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Escobar Macson : questions pour un Zaïrois

esco chainsawc’est une sorte de bonus de l’interview (qui est et ). Vous avez été nombreux à ne pas apprécier le très mauvais éclairage de l’interview de Hype, Sazamyzy et Zesau, sans parler du son à chier. C’est pourquoi on a fait un peu mieux ici, mais pas trop non plus, et encore ça dépend des fois.

Bref, vu qu’Escobar est Zaïrois aime particulièrement les films d’horreur et case souvent des références ciné dans ses textes, voici un quizz porté sur le sujet. Je veux pas trop vous vendre du rêve, mais à un moment dans la vidéo il se gratte la tête.

et on vous remet celle-là parce qu’à la fin Esco imite Marion Cotillard puis Christopher Nolan et au cas où tu te poserais la question, oui, t’es obligé de le respecter pour ça.

Escobar Macson - Introconneuse www.rap-francais.com

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Classé dans Escobar Macson, Interview (et ouais mon pote !)

Interview de Escobar Macson aka Tony Bamboula alias Gilles de la Machette (2)

la suite de ce truc.

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Teobaldo : T’as fait la reprise du « Crime Paie » pour Têtes Brulées … c’est toi qui as choisi de reprendre ce titre ?

Escobar : Je crois que je l’ai choisi, on me l’a pas imposé, on m’a même pas proposé plusieurs morceaux. J’ai choisi, j’ai appelé moi-même Francky, je crois que c’est moi-même qui ai cherché l’instru sur internet. Mais c’est vieux, c’était en 2006. L’époque où je commençais à m’échapper du donjon.

Teobaldo : Justement, reprendre ce titre juste après t’être « échappé du donjon », est-ce que ça te fait pas un peu tourner en rond, au niveau des étiquettes ?

Escobar : Non, j’avais juste un orteil dehors. Peut-être que je l’aurais pas fait si j’étais complètement sorti du label, j’aurais peut-être choisi autre chose.

Teobaldo : Si on te demandait de reprendre un grand classique aujourd’hui, tu reprendrais quoi ?

Mike : Ghetto Guet Apens !

Escobar : Excellent choix ! Tu commences à me plaire toi.

Teobaldo : Tu l’as un peu fait sur 2 Voix Suprêmes, c’était ton idée de reprendre un morceau de Lalcko ?

Escobar : Ouais, j’avais bien apprécié le truc, je lui ai proposé, il m’a dit oui tout de suite.

Mike : D’ailleurs sur la mixtape de Lalcko, il enchaine les deux versions. L’alchimie, c’est surtout Lalcko-Esco, quand on regarde bien. Vu le nombre de morceaux qu’ils ont ensemble, on peut presque sortir une mixtape !

Teobaldo : On peut faire un bootleg ouais.

Escobar : Faudrait rajouter 2-3 morceaux pour faire un truc complet.

Spleenter : L’album de Lalcko période 45 est apparu sur le net y’a quelques mois. C’était très obscur comme diffusion. Le tien, de cette période-là, c’est possible qu’il sorte un jour, de la même manière ?

Escobar : Jamais. Pas comme ça, en tout cas. Je sais pas ce qui lui a pris, je l’ai appelé, je lui ai dit « mais t’es malade, qu’est ce que tu fais ? » En plus, tout n’est pas arrivé en même temps ! T’es malade, c’est de l’argent, jette pas ça comme ça ! Il m’a dit « j’m’en bats les couilles, je jette mes morceaux, et on passe à autre chose ». Parce que lui, contrairement à moi, c’est un appareil sismographique. Il écrit, il écrit, il écrit. C’est trop. Il fait des feuilles doubles, il part en impro, il s’arrête jamais.

Teobaldo : A propos de Lalcko, on lui avait posé une question sur Frank Lucas, qu’on avait déjà posée à Joe Lucazz auparavant, et ils n’ont pas tout à fait le même point de vue. Alors, poucav ou pas poucav ?

Escobar : Faut appeler un chien un chien, et une chatte une chatte. Les chiens ne font pas de chats, et comme a dit mon pote Jozahaf, « les chiennes ont de grosses chattes ». Il a balancé, c’est une balance, c’est tout ! Tu pisses au lit, t’es un pisseur, tu bois à 6h, 12h, 20h, t’es un alcoolo… lui c’est une balance, c’est tout.

Mike : C’était quoi les avis de Lalcko et Joe ?

Teobaldo : Pour Joe, c’est une balance (il a même fait une grimace de dégoût pour l’occasion). Lalcko était plus nuancé, pour lui les mecs en face l’ont pas respecté, donc pourquoi lui aurait dû les respecter ?

Spleenter : Il était dans la logique du film en fait.

Escobar : Oui, Lalcko c’est quelqu’un de très logique. Mais Lucas, c’est une balance. Il a monté un business très fructueux, avec une stratégie intelligente, en important de la qualité. Tout le contraire de ce qui se fait actuellement, c’est-à-dire inonder le marché. Lui c’est la qualité, y aller mollo, pour casser la concurrence au niveau des prix. C’était une excellente tactique, parce qu’au final, tu t’y retrouves.

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Mais ensuite, c’est comme ce qu’il se passe dans le rap : dès qu’il y a un maillon faible, la chaîne pète. C’est ce qu’il est passé, et il s’est retrouvé là où il s’est retrouvé. Ça fait partie du jeu ! Et c’est pas parce que les autres tentent de t’enfoncer un manche à balai dans le fion, lubrifié ou pas, que tu vas faire la même chose. Tu les baises en mettant en place une stratégie, en occupant le terrain. Tu les baises, forcément, ils vont tout faire pour t’enculer. Tombe pas dans le panneau, reste propre ! Après on sait pas, peut-être que si un jour je me retrouve dans une situation où je dois passer à table, et qu’on me sort les couverts en argent … on sait pas ! Mais Frank Lucas, c’est une poucave. D’ailleurs on en reparlera dans un morceau, où j’ai fait une petite référence au truc.

Spleenter : Pour reprendre ton parallèle avec le rap, tu serais plus qualité que quantité ?

Escobar : Bien sûr, je préfère. A quoi bon polluer les ondes avec de la merde ? Ça devient du formatage ! Je vais faire une comparaison, chacun le prendra comme il veut. Je suis très loin d’être homophobe. Au départ, afficher son homosexualité à la télé, c’était quelque chose de choquant. T’as eu Loft Story, avec Steevy, qui a été le 1er à faire son coming-out ouvertement. Au début, les gens étaient choqués, puis on a fini par trouver ça normal. La comparaison est peut-être mauvaise, mais c’est ce qu’il se passe en ce moment : matraquage, matraquage, matraquage. Au début c’est « putain mais c’est quoi cette merde, coupe la radio » ensuite c’est « baisse le volume » puis tu dis rien. Et après, ça devient l’effet contraire : « monte un peu le son », puis t’as la tête qui bouge, puis tu télécharges, puis tu vas acheter, et tu finis par aller le voir en concert.

Spleenter : C’est aussi ta politique par rapport aux featurings, ou c’est plutôt qu’on t’invite pas trop ?

Mike : J’aimerais bien qu’on l’invite pas du tout !

Escobar : J’ai tellement été déçu. Des mecs qui t’invitent, ça part d’un bon sentiment, puisque si on t’invite, c’est qu’on t’apprécie. Mais ça n’aboutit pas, ou dans des conditions mauvaises. escobar-petit-rikiki-hihiTu vas poser en 2006, le truc va sortir en 2009. Ça te parle plus, c’est complètement décalé avec ce que tu fais. Ou alors, ça sort jamais, ou le mec le fait juste tourner dans sa cité. Je vois pas l’intérêt. Le but c’est de toucher le maximum de personnes, et, professionnellement parlant, que ce soit déclaré. D’où cette politique, dorénavant : si je te connais ni d’Adam, ni d’Eve, ni de Satan, tu passes à la caisse. Comme ça, si tu gaspilles mon morceau, au moins je serai dédommagé.

Spleenter : T’es amateur de Dieudonné, est-ce que t’as vu le dernier ? (une transition de journaliste)

Escobar : Pas encore. Mike me casse les couilles pour qu’on aille le voir, mais j’ai une vie compliquée en ce moment.

Teobaldo : Le spectacle ou le film ?

Spleenter : Je parle du spectacle, Foxtrot. Les films, en général, j’aime pas trop.

Mike : Les extraits du dernier sont marrants … comment il s’appelle déjà ?

Genono : Métastases ! Les critiques sont plutôt bonnes.

Spleenter : C’est toujours ses scènes à lui qui sont bien, mais c’est pas le niveau qu’il a quand il est sur scène.

Escobar : Il est trop loin, dans tous les sens du terme.

Mike : Le coup d’accueillir les huissiers en kimono … C’est un maître. Tu peux pas faire mieux ! Et le pire, c’est que l’huissier rigolait.

Genono : Qu’est ce que tu veux faire d’autre ? (rires)

Mike : Il est têtu, ça lui ferme des portes, et heureusement, parce qu’il y en a plein qui seraient pas dans le milieu, avec lui dans les parages. Quand tu te rends compte qu’il remplit autant de salles, des Zenith, sans aucune promo, rien. C’est hallucinant. Mais bref, c’était pas mon interview !

Taches du Manager

Escobar : Vous avez touché un point sensible ! Niveau humoristes, il est dans le top 3.

Teobaldo : Bah tu vois qu’on peut allier qualité et quantité, puisqu’il sort un spectacle tous les ans.

Escobar : Il est assidu, à chaque fois c’est différent, il remplit toujours les salles… après, qu’il aille un peu loin, c’est à l’appréciation de chacun, mais les faits sont là. Il remplit des Zenith sans passer sur TF1 ou d’autres chaines nationales.

Spleenter : Ça fait un petit moment que t’es plus dans les bacs. C’est une volonté, dans le sens où tu veux enregistrer beaucoup de trucs pour pouvoir arriver en force, ou c’est plutôt une suite d’événements qui font que tu n’as pas pu ?

Escobar : C’est un peu de tout. La vie c’est pas que le rap ! Mais ceux qui veulent forcer, ils en vivent pas, et ils produisent de la merde pralinée, de la bonne coulante, de la chiasse. Moi je force pas les choses. A un moment, c’est vrai, je me suis posé la question : tu fais quoi, t’arrêtes, ou pas … Heureusement qu’on a des gens autour qui nous donnent un peu de force, en nous mettant en face des faits : je n’ai jamais sorti d’album ! L’album peut être une finalité, c’est-à-dire qu’après l’album, c’est terminé, ou ça peut être le moteur de quelque chose. On verra. Mais si j’ai été absent dans le game, c’est parce qu’à un moment ça m’a cassé les couilles. J’ai eu aussi la pudeur de me retirer un peu, d’observer, d’essayer de ne pas reproduire les erreurs du passé. J’en ai fait pas mal, qui m’ont porté préjudice, qui font qu’aujourd’hui on reconstruit. Et ce qu’on est en train d’édifier, c’est, du moins je l’espère, aussi solide que le bordel dans lequel on se trouve (l’interview se déroule dans un studio d’enregistrement à Paris, en sous-sol, dans une pièce insonorisée et sans aucun réseau mobile, on vous l’a déjà précisé plus haut mais on le refait pour ceux du fond de la salle). Si ça pète dehors, là, on est bien ! États-Unis, Corée du Nord … l’autre taré là, comment il s’appelle …

Genono : Kim-Jong Un !

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Escobar : Ah il est chaud lui ! Il va tout faire péter.

Genono : Peut-être qu’on va ressortir, y’aura plus rien.

Escobar : Ça va vibrer un peu, on va ressentir des trucs … t’as des biscuits ici, nan ? (rires)

Teobaldo : Y’a une bouteille d’oasis … (c’est probablement le meilleur moment de l’interview, profitez-en à fond)

Mike : Je l’ai déjà vue là l’année dernière, attention ! (rires)

Escobar : Elle avait pas cette couleur là y’a un an.

Spleenter : On peut avoir une fourchette (boisson, fourchette, c’est thématique) pour la prochaine date de sortie ?

Escobar : Je vais même te donner une cuillère, on va dire fin d’année 2013.

Teobaldo : C’est que des morceaux solo, on peut attendre des featurings … ?

Escobar : Houuu, petit filou ! (rires) Peut-être un featuring, peut-être. Mais sinon, que du solo. EtQue des inédits. C’est terminé les best-of, le recyclage, le tetra-pak.

Genono : Dernier Hold-up devrait arriver assez vite derrière, si j’ai bien compris ?

Escobar : Si on a pris du temps, qu’on est pas sur la scène médiatique du rap de mes couilles, c’est parce qu’il y a beaucoup de choses qui se préparent. Presque trois projets de terminés.

Genono : Quel est le troisième projet ?

Escobar : Les deux premiers, c’est quoi pour toi ?

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Genono : Red Business et Dernier Hold-up.

Escobar : Le troisième il s’appelle L’Esprit du Clan. On change pas. Pourquoi changer ?

Teobaldo : Le barillet est chargé quoi.

Escobar : J’espère !

Spleenter : Niveau beats, à part le côté sombre (et encore, je pense à une qui était très rigolote : Allez vous faire baiser, le contraste était marrant) c’est dur de t’identifier. Tu te définirais comment à ce niveau-là ?

Escobar : J’ai pas de couleur, c’est l’arc en ciel ! (rires) Au niveau des instrus, je suis quelqu’un de très ouvert, contrairement à ce qu’on peut croire. C’est pas que des trucs sortis de l’Institut médico-légal. C’est pas que des instrus durs, hardcores … y’a de tout dans ce projet. On vous en a fait écouter deux (Makila et Enfer et Paradis), c’est peut-être pas les plus joyeux, mais je pense que déjà, il y a une évolution. Ça rebondit pas dans les oreilles comme ce que j’ai pu faire avant. Ne serait-ce qu’en terme de qualité.

Genono : Récemment t’as balancé un petit freestyle sur un son de Rick Ross. C’était pour dire « je suis encore là », en gros ?

Escobar : Ouais, c’était pour dire « je sais le faire ». esco-bretelles-de-vieuxOn était en studio, on enregistrait, je me suis dit « pourquoi pas ». Téléchargement de l’instru, écriture express en ¾ d’heure, on a balancé le truc derrière les micros… ça donne un truc sympa. C’était juste comme ça, y’avait pas vraiment de but. Juste dire, moi aussi je sais faire, si ça vous plait, consommez, si ça vous plait pas, passez à autre chose. C’est rien du tout, on s’en fout, c’est cadeau.

Teobaldo : Balancer une série de freestyles sur internet pour tâter le terrain, annoncer le retour, ça se fait beaucoup maintenant, c’est pas dans ton délire ?

Escobar : Pas vraiment, c’est quoi, qualité, quantité ?

Teobaldo : Y’a des trucs bien.

Escobar : Ouais mais si tu fais le ratio de tout ça. On en revient toujours à ce côté scatophile. C’est de la merdasse, c’est tout. Internet, c’est une mine d’or, mais c’est aussi une belle fosse sceptique.

Genono : Parlons un peu de Rap Contenders. Comment t’as débarqué là-dedans ?

Escobar : C’est Stunner, tout simplement, qui m’a contacté via facebook. Il m’a demandé de participer à la 2e édition, en tant que jury, et le côté un peu humoristique du clash, j’aime bien. J’aime bien le clash ! Le concept m’a plu, j’ai dit oui tout de suite.

Genono : Y’a des gens qui t’ont marqué là-bas ?

Escobar : Ouais, y’a un artiste que je connaissais déjà, c’est Lunik. Il est très fort, il a un style atypique, il maitrise bien son personnage, c’est bien ficelé, il se laisse pas déconcentrer. Après … Lawid vs Dinos ! Oh putain, je me suis pincé le pénis pour pas me pisser dessus. Les mecs sont forts, ils vont te chercher des trucs, tu te dis merde, c’est des cons ou quoi ? (rires)

Spleenter : Si t’étais au début de ta carrière, c’est un truc qui te tenterait ?

Escobar : Je sais pas improviser. C’est quand même 60-70% d’improvisation. En fait y’a un fil conducteur, et après les mecs se lâchent. Y’a aussi les mecs qui ont tout préparé à l’avance, qui ont écrit un pavé où ils attaquent l’adversaire parce qu’ils savent à l’avance contre qui ils vont tomber. T’as ceux qui se lâchent complètement en impro, et là je trouve que c’est encore plus fort. J’aurais pas pu faire ça. Je sais chambrer, j’ai de la répartie, du répondant. Puis j’aime pas tout ce qui touche aux mamans, tout ça … je peux te taper. (rires)

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Death Note

Spleenter : On va passer aux trucs que t’aimes pas, comme tu le dis dans Enfer et Paradis : les questions stupides et longues. Est-ce que tu parles toujours aussi mal à tes potes que dans les extraits de Rimes et Tragédies ?

Escobar : Ça dépend des contextes et des situations. On a parfois un peu de piment sur la bouche, comme une petite strip-teaseuse qui danse sur la langue (note de Big Paul : après de très fastidieuses vérifications, je confirme qu’il n’existe aucune strip-teaseuse qui arrive à « danser sur la langue », il est donc probable qu’Esco veuille dire qu’il parle comme s’il avait une mini strip-teaseuse qui danse sur sa langue à lui, et ça c’est une bien belle image). Nan, Rimes et Tragédies c’est un concept, c’était dans le contexte … mais nan, on parle bien aux gens.

Spleenter : C’est le moment de la question chiante autour d’un rappeur du moment. Ce serait possible un feat avec Kaaris ?

Escobar : T’es pas le premier à me poser la question. On me l’a posée hier.

Spleenter : Toujours dans les transports en commun ?

Escobar : (rires) Nan, j’étais chez moi.

Teobaldo : Ah ça te poursuit jusque chez toi ?

Escobar : Je jetais les poubelles, y’a un mec qui est rentré… (rires) Y’a un mec qui est sorti de nulle part, « ouais tu fais un feat avec Kaaris ? » Mais qui es tu ? Rentre chez toi !

Teobaldo : A ce propos (oui, Teo rebondit sur le mot « poubelle » en toute simplicité) le clip de Highway, avec Blaq Chef … c’était super bizarre. Il est sorti d’un peu nulle part.

Escobar : C’est sorti sans être vraiment sorti. Je suis pas vraiment d’accord avec ce qu’ils ont foutu. arton703C’est même pas un clip ! Y’a eu une mise en scène, des trucs, et au final … c’est n’importe quoi. J’ai été très déçu par les gens de son équipe. C’est dommage. Le morceau était cool, ça changeait un peu de ce que je faisais d’habitude. C’est toujours pareil : dès qu’on fait des concessions, les mecs de l’autre côté assurent moyennement, voire pas du tout. Comment ne pas fermer la porte ? Quand quelqu’un vient avec un projet sérieux, bien ficelé, et l’envie de bien faire, tu le sais pas, c’est pas écrit sur le front du mec. Bref, ils ont déconné, les mecs ont fait un clip, c’est même pas un clip, j’ai l’air d’un con tout droit sorti du cirque Pinder.

Spleenter : C’est ce genre d’expérience qui fait que tu te vois pas forcément inviter des gens de l’extérieur, que ce soit pour des feats, ou comme à l’époque de Drive-By Firme, une mixtape avec beaucoup d’invités ?

Escobar : C’était le projet qui voulait ça. C’était pas forcément un projet à nous, c’était une mixtape qu’on voulait faire, et puis par la suite, effectivement, sortir un album, ou une tape Drive-By Firme, avec quelques featurings. Mais dans le sens de l’invitation, si c’est moi qui invite, y’a pas trop de souci, y’a pas de blocage. C’est plutôt dans l’autre sens. Mais de toute façon, je reçois plus d’invitations que je n’en distribue.

Spleenter : Donc pour l’instant, au niveau du label, vous êtes concentrés sur tes sorties, y’aura pas de projet genre compil, mixtape … ?

Escobar : Y’en aura. On verra, on est pas fermés.

Teobaldo : Drive-By Firme, ça peut ré-émerger ? Un album Drive-By, ce serait possible ?

Escobar : Ça va être compliqué, y’en a un qui est expatrié, un qui est plus dans d’autres choses que dans le rap…

Teobaldo : Parce que si on compile tous vos morceaux qui sont sortis, ça vous fait même pas 10 sons. C’est dommage, parce qu’il y avait un truc.

Escobar : Y’avait un truc, et puis on voyait les choses de la même manière, ce qui est rare. Après, niveau business, y’a toujours des divergences.escobar-sepia-300x300

Mike : Puis ça voudrait dire réintégrer DJ Hamdi au projet, et Hamdi il fait plus de son.

Escobar : Ouais mais Drive-By Firme, contrairement à ce que tout le monde pouvait penser, c’était pas DJ Hamdi. Drive-By Firme, c’est moi, 3ème Degré (Jozahaf et R.A.N.I), Di extaz, Awanza Cocaïne, et à l’époque, L.O.V.A, qui rappait avec nous.

Genono : Et le titre « Mein Kainf », qui l’a trouvé ? Parce que juste le titre, c’est une punchline !

Escobar : (rires) C’est R.A.N.I qui l’a trouvé. Il est un peu comme moi, son cerveau tourne à l’envers, c’est des routes anglaises. Il a beaucoup d’idées, et il m’a beaucoup inspiré. A l’époque de Drive-By Firme, c’était la compétition entre moi et lui. « Mein Kainf », c’est son idée. Je lui ai dit « t’es baisé, mais pourquoi ? Qu’est ce que t’as regardé encore hier soir ? Mais merde, tu vois pas le contexte, le 11 septembre, tout ça ? Si au moins, t’étais de l’autre côté ! » (rires de l’assemblée) T’es pas du bon côté, et tu viens, tu balances ça ! Merde ! On va avoir des problèmes ! Là, si on nous tombe dessus, c’est du lourd ! C’est des maîtres Vergès qu’il faudra pour sortir de cette bouillabaisse. D’ailleurs ce morceau vient de leur projet « Interdit aux bâtards » c’était un CD maxi 4 titres.

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Spleenter : T’as dit, y a un petit moment maintenant, « Rapper torse nu je laisse ça aux travelos. »

Escobar : (petit rire) Ouais. Je suis pudique, ce genre de chose ça me dit rien.

Spleenter : Mais s’il fait très chaud ?

Escobar : S’il fait très chaud, j’aurais un débardeur. Même devant ma mère je me mets pas torse nu, donc bon.

Spleenter : Ensuite on a une question de Big Paul qui nous fait poser la même à tous les rappeurs : à quand un clip avec des meufs ?

Escobar : Quand ? Je sais pas. Mais je suis pas fermé aux meufs, moi. Pas forcément des meufs dénudées…

Spleenter : Toi tu pourrais faire une ambiance à la Hostel.

(Rires de l’assemblée)

Escobar : Pendue au crochet de boucher. Avec des chaînes.

Mike : Ce serait chanmé. Là tu m’as fait rêver.

Escobar : Plus sérieusement. Y’en aura. Je sais pas encore bien quand. Mais je suis pas misogyne. J’aime bien les meufs qui kickent !

Spleenter : Ah non, la question c’était pas pour des meufs rappeuses. Juste des meufs.

Escobar : Ah mais j’ai compris. Mais c’était une petite parenthèse. Les meufs qui kickent c’était en plus. Mais sinon, non, je ne vais pas me fermer au « sexe faible »

Mike : Mais je crois que la question c’était… Enfin…

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Spleenter : De voir des culs dans les clips.

Escobar : J’ai bien compris. Dénudées ou pas, je vous dis que je suis pas fermé. Quand j’ai dit « qui kickent » c’est venu après. Mais c’est juste pour dire que, de manière générale, je ne suis pas fermé à la gente féminine !

Teobaldo : Une meuf qui kicke, ça réduit quand même beaucoup les possibilités.

Escobar : Oh oui. C’est comme les meufs qui jouent au foot. C’est pas encore bien développé ici. Enfin je pense pas.

Spleenter : D’ailleurs en parlant de foot. Tu dis que t’es supporter de…

Escobar : Rhooo ça y est. Ça commence.

Teo : Dans un morceau, tu dis qu’on t’invente des problèmes avec Morsay, peut être parce que t’es un parigot qui soutient l’Olympique de Marseille. Mais je vois même pas de quelle embrouille il s’agit.

Escobar : Bah en fait y a des tocards, mais vraiment des trous du cul bien farcis, qui ont détourné cette vidéo que j’avais faite ou je dénonçais ce faux album que le 45 tentait de sortir. Donc il a fallu faire un petit nettoyage youtube. Ils avaient fait un montage avec Morsay et cette vidéo là. Qu’est-ce que ça à voir ?

Mike : le titre c’était « Un mec du 93 s’en prend à Morsay »

Escobar : Aucun rapport…

Mike : Il l’avait fait avec plein d’autre mecs aussi.

Spleenter : D’accord… On va quand même au revenir au foot. Qu’est-ce que tu penses des derniers résultats de ton équipe ?

Escobar : (il prend l’accent Marseillais) Comment dire j’aime bien l’Olympique de Marseille, putaing. J’aime bieing. J’aime bieing. Mais après, je suis pas à fond dans le foot. Si tu me demandes la composition de l’équipe, de sortir tous les blases, franchement c’est pas la peine. C’est 2/20, tout de suite. Je connais les frères Ayew parce que j’ai bien aimé leur père Abedi Pelé. Le reste, je te cite 2, 3 noms mais ça va s’arrêter là. Le foot c’était avant, dans la jeunesse. Maintenant j’ai d’autre chats à fouetter. J’ai pas le temps.

Spleenter : Y a des artistes en ce moment qui t’ont marqué en bien ?

Escobar : (Long silence, il cherche)escobar-tuer-207x300

Spleenter : Pas forcément des artistes émergents.

Escobar : Oui bien sûr… (Long silence à nouveau. Il soupire)

Mike : Il écoute pas de rap français.

Escobar : Pas que français. J’écoute pas de rap tout court. Enfin, j’en écoute peu. Je suis vraiment déconnecté. Volontairement ou involontairement. Je saurais même pas vous répondre. Mais quelqu’un qui m’a giflé dernièrement… Y a des mecs qui font plaisir, qu’ils soient connus ou un peu moins reconnus. 70CL (Atis & Sinto) ils ont une bonne prestance, ils sont forts, ils sont très cainris. J’attends la suite. Avec plaisir. Surtout que ça va toujours crescendo. Ils s’améliorent à chaque fois.

J’aime bien Rim’K. C’est mec que j’apprécie beaucoup humainement et musicalement. C’est pas un mec qui prend les gens de haut. C’est quelqu’un de très simple. Vu son parcours, comme on dit à l’école primaire : il a les moyens de se la péter. Et il le fait pas. Qu’est-ce qu’on peut dire d’autre ? j’aime bien Lalcko. J’aime bien Despo. J’aime bien Escobar Macson, c’est un mec qui est très fort.

Mike : Il est pas mauvais lui !

Escobar : Il est pas mauvais du tout. C’est fou. Je sais pas où il va chercher toutes ses conneries, là. Je crois qu’il vit sur une autre planète. Il descend seulement en semaine. Ensuite il remonte sur sa planète. Je sais pas comment elle s’appelle d’ailleurs ? Elle est à des milliards d’années du système solaire ! Il a une technologie tellement en avance sur nous, les Terriens.

Teobaldo : Est-ce que tu dirais que c’est quelqu’un qui vit dans le futur, quelque part ?

Escobar : Voil… Non, je sais pas. On va laisser aux gens le soin de juger. Qu’est-ce que le futur ? C’est quoi le futur ? Telle est la question.

Spleenter : T’as pas mal de clips un peu « ciné ». Tu conçois pas ton image autrement ? Tu te vois pas faire un clip plus « basique » où on te voit juste rapper ? Genre avec des gens de chez toi en bas d’un immeuble etc ? Comme tout le monde ? Filmé avec un téléphone portable ?

Mike : Tu veux dire entouré de meufs ? (rires) Tu veux dire clip de rap français basique quoi ?

Spleenter : Plus ou moins, oui. Dans les tiens, il se passe toujours quelque chose. D’ailleurs dans le clip Introçonneuse, pourquoi tabasser quelqu’un avant de le tronçonner ? C’est gratuit.

Escobar : Bof, non. esco chainsawC’était pour l’anesthésier, avant la découpe. J’ai appris ça dans mon CAP de boucher. Dans une cave du 93.  À cette période là j’étais un gros cinéphile. Je puisais une bonne partie de mon inspiration dans les films. Un mec qui dit une connerie ? Ah merde, ça me fait penser à une punchline. J’écris. Quand je regardais un film : feuilles, stylo. Et donc ce que je faisais ressortir dans les clips, c’était ce que j’avais dans la tête. J’ai un cerveau très compliqué et y’a beaucoup de choses qui s’entrechoquent, qui s’entremêlent. Je l’expose comme ça. Je vois pas les choses autrement. Je me vois pas faire un clip basique, comme tu disais, en train de me balader en chantant « lalala ». Ça va saouler aussi les gens. C’est comme les punchlines : parfois il faut des petits trucs subtils. Faut choquer, faut faire rire, faut un peu de tout quoi !

Tu rappes, tu te balades, tu marches… T’es sur un pont, après t’es contre un mur où y a des graffitis . Après t’es là bas … Bof … Ça pue l’anus de bonobo. C’est nul.

Spleenter : Est-ce que t’as un film de chevet ?

Escobar : Si j’ai un film de chevet ?! Hmmm … Ce putain de film de chevet. Je le regardais et je faisais des cauchemars. Quand j’étais sous ma couette. (il chuchote comme un méchant de film d’horreur)

On peut dire qu’à une époque je regardais beaucoup Menace recor… heu Menace II Society, pardon. Lapsus de merde.

Mike : Et tu l’as vu 45 Scientific ?

Teobaldo : C’est un film d’horreur ?

Escobar : Oh oui, ça fait super peur… Ah oui, t’es fou, Menace II Society quand j’étais au lycée je le regardais 2 ou 3 fois par semaine. C’était un truc de fou. Je le regardais tout le temps ! Je me suis dit « non ça va pas, je suis malade ». Ma mère est partie voir les cousins au bled, je lui ai passé le film « Tiens, donne leur ça. Moi je peux plus ». et après ça leur a pris. Quand elle est revenue, elle m’a dit « mais qu’est-ce que t’as fait, toi ? ils ont regardé le film tous les jours. » On passe le flambeau.

Sinon, y a un film que j’ai beaucoup regardé, c’était Aniki mon frère. De Takeshi Kitano. Il est fou ce mec. Il est cinglé ce japonais.

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Spleenter : Jusqu’ici tes références ciné c’est films d’horreur ou films de gangsters, non ? Que ce soit les interludes, le name-dropping ou les phases elles-mêmes.

Escobar : (pensif) Mm… Oui. On peut dire que j’aime beaucoup les films d’horreur. Et les films de gangsters, c’est la stratégie, la réflexion. D’ailleurs c’est pas que les films de gangsters. Je connais des gangsters dans la vraie vie qui palpent dans la vraie vie. Qui pèsent. Voilà, on s’inspire de tout ça. Mais y’a toujours une part de réalité, de vécu ou par rapport à mon entourage qui vit le truc.

Teobaldo : T‘es quelqu’un qui lit beaucoup ?

Escobar : Je lis moins. Je lisais beaucoup y a une dizaine d’années. Maintenant je commence et je m’endors. Je sais pas, c’est devenu soporifique. Je lis, je dors. J’y arrive pas. On passe des journées choc, aussi. On se couche à 2h du matin. Je vois pas ce que je vais lire à 2h du mat. Intéressant ou pas.

Spleenter : Une autre question de notre ami suisse, Big Paul : les rimes de ta folle jeunesse genre « ça commence à cercle fermé comme le trou d’une pucelle, puis la sodomie comme Marc Dutroux à Bruxelles » tu te vois encore en faire des comme ça ? Parce que c’était un peu … serré.

Escobar : Serré, pimenté, oui. Les phases comme ça, tu sais, je les balance, je me rends pas trop compte.

Mike : C’était le morceau avec Black Jack, c’était un concept très mafieux, ce morceau. Dans un contexte comme celui là, il peut tout faire, Esco. Après je veux pas parler à sa place.

Escobar : Je t’en prie.

Teobaldo : T’as aussi fait quelques story telling. Tu comptes en refaire ? C’est venu comme ça ou tu t’es dit « Je vais raconter une histoire » ?

Escobar : J’en referai. J’aime bien. J’avais tenté une fois, j’avais vu que ça tenait la route. C’est un challenge. Je veux maîtriser le truc. C’est quelque chose que j’aime bien faire même si je le fais pas tout le temps. J’en referai. C’est cool. C’est cool ce délire, comment dirais-je, théâtral.

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si toi aussi tu trouves que cette fin d’interview n’est pas à la hauteur, prépare toi pour (roulements de tambour et danses exotiques) : la super question bonus de la mort qui tue.

Spleenter : Un jour un pote m’a dit qu’il était dans le métro, en train d’écouter du son, puis un daron à côté lui a demandé ce qu’il écoutait, il a répondu « du rap » et là le gars lui a fait « tu devrais écouter Escobar, c’est mon fils et il rappe très bien ». Je suis parti du principe que mon pote se foutait de ma gueule, ou que le mec dans le métro se foutait de sa gueule, mais au cas où : c’est possible ?

Escobar : (rires) ah bah… je sais pas, mais ouais, mon père on va dire qu’il a écouté quelques trucs à moi. Ceci dit c’était plutôt malgré lui hein, le son trop fort dans la chambre, ce genre là. Il a été un des premiers auditeurs, par défaut. Mais ouais, c’est bien possible en théorie.

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Interview de Escobar Macson aka Tony Bamboula alias Gilles de la Machette (1)

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Genono : Commençons par le commencement. Tu découvres le rap à 11 ans, lors d’un séjour aux États-Unis.

Escobar Macson : Voila, c’était des petites vacances, je suis resté deux mois, en juillet-août. J’ai de la famille à New York, San Francisco, et Los Angeles. Premier voyage, j’avais 11 ou 12 ans, et c’était donc à San Francisco.

G : T’es tout de suite dedans ?

E : Tout de suite. J’ai découvert Cypress Hill, c’était leur moment. En plus j’étais à San Francisco, le quartier s’appelait Fresno, avec une population hispanique bien présente. Et puis juste après, c’était Death Row.

G : Tu reviens en France, tu te dis « je vais rapper », ou c’est venu plus tard ?

E : C’est venu longtemps après. Le rap, c’est un concours de circonstances, je dirais même un hasard. Alibi Montana, qui est un mec de La Courneuve, est venu habiter dans mon fief : Villetaneuse. Je traînais avec son petit frère, Alino. Et Alibi, en connexion avec la commune, décide de monter un projet. Et plus y’a de têtes, plus y’a de sous ! Donc un jour je suis avec lui, je le suis dans son idée, je l’accompagne à la mairie, je laisse ma pièce d’identité. Je fais donc partie, entre guillemets, de son organisation. Je me retrouve en studio, et là on me dit « il faut rapper ». Mais moi, je rappe pas ! A ce moment là, c’est pas mon délire. Mais petit à petit je rentre dans le jeu, les choses avancent. Le projet s’appelle Villeta Saga, on l’a enregistré, mais ça n’est jamais sorti.

Spleenter : En fait, c’est une arnaque à la mairie qui t’a fait entrer dans le rap.

E : (rires) On va dire ça comme ça !

Teobaldo : Et t’as décidé de rester, alors que t’as vu qu’il y avait pas de sous ?

E : Phénomène de mode ! Et puis y’avait des petits avantages, les filles aimaient bien. Quand t’étais rappeur, tu dégageais quelque chose, on nous déroulait le tapis rouge, je sais pas trop pourquoi. On s’est donc mis à écrire des trucs qui devenaient, au fur et à mesure, intéressants pour les autres.

T : C’était quoi tes inspirations à ce moment-là ?

E : A l’époque, ceux qui régnaient, c’était Time Bomb. L’écurie Time Bomb, c’est l’école du rap. D’ailleurs, tous les ex-membres te le diront : ça rigolait pas. Ceux qui n’étaient pas prêts, ils ne montaient pas sur scène, ils n’allaient pas en radio. Les mecs bossaient, rien à voir avec le rap d’aujourd’hui. Déjà, l’époque est différente, on avait pas d’ordinateurs, on était dans l’analogique. Tu rappais one shot ! Tu rates ton truc, tu passes ton tour.

Y’avait donc Time Bomb, La Cliqua … (il hésite) … je vais pas dire le Secteur Ä, mais, pour ma part, Ärsenik. J’ai beaucoup aimé Ministère A.M.E.R, pas forcément dans « l’art » du rap, mais surtout dans ce qu’ils racontaient. On se reconnaissait dedans. Ça puait la rue ! Chaque morceau avait un délire différent. Déjà, ils n’ont fait aucun morceau dansant. Je sais pas qui a fait les instrus à l’époque, mais ça fait peur !

G : A tes débuts, on te prêtait une comparaison avec Oxmo, au niveau de ton timbre de voix. C’est pas un truc qui t’a cassé les couilles ?

E : Au départ, c’est flatteur. Oxmo, c’était pas n’importe qui ! Il était très fort, et il l’est toujours. Pour moi il faisait partie du top 3 dans l’écurie Time Bomb … peut-être top 4. Les trois autres, c’est à vous de voir ! Ou je dirais peut-être top 5.

G : Ah, il était pas si bon que ça finalement ! (rires) Il va finir dans le top 10, top 15.

E : Je dis top 5, mais j’ai pas dit dans quelle position. Il est peut-être premier, ou deuxième ! Y’avait Lunatic qui sortait du lot, y’avait Hifi, et Ill. Après, ça a commencé à me casser les couilles dans une phase de recherche, ou tu veux définir un peu ton identité. Je me calquais pas sur lui, c’est juste que j’avais une grosse voix, et que je rappais presque en parlant.

S : La formation de Drive-By Firme, elle arrive comment ?

E : C’est arrivé bien après. J’ai commencé en 1998. Il faisait froid, ça devait être en automne ou hiver.

S : D’ailleurs sur Résurrection, t’as un morceau caché qui date de cette époque.

E : Ouais, il fait partie de ce qu’on préparait avec Alibi.

T : Au début du morceau, tu parles de Paul Kuhan, je rêve pas ?

E : Nan nan, tu rêves pas. On disait un peu tout et n’importe quoi (rires). Tout nous inspirait, les dessin-animés, les politiciens méchants …

T : Pas les gentils ?

E : Nan, les gentils ils faisaient pas partie de nos inspirations.

G : Politiciens gentils, en même temps, y’en a pas beaucoup.

E : Non, ils sont là, ils nous sourient … Bon, pour revenir à Drive-By Firme, à la base y’avait le projet Villeta Saga. 2237311985_1Un membre du projet, R.A.N.I, Rabza Armé Non Identifié, devait poser dans une compilation (Sarcelles Ligne de Front) produite par Menace Records, en coproduction avec Jean-Marie, un mec de Sarcelles, qui avait sa boite, Come-in Prod. R.A.N.I était de Pierrefitte, il avait eu le plan, et il n’a pas pu se rendre en studio. Donc il nous a appelé, et nous a proposé de prendre sa place. Donc Alibi, moi, et un membre d’un autre groupe de Villetaneuse, 7ème Kommando, on est partis, on a posé sur la compil.

Les rappeurs qui avaient posé sur la compil devaient laisser leurs coordonnées. Moi, rien à branler, j’ai rien laissé. Alibi a laissé son numéro de téléphone, et on l’a rappelé pour nous proposer une signature. Pour moi c’était nouveau, j’y connaissais absolument rien. Voilà comment on a atterrit tous les deux chez Menace Records.

Ensuite, j’ai posé dans des compils … Alibi, lui, a sorti son album, « T’as ma parole ». D’ailleurs, l’album, on le préparait tous les deux. C’était un album commun, au départ. Malheureusement j’ai été … indisposé. Disons que je suis parti en vacances aux frais de l’Etat. Et un mois plus tard, je reviens, Alibi avait terminé l’album. J’ai posé sur un freestyle, qui était le dernier titre enregistré pour ce projet-là … et c’est tout.

Après, c’était mon tour, logiquement, de sortir mon projet ! J’entre en studio, je fais ce que j’ai à faire … Tu t’appelles Menace Records, mais tu trouves que ce que je fais, c’est un tantinet hardcore ! Mais mec, ce que je raconte c’est là où je vis ! T’es venu me chercher en voiture, t’as vu comment ça se passait ! On fait pas dans la dentelle, Candy c’est un dessin-animé !

En plus de ça, je sentais pas la motivation en face … Je posais dans des compils, on me mettait pas en avant. A chaque fois fallait ramer, y’avait toujours des excuses, des explications, ça m’a cassé les couilles. J’enregistrais trois morceaux par jour, l’album était prêt, mais ça sortait pas, pour des raisons que lui seul connait. J’ai donc dit salam, shalom, salut, arrivederci, sayonara.

ce sont des choses qui arrivent

On se retrouve donc avec 3ème degré (R.A.N.I, Jozahef), Di-extaz, et on forme l’équipe Drive-By Firme, chaperonnés par un grand, Big fou. En gros, c’est lui qui gérait les studios, etc. Jeunesse, manque de maturité, de discipline, difficultés à combiner nos emplois du temps … le projet sur lequel on était a été avorté naturellement. Mais le nom est resté, et à chaque fois qu’on avait l’occasion de le faire retentir, on le faisait.

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T : On a même pas fait la moitié de ton parcours, et t’as déjà un cimetière de morceaux jamais sortis. T’en as combien en tout, des centaines ?

E : Honnêtement, je sais pas. J’en ai mis quelques-uns sur Résurrection … je sais pas. Je peux pas quantifier, mais effectivement, y’en a beaucoup.

G : Y’a une chance de les entendre un jour ? Y’aura pas de Résurrection 2 ?

E : Peut-être un jour, pour le fun, je sais pas.

Mike (manager de Escobar Macson, on l’avait pas vu mais il était là depuis le début, tapi dans l’ombre) : En tout cas, si ça se fait un jour, ce sera gratuit.

E : Dans un débarras, je dois avoir trois boites de baskets Foot Locker remplies de cassettes.

S : Comment s’est faite la rencontre avec DJ Hamdi ?

E : DJ Hamdi, c’est un mec de Sarcelles. Moi je suis de Villetaneuse, donc à 10 minutes en voiture. Je l’ai rencontré par le biais de R.A.N.I, puisqu’on allait enregistrer chez lui, dans son home-studio. Je collabore toujours avec lui. Il fait des clips aussi, en fait il a un don : il sait parler avec les machines. Tu lui donnes une machine avec plein de boutons, une machine qui a la varicelle, il arrivera toujours à en faire quelque chose. Il est technique, touche-à-tout.

S : A l’époque où il était le DJ de Casey, vous avez jamais fait de feat ?

E : Publiquement, non.

S : Donc ça s’est fait, mais c’est jamais sorti ?

E : Peut-être … (rires) Y’a beaucoup de surprises, y’a des choses qui arriveront et qui en étonneront plus d’un. Enfin, on peut espérer ! (rires)

T : Avec le reste d’Anfalsh aussi ?

E : On peut espérer ! (rires à nouveau –Escobar est un petit filou)

G : T’as sorti Bestial Chapitre 1. C’est prévu qu’il y ait d’autres chapitres ?

E : Oui, il y en aura d’autres. Quand, je sais pas, mais y’en aura d’autres.

T : Bestial c’était un peu bizarre la façon dont c’était annoncé, comme un best-of.

E : Ouais… c’était plus pour des raisons administratives. Résurrection, il est sorti dans les conditions que vous pouvez connaitre. Faut revenir sur mon drôle de parcours rapologique. Après Drive-By Firme, j’ai été contacté par un mec qui s’appelle K-libre, qui co-produisait avec Bayes chez Menace Records, et avec qui j’étais en bons termes.

Chez Menace, il rappait, et il était très très dangereux. Il voulait pas sortir de projets, il faisait juste ça en studio, et il me poussait, il contribuait à créer une ambiance de challenge au sein du label, il donnait envie de se surpasser. Bref, quand j’ai raccroché les gants chez eux, il m’a dit que lui aussi finirait pas laisser Bayes, et par monter sa propre structure, et qu’il m’appellerait à ce moment-là. Ça s’est donc fait en 2002. Son label s’appelait Calibre Records. Même ambiance qu’ici (l’interview se déroule dans le studio d’enregistrement d’Escobar Macson) : premier arrondissement, sous terre, pas de réseau, en claquettes, mon jus d’orange, mes biscuits … comme à la maison ! Il me manquait juste le peignoir pour me sentir dans mon élément.

Aucune fuite, pas de projet à droite, à gauche, aucun feat, rien. Tous les jours en studio. Jusqu’au jour où on s’est retrouvé à faire la pochette de l’album, qui s’appelait Negrociation –on avait gardé le même nom que celui qui devait sortir chez Menace Records-. On se retrouve au Père-Lachaise, chez le graphiste. Et là, coup de fil d’un mec de Générations 88.2 : « y’a des embrouilles, viens vite, amène le gars avec qui t’es, et puis appelle des potes à toi, surtout s’ils sont musclés, et s’ils peuvent venir avec de quoi faire un joli 14 juillet, qu’ils viennent, ça va chauffer ». Deux stations de métro plus loin, j’arrive. On me parle de problèmes, de Booba, Ali, du 45 … Attends, tu m’appelles pour ça, mais c’est pas mon oignon ! Je m’en contre-branle un peu ! Au final, les embrouilles n’ont pas eu lieu … c’était le beef, par rapport au départ de Booba.

Je rencontre Lalcko à ce moment là, et il me dit que Jean-Pierre Seck veut remettre les casseroles sur le feu, avec Sang d’Encre 2. J’avais bien aimé le premier opus, donc je suis intéressé. J’appelle K-libre, je lui dis que, même si j’avais prévu de participer à aucun projet, ce serait bien de déroger à la règle. Il me répond qu’il connait très bien Jean-Pierre Seck …

S : tu connaissais pas Lalcko avant ça ? C’est à ce moment là que tu le rencontres ?

E : Il connaissait ma musique, il l’appréciait. On évoluait plus ou moins dans le même monde, on avait des amis en commun … donc le feeling s’est fait assez naturellement. D’ailleurs je suis toujours en contact avec lui, en très bons termes, c’est comme un frelo pour moi.

Donc K-Libre s’occupe de la connexion, on se retrouve dans les locaux du 45, on leur fait écouter ce qu’on préparait dans notre cuisine, ils ont apprécié la sauce. Ils m’ont filé un CD avec deux instrus de Geraldo … au départ c’était pas top. J’ai écrit le morceau, entre-temps j’ai appelé Jean-Pierre, pour qu’il demande à Geraldo de retoucher l’instru. Il l’a fait, deux jours après on était en studio, à Saint-Ouen, dans le 93. En 1h30 c’était bouclé. Ils étaient satisfaits, le morceau était en rotation… Les retours ont fait qu’ils m’ont proposé d’intégrer le label. Ils se sont arrangés avec K-Libre, comment dire … comme quand un club achète un joueur de foot ! Je les ai laissés s’arranger, en récupérant ce que moi j’avais à récupérer au passage. J’arrive chez 45, j’enregistre. Je fais du sale, proprement.

T : Du coup, ce que t’avais enregistré sur K-Libre Records, t’as pas pu le récupérer ?

E : Non. Je lui ai dit : « sors-le ». Profite du fait que je sois là-bas, tu vas bénéficier de la promo qu’ils vont faire pour ce que je vais sortir chez eux, t’auras juste à balancer le truc. C’est un vélo, t’auras même pas besoin de pédaler : ça va rouler tout seul. Mais, poisse sur poisse … le disque dur avec tout ce que j’avais enregistré a sauté.

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T : Tu t’es jamais dit que t’étais maudit ?

E : Si. Je me suis dit que dans le rap, y’a des mecs qui ont dû consulter des marabouts, des sorciers, en leur disant : ce mec est dangereux, faut lui mettre des bâtons dans les jantes, faut pas qu’il avance, sinon t’es baisé. Donc à chaque fois, c’est des concours de circonstances incroyables, des poisses dignes de films fantastiques.

Pour revenir au 45 (l’air agacé), on est là, avec Lalcko, chacun enregistre son album, on fait des feats entre nous. Le 45 c’était une huître fermée, et comme le voulait la maison, on s’est nous aussi transformés en huîtres fermées. Y’a une vision des choses qui leur est propre, mais que je trouve en même temps archaïque. Quand les mixtapes commençaient à paraitre, eux parlaient encore de maxi. Arrêtez les mecs, un maxi-vinyle !? Les petits de mon ghetto, ceux dont les pères écoutent des vieilleries avec leurs platines-disques, ok, mais les autres ? Comment ils font ? Même en radio, ça commençait déjà à mixer avec des platines-CD. Faut vivre avec son temps.là ça commence à faire beaucoup

Plein de petites choses comme ça, comme la mise en valeur, l’exposition. Je leur ai posé la question, y’aura-t-il d’autres signatures ? On m’a répondu non. Alors faisons des couvertures, communiquons, présentons la nouvelle équipe ! Mais non, ils l’ont pas fait. Après, y’avait des problèmes en interne entre les gérants, à savoir Les 3 Mousquetaires : Geraldo, Ali, et Jean-Pierre. L’atmosphère était pas bonne, la façon de travailler non plus. J’avais ma vie à côté, mais je me retrouvais à faire le gérant. J’avais toutes les casquettes ! C’est moi qui vais voir le graphiste, c’est moi qui prends plus ou moins en charge les séances de studio … à un moment faut arrêter de déconner.

Le temps passe, je commence à mettre la pression, j’ai des réponses du type « c’est pas bon que ton maxi sorte en février, parce que moi mon album sort en avril ». On perd son temps, et puis on est comme tout le monde, de temps en temps on prend les transports, on tombe sur des gens qui apprécient le boulot, et qui cassent les couilles à chaque fois avec la même question dans les oreilles, à en devenir taré : « quand est-ce que tu sors ? ».

Donc DJ Hamdi me propose la chose suivante : « donne-moi tout ce que t’as fait, je fais un bidouillage, et puis on le balance ». C’est ce qui a donné naissance à Résurrection. J’ai juste fait un inédit, Rimes et Tragédies. Sinon tout le reste, c’est des vieilleries, mais au moins ça a permis aux gens de me découvrir. Mais même la façon dont est arrivé Résurrection, c’est du n’importe quoi. J’étais lié contractuellement par des clauses d’exclusivité. J’ai donc posé la question : est-ce que je peux faire ce projet-là, histoire de tenir le public en haleine ? On me répond oui, pas de problème, vas-y. Je donne tout à DJ Hamdi, il met tout dans la casserole, se met à tourner … et avant même que le plat soit prêt, les mecs reviennent, et me proposent un coup de pouce pour sortir le projet. J’étais très occupé, j’avais une vie un peu agitée, en même temps, le côté administratif du game, je le connaissais pas forcément, donc j’ai accepté. Et ce fut une belle erreur ! Parce que les mecs se sont retrouvés avec le master et la cover du CD… et ils sont allés voir Musikast pour presser la galette !

Mike : C’est bien, je vous avais demandé de pas parler du 45, mais il en parle tout seul !

T : Nous on en parle pas hein ! (rires)

E : Voila, en gros ils ont fait les cons, ça m’a pas plu, je leur ai dit salut, et donc rebelote, on reconstruit : on sort le projet Vendetta.

S : Du coup tu re-rentres dans une période où tout le monde te casse les couilles dans les transports pour savoir quand sortent tes projets ?

E : Si c’était juste les transports … on me presse tellement les couilles que je crois que je ne peux plus procréer.

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S : Dans tes premières interviews, on avait l’impression que ça t’emmerdait qu’on te parle de ton côté « gore ». C’est parce que tu trouvais ça trop réducteur ?

E : Oui, et puis c’est surtout venu avec Résurrection. Quand je fais un projet, je suis comme un acteur de cinéma qui intègre son personnage. Le thème je l’utilise à fond, je le presse comme un citron, j’en fais tous les jus possibles. Donc je suis resté dans le champ lexical de la résurrection. Si t’es quelqu’un d’un peu flippé, t’écoutes ça, t’éteins la lumière … c’est chaud, tu changes de slip.

Mais c’est vrai que ça m’a cassé les couilles, c’est quoi cette histoire de rap gore ? C’est quoi le rap gore ? Qui pratique le rap gore ? Qu’est ce qui est gore ? Moi, je fais du rap gore ? Passe-moi mon jus de fruits et ferme-la.

T : Ça te faisait une particularité intéressante. Même si l’étiquette est un peu à chier, parce que même si on rapproche ça de l’horrorcore, ça ressemble pas vraiment à du Evil Pimp dans la forme.

E : Voila, c’est pas du Korn version hip-hop ! A mon avis c’est juste à cause de Résurrection, son habillage sonore, avec les extraits de films, les tronçonneuses … Les étiquettes c’est relou, mais tu mets ça à 100 degrés à la machine à laver, y’a plus d’étiquette.

Mais ça a attiré des mecs un peu farfelus aussi. On m’a parlé via les réseaux sociaux, j’ai eu un peu peur. « Ouais du rap gore, j’adore, putain ça saigne, c’est trop bien, tiens, je t’envoie des instrus » … putain j’écoute le truc, Massacre à la tronçonneuse, plein de trucs de ce genre, tout combiné, il a mis ça dans la cocotte, et me l’a envoyé en mp3 … C’est cool mec, mais … c’est pas ça ! (rires) J’ai une dentition normale, je sors la journée, je suis pas un vampire !

Mike : D’ailleurs tous les beats qu’on recevait à cette époque, c’était tout dans ce délire, formaté pour l’image dégagée par Résurrection.

G : A propos d’image, tu publies pas mal de photos en costard-cravate pour Red Business. C’est pour donner une image un peu businessman autour de ce projet ?

E : Voila, tu l’as dit. Ça fait aussi partie de ma vie personnelle, mais c’est surtout parce que dans ce game qu’on appelle le rap, les gens sont très focalisés sur le paraitre et l’histoire du mec. Où est-ce qu’il crèche, qu’est ce qu’il a fait, est-ce que ceci, est-ce que cela … Je veux dire, on s’en bat les couilles ! Prends ton mp3, écoute ce qu’il fait, t’aimes bien, tant mieux, t’aimes pas, tu passes à autre chose.

Donc ouais, le costume c’est pour le Red Business, et puis j’aime bien les costumes. Ça change un peu, et puis ça permet de se démarquer. C’est pas pour intégrer un personnage de mafieux, d’Al Pacino ou je sais pas quoi … J’m’en bats les couilles. J’aime pas.

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T : T’aimes pas les films de mafieux ?

E : Si, j’aime bien. Plus ils sont paranoïaques, plus j’aime. On se rend compte que tant qu’ils sont paranos, tout va bien, et dès qu’ils se relâchent un peu, ils se font niquer. Les films de mafieux finissent tous comme ça. C’est une bonne philosophie !

S : Entre-temps, t’as eu pendant un petit laps de temps un look blaxploitation, avec une petite touffe afro.

E : Ça, c’est une longue histoire ! Ça vient d’un pari ! (rires) J’avais fait une petite allergie à un truc, et j’avais un petit trou dans les cheveux. Et les mecs pensaient que j’étais chauve, donc j’ai dit « attendez, vous allez voir ». (rires) J’peux faire c’que j’veux avec mes cheveux, moi aussi !

Mais c’est encore prématuré d‘en parler, c’est le projet qui arrivera après, je pourrai mieux vous justifier cette tenue vestimentaire et ce look.

S : D’ailleurs c’est pas dans Karma que t’as ce look ?

E : Oh … y’a une petite chevelure, mais c’est léger.

S : Tas des nouvelles de l’avancement du projet ?

E : Très bonne question ! Comme je suis pas aux manettes de ce truc là, en toute franchise, je ne sais pas. Ça devrait arriver pendant les grandes vacances, mais j’ai pas vraiment d’infos, c’est juste ce que j’ai ouï dire, comme on dit en bon français. Faudrait demander à Dosseh.

S : Pas mal de tes punchlines parlent d’amputation. C’est moins marqué maintenant, mais à une période, y’en avait quand même beaucoup : « tam tam avec le coude », « coupe le doigt aux balances entre le 1 et le 7 », « si le bruit court il faut que je l’ampute » « si tu danses du mauvais pied on te coupe l’autre » « si on comptait mes amis sur les doigts de la main faudrait m’amputer » …

T : Y’en a une sur le docteur Cohen aussi nan ?

E : Docteur Cohen, c’était sur les couilles. Je lui demandais de me retirer les testicules et de me mettre des boules de pétanque.

T : Ça reste de l’amputation, on est dans le domaine de l’ablation.

S : C’est ton côté zaïrois, ou c’est le côté films d’horreur ?

E : (rires) Les zaïrois c’est pas des culs-de-jatte, tu confonds avec les roumains là !

S : La machette est populaire quoi !

E : Oh, pas forcément, c’est plus la sapologie qui est populaire. La machette ce serait plutôt … bah la machette elle est africaine. Et encore, elle est même pas africaine, elle est noire ! Même aux Antilles, on utilise le coutelas ! Mais non, j’ai pas d’explication particulière à cette obsession de l’amputation ! (rires)

Mike : Gilles de la Machette ! (Mike intervient peu mais à chaque fois c’est pour recentrer le sujet)

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S : Toujours à propos de punchline, le terme est galvaudé aujourd’hui. Ce serait quoi ta définition ?

E : Très bonne question. Ma définition : la punchline c’est un package avec une pointe d’humour, de la violence, de la métaphore, de l’image, et une touche de complexité. Voilà ma définition à moi de la punchline. Si un mec balance une punchline et que je la capte tout de suite … c’est de la flunchline. C’est de la merde pralinée. Aujourd’hui, tout le monde parle de punchline, mais la plupart ne sait même pas ce que c’est. Déjà, dans punchline, y’a « punch ». A l’époque, quand on en entendait une, on se tenait la tête, on se disait « merde, il est fou ! A quoi il a pensé quand il a écrit ça ? Dans quelles conditions, il faisait quoi ? ».

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Aujourd’hui, y’a plus de culture du hip-hop. Tout le monde veut rapper. Y’en a qui ont la chance de pouvoir le faire, mais concrètement, c’est des « Monsieur vues ». Tu te retrouves en maison de disques, ou t’as des opportunités, parce que t’as fait tant de vues, ou parce que t’as une histoire un peu abracadabrantesque, et que tu joues de ça. C’est un personnage, mais tu racontes de la merde … les gens ont la bouche trop près du cul. Ca c’est un truc, franchement, trêve de plaisanteries, ça me casse les couilles. Balancer à tout va « punchline, ceci, cela » … ils savent même pas ce que c’est.

Ce que j’aime dans la punchline, c’est comme si j’essayais de trouver la combinaison d’un coffre. Quand ça vient tout de suite, je vois même pas l’intérêt. Y’a des punchlines de certains artistes que j’ai compris au bout d’un an ! Et le fait de comprendre la chose beaucoup plus tard, ça montre à quel point la personne est réellement dans le futur. Y’en a aussi qui te parlent de futur, ils se prennent pour des extra-terrestres, ils ont découvert la science … laissez les auditeurs s’exprimer, arrêtez de vous autoproclamer ceci ou cela.

Mike : Tu fais référence aux « professeurs punchline » et compagnie, qui ont poussé depuis quelques années ?

E : C’est comme les champignons au bois de Boulogne … Tonton Punchline, Professeur Punchline, Monsieur Punchline … J’ai sorti Monsieur Punchline parce qu’un autre mec me l’avait sorti juste avant. Même mon blaze de Escobar Macson, regarde, Mac c’est mon prénom, et Escobar c’est parce que j’avais sortit une connerie dans un texte genre « je vends mes rimes, je bicrave mes rimes », et on m’avait répondu « tu vends t’es rimes toi ? T’es Pablo Escobar ! ». Tout le monde était là « Escobar, Escobar » … et le mec qui n’avait pas suivi la vanne, la conversation le jour J, a fini par m’appeler Escobar lui aussi. C’est resté, et puis ça me fait un nom et un prénom, Macson Escobar, c’est très bien. Mais y’a jamais eu d’auto-proclamation. On laisse les gens s’exprimer, et si ça nous plait, on prend.

Escobar-MacsonS : Tu faisais référence à Seth Gueko avec « Professeur Punchline » ?

Mike : Ouais, après c’est pas lui personnellement, mais plutôt tout ce que ça a généré.

Teobaldo : C’est toujours pareil, c’est comme quand le mot « bling-bling » est arrivé … ou plutôt qu’ils l’ont compris, parce qu’il a toujours été là. Pareil pour le mot « buzz », maintenant c’est le mot « swag », même s’il existe depuis 5-6-7 piges.

Escobar : Je peux même me vanter de …

Mike : (il coupe) Pas d’auto-proclamation ! (rires)

Escobar : Là, franchement, je le fais ! J’ai été le premier à avoir parlé de tsunami. Le morceau dans lequel je parle de tsunami c’est Trois voyelles et quatre consonnes, que j’avais enregistré chez 45 en 2004. Personne ne savait ce que c’était ! Même quand je l’ai balancé, Jean-Pierre Seck m’a demandé : « mais qu’est ce que c’est ? ». En fait, à la base j’étais chez moi, je suis comme tout le monde, je zappe, je tombe sur Arte. Ça parle d’un raz-de-marée qui a balayé le Japon dans les années 40 ou 50. J’ai pris une feuille, un stylo, et j’ai noté « tsunami », avec entre parenthèses « raz-de-marée ».

Après y’a eu le tsunami en Thaïlande, tout le monde l’a repris, je me suis dit « ah les pédés, ils m’ont cramé » (rires)

Mike : D’ailleurs c’est pas Ali qui a fait un titre qui s’appelle Tsunami ?

Genono : Si si, y’a même un clip en Porsche.

Mike : Ah oui, genre ça se passe au Japon ?

Genono : C’est ça.

Escobar : Un tsunami, un tsunami … c’est juste un verre d’eau.

Spleenter : Beaucoup de rappeurs font référence à La Cité de Dieu, mais t’es le seul à prononcer Beignet et Zen Pequenõ. Pourquoi ?

Escobar : Oula, ça c’est une longue histoire. On va pas trop rentrer dans les détails. J’avais été heurté par certaines personnes, et ces deux personnes-là, au lieu de les appeler Bené et Ze Pequenõ, je les ai appelé Beignet et Zen Pequenõ, petit nez. C’était une flunchline. (rires)

Spleenter : Dans tes critères pour les punchlines, t’as intégré l’humour. Les gens retiennent surtout ton côté dur, hardcore, mais beaucoup de tes phrases donnent un sourire, tes images sont marrantes. Comme par exemple sur Esprits Crapuleux, quand tu dis « je suis avec ma planche j’attends la prochaine vague de violence ». C’est conscient, ce côté ludique ?

Escobar : Non, pas spécialement, ça me vient comme une envie de pisser.

Mike : Il parle comme ça toute la journée !

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Escobar : Voila, je sors des conneries à la seconde, donc c’est ce qui ressort aussi dans les textes. Comme je te le disais, une punchline combine humour, violence, etc, donc parfois y’a un peu plus d’humour que de violence, mais ça reste toujours la même formule.

Mike : Moi j’ai une question pour vous ! Les « punchlines » à base de comparaison, par exemple « j’ai les yeux bleus comme des gyrophares » … vous qui écoutez pas mal de son, et qui êtes extérieurs à ça, pour vous c’est une punchline ou pas ?

Teobaldo : Une punchline maintenant, c’est devenu une phase.

Genono : Dès qu’il y a une petite image, un petit truc, on va dire « punchline ! »

Escobar : Normalement, la punchline c’est au-dessus de la phase. On a banalisé le truc.

Spleenter : En fait ça dépend. Si la comparaison est vraiment inattendue, genre… ce qui me vient là, c’est Taïpan quand il fait « trouve moi sous ta tasse comme Kobayashi ». T’es obligé de réfléchir, d’avoir le double-sens de tasse et de penser à Usual Suspects, il grille Kobayashi grâce à la marque de la tasse… Ça, c’est bien trouvé. Mais un mec qui me dit « bleu comme gyrophare », non. C’est comme ce qu’ils appellent les punchlines-hashtag : « les jaloux vont maigrir #AnneauGastrique ». C’est exactement la même chose, sauf que t’enlèves le « comme ».

Genono : Question par rapport à Lalcko et Despo : qu’est ce qui se passe ?

Spleenter : Oui, ça a pas mal parlé de projet commun.

Escobar : Qui a parlé de projet commun ? Je m’en souviens pas moi ! Est-ce que j’ai fait une seule interview où j’ai annoncé ça ? Est-ce que je suis monté sur une table pour dire « on va faire un projet commun » ?

Teobaldo : C’est une question en tant qu’auditeur.

Spleenter : Voila, c’est un fantasme d’auditeur. Et puis y’a eu 2-3 interviews de Lalcko où il fermait pas la porte. (Dans la nôtre, par exemple)

4074-Fantasme_vieillir

Teobaldo : Puis vous avez fait beaucoup de connexions ensemble, et il se passe toujours quelque chose. Et à chaque fois quelque chose de différent en plus.

Spleenter : Juste après La cage aux lions, y’a même des mecs qui disaient que Seth Gueko s’ajoutait au projet.

Mike : Je crois que ça a toujours été du domaine du fantasme. Si vous avez la source, on va aller le flinguer direct, parce qu’à chaque fois on nous pose la question.

Escobar : J’te laisse tirer, la prison ça va aller. La gamelle, mon pote … (rires)

Mike : Nan mais un projet comme ça, faut avoir les couilles de le produire.

Escobar : C’est même pas une question de couilles, un projet comme ça, ça peut aussi rouler tout seul. Mais pour répondre à ta question … bah faudrait leur poser la question, à eux.

Genono : Mais toi, ça t’est venu à l’idée ? Est-ce que ça peut se faire à l’avenir ?

Escobar : Tout ce qui peut donner de la force au game, et changer ce qui me déplait à travers ce que j’écoute et ce que je vois … avec plaisir ! Mais faut leur poser la question !

Genono : Despo, quand tu le vois avec Guizmo et Mokless, ça t’inspire quoi ?

Escobar : Bah… j’vais pas être gentil, et d’ailleurs je suis pas là pour être gentil, mais ça m’inspire pas trop. Ça m’inspire pas trop parce que, c’est vrai qu’on peut être différents, être issus d’univers différents, et s’entrechoquer pour créer de la matière, mais j’arrive pas à me retrouver dans ce trio. Pour moi, c’est vraiment le grand écart américain. Alors tu me dis Mokless, encore, bon, oui. Plus ou moins. Mais vraiment, Guizmo, ça n’a rien à voir.

Par comparaison, c’est comme si je prenais Booba, que je le mettais avec Youssoupha, et pour le 3e mousquetaire je vais prendre… Orelsan. J’ai vraiment pris au hasard, je dis pas que Booba c’est lui, Orelsan c’est l’autre …

Mike : A la limite, Orelsan et Youssoupha ensemble, moi j’y crois.

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Genono : Bah pareil, Mokless avec Guizmo, pourquoi pas, mais Despo …

Escobar : Mais attention, je dis pas qu’ils sont mauvais ! C’est que Despo, il a un univers très particulier. C’est comme si tu prenais un litre d’eau et un litre d’huile, et que t’essayais d’en faire quelque chose … ça n’existe pas ! On verra, des fois la chimie c’est bizarre, peut-être que tu vas trouver la formule qui permet de diluer l’eau avec l’huile, tu vas inventer un carburant qui va te permettre de rouler 3000 kilomètres avec un plein.

La vraie question qu’il faut se poser, c’est : à qui va bénéficier ce projet ? Au delà des points communs, qui va tirer son épingle du jeu ?

Spleenter : Y&W !

Escobar : Oui, mais je parle maintenant des artistes.

Teobaldo : Celui qui sera le meilleur sur l’album, tout simplement.

Spleenter : Celui qui a une actu derrière surtout !

Escobar : Celui qui a le plus d’actu aujourd’hui, c’est Guizmo. Mokless un peu moins, Despo, avec les soucis qu’il a eu, les rumeurs, etc, son album date de 2010. Comme moi, ça date. Je pense que c’était pas la meilleure façon de revenir, en ce qui le concerne lui, parce que les autres, je les connais pas.

Spleenter : Comme quoi, les fantasmes d’auditeurs ça va loin, parce que quand l’annonce de ce projet est tombée, y’a eu des commentaires de type « bravo, tu passes de Esco et Lalcko à ces deux types » …

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interview Lalcko (2)

alors cette fois les passages audios sont des bonus qui n’ont donc pas été retranscrits. ça me semblait assez évident mais les réseaux sociaux nous indiquent que nos lecteurs sont de plus en plus idiots, alors je précise. merci de votre attention.

Lalcko – Tout ça pour dire que tu peux pas te résumer à un seul angle. C’est ce côté là des parcours que je veux montrer. L’histoire de ton grand-père on peut en parler des heures par exemple tu vois. C’est pour ça que j’ai toujours refusé de voir les films comme Collision. Parce que c’est ça mon style d’écriture. Superposer plusieurs parcours différents. Arriver à tout mélanger harmonieusement pour avoir des gens, des vies superposées, qui composent une vision : ça c’est vraiment mon truc.

Spleenter – mais attends t’as vu forcément des films qui utilisent ce principe. Traffic, t’as pas vu ? Short Cuts, Magnolia ?

Lalcko – Non ! Dès que des films comme ça ont commencé à arriver j’ai évité de les voir. Tous. Quand j’ai vu ça, je me suis dit ça y est, ils l’ont ramené à l’écran. Quand j’écris, mon esprit est composé comme ça.

Spleenter – C’est marrant parce que Gueko on peut l’assimiler à un perso de comédie policière, Esco à un film d’horreur, Despo un drame urbain et toi je voyais pas trop… tu serais une sorte de narrateur d’un film-orchestre en fait.

Lalcko – Exactement. Et du coup, à chaque fois qu’on me ramenait un truc comme ça, avec les teasers et tout, je mettais de côté. C’est trop proche de ce que je fais. Je me suis dit « wow ». Parfois ça me faisait la même chose avec des sons de rappeurs américains… c’est pour ça que pendant toute une période j’avais un peu ce problème : je trouvais un truc, un titre, un concept et mes potes me disaient sors le tout de suite, ou dis au moins le truc publiquement parce qu’après d’autres l’auront fait entre temps. Et ça a pas manqué. Quand j’ai bouclé le titre l’argent du Vatican, j’ai commencé à… bon c’est peut-être l’inverse, c’est moi qui avais les yeux plus ouverts là-dessus qu’avant, mais je vois des unes de l’express et d’autres : « L’argent au Vatican », « Le Vatican et l’argent » (rires). Après je vois Raekwon qui fait une tape Vatican je sais pas quoi. Merde ! Le truc c’est que quand t’es dans l’air du temps, tu dois dominer ce genre de vitesse. L’autre problème c’est qu’en indé, des fois des titres sortent avec du retard. La 1ère version de Lumumba a été enregistrée époque 45, ça fait 3 ans de décalage avec la sortie.

Teo – Le gros problème de ce texte c’est que tu dis « cent Zannées » à un moment

Lalcko – ouais je sais mais bon. Ça fait partie de moi. Dans la vie je le dis comme ça aussi. Et en vrai, à un moment j’ai eu peur qu’on me prenne pour ce que je n’étais pas. Un genre d’intellectuel fou, qui prend plein de références un peu partout, qui les mixe et les fout partout. Je suis pas comme ça. Les mots que je dis je les comprends. Et comme je viens d’une culture orale, j’ai appris plein de mots dans des contextes où beaucoup n’ont jamais été. Quand la 1ère personne qui te parle de la Torah c’est un cousin qui vient de faire 15 ans de placard au Cameroun et qui l’a découvert là-bas, il te dit des trucs d’une façon… tu retiens des sonorités, c’est des années après que tu fais « ah ouais, Bar Mitzvah ça se dit comme ça». Mais tu gardes toujours comme référence la première fois où tu l’as appris. J’ai une grosse culture orale. J’ai lu un peu mais j’ai surtout une culture orale. Si je pouvais revenir et corriger la faute, je le ferai pas. Même les films, j’y fais référence…

Spleenter – les séries aussi

Lalcko – ouais, Tony Soprano c’est mon cousin (sourire). Quand je vois comment il graille, comment il se comporte chez lui, c’est un ours. On est pareils ! Même pas pour le concept gangster hein. Y’a une scène que je kiffe, c’est quand il dîne avec sa sœur et il supporte pas de la voir toute zen vu qu’il a l’habitude de se disputer avec depuis tout petit ; alors il lui lance des piques jusqu’à ce qu’elle éclate et là seulement il est content. Cette scène c’est une des scènes les plus gangstas de cette série. Si moi j’ai l’habitude que ma mère me crie dessus parce que je fais des trucs de ouf, et qu’un jour elle s’arrête, quelque part y’a un truc qui cloche, et limite tu te sens mieux seulement quand elle te crie dessus, parce que c’est comme d’habitude. Tu vois Tony, il a pas pu lâcher la criminalité, et moi c’est peut-être la même avec la musique. D’ailleurs même quand je faisais des conneries, je me suis jamais pris pour un cambrioleur ou je ne sais quoi. C’est seulement bien après, quand t’en reparles avec les autres que tu réalises et que tu distribues les rôles « ah, donc toi en fait t’étais grossiste ? Donc moi j’étais… Ah ouais ! » (rires) C’est pour ça que ma base, c’est le côté multi-facettes. Lumumba, au moins au niveau du clip je voulais être le 1er à le faire, bon je l’ai été qu’à moitié, y’avait Mactyer avec 93 tu peux pas test, mais c’était différent. Le concept c’était « l’universalité de la street » (slogan de Lalcko époque 45). C’est mon vécu.

Spleenter – « les vrais négros habitent l’histoire pas la géographie »

Lalcko – voilà. Moi à la fois je vais tourner Lumumba, en même temps j’ai des potes à new york, des ghanéens, nigérians dans les trafics que j’ai vus la dernière fois au Country Jail de Baltimore, à Paris d’autres encore sont dans des histoires, machin sort, l’autre prend tant d’années, pendant ce temps au Cameroun y’a aussi des trucs, je sais pas comment t’expliquer, moi je combine tout ça. C’est pour ça que je peux pas juste arriver et présenter qu’un côté, même si des fois je peux être impliqué avec des gens de façon directe, je dois tout prendre en compte sinon le film serait incomplet, il manquerait trop d’aspects.

Spleenter – T’as un côté un peu « Jackie Brown » en fait : tu racontes un truc qui à la base pourrait n’être vu que comme, en l’occurrence, une escroquerie de merde, sauf que tu le décris d’une certaine façon, du coup ça devient autre chose

Lalcko – Exactement.

Spleenter – D’ailleurs ça rejoint aussi ton sens de la formule, avec par exemple… bon le temps que je trouve, une question conne : d’où vient le nom Lalcko ?

Lalcko – roooooh non. Mais ce truc dont tu parles… tu vois les Iceberg Slim ? Des histoires de merde de mac tous pourris. Vu que la personne qui raconte est quelqu’un qui rentre dans les détails, le soin de l’écriture sublime le moment et ça crée un « instant » différent.

Teo – le style que tu décris, tu commençais déjà à bien le développer dans le 45, alors qu’un gars comme Hifi, avait à la base un délire bien à lui, mais dès qu’il a été dans 45, il a adopté le « style 45 », toi non. Comment ça s’est passé ?

Lalcko – Ça c’était une bataille de ouf. Tu demanderas à Jean-Pierre (rires). Ça pouvait aller loin. Je suis arrivé avec tellement de titres, sur certains il m’a aiguillé, il m’a appris énormément de choses. Pour d’autres, il comprenait pas : « mais c’est quoi ? C’est comme ce truc où tu rappes en italien… » (rires) pour Immobiliare. Ce qu’il voulait me faire comprendre à l’époque c’est que j’attirais l’attention sur moi et donc fallait aller à l’essentiel. Mais moi je suis arrivé avec une autre couleur, qui correspondait pas. Les gens me disaient t’es capable de faire un tir de sniper, fais un Deep Cover qui dure 3min et on tue tout le monde ! (rires)

Spleenter – Ça reste un morceau assez important pour toi, tu réutilises un peu la phase sur ta mère enceinte qui a « la rage au ventre »…

Lalcko – … qui devient « un 357 déguisé en femme enceinte », ouais. Dans 4916, je donne mon lieu de naissance aussi en disant « dans le 3-5 », même si peu le savaient, je donnais un truc en plus. C’est des clins d’œil pour ceux qui me suivent. Dans Blow c’est « je sors du ventre comme on sort d’une Chrysler ». A chaque étape de ma carrière, y’a un truc où je fais référence à ma naissance. Y’a plein de signaux comme ça que je mets sur mon chemin, pour me retrouver moi-même. Parfois je les redécouvre, y’a des trucs que mon esprit fait tout seul aussi.

Teo – Je t’imagine en petit poucet maintenant.

Lalcko – Ouais non, je suis plus l’ogre qui soulève le lit des enfants là. Pour leur faire peur, mais il les bouffe jamais. On nous fait comprendre qu’il faut buter l’ogre. Mais il a rien fait ! C’est toujours le même truc : si c’était les lions qui écrivaient l’histoire…

Teo – dans Jack et le haricot magique, c’est ça, il monte tout en haut, déjà on sait pas bien quel est le projet, il tombe sur le géant qui forcément veut le foutre dehors, comme toi tu vois une souris chez toi, t’en veux pas, mais Jack finira par tuer le géant.

Spleenter – Bah c’est l’amérique aussi

Lalcko – c’est la dictature des petits, ça s’appelle la démocratie : ils se mettent tous ensembles, pour qu’intellectuellement tu portes la faute. Si là, on te dit que y’a un gorille dans Asnières, première chose : on voudra tous le fumer, sans chercher à comprendre. Mais pour en revenir à l’écriture (on vous avait dit que Lalcko c’est le boss) la piste principale pour le prochain album, c’est le story-telling. Je veux vraiment venir sur le concept de narration, d’histoire racontée. Jusqu’ici y’a juste eu des bribes, mais c’est tout. Par exemple sur L’eau lave j’avais un morceau qui s’appelle Les Anciens, où je racontais un peu que j’ai rencontré tel mec à tel endroit, qui m’a dit ceci, etc. Ce morceau n’avait pas sa place. Il appelait le passé mais pas pour les bonnes raisons, il faisait sortir du contexte. Dans l’eau lave, à aucun moment t’échappes à l’ambiance principale : les pièges, le regard des gens sur toi, l’ambition… c’est vraiment un film. C’est comme ça que je l’ai conçu. Y’a des moments creux, des scènes que tu peux zapper mais peut-être que dans la scène que tu vas écarter tu vas louper quelque chose de crucial et t’y reviens du coup. Mais bon c’est pas un piège, c’est suffisamment ouvert pour que ton esprit s’échappe… bon ça c’est pour ceux qui ont vraiment une écoute « intellectuelle » d’un album.

Spleenter – Une écoute (il fait le bruitage de « au-dessus c’est le soleil« )

Lalcko – moi Dieudonné j’ai soutenu depuis le 1er jour. Son combat politique je ne le comprends pas, je pense qu’il a eu l’art de nous piéger aussi, il est provocateur, mais… le talent. Moi je soutiens son talent. Aujourd’hui on nous vend Céline à l’école. Quand j’ai lu certains passages, des mises en situation qu’il fait, je me suis dit que c’était un truc de ouf, niveau écriture. Mais je suis pas forcément rentré dans les idées de Céline. Après faut pas faire de syllogisme, Dieudonné n’est pas Céline. Je pense qu’il a quand même bien décomplexé les gens sur un certain nombre de sujets. On est en France, on est tous différents mais on est là, on échange.

(là Spleenter se lance dans un parallèle grotesque entre la provoc de Dieudonné et un vaisseau spatial kamikaze qui se sacrifie pour que le reste de la flotte puisse attaquer l’étoile noire de Star Wars : le premier s’éclate la gueule mais les autres peuvent s’engouffrer derrière)

Lalcko – Mais c’est ça. On ne peut pas faire évoluer les choses direct. C’est comme dans le rap, il faut une jurisprudence : créer des cas auxquels on peut se référer. Faut des pionniers, faut des 1ers mecs qui se plantent, des 1ers qui réussissent, des 1ers qui avaient tout pour réussir mais qui se sont plantés, faut aussi l’inverse, etc. Moi je comprends pas, les gens font comme si leur opinion régissait tous leurs actes. Mais dans ce cas là, ne bouffe pas. Les mecs par qui ce qui est dans ton assiette est passé, ils sont sûrement bien différents. On sait que Hariri, proche de Chirac a fait du finacement d’arme, y’a eu la guerre, beaucoup de morts, tu vas faire quoi ? Arrêter de bouffer Libanais ? A un moment je connaissais des gens qui me disaient « ouais c’est fini, j’achète plus telle marque ». Ok. Bah vas-y, fais la révolution. Fais la guerre à Coca-cola, bois Fanta. (rires). On vit dans un monde où il faut protéger son intégrité mais en la mettant sur des choses importantes et réelles. Si tu mets des barrières autour de trucs que tu ne maîtrises pas, le jour où elles s’écroulent, t’as plus rien. Y’a des gens aujourd’hui qui n’ont pas de principes, pas d’honneur, mais qui vont dire « ne me manque pas de respect » (rires) mais bien sûr que je te manque de respect ! C’est spécial. Donc ouais, Dieudonné c’est le plus doué des comiques, et ils le savent. Tu vois Al Peco, vu qu’il est à Toulouse il a produit une ou plusieurs dates dans le sud, pour un spectacle de Dieudonné. C’est simple, il m’a dit qu’en gros toute la communauté artistique de Toulouse, des responsables etc venait le voir, mais en cachette quoi. C’est dramatique. Mais le problème avec Dieudo c’est que tu vas lui tendre la main, il va te mettre dans la merde en disant un truc de ouf ! (rires) C’est pour ça que mon jugement s’arrête sur scène : là, c’est un tueur. Là où tu vois qu’il est très fort c’est qu’il arrive à te tirer l’essence du Français, le terroir, sans forcément agresser tout le temps. L’essence de l’Africain en France, il te la tire, de l’Asiat… tu sais pas comment il vise juste à chaque fois. Parce que si seuls les occidentaux rigolaient quand il imite un Africain…

Spleenter – ce serait du laurent gerra

Lalcko – c’est ça, mais les africains aussi sont morts de rire : « c’est un gamin, lui ! ». Quand il fait le président camerounais ! « Le moteur ! » Je crois qu’il a perçu cette fascination, qui existe chez les Camerounais et plus généralement en Afrique Subsaharienne, cet attrait pour le mécanisme, dans le langage. Tu as des gens qui vont dire « tu es le piston de ma vie », tu vois ? Je pense que Dieudonné a dû entendre une phrase du style qui l’a fait rire, et il a dû creuser à partir de là. Y’a plein d’expressions comme ça : « le gros cœur ». Parce que le cœur c’est l’équivalent du moteur. Imaginons que je te vends un sweat, et le soir je reviens te demander de me le prêter parce que je vais en soirée. Tu vas me dire « mais t’as le cœur comme une montagne toi ! ». Ce genre là, toujours une comparaison avec un élément immense. C’est de là que vient le morceau avec Escobar sur mon album.

Spleenter – « le président a le cœur comme une piscine » sur ce son, ça veut dire quoi ?

Lalcko – C’est pareil, c’est genre, le président qui a le cœur comme la piscine, c’est grand, ça veut dire que ça coule, il peut te noyer, c’est sans pitié tu vois, il a un gros cœur, une ambition démesurée. C’est le gars qui vient chez toi, qui s’en bat les couilles. Après tu finis en slip, tu vas nager, quoi. Et là où tu vois l’intelligence de cette façon de parler, c’est quand une personne va te faire une comparaison hyper précise pour décrire quelqu’un, en associant au cœur quelque chose qui pourtant en est super éloignée. C’est complexe à expliquer. J’avais déjà le concept du morceau mais j’ai vu le sketch bien sûr, entre-temps. J’ai expliqué le truc à Escobar et lui l’a retranscrit à sa manière.

Spleenter – Surtout qu’en plus, lui aussi aime bien Dieudonné

Lalcko – Escobar, il aime tout ce qui fait rire (donc si y’en a qui se demandaient, ça doit être pour ça qu’il est juge à rap contenders). Tu restes avec lui une journée, il va te faire rigoler de trucs qui ne sont pas marrants. C’est un ouf. Tu vois le genre de mec : il te fait la blague, tu rigoles, mais lui il rigole pas. Donc t’es forcé de rigoler encore plus. Pour les Camerounais, j’avais entendu un constat qui disait : le plus aimé des français c’est un Camerounais…

Spleenter – Yannick Noah.

Lalcko – Ouais. et le plus détesté c’est un métisse camerounais…

Spleenter – Joachim Noah ?

Lalcko – Mais non, pourquoi, il est pas aimé Joach’ ?

Spleenter – C’est juste que ça commence à faire chier qu’on me dise que je lui ressemble (rire général)

Lalcko – Mais c’est curieux quand même que ce soit un camerounais dans les 2 cas, le plus détesté pour Dieudonné et le plus aimé pour Noah. Je me dis que peut-être on est des bons entertainers. On arrive à provoquer un truc chez les gens.

Spleenter – Oui. L’envie de tuer.

Lalcko – Yannick noah ne donne pas envie de tuer.

Teo – ça dépend des chansons.

si vous voulez entendre une blague consternante sur Ice-T, savoir pourquoi Ill est le Alain Juppé du rap, être déprimé en apprenant que plusieurs duos Lalcko/Dany Dan auraient pu voir le jour, ou encore écouter des gens rapper du Mala en choeur, ça se passe ici :

la 1ère fois que des potes ont écouté du Wu-Tang, vu qu’ils étaient à la base plus orientés west, ils trouvaient que les mecs étaient pas calés. Déjà, le débat du pas calé : « ils rappent hors-beat ! ». Arrêtez. La notion que vous avez du beat c’est la caisse claire. Un beat ça a plusieurs dimensions : le rythme imposé par la basse, celui de la mélodie, etc. C’est pas « boom boom tchak ». Le rap s’arrête pas à Prodigy. Mais même Prodigy ne rappe pas exactement comme ça. Seulement comme il met très peu de mots par phrase, les français en ont déduit que c’était comme ça. Y’en a plein qui me disaient « RZA est pas dans la musique ». Je répondais « écoute les charleys ». RZA rappait sur les charleys. Le truc c’est d’avoir l’oreille pour découvrir de nouvelles façons de kicker. Tu peux être surpris la 1ère fois, surpris la 2e, mais le diktat de la caisse claire en France, ohlala… les débats sur le off-beat… là faut savoir que Lalcko est dépité et en parle comme d’une épidémie, la preuve :

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interview Lalcko (1)

il est à noter que cette interview date du mois d’août, et au cas où tu te poserais la question, l’intro s’arrête ici.

Spleenter -(Il va poser une question sûrement intéressante quand il tique sur un détail) Attends un peu ? T’as 3 téléphones ?

Lalcko -Ouais. J’ai 3 téléphones : Y’en a un, c’est une puce Lebara, pour appeler l’Afrique. Pour appeler tout le temps. Un autre, c’est un nokia double puce. C’est les trucs d’Arabie Saoudite. De Dubai. J’ai une puce du bled dedans et une puce SFR pour le boulot. Et l’autre, c’est un téléphone pour laisser un message.

Spleenter -D’accord, donc t’es Libanais. La seule personne que je connaissais comme ça, c’était un Libanais.

Teo -Ils ont grave des téléphones, les Libanais.

Spleenter -Ah peut-être. Lui c’était un Libanais du Sénégal.

Teo -Donc t’es devenu vraiment pro, maintenant ?

Lalcko -Pro ? Dans quel sens ?

Teo -Pour t’avoir, faut envoyer un mail à telle adresse. Après une femme te rappelle, etc…

Spleenter -C’est une secrétaire ?

Lalcko -Non. C’est pas une secrétaire. C’est une collaboratrice, elle travaille avec moi.

Spleenter -T’aurais dû dire secrétaire. Ça pèse plus.

Lalcko -Non, je vais pas te dire ce qui est pas vrai, tu vois ?

Teo -C’est un peu rabaissant, en plus, secrétaire.

Spleenter -Ça c’est parce qu’on est des blancs. (Spleenter n’est qu’à moitié blanc, en fait. Mais les gens qu’aiment pas le blavog disent qu’il est blanc, alors il tente le coup des fois)

Lalcko -Elle fournit beaucoup de boulot, énormément de boulot. Donc c’est vraiment une collaboratrice à part entière. Elle apporte autant en stratégie qu’un manager. Parce que moi j’ai pas vraiment de management. Au début j’ai eu Jean-Pierre Seck, pendant le 45. Après j’ai travaillé avec quelqu’un d’autre. Mais maintenant, je préfère prendre mes affaires plus ou moins en main ; y a des gens qui sont là pour prendre les décisions avec moi. Parce que prendre les décisions seul… tu vois. À la fin c’est toujours moi qui ai le dernier mot. C’est pas parce qu’on est indé qu’on fait pas les choses bien. Ma boîte, je la monte vraiment, c’est une vraie boite. Mon album, c’est un vrai album. Mon label, c’est un vrai label. C’est pas que je sois plus organisé maintenant qu’avant, c’est juste qu’on se met dans les conditions. J’ai eu des petits soucis et j’ai pas pu venir la semaine dernière comme c’était prévu. C’est normal qu’elle prévienne. C’est plus rassurant pour moi. Si vous avez affaire à moi directement, les mecs, vous allez galérer.

Teo -Ouais, t’es un rappeur, quoi. On a l’habitude aussi.

Lalcko -Ouais, mais je préfère pas. Je prends au sérieux le taf que vous faites ; et puis on a rigolé sur vos blagues. Si je dis que je viens, je me déplace vraiment. C’est ou je viens ou je viens ap, en fait. Y a pas de hiérarchie entre tel ou tel truc. Parce qu’on a reçu un message de quelqu’un : « C’est peut-être parce que je suis un p’tit blog ou quoi ? » Ça n’a rien à voir, frère ! C’est juste que voilà…

Teo -T’es beaucoup sollicité ? Et par quel genre de truc ?

Lalcko -Beaucoup sollicité… Après, je connais pas la situation des autres. C’est pas non plus le buzz de Rick Ross ou je sais pas qui.

Teo -Bah on est en france…

Lalcko -Ouais mais même en france, y a des mecs qui sont à un autre degré. Booba, Rohff, etc… ils sont 4, 5. Ça fait déjà beaucoup quand même. La france, c’est pas un pays où y a des milliers de journalistes, on est pas nombreux dans le rap. Il en faut très peu pour être busy, que tout le monde t’appelle. Donc c’est une question de proportion. Là on m’appelle, les gens veulent faire des interviews. On veut savoir comment je me sens après cet album. Est-ce que j’ai été contraint de le faire comme ça ? Est-ce que c’est un échec, une réussite ? Parce que les gens se fient beaucoup à l’image qu’on leur donne ; ils arrivent pas à se faire une impression eux même. C’est grave, hein ! Ils achètent un album, ils sont journalistes parfois, ils écoutent et ils aiment bien. Mais ils se disent « est-ce que c’est normal que j’aime bien ? En même temps, j’en ai pas entendu parler… » Alors que c’est une question de ressenti. Ce qu’on a perdu en journalisme, aujourd’hui, c’est que les gens arrivent plus à découvrir. Le taf que vous faites, je te dis la vérité, si télérama ou je sais pas qui le faisait, il vendrait 3 fois plus. Parce qu’il se prendrait la tête à se dire « Le mec il écrit comme ça, il a telles références. Pourquoi il est toujours à côté ? Bah si il est toujours à côté c’est qu’il a fait le choix d’être à côté. » Et bien cette lecture là, les gens ne l’ont plus. Les gens ont la lecture de masse. Ce qui sort de la masse, on prend. Tout le monde lève le pousse de Jules César : « Ah ça c’est terrible ! » Alors qu’avant, tout le monde disait que ça pue…

Teo -C’était plus courant avant, les gens qui se prennent la tête. C’est même pas qu’on se prend la tête, en fait. C’est juste on écoute le son.

Spleenter -On se prend pas la tête 10 ans.

Lalcko -c’est sûr. Mais ce que je veux dire c’est qu’avant, on disait que la compétence était dans la « musique urbaine. » On l’avait. On avait le kiff, on avait la passion. Tous les autres milieux l’avait perdue. Ils étaient dans le pognon, dans les trucs et les machins, ils en avaient rien à foutre de nous. Et nous, comme on avait rien, on s’est intéressé aux choses, on était créatifs. Je dis pas que c’était mieux avant ; mais, nous, ce qu’on vivait à l’époque…

Spleenter -Tu vas pas nous sortir le T-Shirt, quand même ?

Lalcko -Non ! Non, non. Ce truc là, je suis pas d’accord. Enfin, je m’en bats les couilles. Ce que je voulais dire, c’est triste à dire, mais la variété qui a connu une grosse crise en france a aspiré nos façons de faire, nos façons de penser. Ils ont dû se réinventer : « Voilà, on va essayer de redécouvrir des trucs, mettre en peu plus de passion. On va prendre des risques sur des artistes… » Parce que t’as des artistes, des mecs comme la tortue ou je sais pas qui. À la base c’est des mecs tout pétés ! Y’a 5 ans, il aurait pas franchi la ligne. Y a 5ans il fallait avoir la coupe de cheveux bien, nanani, le t-shirt qui déborde pas, les muscles, les trucs, etc… Aujourd’hui, ils sont en train de chercher les artistes atypiques ou alors des gens « différents » et ils essayent de marketer des choses différentes à un grand public. Et ça marche… Ils font des chansons toutes pourries parfois qui ont pas de refrains… Je dis pas tout le monde fait comme ça dans la variet, mais parfois j’entends des trucs qu’ont pas de sens. Pourquoi ils ont choisi ça comme tube ? Finalement, y a pas de refrain comme La danse des canards, parce que cette compétence qu’on avait, qu’ils nous ont envié pendant des années… Bah… comme d’habitude.. Ils sont arrivés et ils nous ont pillé et ils sont partis avec. Nous, aujourd’hui, on est dans le conformisme avec je ne sais quelles maisons de disques qui font je ne sais quoi… c’est dommage. Y’a des mecs qui ont des dates de sortie mais pas d’album… Et le contraire aussi !

Teo -Beaucoup le contraire.

Lalcko -Aussi. Si tu regardes, les plus gros artistes, parfois c’est le marché qui dicte. « Pour l’Eté, il faut un disque ! » Et des mecs se grattent la tête : « Comment je vais faire ? j’ai pas de thème » Y’a des rappeurs en france qui ont pas de thème ! C’est chaud ! Regarde le rap américain, y a 3ans on s’en moquait. Mais ils trouvent toujours un moyen de se réinventer. T’as vu les mecs qui se sont développés en marge comme les Jay Electronica. C’est pas des trucs que j’écoute, mais Jay Electronica, tu peux le croiser en soirée avec Jay Z. Et ils vont échanger sur la musique ! Les B.O.B ou autres qui ont influencé des artistes mainstream qui ont un peu pompé leurs trucs… Mais en france, jamais tu verras ça. Aux states, ils ont ce côté là. Ça marche pas toujours, mais ils s’inspirent de ce qui est bon. Quand un truc est bon, ils le prennent.

Teo – Ici si une tête d’affiche fait un son comme des petits gars du gouffre qui cartonnent, tu vas avoir 500 vidéos internet de mecs qui vont dire : « c’est un enculé ! »

Lalcko -Ou alors, ils font un son avec lui.

Teo -Mais ça se fera pas non plus, ça, en france.

Lalcko -Mais ils devraient ! Si le mec est bon ! Après, y’a aussi des trucs qui sont pourris qui sont applaudis… Mais un truc qui est bon : t’invites le mec ! Pourquoi pas ?

Teo – Ce que t’as dit pour les auditeurs, c’est valable aussi pour certains rappeurs : ils savent plus écouter. Si tu prends un petit, bon allez je vais dire Dosseh.

Spleenter -Bah il a posé avec Booba, entre temps.

Teo -Justement, maintenant on va te dire qu’il défonce.

Lalcko -Booba, je sais pas quelle direction il est en train de prendre, mais sur les autopsies, de ce que j’ai vu des Autopsie, c’est un peu cet esprit là. C’est un peu la compil des mecs qui montent.

Teo – Booba on peut lui reprocher plein de trucs, mais il joue le jeu. Mais avec les règles américaines…

Lalcko -Mmmmouais… Après, chacun sa logique. Je pense que c’est un bon rappeur et un bon entertainer. On peut pas lui retirer ça.

Spleenter -Pour rebondir sur ce qu’on disait, Rohff, par exemple, ça a pas l’air d’être son délire.

Teo – si, dans « Le cauchemar du rap français », il avait ramené un petit de Grigny qui s’appelle Mzé. Il s’est rien passé derrière…

Lalcko -Ils ont fait un titre ensemble ?

Teo -Ouais.

Lalcko -C’est déjà ça ! Mais faut pas dire ça parce que, Rohff, y’a quelques années il avait fait « Code 187. » Alibi Montana, Sefyu, Kamelancien. Les 3 ont fait quelque chose ! Le problème c’est plutôt le nombre de fois que ces expériences ont été répétées. Si ça arrivait plus souvent… Mais faut pas regarder que Rohff et Booba, faut aussi regarder les classes intermédiaires.

Spleenter – Alpha 5.20, le nombre de gens qu’il a featé… je dis pas qu’ils sont tous des Jay Z en puissance. Mais il avait cette démarche là.

Lalcko -Et cette démarche qu’il a eu, ça lui a permis d’entretenir une machine, de faire émerger des têtes et parmi, si ça se trouve, y aura un putain de rappeur. Ça commence comme ça. Quand tu vois que Rick Ross il a commencé derrière les Trick Daddy et tout ça… Il était backeur pour Trick Daddy. C’est pas le même style de musique ! A un moment, faut bien faire émerger les choses et les gens sont bien marrants à se plaindre, mais ils font rien pour. Ils savent même pas faire d’affaires, parce que c’est comme ça qu’on génère de l’argent. Si on pouvait faire de l’argent tout seul, ça se saurait. Les américains sont pas fanatiques de leurs voisins, ils sont pas amoureux de leur prochain. Mais s’ils intéressent des gens à leurs affaires, ça multiplie les compétences, ça ouvre des territoires. Ça permet de pénétrer d’autres univers musicaux. Un mec de Philadelphie avec un mec de New York sur le remix d’un mec de Miami, imagine ce que ça peut provoquer comme mini séisme dans la rue. Les gens écoutent. Si on réagissait comme ça, ça fait super longtemps qu’on aurait gagné tous un peu plus. Parce que là, les gens parlent d’argent, en france, on est les rois pour parler de l’argent mais on le déteste. C’est pour ça aussi que j’ai appelé mon album comme ça, d’ailleurs.

Spleenter -Ou alors, on en veut mais on en parle pas.

Lalcko -Non, ça c’est la nouvelle mentalité. Je te promets que plusieurs fois, on a ramené le moyen de faire de l’argent aux gens et non. Y’a eu un repli, sur les fondamentaux. « Non. Nous ici, c’est comme ça. » Faut faire un choix… L’oseille c’est une façon de faire. Regarde, c’est simple : Dans la zic, combien de gens essaient de penser aux rappeurs ? je suis pas là pour faire un documentaire sur les rappeurs, mais c’est le milieu dans lequel je suis. Combien ont favorisé leur orgueil, souvent un orgueil mal placé, à la possibilité de faire des choses ? Ça passe par des excuses genre « Ouais mais moi je suis un vrai ! », « Moi je suis un truc » etc… Mais ils sont vrais quand ça les arrange. Ça veut rien dire, c’est comme le coup de « On sort pas avec la sœur du poto » mais « On peut se marier avec. » Chacun a sa version… « Oui la weed » mais « Non la C' » et puis ça devient « Non à l’héro » mais « Oui la cec’ ! » Tu vois ?… On évolue… Tous les 5ans on franchit un pas.

Spleenter – Ça me fait penser, Kenzy sur Allmade disait qu’à la base, le featuring avec Johnny aurait pu se faire beaucoup plus tôt ; mais qu’ils avaient tous dit « Non, attends… On peut pas, pour notre image… »

Lalcko -Ça c’est autre chose, parce que c’est vrai qu’ils étaient peut être pas prêts et que leur public non plus. Eux, je peux les comprendre, parce que c’est la première génération.

Spleenter -Je dis pas que je peux pas les comprendre. Mais ce que je veux dire, c’est qu’après, quand tu le refais…

Lalcko -Exactement, ou tu le fais ou tu le fais pas. Tu sais, on a beaucoup craché sur les anciens…

Spleenter – Gynéco il est toujours dans mes oreilles. (Ce n’est pas sale)

Lalcko -Pour moi, des mecs comme Mysto… c’est un mec bien plus intègre que les gens qui se foutaient de sa gueule quand il faisait « Gangster d’amour » ou ces trucs là. Il assumait des délires artistiques. Parce que le Ministère, à l’époque, ils étaient dans un délire. Moi aujourd’hui, je suis Mysto. Pas forcément sa façon de rapper, mais sur son parcours, je trouve. Je lui tire mon chapeau parce qu’il a réussi à faire de cinéma, sans faire son cinéma, tu vois ? Il a pas fait tout un cinéma sur « je vais être comédien », il a eu des vrais rôles. Il est respecté dans ce milieu là. Dans la musique, aujourd’hui, il est pas le plus fort mais il peut continuer à faire des albums pour se faire plaisir. Je pense que c’est un des rappeurs qui vieillit le mieux. Et quand tu le vois en soirée, il est là il fait ce qu’il a envie de faire. À un moment, c’est ça être intègre : « faire ce que t’as envie de faire. » C’est pas le genre à s’auto brimer pour ensuite faire des virages à 360 incompris.

Spleenter – le retour avec son dernier album était sympa.

Lalcko -Et Escobar lui a écrit un titre dessus.

Spleenter – y avait le remix avec Lino, Despo, Alpha etc… Et ça faisait plaisir, parce que tu voyais la filiation.

Lalcko -Exactement. Et c’est étrange de voir que ces rappeurs se reconnaissent dans un mec comme ça. Qu’ils reconnaissent avoir été influencés par un mec comme ça, aujourd’hui et qu’ils le disent. Parce qu’y a quelques années, je peux te dire qu’on entendait beaucoup « Ouais mais Stomy… hein… » Mais la force de la boxe, c’est quoi ? Le rap c’est comme la boxe ! La boxe, c’est revenir. C’est se manger un punch et revenir !

Teo -C’est une phase de Lino. « L’important c’est pas combien de coups tu donnes, c’est combien t’es prêt à en encaisser »

Lalcko -C’est ça ! Donc ils nous font bien rigoler. C’est facile d’être dans une bonne position, de mettre une bonne droite, gagner son 1er match par KO et s’arrêter là. C’est là que tu vois que dans ce game, au Etats Unis, je parle beaucoup des states vu que c’est là bas que ça a commencé, là bas on respecte la longévité.

Spleenter -Ça me rappelle un truc de The Wire où t’avais Cutty (temps d’arrêt) que tu me rappelles un peu, d’ailleurs, là que je t’ai en face de moi. Dans la scène où il montre un match de boxe aux jeunes…

Lalcko -C’est Mohammed Ali.

Spleenter – un des jeunes fait « l’autre mec c’est une fiotte. » Cutty dit « Non, un mec qui encaisse comme ça pendant tant de rounds, c’est pas une fiotte. Parce que ça veut dire qu’il est monté sur le ring, en sachant que l’autre était plus fort que lui et qu’il allait se faire taper. »

Lalcko -Bah oui ! Ça veut dire que c’est un stre-mon. C’est un stre-mon ! Moi je suis croyant. Que fait la génétique ? Y’en a qui ont plus d’attributs que d’autres. Et finalement, elle est où la bravoure à être tombé sur un mec qui est plus faible que toi ? La bravoure elle est là : un jour tu tombes sur un mec plus faible que toi, tu gagnes, mais un jour tu tombes sur un mec plus fort que toi, tu te tapes ! Après je vais pas jouer au super héros, le mec qui va jouer à l’Irlandais ou je sais pas quoi. Dans le rap c’est ça. Tout le monde est focalisé sur la carrière des artistes, mais moi j’essaie de voir sur la longueur : avec tout ce qui arrive dans la vie, quelle musique t’es encore capable de produire après tout ça ? Et c’est sur ça que je fais mon jugement. Je vais pas juger sur les 3 trous que t’as dans le corps, j’en connais qui en ont plus. Je vais pas juger sur la misère que t’as vécue, ça m’intéresse pas. Ça compose ta musique mais c’est pas ta musique. Parce qu’à ce compte là, tire dans une cabine et t’as le son de l’année !

Teo -C’est de la matière brute, mais il faut la raffiner.

Lalcko -Exactement. C’est sur cette longueur là que je juge. Et c’est pour ça que je dis que le rap français est pas forcément en train de mal évoluer, il y a quand même de bons punchers en tête.

Teo – est-ce que ça tourne pas un peu en rond ? Parce qu’Escobar est quand même très fort. Dans certaines interviews, tu le vois tomber le masque, un peu, tu le sens un peu dépité même si en même temps il continue parce qu’il aime ça.

Lalcko -Pour ce qui est du cas d’Esco, c’est un frère. Et c’est pas vraiment le masque qui tombe, en fait, mais il affine sa façon qu’il a de se battre avec les moyens qu’il a. Faut savoir qu’à côté de ça, il a un métier.

spleenter -On l’a compris quand on l’a vu freestyler en costard.

Lalcko -C’est ça. Il a son métier où ça se passe très bien, donc c’est un mérite qu’il accorde encore du temps à la zic. Je pense qu’il aime faire les choses bien, en sniper ! Pour éviter de tourner en rond. Y’a une différence entre quand on a débarqué et maintenant. La façon de voir les choses évolue. Mais je pense pas qu’il ait perdu son mojo, parce que c’est une véritable affaire de le voir en studio. Tu lui mets un son et… de toute façon on se transforme tous. Moi j’ai beau faire le mec speed, qui a toujours des trucs à faire ; tu me mets dans un studio avec un bon son…

Teo -Tu restes toute la nuit si il faut.

lalcko -Voilà ! Tu vois, je fais mon morceau.

Spleenter -Ça reste la passion.

Lalcko -Ouais, voilà. Je kiffe le faire. J’espère qu’avec Esco et les autres, on sera un exemple pour une autre génération de rappeurs qui vont arriver. Des mecs qui se diront : « J’ai mon taf, j’ai mes affaires à côté. J’aurais préféré que ce soit le rap qui paye tout comme ça je le ferais à 15 000% mais voilà. Alors comment je dois faire pour rester toujours opérationnel dans le rap à 300% ? » C’est une forme de schizophrénie, presque. Faut se dépasser. Parce qu’à un moment, quand tu branches le micro, tu te dis : « Ça y est. J’ai déjà été dans les affaires toute la journée… Faut que je me refocalise ! » Parce que les gens attendent LAL ou bien Esco, ils veulent pas le savoir ! S’ils trouvent ça nul, ils le diront ! Pour faire cet album, j’ai pris du temps. J’ai mis tout à côté. Pour essayer de mettre plusieurs étages dans mon concept, que ça soit meilleur que ce que j’avais fait avant. Même si les gens le perçoivent pas tout de suite.

Spleenter -On a l’impression qu’y a une nouvelle étape de franchie. Mais on peut pas trop la définir.

Lalcko -Mais c’est plein de petites choses ! Diamant noir, c’était vraiment le produit brut. Diamants de conflit c’était plutôt un truc en éclosion ; t’as des morceaux qui brillent déjà un peu plus que d’autres. Comme des Lumumba ! Dans Diamant noir, t’avais aucun truc qui sortait du lot, t’as pas des titres qui portent le projet à eux seuls.

Teo -Qui portent, peut-être pas. Mais tu prends des sons comme Extension du territoire

Lalcko -Voilà ! C’est peut-être un très bon son, mais ça porte pas…

Spleenter -Ou le truc avec Esco. De toute façon, y’a toujours un truc avec Esco donc c’est pas difficile.

Lalcko -Voilà. Mais sur Diamants de conflit, y a Lumumba. Et le truc, c’est ça : Lumumba a porté Diamants de conflit à lui tout seul ! Pour ceux qui connaissaient pas le projet. Pour ceux qui connaissaient pas Lalcko. Pour moi c’est devenu un tampon : « Le clip avec le mec en Afrique ? Ah ouais ! » Le clip, le titre, ça ajoute. C’était un ensemble en fait. Et pourquoi c’était un street ? Dans la définition et la profondeur du thème. Y a des morceaux qui étaient vraiment bien, mais dans le thème général, c’était pas assez…

Teo -Défini ?

Spleenter -T’as une vraie exigence au niveau de l’album.

Lalcko – Voilà. C’est comme un tableau. Si je prends une photo là et après je te ramène un tableau et tu vois que j’ai rajouté une troisième personne. Tu vas dire « Ton tableau il est faux. » Y a une vraie exigence au niveau de l’album que je pourrais pas vraiment expliquer. Avec le recul, y a des choses qu’on peut toujours faire mieux mais ça je suis pas fan. Parce que je veux toujours laisser une part d’excitation, une part d’erreur qui fait la beauté du truc. quand tu fais pas d’erreurs, quand les morceaux sont tout bien comme tu voulais… C’est pas surprenant…

Spleenter – Quand le clip Lumumba est sorti, je croyais que ça annonçait l’album. Et ça a quand même pris vachement de temps.

Lalcko -bah, c’est des aventures : tu rencontres des gens, vous allez faire le truc ensemble… Puis finalement, tu réalises que t’es en train de t’ajouter du poids. Y’a toute une métrique, en fait, en indé. C’est l’art de mettre chacun à sa place. Aux grandes structures, ça leur a pris des 10aines, des 20aines d’années… Ils ont des services de ressources humaines ! Tu vas pas prendre un plombier et lui dire de faire la maçonnerie. Et comme on avait toujours le fantasme de réussir en équipe, c’est le fantasme de la bande. On est né et on a grandi avec ce truc là ! Je crois que dans chaque équipe, tu pouvais imaginer qui était Tom Hagan, qui était Vito, etc… On avait un peu ce côté là, le fantasme de l’organisation. Mais forcément, les choses comme vous les voyez ne sont pas forcément ce que vous devez faire. Donc on fait une fois, on se casse la gueule. On essaie de faire les choses différemment, ça marche pas forcément. Jusqu’à ce qu’on trouve la bonne métrique.

Spleenter –On tombe pour mieux se relever.

Lalcko -Exactement ! Mais moi j’aime pas tomber. Je suis trop lourd.

Spleenter -Tu vois d’où vient ce proverbe ou pas, toi ?

Teo -Ouais, de Batman.

Spleenter -Ouais.

Lalcko -C’est pas dans The dark knight, ça…

Spleenter -c’est dans Begins. Mais je sens que tu voulais parler du Joker, alors vas-y (le piège se referme).

Lalcko -Ah ! Le Joker ! Il est fou ! C’est le rôle des rôles ! Mon frère le regarde tous les 2 jours.

Spleenter -Et je ne suis pas son frère, pourtant…

Lalcko -Pourtant…

Teo -Tu pourrais.

Lalcko -Franchement, c’est un putain de film. Comme on en fait très peu en ce moment. Le pire, c’est que tu passes au travers de la violence ! C’est pour ça que c’est un putain de film.

Teo -Ouais, c’est quand tu le revois après « Mais c’est vrai qu’y a beaucoup de morts ?! »

Lalcko -Il est très violent et justement, c’est comme quand on parlait du Parrain. Mon père insistait pour me le faire voir quand j’étais tit-pe. Moi je comprenais pas. On tuait des gens et tout. Et mon père me disait « Regarde ! C’est bien ! » Pourtant, il voulait pas que je regarde Starsky & Hutch. Mais quand l’histoire, l’écriture et le jeu des acteurs est au-dessus, c’est du bon.

Spleenter -Quand y a la qualité, ça peut sublimer le truc.

Lalcko -Exactement. c’est le principe de la qualité, ça fait dépasser les a priori. Quand tu tombes sur un projet ou un truc de qualité, la plupart du temps, tu laisses tomber tes barrières. Y’en a beaucoup qui tombent malheureusement dans ce piège, qui sont trop sublimés par la qualité. Ou par l’intelligence. c’est pour ça qu’il y a des politiques qui ont réussi à enrôler des gens pendant un nombre d’années incroyables. Comme Mitterrand, quand tu le rencontrais, il te parlait, t’étais sublimé, tu vois ? C’était un gang !

Teo -Mon grand père était en prison avec Mitterrand pendant la 2nde guerre mondiale, donc ils ont discuté ensemble. Mon grand père il est devenu prof de philo, donc c’est déjà qu’il était porté sur la gamberge. Il me disait que c’était un mec indémontable.

Lalcko -je vais te raconter une histoire que mes parents m’ont raconté quand j’étais encore petit. Je suis né à Rennes, moi…

Teo -À Rennes ??!!

lalcko -Ouais.

Spleenter -t’es pas né à Rouen ?

Lalcko -Non, à Rennes…

Teo -À Rennes ??!!

Spleenter -Mais t’as été à Rouen après ?

lalcko -ouais, à un moment j’y suis passé, oui. Mais je suis né à Rennes.

Teo -À Rennes ??!!

Lalcko -Mes parents étaient étudiants à Rennes.

Teo -Je suis né à côté, je suis né à Avranches.

Lalcko -Ah bah voilà. Salut voisin.

Spleenter -C’est le complot des provinciaux.

Lalcko -Mais non. Donc tu vois, mes parents m’ont dit qu’ils ont vu Mitterrand arriver. Il parlait d’économie, de choses sérieuses mais il prenait les gens avec ses mots. Et quand il a vu mes rents-pa assis avec les cle-ons et leurs potes, forcément, des renois avec des grandes touffes. Mitterrand a jeté un œil, il a commencé un discours sur l’Afrique, sur l’intégration. Le mec était un monstre ! Mais c’était un ouf ! Parce que dans une phrase, il a fait coexister 2 sujets qui n’avaient rien à voir juste parce qu’il voulait capter notre attention pendant 5 minutes ! Quand tu rencontres des gens comme ça, mais des espèces de gourous… qui ont un charisme qui, à un moment, les surélève ; après ils peuvent faire n’importe quoi ! C’est pour revenir sur le concept de l’excellence, parfois ça peut être un piège. Il est vraiment bon, tu vois ? (il montre l’affiche de TDK avec le Joker) Mais à un moment, je me sentais tellement piégé dans les films que je préférais regarder Rambo. Rambo, c’est pose ta tête. Commando ! Tous ces bails là ! Tu rigoles ! Le mec il meurt jamais ! Quand tu penses à Sylvester Stallone, après tu tapes Dolph Lundgren, Schwarzenegger, vraiment véner. Tu vois les Michael Dudikoff, tous les American Ninja, tous les bails ?

Teo -D’ailleurs, Le Stallone contre Dolph Ludgren, c’est le sample de « L’esprit des rois » ?

lalcko -Ouais.

Teo -c’est la scène de Rambo 4.

Lalcko -Non, c’est rocky.

Teo -Rocky 4, c’est ça ! (sacré Teo…)

lalcko -Ouais. Moi je suis né à rennes, après mes parents sont rentrés en Afrique. (Lalcko il est génial parce qu’il oublie pas les questions que tu lui poses même si toi t’étais déjà parti sur autre chose) On les a suivis. au Cameroun. Mon père était un opposant au système. Ils l’ont mis au placard. Quand il était en prison, je suis resté un peu, il a mis quelques années. Quand il est sorti, voilà, moi je suis revenu. Région Parisienne. Après, trop têtu, on m’a envoyé chez un autre oncle à Rouen.

Spleenter – dans tout ça, le rap il intervient quand ?

Lalcko -Le rap. Il a toujours été là. Je peux pas te dire quand ça a commencé parce que moi j’ai commencé à en écouter super jeune. Super jeune. Et j’ai fait plusieurs petits essais. tu vois même en région parisienne, ici. À Asnières même ! À Gabriel Péri ! J’étais chez une tante, tu vois, j’étais petit.

Teo – t’étais partout, en fait ?

Lalcko -Ouais, le truc c’est que ça retrace aussi l’histoire de beaucoup de familles africaines, ici, en france. À la recherche de logements. Parce que t’hérites pas d’une maison où ton grand père habitait, par exemple. Donc la plupart du temps, t’as un cle-on, quand il est étudiant, il a un HLM. Une fois qu’il se barre, il rend jamais le HLM ; il le passe à sa reuss qui a plus d’enfants. Elle vient, les enfants grandissent là. Y en a un qui est un peu têtu, on l’envoie chez un cle-on un peu mieux placé pour lui tirer les oreilles. On a un peu grandi comme ça. Si tu demandes aux rappeurs d’origine africaine, y en a beaucoup qui vont te défendre une ville parce qu’ils y ont des attaches plus fortes. Mais ils vont te dire : « Je suis né à Asnières, j’ai grandi à machin. Après je suis allé là bas, j’avais 12ans et je suis parti. » Donc y’a eu beaucoup de déplacements comme ça. Et Rouen c’est vraiment l’étape où j’ai commencé à me dire que je pouvais faire un truc bien.

Teo -C’est du rap Normand…

Lalcko -Euh.. Ouais… Du rap Normand, non, tu vois. Parce que, ce qu’il faut savoir c’est que ça peut pas être du rap Normand, parce que le rap Normand c’est très caillera.

Teo -Ça dépend où.

lalcko -Non, c’est très caillera : la vraie vie des quartiers en province, c’est un truc de ouf ! Et y a rien à faire ! rien…

Teo -Y’a des coins entiers en province où y’a rien à faire tout court.

lalcko -Ouais, tu vois. Et quand tu vois des régions avec une histoire, parce que la Normandie a une histoire, tu te dis que c’est là où les bateaux arrivaient, donc tous les petits enfants de tirailleurs sont là. T’as énormément de familles manjaques. T’as des cités où t’as que des manjaques ! Comme Rouen, Le Havre jusqu’à Val de Reuil, Elboeuf, ça se colle avec la région parisienne. Tout le côté Mantes La Jolie, tout ça. Du 78 au 76, c’est super caillera parce que c’est un peu le même genre… Beaucoup de jeunes ont énormément d’énergie mais y’a rien ! Donc le truc, c’est que quand y’aura un concert, une soirée, y’aura fusillade, frère ! Parce tout le monde attend ce jour là pour régler ses affaires. Des trucs qui ont rien à voir. C’est pour ça que moi, quand je suis revenu en région parisienne…

Spleenter -Juste un truc. Quand t’étais à Rouen, Casey était repartie ?

Lalcko -Elle était repartie. en fait, les 1ères années où j’y allais, je pense qu’elle était encore là. Mais après, quand j’y suis allé pour faire mon lycée, non, elle avait déjà bougé. Mais on connaissait des têtes en commun. Parce qu’on guettait à peu près les mêmes secteurs : Grand’Mare, Sapins, tout ça. Y’a des anciens qui l’ont vue passer. J’en ai jamais parlé avec elle, mais je sais qu’elle était là. Dans la ville, je sais très bien où elle habitait. Après, si un autre passe par Rouen, ils lui diront : « Kolal, il habitait là. » etc…

Spleenter – tu penses quoi de son parcours ?

Lalcko – pour moi, Casey c’est un des meilleurs parcours du rap français, franchement. Elle est allée jusqu’au bout de ce qu’on peut faire avec ce type de musique. On va dire qu’à un moment tu peux trouver que les musiques sont souvent les mêmes, tu peux trouver les thèmes redondants. Mais à chaque album c’est de plus en plus précis ! Ça fait mal où il faut. Ça m’étonne pas qu’elle est évoluée de cette façon et qu’elle arrive à flirter avec le mouvement rock un peu alternatif et tout ça. Parce que finalement c’est très… je vais pas dire « Punk » comme attitude mais c’est respectable.

Spleenter -Oh si, on peut dire punk, quand même.

Teo -Y’a le côté un peu nihiliste.

Lalcko -Ouais, mais c’est bien géré ! L’autre que je voyais avoir une carrière comme ça et je lui souhaite, si jamais il continue, bah c’est Despo.

(faut préciser que l’avenir de la carrière musicale de Despo Rutti était un peu floue mais qu’entre temps, depuis cette interview, il a repris les chemins du studio. Et on s’en réjouit !)

Lalcko -Le gens imaginent Despo dans un concept rap de rue. Oui, mais…

Spleenter – c’est plus que ça.

Lalcko -C’est bien plus. C’est pas pour dire que le rock c’est mieux, mais Despo, pour moi, c’est une rock star. Tu vois, un peu, dans son délire ? Il a la rock attitude.

Teo -C’est sur ton album qu’il le dit : « Nos phases de punk. » Il le sait.

lalcko -Ouais et il le développe…

Spleenter -Il a un peu ce côté « Dieudonné du rap. »

Lalcko -Ouais, il est plus loin que les autres. Tu vas pas l’arrêter ! c’est pas pour rabaisser ou pour comparer, mais c’est pas Sefyu. Tu vois ? Despo, tu vas pas l’enfermer dans le truc 93. Despo peut porter le 93 à la planète. Il peut parler du 93 à New York. Avec ses futs bizarres qu’il aime bien, avec les poches sur les côtés. Il mettait pas de jean’s ! déjà le mec il avait une attitude. Il portait des bails bizarres. Mais c’est toujours le même problème dans le rap… C’est pour ça que je disais « j’espère qu’on sera une source d’influence pour les prochains. » Despo nous parlait beaucoup avec Escobar. On se parlait énormément et il nous demandait, comme nous on est arrivé un peu avant, comment ça se passait. le truc c’est quoi ? C’est que moi j’ai eu la chance de rencontrer dans gens comme Jean-Pierre Seck qui m’ont montré les bases, à un moment. Mais il a fallu que je sois moi-même mon producteur, mon manager, que j’arrive à voir plus loin que les autres. La plupart du temps, y a un artiste qui arrive avec un talent et y a un mec en face qui dit : « Lui, je peux l’amener là. » Moi, en tant que Cesar Sharp (nom du label de Lalcko), c’est à moi de porter Lalcko. C’est à Escobar, à Makila Mizik de le porter. Faut du temps pour avoir le recul, la vision, bien peser le truc. Et gérer de l’autre côté la partie artistique. Apprendre à se montrer sous son meilleur jour et choisir son meilleur angle de tir. c’est pas le plus facile.

Teo -vous avez jamais pensé à faire une sorte de structure, de label commun à vous 3 ou avec d’autres ?

Lalcko -Non, au niveau structure c’est compliqué. Mais on peut très vite s’entendre. C’est pas le problème. Il était même question, je te cache pas, qu’on fasse un album à 4.

Spleenter -Avec Seth Gueko ?

Lalcko -Avec Seth. Après, il est parti dans ses albums, dans ses machins. Donc on s’est dit « on va le faire à 3. » Juste après avoir enregistré Esprit Crapuleux, on s’est dit « On y va ! » Mais après, la sortie de l’album de Despo l’a presque surpris. On lui a dit : « On a trouvé un deal. PAF ! Ça sort là ! » Ça a repoussé le truc, et puis de « après » en « après »… Mais on est pas à l’abri. Déjà un Lalcko/Esco, c’est sûr ! On peut le faire, mais…

Spleenter -c’est sûr qu’on peut le faire ou c’est sûr que ça va arriver ? c’est pas pareil.

lalcko -Non. « c’est sûr que ça va arriver » je peux pas te dire ça. Parce que demain je peux arrêter la musique. et je sais pas pour Esco, mais ça peut être la même pour lui aussi. Je pense qu’on s’accompagne beaucoup.

Spleenter -Ouais, dans le délire des 3 voix monstrueuses.

Teo -Je trouve qu’y a Dosseh qui arrive aussi avec ce côté là, un peu.

Spleenter -Il a un côté un peu brut, aussi une façon de formuler.

lalcko -Mais Dosseh c’est un artiste. C’est ça, l’art de se montrer sous son meilleur jour. C’est ça finalement l’entertainment. Quand tu regardes, les plus gros ont mis du temps à se montrer sous leurs meilleurs jours. Rick Ross ça a mis du temps pour choisir les bonnes lunettes. Dans le rap français, y en a plein qui ont essayé, qui sont passés par du large. Après ils sont arrivés sur Louis Vuitton.

Spleenter -Si tu t’amuses à faire les modes sur les rappeurs, on a pas fini…

Lalcko -Mais c’est ça. La mode fait partie de tout ça. De se montrer sous son meilleur jour ! Ça peut passer par un pseudo. Moi j’ai de la chance d’avoir trouvé mon « option de développement » depuis super longtemps. Les discussions qu’on avait dans le 45, je m’en rappelle : « Ouais, mais non, la street, l’Afrique, c’est compliqué ! » Non les mecs. Non, c’est pas compliqué, parce que c’est la vie de beaucoup plus de gens que vous ne l’imaginez. Y a des gens qui sont nés au Liban pendant la guerre ou qui ont des souvenirs de la guerre par leurs parents. Ça les a marqué. Ils sont arrivé ici qu’il y a 8ans. En france, ils étaient à l’école avec des Arméniens aussi, donc ils ont appris quelque chose. Et après bim ce mec finit à Aulnay sous bois dans le 93, ou je sais pas où. Mais tu vas pas résumer ce mec à Aulnay ! Son parcours est trop long. En fait, c’est ça que je veux montrer : c’est l’autre face des parcours. Moi, tu vois, toute ma famille est dans le 94. je pourrais faire le mec du 94 toute ma vie, aller dans d’autres villes, pour essayer d’être proche de mecs dont j’ai pas envie d’être proche…

Teo -Tu gueules « Capitale des brakos » de temps en temps…

Lalcko -J’ai fait un son comme ça dans la compil « Départements : 94 »

Spleenter – t’en as fait un autre dans « Tête brulée » qui reprenait « Guerre » de Mafia K’1 Fry.

Lalcko -Oui ! Mais bon…c’était plus pour l’exercice de style que pour représenter quoi que ce soit.

Teo – « La police a des flingues de la taille du christ »

Lalcko -Ouais, ouais.

Spleenter -Mais t’as une mémoire de fou furieux, toi !

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