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DJ Weedim, Aketo & Sidi sid nous parlent de Petits Meurtres Entre Amis (vidéo)

Ma si, touyouls en compagnie dé TupakTV, yé souis allé voil ces yeunes qui font dé la musica
Pourquoi je parle comme ça, moi ?
Enfin bref, va là bas :

http://tupaktv.com/pmea/

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !)

Interview de Shone

On a interviewé Shone avec TupakTV :

http://tupaktv.com/interview-shone/

Ça prépare un gros concert qui idéalement serait amené à n’être que le début d’une longue série de concerts
Ainsi qu’un projet/compilation mystérieux mais qui a l’air très enthousiasmant
Alors clique et va voir l’interview de ce rappeur qui a oublié d’être con et passif

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !)

Interview – Vald (+ special guests qui passaient par là)

A un moment y’a Lino qui vient serrer des mains avant d’aller pisser, et à la fin y’a Tefa qui tape un peu l’incruste, mais on a rien dit parce que c’était chez lui.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 1

Interview : Genono (Captcha Mag) et Teobaldo (Le Blavog)
Photos : Mehdi MK ( TupakTV)
On a uni nos forces comme si on était possédé par l’esprit hip-hop.

Genono : Avant la promo autour de la sortie de NQNT, t’as fait très peu d’interviews. C’était par choix, ou parce que les intervieweurs avaient peur de te rencontrer ?

Vald : C’était un choix, jusqu’ici faire des interviews, ça n’avait pas vraiment d’intérêt. Quand tu sors uniquement des projets gratuits sur internet, t’as pas grand-chose à dire. Si c’est juste pour raconter ta vie, y’a aucun intérêt. Là on a quelque chose à défendre, donc on va parler un peu de nous.

Genono : Tes précédents projets, c’était histoire de faire monter un peu la sauce ?

Vald : Voila, l’idée était de se présenter un peu aux gens, parce que dire « je sais rapper », c’est bien beau, mais si t’as aucun projet …

Genono : Ce matin je lisais les commentaires sur le clip de Shoote un Ministre … J’ai l’impression que ton public de base ne s’y retrouve pas.

Vald : Mon public de base, c’est quoi ?

Genono : Globalement, les gens qui te suivent depuis le début. Je lis beaucoup de commentaires du type « c’est pas le Vald qu’on aime », on est à la limite du « Vald c’était mieux avant », alors que ta carrière a pas encore débuté. C’est un truc que t’as ressenti ?

Vald : C’est un peu comme le premier amour, quand tu le revois quelques années plus tard, bah … il a changé ! Moi je fais le son que j’aime, après, ils suivent ou pas, c’est pas grave. J’irai trouver d’autres gens pour m’écouter.

Genono : Sur les autres extraits, j’ai l’impression qu’il y a d’autres retours, et que ça correspond plus à ce que le public attendait.

Vald : C’est surtout au niveau des prods, je pense. Et puis, il y a une raison simple : sur mes anciens projets, je pouvais pas faire de dirty, parce que je savais pas mixer. Et comme c’est moi qui mixais mes projets, forcément … J’avais envie d’en faire, mais je ne savais pas le faire. Alors maintenant, j’arrive en studio, je me régale.

Genono : Jusqu’ici t’étais vraiment en mode « fait-maison » ?

Vald : Ah ouai, c’était artisanal mon frère ! Y’avait un fumet, t’entendais les portes claquer chez moi, t’entendais ma darone crier … il se passait quelque chose quoi ! Alors que maintenant c’est propre, c’est professionnel.

Genono : Je reviens sur Shoote un Ministre … Y’a pas eu trop de controverse au sujet de la quenelle devant l’assemblée. T’es pas déçu ?

Vald : Déçu, non … c’est logique, on fait pas de vues. C’est normal qu’il y ait pas de controverse.

Genono : Justement, ça aurait pu être le truc qui déclenche un peu la machine.

Vald : En tout cas, moi je l’ai pas fait pour ça. Je l’ai fait parce que ça me faisait rigoler. Après peut-être que de l’autre coté, les mecs étaient là à se dire « ouai, on va faire des vues avec ça » … j’en sais rien. Je pense que si on faisait un million de vues avec une quenelle, on en aurait entendu parler … Mais là, avec 100.000 vues, c’est de la rigolade.

Genono : Il se passe plein de choses dans tes clips, ça fourmille d’idées et de conneries. A quel point t’es impliqué là-dedans ?

Vald : Généralement, je rencontre le réalisateur, je propose des idées, et si on peut, on les met en place. Par exemple, pour Shoote un Ministre, j’avais des idées un peu farfelues, qui n’étaient pas réalisables avec le budget et le temps dont on disposait. Donc on s’est concerté, et c’est Tefa qui a eu l’idée : « et si on promenait un ministre mort sur un fauteuil roulant, c’est génial ! »

Mehdi (manager de Vald) : Enculé, c’est moi qui ai eu cette idée !

Vald : Ah c’était ton idée ? C’est vrai que j’ai tendance à considérer que c’est Tefa le génie, mais Mehdi a un meilleur vocabulaire.

Mehdi : Nan, il faut dire que tout vient de Vald !

Genono : Et donc tu disais qu’il y avait des idées que tu ne peux pas encore mettre en place, faute de budget ?

Vald : Ouai, comme les gamins. Ils ont des idées, ils ont envie de faire des films de fou, mais ils peuvent pas. J’en suis à ce stade. Bientôt, j’aurai le budget pour faire des clips hollywoodiens.

Genono : On espère, parce qu’il y a moyen de bien rigoler avec toi. Rien à voir, mais j’ai lu dans ton interview chez l’Abcdr que tu avais une culture rap très limitée. Elle s’est développée un peu, depuis ?

Vald : C’est vrai, j’ai vraiment une mauvaise culture. Disons que c’est une culture atrophiée. Mais je commence à faire des pompes et des tractions.

Genono : Ce manque de culture, tu vois plutôt ça comme un avantage, dans le sens où t’es pas formaté par ce que t’as écouté avant, ou plutôt comme un handicap ?

Vald : Je vois ça comme un fait, j’essaye de changer là-dessus, mais je sais pas si c’est un avantage ou un désavantage. Le bon coté, comme tu le dis, c’est que je fais les choses sans être influencé par ce qu’ont fait d’autres artistes avant moi. J’ai cru comprendre que ceux qui avaient écouté l’album de Lunatic à l’époque étaient traumatisés et voulaient absolument refaire du Lunatic. Moi je l’ai pas écouté, je sais pas ce qu’il se passe dans cet album ! Mais d’un autre coté, le fait de ne pas avoir de références n’est pas forcément un avantage. En fait, j’ai pas conscience de ce qui est bien ou mal, dans le rap.

Genono : Dans ce qui se fait aujourd’hui, t’écoutes quoi ?

Vald : J’aime beaucoup Young Thug, j’aime beaucoup Lil Wayne … j’ai une affection toute particulière pour Lil Wayne. Après, en français … j’ai du mal avec eux, parce que je comprends ce qu’ils disent. Mais par exemple, Kaaris, il me fascine ! Je le trouve trop marrant.

Genono : Mais musicalement, c’est des artistes qui t’inspirent ? Parce que ta musique ressemble pas à du Kaaris ou du Lil Wayne.

Vald : Je sais pas ce qui m’inspire. Si je dis que je m’inspire d’untel, ça veut dire que je vais essayer de faire la même musique que lui ?

Genono : Pas forcément, ça peut être dans le sens où tu vas juste te nourrir de ça, et en faire ta propre sauce. Ne serait-ce qu’au niveau des sonorités, tu peux avoir envie de tendre vers telle ou telle tendance.

Vald : Peut-être que je me nourris de ce que j’écoute sans trop m’en rendre compte, franchement j’en sais rien. J’ai du mal à comprendre le concept d’influence et d’inspiration. J’écoute des trucs … tu sais, des fois, quand j’écoute un morceau, j’ai envie de taper le rappeur. Peut-être que c’est de cette manière là que je m’inspire finalement, c’est une influence un peu malsaine. Je l’écoute, et j’ai juste envie de le mettre à l’amende, de le défoncer.

Genono : Ta connexion avec Rockin Squat sur L’undaground s’exprime chapitre 6, elle se fait comment ?

Vald : Qu’un rappeur avec des disques d’or et 20 ans de carrière m’appelle, j’ai trouvé ça beau. J’étais un rappeur de chambre, j’avais fait quelques mixtapes, mais personne me connaissait. Je sais même pas comment il m’a découvert … c’est une bonne personne, il m’a même invité à monter sur scène à la Cygale.

Lino, surgit de nulle part : Qu’est ce que c’est que ces interviews qui durent 70 heures ?

Vald : Laisse-nous bosser.

Lino : Je passe juste vous saluer avant d’aller pisser. C’est mieux avant qu’après, nan ?

S’en suivent quelques serrages de main, deux-trois vannes pas piquées des hannetons, puis Lino s’en va pisser et l’interview reprend son cours.

Genono : Tu fais beaucoup d’introspection dans tes textes. Est-ce que c’est un truc qui t’aide à te comprendre toi-même, à avancer, à la Soprano qui prend sa carrière pour une thérapie ?

Vald : Pas du tout. J’écris pas quand je suis triste. Si ça va pas, j’écris pas. Je me trouverais con de me trouver dans une situation alarmante et de me dire « oh putain, il faut que j’écrive un texte, il faut que j’explique ce qu’il m’arrive ! ». J’écris uniquement quand je suis content. Et j’ai même pas l’impression de faire de l’introspection, je trouve ça un peu surprenant.

Genono : Tu racontes quand même des trucs super personnels, même si c’est souvent fait avec humour.

Vald : Comme quand je parle de branlette ?

Teobaldo : Ca c’est intime plus que personnel.

Genono : Y’a des moments où tu te dis « ça c’est trop personnel, je vais le garder pour moi » ?

Vald : Ah oui, y’a beaucoup de choses que je dis pas, parce que je trouve que ça ne regarde que moi. Et puis surtout, ça n’apporte rien. Si ça apportait quelque chose de lâcher une phase très personnelle, en me disant que des gens vont se reconnaitre dans ce que je dis … Mais la plupart du temps, je parle pas de moi. C’est pour ça que ce coté introspection, je vois pas trop … Peut-être sur Journal Perso, ou des vieux morceaux ?

Genono : Même sur NQNT, y’a pas mal de phases super personnelles, même si c’est pas forcément à chaque fois le thème du morceau. C’est quelques phrases disséminées ci et là tout au long du projet, que je trouve très personnelles.

Vald : J’ai pas ce ressenti … mais pour revenir à ta première question, écrire ne m’aide pas du tout. Je ne règle rien avec la musique.

Teobaldo : Du coup, écrire ça t’apporte quoi ?

Vald : C‘est un sentiment d’accomplissement. Quand j’écris, j’ai l’impression que je fais quelque chose de ma vie … alors qu’en fait, nan. Je peux passer une nuit entière sur une seule phrase, en vrai je fais rien du tout, mais j’ai quand même l’impression d’avoir fait un truc. Quand je finis un morceau, j’ai vraiment l’impression d’avoir fait quelque chose de concret, de pas être resté là à attendre que le temps passe, comme un branleur. Alors quand le morceau est validé au studio, j’en peux plus, je l’écoute vingt fois d’affilée, je me dis « ouaah, je suis louuurd », alors que pas du tout, je brasse pas un sou.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 2

Genono : Aujourd’hui t’es rappeur à plein-temps ?

Vald : Plus ou moins …

Genono : T’as prévu un plan B, au cas où ça ne marche pas comme prévu ?

Vald : Bah oui, justement, parce que je viens de me rendre compte de l’économie du rap et … c’est pas flamboyant (rires).

Genono : Y’a pas lontemps t’as publié sur les réseaux sociaux « 5 bonnes raisons de ne pas acheter NQNT » …

Mehdi (manager) : Une idée de génie !

Genono : T’annonces « aucun tube ne sera joué en radio ». Ils font pas trop la gueule chez Barclay ?

Vald : Nan, pas du tout. J’ai pas tellement de contacts avec eux en fait.

Genono : Ils t’ont juste commandé un album, façon « ponds ce que tu veux » ?

Vald : Voila, on leur a donné un album, on a dit « si vous aimez, vous prenez, vous donnez de l’argent, et vous distribuez ».

Genono : Et t’as eu des retours ?

Vald : Ils en sont très contents. Ils me trouvent très particulier, avec un univers … ça fait plaisir.

Genono : Parmi les 5 bonnes raisons, tu dis aussi « pas d’autotune dans le projet ». C’est un truc que t’aimes pas ?

Vald : Au contraire, c’est un truc que j’adore, mais que je contrôle pas encore.

Genono : Donc ça va venir ?

Vald : Ah ça, dès que je sais l’utiliser, vous allez en chier ! Prends garde à toi, Jul ! (rires) J’ai aucune censure là-dessus, dès que je sais le faire, c’est partit !

Genono : T’as l’air plutôt à l’aise sur scène, c’est un truc que tu travailles à l’avance, où t’y vas vraiment en mode freestyle ?

Vald : Ouai, jusqu’ici c’était très freestyle, mais le public est super réactif, sans trop que je sache pourquoi. Bien souvent, il est juste content de voir « son » artiste, donc il fait la fête même si tu pues la merde sur scène. Après, on a essayé de travailler un peu le truc, c’est plus cadré, un peu moins bordélique, même si y’aura toujours une part de bordel. A terme, je pense que ça va devenir très professionnel, l’idée c’est que ça devienne un vrai spectacle. Je pense qu’il nous faut juste des séances en studio pour développer ça … et les séances, faut les payer ! Mais là j’ai l’impression qu’on a trouvé un format qui fonctionne bien, ça fait 6 ou 7 dates que je sens qu’on a quelque chose de professionnel.

Genono : Ce coté trop carré, t’as pas peur que ça déplaise à un certain public, qui aime justement le Vald un peu à l’arrache ?

Vald : Ca peut être à l’arrache … mais carré en même temps. J’ai déjà fait des scènes vraiment à l’arrache, et c’était vraiment trop à l’arrache, tellement à l’arrache que le public n’y comprend plus rien. Donc oui, y’aura toujours une ambiance « fait-maison », un petit fumet, mais le temps est à la professionnalisation.

Genono : La piste 5 de NQNT s’appelle Sullyvan. En écoutant le morceau, j’ai l’impression que ce personnage est une sorte d’alter-égo démoniaque de Vald. J’ai bien compris le concept ?

Vald : Ouai, c’est à peu près ça. C’est partit d’une rime que j’ai fait dans un vieux morceau, avec le nom de Sullyvan, et j’ai développé un peu ça. Mais j’ai pas du tout le complexe du schizophrène, avec une partie sombre qui se dévoile sous un alias. Sur ce morceau, c’est vrai que la prod s’y prêtait bien, j’ai poussé un peu dans cette direction … mais en fait nan (rires). Ca m’a surtout permis de faire un égotrip un peu particulier, de parler de ce personnage comme d’une légende, un mythe.

Genono : C’est un truc qui peut revenir dans les prochains projets, ma suite des aventures de Sullyvan ?

Vald : Ouai, je vais le décliner, c’est certain. Et puis ça nous fait un super morceau pour entrer sur scène, c’est génial.

Genono : Piste 8 (« Horrible »), tu dis « suffit d’une vidéo de Soral pour que l’audimat du JT chute ». Tu penses quoi de ce mec ?

Vald : Je pense qu’il a une grande écoute. Je l’ai beaucoup écouté, maintenant j’ai décroché. Je prends plus rien à cœur, j’en ai plus rien à foutre de quoi que ce soit. Je sais qu’il a beaucoup d’audimat, et qu’il est plus proche de la réalité que les journaux télévisés. C’est moins déformé, et ça a plus d’impact. Lui aussi, il bosse à la maison, il est sur son canapé, il fait ses vidéos … Et je sais que si t’écoutes Soral, t’écoutes pas le JT. Ca n’a pas de sens, d’écouter les deux, ou en tout cas, de croire les deux.

Genono : Dans le même morceau, tu dis « personne m’a donné la foi, je suis lassé de croire en rien ». Quel est ton rapport à la religion ?

Vald : J’aimerais avoir la foi ! Mais je crois en rien, je suis pas dedans. Et j’aimerais bien, parce que je ressens une sérénité chez les gens pieux, c’est quelque chose que j’ai pas. Mais j’ai réussi à trouver la sérénité ailleurs, donc je m’en sors pas trop mal.

Genono : La foi, c’est donc quelque chose que tu recherches ? Ou tu te dis juste « si ça vient, ça vient » ..?

Vald : Voila, je me dis que si un jour je tombe dedans, ce sera super. Sinon, tant pis.

Teobaldo : C’est juste une question de sérénité, d’équilibre ?

Vald : C’est vraiment … un bien-être que je ressens chez les gens qui ont la foi. Mais ceux qui l’ont vraiment, pas les frères muz 2.0. Les vrais frères muz, ils ont sont apaisés, c’est magnifique.

Teobaldo : On sent que t’as développé une grosse réflexion là-dessus.

Vald : Ca me touche personnellement en fait, parce que mon frère est devenu musulman. Je trouve ça beau. Moi, j’arrive à vivre sans, mais si un jour ça vient … incha Allah !

Genono : Ensuite, piste 9, « Aulnay-sous-bois », qui est très critique envers la mentalité de quartier et l’apologie de la rue. Tu sentais le besoin de faire ce morceau ?

Vald : Ouai, c’était vraiment un besoin, parce que personne n’en voulait de ce morceau ! (rires) Je trouvais intéressant de proposer cette vision des choses, j’ai pas l’impression d’avoir déjà entendu un morceau comme celui-là … après j’ai une culture de merde, donc il a peut-être déjà été fait. Je trouvais ça marrant qu’un blanc qui vienne du 93 parle de la cité de cette manière.

Teobaldo : T’as pas peur de te mettre des gens à dos ?

Vald : Je connais personne, donc je peux me mettre personne à dos ! (rires) Après, je dis pas que la street c’est mal … mais revendiquer le fait d’être un mec de tiekar, ça pue la merde. Je vous chie dessus ! Attends, que je me fasse pas mal comprendre, c’est pas parce que t’habites dans un tiekar que je te chie dessus …

Genono : Si si, on va marquer ça. On va faire du buzz, on va titrer « Vald chie sur les mecs de tiekar ».

Vald : Nan, ce que je veux dire, c’est que je te chie dessus si t’es un mec de tiekar et que tu vis là-dessus. Et j’en connais plein, des mecs qui te disent « ouai, moi je suis un mec de quartier, je vais rien faire de ma vie, je vais rester en bas » …

Teobaldo : Pas de vacances pour les vrais gars.

Vald : T’as tout dit.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 3

Genono : T’as quel attente sur la sortie de NQNT ?

Vald : Par rapport aux ventes ? J’en ai aucune idée. J’aimerais bien impressionner les gens de maisons de disques, pour qu’ils me sortent en physique, ces fils de lâches.

Genono : Ah mais il sort pas du tout en physique ?

Vald : Nan, parce qu’ils ont pas confiance en nos chiffres, ces crevards ! Ca me fout un cafard de ouf. Mais j’ai confiance, j’ai l’impression que mon public est deter, qu’il croit en moi.

Teobaldo : Du coup tu vises pas un chiffre précis …

Vald : Nan, je vise juste de pouvoir vivre de ma musique. Tant que j’en vis, les chiffres m’intéressent pas.

Tefa (qui est là aussi, parce que c’est la fête du slip) : Ca dépend comment tu veux vivre.

Vald : Je veux juste vivre, poto ! Je veux partir de chez mes parents, je veux pouvoir payer un loyer et des factures.

Teobaldo : Du coup, tu penses que tout buzz est bon à prendre ?

Vald : Nan, y’a aussi des mauvais buzz. Y’a des buzz desquels tu te relèves pas, y’en a certains qui ne s’en sont jamais remis. Je vais pas citer de noms, on va pas leur faire de la mauvaise pub, mais tu les connais.

Genono : Question « à la Spleenter » : est-ce qu’en tant que rappeur blanc, tu pourrais raconter que tu te faisais racketer au collège, comme Orelsan ?

Vald : Le raconter ? Je sais pas … peut-être le dire en une phrase, mais un morceau complet dessus … c’est dur.

Genono : Bah il en a fait … je vais pas dire une carrière, mais presque.

Vald : Nan, je peux pas capitaliser sur le fait d’être une victime, ça m’intéresse pas. Je peux pas écouter un morceau dont le message serait « je suis une victime ». Meme sans le dire ouvertement, mais y’a des sons, les mecs font que se plaindre de la première à la dernière mesure. Frère, relève la tête, car un jour tout s’arrête.

Moment de flottement dans le studio, tant tout le monde est subjugué par la dernière phrase de Vald.

Teobaldo : C’est pour ça, l’humour ? Aborder des sujets sérieux différemment, que les gens se fassent pas chier …

Vald : Voila, et faut se détendre, le ridicule n’a jamais tué personne.

Genono : Les comparaisons avec Orelsan, c’est un truc qui doit te casser les couilles nan ?

Vald : Oui, forcément, mais si ça vous donne une porte d’entrée, prenez-la. C’est toujours mieux qu’on m’écoute en se disant « c’est un peu comme du Orelsan », plutôt qu’on m’écoute pas. Mais j’ai jamais fait du Orelsan, donc j’ai même pas l’impression de devoir m’en détacher. J’ai un phrasé particulier qu’il n’a pas, et il a un phrasé particulier que je n’ai pas.

Teobaldo : Donc t’as déjà écouté ce qu’il fait ?

Vald : Ah oui, bien sur. Tout ce qui se fait, depuis que j’ai commencé à rapper, j’écoute, je me mets à jour. Le rap, c’est une bataille, donc si je sais pas ce que les autres font, c’est chaud.

Genono : Tu pourrais t’autoproclamer Professeur Punchline comme Seth Gueko ?

Vald : Je fais pas de punchlines, moi. Je déteste le mot « punchline ». Déjà, je déteste les anglicismes. On a une langue tellement riche, tellement belle, utiliser des anglicismes c’est dommage. Et le terme « punchline » … c’est nul, complètement nul. Je fais pas de punchline, je fais du sentiment. J’ai l’impression de développer vraiment un ressenti, pas juste de faire de la phrase. C’est difficile de prendre une phase de mon texte, et de la sortir comme ça.

Genono : C’est aussi du à ton écriture qui est très dense, pas mal basée sur la technique avec des assonances, des multisyllabiques dans tous les sens, des mots qui s’entrechoquent. C’est quelque chose que tu recherches particulièrement ou c’est quelque chose qui te vient naturellement ?

Vald : Ca me vient naturellement, c’est de la performance, et c’est ce qui va me faire écouter ou non un rappeur. Si un rappeur rime mal, je l’écoute pas. Les rimes trop simples, ça m’énerve. Y’a plein de mots dans la langue française, sers-toi-en. Maintenant j’y fais peut-être un peu moins attention, mais j’ai longtemps eu l’impression que c’était une obligation. C’est une question un peu complexe, mais pour moi c’est un devoir. Si t’es rappeur et que tu rimes pas … c’est la misère, gros. Fais autre chose.

Genono : Si tu devais imaginer ta reconversion après le rap, ce serait quoi ? Je te verrais bien au cinéma.

Vald : Ouai, le cinéma ça me plairait bien. J’attends qu’on vienne me contacter, je fais des petits appels subliminaux avec mes vidéos, mais ça marche pas (rires). Et puis, j’ai l’impression que ça paye mieux. Sinon, j’aimerais bien me reconvertir dans la production, prendre des petits rappeurs, leur transmettre mon savoir, mon expérience, et les orienter. Mais il faut de l’oseille.

Mehdi (le manager) : Tefa peut t’expliquer comment ça fonctionne !

Tefa : Bah c’est comme la politique : faut être un enculé.

Vald : J’aime bien aussi le montage vidéo, même si j’ai un niveau de merde. Ca me passionne.

Vald Captcha Mag x Tupak TV 4

Teobaldo : Le clip de Toutatis, déguisé en flic, qui a eu l’idée ?

Vald : C’est une idée à moi, que j’ai trouvé vraiment super, et j’ai forcé tout le monde à la faire. A la base, je voulais faire un vrai truc de bad cop, avec un keuf crapuleux, ripoux … et au final, on s’est retrouvé en îlotiers super ringards. Mais j’aime bien, c’est drôle, ça a un côté sketch, et puis ça nous fait 3 clips bien construits, qui sont très différents mais qui gardent quand même une certaine ligne directrice.

Teobaldo : J’ai l’impression que pour chaque clip tu vas un peu plus loin. Le prochain tu nous fais quoi, la guerre des étoiles ?

Vald : Le prochain … c’est une surprise. Il sera pas cher, mais drôle.

Teobaldo : Tu commences à monter, à avoir une petite notoriété, y’a forcément un moment où un mec va vouloir te clasher. Comment tu penses réagir ?

Vald : Ca dépend de la notoriété du bonhomme. S’il est en dessous de moi, j’en ai rien à foutre, parce qu’il va rien m’apporter, je vais juste lui donner du buzz. Par contre si c’est un mec qui est au-dessus, et qu’il m’attaque … je vais le ruiner, l’enculer comme un chien, je vais pas le lâcher. Je vais voir l’ouverture et … oh putain, je vais l’enculer.

Teobaldo : T’es prêt pour la guerre.

Vald : Attaquez-moi, je vous en supplie ! Mais faut souligner que ça reste de la musique, je peux clasher le mec et lui serrer la main en studio le lendemain. Après, pour qu’un mec avec plus de notoriété que moi m’attaque, faudrait qu’il soit vraiment con.

Teobaldo : Bah y’a des cons dans le rap français, c’est pas le problème.

Tefa : Nan, y’a pas de cons, c’est pas vrai. C’est qu’une rumeur (rires).

Teobaldo : Est-ce que tu serais prêt à faire de la taule pour gagner en street-crédibilité ?

Vald : Je résisterais pas en taule … faudrait que je tue un violeur pour être respecté là-bas. Mais sinon, je suis un petit blanc, t’as vu mon gabarit ? Je suis dans la merde. Je vais m’en prendre plein la gueule !

Genono : Et pas que la gueule …

Vald : Et pas que la gueule !

Mehdi : Du coup après, tu feras peut-être du rap de victime.

Teobaldo : Est-ce que tu penses pas que tu vendrais plus en faisant du rap de victime ?

Vald : Pas sûr. Ce qui marche, c’est la sincérité. Si on croit en ce que je fais, les gens vont se sentir impliqués. Si je deviens la copie d’une copie, ça va intéresser personne. Faut juste être sincère et spontané.

Genono : Niveau connexions, tu fais pas énormément de featurings, ou en tout cas pas avec des rappeurs très côtés. T’es comme Niro, t’aimes pas te mélanger ?

Vald : Pour faire des feats avec des gens côtés, faudrait que j’aime ce qu’ils font, faudrait que je les contacte, ça me met un peu dans une position bizarre, j’aime pas trop ça. Je préfère faire des feats avec des gens que je connais, que j’aime, et avec qui il n’y a pas de calcul. En fait, y’a personne qui m’attire.

Teobaldo : Le rap français t’intéresse vraiment pas ?

Vald : Ah si, y’a vraiment des artistes que je kiffe, que je survalide. Un mec comme Katana, je suis comme un fou dessus, je l’écoute, j’en peux plus. Y’a aussi un gars de la clique de Kaaris, il s’appelle Solo le Mythe, il est trop fort. Y’en a beaucoup, j’aime bien aussi Docteur Bérize … Hornet La Frappe, il tue sa mère !

Genono : Bah justement, ces gens-là, ça t’intéresse pas d’aller les chercher et de rapper avec eux ?

Vald : Ca peut m’intéresser, mais je sais pas spécialement comment m’y prendre … Et puis je pense qu’un feat, ça se fait en fin de projet. Mon prochain projet, quand il sera fini aux trois quarts, je me dirai peut-être « tiens, il me faut un feat » … J’y penserai à ce moment-là. Et puis, ça va me mettre dans une démarche où je serai obligé d’écrire, et je déteste être obligé d’écrire. Ca me frustre.

Teobaldo : Pourtant t’as l’air productif.

Vald : Je suis productif, mais je suis capricieux. Et si j’appelle quelqu’un, je vais être obligé d’écrire, sinon il va me dire « tu m’appelles pour rien, enculé ! ». J’ai jamais de morceau où j’écris un couplet et ensuite je me dis « tiens, untel sur le deuxième couplet, ça passerait bien ». Déjà, j’ai très peu de chutes de morceaux, et puis … je m’aime trop, je crois. A chaque fois je trouve que mon morceau vaut la peine que j’aille au bout tout seul.

Teobaldo : Y’a des gens que t’aimes bien mais avec qui tu penses que musicalement, ça ne fonctionnerait pas ?

Tefa : Swaggman ?

Vald : Nan, Swaggman ça tuerait sa mère, t’es fou ! Par exemple Maitre Gims, je trouve qu’il est super fort, mais je le vois pas faire un refrain et moi lâcher un couplet derrière. Mais j’aime beaucoup de gens hein, même si vous avez l’air de penser le contraire.

Genono : NQNT, tu comptes le défendre sur une tournée ?

Vald : Je sais pas ce qu’on appelle une tournée. En tout cas on a plein de dates, dans toute la France, plus de trente jusqu’à l’été prochain.

Genono : On peut donc appeler ça une tournée.

Vald : Ouai, mais je les connais mes dates, on va pas se mentir les frères. Y’a des salles de quelques centaines de personnes …

Mehdi : Bah on voulait faire la tournée des Zéniths, mais il a que 20000 fans sur Facebook, c’est chaud.

Vald : Après, je sais pas si on peut dire que je vais « défendre » l’EP pendant cette tournée, mais c’est clair que c’est un excellent prétexte pour monter sur scène.

Mehdi : En langage professionnel, ça s’appelle bien « faire une tournée » et « défendre un projet » (rires).

Vald : Ouai, mais j’ai pas l’impression de défendre quoi que ce soit. Quand je monte sur scène, les gens connaissent déjà les morceaux, je leur donne juste ce qu’ils veulent.

Teobaldo : Le fait d’être entouré, avec des gens qui s’occupent de la production, d’autres de la logistique … ça t’enlève un poids ?

Vald : Ca m’enlève un poids, mais d’un autre côté, je dois toujours leur courir après (rires). Maintenant, je délègue, c’est un autre type de poids, mais au final ça m’avance pas beaucoup.

Genono : Pour conclure, les prochains projets, tu bosses déjà dessus ?

Vald : Ouai, je suis en avance. Les morceaux que vous écoutez en ce moment, ça fait déjà un an que je me branle dessus. La suite arrive.

Genono : Bon, bah on a fait le tour.

Vald : Merci les frères, c’était cool, j’ai bien aimé cette interview. De toutes celles que j’ai fait, c’était la plus dynamique.

Tefa : T’oublieras pas de couper toutes les questions où il dit qu’il est antisémite, homophobe, et encarté au FN.

NQNT dans les bacs le 28 Octobre. Et le produit est très bon, alors faites pas les lâches et mettez un petit billet dessus (ndTeo : ceci est un message de Génono. Moi j’ai pas encore écouté le CD =/)

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The Black Desperado Rises #TBDR

Si on fait le bilan de la dernière saison rap Frinçais, on constate un étrange fait (en fait on en constate 30 000 mais comme d’hab).
Oxmo Puccino serait revenu dans le rap. Trés furtivement, telle une ombre. Pour beaucoup, ce n’est qu’une légende urbaine. Il n’y aurait aucune preuve que le Black desperado ait remis les gants. Mais pourtant, c’est une certitude pour d’autres, le Black Desperado serait de retour. Comment et pourquoi ? Le Blavog n’en sait foutre rien (mais alors vraiment, que dalle), mais vu que c’est l’occasion de faire une parodie stupide, on va quand même tout vous raconter.

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Devant un pavillon trés laid (c’est pas qu’il fasse délabré mais le goût en architecture est très douteux), Grodash des Hall frappe à la porte. Qui s’ouvre. Sur le pas de la porte, on retrouve Le Célèbre Bauza.
Grodash -Je suis venu voir Oxmo Puccino. COUSIN !
Bauza -Je suis désolé, monsieur Puccino ne prends pas de rendez vous imprévu. Même si c’est venant d’un type qui porte des lunettes de soleil en plein jour.
Grodash -Et ta non carrière totale, c’était prévu ça ?
(Alors là vous allez dire que c’est gratuit d’afficher ce pauvre Célèbre Bauza comme ça alors qu’il rappe même plus ou si peu. Mais je vous dirai que c’est pour que son blase ne tombe pas dans l’oubli, bande de petits ingrats)


–On retrouve Grodash assis sur un canapé très moche dans un salon imonde. Un gros type mal réveillé le rejoint alors dans la pièce.
Oxmo -Bonjour, jeune intrépide.
Grodash -Je suis venu pour le feat.
Oxmo -…
Grodash -J’ai besoin de toi. J’ai besoin du Black Desperado.
Oxmo -T’as de l’espoir.
Grodash -On s’est déjà rencontré. En 98. devant les locaux de Skyrock. On était venu avec des potes. Et c’est là que tu es apparu. Sortant de la radio avec un cigare au bec, un stylo plume avec une mine de cristle et un chapeau de mafieux. On a tellement kiffé ! Oxmo Puccino ? De Pucc Fiction ? De Opera Puccino ? On se faisait des films avec les potes ! Des films entre potes… C’est tout ce que c’était… Mais moi je savais que c’était possible. Alors je t’ai demandé un feat et tu m’as donné ta parole.
Oxmo -C’était il y a jadis et naguère, ça. Je fait de la variété, maintenant, moi, mon petit monsieur. Je ne suis plus rappeur… Ça fait des années…
Grodash -J’ai suivi ton parcours depuis ton tournant variet. On te regardait dans les émissions de merde, style Ruquier. Les potes, ils se foutaient bien de ta gueule, mon gros. Mais moi j’ai vu ton regard. Ce regard que je m’entraine à faire chez moi, devant mon miroir. Faire croire au mec qui t’interviewe qu’il te pose des bonnes questions. Mais au fond, tu étais vraiment saoulé. Car tu es un rappeur ! Un vrai rappeur ! Et comme tous les rappeurs, tu détestes les interviews que tu fais à la télé.
Oxmo -…
Grodash -Tu es le Black Desperado. Tu dois remettre ton masque. COUSIN.
Oxmo -…
Grodash -Trés bien. Je m’en vais.
Oxmo -Attends. Pourquoi as tu dis que tu me regardais au passé ? Tu ne me regardes plus à la télé, maintenant ?
Grodash -Tu devrais prendre un peu l’air, te rafraichir les idées et faire gaffe aux détails. Tu réaliserais que tu ne passes déjà presque plus du tout à la télé. Malgré toutes tes tentatives lamentables d’infiltrer durablement la scène Française.
(Grodash s’en va. Laissant Oxmo Puccino. Seul. Perplexe)

Oxmo -Black Bernardo ! Ici mon fidèle copain.
Bauza -Ça te reprend ces conneries ? Faut arrêter de m’appeler comme ça.
Oxmo -Est-ce que c’est vrai que j’ai pas fait tant de télé que ça pour la promo de Roi sans carrosse ?
Bauza -Qu’est-ce que j’en sais ? Y a rien eu de marquant, en tout cas. Mais comme j’en ai plus rien à foutre, j’ai pu rater quelque chose.
Oxmo -Et mes ventes ?
Bauza -C’est pas fantastique.
Oxmo -Impossible, j’ai gagné une victoire de la musique avec cet album.
Bauza -Une victoire de la musique urbaine, oui. Autrement dit, tout le monde s’en contre branle sur la table basse.
Oxmo -Ah bah merde, non. Je suis sensé être un poète qui restera dans les têtes. Et là tout le monde m’oublie ?
Bauza -Il te faut remettre le masque.
Oxmo -Non, je ne peux plus être le Black Desperado. Je dois rester ce poête élégant. C’est comme ça que je ferai de grosses ventes. Comme avant la crise.
Bauza -C’est le déni, ça.
Oxmo -Que nenni, c’est toi le déni.
Bauza -Et si je te disais que tes ventes t’avaient écrit un mot avant de partir ? Un mot dans lequel elles te disaient qu’elles ne reviendraient plus ? Et si je te disais que j’avais brûlé ce mot, pour ne pas te faire de peine…
Oxmo -Nooooon !!! Je vais avoir la réaction d’orgueil la plus constructive et intéressante qui soit : je vais bouder dans ma chamb… Mon repère secret.

Je vois... Je vais donc devoir te péter ta gueule, mec...

Je vois… Je vais donc devoir te péter ta gueule, mec…

Oxmo s’enferme alors dans sa cave où il joue avec des vieux posters de lui comme si c’était des figurines. La nostalgie plein son petit coeur.
C’est alors que, sorti de sous terre et en moto, apparait Ol Kainry avec un masque de Luchador sur la figure et une redingote de bucheron.
Oxmo -Ça c’est de l’entrée.
Ol kainry -Ne te demande pas qui je suis. ne te demande pas qui est ce nègre en selle, ce qui importe c’est notre but.
Oxmo -Tu es Ol Kainry… On te reconnait facilement. Mais qu’est-ce que c’est que ce masque ?
Ol Kainry -Un masque au max de la masquance.
Oxmo -Qu’est-ce qui se passe si je l’enlève ?
Ol Kainry -Ça ferait mal.
Oxmo -Comment ça se fait ?
Ol Kainry –J’ai des bails de cheveux coincés dans la zippette, derrière.
Oxmo -Aouch. ah ouais, t’es un gros dur, toi.
Ol Kainry -Pour quelqu’un comme toi, oui.
Oxmo -Et qu’est-ce qui te prend d’arriver en dévastant mon joli carelage saumon de chez point P, jeune vandal ?
Ol Kainry -J’ai appris que tu allais te remettre au bail de rap…
Oxmo -Oui, je l’avais promis à ce jeune qui n’en veut et qui a un nom de lessive. J’ai réussi à reculer l’échéance pendant 16ans mais là je crois qu’il commence à se rendre compte que je le prends pour un con.
Ol Kainry -Si le Black Desperado refait surface, alors il devra rapper pour moi, d’abord. Sur un morceau avec une tite-pe au refrain. Et ensuite tu auras ma permission pour poser sur l’album de Grodash.

Tu n'as pas ma permission de faire caca

Tu n’as pas ma permission de faire caca

Oxmo -Mais où est l’intérêt de me faire à nouveau rapper si c’est pour qu’une inconnue chante très mal au refrain ? Je peux le faire moi même.
Ol Kainry (Il met sa main sur l’épaule d’Oxmo)-Est-ce que tu te sens aux bails de commandes ?
Oxmo -On peut savoir ce que tu fais avec ta main bourrue, petit homme étrange et tout en muscles ?
Ol Kainry -Je te demandes si tu te sens au max de la maxance ?
Oxmo -Et bien…
Ol Kainry -FAUX !!!! C’est moi qui dit qui qui fait quoi et toi tu vas rapper sur mon album et y aura une meuf au refrain !
Oxmo -T’énerve pas. Moi, tu sais, au point où j’en suis, j’en ai plus rien à cirer de que dalle. Les albums dégueulasses plein de trucs sirupeux, j’en ai fait. C’était pour toi que je disais ça. Sur un album d’Ol Kainry, les gens veulent juste que ça rappe. C’est pas Facteur X 3 ou je ne sais quelle horreur.
Ol Kainry -« On demande juste que ça rappe ! Rappe ! Rappe ! Rappe ! » Hey mais c’est pas mal ça ! Ça ça ferait vraiment un bon refrain !
Oxmo -Tu vois !
Ol Kainry -Ce sera parfait pour mon album avec Dany Dan.
Oxmo -Mais pourquoi sur l’album avec Dany Dan ?
Ol Kainry -Parce qu’il faudra bien que je revienne pour ma fan base après les avoir déçu avec « Dyfrey ».
Oxmo -Non mais je veux dire pourquoi pas sur notre duo à nous ? Ce serait pas mal.
Ol Kainry -Je veux pas que ce soit pas mal.
Oxmo -Tu veux que ce soit mal, donc ?
Ol Kainry -Un mal nécessaire.
Oxmo -Mais dans quel but ?
Ol Kainry -L’embrasement arrive.
Oxmo -OK… Cinglé… Et c’est moi qui dit ça…

Ol Kainry -Comme ça je reviens avec des bails de morceaux single pour plaire au plus grand nombre.
Oxmo -Je ne doute pas que ta stratégie sera vraiment payante, mon bon ami, mon comparse, mon complice. Mais si tu veux faire un truc grand public, pourquoi ne pas faire un son acoustique avec des musiciens de jazz ?
Ol Kainry -Ah ! Le bail théâtral ? Les bails de la tromperie. Toujours très impressionnant pour les bougs qui connaissent que dalle au rap. Mais on s’y connait en rap, nous, n’est-ce pas mon boug Oxmo ? On a appris au sein de la rue !
Oxmo -Oh moi, tu sais, la rue…
Ol Kainry -Je sais, mon boug Oxmo. Tu as peut être adopté le rap. Moi, je suis né dans les bails de rap. Modelé par les bails de rap. Je n’ai écouté de la variété qu’une fois à l’âge adulte. Et pour moi ce n’est rien d’autre qu’assourdissant !
Oxmo -Bah alors pourquoi ramener des chanteuses à tour de bras ? C’est pas comme si tu connaissais Olivia Ruiz, en plus.
Ol Kainry -Pour embraser les ventes ! Ventes rises !
Oxmo -C’est pas gagné, vu ta façon d’envisager le chant dans un morceau rap.
Ol Kainry -Bail de point d’interrogation, là ?
Oxmo -Tu amènes tes parties chantées comme les mauvais singles d’il y a 10 ans, mais c’est fini Factor X, mon bon. En plus, ton public est très rap. Ça lui fera très plaisir de me revoir en mode MC, tu es bien cruel de gâcher leur joie, ainsi. Eux qui voulaient me révérer en toute quiétude.
Ol Kainry -C’est pour ça que je sors mon album avec Dany Dan dans la foulée.
Oxmo -Tu veux dire qu’il n’y aura pas de feats de merde dessus ?
Ol Kainry -Ah bah si, pourquoi ?
Oxmo -…

Comme Oxmo en avait marre de tous ces gens fous du 91, il retourne alors les chiffres de 91 et retourne ainsi dans le 19, de ce fait.
Un peu comme Batman qui retourne à Wayne Corp. Sauf que lui il retourne vers Danube et croise un autre rappeur du coin.

Oxmo -Il me faudrait de nouveaux gadgets.
Abis -Euh… Ouais… Pourquoi tu me dis ça à moi ?
Oxmo -Parce que je reprends les affaires. Donc je retourne dans mon fief. Un peu comme Bruce Wayne dans TDKR. T’as pas lu le début du billet ?
Abis -Mais c’est moi qui fait Morgan Freeman dans ta version ? Je suis plus jeune que toi…
Oxmo -Et t’es pas noir non plus, mais on fera avec.
Abis -La couleur c’est pas grave. Le sang est le même pour tous, appelle moi Rachid Sissoko. Mais en vrai c’est moi qui devrait faire Batman.
Oxmo -Comment ça ? Tes paroles sont houleuses, mon jeune ami.
Abis -Bah je suis l’homme du bâtiment, l’homme du bât. Bâtman ! Sous ma cape, je visser des gothiques.
Oxmo -Pas mal. Pas mal… t’es sûrement encore un mec qui va me demander un feat, je le vois venir.
Abis -En fait, je t’ai déjà demandé y a quelques années.
Oxmo -Alors ma réponse sera la même !
Abis -Alors ça tombe bien parce que t’avais dis oui. Par contre tu l’as jamais fait après…
Oxmo -Putain, faut que j’arrête de faire ça. Ça ressemble toujours à une bonne solution sur le coup mais après ça me revient dans la gueule.

Abis -Mais c’est cool que tu reviennes aux affaires. Comme ça tu peux poser sur mon album comme prévu à la base.
Oxmo -Il faut que je vérifie si tu mérites un feat avec moi.
Abis -Tu veux test ?
Oxmo -De fait, je vais te tester. Dis moi, mon petit bonhomme, comment comprends tu cette phase ; « Les gens ivres de bonheur rêvent de revolver » ?
Abis -J’sais pas. Les gens heureux, au fond d’eux dépriment et veulent se supprimer. Ou bien alors que les seuls heureux sont ceux adeptes des armes. Les vendeurs, les trafiquants ou plus simplement ceux qui aiment la guerre.
Oxmo -Tu as vu tout ça dans ma phrase ?
Abis -Oui, pourquoi pas. Tu pensais à quoi, toi ?
Oxmo -Euh… Oui… C’est exactement ce que je voulais dire et même bien plus encore.
Abis -C’est ça le 19ème : c’est la rue avec la plume.
Oxmo -C’est beau ce que tu dis.

Mmmmmmmmmmmmmmm !MMMMMMMMMMMM !MMMMMMMMMMMMM!
Roi sans carrosse sur le périph !!!

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Classé dans cinoche, complots, Parodie

Interview NKLM

En attendant la rentrée officielle du Blavog dans vos m*** (ce qui ne saurait tarder vous qu’Octobre pointe le bout de son zgueg)

Notre bon vieux Teobaldo est parti avec son sac à dos pour TupakTV, à la recherche de personnes aux compétences indéniables, et voici qu’il nous livre donc l’interview du collectif NiKLesMouths (NKLM), un groupe de beatmakers du 91 qui a déjà produit pour Zesau, Juicy P, Hype & Sazamyzy, Zekwe Ramos, Alkpote, Moon’A, Butter Bullet ainsi que tout un tas d’autres gens recommandables comme ça.
Vous allez voir dans cet interview que, comme ils le disent eux même « Les beatmakers ont autant de choses à dire que les rappeurs ».
Et le montage a été assuré par Mehdi Mohatou, le fils caché de Serge Moati.

http://tupaktv.com/interviewtupaktv-collectif-nklm-face-camera-video/

Donc allez-y, cliquez, ça vous fera pas mal au cul.
De toute façon, c’est une interview de moi, donc automatiquement je parle à des gens intéressants (Je serai pas allé là bas, sinon, réfléchis) et donc c’est bien.

et puis partagez aussi, il parait que c’est ça le hip hop, c’est le partage (moi j’aurais plutôt dit que ça s’appelle l’éducation mais à priori c’est ça aussi le hip hop)

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Interview Zekwe Ramos – bonus

Jamais 2 sans 3, Zekwe revient pour vous parler de ses influences musicales niveau beatmaking et de son point de vue sur certains collègues (Kaaris, Seth, Al K, Orelsan, L’Entourage, Dinos, Sinik, Diam’s…)

et ça c’est un quizz sur les voyages dans le temps, qu’on a donc décidé d’appeler MacFly Quizz, pour être sûr que personne ne comprenne bien de quoi il s’agit. D’ailleurs à un moment ça parle de Quick.

et ça c’est le freestyle du bonhomme à Générations, c’est pas du tout notre vidéo mais on s’en fout il dit notre blase dedans alors c’est tout comme

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Interview Zekwe Ramos – 2e partie

la suite de ça

Spleenter : On parlait d’Orelsan tout à l’heure, vous aviez échangé sur Twitter, il aimait bien Histoire de, y’avait d’ailleurs une de ses fans qui comprenait pas pourquoi il aimait…

Zekwe : C’est ce qu’on disait, c’est le coté social de la musique… Une petite meuf avec une casquette Supreme à l’envers et une paire de Air Force, qui va lui dire « nan mais vas-y, je comprends pas, tu vaux mieux qu’eux, la banlieue, les singes, les bananes ».

Spleenter : une collaboration est envisageable ? (avec Orelsan, pas les bananes)

Zekwe : Carrément ! On en a déjà discuté, il aime bien ma musique, j’aime bien la sienne… y’a encore rien de prévu techniquement, mais ça va se faire. A la base, c’est lui qui est venu vers moi, à me dire « ouais j’aime bien Histoire de, j’ai écouté Selecao »… mais frère de quoi tu me parles ? Je faisais pousser de la beuh, j’ai acheté ton CD par hasard, et je me suis pissé dessus pendant tout le trajet !

Spleenter : Comment tu définirais la différence entre Selecao 1 et 2 ? J’ai l’impression que c’est plus ouvert.

Zekwe : Je suis d’accord avec toi, c’est plus ouvert, c’est un peu moins débilos. Y’a des tracks un peu débilos, d’autres un peu plus sérieux… j’ai essayé de faire du bon rap, tout simplement. L’avantage, comme je produis et que je fais tout moi-même, c’est que personne ne peut me forcer à faire quelque chose qui ne me plaît pas. Donc en gros, y’a une facette un peu sérieuse, avec des émotions, et une facette bête et méchante … du Neochrome quoi. Mais dans l’ensemble, c’est vrai que c’est plus ouvert, plus grand public. Ma daronne peut écouter 3-4 sons sans aucun problème. Mais comme je te dis, c’est un peu à l’image des albums cainris qu’on a toujours écoutés. T’as des hits, des sons de rue, d’autres pour les clubs …

Spleenter : J’aime bien Extra-Large, parce qu’il me semble que je t’avais encore jamais entendu sur ce genre de prod.

Zekwe : C’est Hits Alive qui a produit celle-là, je tourne le clip la semaine prochaine (l’interview s’est déroulée début avril). D’ailleurs, (il montre son sac) on m’a prêté des vêtements.

Spleenter : Mais si c’est pas tes vêtements c’est pas authentique, man.

Zekwe : Bah tu sais quoi, je viens de me rendre compte que j’ai dit « prêter », mais c’est faux : on me les a donnés ! Je suis parti les récupérer tout à l’heure, justement, pour ce clip qui se tournera le week-end prochain.

Spleenter : On pourra être dedans ?

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Zekwe : Avec grand plaisir !

Teobaldo : Genono il ressemble à Trezeguet en plus, ça te fait une star dans ton clip.

Spleenter : Et tu vas clipper Le début de la faim, celui où tu nous dédicaces ?

Zekwe : C’est pas sur du tout, donc pour me rattraper, si vous voulez passer sur Extra-Large, c’est avec plaisir. Dans ce clip je vais me balader dans Paris entouré d’une trentaine de mecs habillés en saoudiens, un truc bien débilos.

Teobaldo : T’as pas peur que Sacha Baron Cohen porte plainte ?

Zekwe : (rires) Il s’est déguisé en saoudien lui ?

Teobaldo : Ouais, pour The Dictator, sur une version arabe de The Next Episode.

Zekwe : C’est un génie ce mec là, chacun de ses personnages est génial.

Spleenter : Niveau cinéma, qu’est ce qui t’a marqué récemment ?

Zekwe : Je suis un inconditionnel de Tarantino, du premier au dernier. Je me fais régulièrement des journées Tarantino, je regarde toujours les mêmes films comme un débile.

Genono : Ça vient de là le fétichisme des pieds ?

Zekwe : Effectivement, ça peut venir de là. Et puis quand t’as Tarantino, t’as Rodriguez qui va avec. Je suis un grand fan de ces mecs là.

Spleenter : T’attends Sin City 2 ?

Zekwe : De ouf ! J’attends le prochain Tortues Ninja aussi, mais je t’avoue j’ai peur. Les costumes des films des années 90, c’était quelque chose ! Et là, ils te foutent des putains d’images de synthèse de merde. C’est comme le film Dragon Ball… c’est une blessure qui saigne encore. A part ça, qu’est ce que je regarde … les comédies américaines genre Gigolo malgré lui, avec un acteur juif… merde, j’ai oublié son nom. Un petit avec des yeux verts … je sais plus, un acteur juif américain quoi. Y’en a tellement.

Teobaldo : Par contre je viens de recevoir un texto du CRIF, ils te demandent de retirer immédiatement tes propos.

Zekwe : J’emmerde le CRIF ! Y’a pas de questions sur Dieudonné, pas de questions sur les clashs, vous êtes pas à la page les gars !

Spleenter : Ah oui, alors est-ce que tu peux nous faire une quenelle ?

Zekwe : (rires) Je t’en fais une discrète, comme ça je pourrais dire que j’ai pas fait exprès !

quenelle doigtée

Genono : T’apparais pas dans le clip de Barbeuk, de Seth Gueko. Est-ce que c’est parce que t’as eu peur de Lea Castel, étant donné que tu la traitais de pute sur l’album de l’Indis ?

Zekwe : Dis-toi que j’ai eu des « problèmes » à cause de ça ! Seth est venu me voir, il m’a dit qu’elle se sentait pas bien, du coup je me suis un peu excusé sur twitter… je me suis senti coupable ! J’ai écrit un texte sans trop réfléchir, sous alcool, sous substance, la dame que j’ai insultée est blessée… faut savoir reconnaître que c’était méchant, je la connaissais même pas la meuf. Après, il n’empêche que les rumeurs disent que… mais les rumeurs disent ce qu’elles veulent. Bref, je me suis excusé.

Teobaldo : Tu pourrais faire une photo avec elle, comme Rohff avec Céline Dion ?

Zekwe : (rires) Il est bon, celui-là ! Nan mais je crois qu’elle me déteste assez, et puis j’ai pas spécialement envie de la connaître. Mais la question, c’était quoi ?

Genono : Est-ce que c’est pour ça que t’apparais pas dans le clip de Barbeuk ?

Zekwe : Nan, pas du tout ! Y’a pas de raison particulière … et puis de toute façon, je suis mauvais en figuration.

Spleenter : Est-ce que tu sais quand va sortir le clip de Babtou pure souche ?

Zekwe (ses yeux s’illuminent) : Han, c’est tellement un chef d’œuvre ! C’est le Detox des clips vidéos ! D’ailleurs, dans ce clip je suis figurant, je dois avoir 22-23 ans. Si vous avez aimé Cabochards, c’est dans le même délire … c’est un vrai bijou. Avec des quads violets, des caravanes roses … imagine une fête foraine, avec du rap.

Genono : Et pourquoi c’est pas sorti, en fait ?

Zekwe : Je vais pas te dire de conneries, mais il me semble qu’il y a eu des problèmes avec le montage, et que ça a fini par se faire monter par quelqu’un d’autre. Là, 25G garde le clip en stock, et il attend d’avoir plus de matière, préparer des morceaux, clipper, pour pouvoir tout balancer à la suite.

Spleenter : Quel bilan tu tires de Selecao 1 ?

Zekwe : Là, je dois en être à 2000 CDs vendus. On l’a vendu sur le long terme, la première semaine j’ai du en faire 400, c’était horrible. Mais au final, ça m’a ouvert plein de choses. Déjà, c’est une carte de visite, si tu veux savoir ce qu’est Zekwe, t’écoutes Selecao. Ça dessine un personnage, un univers musical, c’est super important, même si en termes de ventes c’est pas ouf. Je pouvais pas arriver avec « Rap de Banlieusards 3 » comme carte de visite ! Un truc où la piste 17 est en fait la piste 1 dans la tracklist, où tout est à l’envers… c’était un puzzle. Il me fallait un vrai projet, qu’on sache qui est Zekwe. Ca m’a aussi ouvert à d’autres artistes : me faire connaître par Orelsan, ou réaliser l’album de Nakk, Supernova.

me demande pas où j'ai eu cette photo putain

me demande pas où j’ai eu cette photo putain

Genono : Et du coup pourquoi « Selecao 2 », et pas un titre complètement nouveau ? C’est histoire de dire que tu restes dans la continuité ?

Zekwe : Voila, c’est le côté « je fais les prods et j’invite tous les copains qui veulent bien venir ». Selecao, ça a rien à voir avec le foot, le Brésil… c’est plutôt le délire « sélectionneur ». Je fais ma formation comme je veux, je place un couplet d’Alpha Wann juste après un couplet d’Al K-pote. Et au final, je sais même pas si Selecao c’est une compil, un album, un album-concept … Ensuite, je pense partir sur l’optique de sortir des projets courts, des EP, des 5-6 titres, avec moins de feats.

Spleenter : Tes objectifs en termes d’ouverture artistique, c’est quoi ?

Zekwe : Je prends tout ce qu’il y a à prendre. L’objectif c’est d’envahir le marché, par tous les moyens : placer des prods sur tous les bons albums, proposer des prods avec des refrains, imposer une touche, une couleur. Je pense que Selecao 2 va servir à ça : confirmer après Selecao 1, montrer que je peux balancer des prods encore meilleures, avec des refrains mieux chantés, des textes mieux écrits. Et puis, faire des connexions ! Parce que souvent, les producteurs choisissent un artiste, et travaillent dessus, comme Therapy avec Sefyu il y a quelques années. Il a imposé un truc ! Et bah moi, mon propre artiste, c’est moi-même ! J’ai 2 cartes à jouer pour envahir le business, c’est magnifique. Après, businessement parlant, si demain une maison de disques ou une boite d’édition vient frapper à la porte… une boite d’édition c’est l’idéal, parce qu’elle s’occupe de ramasser tes billes, elle dit « j’ai tel artiste dans mon catalogue, je vais lui faire écouter telle prod »… ça va plus vite.

Spleenter : Actuellement t’es en indépendant, au final tu vois plus d’avantages ou d’inconvénients ?

Zekwe : T’as l’avantage de faire la musique que tu veux sans te faire sermonner par des vieux mecs qui sortent du rock, ou des directeurs artistiques de merde qui ne connaissent rien au rap. Le gros inconvénient, c’est le coté financier, la sécurité et la stabilité qui vont avec. T’as un mois avec, un mois sans. Après, tout le monde veut faire les choses par soi-même, vivre de sa passion, c’est logique. Mais tu peux rester en indépendant tout en bossant avec un éditeur, ou signer en licence. Une licence, en gros, ça veut dire que tu vas en maison de disques, mais avec ton équipe, ta façon de travailler, et eux se contentent de te filer de l’oseille. Y’a plein de manières différentes de travailler.

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Spleenter : Sur Neochrome ou Selecao, t’invites pas mal de gens, on en parlait tout à l’heure, t’as aucun mal à te mélanger, mais j’ai l’impression qu’on t’invite moins.

Zekwe : Je pense que c’est parce qu’aujourd’hui, le rap, c’est beaucoup de calcul. On va peut-être préférer inviter un mec moins fort, mais qui a plus de visibilité. Si j’avais vendu 10000 exemplaires de Selecao 1, j’aurais eu beaucoup plus d’invitations, je suis encore dans une période où je fais découvrir ma musique aux gens. Jusqu’ici, j’ai touché les gens qui sont dans le business, mais j’ai pas encore vraiment touché le public. Y’a des mecs qui préfèrent s’armer de featurings plus intéressants niveau marketing, et je leur en veux pas, c’est plus ou moins normal.

Genono : Justement, comment t’expliques cette différence ? C’est-à-dire que les rappeurs vont dire « Zekwe il est fort », mais au final ça se répercute pas tellement en termes de visibilité, ventes et reconnaissance par le public.

Zekwe : Ce que je vois, c’est que dans les médias, certains se comportent comme les horribles directeurs artistiques qui sont là uniquement parce que Tonton a décidé qu’il fallait les mettre là. Notre génération, on entendait un single à la radio, on allait acheter le CD, et là on découvrait l’album. Aujourd’hui, on balance tout et n’importe quoi au public, qui ne sait pas forcément reconnaître la bonne musique. Y’a pas l’éducation musicale, en France, pour que le public dise « ça c’est un bon rappeur » ou « ça c’est un mauvais rappeur ». Tous les mecs qui connaissent la musique vont te dire que Zekwe c’est de la bonne musique ! Mais tout le monde ne connaît pas la musique. On va écouter un rappeur uniquement parce que dans la cour de récré tout le monde l’écoute, ou alors uniquement parce qu’il est de telle origine et qu’il la revendique à fond. Pour que la musique parle d’elle-même, en France, c’est super dur.

Genono : Justement, t’as dit « j’aurais déjà percé si Evry c’était New-York ».

Zekwe : Je pense, ouais. Après, seul Dieu sait ce qu’il peut se passer, on peut pas imaginer, ce que je veux dire c’est…

Genono : Tu veux dire que le public est mieux éduqué là-bas ?

Zekwe : T’as une culture musicale, tout simplement ! Et pas uniquement dans le rap, ici t’as des petits qui savent pas qui sont Gainsbourg, Brel, Souchon.

Teobaldo : Tu penses pas que la France n’est juste pas un pays musical, et qu’attendre que ça s’ouvre, c’est un combat perdu d’avance ?

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Zekwe : T’as raison, c’est un combat perdu d’avance, et puis même sans s’arrêter à la musique… on est dans un pays où tout est dans le politiquement correct. Ils se disent pas « bon, on encule le peuple, mais au moins on va leur mettre un peu de divertissement, des bonnes séries, de la bonne musique ». Ça les intéresse pas. Mais à la base, la France c’est un pays très ouvert sur l’art.

Teobaldo : A la base …

Zekwe : Voila. Aujourd’hui, je vois des Plus Belle la vie, ou des chaines comme W9, NRJ12 … j’arrive pas à comprendre.

Spleenter : Tu produis, tu rappes, et tu chantes. Si t’étais pas pauvre et hétéro, on pourrait dire que t’es le Kanye West français.

Zekwe : Je valide complètement ! Sauf que je suis un peu plus souriant.

Genono : Tu pourrais sortir des t-shirts blancs, comme lui, et les vendre 80 euros ?

Zekwe : Avec grand plaisir ! Si les gens achètent, pourquoi se priver ? Quelle enculade … plus ils sont blancs, plus ils sont chers, ça tue !

Spleenter : D’ailleurs, pourquoi tu nous as pas ramené des t-shirts et des bonnets gratuits ?

Zekwe : Parce qu’il faudrait que j’en ai, déjà ! Moi-même, j’en ai pas, donc tu vois on est loin de Kanye West ! (rires)

Teobaldo : Je voudrais revenir sur Neochrome. Tu parles d’Alkpote, de Katana, de Seth Gueko … on a compris que t’aimais bien chercher chez les autres quelque chose d’intéressant. A une époque, autour de Neochrome y’avait plus ou moins Salif, Exs, Nubi, l’Unité de Feu, Nakk, Joe Lucazz, Despo, Escobar, et j’en passe… tu te dis pas qu’il y avait un vrai truc à faire ?

Zekwe : A cette époque je me focalisais plus sur ce que j’avais à faire, et ce pour quoi j’étais payé. Y’a eu des connexions, sur l’album de l’U2Fpar exemple y’a Nysay, Nubi … Attends, y’a une époque où Neochrome avait carrément des bureaux, mais c’était l’époque où le rap vendait un minimum. Mais y’a pas de regrets à avoir, personnellement en tout cas j’avais placé des prods à un peu tout le monde.

Genono : Est-ce que Neochrome pourrait élargir ses activités en dehors du rap, en produisant des clips, des films ?

Zekwe : Bien sur, bah ça se fait déjà un peu : y’a eu Cramé, y’a du textile … Après, c’est un peu compliqué, parce qu’il y a des activités qui sont gérées par des mecs de Neochrome mais qui ne sont pas sous le tampon Neochrome. Mais c’est vrai que ce serait bien de créer une vraie branche visuelle, à travers 420 peut-être.

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Genono : T’as une implication dans Cramé ?

Zekwe : Nan, pas du tout. J’étais jeune, je m’en battais les couilles. Après si c’est un vrai rôle, faire l’acteur pourquoi pas.

Spleenter : J’ai senti un petit côté Doc Gyneco sur Selecao 2, avec des morceaux un peu mélodieux, qui parlent de meufs … C’est un truc qui te parle ?

Zekwe : Bien sur ! Première consultation, l’épopée Secteur Ä… respect ! Le rap français est ingrat, parce qu’on parle beaucoup de Time Bomb, mais on oublie toujours le Secteur Ä. Quand j’ai été dans l’âge mûr, où je pouvais enfin comprendre le vrai sens des paroles de ce que j’écoutais … Skyrock c’était le Secteur A ! Ärsenik, Passi, Stomy, Hamed Daye, Gyneco… ça leur appartenait ! Première Consultation, musicalement j’ai pas tout aimé, c’était un peu west-coast, pas forcément le genre d’ambiance que je kiffais … mais le délire global du CD, c’était violent.

Genono : A propos de Gynéco, dans Extra-Large y’a un moment où tu dis « il manque une rime en –i » … c’est une référence au « il manque une rime en –eul » dans Affaire de famille ?

Zekwe : Je l’avais pas vu comme ça, mais tu peux, oui, je la prends avec grand plaisir.

Spleenter : Tu dis aussi « j’ai trouvé le nom de ton futur album : adopteunflow.com ». C’était une phrase de Gaiden contre Sinik, t’étais au courant ?

Zekwe : …Non. C’était un clash, c’est ça ?

Spleenter : Ouais, un truc organisé à la radio.

Zekwe : Bah tu fais bien de me le dire, parce que je vais avoir 1000 commentaires d’horribles enculés sur ma page youtube : « espèce de pompeur ! ».

Spleenter : il parait que t’avais mal pris le fait d’être sélectionné pour la Booska-tape ? T’es pas obligé de répondre mais si tu peux insulter des gens ça nous fera plus de clics.

Zekwe : On peut en parler, y’a pas de souci, puisque j’en ai déjà discuté avec les principaux concernés. J’avais un intermédiaire qui me disait « t’as pas le niveau pour Booska-P, faut que tu fasses tes preuves ». Et quand j’ai vu certains mecs qui étaient dedans… je me suis dit qu’ils abusaient un petit peu. Si tu me dis que je t’intéresse pas, je m’en bats les couilles, mais qu’on me dise que j’ai pas le niveau… le souci quand t’as un intermédiaire, c’est que tu sais pas si c’est ce qui s’est dit réellement, ou pas. Par la suite j’en ai discuté avec eux, ils m’ont expliqué que c’était pas tout à fait ça, et aujourd’hui y’a aucun souci, je vais en interview chez eux, je fais des freestyles

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Spleenter : J’avais relevé un petit coup de gueule sur twitter, tu disais « les rappeurs, faites semblant de pas savoir qui je suis, alors que vous fourrez votre langue dans mon cul dès que vous êtes en studio ».

Zekwe : Le mec on me dit « lui il kiffe ce que tu fais, il aime bien tel morceau, etc », et t’arrives devant lui en studio, il tire la tronche et il te regarde de haut genre « mais qui es-tu, horrible fanatique ? » … c’est un truc que je comprends pas. « Ouais, nous on suce pas », ok mais dire que t’apprécies ce que je fais ça va pas te boucher le cul.

Genono : Quand tu parles de langue dans le cul, c’est une métaphore, hein ?

Zekwe : On sait pas, frère ! Entre le fétichisme des pieds, le coming-out … de toute façon, aujourd’hui c’est le mariage pour tous ! Je vaux autant que vous !

Spleenter : J’étais un peu déçu du clip de Buzz l’Eclair. Le morceau était plein de phases marrantes à illustrer, puis le clip… y’a le côté Snatch mais ça colle pas trop.

Zekwe : Y’a pas mal de gens qui m’ont dit la même chose. 420 m’a proposé ça, j’ai trouvé que ça changeait un peu, un clip un peu scénarisé, j’ai trouvé ça sympa. Pour certains c’est peut-être un peu trop tiré par les cheveux, je comprends ton point de vue sans le partager. Désolé pour la déception, ça arrive.

Spleenter : Est-ce que t’es au courant que le mot « forgerie » n’existe pas ?

Zekwe : J’avais dit ça dans quel morceau ?

Spleenter : Dans J’y arriverai.

Zekwe : Bah … on invente des mots, frère ! Faut bien rebondir, forgerie, je suis, fort, je ris… Attends mais forgerie, ça existe (réellement convaincu) ! Les forgeries, j’ai déjà vu ça quelque part.

Teobaldo : Nan, on dit « une forge ».

Zekwe : Haaan… La banlieue mon poto ! (rires) La bonne excuse à tout.

Genono : Est-ce que la net-tape Mazter Chefs a été initiée par Alkpote, par toi, est-ce que c’est un projet global de Neochrome ?

Zekwe : C’est une bonne question. C’est un projet global de Neochrome, qui avait pour visée de mettre plus en avant Alkpote. Il est sur plus de morceaux, et c’est lui qui a le plus défendu la sortie … mais c’est un vrai projet global Neochrome. On a pris des inédits à gauche, à droite … Pas facile était prévu pour Selecao 2.

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Teobaldo : C’est un peu le même principe que Rap de Banlieusards au final.

Zekwe : Voila, c’est histoire de maintenir une actualité, balancer des inédits.

Spleenter : T’avais une phase contre Def Jam France… qu’est ce que t’as contre eux ?

Zekwe : Bah à l’époque où j’ai lancé cette phase, leur catalogue d’artistes était épouvantable. C’est Dej Jam… Kanye West vient ici, il regarde ça, il fait un infarctus. Depuis, ils ont pris un bon virage, ils se sont rattrapés avec des mecs comme Joke par exemple, que j’apprécie artistiquement, ou Dinos Punchlinovic. J’ai presque envie de m’excuser, mais non, j’ai pas envie.

Spleenter : Est-ce qu’il a été question de signer Dinos chez Neochrome ?

Zekwe : Ouais, Dinos a toujours été un fan de Neochrome. Mais après, il a étudié toutes les propositions qu’il avait, et il a fait ce qu’il avait à faire. Y’a quelques années, dès que je me connectais sur MSN il venait me dire « Zekwe, ton nouveau morceau tue, cette phase est terrible »… aujourd’hui il est plus connu que moi, et il est plus riche que moi. Ça tue !

Genono : Y’a quelques années t’as fait « Vote ou meurs » avec Grodash… mais plus récemment t’as dit « on votera peut-être pour le parti anarchiste ».

Zekwe : On m’a obligé ! A l’heure qu’il est, ça me parle plus du tout le vote, c’est triste, je me sens pas du tout concerné par tout ça. Mais on est plein à être comme ça !

Tous en chœur: Moi c’est pareil.

Zekwe : T’as l’impression que c’est une guéguerre entre des millionnaires, pour savoir qui va accéder au pouvoir… c’est Game of Thrones en fait. Et nous on est le peuple, qui ramasse les galets par terre pour voir si y’a pas de la mousse qui a poussé en dessous. Nan, avec le recul, j’en ai rien à foutre de ce morceau, rien à foutre de voter… Voila pourquoi je parle du parti anarchiste, ça reflète plus ma façon de penser actuelle.

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Spleenter : Quand on interviewé LMC Click, ils nous ont dit que maintenant le 91 essayait d’être uni. Toi on t’a entendu sur Yeah Mogo remix de Grodash… c’est un truc que tu kiffes, ce côté unité ?

Zekwe : Bien sur, on a un truc dans le 91. Y’a plusieurs ambiances, plusieurs sonorités, mais on a un truc en commun, c’est inexplicable. Ça a commencé y’a longtemps, on parlait déjà du Triangle des Bermudes entre Evry, Grigny et Corbeil. On est un département tristement connu pour des guerres entre quartiers, et même pas pour des histoires de terrains : ça se tire dessus pour zéro euro. Donc on a toujours eu ce réflexe, dans le rap, de faire le chemin inverse. Musicalement, ça donne de bonnes choses, et pour les petits, pour l’image qu’on renvoie, c’est super important.

Spleenter : Comment t’expliques que dans le 91, il n’y a pas eu de « grand rappeur historique » ? Y’en a eu, mais aucun n’a réellement percé.

Zekwe : Y’a eu Diams et Sinik, quand même …

Spleenter : Je parle plutôt d’une 1ère génération de rappeurs, l’équivalent de NTM dans le 93 ou du Ministère Amer dans le 95.

Zekwe : Je pense que c’est une question d’époque. NTM ou IAM, ils ont marqué les débuts du rap en France, mais nous on avait personne à cette époque là. Après, on a quand même réussi à créer une touche, le souci c’est qu’on a pas réussi à l’imposer, parce qu’elle est très pointilleuse. C’est de la rime, du flow, des détails… Je sais pas. Je suis attaché au 91, mais je fais pas non plus une fixette dessus.

Spleenter : Du coup c’est pas un peu relou d’être le département qui, dans le rap, est reconnu à travers Diams ?

Zekwe : Elle a bicrav, elle a fait de l’argent. Bon après, musicalement… attention quand même, Premier Mandat c’était un petit bijou. Et puis par la suite, elle a fait son business, elle a pris de l’oseille, même si c’est clair que c’est pas du tout ce que j’écoutais. Après, j’avoue c’est un peu relou. « Tu viens du 91 ? Ah ouais, si si, la vibe avec ton mec, tout ça » (rires) Et puis même Sinik, il a fait de bons trucs. Bon, ensuite Booba les a attaqués tous les deux, on a l’impression qu’on nous disait « retournez dans vos champs, on vous valide pas, bande d’arriérés ».

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Teobaldo : Tu l’as pris pour toi, ça ?

Zekwe : Nan nan, pas du tout. Booba il se permet de dire ça parce que … il est sorti à l’époque où il fallait ! Après, il a réussi le plus difficile : perdurer. Mais Diams et Sinik, faut pas en avoir honte, ils ont fait de l’argent, faut respecter ça. D’ailleurs je tiens à préciser que j’ai produit pour Sinik quand j’avais 18-19 ans, un morceau qui s’appelle Tard le soir.

Genono : Dernière question, pour conclure : l’année dernière tu t’es fait interviewer par une meuf avec un t-shirt de Tortue Ninja. Est-ce qu’après ça, c’est pas un peu fade de te faire interviewer par 3 paires de couilles ?

Zekwe : Bah nan frère ! C’était d’autres styles de questions, Le Blavog j’ai tenu à le faire … sinon des interviews, je peux en faire 1000, c’est toujours les mêmes questions : quel est ton parcours, qui sont les invités, qu’est ce que tu penses de Booba, qu’est ce que tu penses des clashs… c’est horrible ! Donc je suis content d’avoir fait ça. Content d’avoir abandonné ma famille, d’avoir pris le RER, de crever de faim, d’être arrivé avec une heure de retard.

Genono : Je suis dans le même cas, t’en fais pas.

Zekwe : T’es d’où toi frangin ?

Genono : Mantes la jolie.

Zekwe : …Oh merde.

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Spleenter : Y’a quelques phases egotrip où tu parles du fait d’être métisse, avec toujours un peu cette idée « j’ai pas de race, alors je rigole de tout ».

Zekwe : C’est le résultat du métissage… Tout à l’heure j’étais avec mon pote Glyphe et ses cousins, c’est des sénégalais, j’arrive on me dit « wesh négro », tu vois ce que je veux dire ? Après, y’a des gens qui peuvent mal prendre le fait que je dise « négro » c’est un peu confus. C’est juste que je fais pas attention à ça, pour moi c’est naturel. Le dimanche, quand je vais manger chez maman, c’est du maffé dans l’assiette. Les races, les religions, les communautés … c’est un truc auquel je refuse de faire attention. La nouvelle génération, elle te demande ton prénom, ton âge, et direct après, ton origine et ta religion. Alors que je m’en bats les couilles ! Je te prends pour ce que t’es.

Spleenter : Donc tu fais pas partie des groupes facebook « anti-beurettes à khel » ?

Zekwe : Nan, ce genre de truc ça fait pas avancer grand-chose.

Spleenter : Ça fait pas avancer ma bite, surtout.

Zekwe : (rires) Grave, après les meufs rebeux sont complexées (attention, superbe imitation à venir) : « vas-y, j’ai un renoi, mais après on va dire que je suis une pute lààààà ! ». Y’a une période où on se posait pas toutes ces questions, et nous on est issus de cette génération. Mais déjà, avant, on voyait pas la tête des rappeurs. Y’avait pas internet, les clips, etc. Je me souviens, au collège, avec mes potes, on débattait sur Booba : « il est noir » « nan, c’est un rebeu »… Et Freko, de ATK ! Le jour où un mec est venu et m’a dit « Freko, c’est lui » … ma réaction ça a été « mais nan, c’est pas possible, c’est le boucher à Freko ! ». Donc voilà, je pense que ce je-m’en-branlisme se ressent dans ma musique. Je suis fier d’être métisse, mais je suis surtout fier d’être sans race.

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Spleenter : T’es d’Evry, donc ton maire c’est Manuel Valls ?

Zekwe : C’est l’ancien maire.

Spleenter : T’es content de ce qu’il fait ?

Zekwe : (rires) « Alors, t’es fier de toi, enculé ? Avec toutes vos conneries, vous lui avez foutu le seum ! »

Spleenter : Si tu pouvais remonter le temps MacFly, est-ce que tu lui ferais mater des spectacles de Dieudonné, pour qu’il devienne fan ? Réponds dans le respect.

Zekwe : Franchement, ouais. Mais je pense que même aujourd’hui, tu l’attaches à une chaise et tu le forces à regarder, il est obligé de rigoler. J’en suis sûr et certain. Mais lui, il est en mission, en croisade.

Teobaldo : En tout cas, c’est un des meilleurs plans promo qu’on ait jamais vu.

Zekwe : De ouf ! Bon, après t’as tout ce qui va avec : les saisies, les amendes… Dieudonné, c’est un génie, c’est relou pour lui.

Spleenter : Est-ce que ta meuf te casse pas les couilles sur certains sons, quand tu dis des trucs un peu sales, ou quand tu parles d’autres meufs ?

Zekwe : Nan, ça la fait rigoler. Elle a beaucoup de recul là-dessus, elle sait que j’avais une vie avant elle. Dans mes chansons, je peux parler de mes anciennes relations, de mes fantasmes … le rap, c’est un exutoire. Ça revient à ce que Genono me disait tout à l’heure, sur le fait que j’ai un personnage moins marqué. C’est simplement que des fois t’as envie de parler de ta vie, des fois t’as envie de parler de la vie des autres… dans le rap, tu dis ce que tu penses sur le moment, c’est tout.

Spleenter : Et la belle-famille ?

Zekwe : C’est plus compliqué. C’est une autre génération, d’autres coutumes, c’est plus compliqué. Mais y’a un gosse, maintenant, donc c’est verrouillé ! (rires) Ils m’aiment beaucoup, mais au début c’était compliqué, ils s’inquiétaient. Et puis toi, t’essayes de pas remuer le couteau dans la plaie, tu dis « alors en fait, je suis compositeur », ça passe toujours mieux.

Spleenter : Olivia Del Rio c’est ta pornostar préférée, ou c’était juste pour la rime ?

Zekwe : Je pense que toutes générations confondues, c’est ma pornostar préférée. Elle envoyait au max !

2 Commentaires

Classé dans Interview (et ouais mon pote !)

Interview Zekwe Ramos – 1ère partie

Teobaldo : On commence ?

Zekwe : Ouais, mais me posez-pas l’horrible question de tous les journalistes français…

Spleenter : « Tu penses quoi du clash ? »

Zekwe, mort de rire : Nan, mais elle est pas mal aussi ! La pire de toutes, pour moi c’est : « Salut Zekwe, tu peux te présenter ? ». Nan, fais une introduction, « Zekwe t’as fait ça l’année dernière, on t’a vu là, etc ». « Présente-toi », on dirait que je passe un casting !

Spleenter : Quel est ton parcours ?

Zekwe : (rires) Quel est ton parcours, t’es né où, etc. Va te faire enculer ! Ils sont oufs les mecs !

Genono : Pendant la promo de Neochrome Hall Stars, t’as parlé de titres supplémentaires, qui devaient sortir après l’album. Je les ai jamais entendus.

Zekwe : C’est là que réside toute la magie de Neochrome ! On en a pas vraiment parlé dans les interviews, mais y’a eu une 1ère version du CD qui a été faite, et qu’on a décidé de ne pas sortir. Avec le recul, c’était vraiment le CD que les gens attendaient de Neochrome : un truc crado. Un peu trop crado même, résultat on a tout jarté, on a gardé que deux titres, et on a refait tout le reste. Quant à savoir si les titres sortiront un jour, d’une manière ou d’une autre … j’ai bien peur qu’ils soient tombés dans les abysses les plus profonds du rap français.

Teobaldo : Qui a décidé que ce serait cette version qui sortirait, et pas la première ?

Zekwe : Pour être franc avec toi, un peu tout le monde. On a écouté le truc, on s’est dit « ça tue, mais les gens vont s’attendre à ça ». Est-ce que c’était la bonne décision ? Je sais pas, certains ont aimé, d’autres ont trouvé que c’était pas assez crado, pas assez Neochrome … Les deux galettes envoient 2 émotions différentes.

Teobaldo : Donc c’était quoi le but recherché, la démarche autour de cet album ?

Zekwe : Le but, on va pas se mentir, c’était de passer en radio. On voulait vendre, tout simplement. Après, bien sur, on voulait pas faire des trucs débiles non plus, on voulait que ce soit homogène. Il faut essayer de passer par plusieurs chemins, bon, on s’est planté, ça n’a jamais marché … On reste Neochrome, quoi qu’il se passe. Même si on faisait un truc super musicalement, je pense pas que les radios suivraient, parce qu’on est Neochrome.

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Genono : Quand tu dis que vous vous êtes plantés, c’est niveau ventes, niveau réception du public ..?

Zekwe : On s’est plantés dans la démarche, tout simplement ! Le fait d’essayer de nouvelles choses, clairement, ça n’a pas fonctionné. Y’a des gens qui ont aimé, y’en a même qui sont venus à nous alors qu’ils ne faisaient pas partie de notre public de base, mais le fan de Neochrome, celui qui s’attend à voir le Président de la République se faire insulter pendant soixante minutes, il est déçu.

Genono : Du coup si l’album était à refaire, tu le ferais, ou plutôt vous le feriez différemment ?

Zekwe : Je vais pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, oui. Sincèrement, je vais être très franc avec toi, je pense que les gens attendaient plus un CD avec uniquement Al-K et Seth. Parce que moi, je peux pas m’empêcher de ramener de la musicalité, et c’est pas toujours compatible. Y’a eu des réussites, sur certains titres, mais d’autres, avec le recul, ça n’a pas marché.

Teobaldo : Mais je t’ai vu sur scène, jouer des morceaux de cet album. Tu les assumes.

Zekwe : Bien sur, moi je les assume ! Si je fais de la musique, personne ne me force à faire quoi que ce soit. On a fait un morceau sur les meufs, on sur l’ère Sarkozy, c’est des trucs que j’assume, et que j’aime faire. Mais avec le recul, il aurait fallu donner autre chose. Après, il est jamais trop tard, si demain il y a un Neochrome Hall Stars vol.2, vol.3, à faire, et qu’il faut donner une autre face, on y va. Mais je comprends ce que vous essayez de me faire dire, ça ressemble pas à du Neochrome, et je vous comprends !

Teobaldo : Nan, c’est même pas ça. Y’a une démarche pensée, c’est bien. Après, elle se comprend ou elle se comprend pas, mais ça part d’une vraie démarche.

Zekwe : Hé frère, à un moment t’as la dalle ! Le lait Guigoz dans le biberon de tes enfants, c’est pas « salope », « grosse pute », et « fuck Sarkozy » qui vont le payer ! Y’a un moment où tu tentes des choses, après c’est pas non plus une catastrophe, on s’en est bien sortis, on a fait une tournée, des clips, y’a des bons trucs … Je regrette rien du tout. Mais, si j’étais producteur de Neochrome –et je ne suis pas producteur de Neochrome !- j’aurais donné autre chose.

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Teobaldo : En plus y’avait Yonea qui était ultra-présent chez Neochrome, et qui quitte le navire quelques temps avant la sortie de l’album … ça donne une impression un peu bancale.

Zekwe : Je pense que Yonea aurait aussi voulu faire quelques essais sur certains titres, mais il aurait aussi appuyé le coté sale. Il a toujours été comme ça : (il se met à imiter la voix aiguë de Yonea) « ajoute des insultes, insulte toute la terre, ça tuuue ! », « faut qu’on fasse des t-shirts avec TOUTES tes phases, faut qu’on bicrave tout ! » … il nous aurait poussé là-dedans ! « Zekwe, dis que t’es un portugais qui fait du tunning tous les dimanches, et toi, Alk, fais l’arabe qui insulte tout le monde ! ». Après, est-ce que ça aurait plu à Laurent Bouneau … C’est le problème de l’horrible France ! Écoute les américains, ils passent à la radio, ils sont libres, ils disent ce qu’ils veulent. Musicalement ça tue, le public suit, hop, on exploite ça commercialement. Ici, c’est pas pareil. On est dans le politiquement correct, on peut pas se permettre de dire et faire n’importe quoi.

Teobaldo : Du coup tu vois comment la montée d’un mec comme Kaaris, qui dit « chatte, cul, bite » à toutes les phrases, et qui fait disque d’or ?

Zekwe : Ça tue ! C’est une victoire pour moi, pour le rap français, pour le hip-hop ! Cet horrible mot, que personne ne veut prononcer … mais c’est ça, l’esprit hip-hop ! Prendre une mentalité qui vient d’un milieu social spécifique, et l’imposer à tout un pays … c’est une réussite, c’est une victoire ! Je serai toujours à fond derrière Kaaris, toujours, je valide à 300%. Après, musicalement, y’a peut-être des titres qui me parlent moins que d’autres, mais dans la démarche, « j’emmerde toute la terre entière », « j’arrive sur les plateaux télé en faisant des doigts » … c’est Gainsbourg ! Gainsbourg, je le voyais quand j’étais tipeu, je bougeais plus … ils sont passés où ces mecs là ? Maintenant, ils sont tous en cravate, ils se tiennent bien … j’aime bien les grandes gueules, qui viennent foutre un peu le zbeul sur les plateaux télé.

Spleenter : T’as commencé en t’appelant Kevin, ensuite y’a eu un freestyle où Seth te présentait en disant « Zekwevinho Ramazzotti » … ça vient de là ?

Zekwe : Plus ou moins, mais « Zekwe » ça a toujours été là. C’était la période « La cité de Dieu », où tout le monde était à fond dedans … donc Zekwe, c’est un peu un mélange entre Kevin et Ze Pequeno. Et puis, étant données mes origines –ma mère est cap-verdienne-, je parle portugais, et il m’est arrivé de regarder le film en version originale … ils parlent comme des tapettes ! Enfin, comme des brésiliens quoi (il se lance dans une imitation splendide de l’accent brésilo-tafiole), ils se tirent dessus … c’est un peu n’importe quoi.

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Teobaldo : T’es beaucoup allé au Cap-Vert ?

Zekwe : J’y suis allé une fois dans ma triste vie. Ma famille y va tous les étés, ils ont construit des baraques là-bas, à chaque fois ils me disent « qu’est ce tu fous, viens ! » … J’aimerais y aller, mais je suis dans le rap, la vie est dure ! J’aimerais bien aller au Brésil aussi ! C’est pas exactement la même langue, mais ça se rapproche vraiment. Nous c’est du créole en fait ! On est les antillais du Portugal (ça fait pas rêver putain)

Spleenter : Niveau écriture, t’es beaucoup dans les multisyllabiques. C’est un truc qui te vient du 91, parce que c’est très fréquent là-bas, ou de Neochrome ? Ou les deux ?

Zekwe : Franchement, les 2. Un des premiers mecs que j’ai écouté, et qui faisait ça, c’était Nubi, dans l’album de Futuristiq, Demain c’est maintenant. Et puis même avant, dans Time Bomb, Ill fonctionnait un peu comme ça. Je l’ai toujours plus ou moins fait, finalement, avant l’Unité de Feu, à une époque où eux étaient plutôt dans les assonances, etc.

Teobaldo : « Minotaure / mine à terre » …

Zekwe : Exactement ! Donc voila, ça me vient du 91, de Neochrome, des mes influences précédentes comme Time Bomb … du moment que les mots sonnent, c’est pas compliqué, la musique fonctionne comme ça. Il faut de la musicalité, c’est bête mais y’en a beaucoup qui ne pensent pas à ça. Regarde Despo, je le respecte à fond parce que jamais j’arriverai à écrire comme lui, mais y’a aucune musicalité dans ce qu’il fait. Il te dit des trucs super sensés, logiques, intelligents … mais c’est pas musical ! Même si ce qu’il fait, il le fait bien.

Spleenter : Quand je t’ai découvert, ça devait être sur des feats avec l’U2F, je te trouvais un peu banal en tant que rappeur. Et petit à petit, t’as commencé à mettre plus de punchlines, et aussi pas mal d’humour dans tes textes. Ça t’est venu comment ?

Zekwe : Faut savoir que quand j’ai commencé, je produisais plus que je rappais. C’est des mecs comme l’Unité de Feu qui m’ont dit « Zekwe, tu sais rapper, faudrait que tu t’y mettes un peu » … mais moi je m’en battais les couilles, j’étais jeune, je préférais baiser des meufs et regarder des séries. Puis à force, je suis rentré dedans. Tu t’entraînes, tu façonnes un personnage qui te correspond, avec ton vécu, avec ton entourage, etc. Seth et Alk, c’est 2 bons exemples qui montrent que l’humour ça marche bien, dans le rap. Kaaris, c’est pareil : c’est violent, mais y’a de l’humour, et au final c’est efficace. Ce qu’il faut, c’est que les gens te retiennent. Il faut transmettre des émotions ! Kaaris, il fait rire, mais il fait un peu peur, aussi … c’est un mix des deux, on sait pas, c’est Chuck Norris un peu. Fais rire, fais peur, fais réfléchir, fais pleurer … mais transmet des émotions ! Mais je suis d’accord avec toi, mes premiers morceaux, même moi, je les réécoute, j’entends juste un mec qui sait faire des rimes. Les 1ers trucs que t’as écoutés de moi, j’étais super jeune.

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Teobaldo : Haine, Misère et Crasse, t’as 20 piges …

Zekwe : Dix-neuf ! Mais quand je te dis que j’étais jeune, c’est surtout dans la manière d’écrire. Mais c’est comme tout, tu t’entraînes, et tu progresses.

Teobaldo : C’était quoi ton rôle avec l’Unité de Feu ?

Zekwe : Producteur. J’ai produit un peu plus de la moitié de l’album. Je leur ai donné une âme, j’ai apporté une couleur à l’album.

Teobaldo : Tu bosses beaucoup avec des samples.

Zekwe : Surtout à cette époque-là. J’ai pas vraiment eu d’éducation musicale, j’ai fait qu’une année de solfège, parce que ma mère est dans la musique, mon père aussi … ils m’ont poussé là-dedans, mon père me disait des trucs de ouf genre « ça coûte une fortune, si tu rates un seul cours, je t’encule ta mère ! » (rires). Il me mettait des coups de pompe au cul, du coup j’allais là-bas, j’ai appris deux-trois trucs, telle note ne s’accorde pas avec telle note, etc, mais au final, j’en suis ressorti avec pas grand-chose de solide. Le sample, c’était réellement le truc le plus accessible. Tu prends une mélodie, tu colles, tu coupes, tu rajoutes un beat, c’est pas compliqué, tu peux faire ça avec trois fois rien. J’avais un PC, c’était une antiquité.

Teobaldo : A la même époque, t’avais placé des prods sur l’album de Dany Dan …

Zekwe : C’était l’époque où on traînait chez un mec qui s’appelle Dave Daivery, qui faisait des prods, et qui est aujourd’hui DJ pour Disiz, il l’accompagne sur sa tournée. Dave s’est retrouvé à composer, enregistrer, maquetter, l’album d’Ol Kainry et Dany Dan … et moi je suis là, à 18-19 ans, au milieu de mecs que j’écoute depuis des années, qui m’ont grave influencé, et qui commencent à me dire « elles sont bien tes prods, je prendrais bien celle-là, et celle-là » … c’est là que tu te rends compte que tu peux faire quelque chose de sérieux. C’est de là que c’est parti ! S’ils m’avaient dit, à cette époque là « c’est de la merde, retourne jouer à la Playstation », j’aurais peut-être pas eu la même vie. Dany Dan m’a pris Ne me pousse pas, ça a donné un super titre, alors que moi j’avais juste pris un sample et un beat, le truc le plus simple à faire.

Teobaldo : D’ailleurs sur Rap de Banlieusard, tu reprends cette instru, et tu reprends aussi Chevalier de ciment. C’est toi qui avais fait celle-là ?

Zekwe : Chevalier de ciment, c’est moi, avec un sample des Chevaliers du Zodiaque. C’est les influences, les trucs avec lesquels t’as grandi. T’as une boucle, tu te dis « ça tue », et c’est parti.

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Spleenter : D’ailleurs, plus récemment, tu l’as refait avec Parker Lewis, sur Kubiak, même si c’est pas une boucle, on l’entend en fond.

Zekwe : Voila, et c’est la preuve qu’on calcule pas vraiment, tu prends des trucs de ta jeunesse, qui t’ont marqué … c’est pas quelque chose qui s’apprend ! Aujourd’hui tu vas dans un collège, tu dis « Parker Lewis », le tipeu il t’encule, ou du moins il te crache dessus. Les Chevaliers du Zodiaque, c’est pareil.

Teobaldo : Les Chevaliers du Zodiaque, faut les découvrir petit, parce que si tu découvres ça quand t’es ado, ça fait vraiment pédé.

Zekwe : De ouf !

Teobaldo : D’ailleurs dans Génération Club Dorothée tu parles de  « l’armure de Ikki », et dans le clip on voit Saga. Faute grave.

Zekwe : La magie Neochrome, frère ! (rires)

Genono : Du coup si t’avais eu les moyens d’Orelsan, t’aurais pu faire un clip comme lui ?

Zekwe : Direct ! Mais direct ! Avec le moule-bite, tout, j’en ai rien à foutre ! Il tue son clip, j’étais le premier à lui dire, il a tout tué. Même le dernier, en Transformers … c’est une tuerie. Il a tout mon respect, niveau image comme niveau rap. Tiens, je vais te raconter un truc à propos d’Orelsan. (chouette, une histoire ! merci Père Castorama)
Entre Rap de Banlieusard et Seleçao 1, j’ai voulu arrêter le rap. J’étais concentré sur d’autres trucs qui rapportent un peu plus d’argent, qui se fument et qui sentent bon. Et quand j’allais dans mon petit labo, je galérais, parce que depuis chez moi y’avait beaucoup d’heures de route. Je me suis arrêté dans une station-service au milieu de nulle part, et j’avais envie d’écouter un truc nouveau. J’ai pris le CD d’Orelsan, son 1er, Perdu d’avance … je savais même pas qui c’était. Je me suis pissé dessus sur la route ! Ce mec était trop fort, trop marrant, et j’ai écouté cet album pendant des mois. Et je suis content de voir là où il est aujourd’hui, parce que même s’il fait des trucs grand public, ce gars-là, il est comme nous. Il est drôle, il rappe, il construit bien ses rimes, il fait de la punchline … c’est un tueur. C’est un peu un Kaaris, mais d’un autre monde. Et son évolution, là où il en est aujourd’hui, c’est un bon point pour le rap français.

Teobaldo : Musicalement, ce qu’il fait maintenant, ça te parle toujours ?

Zekwe : Carrément. En solo comme en groupe, ça me parle à fond. Après, bien sur, les tubes qui tournent en boucle à la radio, comme La terre est ronde, je vais les écouter 2-3 fois et je vais passer à autre chose, c’est des trucs qui sont destinés à un public pas forcément spécialisé dans le rap. Mais c’est ça aussi, un album. J’ai toujours écouté des albums, surtout dans le rap américain, où les mecs n’ont pas peur de faire une chanson pour la radio, une pour la rue, une pour les boites, une pour leur daronne … en France, on a peur de faire ça. De la piste 1 à la piste 19, on reste dans le même créneau … sinon on a peur de vendre son slip.

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Spleenter : Niveau rap cainri, c’est quoi ta came ?

Zekwe : C’est dur à définir. A l’époque, c’était New-York, le Queens plus précisément. Les boucles, les caisses, Mobb Deep, Alchemist, Infamous Mobb. J’ai pas mal écouté le Wu-tang aussi, mais j’ai jamais été fan d’un seul groupe, d’un seul rappeur. Actuellement, j’aime bien le virage que ça a pris, la trap, l’électronique, etc.

Teobaldo : Sur Rap de Banlieusards t’avais fait un morceau « anti-dirty », tu semblais encore pas mal cantonné au son de New-York …

Zekwe : Bah si t’écoutes ce morceau, tu te rends compte que l’instru est un peu spéciale, elle se rapproche de ce qui se faisait à cette époque-là, avec un beat un peu plus ralenti. Le message de ce morceau, c’était plutôt une critique des codes que les mecs adoptaient, à parler de coke, etc. Mais musicalement, j’ai toujours été ouvert, même sur ce qui se fait aujourd’hui, tu peux prendre un beat trap, mélanger avec un sample … ça tue. Pour finir de répondre à ta question : A$ap Mobb, qui mélange justement plusieurs trucs, ça me parle. Kendrick Lamar aussi, en fait j’aime bien toute la nouvelle vague. Je suis pas difficile, en musique. Quand c’est bon, je prends.

Teobaldo : Même Swaggman ?

Zekwe : Franchement, je te jure, le dernier Swaggman, je l’ai écouté en boucle. Il m’a eu, c’est un pouvoir qu’il a ! Après, j’achèterais peut-être pas son album, mais ouais, il a quelque chose.

Genono : Tu parles de Black Card ou Suicidey ?

Zekwe : Suicidey, putain je l’écoute en boucle, avec ses rimes en –ey … il tue, frère !

Genono : Autant Black Card j’ai kiffé, autant celui-là, il est horrible.

Zekwe : « Tatoué de la tête aux crottes de nez ! ». Ça se respecte, gros ! Il fait que des rimes en –é, c’est le seul mec avec Magic System qui arrive à tout niquer avec des rimes en –é. Après, je suis pas fan du bonhomme, mais dans la démarche, un OVNI comme lui, un peu débile, qui insulte tout le monde, et qui arrive à aller sur les plateaux télé, c’est une bonne chose. J’essaye de trouver du positif partout … avec certains c’est dur, mais on y arrive.

Genono : Swaggman, c’est un personnage hyper-caricatural. Toi, tu parlais de « façonner ton personnage », et je trouve que tu te lâches un peu moins que d’autres, on peut penser à Kaaris, à Alkpote, à Seth Gueko. Est-ce que c’est volontaire, dans le sens où tu ne veux pas tomber dans la caricature ?

Zekwe : C’est une bonne question que tu me poses là (pas vraiment, mais c’est gentil). Je me dis que ma mère est dans la musique, et je peux lui faire écouter mes sons. Y’a toujours cette espèce de … retenue. Mais ça dépend des titres, c’est comme dans la vie réelle : le samedi t’es avec tes potes, et tu fais des trucs complètement débiles, et le dimanche tu vas manger chez maman et t’es tout sage. Je trouve ça un peu hypocrite de faire un album où, de la piste 1 à la piste 19, t’es énervé, t’insultes tout le monde … c’est un choix de vie. Des fois j’ai envie d’être débile, des fois j’ai envie d’être réfléchi, ou de te faire chialer, ou rire … C’est vrai que Zekwe est peut-être un personnage moins prononcé, mais moi j’ai aussi le coté prods, la musique, pour combler ce truc-là. Ça m’intéresse pas forcément, parce que quand tu joues trop le rôle d’un personnage, tu peux finir comme … le Roi Heenok par exemple. Un mec dont on va regarder les vidéos, mais le jour où son CD sort, y’a que son cousin et sa tante qui l’achètent. Il a du talent, mais il a trop misé sur son personnage, pas assez misé sur sa musique.

Teobaldo : D’ailleurs il est sur Rap de Banlieusard 3. Comment s’est faite la connexion ?

Zekwe : Par Tony Danza, aka Sadik Asken. C’est lui qui gérait plus ou moins la réalisation du CD, et il était en contact avec Heenok, à qui il a fait écouter des sons à moi. Le mec a kiffé, il a voulu faire un morceau … il a choisi une horrible instru, il a fait son truc (rires). C’est Heenok, quoi ! Un vaisseau spatial ! Il te dit « je veux ça », tu lui dis ok, mais y’a pas de caisse claire, il répond « je m’en fous, je veux ça ! » (rires)

Spleenter : Pour revenir à ma question sur les rappeurs US, niveau beatmakers, qui t’a le plus impressionné ?

Zekwe : Y’en a tellement … Alchemist, DJ Premier, Just Blaze … beaucoup de samples au final. Un mec comme Lex Luger, sur 3-4 morceaux ça peut tuer, mais après, faut qu’il me laisse tranquille. Qui d’autre … Dre. Il traverse les époques, il est trop fort, même si on sait que c’est un peu un faussaire. Après y’a plein de mecs inconnus au bataillon, qui te font qu’une seule prod de ouf et dont on entend plus parler.

Spleenter : Niveau structure, t’as fait partie de French Kick … c’est terminé ?

Zekwe : C’est fini, ça s’est dissout comme une pastille au lavage.

Spleenter : Et aujourd’hui, t’as un pôle de beatmakers avec toi, tu peux nous les présenter ?

Zekwe : Ça s’appelle Beat Mac. On est 3, c’est pas compliqué : en dehors de moi, y’a mon gars Yoro Glyphe, qui a produit dans Selecao 2, qui a fait également le dernier Zesau, Dirty Zoo, de la piste 1 à la piste 19, il a tout fait. Et y’a aussi mon gars Boudjéma, qui, si je dis pas de conneries, a fait ses 1ers pas sur Neochrome Hall Star, avec J’suis die, Walkman-cassette … C’est des pattes différentes, Glyphe est très trap, Boudjéma est plutôt dans le sample, il est aussi très fort dans les accords, le solfège, etc. Lui et moi, on est assez complémentaires, on joue beaucoup avec les instruments, on s’envoie des trucs, on s’échange des sons … on essaye d’imposer une touche un peu spéciale.

Spleenter : Neochrome, aujourd’hui, c’est juste Seth Gueko, Alkpote et toi ?

Zekwe : Y’a aussi 25G, qui recommence à écrire, et qui prépare des trucs. Y’a aussi Waybess, que j’ai plus ou moins fait entrer dans le label … c’est un belge, de Wallonie. Il a un délire un peu différent du notre, avec des flows rapides, même s’il garde ce délire de rimes neochromiennes un peu bizarres …

Spleenter : Bah il est noir.

Zekwe : Pardon ?

Spleenter : Il est noir ?

Zekwe : J’ai pas compris …

Spleenter : Waybess, il est noir.

Zekwe : Nan, il est blanc.

Spleenter : …

Zekwe : Dommage, mec. C’est un belge d’origine marocaine. En Belgique, si t’es pas belge, t’es soit congolais, soit marocain.

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Spleenter : Et donc, Neochrome, vous êtes encore en recherche d’artistes à développer ? Vous ne voulez pas de noirs ?

Zekwe : Sans cesse ! Neochrome, c’est une usine, un centre de formation. Neochrome, leur objectif, c’est de déceler quelque chose en toi, le développer, et le vendre à une maison de disques. Chacun gratte son billet, on se serre la main, et bonne route.

Genono : Y’a Bilel qui est passé chez vous, nan ?

Zekwe : Ça c’est compliqué … Y’a une époque où Yonea mettait le cachet Neochrome sur pas mal de clips, mais je sais pas vraiment … Sincèrement, Bilel, je l’ai jamais rencontré de ma vie, je pourrais pas te dire. La magie Neochrome !

Spleenter : Est-ce que t’as un truc contre le Père Noel ? Parce que t’as quand même fait 2 morceau contre lui, un avec U2F, et un autre avec Niro.

Zekwe : Je m’appelle Kevin, comme le petit dans Maman j’ai raté l’avion. Ses Noël à lui, ils étaient toujours mystiques. Bah moi, c’est pareil ! C’est plus un amusement en fait, même si ça cache une petite vérité, mais je vais pas faire le pleurnichard, à dire « ouais, j’ai pas eu ce que je voulais pour Noël, j’ai eu une enfance malheureuse » … Mon grand regret a été que mes parents se soient séparés, j’ai été trimballé d’appartement en appartement, j’ai été élevé par ma grand-mère, mes tantes … donc les Noel en famille, ça me dit rien de spécial. Après, ça reste de l’amusement, et puis les films d’horreurs avec des Pères-Noel méchants, c’est super marrant, ou des comédies avec des Pères-Noel renois. Niro est venu me voir, il m’a dit « faut que tu regardes Bad Santa »… on en a parlé, il m’a proposé l’idée du morceau, j’ai signé direct. On s’est démerdé, le clip a coûté 0 euro.

Spleenter : Et alors qu’est devenu « Ce rêve vert », avec Niro ?

Zekwe : On l’a charcuté, on l’a mis à la poubelle, puis on l’a ressorti, retravaillé, et ça a donné un nouveau morceau.

Spleenter : C’est ce truc qui est devenu Incessamment sous beuh ?

Zekwe : Exactement. D’ailleurs, Incessamment sous beuh, c’est le titre original. Et c’est Glyphe qui a fait l’instru.

Teobaldo : T’as produit quand même, sur Selecao 2 ?

Zekwe : (rires) « t’as branlé quelque chose sur Selecao 2, au moins ? » Bah en fait, Glyphe il en a fait qu’une seule, plus une qu’on a co-produite. Y’en a une de Boudjéma (Le début de la faim), une de Hits Alive (Extra Large), et tout le reste, c’est moi.

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Teobaldo : D’ailleurs sur Le début de la faim, je sais pas qui t’a donné l’idée de faire rimer Patate de Balrog avec Putain de Blavog, mais c’est très bien.

Zekwe : Ça sort de mon cerveau … Non merci, (un joint est tendu à Zekwe), je fume plus, j’ai arrêté y’a quelques temps. C’est galère de te réveiller à 4h du matin pour préparer un biberon quand t’es à moitié défoncé.

Spleenter : Qui a eu l’idée de sampler le son du film 127 heures pour J’y arriverai ?

Zekwe : On zieutait le film avec Katana, et il m’a dit « putain, ça tue, faut le sampler » … je me suis dit « mais non, on peut rien faire avec ça ». Mais il m’a pris la tête, et au final on a réussi à chier ce truc là. Mais à la base, c’était un morceau de Katana et moi, avec Alkpote aussi, et au final je me suis arrangé avec lui pour récupérer le son.

Teobaldo : Il en est où, Katana ?

Zekwe : Il enregistre des sons. Il est produit par Le Gouffre, un groupe de chez nous, qui a sorti un projet récemment (Marche Arrière) qui a super bien marché, ils ont vendu 10000 exemplaires avec une boite de jeu, des t-shirts, un jeu vidéo … un merchandising de ouf. Et là, ils ont décidé de miser sur Katana, qui devrait donc sortir 3 projets avec eux. C’est bien, il va enfin sortir des morceaux qui sont prêts depuis longtemps. Bon, après faut s’attendre à des prods sorties de 1992, mais ils arrivent à toucher un public comme ça, respect à eux. Katana est partisan de ce merdier… ce mec, c’est un génie. Des fois il me sort des phases, je lui dis « reviens sur cette planète » (rires). Il est super talentueux, après je trouve qu’il se limite un peu musicalement, mais il fait le son qui lui plaît et c’est de loin le plus important.

Spleenter : T’es fier de « J’y arriverai » ?

Zekwe : A mort ! Y’a plein de gens que ça a touché, et d’ailleurs beaucoup de monde m’a demandé pourquoi je l’avais pas fait en solo… Seth et Alk sont un peu sortis de leur registre, et se sont aventurés sur un truc qu’il n’auraient pas osé faire sur leurs albums solo. Ce projet-là, c’était ça l’excuse, se dire « venez, on tente un truc ». Ça c’est le genre de morceau, tu le fais écouter à ta daronne, elle te dit « ah, tu sais faire ça toi ? C’est bien » par contre tu le fais écouter à ton pote, il te dit « ah tu fais ça toi, fils de pute ?! ».

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Spleenter : Si t’étais dans la situation du mec de 127 heures, tu te couperais le bras aussi ? Et la question d’après c’est : « et si c’était ta bite ? »

Zekwe : (rires) Le bras, ouais… la bite… la corde aurait pas été assez large pour me faire un garrot à la bite. Loooool ! (oui, Zekwe a vraiment dit « Loooool », on a une vidéo pour le prouver)

Spleenter : Qui a eu l’idée des inserts de « La maison des 1000 morts » dans Neochrome Click ?

Zekwe : Je crois que c’est les réalisateurs du clip, 420. Et puis Seth aussi, il avait mis l’idée sur la table, ils ont du en discuter entre eux.

Genono : 420, ils font tous vos clips quasiment.

Zekwe : Ouais, ils ont un espèce de contrat d’exclusivité avec Neochrome, donc ils font à peu près tout. J’aime bien la couleur de ce qu’ils font, c’est pas dit que je fasse appel uniquement à eux pour mes clips à moi, mais en tout cas pour Neochrome Hall Star je trouve que ça collait super bien, y’avait une vraie alchimie. Ils ont plein d’influences différentes, ils font aussi des clips pour la MZ, et pour d’autres artistes… ils ont une touche, mais ils arrivent à l’adapter, c’est très fort.

Genono : Sur les 3 têtes d’affiche de Neochrome (toi, Alk et Seth), t’es le seul qu’on n’a pas encore vu avec Butter Bullets. Est-ce que c’est parce qu’ils ont des têtes de nazis ?

Zekwe : Nan, c’est juste que tu le sais pas encore. C’est déjà fait, c’est pas encore sorti, donc t’as bien visé. Dela m’a envoyé une prod, et j’ai donc fait le morceau avec Sidi Sid. C’est un morceau qui parle d’une meuf, on l’a appelé Mademoiselle chante le flouze. Le titre parle de lui-même, je suis content du résultat, et même lui m’a dit que ça ressortait un peu, par rapport à ses horribles chansons de nazis.

Genono : Du coup c’est sur leur prochain album ?

Zekwe : C’est ça ! Respect à eux, j’apprécie ces ovnis, ces zombies, ces nazis.

Teobaldo : Sur le remix de Miguel, y’a une phase …

Spleenter : « Mignon comme le petit Guizmo ? »

Teobado : (rires) non …

Spleenter : Parce qu’après y’a Guizmo sur le son, donc ça sonne très homosexuel.

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Zekwe : Mais non, il est pas dans ce morceau, Guizmo ! C’est pas dans ce son que je dis ça, c’est dans celui avec Sofiane. Mais faut que les gens comprennent hein, Guizmo, avant d’être un rappeur, c’était un personnage du film Les Gremlins … Mais j’ai quand même une peluche de Guizmo dans mon lit.

Teobaldo : Celui du film ?

Zelwe : … oui.

Teobaldo : Ah on sait pas, avec le merchandising …

Zekwe : Ah, Yonea il pourrait … (il prend la voix) « Ça tuuuue ! Guizmo, une peluche avec des grandes oreilles, ça tuuuue ! »

Teobaldo : Pour revenir à ma question, je pensais à la phase d’Alpha Wann, qui dit « Le jour je suis Alfred, la nuit je suis Batman » … Batman, c’est pas Alfred.

Zekwe : Je pense qu’il le savait, il a pas pu faire une horrible erreur comme ça … C’est plus dans l’image, peut-être qu’avant il bossait au Mac Do, et maintenant c’est un super-héros du rap, il fait des tournées, il rentre de l’argent comme personne.

Genono : A ce propos, t’as dit en interview que t’aimais bien l’Entourage… Pourquoi ?

Zekwe : Putain, t’es dur, direct. Je suis pas dans le côté social, dans le sens où je déteste cette façon de dire « tel rappeur correspond à tel type d’auditeur ». Si je partais là-dedans, j’écouterais pas Orelsan, ou d’autres. La musique, ça me parle, je veux pas me mettre de barrières, un mec comme Alpha, je le trouve doué. Deen, pareil. Après, je suis pas fan de tous les mecs de l’Entourage … mais je suis obligé de respecter des mecs qui étaient fans de oim, et qui aujourd’hui vendent 10 fois plus de CDs que moi. Soit je les respecte, soit je les déteste, et les détester, ça fait fils de pute. Ils ont pas besoin des maisons de disques, ils se gèrent tous seuls, ils sortent des CDs quand ils veulent, ils se remboursent largement, ils partent en vacances … ils vivent de la musique !

Genono : Mais… leur musique te parle ?

Zekwe : Ouais, leur musique me parle. Peut-être pas tout, le boom-bap de 1992, ça me casse vite les couilles. Mais genre un de leurs derniers trucs, Caramelo, t’as un sample, avec des rythmiques actuelles, c’est bien fait. Après, comme je te dis, je suis pas fan de chaque mec de l’Entourage, mais je respecte leur façon de faire. Je préfère écouter 10 fois un album de 1995 qu’un titre de Zifou.

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Spleenter : T’arrives à te mélanger avec tout type de rappeur, tu peux rapper avec Niro, comme avec l’Entourage, comme avec des anciens comme Nakk … T’es pas trop « cases » en fait.

Zekwe : Je déteste ça. Mais après, ça peut aussi te jouer des tours. C’est ce qu’on disait tout à l’heure, effacer le personnage pour laisser place à la musique, ça t’ouvre ce genre de porte : tu peux rapper avec tout le monde. Mais le revers de la médaille, c’est que tu peux pas cibler ton public. Zekwe, ça parle à qui ? Aux skateurs, aux cailleras, aux bourgeois ? Tu sais pas trop, du coup quand tu vas démarcher une maison de disques, ces horribles fils de pute, c’est la 1ère chose qu’ils te demandent. Ils vont sur ton skyblog, ton myspace, ton twitter. Ils regardent combien t’as de followers, ils regardent la gueule des mecs qui te suivent. Mais je t’emmerde, moi je fais de la musique ! Je fais des chansons pour la radio, mais je fais aussi d’autres trucs. Je fais des remix où t’as Alpha Wann, juste après t’as Alkpote, et juste après t’as L’Indis. C’est pas tout le monde qui peut se permettre de faire ça.

Spleenter : Sur la pochette de Neochrome Hall Star, t’avais une crête. Pourquoi ?

Zekwe : Parce que j’étais beau, mec ! Plus sérieusement, tu peux regarder 15 de mes clips, j’ai jamais la même gueule. Ça revient encore à ce qu’on disait tout à l’heure, tu dessines ton personnage au fur et à mesure, et sur le moment c’est ce que je voulais, cette horrible crête d’arabe-juif –grec… bon, après t’as toutes les petites beurettes qui te font (et là, grand moment, Zekwe prend une voix de petite beurette) : « Zekwe, nan mais arrête, t’es trop beau, garde ta crête » (rires). C’était sympa sur le coup mais j’ai abandonné, j’ai rasé tout ça.

Spleenter : Sur Selecao 2, le côté « Justin TimberZek » est plus assumé, avec des chansons sur les meufs, etc.

Zekwe : Ça, c’est un truc que je prends du plaisir à faire. Ça fait longtemps qu’on me dit de le faire, de miser là-dessus. Premier métro, par exemple, c’est plus ou moins une histoire vraie. La meuf un peu caillera, qui réserve l’hôtel, t’arrives, tu mets ton coup de rein, et c’est elle qui disparaît … c’est un peu remixé, mais ça se base sur une histoire vécue. La fille d’à côté, par contre, c’est une fiction, mais c’est des trucs qui sont déjà arrivés à tout le monde. Fantasmer sur ta voisine, ça parle à tout le monde. L’amour, les relations hommes/femmes, les divorces, les enfants … Stromaé a construit toute sa carrière là-dessus.

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si tu sais pas d’où vient cette photo t’es un sacré petit sac à merde

Genono : Dans Premier métro tu dis « elle sait ce que j’aime, elle se déshabille mais elle garde ses chaussures » … t’es fétichiste ?

Zekwe : Ouai, j’suis fétichiste, de ouf ! Les talons, tout ça, les beaux ongles … c’est un kiff. Après y’en a qui en ont rien à foutre, d’ailleurs à voir ta tête, tu t’en bats les couilles.

Genono : Je t’avoue que c’est pas trop mon délire, mais je ne juge pas.

Spleenter : Le côté « chanté », c’est un truc que tu faisais déjà un peu sur Selecao 1, mais maintenant t’as l’air complètement décomplexé par rapport à ça. T’as fait un genre de coming-out, comme Abdelkrim dans Les Kairas ?

Zekwe : (rires) Putain la phase, après les talons, les gens vont imaginer des trucs de ouf … Nan mais t’as raison, tu te décomplexes au fur et à mesure. Pourquoi se priver, alors que des mecs qui connaissent la musique te disent que ce que tu fais, ça tient la route ? J’ai confiance en moi, je tente des trucs, mais parfois je tente des trucs sans trop savoir quoi en faire par la suite. Mais je suis pas un chanteur… je saurais même pas me définir, je compose, je rappe, j’essaye de faire des bonnes chansons, transmettre des émotions.

Teobaldo : T’as ce côté self-made-man.

Zekwe : Un peu. Tu me fous en studio tout seul pendant un mois, c’est bon. Y’a d’autres trucs pour lesquels j’ai besoin d’aide : la communication, l’image, les visuels, les clips. Mais c’est vrai que dans un studio, je fais tout, de l’instru à la réalisation.

Teobaldo : Ça t’a jamais tenté de passer du coté de l’image ? Réaliser des clips, etc.

Zekwe : Si, ça me tente beaucoup. J’ai les idées, j’ai beaucoup d’idées, mais il me faudrait une équipe technique. Parce que reprendre tout un travail technique, se former là-dedans … c’est comme si tu me disais de repasser le bac, je te dirais d’aller te faire enculer. Y’a plein de petits trucs à connaître qui ne s’improvisent pas, genre la lumière … Regarde les clips de rap français, c’est toujours la même chose : les mecs sont face à la caméra. Les cainris, ils sont jamais face-caméra, y’a des angles différents, etc. Y’a beaucoup de mecs qui adaptent les codes du cinéma aux clips en fait, c’est fait proprement, mais ils ont pas les codes qu’il faut. Les ralentis, les effets, les angles … c’est ça qu’il faut apporter.

Spleenter : T’aimes bien Kevin Gates ?

Zekwe : Franchement, je vois pas qui c’est. Pourquoi tu me demandes ça ?

Spleenter : Il rappe et il chante, il est fortiche, il se back en rôtant parfois. Mais si je te parle de lui c’est juste parce qu’il s’appelle Kevin.

Zekwe :

La suite : ici

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Interview : Dosseh suite et fin

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La suite de ça, pour ceux qui ont pas bien suivi. Vers la fin ça parle de cheveux et de Jeopardy, on s’est pas foutu d’votre gueule.

Spleenter -Vous vous êtes trompés ?

Dosseh -Non. C’est juste que comme c’est un remix, on voulait pas remettre la même phrase. On voulait réactualiser le truc avec une phrase bien caillera et cette phase de Kery tombait à pique. En plus de ça, vu que Sofiane était et est encore sûrement très proche de l’équipe Kilomaître, on s’est dit direct que si on décidait de faire un clip, y avait moyen de ramener un Kery James dedans.

Teobaldo -Certains disent que t’es quand même très pro black. Ça fait un peu faire la grimace à des gens. T’en penses quoi de ça ?

D -(il n’a pas l’air au courant) Bah franchement, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Les gens qui pensent ça, bah qu’ils continuent de faire la grimace. Si ce genre de choses ça leur donne envie de faire la grimace, qu’ils fassent la grimace et qu’ils restent figés à vie. Après, ça me dérange pas. Tout est question de perception. Y a des gens, quand ils vont t’écouter, ils vont capter que ces phases là. Donc, eux, ils auront cette image à de moi. Moi après, ça me dérange pas, c’est pas un problème, c’est pas un truc qui est spécialement rabaissant. Je m’en bats les couilles.

T -Le truc, plus précisément, c’est que souvent, le reproche c’était que tu faisais plus de feats avec des renois qu’avec des rebeus, par exemple.

D -Déjà, d’une, on s’en fout.

S -En plus, plus t’avances dans le temps et plus c’est faux.

D -Et voilà, de deux, c’est même pas vrai.

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T -Vu que dernièrement t’as souvent posé avec Niro, avec Sofiane, avec Seth… Bon, Seth il est pas rebeu, mais il est pas noir, non plus, donc ça compte.

D -Voilà. Donc qu’est-ce que tu veux que je réponde à ça ? S’ils pensent ça, ça veut surtout dire qu’ils m’ont pas écouté. Ou pas vraiment. S’ils sont tombé sur un son comme… Je vois même pas quel son pourrait faire penser ça, en fait, là maintenant.

T -C’est plus des phases dispersées par ci, par là. C’est plutôt comme un mec comme Booba, il a un peu cette étiquette parce qu’il y fait 2, 3 références de temps en temps.

D -Ouais. Moi, je suis un renoi, donc c’est tout à fait normal que je parle des choses qui concernent les noirs. Ça me touche, c’est normal. Donc une phrase, là, une autre là. Ouais. Mais si y a des gens qui n’entendent que ça et ils se disent que je suis un pro black en grimaçant. Qu’ils grimacent. Grimacez.

T -t’as jamais featé de chinois, non plus.

D -Oui mais ça c’est à cause du Dalai Lama (Rires)

S -Quand tu fais des références comme ça, en plus, sur les renois, je dirais que t’es plus à l’Américaine.

D -C’est exactement ça. C’est simple, ce sont mes réelles influences. Je me bute à ça. Ça me plait. J’analyse. Les rappeurs comme Jay Z ou n’importe quel autre, ils ont tous en eux cette espèce de cause renoie. Mais sans forcément en faire des ceaumors « Ouais il faut faire ci ! il faut faire ça ! » Non. C’est un truc qu’est en eux, ça se ressent même sans qu’ils en parlent. Et moi c’est exactement ça, j’ai pas forcément la volonté d’en faire tout un ceaumor. Après, je peux en faire un, c’est pas ça le problème. Mais je tiens pas à être le mec relou qui va te saouler sur tout un album, black panther à vie. Mais je glisse quelques phases. Peut être que dans mon attitude, mon imagerie, ça se ressent.

S -Je trouve aussi que t’en joues un peu, mais à un autre niveau, quand tu dis des trucs comme « Bosse comme un noichi… »

D -« … Gère le bizness comme un juif. C’est comme ça que je conçois le métissage »

S -C’est ça. C’est le genre de phase qu’a rien de choquant quand tu l’entends en Anglais dans un son US, mais en Français personne ne dit ça. Enfin c’est plus rare, ça arrive seulement. Lentement. Ça te démarque un peu, c’est pour ça que je dis que t’en joues.

D -C’est bien possible.

T -Y a peut être aussi eu le passage sur « 1001 questions » quand tu parles un peu de Dieudonné. Même si c’est juste de la réfléxion. Voire même de l’introspection. Mais y a des gens qu’ont quand même mal pu le prendre.

D -C’est pour ça que j’ai rien à répondre à ce genre de personnes là. Parce que, quoi qu’il se passe, ce sera un dialogue de sourds si en entendant ça tu te dis « Lui, il pense du mal des autres » c’est que t’as rien compris. C’est que t’es con en fait. Mais vas-y, pas de souci. Et on m’a dit « Je parle pas aux cons, ça les instruit » OK. Alors je leur parle pas, pas de problème. C’est même pas un truc péjoratif, pour moi. Ouais, j’ai dit ça. Et alors ? C’est une bonne réponse, ça. Les gens qui te diront « Il est pro black » en faisant la grimace. Tu leur répondras « Et alors ? » (Rires)

S -Sans transition. C’est quoi les questions les plus connes qu’on t’a posé sur ton frère ?

T -Est-ce que ça te saoule ? Est-ce que tu trouves ça normal qu’on t’en parle ?

D -Non. C’est la vie. Je vais pas te dire que je kiffe. À force, je vois aucun intérêt à ce qu’on me pose des questions sur ça. Mais ça me dérange pas.

T -Quand on comprend bien, en plus, toi t’es sur Orléans et avant tu nous as dit que t’étais plutôt vers Meaux, à l’ancienne, et Pit il est du 19ème, donc vous avez même pas grandi ensemble ?

D -En fait, on est demis frères. On a le même daron mais pas la même daronne et moi j’ai grandi avec ma daronne. Mais c’est normal qu’on me pose des questions sur mon frère.

T -Quand t’étais plus neujeu et que lui il explosait vraiment, tes potes ils devaient te casser les couilles pour lui demander de vous prêter une limousine ou une merco pour aller en boite, non ?

D -Ah bah ouais. Un peu. Mais vu que j’ai grandi de mon côté, même mes potes, ils étaient pas à fond sur ça. Ils le savaient, normal, mais il s’en battaient les couilles. On vivait nos vies à nous.

S -Et dans le même genre. Est-ce que, quand t’as posé sur Autopsie puis l’album de Booba, c’était clair dans ta tête qu’on te poserait des questions là dessus pendant 3 ou 4 ans ?

D -Ouais, ouais. Je te dis, c’est pas des trucs qui me gênent. C’est le jeu. C’est comme si demain, je vais à Secret Story et qu’après je suis choqué si on me parle de télé réalité. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est le jeu, mon frère.

S -Encore aujourd’hui, y a des interviews de toi avec Booba dans le titre…

D -Ça c’est juste pour faire de la vue. C’est pas un secret, ça attire les clics. Moi je m’en bats les couilles.

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T -Mais ça donne vraiment l’impression que pour trop d’acteurs du rap en France, le mec est vu comme une espèce de Rahel qui descend de son vaisseau une fois par an pour ses albums ou ses mixtapes Autopsies et qu’il embarque 3, 4 élus à chaque fois.

D -C’est ça.

T -Du coup, toi qui es monté dans le vaisseau spatial, elles sont comment les chiottes là haut ? T’as déjà vu des extraterrestres ?

D -Mais c’est exactement ça.

T -Tu trouves pas que ça peut être un problème, des médias qui fonctionnent comme ça ?

D -Un problème ? Non. Tout dépend comment tu te places. Comment tu voudrais que ce soit ? Comment tu veux que ce soit d’autre ? On fait du peura. Je vais te dire comment je vois le truc et quelle est ma philosophie : Si on me parle encore de ça après 3 piges, c’est que j’ai pas encore fait de bruit qui dépasse ça en 3 piges. Tu vois ? Donc c’est à moi de faire ce qu’il faut. Fin. Y a pas plus simple. Là je vais sortir mon bumal. J’espère qu’on le sortira dans les bonnes conditions marketings, j’espère que j’aurais le relai médiatique qu’il faudra et j’espère que les sons parleront aux gens de manière à ce que les gens écoutent Dosseh pour Dosseh, pour son univers, et pas par rapport au reste.

S -Et d’où t’est venue l’idée du freestyle Gangnam Trap Style ?

D -Le plus simplement possible. Un jour, ça devait passer à la télé, je l’ai entendu et j’ai appelé mon beatmaker Red Rum Music : « Hé gros, tente un délire. Prends la boucle de gangnam style et tu me fais ça en trap. » Aussi simple que ça.

T -Le délire trap, justement, ça t’as pris à quel moment ?

D -C’est seulement maintenant que je m’en rends compte. Mais pour moi c’est pas un virage du tout. Vu que je suis dedans depuis longtemps. Mais comme j’ai pas été trés présent ces derniers temps ça fait que j’ai pas préparé les gens à ça. Je m’en rends compte, là. Mais moi je me considère pas spécialement dans la trap. Je fais juste le son que j’aime. Il se trouve que mes derniers sons ont des sonorités trap mais je fais pas exprès. C’est ce que j’écoute. Donc j’ai choisi des instrus comme ça. Pour moi, y’a pas eu de revirement ou quoi que ce soit, je suis toujours dans le même délire.

S -C’était plutôt quoi tes influences à la base ?

D -J’ai toujours eu des influences très diverses. Là c’est un peu trap parce que c’est mon inspi du moment donc je le fais et j’essaye de le faire bien. Mais y a pas un truc en particulier qui m’a influencé. Ah mais, attends, si. Je suis un fou. Tupac c’était mon gars sûr. Tupac c’était Il Ducce. Lui, on peut dire qu’il m’a vraiment influencé. Après, le reste, j’ai toujours écouté plein de trucs aussi. Mon son c’est un mélange de plusieurs influences, je pourrais pas dire un truc en particulier. Ça peut partir de Nas, de Mobb Deep, de Jay Z. Tout ce que je kiffe, ça se mélange dans ma tête.

S -Et t’es plutôt du genre à donner des instructions trés précises à tes beatmakers ou tu te laisses surprendre ?

D -Ça dépend des sons. Je peux faire des commandes : je voudrais un son qui soit comme ça, que l’atmosphère soit comme ça. Et parfois on m’envoie des prods que je kiffe et je kicke. Y a pas de procédé précis. C’est au feeling.

T -Tu bosses avec qui, en prod, maintenant ?

D -Je bosse beaucoup avec Redrum Music qui a fait les prods de mes morceaux sur Karma et même sur Summer Crack 2, d’ailleurs.

S -Pendant toute une période, t’étais surtout avec Prodfather.

D -Ouais. Il est moins actif qu’avant mais il est toujours là. Toujours à ma gauche. Il est moins actif mais il aura sa place de choix sur mon album.

T -Qu’est-ce qui a fait qu’il est moins actif ? Ça l’a pas tenté de bosser avec d’autres mecs ?

D -Oui mais tu sais, c’est pas tout le monde qui est à fond dans le truc. Mais il est là. Y a pas eu de scission ou quoi entre nous. Lui c’est moi, moi c’est lui. Entre temps j’ai aussi rencontré Redrum Music, c’est un petit jeune de Belgique, il est très très très lourd et très complet. Quand je te dis qu’on a poussé la musicalité loin, j’espère que les gens pourront le percevoir à l’écoute de l’album.

mec qui décrit musique

S -Dans une interview plutôt récente, tu t’es comparé à Ace Hood à un moment. Mais t’avais écouté son album avant de faire cette comparaison ?

D -Non, non. Pourquoi ?

S -Bah je sais pas, il est pas très…

D -Ah ouais ? Mais quand j’ai parlé de lui, c’était pas au niveau rap. Si Ace Hood dit qu’il fait un film, que dedans y aura Meek Mill, 2 Chainz et je sais pas qui d’autre encore, et bien quoi qu’il arrive, les médias là bas, ils feront le taff. Ils vont pas faire la sourde oreille ou faire les mecs. Mais je sais qu’ici, c’est le jeu. Je suis pas choqué, je suis pas surpris. Mais quand même, c’est dommage. En vrai, c’est pas normal. Les médias hip hop en France, tu sais…

T -Ils ont pas l’air de jouer le jeu.

D -Si tu veux mon problème c’est même pas que dans les interviews en elles mêmes, on ne parle pas que du film, c’est même pas à ce niveau là. Comment t’expliquer. Hormis mon interview, de moi, qui suis à l’initiative du projet ; c’est une info qui mérite d’être relayée. Indépendamment du fait que moi, je te contacte, pour en parler. Ça sort assez de l’ordinaire pour être relayé. En plus, ça concerne pas que moi. C’est pas un film où tu me vois marcher tout seul et ça parle que de moi. Y a aussi toute une partie de la scène actuelle. Rien que Seth Gueko, Sofiane et Niro, ils ont aussi sortis des projets à cette période là. Rien que par rapport à ça, ça devrait avoir un certain retentissement médiatique. Et moi je trouve qu’ils ont pas joué le jeu. En tout cas, pas à fond. Mais comme je t’ai dit, je savais avant que ça se passerait comme ça. J’ai pas été étonné ou déçu. Mais avec le recul, quand t’y penses, tu peux pas t’empêcher de penser que c’est dommage. Que c’est pas normal.

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T -Maintenant que t’en parles, Cramé c’est celui qui a fait le plus de bruit, pour moi. Mais c’est sûrement aussi parce qu’il était distribué par Neochrome qui était le gros label rue de l’époque. Les médias en ont parlé, mais pour eux c’était « Le film de Néochrome » t’avais déjà l’impression qu’il s’en foutait du film en lui même, que les sites étaient juste là pour buzzer sur Neochrome et qu’ils avaient pas fait le taff. Vu qu’en vrai c’était surtout le projet de La Cellule, le groupe de Caen. Maintenant que t’en parles, ça me fait penser à ça et non, ce n’est pas une question. (Un intervieweur de légende)

S -Oui mais si Karma a pas la même promo c’est peut être aussi à cause de son côté plus sérieux. Dans Cramé tu pouvais extraire 2, 3 scènes et en faire des extraits en disant « Regardez, c’est drôle, quand même ». C’est voulu. Tu peux le faire aussi dans « La vengeance » même si là on sait pas si c’est voulu. Ça donne des trucs pseudo cultes en 2 clics. Alors que toi tu peux pas faire une promo virale de ce type avec Karma. Mais effectivement, j’ai pas trouvé que les médias étaient à fond sur la promo.

D -Oui. Mais je suis conscient aussi qu’il faut le bon attaché de presse. Le truc serait sorti chez AZ, ça aurait été différent. Ça c’est des trucs qu’on sait. On fait avec. Tranquille.

S -Tu prends la mesure du truc.

D -Voilà. Mais dans l’absolu, c’est pas normal du tout. C’est pour ça que je me suis comparé à Ace Hood. Parce qu’Ace Hood c’est pas une figure majeure. C’est un mec qui est là, un peu comme moi, il est en train de se faire. Bon, J’ai pas écouté son album, toi tu me dis que c’est vite fait. Dommage pour lui. Mais ça reste un mec qui est en train de se faire, il a ses petits trucs et tout, mais c’est pas encore LE mec. Et même lui, malgré cette position là, si demain il fait son film, bien sûr qu’ils vont en parler. C’est « un truc de fou ». Parce que bien sûr que c’est un truc qui mérite d’en parler. C’est pas tous les 4 matins qu’un rappeur fait un film. Surtout en France. Avec le marché qu’on a. Parce qu’aux Etats Unis, un Ace Hood, même avec un album moyen, rien qu’avec un titre comme Bugatti et rien qu’avec Hustle Hard, il a rentré du biff. Donc ces mecs sont plus dans la capacité à faire des petits street films, comme ça. C’est moins exceptionnel, on va dire.

S -Alors qu’en France, ça se compte sur les doigts d’une main.

D -Tu vois ce que je veux dire. À un moment donné, les mecs, faut quand même respecter un peu le travail des gens.

1-DJ-Khaled

S -Pour le buzz, tu peux toujours faire une demande de mariage sur trace TV, à Liza Monet.

D -Au pire ! Si y’a que ça à faire.

T -Liza Monet, faudrait tomber bien bas.

S -Mais y a plus de Nicki Minaj en France.

T -Bah prends Shay. T’es pas obligé d’aller dans le film d’horreur, direct. D’ailleurs, un défaut de Karma, il n’y a pas de vrai personnage féminin bien présent dans le film.

D -Hmm hmm. Ouais. Avec cette expérience, on a vu aussi ce qu’on avait fait, ce qu’on avait bien fait, ce qu’on avait pas fait. En gros, on a vu les trucs qui pouvaient être améliorés. Donc si demain je suis amené à faire Karma 2 ou un autre projet, à ce moment là on mettra de la feumeu dedans. (Il sursaute presque) Ah mais en plus, je suis un ouf ! À la base, y’avait. Parmi les histoires qui gravitaient autour qu’on a pas gardé, il y en avait. À la base, on devait me suivre sur une mini série. Donc j’ai mes soucis dans la street, mais j’ai aussi mes soucis conjugaux. Dans la série, y avait 4 épisodes, on avait le temps de développer ça bien. Après, dans le film, il a fallu couper. On a zappé clairement plusieurs côtés du truc.

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T -Tu penses que si y avait des rappeuses plus douées en France, t’aurais plus facilement pensé à intégrer un personnage féminin ?

D -Bien sûr. Forcément. Parce que le fait que t’aies ses sons en tête, ça fait que tu penses à la personne. Alors que là, y en a pas. T’aurais voulu qui ? Parce que je suis pas contre, ça aurait pu être kiffant.

T -Bah dit comme ça, y’a Casey.

S -Oui mais là, ça va pas être un personnage de femme fatale.

T -Ah bah non, mais j’ai jamais parlé de femme fatale en particulier, juste de rôle féminin.

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T -Et du coup, t’as un Karma 2 en tête ?

D -Pas du tout. On verra. Pourquoi pas.

T -Y a pas beaucoup de comédiens de profession dans Karma.

D -Y en a même aucun. Pas de vrai comédien. C’est ça le truc. Même parmi les gens qui sont là et qui ne sont pas rappeurs, c’est pas des comédiens de métier du tout. C’est des gens, on leur a dit « Hey viens, tu vas faire tel truc. Tel rôle » Par exemple, la meuf qui est avec Esco, à l’hôtel, c’est pas une comédienne du tout. C’est juste une meuf qui peut tenir le rôle qu’était écrit. On lui a dit « essaie » et ça c’est bien fait. C’est vraiment un truc en mode artisanal de ouf, tu vois ?

S -Et pourquoi ne pas avoir fait une BO plus longue ?

D -Tu sais, la BO n’était même pas prévue à la base. Ça s’est fait en mode deuspi, vers la fin. Vu qu’à la base les mecs sont des rappeurs, c’est bien d’avoir le support musical.

S -Sur VIP (Very Insolent Personality) de DJ Bellek t’avais repris Disco Bitch. C’est toi qui l’avais choisi ?

D -Il m’a proposé plusieurs trucs et j’ai pris celui là. En fait ce son là, c’est pas Disco Bitch à la base. À la base, c’est un mec qui a fait ça en Français et elle elle a fait comme les mecs de la dance hall, elle a repris le ridim.

S -Donc tu reprenais pas « c’est pour la petite bourgeoisie… »

D -Non, non. C’était un délire (sourire)

discobitch

S -Maintenant on va passer à un questionnaire spécial. D’abord y en a un sur les petits frères du rap. C’est des trucs qui se sont passés mais avec d’autres.

PETITS FRÈRES DU RAP :

S -Si ton frère était en clash avec un autre rappeur, pour prouver que t’es pas dans l’histoire, est-ce que tu mettrais, sur les réseaux sociaux, une photo de toi qui tient l’album de ton frère dans une main et de son ennemi dans l’autre ?

D -Qui a fait ça ?

Les 2 -C’est Canardo.

D -…

S -C’était avant le truc de la baston, quand même.

D -Je me vois pas faire ça.

S -Est-ce que tu penses que seuls les fils de pute insultent les mères ? (Rire général et décès de Teobaldo)

D -Euh… En tout cas, c’était rant-ma.

S -Est-ce que, dans ta folle jeunesse, t’essayais de faire le fou avec une bécane dans les clips de ton grand frère ?

D -Non.

T -C’était qui, ça ?

S -Je crois que c’était le petit frère de Tyer.

T -Bigou.

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S -Est-ce que t’es toujours persuadé que ton grand frère est le meilleur rappeur du monde ?

D -Ah, ah. Non. C’était qui ça ?

S -Personne en particulier.

T -Pour moi, c’est Ikbal, ça.

S -Non, ça peut être T-killa, mais lui il a un peu raison. Est-ce que t’as été tenté de t’associer avec ton frère pour un projet commun, ou juste bizness ?

D -Non, pas spécialement. C’est déjà arrivé qu’on évoque ça, dans la conversation. Mais c’est vraiment resté au stade de la discussion.

S -Et est-ce que t’as jamais osé lui dire que dans Time Bomb tu préférais X Men et Lunatic et que dans le Secteur Ä tu préférais Ärsenik ? (Rires) Parce que, quand on t’écoute, y a pas mal de références à des phases cultes de Lunatic, d’X Men ou de Lino et finalement, très très peu voire jamais à Pit.

D -Je calcule pas. C’est que c’est celles là qui m’ont le plus marqué. Mais j’ai saigné son premier album comme tout le monde.

S -Est-ce que c’est arrivé que ça te desserve d’être son petit frère ?

D -Desservi ? Non. Ou en tout cas, pas que je sache. Moi, personne est venu me voir en me disant ça… En même temps personne va venir me le dire. Pas que je sache. Mais ça a déjà dû arriver. Tout arrive.

S -Ensuite, j’ai un questionnaire spécial sur TI vu que t’avais dit quelque part que t’es le sosie Français non officiel de TI.

D – J’ai jamais dit ça.

T -Je pense bien. C’est sur le Blavog que tu l’as lu ça. C’est moi qui l’avais mis.

S -T’es sûr ?

T -Oui, c’était dans L’arrêt de buzz.

D -Ah oui. Je l’avais lu, ça.

S -Et bien ça ne change rien.

QUESTIONNAIRE SOSIE FRINÇAIS NON OFFICIEL DE T.I.

S -Comptes tu te faire arrêter avec un lance roquettes dans les mois qui viennent ?

D -(confiant) Ça va arriver. Dès que j’ai une descente de buzz, c’est parti.

S -Que penses tu de la carrière au cinéma de TI ? Que peu de gens connaissent mais qui est extrêmement mauvaise.

D -Je l’ai vu dans Takers. Et ça va. C’est la seule fois où je l’ai vu en tant qu’acteur.

S -T’as jamais vu son film ATL donc ?

D -Non, je l’ai pas vu.

S -C’est dommage parce que ma question d’après c’était « Pourquoi au lieu de Karma, t’as pas fait un film sur le skate ? »

T -Et est-ce que ta cousine c’est la sosie non officielle de Ciara ? (Rires)

D -Ils sont vraiment cousins ?

T -J’en sais rien mais ils ont le même nom de famille.

D -Moi, j’étais pas au courant. Même pour les noms de famille.

S -Est-ce que tu comptes sortir un album « Dosseh vs La Famine » ?

D -Et bien… Non.

bunk et la meuf consternés

S -Te considères tu comme le « king de la région Centre » ? Ou plus sérieusement, vu qu’il n’y a que toi et Niro qui ont percé pour le moment, est-ce qu’il y a une petite émulation entre vous ?

D -Ouais. Bah ouais, normal. Mais pas plus qu’avec Sofiane, par exemple. Y a pas une émulation spéciale de là bas. Niro il est fort donc y a une émulation, c’est ça le truc, pas la provenance.

S -Après j’ai un autre questionnaire mais c’est plus par rapport à des séries. Genre, est-ce que t’aimes bien The Wire ?

D -Ah ouais, mais je suis pas trop série, en fait. J’ai pas vraiment suivi.

S -Pour Sopranos, pareil ?

D -Pareil, je suis pas très série, donc bon.

T -Il parlait de Soprano, le rappeur. (Rires)

D -Non mais j’ai du mal à suivre une série. Y’a que Fouiny Story que je regarde. (Spleenter et Teobaldo mettent un petit temps à comprendre ce qu’ils viennent d’entendre puis éclatent de rire) Non, en vrai, je suis que films. J’ai du mal à me poser devant une série.

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(Ensuite, Spleenter essaie de lancer Dosseh sur tout un tas de films de super héros, mais c’est visiblement pas son terrain de prédilection)

S -Mais tu sais quand même qu’il va y avoir un Superman versus Batman ?

D -Ah non. Tu me l’apprends. Mais Batman il va forcément perdre.

T -Batman, il perd pas. C’est Batman. Même sans supers pouvoirs. C’est le plus malin.

S -Ouais, Batman c’est un petit enculé*. Il va se ramener avec une armure et de la kryptonite.

D -Non, j’étais pas au courant. Mais faut dire que je m’en fous, en fait. (Il dit ça l’air le plus diplomate et désolé qu’il peut)

S -Ah ouais, t’en as maté aucun. C’est pas du tout ton truc ? Même Batman ?

D -Si, j’ai bien aimé le dernier Batman. Le truc avec Bane, là.

T -Ah t’avais pas aimé celui avec le Joker ? Celui d’avant ?

D -Non mais ça, c’est des films, ça se regarde. C’est bien. Après je vais pas me le retéma, tu vois ?

T -Ah oui, je vois. (On sent Teobaldo qui essaie de se désolidariser du fanatisme de Spleenter, tel un fourbe petit espagnol albinos qu’il est) Mais celui là, en particulier, il m’avait marqué. Je trouve qu’il est au dessus. Au delà d’un bon film de super héros, c’est un bon film tout court.

D -Ah mais, de manière générale, je trouve que ces films sont archi bien réalisés. Ils sont bien. Y’a rien à dire dessus, mais c’est juste que c’est pas mon délire.

(Là encore il prend son ton le plus aimable, essayant de ne pas vexer ces gens étranges qui lui parlent)

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S -Bon… (l’amertume est totale) Quand on a interviewé Esco, on lui avait demandé sa définition de la punchline. Il déplorait le fait que le terme ait été vachement rabaissé. Et je me souviens aussi d’une interview de Niro où il ne comprenait même pas pourquoi on lui parlait de punchlines. Pour lui c’est un mot de travelo. Vu que tu connais les 2, où tu te situes dans ce truc ?

D -Je me situe entre les 2. Je vais t’expliquer pourquoi : parce qu’en effet, c’est dommage que le mot soit galvaudé. C’est devenu tout et n’importe quoi. Demain, un mec va faire une comparaison et tout le monde va dire que c’est une punchline. « Je suis frais comme une glace » « Ouais ! Punchline ! » Non. C’est une comparaison, point. Ça c’est une chose. De deux, quand Niro il dit que c’est un mot de travelo… (sourire) bon, c’est sa façon de voir les choses. J’ai vu l’interview où il dit ça. Je suis d’accord avec lui, justement, dans le sens où on dirait que les mecs veulent faire de la punchline juste pour de la punchline. Et en plus, en en faisant de mauvaises. En faisant des comparaisons. Des comparaisons ou des métaphores un peu foireuses aussi. Ce qui fait qu’au final, ça n’a plus d’intérêt. Parce que c’est que ça. Ça n’engage que moi, mais à mon sens en tout cas, c’est pas un truc obligatoire dans un texte de peura. Tu péras, tu racontes ce que t’as envie de raconter. Maintenant t’es pas obligé d’avoir une punchline à chaque mesure. Faire des phases de fou tout le temps, OK, mais parfois tu peux aussi parler normalement. Tu racontes ton truc. D’un point A à un point B. Et justement, ce qui met en valeur une punchline, c’est le fait qu’y en ait pas tout le temps. Si ton texte c’est que de la punchline de A à Z, ça tue le truc. À moins qu’elles soient toutes à un très bon niveau, mais c’est rare. C’est pour ça que j’étais d’accord avec Niro. Les mecs veulent trop faire que de la punchline, justement. Que de la punchline, que de la punchline. Ils veulent plus parler. Dire des vrais trucs. Des trucs qui vont parler aux gens, tout simplement. Ils veulent tous arriver en disant « Je rap comme un truc qui fait boum »… Ouais et sinon ?

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S -Et comment tu définirais ton style en tant que rappeur ?

D -C’est exactement ce que je t’ai dit tout à l’heure par rapport au sujet que j’aborde. J’ai du mal avec les cases. Si tu me demandes à moi comment je me définis, je suis incapable de te répondre. Parce que je sais pas quoi te dire. Pour moi, rappeur conscient ça veut rien dire, parce qu’y a pas de rappeur inconscient. Y a pas de cases où je me vois.

S -Quand tu te mets devant ta feuille, t’as pas ton petit schéma de rime ?

D -Non. Voilà. C’est à l’instinct. C’est par rapport à la prod ou peut être par rapport à ce que je vais raconter. Dans un morceau comme « 1001 questions » le but ce sera pas d’être technique. Ce sera de parler, de dire certaines choses. Dans un morceau comme « Igo » le but c’est d’avoir un gimmick. Chaque morceau a son utilité. Chaque morceau à son identité. le dénominateur commun de tout ça c’est que ça reste moi, la même voix, la même manière un peu énergique de péra, ça reste le même type d’écriture et ça reste mes références. mais comme tu dis j’ai pas de schéma d’écriture genre les 4 premières mesures sont comme ça, les 4 mesures après j’accélère, les 4 mesures d’encore après je fais un flow lent et je finis comme ça. Non. Je fais et c’est tout.

S -Et est-ce que t’as remarqué, qu’en fait, depuis que t’as le crane rasé, t’es devenu plus fort ?

D -Ahah ah ouais, tu trouves ?

S -C’est en me refaisant tous les clips que je me suis dit ça. Avant quand t’avais encore des petits veuchs sur la tête c’était bien mais c’est devenu sérieux quand t’as plus de cheveux.

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T -Moi, je trouvais aussi qu’au début, t’étais un peu trop scolaire dans ton débit. Quand t’as commencé à être plus « sale » ; ce qu’un puriste appelle être parfois pas dans les temps, ce que j’appellerais plutôt varier les temps. Perso, moi j’accroche mieux.

D -J’ai évolué, c’est comme tout. Comme t’as dit, c’était les débuts. C’est normal. Pour moi, c’est logique.

T -Et vu de l’extérieur, on a l’impression que tu te lâches plus et que tu t’amuses plus maintenant. Même niveau écriture sur certaines références.

D -C’est vrai. Mais c’est un truc auquel tu fais pas exprès. C’est naturel, tu grandis, tu vis ton truc, tu rencontres d’autres personnes, y a d’autres trips, d’autres références qui te viennent en tête.

T -Toi t’es du genre à écouter tes anciens projets avec du recul et te dire que là il manque ça, etc ?

D -Non. C’est rare que je réécoute mes anciens trucs. J’ai un petit peu du mal. J’ai pas besoin de réécouter pour me rendre compte de mes défauts. Je m’en rends compte déjà.

S -Et c’est ta marque les T-shirts « Niggers » ?

D -Non. C’est à des gens que je connais. Vous n’aurez pas de t-shirt gratuit.

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S – ton film sort chez Parabellum, t’es toujours en indé totale ?

D -Totalement, en indé totale. C’est sorti chez AZ/Musicast en fait.

T -Et pour Perestroika, du coup ?

D -Pour Perestroika, j’espère trouver un deal en édition. Un deal plus intéressant pour l’album.

T -Et si tu trouves pas, tu comptes tout faire en indé ?

D -Il faut, de toute façon. Le but c’est que non. J’espère que non. Normalement, t’aurais pas besoin de te poser ce style de question. Mais si jamais ça arrive. Ça arrive, c’est tout.

T -Je me demandais aussi, le son « Ricky » de Lalcko sur la BO de Karma, il a été enregistré quand ?

D -Là, pour Karma, justement. C’est un morceau récent. Avant de faire Ricky, ça faisait près de 2 piges qu’il avait pas fait de morceau. Et donc il a fait Ricky et là il a repris l’envie de faire des ceaumors. Donc pour tous ceux qui kiffent, il va reprendre du service bientôt, je pense.

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S -Quand tu parles du bled, il me semble que tu précises pas spécialement de pays, en général. C’est pour être plus universel ?

D -Quand je parle du bled, c’est l’Afrique de manière générale. je parle pas spécialement de mon bled à moi. Du Togo ou du Cameroun. Je parle du bled tout court. Parce que quand je vais parler d’un blème qui touche les renois, ça touche pas en particulier un Camerounais. Je vais parler d’un blème général. Pour un renoi Africain ou même Antillais. Donc quand je dis bled c’est pas forcément LE bled, le Cameroun, ma ville, Yaoundé. Non, c’est le bled d’une manière générale.

S -T’es plutôt amateur de Dieudonné, non ?

D -Oui, j’aime ces spectacles. Je les ai tous vus.

S -T’as pas essayé de l’avoir dans le film ? Vu qu’il était dans Cramé.

D -Bof, non.

S -Ça attire trop de problème ?

D -Même pas. De toute façon, le film je l’ai pas non plus sorti chez Sony pour avoir chaud de ça. Au contraire même. Ça aurait fait parler. Mais on a pas pensé à lui spécialement.

S -Un mot de la fin ?

D -Un mot de la fin pour les blavogueurs c’est qu’y a Karma qui est encore dans les bacs. Allez le pécho. L’album arrive.

S -Et dans cet album, t’as aussi casé des références comme Gandhi, Albert Camus, ou d’autres ?

D -Ah bah ouais. Bien sûr.

T -On pourra faire un jeopardy ou je sais plus comment ça s’appelle ce jeu où faudra retrouver les citations et de qui elles sont dans ton album.

D -À fond.

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S -tu penses quoi du Blavog ?

D -Moi, je suis tombé dessus par hasard. Ou alors, je crois qu’on m’avait envoyé un lien, par rapport à un truc que vous disiez sur moi. J’ai tapé des barres. L’intérêt du truc c’est l’humour décalé qu’il y a. Continuez à nous faire rire. Et franchement, les articles, ils sont bien tournés, c’est bien. Même le truc dont tu parlais « L’arrêt de buzz » c’est un truc con (rires). C’est un truc de con, mais tu rigoles. C’est marrant. C’est une manière différente d’amener des informations, c’est bien. Et en plus c’est pertinent dans l’analyse de la situation. J’aime bien le délire, il est poussé.

T -Cimer. Et cimer pour ton temps aussi.

D -Y’a pas de souci. Mais faut partir maintenant.

*Il faut quand même préciser qu’en sortant du studio, Batman attendait Spleenter pour lui casser la gueule et Teobaldo a alors fait un communiqué officiel disant que l’avis personnel de monsieur Ter, Spleen de son prénom, ne reflète pas l’opinion générale du Blavog et n’engage que lui.

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !)

Interview : Dosseh

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A un moment ça parle d’Albert Camus et du Dalai Lama, on s’est pas foutu d’votre gueule sur ce coup.

Spleenter -Dosseh ça te vient d’où comme pseudo ?

Dosseh -C’est mon prénom en fait, mon vrai prénom, celui que ma maman m’a donné.

S -T’es né à Orléans ?

D -Nan je suis né à Paris en fait, à la Salpêtrière. Pendant mon enfance j’ai grandi à Meaux dans le 77, et après je suis parti à Orléans.

Teobaldo -Et tu dirais que c’est quoi le plus campagnard ? Meaux ou Orléans ?

D -Ola pff.. Meaux c’est une petite ville de banlieue normale, et Orléans c’est une grande ville de province.

T -Ouais mais on m’a dit dernièrement qu’il y a des sangliers qui traversent la Loire, non ?

D -Ah j’sais pas moi j’en ai jamais vu en tout cas. Peut être dans les patelins autour , mais à Orléans t’inquiète pas, il n’y a pas de sanglier. Autour il y a des forêts et tout donc c’est possible, mais moi j’ai jamais vu ça.

S -Avant 2004 tu rappais déjà, mais pas vraiment sérieusement si ?

D -Non moi au début je rappais comme n’importe quel gamin dans sa chambre qui imite ce qu’il entend à la radio c’est tout. Je rappotais on va dire. Un jour il y a mes cousins et mon frère qui m’ont entendu freestyler, et de là est parti le délire de rapper pour de vrai.

T -Et le fait de voir ton frère, Pit Baccardi, faire quelque chose dans le rap, t’a motivé ?

D -Ouais bien sûr ! Quand t’es gamin, que t’as pas de recul, à première vue ça te motive. Tu te dis « ah ouais moi aussi j’veux être millionnaire à 20 piges » , puis après bon en avançant tu vois que c’est plus compliqué, qu’il y a d’autres paramètres qui entrent en compte. Mon frère est arrivé à la bonne époque, dans la bonne équipe, géré par le bon mec. Kenzy c’était un vrai stratège, il a mené sa barque loin. Même si au final ça s’est ramassé, mais tu vois quand ça tournait ça tournait pour de vrai.

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T -Tu penses que ça manque de mecs comme Kenzy aujourd’hui, ou il y en a encore ?

D -Le dernier mec qui me rappelle Kenzy aujourd’hui c’est Dawala. Dans le côté businessman qui vient monter son truc tout seul . Bon bien sur c’est grâce au talent de ses artistes mais surtout grâce à son mental qu’il a su quelle direction leur donner. On peut ne pas aimer, mais en tout cas moi sur le plan du business ce mec je le respecte à fond. Pour moi c’est lui le « kenzy des années 2000 ». Après dans un autre registre il y a Booba mais c’est pas vraiment comme Kenzy qui n’était que businessman. Booba lui, est artiste aussi. Mais en gros c’est les deux mecs qui sont aussi précis en terme de business.

T -Dans un son, Desperadoss il me semble, tu cites en références sur un même plan, Lunatic, les X men, et Alpha 5.20. j’ai trouvé ça très intéressant.

D -Moi je trouve que Alpha 5.20 c’est un mec qui a un bon mental, qui a su amener un truc. A son échelle aussi lui c’est un Kenzy. Un Kenzy du ghetto. Il a réussi à faire plus d’oseille que certains mecs plus médiatiques. Il a monté son business, musique, vêtements, je respecte. Artistiquement même j’trouvais qu’il avait un délire, avec son accent et tout. Ce qu’il disait quand tu creuses c’est pas n’importe quoi. Pour moi son premier album c’est un classique je le dis. « Vivre et mourir à Dakar » c’est super lourd. Moi je trouve que c’est un classique, et Alpha c’est un mec respectable.

T -Dans le clip de Matrix où tu tailles les renois avec des crêtes, t’as mis un renoi à crête, qu’est ce qu’il se passe ?

D -(Rires) Ouais on cherchait juste un mec avec un look de rockeur, bon il avait une crête ce sont des choses qui arrivent. On cherchait juste un figurant, il était là.

S -D’ailleurs les crêtes c’est un truc que tu combats depuis le début de ta carrière…

D -Enfin que « je combats », en vrai je m’en bats les couilles . J’croise un mec avec une crête dans la rue j’le calcule pas. Mais j’aime bien lancer des petites crottes de nez comme ça. Mais à l’époque de Bolide 2 et tout, c’était le début de ça. C’était surprenant de voir des renois en slim, avec de crêtes et des teintures. C’est spécial. Surtout les slims, encore aujourd’hui je comprends pas.  Les crêtes bon c’est juste une coiffure. Mais les slims je comprends pas. Chacun son truc. (rires)

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T -Sur Bolide 1, que j’ai découvert il y a pas longtemps, il y a Futuristiq, j’étais surpris. C’est votre seule connexion ?

D -Ouais c’est la seule, et encore ils ont fait un solo, c’est même pas un morceau ensemble. J’avais un cousin d’Argenteuil avec quelques connexions, c’est lui qui a ramené tout le monde, moi je connaissais personne. Il y avait du rap dans sa ville et connaissait un peu de monde. Il a ramené Futuristiq, moi je kiffais grave j’ai accepté direct. Il a ramené Lalcko aussi, pareil je le connaissais pas. A la base je connais personne dans le rap.

T -Et K.Ommando Toxic t’as un peu fait tes classes avec eux, comment ça se fait ?

D -En fait c’est des mecs que j’ai croisé en studio, comme nos trois grands frères étaient potos (NDLR : K.Ommando Toxik est le groupe de Bec Soul et T-killa qui est le petit frère de Calbo et Lino qui forment Ärsenik et donc connaissent bien Pit Baccardi, si tout ça te semble confus c’est que t’écoutes pas assez de rap). Après le feeling est passé tout simplement, donc on a continué. Quand le feeling passe on continue, surtout à cet âge là ! J’avais 18 ans à l’époque de Bolide 1. Je montais sur Paris , Orléans c’était pas le top.

T -Et aujourd’hui à Orléans c’est toujours difficile ?

D -Nan aujourd’hui il y a des trucs. Mais bon pour se professionnaliser t’es obligé de monter sur Paris.

T -Sur « Prototype » j’avais pas compris la phase sur Booba, « Va te faire niquer toi et tes livres comme dirait ce rappeur célèbre / j’crois que t’as oublié que t’étais nègre » , c’est bien deux phrases distinctes ?

D -Ouais ouais ça repart direct sur autre chose après la phrase sur Booba, c’est pas lié ! C’est même en entendant ce morceau là qu’il m’a appelé sur Autopsie.

T -T’as sorti Karma en été, comme les Summer Crack. Tu n’aimes pas l’hiver, c’est à cause de la neige ?

D -En fait les Summer Crack ça a pris naissance parce qu’il y avait des galères , il fallait que je trouve une solution pour ne pas rester sans rien faire pendant X temps. C’est né de là et ça m’a permis de tenir sans tomber dans les oubliettes totales.

T -D’ailleurs, ce sont de bons projets même si ça a plutôt été perçu comme des petits trucs qu’on écoute l’été et basta.

D -Pour que les gens perçoivent un projet comme devant vivre, il faut que toi même tu le fasses vivre. Pour Summer Crack j’ai fait qu’un seul clip, qui est loin d’être mon meilleur. Donc ça s’imprègne pas pareil dans la tête des gens. Si j’avais clippé le son avec Kaaris ça aurait eu un autre retentissement. Mais j’ai pas pu faire vivre le projet comme je voulais.

T -T’avais fait un autre truc avec Kaaris non ?

D -On avait enregistré un son ouais. Il taffait avec Galactik Beat à l’époque. Et donc ils m’avaient appelé pour une compilation. Au final la compile est pas sortie, donc le morceau non plus. Et il bosse plus avec eux. Mais « Pirates » ça s’est fait après ce morceau. C’était en 2011, le truc de Galactik Beat c’était fin 2010, début 2011.

S -Tu dois être un des seuls rappeurs à avoir invité Djé ! Il devient quoi ?

D -Ouais je crois bien !  Je sais pas ce qu’il devient. Moi à l’époque de Summer Crack je voulais inviter des mecs que j’aimais bien et qu’étaient pas mis en avant. Sofiane, Niro, Kaaris ils étaient pas connus encore. J’ai invité les mecs dont je kiffais bien le rap, Boysaf, Massassi tout ça. C’était intéressant d’inviter Djé, car à part sur les albums de Booba on l’entendait nulle part.

S -Sur l’album t’auras quel genre de feats ?

D -Il y en aura moins déjà, et ce sera bien précis, moins freestyle. C’est une autre aventure l’album. Les Summer Crack c’est vraiment dans un délire mixtape. Genre je t’appelle « ouais t’es op pour poser ? » et si t’es op boum tu viens et voilà on kicke. L’album c’est une autre réflexion. Tu pousses l’artistique plus loin, tu veux plus de musicalité, des trucs plus aboutis, plus intimistes sur certains trucs. Justement pour que ça traverse les époques.  Mais ça restera du Dosseh.

T -Mais t’es conscient que ce discours ça fait peur ? Presque à chaque fois qu’on entend un rappeur Français doué dire « Pour mon vrai album, ce sera plus sérieux » ça donne des albums formatés sans identité avec un morceau sur la daronne, un sur le racisme, un sur la tristesse etc.

D -Ah ouais nan mais moi c’est pas du tout ma perception du truc . Plus poussé, je veux dire même les morceaux qui tapent je vais les pousser plus. Aller plus loin, rendre le truc plus grand. Chercher des meilleures prods. Trouver le truc qui va faire la différence entre une mixtape gratuite et un album que les gens vont acheter. Il faut une plus-value tu vois ?

T -Par rapport à tes clips, t’as des côtés vraiment cinématographiques et travaillés. Et il y a un autre mec avec un délire cinématographique comme ça, c’est Escobar. Pourtant le jour où vous faites un clip ensemble, vous rappez juste sur fond vert… Pourquoi ?

D -C’est exactement ça ouais. Mais après faut demander à Esco. C’était son morceau, pour son projet donc c’est lui qui a organisé le clip. Je peux pas gérer le SAV sur ce coup !

T -Ouais, mais on a oublié quand on l’a vu… Ça fait 10 piges que t’es dans le rap, alors que t’es pas spécialement vieux. T’es un peu entre deux générations, entre les Seth Gueko, Lalcko, Escobar Macson, et les Niro, Sofiane, Kaaris etc. c’est pas chiant un peu ?

D -Nan moi je me rattache juste aux rappeurs que j’aime bien, sans parler de génération. A l’époque de Bolide je kiffais Despo, Smoker, Kalash L’afro, les mecs qui kickaient comme ça. Et aujourd’hui je côtoie les mecs qui kickent aussi. Sofiane par exemple que je fréquente hors rap. J’suis pas dans un délire ancienne école, nouvelle école. Je regarde juste si le mec tue. Je regarde ses prestations c’est tout. J’invite que les mecs que je kiffe.

T -Et aujourd’hui tu pourrais faire un Bolide 3, ou tu trouves le niveau trop faible ?

D -Si je fais un Bolide 3 il y aura forcément beaucoup d’invités.  Moi j’ai aucun problème à refaire des feats avec des mecs aux cotés desquels j’ai déjà posé. Si les morceaux étaient bons, m’ont plu et ont plu aux gens, je peux réinviter le mec. Je me sens pas obligé d’inviter un mec que j’ai jamais invité, quitte à ce que je l’aime pas trop. Regarde Niro et Sofiane on pose souvent ensemble ! Meek Mill et Rick Ross ils ont beau faire 10 feats on kiffe toujours ! L’important c’est que la musique soit bonne.

T -En parlant de Niro justement, au freestyle à Skyrock pour son Planète Rap, tu posais avec LMC click. Une connexion est envisageable ?

D -L’avenir nous le dira. On s’était jamais vus, on s’est croisé là-bas tranquille. Le feeling a l’air bon, si on est amené à se recroiser pourquoi pas.

S -Les provinciaux qui percent on a l’impression qu’ils prennent vachement plus le truc au sérieux que certains types d’Ile de France, tu partages cette vision ?

D -Il y a un truc qui est vrai, c’est que les mecs d’Ile de France ont tout à disposition. Ils sont au cœur du truc, ils ont les médias, les maisons de disques, les studios, le public de base. Il y a toute une détermination qu’ils n’ont peut être pas besoin d’avoir. Nous si on se sort pas les doigts du cul, on meurt. Il n’y a rien, on est obligé de s’accrocher . C’est possible que les mecs de Province aient plus dalle, juste par rapport à ça. Peut être que ça se ressent dans nos manières de faire ouais, c’est possible. Et puis quand t’es sur Paname, tu vas toujours croiser des mecs que tu connais quand tu viens d’Ile De France. Alors tu vas peut être te croire vachement buzzé. Nous il n’y a pas ça, peut être on garde plus la tête froide. Quand je monte sur Paname ouais j’suis un peu connu, mais hors de Paname vite fait et je le vois.

S -Dans un morceau tu racontes avoir vu ton disque chez un client de coke, et c’est le point de départ de ton film Karma, donc c’est une vraie anecdote ?

D -Ouais totalement. Et après c’est un peu romancé, mais oui c’est de là que ça part.

S -A la base ça devait être une série non ? Les rushs sont bouclés depuis longtemps ?

D -Depuis fin 2012, et le truc dormait dans un disque dur (comme cette interview, c’est pas beau ça ? NDLR), ça devait être série, on a décidé de tenter un montage film. On a trouvé que ça donnait bien, et on a voulu rester sur ça. On a grave raboté le truc, on a enlevé des petites histoires, et ça a donné le film. Il y avait d’autres personnages même, il y avait Mac Tyer et Kozi par exemple.

T -« Cramé » avait fait pas mal parler à sa sortie, tu avais regardé ça ? Seth Gueko il a un peu un rôle similaire dans les deux.

D -Moi « Cramé » je l’avais pas vu avant de faire « Karma ». Ouais Seth Gueko il est un peu pareil dans les deux, mais c’est une coïncidence. Avant « Karma » j’avais juste vu « African Gangster ».

S -T’as des anecdotes sur le tournage ?

D -A un moment donné on est dans une sorte de hangar, il y a un mec qui se fait buter au sol pendant que moi je prends un coup de pression. En fait ça ça s’est passé dans un parking privé du XVIIeme arrondissement. I l y avait souvent des habitants qui passaient, ils voyaient que des renois crânes rasés avec des armes. Il y avait des caméras des lumières et tout et ils ont appelé les flics quand même alors que c’était évident qu’on était en tournage. Le mardi qui suivait, les flics ont perquisitionné chez les gens, ils ont sauté toutes les armes, ils ont même analysé du faux sang pour voir s’il n’y avait pas eu de meurtre pour de vrai… Mais sinon il y a eu plein de trucs marrants sur le tournage.

T -On a interviewé Esco il y a quelques semaines et quand il te parle en vrai, t’as vraiment le même mec que dans le film. Les textes étaient écrits, ou c’était que de l’impro ?

D -En fait, c’est simple, pour pas que ça fasse surjoué, il fallait pas de texte écrit au mot près. Il y avait juste les informations clés, deux trois punchlines que je voulais qu’ils disent à tout prix. Puis après ils faisaient avec leurs mots à eux, ils brodaient autour, avec leur manière de parler. C’est pour ça que t’as le même mec à l’écran que dans ton interview. Ce n’étaient pas des rôles de compositions. C’était des mecs de quartiers qui se parlent comme des mecs de quartiers. C’est naturel.

T -T’as écrit les rôles en pensant aux gens ? Dans quel ordre t’as fait ça ?

D -J’ai d’abord écrit l’histoire. L’histoire existait déjà, puis en cherchant je me suis dit Esco je le verrais bien dans le rôle de Koffi, tel autre dans un autre rôle etc.

T -Esco le rôle lui va bien, le côté froid tout ça, mais il y a un truc nouveau par rapport au rappeur qu’on connaît c’est le coté avec les meufs, qu’on retrouve pas spécialement dans son rap.

D -C’est aussi ça l’intérêt du truc. Il s’agit pas de faire un film où on parle que de nous comme des caïds et tout. Moi qui suis à la base du projet, j’suis rappeur, je produis le truc, et j’me suis mis un rôle presque de victime, d’un mec qui se fait pressionner pendant tout le film. C’est aussi ça l’intérêt du film, on se met dans toutes les situations.

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T -Et tout le côté Karma justement, la vie qui te revient dans la gueule, c’était dans ton idée dès le début ou pas ?

D -Le titre en fait je l’ai trouvé vraiment à la fin . un soir je discutais avec les mecs avec qui j’ai fait le film, et on a trouvé ce titre. Mais l’histoire oui je voulais évoquer ça. Je voulais illustrer que la roue tourne , fais gaffe au retour de flamme.

T -Et le tournage a eu lieu à Paris, pas chez toi à Orléans, c’était parce que ça aurait été casse couille de le faire la bas ?

D -Non non même pas, si j’avais été à Marseille au moment du truc, et que tous les rappeurs habitaient à Marseille, on aurait fait le truc à Marseille tu vois. Là il se trouve qu’on était à Paname, tous les rappeurs que j’invite c’est des mecs de Paname , « l’équipe technique » (rires), c’est à dire mes deux potes , étaient à Paname. En gros tout était à Paname, donc j’allais pas ramener tout ça à Orléans juste comme ça. Ça coûte du biff. Sinon ça aurait pu être au Mont Saint Michel tu vois ce que j’veux dire ? (Rires de Teobaldo qui est originaire du Mont saint Michel et sait ce que c’est que de tourner là bas)

S -Et du coup ça c’est un projet d’été on va dire, mais c’est pas du tout du même calibre qu’une mixtape…

D -(Il coupe) Non bien sur que non ! Mais moi je le vois même pas comme un projet d’été. C’est un projet, tout court. Maintenant il se trouve que c’est sorti en été, comme ça aurait pu sortir au printemps.

T -Tu penses pas que ça aurait été mieux justement de le sortir au printemps, dans l’année ?

D -Ah tu sais il y a plein de trucs qui auraient été mieux. Moi j’ai fait le choix délibéré de le sortir là, cet été. Ca me permettait de refaire de l’actu jusqu’à la rentrée. C’était ça l’idée. Bien sur que si je m’étais dit « tiens je le sors en janvier 2014 » j’aurais eu le temps de faire plein de trucs en plus, ça je le sais. Mais j’ai fait ce choix. Les images elles dormaient dans les disques durs depuis septembre 2012. Donc à un moment donné j’allais pas le garder pendant deux piges. Même moi j’allais le voir vieillir je l’aurais pas sorti au final. Je me suis dit que le truc était honorable tu vois. C’est pas du Spielberg ou du Kubrick mais on a fait un truc. Avec les moyens qu’on a mis dedans, et le fait que ce soit nous, des mecs sans aucune expérience de quoi que ce soit en cinéma, je trouve qu’on a fait un truc honorable. Alors on l’a sorti puis voilà fin.

S -T’aurais pas voulu le défendre autrement ?

D -Moi j’aurais voulu mais j’avais pas le réseau cinéma. Le réseau du rap et celui du cinéma ce sont deux réseaux qui n’ont rien à voir du tout. Mais j’aurais kiffé comme tout le monde. Tu sors ton projet le but c’est qu’il soit vu par le maximum de monde. Mais l’idée de départ c’était pas du tout de le défendre comme un autre film. C’est un truc original pour le cinéma français, des renois avec des flingues.

T -Et si t’avais eu ce réseau t’aurais poussé le truc , tout en sachant que, comme t’as dit, c’est différent de ce qui se fait ici et ça n’aurait jamais connu les mêmes conditions de sortie qu’un film «normal» ?

D -Quand tu fais un projet comme ça, que tu es un rappeur, que tu sors un film, avec en plus que des gens qui ne sont pas professionnels, à aucun moment tu te dis « je vais faire une grosse production cinématographique et tout baiser dans les salles », non, c’est pas Intouchables. T’es pas dans cette logique là. A la base j’ai fait ça c’est juste pour amener du spectacle. Comme quand je fais un gros clip pour « Mon gang » sur Summer Crack tu vois. C’est de l’entertainment, fin. Juste histoire de venir avec un autre délire que Summer Crack 3, ou Pré-Perestroïka avant l’album…On fait un vrai délire, on va jusqu’au bout. Ca devait être la première série rap, street, française, puis c’est devenu ce film. Mais jamais on s’est dit on va tout baiser au JT, au festival de Cannes. On a fait du mieux qu’on a pu, notre premier public regarde le film, on l’a sorti. Je pense pas que tu rigoles en le regardant, même s’il y a des défauts, plein de trucs qu’on peut reprocher au film. Mais on s’affiche pas, tu te dis pas qu’on est ridicules dedans.

T -Ce n’est que mon avis hein, mais dans le film il y a des mecs qui jouent très bien, Lalcko, Escobar, Bassirou entre autres. Autant il y en a deux, dont celui qui joue le boss, des fois c’est dur… Autant il a un bon regard, tu veux pas l’avoir sur les côtes, autant quand il parle, parfois c’est fastidieux.

D -Bah après on dira que ça ça fait partie des reproches que tu fais au film. Mais comme je te dis on sait que ce n’est pas parfait. On est objectif, on sait où on se situe par rapport à telle ou telle référence. Quand je me place dans un contexte « film rap français » je sais que je me situe très bien avec Karma. Mais c’est sur si tu compares à des The Wire, des American Gangster ou quoi, forcément on est plus dans le même monde.

S -En gros, si on compare à La Vengeance, ça va…

D -(Rires) Nan, mais c’est quand même un truc tu peux le regarder tranquillement.

T -J’ai trouvé qu’il fait limite téléfilm, dans le sens où justement, ça fait pas cinéma gros budget, mais ça fait sérieux malgré tout. Puis la durée aussi y contribue.

D -Ouais on voulait pas faire un truc trop long, pas trop soulant. J’avais lu l’article de Captcha Mag là sur Karma, et je l’ai trouvé pertinent parce qu’à un moment donné ils avaient relevé un détail du truc en expliquant qu’on avait pallié au manque de moyen en faisant ci ou ça. C’était par rapport au fait qu’on voit pas de meurtre, de sang et tout. Pour que le truc soit crédible et beau, il aurait fallu une maquilleuse de ouf, et on pouvait pas, donc on l’a pas fait.

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T -Tiens d’ailleurs à un moment ton personnage drague une maquilleuse et on la revoit plus. Il la serre ?

D -Chacun se fait son interprétation ! Dans la version non coupée il se passe quelques chose mais ça a été jarté du truc.

S -Dans « Cliché » tu dis « j’avais pas d’autre choix que sortir de gros albums ». Tu parles de quel album ?

D -Je parle de celui qui va sortir ! Perestroïka ! La perestroïka c’est la politique qu’a mené Gorbatchev dans les années… Dans les années 80, pour relever la Russie. Ça veut dire reconstruction, restructuration. Ça signifie quelque chose dans mon histoire, et à ma connaissance, il n’y a qu’en Russie que le mec a réellement donné un tel nom à sa politique. C’est un truc historique la perestroika. « Restructuracion » en espagnol mais ça représente rien, même si ça veut dire la même chose.

S -Tandem au début arrêtait pas de dire ça.

T -Puis il y a le délire Sefyu aussi, ruskov. Les rappeurs français vous aimez bien Poutine ! (rires)

D -Nan après moi je trouve le mot il sonne bien, c’est frais. J’aurai pu appeler mon album « Restructuration » mais ça sonne pas aussi bien, ça amène rien. Il y a une dimension artistique, pas que du terre à terre, t’essaies de tout embellir, même le nom de l’album. Puis dans « Perestroika » il y a aussi le coté rigoureux, travailleur, comme tu dis (personne n’a dit ça). Moi dans mon rap ce que je prône de façon récurrente, c’est le charbon. Pleurer, se plaindre c’est pour les autres. Et si tu t‘es ramassé la gueule c’est que t’a fait une connerie c’est tout. Charbon, le travail, la dureté tu vois. On se reposera quand on aura des rhumatismes.

T -Charbonner, c’est un délire très à la mode dans le rap français. Mais est-ce que c’est qu’une mode ou est-ce que ça sert quelque chose ? Charbonner dans quel but ?

D -Chacun a ses projets de vie tu vois. Moi je sais ce que je recherche, ça me regarde , mais chacun a son truc. Il y en a qui veulent ouvrir leur chaîne d’hôtel au bled tout ça. Les gens qui me suivent vraiment, qui savent un peu mon délire, ils comprennent mon discours. Je prône vraiment ça le charbon, tout le temps, à fond. Dans tous mes textes il y a une phrase par rapport à ça. C’est ce qui m’anime. Chacun son ambition. J’ai des trucs précis en tête et je charbonne pour ça, la musique c’est un moyen, pas une fin.

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S -Et le titre de l’album tu l’as depuis le début de son histoire ? Vu que t’avais un album déjà à peu près prêt il y a trois ans, c’était déjà sous la forme de Perestroika ?

D -Non non justement c’est venu après, par rapport à ce qui m’est arrivé. Là j’estime que je suis dans une phase de reconstruction. J’ai eu un long passage à vide après Summer Crack 2, voire même depuis Summer Crack 1 si on va au bout de la réflexion, vu que c’est sorti pour pas tomber aux oubliettes. Donc Perestroika je l’ai trouvé suite à tout ça. Il a fallu repartir un peu depuis le début, recréer de l’activité, générer du flux, que les gens s’activent autour de ton blase. Parce que ça va vite, à plus forte raison quand comme moi tu n’es pas un rappeur confirmé, sans carrière aux fondations solides. Booba ou Rohff peuvent s’absenter pendant un an. Ils le font même pas. Ils pourraient s’ils étaient en galère, car ils ont 4 ou 5 albums derrière eux. Mais des mecs comme moi, un an d’absence c’est énorme. Il faut que tu reviennes pour de vrai. J’ai la chance d’avoir quand même pas mal charbonné dan le rap. Les gens ont l’image de moi comme un mec sachant rapper, c’est l’avantage. Je pars pas de zéro non plus.

T -Toi, t’as dû t’absenter, même si c’était pas une envie, mais est-ce qu’au niveau de la motivation, t’as été un peu refroidi ?

D -Non, même pas, parce que si je faisais du peura pour vivre, j’aurais perdu la motivation. Mais j’ai jamais été dans le peura pour faire des sous. Je veux dire que je serais content d’en faire, évidemment, mais j’ai jamais compté là dessus pour vivre. J’en fais parce que je pouvais, parce que je sais le faire. J’ai la possibilité de le faire, donc je le fais. Mais jamais je me suis reposé dessus. Donc si j’avais pu avoir une perte de motivation, ça n’aurait pas été pas par rapport au peura, ça aurait pu être par rapport à ce qui me fait vivre. Tout simplement. J’ai toujours été là, y a jamais eu de panne d’inspi ou quoi que ce soit. Après le syndrome de la feuille blanche, ouais. Tu peux l’avoir, ça dure une semaine, un mois. Mais j’ai jamais eu de panne d’inspi genre je sais plus quoi dire. J’ai toujours été dans le peura. Même quand j’étais pas là, j’étais là.

S -Ouais, y a toujours eu des feats par ci par là.

D -Voilà, mais même s’il y avait pas eu de feats, je continue toujours de rapper. C’est juste qu’il y a plus de trucs qui sortaient ou que j’étais plus au devant de la scène. Mais j’ai jamais arrêté de rapper. Y a pas eu de rupture genre un an sans rapper, sans écrire. C’est juste que j’étais moins actif. Du moins au devant de la scène, en tout cas.

S -Justement, j’ai peut être raté des trucs, mais j’ai l’impression que t’es pas super présent sur scène, concerts etc…

D -Niveau concert ? Je suis archi pas présent. De toute façon, c’est simple : en France c’est archi dur de faire des concerts. Si t’as pas de tourneur, c’est presque impossible. Parce que, quoi qui se passe, le peura ça reste une musique dure à vendre à des propriétaires de salles. Tout ça c’est compliqué et c’est aussi une histoire de réseau. C’est pareil. Si t’as un bon tourneur, tu tournes bien. Si t’as pas de tourneur, comme moi, c’est ponctuel. De temps en temps y a un plan. Une scène en Belgique qui se débloque. Ou à Montpellier. Ou je sais pas où. Mais vraiment, c’est rare. Tant que j’aurais pas de bon tourneur, ce sera comme ça. De toute façon, c’est comme ça, quand tu regardes ceux qui tournent grave bien : Youssoupha, Médine, Seth Gueko et d’autres, ils ont un bon tourneur. Y’a pas de secret.

S -Toi, c’est le genre de truc que tu voudrais mettre en place pour défendre ton album, par exemple ?

D -Mais bien sûr ! Tu sais, gros, je suis comme tout le monde, comme n’importe quel artiste, je kifferais faire des scènes tous les week ends. C’est bien. Tu rencontres les gens. Tu vois d’autres métiers. Tu vas dans d’autres délires. C’est très bien. C’est intéressant les concerts et puis c’est toujours mieux de voir le mec en vrai. Quand t’es auditeur, tu kiffes. C’est toujours mieux de voir le mec en face à face. Voir si il te procure le même effet que quand tu l’entends dans ses sons. Parce que parfois tu peux être déçu. D’habitude, tu l’entends : BAM BAM ! et là, il arrive sur la scène, il est tout chétif, il a chaud, il a peur, il ose pas trop. Il est là, on dirait une victime, un peu, alors qu’en son il est virulent de ouf, tu vois ? Moi j’aime bien ce truc là ! J’aime bien croiser les gens. Ils voient que je suis comme je suis sur leur CD.

S -J’ai remarqué dernièrement, plutôt dans les égotrips, t’as de plus en plus de tournures de phrase comme « Ta mère est une libertine » « Progéniture de tapin » On dirait que tu kiffes faire des insultes de base mais en les détournant avec des mots recherchés.

D -Ouais, ouais. Mais je fais même pas exprès, en vrai. Je calcule pas plus que ça. C’est un délire, histoire de changer un peu le truc. Je peux dire « Fils de pute » je peux dire « Nique ta mère », mais voilà « ta mère est une libertine » ça passe mieux.

S -Dans Holy Water, tu parles d’excès de sébum. Je crois que c’est la première fois que j’entends un rappeur dire ça. C’est des trucs qui t’ont marqué dans des pubs quand t’étais petit ?

D -(Rires) Non c’est juste de la vanne. Faut pas croire, on a du vocabulaire. Attention.

S -Et par rapport à un truc qu’on avait repris sur le Blavog, justement, quand tu cites Never Die Alone. C’est par rapport au livre ou au film ?

D -Au film. Je connaissais le livre, mais quand je l’ai écrit c’était par rapport au film.

T -C’est pas la seule citation que t’as reprise en plus. Y avait la phrase « Les gens qui sont derrière moi, je ne suis pas sûr de les guider. Les gens devant moi, je ne suis pas sûr de les suivre » d’Albert Camus.

D -Oui, je l’ai reprise dans Poètes Maudits avec Despo. Tu pousses, toi. Tu pousses loin.

T -Ah non, en fait c’est parce que je regarde du catch. Et y a un catcheur dont le gimmick c’est de faire le mec cultivé, hautain, tout ça (Damien Sandow) qui a cité cette phrase en disant que c’était d’Albert Camus. Et là je me suis dit « Mais c’est pas Dosseh, ça ? » C’est toi qu’es loin, en fait. T’en as beaucoup des phases comme ça ?

D -Ouais. Y a des petits trucs comme ça que j’ai en tête. Et quand ça s’y prête, je les reprends.

S -Tu te dis que tout le monde va capter la référence ?

D -Non, ce que je me dis c’est que ceux qui connaissent, ils vont dire « Ah ouais. respect » Et ceux qui connaissent pas…

S -Ils vont quand même se dire « La phrase elle claque »

D -C’est ça. Vu que la phrase est bien, ils vont quand même kiffer la phrase. Et le jour où la verront ailleurs, ils se diront « Ah ouais, mais ça vient de là ? Ah ouais, il est loin ». Exactement comme toi ça t’a fait avec Albert Camus.

S -Moi, pareil. Albert Camus, je savais pas. Mais le Dalai lama, quand je l’ai reconnu, j’ai tapé une bonne barre.

T -Mais est-ce que tu penses que le Dalai lama se balade dans l’Himalaya en reprenant tes phases à toi ?

D -Ahah je sais pas. Mais si il le fait, ça fait plaisir.

S -En plus, ce genre de références, on les attribue plutôt aux rappeurs conscients en général. Du coup avec toi c’est marrant parce que c’est surprenant et ça nuance ton univers aussi, si on peut dire.

D -À fond. Exactement. De toute façon, j’ai un petit peu de mal avec les cases. Rappeur comme ça, rappeur machin, rappeur truc. Je suis pas trop dans ça. parce que je pars du principe que quand tu fais de la musique, le Lundi tu peux écrire un morceau sur une situation reloue qui vient de t’arriver, t’as entendu un truc bien raciste, tu vas écrire sur ça. Mais le Mardi, tu sortiras de chez une meuf, tu vas pas écrire la même chose. T’écris selon tes humeurs, donc les cases, ce sont des postures. Et moi j’aime pas les postures. Je trouve que c’est pas honnête, c’est pas sincère. À partir du moment où tu fais ton fond de commerce d’une cause, t’es plus vraiment sincère. Moi je préfère être là et dire ce que je veux. Si je veux parler du massacre de telles tribus, je sais pas où, j’en parlerai. Si je veux parler d’une soirée en boite, je le fais. Si je veux faire un gros égotrip où y a pas de sens à chercher, je le fais.

T -Du coup, si un jour tu sais que dés que tu vas sortir le moindre son, ça va être grave écouté et décortiqué par tout le monde, t’as pas de thème en particulier que t’aimerais partager ?

D -J’ai des trucs qui me tiennent à cœur que je tiens à partager et que je vais faire, de toute façon. Que ce soit sur Perestroika ou même sur mes autres projets.

T -Tu te dis pas que si t’avais un poids et une influence considérable, ce serait mieux de parler de tel ou tel thème ?

D -Pas vraiment, vu que tout ce que j’ai envie de dire, je le dis déjà. Je dirais pareil. Ou peut être que je dirais d’autres choses parce que j’aurais vécu d’autres choses entre temps. Mais c’est toujours des choses que j’ai envie de dire, quoi qu’il arrive.

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S -T’as beaucoup de phases genre « C’est pas un front que j’ai, c’est une tête d’ogive »

T -Ou « Front de bélier »

S -Tu t’es senti plagié quand Fababy a émergé ? (rires) Tu peux plus trop en faire comme ça. Pour les réseaux sociaux c’est lui, maintenant.

D -Ahahah, miskine il prend cher.

S -Autre question existentielle : Sur le refrain de Igo pourquoi tu dis pas « comme si c’était ma dernière chatte » ? Parce que ça rimerait avec « Droite ».

D -Bah je sais pas.

S -c’était trop vulgaire ? (le sujet lui tient visiblement à coeur)

D -Bah attends, on est pas à un gros mot près dans Igo. (Rires) Bah je sais pas, en fait. Le truc il m’est venu comme ça. Moi, la rime, je la voyais pas comme toi en « A ; ate ; a ; ate » moi c’était en « Oi ; oi ; oi ; oi » C’est « Droite » qui est l’exception.

S -C’est devenu un sport national de clasher La Fouine, mais t’es le seul qui l’a clashé avec 3 ans d’avance quand t’as dit « T’auras plus qu’à lancer des rumeurs sur ta propre mort pour récupérer ton buzz »

D -Ouais, je l’ai clashé par anticipation. Parce que je savais qu’en 2013 il allait faire ça, qu’y aurait ces histoires de clashs là. Je me suis dit « moi, je me positionne direct ! ». (Il reprend soudain son sérieux, réalisant que des attardés au fond de la salle peuvent vraiment prendre ça au 1er degré) Non mais c’est un hasard ou une coïncidence.

S -Et t’y as repensé quand c’est arrivé ?

D -Bien sûr que j’y ai repensé, j’ai repensé qu’à ça.

S -En plus, vu que c’était sur ton feat avec Booba…

D -Ouais, à fond. J’y ai repensé, ça m’a fait rire. Mais quand ce truc est arrivé, je me suis connecté sur twitter, j’avais reçu v’là les mentions. Pendant toute la journée, non. Pendant 2 jours où y a eu ce truc là, toute la Terre a défilé dans mes mentions Bam, bam, bam « Wow ! Dosseh il avait raison !! » etc… C »était marrant.

T -Le pire, c’est que quand t’as posé sur Expendables (Sur la compilation Mort Du Rap Game de Shone du Ghetto Fabulous Gang) quand tu dis « Tu serais même prêt à nous faire croire que ta propre mère est vierge pour augmenter ton nombre de vues » y a des génies qui ont réussi à voir un lien avec La Fouine…

D -Ouais. Mais ça c’était pas dans MDRG c’était dans le freestyle « BM Audi Merco Benz »

T -Ah ouais ? (C’est pas grave, Teo décidera de quand même laisser la pub clandestine pour MDRG)

D – ouais, exact, j’avais vu ça aussi. Mais maintenant, tu sais, les gens ils veulent ça à tout prix. Ils sont à l’affut, c’est un truc de ouf. Ils sont au taquet dés qu’il y a un truc.

T -D’ailleurs, finalement, à propos des clashs. C’est peut être pas dommage que t’aies pas eu d’actu à ce moment là. Y’avait presque plus de buzz pour personne. Sinon c’était très dur de parler d’autre chose. T’as eu un regard là dessus ? Ou tu t’es dit que c’était normal ?

D -Franchement je m’en bats les couilles. Je l’ai vu. Je l’ai vu passer. De toute façon je comptais rien sortir à ce moment là. Il se trouve qu’il y a eu ça. Je me suis mis en mode spectateur comme tout le monde, j’ai regardé. Round 1, round 2. Après voilà, ça s’est fini. Mais quoi qu’il se passe, ça c’est un truc qui peut pas monopoliser l’attention pendant x temps. 1 mois, 2 mois.. Parce que c’est l’actualité du moment. Mais à un moment donné, les gens veulent écouter du son aussi, quand même.

T -À force de parler de rappeur tout le temps, les gens veulent du rap, tu penses ?

D -Voilà. Quoi qu’il se passe, t’aurais pu sortir ton truc. Les gens t’auraient écouté quand même.

S -Par rapport à la reprise de « je boxe avec les mots » d’Ärsenik que t’as posé en feat avec Sofiane sur Blacklist 2, vous avez mis un scratch de Kery James. Pourquoi pas d’Ärsenik, justement ?

D -C’est juste parce qu’en fait il se trouve que… (il cherche ses mots)

35rj39la suite dans la partie 2 où la joie et la bonne humeur sont au rendez-vous (wouhou).

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