est sorti, le premier passe au rang encore au-dessus.

Genono : Pour moi, depuis sa sortie, il a toujours été dans mon top 10 rap français.

Flynt : Ca fait plaisir.

Genono : Mais je suis pas le seul !

Flynt : Oui, je voyais que c’était un disque qui avait plu. Même en concert ! Au mois de mai, j’étais à Rennes, 5 ans après la sortie de l’album, sans actu, sans rien … salle remplie, public à fond, donc oui, tu sens qu’il a eu un impact. Mais là, je lis des chroniques, y’a même un mec du Monde qui a dit un truc … genre « cultissime » …

Spleenter : Après, si c’est de la presse généraliste, t’as des consignes. Comme tu sais que les gens ne connaissent pas, il faut que tu gonfles le truc au maximum.

Flynt : Ouai je vois. Mais tu vois ce que je veux dire ? On dirait qu’il est passé à une espèce de postérité, tout à coup, tout ça parce qu’un nouveau disque arrive. Un autre truc qui m’a marqué : souvent, quand les gens font des commentaires, c’est « je ne suis pas du tout déçu ». Donc tu partais déjà en te disant que t’allais être déçu ? C’est ce que tu dis dans ta chronique ! S’affranchir du précédent album pour apprécier le second !

Genono : Le souci c’est que quelle que soit la qualité de l’album, tu vas avoir envie d’écouter le même que le premier. Si t’écoutes un deuxième album en te disant « je vais écouter le même que le premier » … ça sert à quoi ?

Flynt : Voila, c’est pour ça qu’il faut s’en affranchir. Et j’ai donc remarqué que les gens partaient battus, qu’ils se disaient « non mais de toute façon, il sera pas mieux ». Pourquoi tant de négativité dès le départ ? Laisse moi une chance ! Ou d’autres qui sont déçus à cause des instrus … parce que y’a que des instrus ? C’est un disque instrumental ? On me ressort que le négatif. Jamais le positif. Et moi, je pense très sincèrement que c’est mieux que le premier. C’est mon avis, il est peut-être pas partagé par tout le monde, c’est sûr. Mais je trouve les instrus meilleures, je trouve mon rap mieux maitrisé.

Fin de la partie 1/3. La suite la semaine prochaine.

 

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