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Pour les petits retardataires (bis)

Ron-Burgandy-Finishes-Drink-Quickly-Anchorman

Ouais parce qu’en fait y’a une moitié du Blavog qui participe régulièrement à l’émission Abcdr, histoire d’insuffler un peu d’esprit Cogip dans tout ce bouzin.

Donc ça c’est les 3 premières

l’impact du virus Ebola sur le rap français

un portrait type d’une partie du public rap : les sales puristes

et une sorte de revue de presse focalisée sur toutes les conspirations de ces derniers temps

voilà, merci à tous de votre attention

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interview Lalcko (2)

alors cette fois les passages audios sont des bonus qui n’ont donc pas été retranscrits. ça me semblait assez évident mais les réseaux sociaux nous indiquent que nos lecteurs sont de plus en plus idiots, alors je précise. merci de votre attention.

Lalcko – Tout ça pour dire que tu peux pas te résumer à un seul angle. C’est ce côté là des parcours que je veux montrer. L’histoire de ton grand-père on peut en parler des heures par exemple tu vois. C’est pour ça que j’ai toujours refusé de voir les films comme Collision. Parce que c’est ça mon style d’écriture. Superposer plusieurs parcours différents. Arriver à tout mélanger harmonieusement pour avoir des gens, des vies superposées, qui composent une vision : ça c’est vraiment mon truc.

Spleenter – mais attends t’as vu forcément des films qui utilisent ce principe. Traffic, t’as pas vu ? Short Cuts, Magnolia ?

Lalcko – Non ! Dès que des films comme ça ont commencé à arriver j’ai évité de les voir. Tous. Quand j’ai vu ça, je me suis dit ça y est, ils l’ont ramené à l’écran. Quand j’écris, mon esprit est composé comme ça.

Spleenter – C’est marrant parce que Gueko on peut l’assimiler à un perso de comédie policière, Esco à un film d’horreur, Despo un drame urbain et toi je voyais pas trop… tu serais une sorte de narrateur d’un film-orchestre en fait.

Lalcko – Exactement. Et du coup, à chaque fois qu’on me ramenait un truc comme ça, avec les teasers et tout, je mettais de côté. C’est trop proche de ce que je fais. Je me suis dit « wow ». Parfois ça me faisait la même chose avec des sons de rappeurs américains… c’est pour ça que pendant toute une période j’avais un peu ce problème : je trouvais un truc, un titre, un concept et mes potes me disaient sors le tout de suite, ou dis au moins le truc publiquement parce qu’après d’autres l’auront fait entre temps. Et ça a pas manqué. Quand j’ai bouclé le titre l’argent du Vatican, j’ai commencé à… bon c’est peut-être l’inverse, c’est moi qui avais les yeux plus ouverts là-dessus qu’avant, mais je vois des unes de l’express et d’autres : « L’argent au Vatican », « Le Vatican et l’argent » (rires). Après je vois Raekwon qui fait une tape Vatican je sais pas quoi. Merde ! Le truc c’est que quand t’es dans l’air du temps, tu dois dominer ce genre de vitesse. L’autre problème c’est qu’en indé, des fois des titres sortent avec du retard. La 1ère version de Lumumba a été enregistrée époque 45, ça fait 3 ans de décalage avec la sortie.

Teo – Le gros problème de ce texte c’est que tu dis « cent Zannées » à un moment

Lalcko – ouais je sais mais bon. Ça fait partie de moi. Dans la vie je le dis comme ça aussi. Et en vrai, à un moment j’ai eu peur qu’on me prenne pour ce que je n’étais pas. Un genre d’intellectuel fou, qui prend plein de références un peu partout, qui les mixe et les fout partout. Je suis pas comme ça. Les mots que je dis je les comprends. Et comme je viens d’une culture orale, j’ai appris plein de mots dans des contextes où beaucoup n’ont jamais été. Quand la 1ère personne qui te parle de la Torah c’est un cousin qui vient de faire 15 ans de placard au Cameroun et qui l’a découvert là-bas, il te dit des trucs d’une façon… tu retiens des sonorités, c’est des années après que tu fais « ah ouais, Bar Mitzvah ça se dit comme ça». Mais tu gardes toujours comme référence la première fois où tu l’as appris. J’ai une grosse culture orale. J’ai lu un peu mais j’ai surtout une culture orale. Si je pouvais revenir et corriger la faute, je le ferai pas. Même les films, j’y fais référence…

Spleenter – les séries aussi

Lalcko – ouais, Tony Soprano c’est mon cousin (sourire). Quand je vois comment il graille, comment il se comporte chez lui, c’est un ours. On est pareils ! Même pas pour le concept gangster hein. Y’a une scène que je kiffe, c’est quand il dîne avec sa sœur et il supporte pas de la voir toute zen vu qu’il a l’habitude de se disputer avec depuis tout petit ; alors il lui lance des piques jusqu’à ce qu’elle éclate et là seulement il est content. Cette scène c’est une des scènes les plus gangstas de cette série. Si moi j’ai l’habitude que ma mère me crie dessus parce que je fais des trucs de ouf, et qu’un jour elle s’arrête, quelque part y’a un truc qui cloche, et limite tu te sens mieux seulement quand elle te crie dessus, parce que c’est comme d’habitude. Tu vois Tony, il a pas pu lâcher la criminalité, et moi c’est peut-être la même avec la musique. D’ailleurs même quand je faisais des conneries, je me suis jamais pris pour un cambrioleur ou je ne sais quoi. C’est seulement bien après, quand t’en reparles avec les autres que tu réalises et que tu distribues les rôles « ah, donc toi en fait t’étais grossiste ? Donc moi j’étais… Ah ouais ! » (rires) C’est pour ça que ma base, c’est le côté multi-facettes. Lumumba, au moins au niveau du clip je voulais être le 1er à le faire, bon je l’ai été qu’à moitié, y’avait Mactyer avec 93 tu peux pas test, mais c’était différent. Le concept c’était « l’universalité de la street » (slogan de Lalcko époque 45). C’est mon vécu.

Spleenter – « les vrais négros habitent l’histoire pas la géographie »

Lalcko – voilà. Moi à la fois je vais tourner Lumumba, en même temps j’ai des potes à new york, des ghanéens, nigérians dans les trafics que j’ai vus la dernière fois au Country Jail de Baltimore, à Paris d’autres encore sont dans des histoires, machin sort, l’autre prend tant d’années, pendant ce temps au Cameroun y’a aussi des trucs, je sais pas comment t’expliquer, moi je combine tout ça. C’est pour ça que je peux pas juste arriver et présenter qu’un côté, même si des fois je peux être impliqué avec des gens de façon directe, je dois tout prendre en compte sinon le film serait incomplet, il manquerait trop d’aspects.

Spleenter – T’as un côté un peu « Jackie Brown » en fait : tu racontes un truc qui à la base pourrait n’être vu que comme, en l’occurrence, une escroquerie de merde, sauf que tu le décris d’une certaine façon, du coup ça devient autre chose

Lalcko – Exactement.

Spleenter – D’ailleurs ça rejoint aussi ton sens de la formule, avec par exemple… bon le temps que je trouve, une question conne : d’où vient le nom Lalcko ?

Lalcko – roooooh non. Mais ce truc dont tu parles… tu vois les Iceberg Slim ? Des histoires de merde de mac tous pourris. Vu que la personne qui raconte est quelqu’un qui rentre dans les détails, le soin de l’écriture sublime le moment et ça crée un « instant » différent.

Teo – le style que tu décris, tu commençais déjà à bien le développer dans le 45, alors qu’un gars comme Hifi, avait à la base un délire bien à lui, mais dès qu’il a été dans 45, il a adopté le « style 45 », toi non. Comment ça s’est passé ?

Lalcko – Ça c’était une bataille de ouf. Tu demanderas à Jean-Pierre (rires). Ça pouvait aller loin. Je suis arrivé avec tellement de titres, sur certains il m’a aiguillé, il m’a appris énormément de choses. Pour d’autres, il comprenait pas : « mais c’est quoi ? C’est comme ce truc où tu rappes en italien… » (rires) pour Immobiliare. Ce qu’il voulait me faire comprendre à l’époque c’est que j’attirais l’attention sur moi et donc fallait aller à l’essentiel. Mais moi je suis arrivé avec une autre couleur, qui correspondait pas. Les gens me disaient t’es capable de faire un tir de sniper, fais un Deep Cover qui dure 3min et on tue tout le monde ! (rires)

Spleenter – Ça reste un morceau assez important pour toi, tu réutilises un peu la phase sur ta mère enceinte qui a « la rage au ventre »…

Lalcko – … qui devient « un 357 déguisé en femme enceinte », ouais. Dans 4916, je donne mon lieu de naissance aussi en disant « dans le 3-5 », même si peu le savaient, je donnais un truc en plus. C’est des clins d’œil pour ceux qui me suivent. Dans Blow c’est « je sors du ventre comme on sort d’une Chrysler ». A chaque étape de ma carrière, y’a un truc où je fais référence à ma naissance. Y’a plein de signaux comme ça que je mets sur mon chemin, pour me retrouver moi-même. Parfois je les redécouvre, y’a des trucs que mon esprit fait tout seul aussi.

Teo – Je t’imagine en petit poucet maintenant.

Lalcko – Ouais non, je suis plus l’ogre qui soulève le lit des enfants là. Pour leur faire peur, mais il les bouffe jamais. On nous fait comprendre qu’il faut buter l’ogre. Mais il a rien fait ! C’est toujours le même truc : si c’était les lions qui écrivaient l’histoire…

Teo – dans Jack et le haricot magique, c’est ça, il monte tout en haut, déjà on sait pas bien quel est le projet, il tombe sur le géant qui forcément veut le foutre dehors, comme toi tu vois une souris chez toi, t’en veux pas, mais Jack finira par tuer le géant.

Spleenter – Bah c’est l’amérique aussi

Lalcko – c’est la dictature des petits, ça s’appelle la démocratie : ils se mettent tous ensembles, pour qu’intellectuellement tu portes la faute. Si là, on te dit que y’a un gorille dans Asnières, première chose : on voudra tous le fumer, sans chercher à comprendre. Mais pour en revenir à l’écriture (on vous avait dit que Lalcko c’est le boss) la piste principale pour le prochain album, c’est le story-telling. Je veux vraiment venir sur le concept de narration, d’histoire racontée. Jusqu’ici y’a juste eu des bribes, mais c’est tout. Par exemple sur L’eau lave j’avais un morceau qui s’appelle Les Anciens, où je racontais un peu que j’ai rencontré tel mec à tel endroit, qui m’a dit ceci, etc. Ce morceau n’avait pas sa place. Il appelait le passé mais pas pour les bonnes raisons, il faisait sortir du contexte. Dans l’eau lave, à aucun moment t’échappes à l’ambiance principale : les pièges, le regard des gens sur toi, l’ambition… c’est vraiment un film. C’est comme ça que je l’ai conçu. Y’a des moments creux, des scènes que tu peux zapper mais peut-être que dans la scène que tu vas écarter tu vas louper quelque chose de crucial et t’y reviens du coup. Mais bon c’est pas un piège, c’est suffisamment ouvert pour que ton esprit s’échappe… bon ça c’est pour ceux qui ont vraiment une écoute « intellectuelle » d’un album.

Spleenter – Une écoute (il fait le bruitage de « au-dessus c’est le soleil« )

Lalcko – moi Dieudonné j’ai soutenu depuis le 1er jour. Son combat politique je ne le comprends pas, je pense qu’il a eu l’art de nous piéger aussi, il est provocateur, mais… le talent. Moi je soutiens son talent. Aujourd’hui on nous vend Céline à l’école. Quand j’ai lu certains passages, des mises en situation qu’il fait, je me suis dit que c’était un truc de ouf, niveau écriture. Mais je suis pas forcément rentré dans les idées de Céline. Après faut pas faire de syllogisme, Dieudonné n’est pas Céline. Je pense qu’il a quand même bien décomplexé les gens sur un certain nombre de sujets. On est en France, on est tous différents mais on est là, on échange.

(là Spleenter se lance dans un parallèle grotesque entre la provoc de Dieudonné et un vaisseau spatial kamikaze qui se sacrifie pour que le reste de la flotte puisse attaquer l’étoile noire de Star Wars : le premier s’éclate la gueule mais les autres peuvent s’engouffrer derrière)

Lalcko – Mais c’est ça. On ne peut pas faire évoluer les choses direct. C’est comme dans le rap, il faut une jurisprudence : créer des cas auxquels on peut se référer. Faut des pionniers, faut des 1ers mecs qui se plantent, des 1ers qui réussissent, des 1ers qui avaient tout pour réussir mais qui se sont plantés, faut aussi l’inverse, etc. Moi je comprends pas, les gens font comme si leur opinion régissait tous leurs actes. Mais dans ce cas là, ne bouffe pas. Les mecs par qui ce qui est dans ton assiette est passé, ils sont sûrement bien différents. On sait que Hariri, proche de Chirac a fait du finacement d’arme, y’a eu la guerre, beaucoup de morts, tu vas faire quoi ? Arrêter de bouffer Libanais ? A un moment je connaissais des gens qui me disaient « ouais c’est fini, j’achète plus telle marque ». Ok. Bah vas-y, fais la révolution. Fais la guerre à Coca-cola, bois Fanta. (rires). On vit dans un monde où il faut protéger son intégrité mais en la mettant sur des choses importantes et réelles. Si tu mets des barrières autour de trucs que tu ne maîtrises pas, le jour où elles s’écroulent, t’as plus rien. Y’a des gens aujourd’hui qui n’ont pas de principes, pas d’honneur, mais qui vont dire « ne me manque pas de respect » (rires) mais bien sûr que je te manque de respect ! C’est spécial. Donc ouais, Dieudonné c’est le plus doué des comiques, et ils le savent. Tu vois Al Peco, vu qu’il est à Toulouse il a produit une ou plusieurs dates dans le sud, pour un spectacle de Dieudonné. C’est simple, il m’a dit qu’en gros toute la communauté artistique de Toulouse, des responsables etc venait le voir, mais en cachette quoi. C’est dramatique. Mais le problème avec Dieudo c’est que tu vas lui tendre la main, il va te mettre dans la merde en disant un truc de ouf ! (rires) C’est pour ça que mon jugement s’arrête sur scène : là, c’est un tueur. Là où tu vois qu’il est très fort c’est qu’il arrive à te tirer l’essence du Français, le terroir, sans forcément agresser tout le temps. L’essence de l’Africain en France, il te la tire, de l’Asiat… tu sais pas comment il vise juste à chaque fois. Parce que si seuls les occidentaux rigolaient quand il imite un Africain…

Spleenter – ce serait du laurent gerra

Lalcko – c’est ça, mais les africains aussi sont morts de rire : « c’est un gamin, lui ! ». Quand il fait le président camerounais ! « Le moteur ! » Je crois qu’il a perçu cette fascination, qui existe chez les Camerounais et plus généralement en Afrique Subsaharienne, cet attrait pour le mécanisme, dans le langage. Tu as des gens qui vont dire « tu es le piston de ma vie », tu vois ? Je pense que Dieudonné a dû entendre une phrase du style qui l’a fait rire, et il a dû creuser à partir de là. Y’a plein d’expressions comme ça : « le gros cœur ». Parce que le cœur c’est l’équivalent du moteur. Imaginons que je te vends un sweat, et le soir je reviens te demander de me le prêter parce que je vais en soirée. Tu vas me dire « mais t’as le cœur comme une montagne toi ! ». Ce genre là, toujours une comparaison avec un élément immense. C’est de là que vient le morceau avec Escobar sur mon album.

Spleenter – « le président a le cœur comme une piscine » sur ce son, ça veut dire quoi ?

Lalcko – C’est pareil, c’est genre, le président qui a le cœur comme la piscine, c’est grand, ça veut dire que ça coule, il peut te noyer, c’est sans pitié tu vois, il a un gros cœur, une ambition démesurée. C’est le gars qui vient chez toi, qui s’en bat les couilles. Après tu finis en slip, tu vas nager, quoi. Et là où tu vois l’intelligence de cette façon de parler, c’est quand une personne va te faire une comparaison hyper précise pour décrire quelqu’un, en associant au cœur quelque chose qui pourtant en est super éloignée. C’est complexe à expliquer. J’avais déjà le concept du morceau mais j’ai vu le sketch bien sûr, entre-temps. J’ai expliqué le truc à Escobar et lui l’a retranscrit à sa manière.

Spleenter – Surtout qu’en plus, lui aussi aime bien Dieudonné

Lalcko – Escobar, il aime tout ce qui fait rire (donc si y’en a qui se demandaient, ça doit être pour ça qu’il est juge à rap contenders). Tu restes avec lui une journée, il va te faire rigoler de trucs qui ne sont pas marrants. C’est un ouf. Tu vois le genre de mec : il te fait la blague, tu rigoles, mais lui il rigole pas. Donc t’es forcé de rigoler encore plus. Pour les Camerounais, j’avais entendu un constat qui disait : le plus aimé des français c’est un Camerounais…

Spleenter – Yannick Noah.

Lalcko – Ouais. et le plus détesté c’est un métisse camerounais…

Spleenter – Joachim Noah ?

Lalcko – Mais non, pourquoi, il est pas aimé Joach’ ?

Spleenter – C’est juste que ça commence à faire chier qu’on me dise que je lui ressemble (rire général)

Lalcko – Mais c’est curieux quand même que ce soit un camerounais dans les 2 cas, le plus détesté pour Dieudonné et le plus aimé pour Noah. Je me dis que peut-être on est des bons entertainers. On arrive à provoquer un truc chez les gens.

Spleenter – Oui. L’envie de tuer.

Lalcko – Yannick noah ne donne pas envie de tuer.

Teo – ça dépend des chansons.

si vous voulez entendre une blague consternante sur Ice-T, savoir pourquoi Ill est le Alain Juppé du rap, être déprimé en apprenant que plusieurs duos Lalcko/Dany Dan auraient pu voir le jour, ou encore écouter des gens rapper du Mala en choeur, ça se passe ici :

la 1ère fois que des potes ont écouté du Wu-Tang, vu qu’ils étaient à la base plus orientés west, ils trouvaient que les mecs étaient pas calés. Déjà, le débat du pas calé : « ils rappent hors-beat ! ». Arrêtez. La notion que vous avez du beat c’est la caisse claire. Un beat ça a plusieurs dimensions : le rythme imposé par la basse, celui de la mélodie, etc. C’est pas « boom boom tchak ». Le rap s’arrête pas à Prodigy. Mais même Prodigy ne rappe pas exactement comme ça. Seulement comme il met très peu de mots par phrase, les français en ont déduit que c’était comme ça. Y’en a plein qui me disaient « RZA est pas dans la musique ». Je répondais « écoute les charleys ». RZA rappait sur les charleys. Le truc c’est d’avoir l’oreille pour découvrir de nouvelles façons de kicker. Tu peux être surpris la 1ère fois, surpris la 2e, mais le diktat de la caisse claire en France, ohlala… les débats sur le off-beat… là faut savoir que Lalcko est dépité et en parle comme d’une épidémie, la preuve :

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !), Lalcko

interview Lalcko (1)

il est à noter que cette interview date du mois d’août, et au cas où tu te poserais la question, l’intro s’arrête ici.

Spleenter -(Il va poser une question sûrement intéressante quand il tique sur un détail) Attends un peu ? T’as 3 téléphones ?

Lalcko -Ouais. J’ai 3 téléphones : Y’en a un, c’est une puce Lebara, pour appeler l’Afrique. Pour appeler tout le temps. Un autre, c’est un nokia double puce. C’est les trucs d’Arabie Saoudite. De Dubai. J’ai une puce du bled dedans et une puce SFR pour le boulot. Et l’autre, c’est un téléphone pour laisser un message.

Spleenter -D’accord, donc t’es Libanais. La seule personne que je connaissais comme ça, c’était un Libanais.

Teo -Ils ont grave des téléphones, les Libanais.

Spleenter -Ah peut-être. Lui c’était un Libanais du Sénégal.

Teo -Donc t’es devenu vraiment pro, maintenant ?

Lalcko -Pro ? Dans quel sens ?

Teo -Pour t’avoir, faut envoyer un mail à telle adresse. Après une femme te rappelle, etc…

Spleenter -C’est une secrétaire ?

Lalcko -Non. C’est pas une secrétaire. C’est une collaboratrice, elle travaille avec moi.

Spleenter -T’aurais dû dire secrétaire. Ça pèse plus.

Lalcko -Non, je vais pas te dire ce qui est pas vrai, tu vois ?

Teo -C’est un peu rabaissant, en plus, secrétaire.

Spleenter -Ça c’est parce qu’on est des blancs. (Spleenter n’est qu’à moitié blanc, en fait. Mais les gens qu’aiment pas le blavog disent qu’il est blanc, alors il tente le coup des fois)

Lalcko -Elle fournit beaucoup de boulot, énormément de boulot. Donc c’est vraiment une collaboratrice à part entière. Elle apporte autant en stratégie qu’un manager. Parce que moi j’ai pas vraiment de management. Au début j’ai eu Jean-Pierre Seck, pendant le 45. Après j’ai travaillé avec quelqu’un d’autre. Mais maintenant, je préfère prendre mes affaires plus ou moins en main ; y a des gens qui sont là pour prendre les décisions avec moi. Parce que prendre les décisions seul… tu vois. À la fin c’est toujours moi qui ai le dernier mot. C’est pas parce qu’on est indé qu’on fait pas les choses bien. Ma boîte, je la monte vraiment, c’est une vraie boite. Mon album, c’est un vrai album. Mon label, c’est un vrai label. C’est pas que je sois plus organisé maintenant qu’avant, c’est juste qu’on se met dans les conditions. J’ai eu des petits soucis et j’ai pas pu venir la semaine dernière comme c’était prévu. C’est normal qu’elle prévienne. C’est plus rassurant pour moi. Si vous avez affaire à moi directement, les mecs, vous allez galérer.

Teo -Ouais, t’es un rappeur, quoi. On a l’habitude aussi.

Lalcko -Ouais, mais je préfère pas. Je prends au sérieux le taf que vous faites ; et puis on a rigolé sur vos blagues. Si je dis que je viens, je me déplace vraiment. C’est ou je viens ou je viens ap, en fait. Y a pas de hiérarchie entre tel ou tel truc. Parce qu’on a reçu un message de quelqu’un : « C’est peut-être parce que je suis un p’tit blog ou quoi ? » Ça n’a rien à voir, frère ! C’est juste que voilà…

Teo -T’es beaucoup sollicité ? Et par quel genre de truc ?

Lalcko -Beaucoup sollicité… Après, je connais pas la situation des autres. C’est pas non plus le buzz de Rick Ross ou je sais pas qui.

Teo -Bah on est en france…

Lalcko -Ouais mais même en france, y a des mecs qui sont à un autre degré. Booba, Rohff, etc… ils sont 4, 5. Ça fait déjà beaucoup quand même. La france, c’est pas un pays où y a des milliers de journalistes, on est pas nombreux dans le rap. Il en faut très peu pour être busy, que tout le monde t’appelle. Donc c’est une question de proportion. Là on m’appelle, les gens veulent faire des interviews. On veut savoir comment je me sens après cet album. Est-ce que j’ai été contraint de le faire comme ça ? Est-ce que c’est un échec, une réussite ? Parce que les gens se fient beaucoup à l’image qu’on leur donne ; ils arrivent pas à se faire une impression eux même. C’est grave, hein ! Ils achètent un album, ils sont journalistes parfois, ils écoutent et ils aiment bien. Mais ils se disent « est-ce que c’est normal que j’aime bien ? En même temps, j’en ai pas entendu parler… » Alors que c’est une question de ressenti. Ce qu’on a perdu en journalisme, aujourd’hui, c’est que les gens arrivent plus à découvrir. Le taf que vous faites, je te dis la vérité, si télérama ou je sais pas qui le faisait, il vendrait 3 fois plus. Parce qu’il se prendrait la tête à se dire « Le mec il écrit comme ça, il a telles références. Pourquoi il est toujours à côté ? Bah si il est toujours à côté c’est qu’il a fait le choix d’être à côté. » Et bien cette lecture là, les gens ne l’ont plus. Les gens ont la lecture de masse. Ce qui sort de la masse, on prend. Tout le monde lève le pousse de Jules César : « Ah ça c’est terrible ! » Alors qu’avant, tout le monde disait que ça pue…

Teo -C’était plus courant avant, les gens qui se prennent la tête. C’est même pas qu’on se prend la tête, en fait. C’est juste on écoute le son.

Spleenter -On se prend pas la tête 10 ans.

Lalcko -c’est sûr. Mais ce que je veux dire c’est qu’avant, on disait que la compétence était dans la « musique urbaine. » On l’avait. On avait le kiff, on avait la passion. Tous les autres milieux l’avait perdue. Ils étaient dans le pognon, dans les trucs et les machins, ils en avaient rien à foutre de nous. Et nous, comme on avait rien, on s’est intéressé aux choses, on était créatifs. Je dis pas que c’était mieux avant ; mais, nous, ce qu’on vivait à l’époque…

Spleenter -Tu vas pas nous sortir le T-Shirt, quand même ?

Lalcko -Non ! Non, non. Ce truc là, je suis pas d’accord. Enfin, je m’en bats les couilles. Ce que je voulais dire, c’est triste à dire, mais la variété qui a connu une grosse crise en france a aspiré nos façons de faire, nos façons de penser. Ils ont dû se réinventer : « Voilà, on va essayer de redécouvrir des trucs, mettre en peu plus de passion. On va prendre des risques sur des artistes… » Parce que t’as des artistes, des mecs comme la tortue ou je sais pas qui. À la base c’est des mecs tout pétés ! Y’a 5 ans, il aurait pas franchi la ligne. Y a 5ans il fallait avoir la coupe de cheveux bien, nanani, le t-shirt qui déborde pas, les muscles, les trucs, etc… Aujourd’hui, ils sont en train de chercher les artistes atypiques ou alors des gens « différents » et ils essayent de marketer des choses différentes à un grand public. Et ça marche… Ils font des chansons toutes pourries parfois qui ont pas de refrains… Je dis pas tout le monde fait comme ça dans la variet, mais parfois j’entends des trucs qu’ont pas de sens. Pourquoi ils ont choisi ça comme tube ? Finalement, y a pas de refrain comme La danse des canards, parce que cette compétence qu’on avait, qu’ils nous ont envié pendant des années… Bah… comme d’habitude.. Ils sont arrivés et ils nous ont pillé et ils sont partis avec. Nous, aujourd’hui, on est dans le conformisme avec je ne sais quelles maisons de disques qui font je ne sais quoi… c’est dommage. Y’a des mecs qui ont des dates de sortie mais pas d’album… Et le contraire aussi !

Teo -Beaucoup le contraire.

Lalcko -Aussi. Si tu regardes, les plus gros artistes, parfois c’est le marché qui dicte. « Pour l’Eté, il faut un disque ! » Et des mecs se grattent la tête : « Comment je vais faire ? j’ai pas de thème » Y’a des rappeurs en france qui ont pas de thème ! C’est chaud ! Regarde le rap américain, y a 3ans on s’en moquait. Mais ils trouvent toujours un moyen de se réinventer. T’as vu les mecs qui se sont développés en marge comme les Jay Electronica. C’est pas des trucs que j’écoute, mais Jay Electronica, tu peux le croiser en soirée avec Jay Z. Et ils vont échanger sur la musique ! Les B.O.B ou autres qui ont influencé des artistes mainstream qui ont un peu pompé leurs trucs… Mais en france, jamais tu verras ça. Aux states, ils ont ce côté là. Ça marche pas toujours, mais ils s’inspirent de ce qui est bon. Quand un truc est bon, ils le prennent.

Teo – Ici si une tête d’affiche fait un son comme des petits gars du gouffre qui cartonnent, tu vas avoir 500 vidéos internet de mecs qui vont dire : « c’est un enculé ! »

Lalcko -Ou alors, ils font un son avec lui.

Teo -Mais ça se fera pas non plus, ça, en france.

Lalcko -Mais ils devraient ! Si le mec est bon ! Après, y’a aussi des trucs qui sont pourris qui sont applaudis… Mais un truc qui est bon : t’invites le mec ! Pourquoi pas ?

Teo – Ce que t’as dit pour les auditeurs, c’est valable aussi pour certains rappeurs : ils savent plus écouter. Si tu prends un petit, bon allez je vais dire Dosseh.

Spleenter -Bah il a posé avec Booba, entre temps.

Teo -Justement, maintenant on va te dire qu’il défonce.

Lalcko -Booba, je sais pas quelle direction il est en train de prendre, mais sur les autopsies, de ce que j’ai vu des Autopsie, c’est un peu cet esprit là. C’est un peu la compil des mecs qui montent.

Teo – Booba on peut lui reprocher plein de trucs, mais il joue le jeu. Mais avec les règles américaines…

Lalcko -Mmmmouais… Après, chacun sa logique. Je pense que c’est un bon rappeur et un bon entertainer. On peut pas lui retirer ça.

Spleenter -Pour rebondir sur ce qu’on disait, Rohff, par exemple, ça a pas l’air d’être son délire.

Teo – si, dans « Le cauchemar du rap français », il avait ramené un petit de Grigny qui s’appelle Mzé. Il s’est rien passé derrière…

Lalcko -Ils ont fait un titre ensemble ?

Teo -Ouais.

Lalcko -C’est déjà ça ! Mais faut pas dire ça parce que, Rohff, y’a quelques années il avait fait « Code 187. » Alibi Montana, Sefyu, Kamelancien. Les 3 ont fait quelque chose ! Le problème c’est plutôt le nombre de fois que ces expériences ont été répétées. Si ça arrivait plus souvent… Mais faut pas regarder que Rohff et Booba, faut aussi regarder les classes intermédiaires.

Spleenter – Alpha 5.20, le nombre de gens qu’il a featé… je dis pas qu’ils sont tous des Jay Z en puissance. Mais il avait cette démarche là.

Lalcko -Et cette démarche qu’il a eu, ça lui a permis d’entretenir une machine, de faire émerger des têtes et parmi, si ça se trouve, y aura un putain de rappeur. Ça commence comme ça. Quand tu vois que Rick Ross il a commencé derrière les Trick Daddy et tout ça… Il était backeur pour Trick Daddy. C’est pas le même style de musique ! A un moment, faut bien faire émerger les choses et les gens sont bien marrants à se plaindre, mais ils font rien pour. Ils savent même pas faire d’affaires, parce que c’est comme ça qu’on génère de l’argent. Si on pouvait faire de l’argent tout seul, ça se saurait. Les américains sont pas fanatiques de leurs voisins, ils sont pas amoureux de leur prochain. Mais s’ils intéressent des gens à leurs affaires, ça multiplie les compétences, ça ouvre des territoires. Ça permet de pénétrer d’autres univers musicaux. Un mec de Philadelphie avec un mec de New York sur le remix d’un mec de Miami, imagine ce que ça peut provoquer comme mini séisme dans la rue. Les gens écoutent. Si on réagissait comme ça, ça fait super longtemps qu’on aurait gagné tous un peu plus. Parce que là, les gens parlent d’argent, en france, on est les rois pour parler de l’argent mais on le déteste. C’est pour ça aussi que j’ai appelé mon album comme ça, d’ailleurs.

Spleenter -Ou alors, on en veut mais on en parle pas.

Lalcko -Non, ça c’est la nouvelle mentalité. Je te promets que plusieurs fois, on a ramené le moyen de faire de l’argent aux gens et non. Y’a eu un repli, sur les fondamentaux. « Non. Nous ici, c’est comme ça. » Faut faire un choix… L’oseille c’est une façon de faire. Regarde, c’est simple : Dans la zic, combien de gens essaient de penser aux rappeurs ? je suis pas là pour faire un documentaire sur les rappeurs, mais c’est le milieu dans lequel je suis. Combien ont favorisé leur orgueil, souvent un orgueil mal placé, à la possibilité de faire des choses ? Ça passe par des excuses genre « Ouais mais moi je suis un vrai ! », « Moi je suis un truc » etc… Mais ils sont vrais quand ça les arrange. Ça veut rien dire, c’est comme le coup de « On sort pas avec la sœur du poto » mais « On peut se marier avec. » Chacun a sa version… « Oui la weed » mais « Non la C' » et puis ça devient « Non à l’héro » mais « Oui la cec’ ! » Tu vois ?… On évolue… Tous les 5ans on franchit un pas.

Spleenter – Ça me fait penser, Kenzy sur Allmade disait qu’à la base, le featuring avec Johnny aurait pu se faire beaucoup plus tôt ; mais qu’ils avaient tous dit « Non, attends… On peut pas, pour notre image… »

Lalcko -Ça c’est autre chose, parce que c’est vrai qu’ils étaient peut être pas prêts et que leur public non plus. Eux, je peux les comprendre, parce que c’est la première génération.

Spleenter -Je dis pas que je peux pas les comprendre. Mais ce que je veux dire, c’est qu’après, quand tu le refais…

Lalcko -Exactement, ou tu le fais ou tu le fais pas. Tu sais, on a beaucoup craché sur les anciens…

Spleenter – Gynéco il est toujours dans mes oreilles. (Ce n’est pas sale)

Lalcko -Pour moi, des mecs comme Mysto… c’est un mec bien plus intègre que les gens qui se foutaient de sa gueule quand il faisait « Gangster d’amour » ou ces trucs là. Il assumait des délires artistiques. Parce que le Ministère, à l’époque, ils étaient dans un délire. Moi aujourd’hui, je suis Mysto. Pas forcément sa façon de rapper, mais sur son parcours, je trouve. Je lui tire mon chapeau parce qu’il a réussi à faire de cinéma, sans faire son cinéma, tu vois ? Il a pas fait tout un cinéma sur « je vais être comédien », il a eu des vrais rôles. Il est respecté dans ce milieu là. Dans la musique, aujourd’hui, il est pas le plus fort mais il peut continuer à faire des albums pour se faire plaisir. Je pense que c’est un des rappeurs qui vieillit le mieux. Et quand tu le vois en soirée, il est là il fait ce qu’il a envie de faire. À un moment, c’est ça être intègre : « faire ce que t’as envie de faire. » C’est pas le genre à s’auto brimer pour ensuite faire des virages à 360 incompris.

Spleenter – le retour avec son dernier album était sympa.

Lalcko -Et Escobar lui a écrit un titre dessus.

Spleenter – y avait le remix avec Lino, Despo, Alpha etc… Et ça faisait plaisir, parce que tu voyais la filiation.

Lalcko -Exactement. Et c’est étrange de voir que ces rappeurs se reconnaissent dans un mec comme ça. Qu’ils reconnaissent avoir été influencés par un mec comme ça, aujourd’hui et qu’ils le disent. Parce qu’y a quelques années, je peux te dire qu’on entendait beaucoup « Ouais mais Stomy… hein… » Mais la force de la boxe, c’est quoi ? Le rap c’est comme la boxe ! La boxe, c’est revenir. C’est se manger un punch et revenir !

Teo -C’est une phase de Lino. « L’important c’est pas combien de coups tu donnes, c’est combien t’es prêt à en encaisser »

Lalcko -C’est ça ! Donc ils nous font bien rigoler. C’est facile d’être dans une bonne position, de mettre une bonne droite, gagner son 1er match par KO et s’arrêter là. C’est là que tu vois que dans ce game, au Etats Unis, je parle beaucoup des states vu que c’est là bas que ça a commencé, là bas on respecte la longévité.

Spleenter -Ça me rappelle un truc de The Wire où t’avais Cutty (temps d’arrêt) que tu me rappelles un peu, d’ailleurs, là que je t’ai en face de moi. Dans la scène où il montre un match de boxe aux jeunes…

Lalcko -C’est Mohammed Ali.

Spleenter – un des jeunes fait « l’autre mec c’est une fiotte. » Cutty dit « Non, un mec qui encaisse comme ça pendant tant de rounds, c’est pas une fiotte. Parce que ça veut dire qu’il est monté sur le ring, en sachant que l’autre était plus fort que lui et qu’il allait se faire taper. »

Lalcko -Bah oui ! Ça veut dire que c’est un stre-mon. C’est un stre-mon ! Moi je suis croyant. Que fait la génétique ? Y’en a qui ont plus d’attributs que d’autres. Et finalement, elle est où la bravoure à être tombé sur un mec qui est plus faible que toi ? La bravoure elle est là : un jour tu tombes sur un mec plus faible que toi, tu gagnes, mais un jour tu tombes sur un mec plus fort que toi, tu te tapes ! Après je vais pas jouer au super héros, le mec qui va jouer à l’Irlandais ou je sais pas quoi. Dans le rap c’est ça. Tout le monde est focalisé sur la carrière des artistes, mais moi j’essaie de voir sur la longueur : avec tout ce qui arrive dans la vie, quelle musique t’es encore capable de produire après tout ça ? Et c’est sur ça que je fais mon jugement. Je vais pas juger sur les 3 trous que t’as dans le corps, j’en connais qui en ont plus. Je vais pas juger sur la misère que t’as vécue, ça m’intéresse pas. Ça compose ta musique mais c’est pas ta musique. Parce qu’à ce compte là, tire dans une cabine et t’as le son de l’année !

Teo -C’est de la matière brute, mais il faut la raffiner.

Lalcko -Exactement. C’est sur cette longueur là que je juge. Et c’est pour ça que je dis que le rap français est pas forcément en train de mal évoluer, il y a quand même de bons punchers en tête.

Teo – est-ce que ça tourne pas un peu en rond ? Parce qu’Escobar est quand même très fort. Dans certaines interviews, tu le vois tomber le masque, un peu, tu le sens un peu dépité même si en même temps il continue parce qu’il aime ça.

Lalcko -Pour ce qui est du cas d’Esco, c’est un frère. Et c’est pas vraiment le masque qui tombe, en fait, mais il affine sa façon qu’il a de se battre avec les moyens qu’il a. Faut savoir qu’à côté de ça, il a un métier.

spleenter -On l’a compris quand on l’a vu freestyler en costard.

Lalcko -C’est ça. Il a son métier où ça se passe très bien, donc c’est un mérite qu’il accorde encore du temps à la zic. Je pense qu’il aime faire les choses bien, en sniper ! Pour éviter de tourner en rond. Y’a une différence entre quand on a débarqué et maintenant. La façon de voir les choses évolue. Mais je pense pas qu’il ait perdu son mojo, parce que c’est une véritable affaire de le voir en studio. Tu lui mets un son et… de toute façon on se transforme tous. Moi j’ai beau faire le mec speed, qui a toujours des trucs à faire ; tu me mets dans un studio avec un bon son…

Teo -Tu restes toute la nuit si il faut.

lalcko -Voilà ! Tu vois, je fais mon morceau.

Spleenter -Ça reste la passion.

Lalcko -Ouais, voilà. Je kiffe le faire. J’espère qu’avec Esco et les autres, on sera un exemple pour une autre génération de rappeurs qui vont arriver. Des mecs qui se diront : « J’ai mon taf, j’ai mes affaires à côté. J’aurais préféré que ce soit le rap qui paye tout comme ça je le ferais à 15 000% mais voilà. Alors comment je dois faire pour rester toujours opérationnel dans le rap à 300% ? » C’est une forme de schizophrénie, presque. Faut se dépasser. Parce qu’à un moment, quand tu branches le micro, tu te dis : « Ça y est. J’ai déjà été dans les affaires toute la journée… Faut que je me refocalise ! » Parce que les gens attendent LAL ou bien Esco, ils veulent pas le savoir ! S’ils trouvent ça nul, ils le diront ! Pour faire cet album, j’ai pris du temps. J’ai mis tout à côté. Pour essayer de mettre plusieurs étages dans mon concept, que ça soit meilleur que ce que j’avais fait avant. Même si les gens le perçoivent pas tout de suite.

Spleenter -On a l’impression qu’y a une nouvelle étape de franchie. Mais on peut pas trop la définir.

Lalcko -Mais c’est plein de petites choses ! Diamant noir, c’était vraiment le produit brut. Diamants de conflit c’était plutôt un truc en éclosion ; t’as des morceaux qui brillent déjà un peu plus que d’autres. Comme des Lumumba ! Dans Diamant noir, t’avais aucun truc qui sortait du lot, t’as pas des titres qui portent le projet à eux seuls.

Teo -Qui portent, peut-être pas. Mais tu prends des sons comme Extension du territoire

Lalcko -Voilà ! C’est peut-être un très bon son, mais ça porte pas…

Spleenter -Ou le truc avec Esco. De toute façon, y’a toujours un truc avec Esco donc c’est pas difficile.

Lalcko -Voilà. Mais sur Diamants de conflit, y a Lumumba. Et le truc, c’est ça : Lumumba a porté Diamants de conflit à lui tout seul ! Pour ceux qui connaissaient pas le projet. Pour ceux qui connaissaient pas Lalcko. Pour moi c’est devenu un tampon : « Le clip avec le mec en Afrique ? Ah ouais ! » Le clip, le titre, ça ajoute. C’était un ensemble en fait. Et pourquoi c’était un street ? Dans la définition et la profondeur du thème. Y a des morceaux qui étaient vraiment bien, mais dans le thème général, c’était pas assez…

Teo -Défini ?

Spleenter -T’as une vraie exigence au niveau de l’album.

Lalcko – Voilà. C’est comme un tableau. Si je prends une photo là et après je te ramène un tableau et tu vois que j’ai rajouté une troisième personne. Tu vas dire « Ton tableau il est faux. » Y a une vraie exigence au niveau de l’album que je pourrais pas vraiment expliquer. Avec le recul, y a des choses qu’on peut toujours faire mieux mais ça je suis pas fan. Parce que je veux toujours laisser une part d’excitation, une part d’erreur qui fait la beauté du truc. quand tu fais pas d’erreurs, quand les morceaux sont tout bien comme tu voulais… C’est pas surprenant…

Spleenter – Quand le clip Lumumba est sorti, je croyais que ça annonçait l’album. Et ça a quand même pris vachement de temps.

Lalcko -bah, c’est des aventures : tu rencontres des gens, vous allez faire le truc ensemble… Puis finalement, tu réalises que t’es en train de t’ajouter du poids. Y’a toute une métrique, en fait, en indé. C’est l’art de mettre chacun à sa place. Aux grandes structures, ça leur a pris des 10aines, des 20aines d’années… Ils ont des services de ressources humaines ! Tu vas pas prendre un plombier et lui dire de faire la maçonnerie. Et comme on avait toujours le fantasme de réussir en équipe, c’est le fantasme de la bande. On est né et on a grandi avec ce truc là ! Je crois que dans chaque équipe, tu pouvais imaginer qui était Tom Hagan, qui était Vito, etc… On avait un peu ce côté là, le fantasme de l’organisation. Mais forcément, les choses comme vous les voyez ne sont pas forcément ce que vous devez faire. Donc on fait une fois, on se casse la gueule. On essaie de faire les choses différemment, ça marche pas forcément. Jusqu’à ce qu’on trouve la bonne métrique.

Spleenter –On tombe pour mieux se relever.

Lalcko -Exactement ! Mais moi j’aime pas tomber. Je suis trop lourd.

Spleenter -Tu vois d’où vient ce proverbe ou pas, toi ?

Teo -Ouais, de Batman.

Spleenter -Ouais.

Lalcko -C’est pas dans The dark knight, ça…

Spleenter -c’est dans Begins. Mais je sens que tu voulais parler du Joker, alors vas-y (le piège se referme).

Lalcko -Ah ! Le Joker ! Il est fou ! C’est le rôle des rôles ! Mon frère le regarde tous les 2 jours.

Spleenter -Et je ne suis pas son frère, pourtant…

Lalcko -Pourtant…

Teo -Tu pourrais.

Lalcko -Franchement, c’est un putain de film. Comme on en fait très peu en ce moment. Le pire, c’est que tu passes au travers de la violence ! C’est pour ça que c’est un putain de film.

Teo -Ouais, c’est quand tu le revois après « Mais c’est vrai qu’y a beaucoup de morts ?! »

Lalcko -Il est très violent et justement, c’est comme quand on parlait du Parrain. Mon père insistait pour me le faire voir quand j’étais tit-pe. Moi je comprenais pas. On tuait des gens et tout. Et mon père me disait « Regarde ! C’est bien ! » Pourtant, il voulait pas que je regarde Starsky & Hutch. Mais quand l’histoire, l’écriture et le jeu des acteurs est au-dessus, c’est du bon.

Spleenter -Quand y a la qualité, ça peut sublimer le truc.

Lalcko -Exactement. c’est le principe de la qualité, ça fait dépasser les a priori. Quand tu tombes sur un projet ou un truc de qualité, la plupart du temps, tu laisses tomber tes barrières. Y’en a beaucoup qui tombent malheureusement dans ce piège, qui sont trop sublimés par la qualité. Ou par l’intelligence. c’est pour ça qu’il y a des politiques qui ont réussi à enrôler des gens pendant un nombre d’années incroyables. Comme Mitterrand, quand tu le rencontrais, il te parlait, t’étais sublimé, tu vois ? C’était un gang !

Teo -Mon grand père était en prison avec Mitterrand pendant la 2nde guerre mondiale, donc ils ont discuté ensemble. Mon grand père il est devenu prof de philo, donc c’est déjà qu’il était porté sur la gamberge. Il me disait que c’était un mec indémontable.

Lalcko -je vais te raconter une histoire que mes parents m’ont raconté quand j’étais encore petit. Je suis né à Rennes, moi…

Teo -À Rennes ??!!

lalcko -Ouais.

Spleenter -t’es pas né à Rouen ?

Lalcko -Non, à Rennes…

Teo -À Rennes ??!!

Spleenter -Mais t’as été à Rouen après ?

lalcko -ouais, à un moment j’y suis passé, oui. Mais je suis né à Rennes.

Teo -À Rennes ??!!

Lalcko -Mes parents étaient étudiants à Rennes.

Teo -Je suis né à côté, je suis né à Avranches.

Lalcko -Ah bah voilà. Salut voisin.

Spleenter -C’est le complot des provinciaux.

Lalcko -Mais non. Donc tu vois, mes parents m’ont dit qu’ils ont vu Mitterrand arriver. Il parlait d’économie, de choses sérieuses mais il prenait les gens avec ses mots. Et quand il a vu mes rents-pa assis avec les cle-ons et leurs potes, forcément, des renois avec des grandes touffes. Mitterrand a jeté un œil, il a commencé un discours sur l’Afrique, sur l’intégration. Le mec était un monstre ! Mais c’était un ouf ! Parce que dans une phrase, il a fait coexister 2 sujets qui n’avaient rien à voir juste parce qu’il voulait capter notre attention pendant 5 minutes ! Quand tu rencontres des gens comme ça, mais des espèces de gourous… qui ont un charisme qui, à un moment, les surélève ; après ils peuvent faire n’importe quoi ! C’est pour revenir sur le concept de l’excellence, parfois ça peut être un piège. Il est vraiment bon, tu vois ? (il montre l’affiche de TDK avec le Joker) Mais à un moment, je me sentais tellement piégé dans les films que je préférais regarder Rambo. Rambo, c’est pose ta tête. Commando ! Tous ces bails là ! Tu rigoles ! Le mec il meurt jamais ! Quand tu penses à Sylvester Stallone, après tu tapes Dolph Lundgren, Schwarzenegger, vraiment véner. Tu vois les Michael Dudikoff, tous les American Ninja, tous les bails ?

Teo -D’ailleurs, Le Stallone contre Dolph Ludgren, c’est le sample de « L’esprit des rois » ?

lalcko -Ouais.

Teo -c’est la scène de Rambo 4.

Lalcko -Non, c’est rocky.

Teo -Rocky 4, c’est ça ! (sacré Teo…)

lalcko -Ouais. Moi je suis né à rennes, après mes parents sont rentrés en Afrique. (Lalcko il est génial parce qu’il oublie pas les questions que tu lui poses même si toi t’étais déjà parti sur autre chose) On les a suivis. au Cameroun. Mon père était un opposant au système. Ils l’ont mis au placard. Quand il était en prison, je suis resté un peu, il a mis quelques années. Quand il est sorti, voilà, moi je suis revenu. Région Parisienne. Après, trop têtu, on m’a envoyé chez un autre oncle à Rouen.

Spleenter – dans tout ça, le rap il intervient quand ?

Lalcko -Le rap. Il a toujours été là. Je peux pas te dire quand ça a commencé parce que moi j’ai commencé à en écouter super jeune. Super jeune. Et j’ai fait plusieurs petits essais. tu vois même en région parisienne, ici. À Asnières même ! À Gabriel Péri ! J’étais chez une tante, tu vois, j’étais petit.

Teo – t’étais partout, en fait ?

Lalcko -Ouais, le truc c’est que ça retrace aussi l’histoire de beaucoup de familles africaines, ici, en france. À la recherche de logements. Parce que t’hérites pas d’une maison où ton grand père habitait, par exemple. Donc la plupart du temps, t’as un cle-on, quand il est étudiant, il a un HLM. Une fois qu’il se barre, il rend jamais le HLM ; il le passe à sa reuss qui a plus d’enfants. Elle vient, les enfants grandissent là. Y en a un qui est un peu têtu, on l’envoie chez un cle-on un peu mieux placé pour lui tirer les oreilles. On a un peu grandi comme ça. Si tu demandes aux rappeurs d’origine africaine, y en a beaucoup qui vont te défendre une ville parce qu’ils y ont des attaches plus fortes. Mais ils vont te dire : « Je suis né à Asnières, j’ai grandi à machin. Après je suis allé là bas, j’avais 12ans et je suis parti. » Donc y’a eu beaucoup de déplacements comme ça. Et Rouen c’est vraiment l’étape où j’ai commencé à me dire que je pouvais faire un truc bien.

Teo -C’est du rap Normand…

Lalcko -Euh.. Ouais… Du rap Normand, non, tu vois. Parce que, ce qu’il faut savoir c’est que ça peut pas être du rap Normand, parce que le rap Normand c’est très caillera.

Teo -Ça dépend où.

lalcko -Non, c’est très caillera : la vraie vie des quartiers en province, c’est un truc de ouf ! Et y a rien à faire ! rien…

Teo -Y’a des coins entiers en province où y’a rien à faire tout court.

lalcko -Ouais, tu vois. Et quand tu vois des régions avec une histoire, parce que la Normandie a une histoire, tu te dis que c’est là où les bateaux arrivaient, donc tous les petits enfants de tirailleurs sont là. T’as énormément de familles manjaques. T’as des cités où t’as que des manjaques ! Comme Rouen, Le Havre jusqu’à Val de Reuil, Elboeuf, ça se colle avec la région parisienne. Tout le côté Mantes La Jolie, tout ça. Du 78 au 76, c’est super caillera parce que c’est un peu le même genre… Beaucoup de jeunes ont énormément d’énergie mais y’a rien ! Donc le truc, c’est que quand y’aura un concert, une soirée, y’aura fusillade, frère ! Parce tout le monde attend ce jour là pour régler ses affaires. Des trucs qui ont rien à voir. C’est pour ça que moi, quand je suis revenu en région parisienne…

Spleenter -Juste un truc. Quand t’étais à Rouen, Casey était repartie ?

Lalcko -Elle était repartie. en fait, les 1ères années où j’y allais, je pense qu’elle était encore là. Mais après, quand j’y suis allé pour faire mon lycée, non, elle avait déjà bougé. Mais on connaissait des têtes en commun. Parce qu’on guettait à peu près les mêmes secteurs : Grand’Mare, Sapins, tout ça. Y’a des anciens qui l’ont vue passer. J’en ai jamais parlé avec elle, mais je sais qu’elle était là. Dans la ville, je sais très bien où elle habitait. Après, si un autre passe par Rouen, ils lui diront : « Kolal, il habitait là. » etc…

Spleenter – tu penses quoi de son parcours ?

Lalcko – pour moi, Casey c’est un des meilleurs parcours du rap français, franchement. Elle est allée jusqu’au bout de ce qu’on peut faire avec ce type de musique. On va dire qu’à un moment tu peux trouver que les musiques sont souvent les mêmes, tu peux trouver les thèmes redondants. Mais à chaque album c’est de plus en plus précis ! Ça fait mal où il faut. Ça m’étonne pas qu’elle est évoluée de cette façon et qu’elle arrive à flirter avec le mouvement rock un peu alternatif et tout ça. Parce que finalement c’est très… je vais pas dire « Punk » comme attitude mais c’est respectable.

Spleenter -Oh si, on peut dire punk, quand même.

Teo -Y’a le côté un peu nihiliste.

Lalcko -Ouais, mais c’est bien géré ! L’autre que je voyais avoir une carrière comme ça et je lui souhaite, si jamais il continue, bah c’est Despo.

(faut préciser que l’avenir de la carrière musicale de Despo Rutti était un peu floue mais qu’entre temps, depuis cette interview, il a repris les chemins du studio. Et on s’en réjouit !)

Lalcko -Le gens imaginent Despo dans un concept rap de rue. Oui, mais…

Spleenter – c’est plus que ça.

Lalcko -C’est bien plus. C’est pas pour dire que le rock c’est mieux, mais Despo, pour moi, c’est une rock star. Tu vois, un peu, dans son délire ? Il a la rock attitude.

Teo -C’est sur ton album qu’il le dit : « Nos phases de punk. » Il le sait.

lalcko -Ouais et il le développe…

Spleenter -Il a un peu ce côté « Dieudonné du rap. »

Lalcko -Ouais, il est plus loin que les autres. Tu vas pas l’arrêter ! c’est pas pour rabaisser ou pour comparer, mais c’est pas Sefyu. Tu vois ? Despo, tu vas pas l’enfermer dans le truc 93. Despo peut porter le 93 à la planète. Il peut parler du 93 à New York. Avec ses futs bizarres qu’il aime bien, avec les poches sur les côtés. Il mettait pas de jean’s ! déjà le mec il avait une attitude. Il portait des bails bizarres. Mais c’est toujours le même problème dans le rap… C’est pour ça que je disais « j’espère qu’on sera une source d’influence pour les prochains. » Despo nous parlait beaucoup avec Escobar. On se parlait énormément et il nous demandait, comme nous on est arrivé un peu avant, comment ça se passait. le truc c’est quoi ? C’est que moi j’ai eu la chance de rencontrer dans gens comme Jean-Pierre Seck qui m’ont montré les bases, à un moment. Mais il a fallu que je sois moi-même mon producteur, mon manager, que j’arrive à voir plus loin que les autres. La plupart du temps, y a un artiste qui arrive avec un talent et y a un mec en face qui dit : « Lui, je peux l’amener là. » Moi, en tant que Cesar Sharp (nom du label de Lalcko), c’est à moi de porter Lalcko. C’est à Escobar, à Makila Mizik de le porter. Faut du temps pour avoir le recul, la vision, bien peser le truc. Et gérer de l’autre côté la partie artistique. Apprendre à se montrer sous son meilleur jour et choisir son meilleur angle de tir. c’est pas le plus facile.

Teo -vous avez jamais pensé à faire une sorte de structure, de label commun à vous 3 ou avec d’autres ?

Lalcko -Non, au niveau structure c’est compliqué. Mais on peut très vite s’entendre. C’est pas le problème. Il était même question, je te cache pas, qu’on fasse un album à 4.

Spleenter -Avec Seth Gueko ?

Lalcko -Avec Seth. Après, il est parti dans ses albums, dans ses machins. Donc on s’est dit « on va le faire à 3. » Juste après avoir enregistré Esprit Crapuleux, on s’est dit « On y va ! » Mais après, la sortie de l’album de Despo l’a presque surpris. On lui a dit : « On a trouvé un deal. PAF ! Ça sort là ! » Ça a repoussé le truc, et puis de « après » en « après »… Mais on est pas à l’abri. Déjà un Lalcko/Esco, c’est sûr ! On peut le faire, mais…

Spleenter -c’est sûr qu’on peut le faire ou c’est sûr que ça va arriver ? c’est pas pareil.

lalcko -Non. « c’est sûr que ça va arriver » je peux pas te dire ça. Parce que demain je peux arrêter la musique. et je sais pas pour Esco, mais ça peut être la même pour lui aussi. Je pense qu’on s’accompagne beaucoup.

Spleenter -Ouais, dans le délire des 3 voix monstrueuses.

Teo -Je trouve qu’y a Dosseh qui arrive aussi avec ce côté là, un peu.

Spleenter -Il a un côté un peu brut, aussi une façon de formuler.

lalcko -Mais Dosseh c’est un artiste. C’est ça, l’art de se montrer sous son meilleur jour. C’est ça finalement l’entertainment. Quand tu regardes, les plus gros ont mis du temps à se montrer sous leurs meilleurs jours. Rick Ross ça a mis du temps pour choisir les bonnes lunettes. Dans le rap français, y en a plein qui ont essayé, qui sont passés par du large. Après ils sont arrivés sur Louis Vuitton.

Spleenter -Si tu t’amuses à faire les modes sur les rappeurs, on a pas fini…

Lalcko -Mais c’est ça. La mode fait partie de tout ça. De se montrer sous son meilleur jour ! Ça peut passer par un pseudo. Moi j’ai de la chance d’avoir trouvé mon « option de développement » depuis super longtemps. Les discussions qu’on avait dans le 45, je m’en rappelle : « Ouais, mais non, la street, l’Afrique, c’est compliqué ! » Non les mecs. Non, c’est pas compliqué, parce que c’est la vie de beaucoup plus de gens que vous ne l’imaginez. Y a des gens qui sont nés au Liban pendant la guerre ou qui ont des souvenirs de la guerre par leurs parents. Ça les a marqué. Ils sont arrivé ici qu’il y a 8ans. En france, ils étaient à l’école avec des Arméniens aussi, donc ils ont appris quelque chose. Et après bim ce mec finit à Aulnay sous bois dans le 93, ou je sais pas où. Mais tu vas pas résumer ce mec à Aulnay ! Son parcours est trop long. En fait, c’est ça que je veux montrer : c’est l’autre face des parcours. Moi, tu vois, toute ma famille est dans le 94. je pourrais faire le mec du 94 toute ma vie, aller dans d’autres villes, pour essayer d’être proche de mecs dont j’ai pas envie d’être proche…

Teo -Tu gueules « Capitale des brakos » de temps en temps…

Lalcko -J’ai fait un son comme ça dans la compil « Départements : 94 »

Spleenter – t’en as fait un autre dans « Tête brulée » qui reprenait « Guerre » de Mafia K’1 Fry.

Lalcko -Oui ! Mais bon…c’était plus pour l’exercice de style que pour représenter quoi que ce soit.

Teo – « La police a des flingues de la taille du christ »

Lalcko -Ouais, ouais.

Spleenter -Mais t’as une mémoire de fou furieux, toi !

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