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FLYNT – Interview Rétrographie

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1. J’ai l’impression qu’il y a un petit côté « best-of » dans cette mixtape. Est-ce que c’est quelque chose de voulu ? Qu’est ce qui t’a motivé à sortir Retrographie ?

Oui c’est voulu puisqu’il n’y a pas de titres inédits crées pour l’occasion. Rétrographie c’est la contraction de Rétrospective et de Discographie, c’est une compilation de tracks et de couplets rares ou moins rares apparus à droite à gauche depuis 1998 et de quelques titres phares extraits de mes 2 albums. Un des points forts de Rétrographie c’est que tout est enchaîné et mixé comme si c’était un mix radio ou comme ce que l’on pouvait trouver en K7 il y a quelques années. Ce qui m’a poussé à sortir Rétrographie c’est l’envie de sortir un nouveau disque, de réunir des titres éparpillés sur un même support et d’avoir une actualité pour remettre un peu de lumière sur Itinéraire bis et pour aller chercher de nouvelles dates de concerts notamment. Après plus de 15 ans de rap et 2 albums il m’a semblé que c’était le bon moment pour le faire.

2. Tu as utilisé pas mal de scratchs en conclusion des morceaux. Ca se fait plus du tout en 2013, c’est pour donner une couleur « à l’ancienne » ? Pareil pour la cover, avec les polices d’écriture un peu old school ?

Je n’ai pas voulu donner de couleur à l’ancienne en particulier, c’est juste que mettre des titres bout-à-bout ne me semblait pas avoir grand intérêt. Là c’est un mix original et inédit, c’est vivant, il y a des versions des titres qu’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est une véritable valeur ajoutée et c’est bien plus agréable à écouter comme ça.

3. Pourquoi avoir remixé « Haut la main » ou « 1 pour la plume » ? Je trouve ça intéressant, parce que c’étaient des morceaux très énergiques, qui du coup changent complètement de rythme et de couleur musicale.

Parce que ce sont les premiers extraits de mes albums. Ce sont les morceaux que j’avais choisi pour être des locomotives. 1 pour la plume pour annoncer J’éclaire ma ville et Haut la main pour lancer Itinéraire bis. C’était plus intéressant de proposer des versions nouvelles. J’ai toujours laissé la porte ouverte aux remixs en rendant disponibles certains acapellas. Il y a eu des dizaines de remix de 1 pour la plume par exemple car j’avais sorti le titre en maxi à l’époque. C’est assez difficile de réussir un remix, les deux remixs présents sur Rétrographie sont très réussis je trouve.

4. Y’a-t-il eu d’autres remixs que tu n’as finalement pas gardé dans le tracklisting final ?

Oui un paquet !

5. DJ Safe et Nodey ont fait un gros boulot de dépoussiérage de tes vieux sons. Tu leur as donné des indications ou tu les as laissé opérer seuls ? Pareil pour le choix de la tracklist, tu l’as fait seul, ou en collaboration avec tes DJ ?

C’est DJ Safe qui a tout dépoussiéré et enchaîné et c’est Reptile qui a fait les mises à niveau, on a fait plus ou moins la sélection ensemble avec Safe mais il avait carte blanche, il a fait sa sélection en fonction de la pertinence des enchaînements, de la musicalité et des thèmes abordés. Au fur et à mesure qu’il avançait il me demandait certains acapella, certains instrus… Ca a pris du temps pour tout boucler et pour qu’on soit content du résultat. Ca fait 1 an qu’on est dessus, bon on n’a pas bossé dessus tous les jours hein, on bossait à distance car il habite au Havre, c’est pas du tout évident à distance. DJ Blaiz’, mon DJ sur scène, nous a beaucoup aidé aussi, quant à Nodey il a fait l’intro uniquement, mais quelle intro ! Il y a beaucoup de couplets qui ont été laissé sur le côté parce que musicalement ou pour d’autres raisons ça ne rentrait pas dans l’ensemble. Il a fallu se séparer de certains couplets et c’était pas forcément facile de prendre ces décisions. C’est un travail collaboratif dans tous les cas.

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6. Tu fais encore une fois appel à Nodey … Est-ce parce qu’en tant qu’asiatique, il est champion de ping-pong, une qualité non-négligeable dans le rap jeu en 2013 ?

On a fait une vidéo où on joue au ping-pong lui et moi, on voulait la sortir pour promotionner la mixtape mais il y a eu une autre vidéo sur le thème du ping-pong qui est sortie juste quand on allait la balancer donc on a dû changer nos plans.. Dégoûtés mais pas vaincus, on planche sur une vidéo où on nous voit jouer aux cartes là.

7. Un de tes fans m’a dit « quand tu as suivi Flynt depuis le début, cette mixtape n’a aucun intérêt ». Qu’est ce que tu peux lui répondre ?

D’abord je lui demanderais si il l’a écoutée… Et puis je le remercierai de me suivre depuis le début mais non, je ne suis pas d’accord avec lui et d’après les retours que j’ai eu d’auditeurs qui me suivent et qui ont écouté la mixtape, ils l’ont tous aimée parce que c’est bien réalisé, parce que tout est réuni sur un même support et parce que même ceux qui me suivent depuis des années ne connaissaient pas tous les couplets ou tous les titres. Je lui répondrais donc que je suis totalement en désaccord avec lui.

8. Tu as mis le live de J’éclaire ma ville. D’après ce que tu avais dit en interview, c’est un live qui t’avait particulièrement marqué, et on comprend que tu aies voulu qu’il apparaisse sur cette mixtape. Est-ce que tu n’as pas eu peur que la qualité sonore de l’enregistrement ne rebute certains ? Pourquoi ne pas avoir inséré plus de morceaux live ?

C’est un extrait du concert au New Morning à Paris en fait, enregistré en février 2012. Ce moment du concert était très fort. Toute la salle qui backe le couplet, et à la fin du couplet le public en transe se met spontanément à scander et à chanter « Ici c’est Paris, Paris c’est nous, Paris c’est nous… » tous en chœur. C’était beau. Là où je n’ai pas eu de chance c’est que l’enregistrement audio de ce concert a complétement foiré, inutilisable ! Du coup on a extrait le son caméra pour récupérer un bout un peu audible de ce concert. La qualité n’est pas top mais ça ne me dérange pas ça fait partie du truc, le son est crade et ça rend le moment encore plus authentique. A la base je voulais mettre beaucoup plus de passages de live mais l’enregistrement ayant foiré… J’ai mis ce passage à la fin parce que le live est important dans mon parcours et c’est un gros big up au public aussi. La plus belle récompense pour mes textes c’est d’aller sur scène, c’est ce que j’ai voulu signifier en mettant ce passage de live mythique à mes yeux pour conclure la mixtape.

9. Quels sont tes prochains projets ? Les retours (que j’estime positifs dans l’ensemble) sur Itinéraire Bis t’encouragent-ils à envisager un troisième album ?

Mes principaux projets sont des projets familiaux et professionnels actuellement. Côté musique, je dois écrire pour l’album de mon pote Nodey et pour la compilation de mon pote DJ Blaiz’ « Appelle moi MC 2 » notamment. J’ai un peu de mal à me remettre à écrire là. J’ai fait un track avec Lil Dap, PMD et AKH qui doit sortir sur la compilation du beatmaker Crown début février. Quant au 3ème album, j’ai hâte, ce que je vis avec Itinéraire bis depuis plus d’un an c’est génial. On a fait plus de 30 dates avec Blaiz’ et Nasme, on a joué au Bataclan, à l’Olympia, j’ai chanté au Zénith de Caen, on a fait des gros concerts à Lyon, à Brest, à Nantes, à Bruxelles, à Angers et j’en passe. Je récolte les fruits de mon travail, à mon niveau je profite de ce que la musique a de mieux à apporter alors forcément le 3ème album, j’en ai très envie. Itinéraire bis m’a fait beaucoup de bien, c’est pour moi le meilleur de mes 2 albums, j’espère faire encore mieux au prochain.

10. « C’est le rap de celui qui a dit non et va te faire enculer » est-ce que cette phase est celle qui résume le mieux ton style pour toi ? Et peux tu la développer ? Non à quoi ? Et qui doit se faire enculer ? Et pour quel motif ?

Non ce n’est pas la phrase qui résume le mieux mon style. Celle qui résume assez bien mon style c’est 1 pour la plume ex-aequo avec le gros son. Ce non, c’est le non au rap fast food et aux guignoleries du rap game, non à la soumission aux majors et au diktat de quelques radios, non à la réussite à tout prix. La phrase à laquelle tu fais référence je l’ai écrit il y a 5 ans pour un titre avec Le Rat Luciano et Gino qui n’est jamais sorti.

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11. Je pense aussi que « Moi je rap comme ce que j’aurais dit » te correspond bien. Tu penses que s’inventer un personnage est un piège trop fréquent dans le rap ?

Aujourd’hui je m’en tape de qui s’invente une vie ou non. Je pense quand même que c’est dangereux de s’inventer une vie dans le rap et de se créer un personnage que tu n’es pas réellement dans la vraie vie. Certains semblent prisonniers de leur image effectivement. Mais je vais te dire, même quand tu ne joues pas un personnage et que tu rappes qui tu es, tu peux te retrouver prisonnier de cette image aussi.

12. « Ma plume ferait du fric en faisant rimer là où j’habite avec ma bite » Tu n’as jamais été tenté de faire des mille et des cent avec ta musique ou bien tu y as renoncé avec le temps vu ton rap ?

Ca n’a jamais été ma motivation première. Et c’est vrai qu’avec le style de rap que j’ai, la gamberge que j’ai et la façon dont je suis organisé, c’est plus compliqué. Vu aussi les médias qu’on a en France et ce qui plaît au public et vu que je n’ai pas une major, un éditeur ou un label qui bosse derrière pour pousser mes titres au max… Par contre je n’ai aucun complexe à faire de l’argent avec mon rap, j’en fais et c’est bien normal, j’aimerais en faire plus même. Mes disques je les vends, mes concerts et mes t-shirts aussi donc il n’y a pas de renoncement, on bosse, on s’organise pour faire plaisir à ceux qui nous suivent et pour gagner de l’argent et ce par nos propres moyens. Il y a de l’argent pour tous dans la musique, il faut bosser et s’organiser comme partout. Il faut trouver son public c’est ça le plus important.

13. Sur ce projet, il y a des morceaux que tu aurais voulu mettre aussi mais que tu n’as pas mis pour certaines raisons ? si oui, lesquels ?

Je n’ai pas mis la majorité de mes premiers couplets apparus sur K7 à la fin des années 90 et début 2000, ça ne collait pas avec l’ensemble. Ca faisait pourtant partie du projet au départ, j’aurais voulu les mettre pour montrer l’évolution de mon rap et parce qu’ils font partie de ma discographie mais ils étaient compliqués à enchaîner avec les reste des tracks, du coup j’ai abandonné l’idée, ça fait une bonne vingtaine d’anciens couplets qui n’y figurent pas.

14. À l’inverse, y a-t-il des morceaux dont on reparle beaucoup dont toi tu n’es pas satisfait ?

Je ne suis pas fan de mon couplet sur le morceau Compte à rebours, que j’ai fait avec Ekoué, je ne l’ai jamais beaucoup aimé ce couplet, je le trouve plutôt faible. Sinon j’aime tous les couplets qui sont dans Rétrographie et dans mes albums.

15. Sur ce projet, on peut réentendre des vieux freestyles issus de mixtape (comme Splifflife, par exemple). C’est devenu plus rare de t’entendre sur ce genre d’exercice plus spontané (même si on t’a entendu sur Marche Arrière, dernièrement). Comment l’expliques tu ? Perfectionnisme ? Ou le fait qu’il y ait moins de mixtapes/ compilations de qualité qu’avant dans le rap ?

C’est une question de temps, on me propose beaucoup de projets et moi je suis le moins productif de France donc forcément ça coince. Pour le temps que je passe à faire du rap, je privilégie la création de mes albums, préparer mes concerts et faire des concerts. Tout ça ça prend du temps. Combien de mecs tu pourrais citer qui ont fait beaucoup de mixtapes et compilations et qui ne font presque jamais de concerts et qui n’ont pas d’albums ? Y en a plein. Moi si j’avais accepté tous les projets qu’on me proposait, j’aurais jamais sorti 2 albums. On parlait d’argent et de plaisir tout à l’heure, c’est avec un album que tu prends des sous et que tu te fais vraiment plaisir dans mon cas, pas sur les compilations ou les projets des autres à quelques exceptions près si tu poses sur l’album d’un mec qui vends des dizaines de milliers de disques. Pourtant je ne néglige pas les propositions qu’on me fait ni ceux qui me les font, c’est juste impossible de tout faire, c’est pas une question d’argent c’est une question de temps et de priorités. J’aimerais pouvoir croiser le mic avec d’autres MC’s plus souvent mais bon, j’ai déjà beaucoup de travail et c’est dur de m’en rajouter.

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16. Il y a 2 choses assez récurrentes qui s’opposent souvent dans tes textes tout en restant très cohérent : l’envie de voyager, de connaître une autre vie mais aussi le fait d’être très attaché à Paris et à ton contexte. Comment perçois-tu cette dualité ?

Voyager ça fait partie de ce que la vie offre de plus plaisant. Quand tu voyages tu te sens vivre. Et quand tu voyages ta ville te manque forcément, tes proches, ton train-train, ton quotidien. Pour moi ça ne s’oppose pas, ça se complète, j’ai besoin des 2 dans ma vie, les voyages et mes racines.

17. « Je ne suis pas bon qu’à pera, mais je suis là car je pense que le bon son manque dans mon pays, comme le Rat » ? le Rat Luciano est-il une de tes références ? As tu tout simplement des références en France ?

Oui le Rat et la FF, je les écoutais beaucoup quand j’étais plus jeune. Des références j’en ai beaucoup, mais pas toutes pour les mêmes raisons. Il y a des MC que je respecte pour leurs couplets, leur parcours et/ou leur vision, leur concept, et d’autres qui sont des références négatives. Ca dépend ce que tu entends par « références ». Dans un couplet je dis : « On m’demande quel est l’style que j’aime j’ai des références par centaine, dans l’authentique ou le clownesque, le rap faible ou le terrible, le réfléchi, l’immature, le mythomane, le crédible, celui qui pète le score ou pas plus haut qu’une naine, je puise dans toutes les disciplines de la culture urbaine… » Si ta question est de savoir qui j’aime bien écouter, je te répondrais spontanément Sidi O, Mac Tyer, Casey, Joe Lucazz, Orelsan, Nasme, Dino, C.Sen, Mapaula… Parmi les MC’s que j’ai découvert plus récemment j’aime bien S.Pri Noir et Volts Face. Bon j’en oublie, j’aime pas trop répondre à ce type de question parce que j’en oublie forcément.

18. Tu sembles beaucoup fonctionner à l’humain : tu collabores souvent avec les mêmes artistes qui reviennent (Nasme, Sidi Omar, etc…). Dernièrement on t’as entendu avec Orelsan. D’autres collaborations sont elles à prévoir ?

Oui mais à part le track avec AKH sur la compilation dont je parlais tout à l’heure parce qu’il va sortir et qu’il est enregistré, je préfère ne pas en parler parce que rien n’est fait encore sur les compilations de Blaiz’ et Nodey, on cherche toujours la direction du truc. A part ça je n’ai pas beaucoup d’autres projets à part attaquer un 3ème album puisque j’évite de m’engager dans des collaborations alors que je sais que je ne pourrai pas suivre par manque de temps.

19. « Sur mon album, moi j’aurais bien invité Nelson Mandela ? » Tu penses qu’il a un bon flow, Nelson ? Pourrait on dire qu’il fait du Dirty South Africa ? (ça c’est de la question)

Haha t’es con !

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20. « Si t’as pas de bons conseils, garde les, j’ai pas besoin d’eux. La raison est mon maître et je me domine du haut de mon mètre 82 » Beaucoup de gens t’ont donné de mauvais conseils dans ta carrière ? (C’était aussi pour le plaisir de ressortir cette phase que j’aime beaucoup)

J’me souviens pas des mauvais conseils. Et peut-être qu’on m’en a donné des bons que je n’ai pas suivi.

Super Bonus. La question raciste de Spleenter : Que penses tu du retour merdique d’Eminem ?

Eminem, je ne le suis plus depuis quelques années. J’ai lâché. Niveau instrus, je m’y retrouve pas aujourd’hui. On m’avait filé des places pour son concert au Stade de France et j’y suis allé. J’ai été plutôt déçu. Les concerts dans les stades je suis pas fan déjà mais j’ai trouvé qu’au-delà de sa performance qui reste celle d’un MC hors-norme, son filage, son intro, son rappel, sa sortie, certains choix… tout ça m’a laissé perplexe. Je n’ai ressenti ni magie, ni frisson. C’est pas bien c’que j’vais dire mais j’préférais son rap quand il se droguait et quand ça partait en couille dans sa vie.

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Un sapin, des cadeaux, de la neige et du couscous (2)


pour la première partie c’est là-bas derrière.
Le Foulala (et Aelpeacha) – MDR (à écouter rien que pour « c’est 1 pour ma cadillac, 2 pour mon cognac, 3,4 pour tous les acteurs qui ont joué dans le film Mars Attacks)
Roro – The Famous Issaguen Road
Starlito – Funeral & Court Dates
Mike Will Made It – Est. In 1989 2.5

si vous avez bien maté la dernière partie de l’interview des Kaira vous avez dû voir que ça se termine sur un truc en suspens assez incompréhensible. Était-ce un clash de Frank Gastambide contre Thomas N’Gijol ? non, c’était juste ça :

ça c’est un son de Niro quand il était encore tout jeune et Jeff Le Nerf quand il était encore écoutable

et maintenant des freefree qui datent (un peu)











il est à noter que j’aurais pu mettre également le long freestyle 361 records pour la nuit cut killer mais en le survolant un peu j’ai constaté que
1) ces champions ont ramené l’algérino ET soprano
2) akh hurle « le monde est une abscisse » à un moment
donc à la place ce sera le long freestyle de la Scred avec leurs amis Flynt & Zone Sensible où vous pourrez entendre Willy le barge (ou son pote) gueuler « je mérite ma gloire, pas comme ce fils de pute de Magloire » (ou un truc comme ça). Ça me semble plus instructif.

alors là attention grosse exclu, puisque vous pourrez voir à l’œil nu LES CHEVEUX D’AL K-POTE, qui commençait à développer son gimmick consistant à meubler les silences par des insultes pendant les freestyles. good times.

et comme on a appris récemment que selon Mac Kregor il n’y aura plus d’album du groupe Tandem, le blavog leur rend hommage à sa façon, en se remémorant ce moment inoubliable :

un joyeux Kwanza à tous et à toutes.

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Un sapin, des cadeaux, de la neige et du couscous (1)

JOE LUCAZZ – Rencontre avec JO€ : http://depositfiles.com/files/aycruioz9

pour lire (et entendre des bouts de) « l’interview » (guillemets de rigueur) qu’on avait faite du monsieur c’est là, puis et après . Bref Joe, il y a peu de chance que tu lises ça mais bon courage quand même.

Lalcko – les diamants sont éternels
Moms – dactylopathe
Sazamyzy – mix à l’ancienne (2000-2006)
Seno – Nouveau Jésus
Riff Raff – Hologram Panda
King Louie – Drilluminati
The Game – Sunday Service Compilation
Gucci Mane – Trap God

et ça c’est un court dessin animé spécial Noël par les mecs de Lil Hop, qui bossent depuis pour Trae, et si tu demandes qui c’est t’es une sacrée tache.

et maintenant, des freestyles qu’on a retrouvés, non pas qu’ils soient spécialement rares ou collectors, simplement personne d’autre les a cherchés. Sauf qu’en fait le temps de les foutre sur youtube on sera déjà le 26, donc ce sera pour la partie 2, en attendant vous aurez quand même ceux-là :






ensuite un court-métrage très rigolo avec à un moment un mec violé par son sapin de Noël (entre autres). Ca date pas d’hier mais si tu connais pas bah c’est que t’es un enculé.

et ça ça rappelle des souvenirs

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Interview : Flynt (partie 3/3)

Flynt, l’interview Captcha x Blavog : troisième et dernière partie, avec un interviewé qui devient intervieweur, une crotte de nez à Youssoupha, et des infos sur un éventuel album commun avec Sidi O.

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 Lire la partie 1 – Lire la partie 2

Note de Flynt : A ce moment de l’interview, les rôles se sont inversés. Pendant quelques minutes, je me suis mis à poser un certain nombre de questions à mes interviewers sur leurs motivations, leurs projets … Un peu comme ça se fait pour un film, on a coupé la scène, mais pour ceux que ça intéresse, on a retranscrit l’échange, que vous trouverez en bonus en toute fin d’interview.
Du coup, magie du montage…

Flynt : (il reçoit un mail sur son téléphone) Attends, regarde, je reçois un mail : « je tenais à te féliciter pour ton travail, il n’y a pas de déception ». Il n’y a pas de déception ! Comme je te disais on dirait que les gens étaient partis déçu d’avance !

Spleenter : Sans vouloir faire l’avocat du diable, est-ce que c’est pas dû à ton style de rap ?

Flynt : Un deuxième album, c’est dur. Les gens ont un point de comparaison, ce qui n’était pas le cas avec le premier.

Genono : Ton public semble mûr (25 ans et plus). C’est vraiment le cas ?

Flynt : Pas seulement. Je le remarque surtout sur mon site internet, et sur la boutique en ligne, qui m’a bien aidé à faire mon album d’ailleurs. J’ai beaucoup de jeunes de 19, 20, 21 ans qui me suivent, c’est que ma musique ne parle pas uniquement à des trentenaires. Ca parle aussi à des plus jeunes, et c’est tant mieux.

Teobaldo : Youssoupha dit une phrase du genre « je suis le seul trentenaire à écrire comme un adulte ».

Flynt : Youssoupha a dit aussi « t’avais jamais entendu de rap français ». Il a dit aussi « le meilleur rappeur de France a un cheveu sur la langue ». Il a dit aussi que Sarkozy était un fils de polonais, donc à partir de là difficile de le croire … Pour sa phrase sur les trentenaires … forcément, je suis pas d’accord avec lui. Mais ça m’étonne qu’il ait dit ça. Il l’a vraiment dit ?

Spleenter : Ah oui oui !

Flynt : Il a une faculté à se mettre naturellement les gens à dos.

Teobaldo : J’ai l’impression que c’est voulu, il se met à part, l’air de dire « regardez, je suis celui que les gens aiment pas, parce que je dis des trucs intelligents, et que vous êtes tous des cons ».

Flynt : Je sais pas. C’est un bon rappeur, qui a un bon discours, mais y’a toujours un truc qui … « T’avais jamais entendu de rap français », nan, arrête, tu peux pas dire ça. On a grandit avec Authentik, avec Note ton nom sur la liste et j’en passe, le rap français on l’a vu arriver, on l’a vu grandir. Même un mec qui aurait révolutionné le rap ne pourrait pas dire ça ! Alors Youssoupha … c’est le type de personne avec qui beaucoup pensaient que je pouvais me sentir proche artistiquement, mais en fait pas du tout, vraiment pas du tout !

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Teobaldo : Nodey il aime bien Youssoupha

Flynt : Oui, il l’aime bien, et j’espère que l’avenir lui permettra de travailler avec lui.

Genono : Est-ce que tu aimerais feater (et pas fister, comme le propose mon correcteur d’orthographe) un américain ? Si oui, lequel ?

Flynt : Ca a faillit se faire sur Itinéraire Bis. J’avais une instru d’Alchemist, que j’ai finalement pas gardé.

Spleenter : Sérieux ?

Flynt : Ouai, je l’ai rencontré. J’étais assis avec lui dans sa chambre d’hotel, à écouter des beats. C’est quand même un truc mortel ! Pour la petite histoire, en 99-2000, j’avais fait une mixtape spéciale Alchemist. Début des années 2000, il était au sommet de sa carrière, avec Mobb Deep. Et puis finalement, l’Alchemist d’aujourd’hui, ou en tout cas ce qu’il m’a fait écouter, ça me parlait beaucoup moins.

Il m’a fait écouter  une dizaine instrus, et quand t’es là, à côté d’Alchemist, tu chipotes pas trop parce que tu sais que cette occasion ne se représentera pas. Du coup j’ai pris 3 instrus, pour en garder une finalement. Et avec le recul, j’ai pas réussi à faire de morceau dessus. L’instru que j’avais gardé, je trouvais que c’était la moins bonne de toutes celles que j’avais sur l’album. Donc la réflexion ça a été : est-ce que je la garde parce que c’est Alchemist, quitte à faire un truc  avec un einstru qui me plaît moyennement ? Est-ce que ça sert à quelque chose d’avoir un gros effet d’annonce en mettant le nom d’Alchemist, pour au final avoir un son pas terrible ? Donc voila, j’avais une instru d’Alchemist, je l’ai pas utilisé.

Pour répondre à première la question, oui, j’aimerais bien faire un featuring avec Busta Rythmes. Pour moi c’est le meilleur. Et je sais même pas si je le ferais si on me le proposait, parce que si c’est pour qu’il s’asseye sur moi, c’est pas la peine. Y a pas match dès le départ avec lui. Par contre là je dois faire un featuring avec Parrish Smith (EPMD), Lil’ Dap (Group Home) et AKH. C’est pour une compil. Un beatmaker que j’avais rencontré une fois  (Crown)  m’a appelé, m’a envoyé un couplet de Lil’Dap, m’a demandé si je voulais poser. J’ai aimé l’instru et j’ai écrit et enregistré, après il a amené Akh et Parrish sur le track… entre-temps, la gauche est passée, et je dois refaire mon couplet (rires). Contrairement à l’album où j’en parle pas du tout, là j’ai parlé de politique dans ce couplet. J’aurais préféré que Sarko passe, j’aurais pas eu à le refaire (rires). J’ai pas voté Sarko hein, on est d’accord. Le seul truc pour lequel j’étais content qu’il passe en 2007, c’est parce que j’avais écrit une rime dans « Ca fait du bien d’le dire » où je dis « on aurait pas la droite si on jouait les élections à l’applaudimètre » quand le résultat est tombé,  malgré la déception,  je me suis dit « bon, au moins ma rime a un sens, je peux la garder ». (rires)

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Spleenter : Tu te vois pas finir sur un projet, qui est quand même le truc typique de rappeur blanc, à la Soulkast ?

Flynt : « Typique de rappeurs blancs », je sais pas. « Rappeur blanc », j’ai du mal. Déjà, « rappeur », j’ai du mal. L’autre fois une journaliste me demande « alors, à quel moment tu as décidé de devenir rappeur ? ». Mais j’ai jamais décidé de devenir rappeur ! Si j’ai fait du rap, c’est que je suis tombé dedans. On m’a dit que ce que je faisais c’était bien, et puis je sais pas faire grand-chose d’autre à part écrire. L’histoire me donne raison d’avoir continué jusqu’à présent. Si j’avais été bon en Rubiks Cube, et si j’étais devenu champion de Rubiks Cube, ça aurait été cool aussi. A partir du moment où t’as un savoir-faire, faut le cultiver. Pour Soulkast, c’était quoi la question ?

Spleenter : Le fantasme ultime, par rapport aux featurings ricains …

Flynt : J’ai aucun fantasme par rapport à ça. Ni en France, ni outre-Atlantique.

Teobaldo : Sur « comme sur un playground », y’a un dialogue à la fin qui dit « jouer chez les pros, rien à foutre ». Pour toi, le Michael Jordan du rap français, ce serait qui ?

Flynt : Aucune idée. Bien sûr, quand j’étais simple auditeur, y’avait des tauliers, mais j’ai plus la même vision, maintenant que moi-même j’enregistre des albums et que je sors des disques. De l’intérieur, je ne vois plus de tauliers. Mais quand j’étais plus jeune, oui, il y avait Le Rat Luciano, NTM. J’ai jamais été ce qu’on appelle un fan, j’ai pas ce côté fanatique, que ce soit dans la musique ou dans d’autres domaines. J’aime bien des gens, et donc je respecte ce qu’ils font mais j’suis pas en sang sur les gens.

Je reçois parfois des messages de ouf, récemment un mec m’écrit avec ses tripes que « Tourner la page » ça l’a aidé dans sa vie, qu’il est ému, que maintenant il écoute le deuxième album et que « Homeboy » c’est sa vie … personnellement, il me le dit et ça me touche. Mais moi-même si je le pensais je pourrais pas écrire ça à quelqu’un. Donc les featurings … ça peut très bien être un illustre inconnu, à partir du moment où je m’entends bien avec lui, et d’ailleurs c’est ce que je fais.

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Genono : T’as toujours opéré en solo, t’as jamais eu envie de te joindre à une équipe, un label ?

Flynt : Pas vraiment. Sur J’éclaire ma ville, on était une petite équipe, mais ça s’arrête là. Rejoindre un label comme, je dis n’importe quoi, IV My People, Nouvelle Donne à l’époque, ou même des labels plus petits … J’ai décidé d’y aller tout seul, parce que je sais faire des disques, ça s’arrête là. Mais je suis pas tout seul non plus, j’ai la chance d’être très bien entouré. Je suis le cerveau, j’ai tout planifié tout seul, tout coordonné tout seul, mais c’est pas un truc solo, c’est quand même collaboratif. Même au delà de la musique ! Rien que le mec que j’ai rencontré dans le RER, et avec qui j’ai fait le site internet, s’il avait pas été là, j’aurais pas pu faire mon disque !

J’ai eu de la chance sur pas mal de trucs, comme la fresque. C’est des mecs de Toulouse, Sismik et Azot, j’arrive à la salle de concert à Toulouse y a un an, ils avaient cellophané la grande grille coulissante du parking, et ils avaient fait un gros graff avec ma tête. Quand j’ai vu ça, j’en revenais pas ! Donc j’ai discuté avec eux, et y’a deux mois, Azot m’envoie un message « salut, je crois que tu vas sortir ton album bientôt, ce serait bien de faire une fresque sur Paris ». Alors que le mec, à la base, je le connais pas, il me doit rien, je lui ai rien demandé ! Et finalement ils sont venus à Paris ils l’ont fait et de belle manière sur un mur gigantesque ! Ca a fait parler, grâce à cette fresque on a parlé de mon disque dans Le Parisien … Ca a énormément participé à l’album. Et c’est pour ça que je dis que j’ai été porté par le public, eux ce sont des graffeurs, des web-masters, mais ça reste des gens du public ! Ils ont fait ça juste parce qu’ils aimaient bien ma musique ! J’ai plein d’exemples comme ça

L’histoire de la pochette, elle est folle, aussi ! Moins de deux semaines avant la date limite du rendu des éléments, je me rends compte, après plusieurs essais, que j’ai pas la photo que je veux pour ma pochette. Je m’assois, je réfléchis là-dessus, et sans mentir, trente minutes après, je reçois un mail « salut, je m’appelle Léo, je suis photographe, je sais pas si t’as des projets ou pas » … le mec savait  pas que j’allais sortir un album ! « Si t’as des projets, contacte-moi ». Je l’ai contacté dans la seconde ! On s’est vu deux jours après, il me claque la photo de l’album !

Mon obstination a été récompensée par la chance, le hasard, je sais pas comment appeler ça. Je trouve ça remarquable.

Teobaldo : Dans l’ancien album, tu disais « cousin, achète mon disque, tu seras riche toute l’année ». C’est valable que pour les cousins de ta famille ? Parce que pour moi, ça a pas marché.

Flynt : Je vois ça !!! (rires)

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Genono : Tu te vois faire un projet commun avec un ou des autres rappeurs ?

Flynt : On me l’a déjà proposé, j’ai refusé. On en a parlé aussi y a pas si longtemps avec Sidi-O, j’avais dit « pourquoi pas », mais ça s’est pas fait encore. J’ai un peu du mal avec ce concept d’albums communs.

Genono : Pourquoi t’as pas fait de morceau collectif, un peu comme tu l’as fait pour le remix de « 1 pour la plume » ?

Flynt : J’y ai pensé trop tard. J’aurais pu faire « Haut la main » remix. Après, faut contacter du monde, etc. J’ai commencé dans le rap avec la compil « Explicit 18 », et quand j’ai terminé cette compil, je me suis dit « plus jamais ». C’est très relou une compil ou des titres à plusieurs, faut composer avec les emplois du temps de chacun.. Et puis, c’est quelque chose de déjà vu et revu. Ca a déjà été fait. Je voulais faire un maxi remix de Haut la main, avec des instrus différentes, une de Alchemist, une de Enzoolou, de Perpignan, qui est très très fort, et dont vous allez entendre beaucoup parler et une de Saï du Havre

Spleenter : Donc t’as une instru d’Alchemist dans tes tiroirs. Il te l’a donné, par solidarité entre rappeurs blancs ?

Flynt : (rires) Qu’est ce que c’est que cette fixation sur les rappeurs blancs ?

Spleenter : C’est la seule minorité dans le rap, avec les femmes.

Flynt : Si j’avais dû l’utiliser, on aurait discuté, je pense pas qu’il me l’aurait donné gratuitement, mais c’est pas du tout rentré en ligne de compte. Sur le coup, j’ai regretté, mais une fois l’album fini, je trouve ça cohérent, au final, aucun regret. Je me suis dit aussi « je suis le seul con qui sort un album sans clip ! ». Et au final, ça m’a pas du tout handicapé. J’ai un modèle qui m’est spécifique on dirait.

Spleenter : Je me rappelle que pour le clip de « Fidèle à son contexte », y’avait Félina. Et vues les réactions, ça encourage pas à faire des clips.

Flynt : Félina, c’est une fille bien, elle est gentille. L’idée, c’était de mettre une seule fille, et pas plein, c’était pas mon idée mais celle du réalisateur. Mais bon, passons.

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Teobaldo : Vraie question d’enculé de journaliste de merde : sur « j’ai trouvé ma place », « j’ai choisi mon camp », et « homeboy », t’as une notion de bien et de mal très marquée. C’est pas forcément le cas de tous les albums de rap français aujourd’hui, et malgré ça, tu fais une référence à Dieudonné, l’axe du mal de la bien-pensance à la française.

Flynt : Quelle référence ? La quenelle ?

Teobaldo : Oui.

Flynt : Est-ce que ça appartient encore à Dieudonné aujourd’hui ? Ca a dépassé Dieudo, c’est rentré dans le langage courant.

Teobaldo : Ton discours passe bien. Je peux écouter ça avec ma mère à côté, elle va pas gueuler. T’as un discours de « gentil ». Comment tu te places par rapport au reste de la société ?

Flynt : (hésitation) De la même manière que je me suis affranchi de toute la thématique sociale dans mon album, j’ai l’impression que la vie m’a rendu un peu individualiste. Pas égocentrique, mais individualiste. J’essaye d’évoluer au mieux possible dans cette société, sans ignorer complètement les problèmes qu’il y a autour, mais j’arrive à un âge où je veux profiter de mes enfants, de ma femme, de ma vie. Le côté revendicatif ou révolté que je pouvais avoir sur J’éclaire ma ville, il était aussi dû au bordel qu’était ma vie à ce moment-là. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre qui me convient.

Teobaldo : Mais on écoute pas du rap pour ça, merde !

Flynt : Si ça peut faire comprendre aux gens que c’est un bon chemin à prendre … Avoir une famille, un travail, des amis, être équilibré. J’ai eu des exemples autour de moi, de gens qui ont fondé une famille, et qui se sont senti tout de suite mieux dans leur peau et qui m’ont servi d’exemple.

Teobaldo : Y’a des trucs qui te manquent dans ta vie d’avant ?

Flynt : Pas du tout. Quand j’ai appris que j’allais être papa, je me suis lavé de toutes mes interrogations sur la vie. J’ai muri en une fraction de seconde. Et si y’a des gens qui, en écoutant ça, se disent que c’est une bonne direction à prendre dans leur vie … ce sera pas grâce à moi, mais ce sera une bonne chose. Dans le rap, on parle de vie dissolue, de plein de trucs, mais la simplicité, ça fait pas de mal non plus.

Spleenter : T’as écouté d’autres morceaux de rappeurs sur la paternité ?

Flynt : J’ai entendu « Papa » de Triptik, j’ai trouvé ça plutôt pas mal. Nakk, « mon père, ce héros ». Youssoupha aussi . Ouai, je les ai écouté … je préfère Homeboy ! . Qu’est ce que vous en pensez de ce morceau ?

Teobaldo : Sans avoir d’enfants, ça aide à se poser la question, « est-ce que ça vaut le coup d’être daron ? ». C’est bien, parce que ton discours est structuré, tu parles de t’être lavé de tes interrogations, c’est un peu l’impression que donne le morceau. On sent que c’est quelque chose de fort, de spécial.

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Spleenter : Moi j’aime bien le jeu de mots du titre. Dernière question : tes sons du moment, rap et hors-rap ?

Flynt : J’ai découvert une chanteuse y’a pas longtemps nom … Azealia Banks ! Qu’est ce que j’ai découvert y’a pas longtemps (il hésite beaucoup ) … Mac Miller.

Spleenter : Encore un rappeur blanc !

Flynt : J’ai découvert Niro aussi y’a pas longtemps, j’ai bien aimé … j’ai écouté Action Bronson et Sean Price … C’est tout ce qui me vient à l’esprit.

Spleenter : Tu suis pas vraiment le rap français ?

Flynt : Je suis, mais j’écoute pas forcément. Parfois j’ai des a-priori, parfois je suis un peu con. Et depuis un an et demi, j’ai la tête dans mon disque. J’ai même pas écouté les derniers albums de Nas, Jay-Z, Rick Ross … faut dire que j’ ai été très souvent déçu ces dernières années par les sorties US dans leur ensemblre alors…

Teobaldo : Pour le mot de la fin, des morceaux comme Itinéraire Bis et Le Biff sont des morceaux qui te représentent bien, dans le sens où le constat de départ n’est pas vraiment joyeux, mais où on te sent toujours très combatif.

Flynt : Je suis obstiné. Ca fait partie de mon caractère. Quand je décide un truc, je vais au bout, quoi qu’il arrive. Sur ce disque, si j’avais pas cru en moi … y’a même des moments, j’étais au fond du trou, je me disais que je n’y arriverai pas, mais j’y croyais quand même.

Spleenter : Dernière question : t’es plutôt The Dark Knight Rises ou The Avengers ?

Flynt : J’ai vu ni l’un ni l’autre. Je suis un peu déconnecté, je ne regarde plus la télé, je ne vais plus au cinéma, je ne lis plus les journaux … La société frinçaise et ma famille font que je m’intéresse plus du tout à tout à certains trucs.

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BONUS TRACK 

Genono : Puisque tu parlais politique, une question-Captcha, un peu spéciale … plutôt Goebbels ou Himmler ?

Flynt : Nan mais toi t’es dur … (rires de Teobaldo et Spleenter) Qu’est ce que ça veut dire d’ailleurs ton aka là ? Ca a forcément un sens.

Genono : Tu trouves un sens dans « Fruits et Légumes nazis » ? (Teobaldo est sur le point de crever de rire)

Flynt : J’vais pas te dire que j’ai trouvé le sens, mais quand j’ai vu ça je me suis dit « mais il est fou lui ». Des fois je lis tes tweets, je me dis, mais t’es taré. D’ailleurs vous devriez, enfin peut-être que vous vous en foutez, mais je trouve que vous avez une plume, un truc, je sais pas où vous voulez aller avec, mais cultivez-le quoi.

Genono : Droit dans le mur !

Flynt : C’est pas tout le monde qui a un ton comme le votre.

Teobaldo : Ca fait toujours plaisir à entendre, après la question reste la même : qu’est ce qu’on en fait ?

Flynt : Vous avez un vrai talent, un vrai ton, une imagination, un regard sur les choses, je pense que vous avez des choses à faire. Je sais pas où vous voulez aller ?

Genono : Perso, j’ai plein d’idées, plein de projets, mais je suis un branleur. J’me sors pas les doigts.

Flynt : Et bah il faut, parce que personne va venir te les sortir. Quand je vous lis, j’me dis putain ! Y’a un truc, il se passe un truc, tu vois. La première fois que je suis tombé sur Le Blavog, je me suis dit « il se passe un truc ! ».

Teobaldo : C’est le piège, faut que ce soit un truc, pas forcément grand, mais un truc qui ait de la gueule.

Flynt : Mais Le Blavog ça a de la gueule ! Ca a la gueule que ça a, mais ça a de la gueule ! Tu sens que c’est fait avec les moyens du bord, mais vous pourriez aller plus loin. Pas forcément là-dessus, mais … depuis que j’ai vu Le Blavog, j’attends l’étape suivante ! J’attends plus, plus loin, plus fort. (il se tourne vers Genono) Et pareil avec toi, quand je lis certaines choses … il y a quelque chose. Ce que je retiens aussi de mon expérience personnelle, de mes albums, même si ça n’a rien à voir, à un moment donné, c’est exactement ce que t’as dit : faut se les sortir ! Il faut croire en soi, s’obstiner … « croire en soi », c’est con, mais c’est la base de tout. Alors, je sais pas si vous croyez en vous, mais en tout cas, moi je crois en vous ! Et je sais qu’il y a plein de gens qui croient en vous. Alors, c’est pas forcément dans le même registre, mais vous avez un potentiel comique fort. Bref le message est passé. Qu’est ce que vous voulez faire, vous ?

(léger moment de flottement dû à l’inversion imprévue des rôles : l’interviewé devient l’intervieweur)

Teobaldo : C’est pas une priorité, je cherche du taff, j’ai des rendez-vous … tout ça passe bien évidemment avant. Le Blavog, c’est con mais c’est vraiment à notre rythme. Pendant deux mois y’a pas d’article, puis d’un coup on peut t’en pondre trois en une semaine. Et si c’était plus cadré, genre toutes les semaines faut être drôle, avec le même sujet … j’ai pas le temps.

Spleenter : Pour moi c’est différent, y’a une partie de mon taff qui pourrait correspondre à l’exploitation de ça …

Flynt : Tu fais quoi ?

Spleenter : Je suis pigiste. J’utilise un peu le même ton, sans le côté outrancier.

Teobaldo  : Il peut pas insulter les lecteurs de fils de putes à toutes les phrases quoi.

Spleenter : Y’a aussi un mec qui m’a suggéré fortement de faire un bouquin. Un recueil de trucs fictifs, c’est pas possible. Par contre, prendre des articles décalés, qui sont pas dans le registre du faux dialogue, ça ouais, le jour où y’a assez de matière.

Teobaldo : Qui va acheter ça ?

Flynt : Je sais pas ce que c’est, mais je pense qu’il y a un projet qui vous tend les bras.

Teobaldo : Bah si, ce serait de faire la version animée du Blavog.

Flynt : Un genre de « Kebab-Caviar » ?

Teobaldo : Voila, les mecs j’ai essayé de les contacter. J’ai pas eu de réponse. Puis c’est dommage, quand tu vois Eklips ou Wilaxxx, les mecs font des imitations, mais chacun fait son truc de son côté, ça sert pas à grand-chose. Wilaxxx il va me faire marrer une fois sur trois.

Flynt : Eklips il tourne dans le monde entier …

Teobaldo : Ouais mais après ça va où ?

Flynt : Il vit !

Teobaldo : Oui mais après, comme tu dis, on attend l’étape suivante. Tu prends les mecs de Kebab Caviar à l’animation, une petite équipe pour les dialogues, plus des mecs comme Eklips, Wilaxxx, ou même Digidix. Ca pourrait aller plus loin, je suis d’accord. Mais le gâteau sera pas encore fait que les mecs voudront se tirer dessus pour avoir la plus grosse part !

Flynt : Bah alors comptez pas sur eux.

Genono : Y’a pas qu’eux qui savent faire de l’animé. Y’a du monde, même si c’est des trucs basiques.

Teobaldo : On a déjà collaboré avec des mecs. Tu leur demandes un premier truc, ils te le font dans la nuit direct, tu demandes un deuxième truc, tu vas attendre quatre mois pour l’avoir.

Flynt : Quand t’as pas d’oseille à mettre dedans, ça prend toujours plus de temps. Mais si tu l’intègres à ton projet, que tu le planifies, que tu sais que ça va prendre du temps à cause du manque de moyens … moi c’était pareil ! Pas d’oseille ! J’ai compté sur des gens qui étaient là et qui croyaient en moi, sans tirer sur la corde bien sûr, mais c’était inclus dans mon projet, et ça avançait à son rythme. Si ton projet est réalisé en fonction de ça, ça peut fonctionner.

Teobaldo : Faut des gens de confiance aussi. On y a déjà pensé, plus ou moins, faut trouver des gens compétents et à qui on fasse confiance. Je sais pas comment on trouve un graphiste, ou un mec qui fait des dessins-animés.

Flynt : C’est vrai que mon cas est un peu différent du vôtre, parce que ma tête est connue. Si je croise un mec dans le RER, comme ça s’est produit, le mec me reconnait, et ça se fait peut-être plus facilement. Vous parliez de scénario, je pense pas en avoir les capacités, mais je pense que vous, vous les avez. Les dialogues que vous faites, même si c’est un peu tiré par les cheveux, c’est pas donné à tout le monde.

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Classé dans Flynt, Interview (et ouais mon pote !)

Interview : Flynt (partie 2/3)

Flynt, l’interview Captcha x Blavog : la suite. Aujourd’hui, on parle flow, Thailande, politique et une question sur One Piece. Parce qu’on ne se refait pas.
1 pour la plume
Spleenter : Au niveau du flow, t’as moins le côté « rookie un peu fougueux ». C’est quelque chose de voulu, ou c’est des automatismes qui sont venus avec l’expérience ?

Flynt : On m’a beaucoup dit que mon flow sur J’éclaire ma ville était linéaire. Mon objectif, c’était de faire mieux. Donc d’être moins linéaire. Alors, oui, pour répondre à te question, ça a été une préoccupation pour moi. J’ai voulu tout faire mieux, donc mieux au niveau des textes, du flow, de la réalisation … mieux au niveau global, tout simplement. (il sort son paquet de clopes) Ca vous dérange si je fume ?

Spleenter : Au niveau des textes, tu sembles beaucoup plus centré sur toi-même. Est-ce que c’est dû au fait d’avoir 5 ans de plus, le fait d’être excentré de Paris, ou celui d’avoir une vie de famille bien remplie ?

Flynt : Je me suis affranchi de certaines thématiques un peu socio-politiques. Le pays, les difficultés du quotidien … tout un pan social en fait. C’est fait volontairement, après avoir fait notamment Ca fait du bien de le dire, La Gueule de l’emploi, ou même Rien ne nous appartient. Parfois je trouve ça un peu lourd, je voulais faire un truc un peu plus léger … même si je trouve qu’il est beaucoup plus dur au final.

Spleenter : C’est plus personnel en tout cas.

Teobaldo : Plus dense aussi.

Spleenter : Est-ce que c’est des trucs que t’aurais pas été capable de faire avant ? Explorer des thèmes aussi personnels ?

Flynt : Je sais pas, Tourner la page c’était quand même assez personnel. En fait, ce que j’aime bien, c’est quand les gens racontent ce qu’ils vivent vraiment. Ca peut amener quelque chose, parce que c’est ton expérience à toi, et même si elle ressemble à beaucoup d’autres, elle est quand même unique. L’originalité, c’est de pouvoir parler de ce que tu ressens vraiment, de ce que tu vis vraiment, ce qui peut t’amener à dire que tu fais le ménage et la lessive. Je prends cette phrase-là en exemple, parce qu’on m’a clairement dit « t’es ouf, ça se dit pas dans le rap ce genre de choses ! »

Hihihihih petit cong

Teobaldo : C’est justement cette phrase qui m’a fait faire le rapprochement avec Vasquez, dans un morceau il disait un truc du genre « à l’âge du pilotage de scooters, j’étais un pro de l’aspirateur ».

Flynt : J’aime bien.

Teobaldo : A un moment tu dis « ils signent un buzz, ils signent un nombre de vues » … qu’est ce que tu penses de Zifou par exemple ?

Flynt : Je serais plutôt mal placé pour en parler, parce que j’ai pas trop suivi, j’ai pas écouté …

Teobaldo : C’est un mec qui a même pas vingt ans, qui a fait un feat avec La Fouine qui a pas mal tourné, il a fait un buzz, et il a été signé pratiquement que là-dessus. Être signé en major, ça va le servir, le desservir ?

Flynt : Je sais pas si ça va le servir ou le desservir, c’est aussi à lui d’influencer sa propre histoire. Tu regardes un mec comme La Fouine, il est quand même arrivé avec Max de 109, qui était un radio-crochet, tremplin de Skyrock. Aujourd’hui, tu parles de La Fouine, tout le monde a oublié ça (NDLR : cette interview date d’avant les propos de Booba sur le sujet).

Teobaldo : Moi je m’en souviens (rires)

Spleenter : Pour être complet, il avait déjà fait un maxi avant ça, avec Casey, etc.

Flynt : Oui, mais c’est pas ça qui lui a permis de percer. Pour revenir à la question, effectivement aujourd’hui les directeurs artistiques, dans les maisons de disques, ce sont des gens qui ne savent développer et travailler un disque qu’à partir d’une certaine base : un nombre de vues. Même si c’est des vues-mytho ! Lui, s’il voit 400000 vues, un million de vues, bah il est content, il se dit qu’il peut faire quelque chose. Ils ne savent appuyer sur un bouton pour te faire décoller qu’à partir d’un certain pallier. Et tout ce qu’il y a en amont pour en arriver là, ils ne savent pas faire. J’ai rencontré un D.A dans toute mon aventure Itinéraire Bis. Un seul, dans un label d’une maison de disques parisienne. Un mec qui travaille dans cette maison de disque m’a appelé en disant « j’aime bien ce que tu fais, j’ai vu que tu sortais un album, ce serait bien si tu pouvais avoir un peu plus de moyens ». Il m’a proposé d’aller rencontrer un D.A, j’étais pas très chaud parce que j’avais déjà mon plan pour la sortie de mon disque, mais je me suis dit que j’allais essayer. Et donc, j’ai rencontré ce mec là, je lui ai fais écouter quelques morceaux, et il m’a dit « je ne sais pas quoi faire à partir de ça, va me faire 400000 vues sur internet, et après j’appuie sur un bouton ». A la limite, on a pas la même conception de la musique, c’est un fait. Mais lui, c’est même pas son rôle ! Lui il est juste là pour t’emmener plus haut. Mais un petit mec comme moi, qui va vendre 5000 disques … il sait pas faire.

Genono : Y’a cinq ans, tu le sentais déjà comme ça, ou c’est quelque chose qui a évolué très vite ?

Flynt : Aucune idée, y’a cinq ans j’ai pas du tout vu de mecs de maisons de disques. Mais c’est sûr que les choses ont beaucoup changé, avec le digital, avec la place qu’a pris Youtube, le streaming, avec le public qui a changé, les magasins de disques qui se cassent la gueule.

La crise du disque, sans merci

Spleenter : C’est pas aussi un problème d’image ? Y’a un rappeur américain qui disait, il y a quelques années, qu’il n’avait pas vraiment de « case » dans lequel on pouvait le ranger. Eminem était le mec révolté qui insultait sa mère, un autre le gangsta-rappeur. Toi c’est un peu pareil, à part « rap conscient », qui ne veut pas dire grand-chose …

Flynt : Je me reconnais pas là-dedans de toute façon.

Spleenter : Du coup, est-ce que ça rend pas plus dur la vente, le marketing ?

Flynt : C’est vrai que c’est peut-être plus simple de vendre un mec qui a une étiquette. Après, des étiquettes, j’en ai aussi : rap du 18, rap conscient, etc. Mais j’essaye de m’affranchir de ça, parce que comme je le dis dans cet album, et comme je le dis dans le précédent, je représente ceux qui se sentent représentés. Donc qui que tu sois, où que t’habites, si tu te sens représenté … c’est implacable comme logique, tu peux pas contredire ça. Je représente pas un quartier, je représente pas mon arrondissement, je représente même pas Paris. C’est grand Paris, et y’a des gens qui en ont rien à foutre de ce que je raconte, donc on peut pas dire que je représente ces gens là.

Teobaldo : Y’a un moment tu mettais un peu « Paris Nord-sale » en avant, c’est plus trop le cas.

Flynt : Ben déjà j’y habite plus depuis plus de 5 ans, donc forcément quand ton quotidien c’est plus ça c’est plus la même chose. Et puis ça, ça fait partie des codes du rap. Je ne suis pas totalement hors des codes du rap, par exemple j’écris des titres tout à fait égotrip, mais, avec le recul … Paris-Nord … mais si j’avais été ailleurs, j’aurais sûrement été le même. J’ai envie de m’affranchir un peu de ça. Je peux pas dire « je représente le 18ème » alors que peut-être mon voisin de pallier, qui lui aussi vit donc dans le 18ème, va être un gros facho ! Ou juste un mec qui aime le rap, mais pas ce que moi je fais. Donc je peux pas prétendre représenter ces gens-là ! Comme je n’ai pas envie de représenter des gens que je n’aime pas dans mon quartier en faisant croire qu’on est « la famille du 18 ».

Il se trouve que j’ai fait une compilation qui s’appelle «  Explicit 18 » en 1998. Alors oui, forcément on l’a mis en avant le 18 à cette époque et c’est tant mieux, mais on l’a fait  parce qu’on voulait réunir les gens, féderer les groupes du 18ème et mettre en avant ces groupes comme on pouvait, le concept était fort, le 18ème et le rap il y a une histoire … mais je ne suis ni le porte-parole, ni la mascotte d’un quartier. C’est pas mon projet, et ça l’a jamais été, même si c’était peut-être pas clair au départ. En tout cas, maintenant c’est clair. Quoi qu’il en soit j’ai vécu plus de 30 années dans le 18ème, j’ai juste une gamberge qui va au-delà du « J’représente mon quartier ».

Gribouillage party time

Spleenter : J’ai l’impression que pendant 5 ans, sans être totalement absent, t’étais quand même pas très présent ne serait-ce qu’au niveau des featurings. Est-ce que c’est moi qui suis passé à côté de plein de trucs ?

Flynt : Non, pas du tout même si j’ai quand même fait quelques combinaisons entre temps. Tout simplement, y’a eu beaucoup de travail sur J’éclaire ma ville. Tu sors de là, t’es un peu vidé. J’ai eu besoin de me nourrir d’une vie normale, d’un quotidien, avant de pouvoir faire de nouveaux morceaux. J’avais plus rien de spécial à dire, et puis j’avais pas tellement envie dans l’immédiat.

Y’a aussi le fait que j’écris pas vite. Ca dépend des morceaux, mais globalement je mets du temps. Dès que je fais un couplet, il faut que ce soit le meilleur que j’ai jamais fait, donc déjà c’est pas simple, c’est une pression que je me mets à moi-même. Même si au final ce sera pas forcément le meilleur, mais en tout cas je tends vers ça. Donc c’est du travail, c’est un peu un truc d’autiste, comme je le dis sur l’album. Je sais pas écrire un truc à la va-vite en studio, j’ai pas les capacités pour le faire.

Teobaldo : Ca t’es déjà arrivé d’être arrivé quelque part, et de pas arriver à pondre un couplet ?

Flynt : Nan, jamais, mais en général , j’évite de me mettre dans ce genre de situation. Donc non, j’ai pas fait beaucoup de choses. J’ai surtout fait des concerts en fait. J’ai passé beaucoup de temps là-dessus, à faire des repets, et à organiser moi-même les dates avec les organisateurs sur place donc j’estimais que je donnais déjà un tribut assez important au rap. Et puis je prends le rap comme quelque chose que je fais en plus, comme une corde supplémentaire à mon arc. C’est comme si toi, t’as une vie, et à côté, t’es champion de rubix-cube. Tu fais des concours de ça, et ça commence à devenir sérieux. C’est la même chose. Un truc que je sais faire, en plus, et que je cultive, parce que j’aime ça.

Genono : Artistiquement, t’écris de la musique. Tu te vois pas écrire autre chose ? Du cinéma, des romans …

Flynt : Je me suis posé la question assez souvent, en me disant « je sais écrire, et à partir de l’écriture, on peut faire plein de choses ». Bon, déjà, j’écris dans mon métier. C’est pas quelque chose d’artistique, c’est plutôt à tendance commerciale. Mon métier, c’est d’écrire ! Donc déjà, je m’estime très chanceux de pouvoir faire ce que j’aime, même si c’est pas du rap. Ce que j’aime, à la base, c’est écrire. Si c’est pas du rap, ça me dérange pas. Maintenant, scénario, bouquin … c’est autre chose. C’est d’autres techniques, c’est très compliqué. Déjà il faut une imagination débordante, que je n’ai pas. Mes morceaux restent assez …

Genono : … terre-à-terre

Flynt : Voila, mon quotidien, ma petite vie … Donc écrire un roman, j’aimerais bien, mais je m’y suis jamais essayé. Je suis fasciné par les scenarios des séries, les auteurs de Dexter, The Wire … c’est fascinant. Mais je pense pas avoir les capacités pour faire ça.

ça c'est pour imager terre à terre. Merci à tous

Spleenter : Du coup, c’est pour ça que t’as pas le côté rap-divertissement ?

Flynt : C’est toujours un peu du divertissement au final.

Spleenter : En gros, c’est pas ton truc, parce que t’as jamais privilégié ce côté-là du rap ? Ou l’inverse, dans le sens où même si t’essayais, de toute façon t’es pas fait pour ça ?

Flynt : J’en sais rien, je m’y suis jamais essayé vraiment. Je m’inspire beaucoup de ce que je vis sur le moment. Tu parles de trucs comme « ils sont cools » ?

Spleenter : Ouai, ou à l’inverse, un story-telling.

Flynt : Bah La gueule de l’emploi, c’en était un, même si c’était inspiré de la réalité. Quand tu s’ras mort, j’estime que c’est assez cinématographique comme morceau. C’est un peu mon story-telling sur cet album.

Teobaldo : J’aimerais que tu développes une phrase : « Les t-shirt c’était mieux avant ». (rires)

Flynt : Ah, tu vois que j’ai un potentiel comique! Tu vois, on rigole dans mon album ! (rires) Y’a un double-sens dans cette phrase. Déjà, le t-shirt « le rap c’était mieux avant », je suis pas du tout d’accord avec cette phrase, qui est placardée et érigée au rang de vérité. C’est faux. Mais ce t-shirt a un mérite, c’est le seul t-shirt qui a fait autant parler, et qui a ramené un vrai débat. Dans Rap Mag y’avait un dossier complet sur « est-ce que le rap c’était mieux avant ? ». Donc ça, c’est le côté positif de ce t-shirt. Le côté négatif ? Bah, mieux avant qui, mieux avant quoi ? Est-ce que les instrus sont moins bien, est-ce que quoi ? Je suis persuadé du contraire.

Ça s'arrête là

Ensuite, il se trouve aussi que les personnes qui ont sortit ce t-shirt sont des personnes avec qui j’ai bossé sur J’éclaire ma ville (Label Rouge). Aujourd’hui, on s’entend bien, mais y’a eu quelques trucs sur J’éclaire ma ville qui se sont moyennement passées, donc ma phrase c’était aussi une petite crotte de nez par rapport à ça. Mais essentiellement, c’est pour dire que leur phrase « le rap c’était mieux avant » … des barres.

Spleenter : Si tu veux continuer de prendre le contre-pied, tu peux arriver en concert avec un t-shirt « Flynt c’était mieux avant », nan ? (rires)

Flynt : (rires) Ouai, mais nan, parce que je pense pas que Flynt c’était mieux avant, je pense que c’est bien maintenant. En tout cas, bien ou pas bien, il est à sa place, et c’est l’essentiel.

Teobaldo : A un moment, tu dis « j’aimerais troquer ma casquette contre un chapeau de paille » … est-ce que tu es fan de One Piece ?

Flynt : Pas du tout. J’en ai entendu parler, mais je connais pas.

Spleenter : D’ailleurs, dans ce morceau (J’en ai marre de voir ta gueule), je me suis dit « il a pas fait exprès, mais il décrit le mode de vie de Seth Gueko », ses clips en Thaïlande.

Flynt : J’avoue que j’ai pas trop suivi Seth Gueko. Moi aussi, je suis parti en Thaïlande, donc j’ai écrit ce morceau en revenant de là-bas, et j’avais la chance de partir à Miami dans la foulée.

Spleenter : Ah donc les rappeurs, c’est vraiment Thaïlande et Miami !

Flynt : Même pas, j’ai un pote qui habite en Thaïlande, il vit là-bas depuis trois ans, et moi qui étais jamais allé en Asie, mon pote est là-bas, je vais le voir, c’est l’occasion. Et j’ai ma belle-famille qui habite à Miami. S’ils habitaient à San Francisco, je serais allé à San Francisco. Il se trouve qu’ils sont à Miami.

Respect pour ce montage

Teobaldo : Ils sont haïtiens ?

Flynt : Oui, et il y a une grosse communauté haïtienne à Miami. Je change de sujet, mais je voulais revenir sur ce que tu disais dans ta chronique, au sujet du featuring avec Taïro. Sur la pochette de l’album, il y a clairement écrit « avec la participation de Tairo », et pas « en featuring avec ». Bon, Taïro est reconnu dans ce qu’il fait, il est original, et on se connait depuis qu’on est jeunes. Et donc je l’ai appelé, je lui ai dis que j’avais un morceau sur lequel je chantonne pendant le refrain, et sachant que je sais pas chanter … je voulais qu’il vienne en studio pour me donner quelques conseils, m’aider à placer ma voix, me filer un coup de main quoi. Ce qu’il a apporté au morceau, c’est déjà que j’ai chanté juste. S’il avait pas été là, j’aurais pas chanté juste. Et il fait des appuis derrière qui ramènent encore de la justesse. Et puis Taïro il fait du reggae, donc forcément tu penses Jamaïque, îles, soleil … Et même s’il fait presque que des « woow » et des choeurs, bah je suis super content. Et je trouve ça plus original, effectivement, que le morceau avec Tiwony, où t’as refrain et couplet. Ca a donc été un soutien important pour me permettre de faire ce que j’avais envie de faire sur le refrain.

Et aussi, lui-même le sait pas encore, je lui ai pas encore dit, mais il est à un autre endroit sur l’album. Il est sur « Quand tu s’ras mort ». Le rire à la fin, c’est Taïro. Mais il a pas fait exprès pour ce titre (rires). On était en studio, en train d’enregistrer, pendant les prises de « J’en ai marre », bah il commence à rigoler à un moment je sais plus pourquoi. Et quand on était en train de réaliser le titre et de réécouter ses pistes, j’entends ce rire là, je me dis « c’est ça qu’il me faut pour Quand tu s’ras mort». C’est un rire sadique (rires).

Et si t’écoutes vraiment très bien, bon, c’est presque imperceptible, t’entends l’instru de « J’en ai marre » derrière.

"Je vous ai parlé de mon dernier feat avec faf Larage ? Mouahahaha"

Et si t’écoutes très très très bien, mais ça à mon avis, c’est que si on écoute les a capella, sur Le dernier seize, sur le premier couplet, t’entends un oiseau qui chante. Un oiseau s’était niché dans le toit du studio. Impossible de lui faire fermer sa gueule. Sur l’acapella, c’est flagrant, t’entends l’oiseau comme tu m’entends moi. Après, avec le son derrière, on l’entends quasiment pas. J’ai des featurings un peu improbables.

Spleenter : Dans le premier album, tu disais « du vécu pour au moins quatre ou cinq galettes ». Est-ce que, finalement, le fait d’avoir espacé autant tes sorties, c’est pas un mal pour un bien ?

Flynt : Bah de toute façon c’est pas voulu. Si je voulais écrire un album en deux semaines, j’y arriverais pas. C’est un mal pour un bien, oui, parce que je pense que pour sortir un bon album, il faut du temps. Trois ans, ça me parait pas être une dinguerie. Après, c’est long, et pour moi le premier. Quand j’avais qu’un ou deux morceaux, une ou deux idées de thèmes, et quatre ou cinq instrus, et sachant que je voulais aller au bout, je peux te dire que le temps passait pas vite. C’est dur, faut prendre son mal en patience. C’est une qualité essentielle dans la musique.

Au Bataclan, avant de monter sur scène, le public a repris un chant du PSG pour moi (il chantonne) « tu ne seras jamais seul, car nous deux c’est pour la vie » … c’est un truc de ouf !

Je zlatan ma ville

Spleenter : Surtout qu’il y a pas eu ça pour d’autres rappeurs parisiens quoi.

Flynt : Et moi je rentre derrière sur J’éclaire ma ville … C’était même pas fait exprès. Sur Haut la main, on l’avait jamais fait en live, on appréhendait un peu … et tu le vois dans le clip, ça a fonctionné. Donc oui, les gens m’ont pas vu pendant quatre piges. Quand j’arrive, ils sont contents ! C’est pas comme un mec qui sort un clip toutes les semaines, l’absence crée une attente. Donc c’était long, mais quand je suis entré en scène au Bataclan … il s’est passé un truc. Et quand on a fait La Miroiterie deux semaines derrière … j’avais jamais vécu ça. Y’avait des gens qui touchaient plus terre avec leurs pieds tellement c’était serré ! La Miroiterie c’est un peu particulier parce qu’il y a pas de loges, tu rentres par le bout de la salle, traverse  le foule, du coup j’ai eu droit à une entrée de boxeurs. Et pendant le concert, c’était tellement le bordel qu’il y avait des vagues de gens qui s’échouaient sur la scène. Tu voyais la vague arriver, et paf, les trois premiers du rang qui s’éclataient sur scène. C’était ouf.

Je voulais pas revenir encore avec la même salade, on avait déjà fait la Maroquinerie, le Trabendo … même le Trabendo, je trouvais que c’était une erreur de l’avoir fait avec le recul, avec le même show, plus ou moins le même concert, et au final j’ai regretté. Donc je me suis dit que si je devais refaire des concerts sur Paris, ce serait avec un nouvel album, un nouveau show. J’ai attendu deux ans. Le mal pour le bien il est là. C’était court à la Miroiterie, ça a duré quarante-cinq minutes, mais putain ça vaut les dix concerts d’une heure et demi que t’as pu faire avant. C’est pour ça que tu me vois peu, parce que je veux pas revenir tout le temps avec la même salade.

En province, ça marche. J’ai été à Rennes, c’était la première fois, c’était mortel. On m’a proposé Lille, ou d’autres villes que j’avais déjà fait, j’ai refusé, je voulais pas revenir avec la même sauce. Tant pis pour moi, j’ai qu’à être plus productif.

RT si t'es de vers Lille

Spleenter : Du coup, ton rapport à la scène est assez surprenant, parce que l’indé, c’est souvent « on compense le peu d’exposition qu’on a par beaucoup de scène ».

Flynt : C’est vrai que j’ai des potes qui, dès qu’ils ont l’occasion de faire une scène, la font. N’importe où, n’importe quand, n’importe comment, même si c’est dans la même salle, cinq ou six fois de suite, ça les dérange pas, ils foncent. Moi je vois pas ça comme ça.

Teobaldo : Surtout que financièrement, beaucoup tablent là-dessus.

Flynt : Ouai mais je me vois pas faire ça. Je me sentirais pas loyal envers moi, envers les gens. Si c’est dans des villes différentes, y’a pas de problème. Et dans mon projet, la scène est incluse. Avant, c’est moi qui organisais mes concerts. Je gérais tout moi-même avec les organisateurs à un moment. Là, à partir du concert de Nantes, je vais travailler avec  quelqu’un qui va s’en occuper. Pour être pro-actif, pour avoir plus de dates, et pour être plus libre. Bien sûr que mon objectif c’est de faire un maximum de concerts. Il faut aussi savoir créer l’événement, d’une certaine manière. Si tu fais tout le temps trop de concerts au même endroit, à un moment donné, ça se remplit plus. Bien sûr que je veux faire de l’argent, je le dis d’ailleurs « je veux m’enrichir sans salir la profession ». Mais pas n’importe comment. En tout cas, à ma manière. Pareil pour les featurings, j’aurais pu en faire certains qui m’auraient apporté une exposition, ou de l’argent … mais c’est pas ma manière. Il faut que ce soit bien amené, que ça ait un sens, que ça veuille dire quelque chose. Que je puisse me regarder dans une glace en me disant que j’ai été cohérent avec moi-même. Ca passe avant l’argent. Y’a de l’argent dans la musique. Les gens qui disent le contraire, soit ils sont pas organisés, soit ils mentent. Quand je vais négocier un cachet de concert, je le négocie bec et ongles. On bosse, et on n’est pas avec nos familles le dimanche et certains soirs parce qu’on va répéter. Ca vaut quelque chose. Si tu fais du gratuit tout le temps, le modèle ne tient plus. L’argent amène un cercle vertueux dans la musique. La dimension financière est importante, mais elle ne passe pas avant ma démarche, mon éthique, ma vision. Je suis en indé, l’important c’est la liberté. J’ai déjà suffisamment de contraintes, je m’autorise le luxe de faire uniquement ce que j’ai envie de faire. Et j’en profite. La liberté de faire et de ne pas faire. Je ne suis pas dépendant du rap, et c’est volontaire. Être tenu par un contrat, faire un album absolument dans l’année parce que t’as signé un papier … je pourrais pas.

La grande question arrive

Teobaldo : Toujours sur « J’en ai marre », tu dis « Champ de vision rétrécit, comme le tabac place de Clichy » … c’est quoi qui a rétrécit ? La vue qu’on a depuis le tabac, le tabac en lui-même suite à des travaux, ou comment ça se passe ?

Flynt : En fait je dis que le délire « quartier, quartier, quartier », c’est une vision rétrécie des choses. Si tu vois pas plus loin que le bout de ton quartier, alors que le monde nous tend les bras … Le tabac place de Clichy, avant c’était une grande brasserie, et ils ont vendu à Starbucks. Aujourd’hui, c’est un petit tabac où tu rentres juste pour payer tes clopes. Donc c’est juste une image ça.

Teobaldo : Dans le précédent album tu disais « On aurait pas la droite si on jouait les élections à l’applaudimètre » … Tu te considères comme un mec de gauche ? Genre Manuel Valls, ça te parle ?

Flynt : Non, pas du tout. C’est tous des cons pour moi, tous bords confondus. Ils ont tous les mêmes disquettes, les mêmes tactiques, les mêmes phrases. Dès qu’il y en a un qui dit un truc, forcément les autres sont pas d’accord. La campagne présidentielle, c’était quand même une vaste blague. Gauche, droite … et j’ai même l’impression que ça va devenir plus dur qu’avant. Alors oui, on a plus Guéant ou Hortefeux, mais on a Valls …

Genono : Est-ce que c’est mieux …

Flynt : Ca semble un peu mieux sur le papier, mais dans les faits … quelle blague ! J’y connais rien, et surtout, j’y comprends rien. J’ai parlé avec le maire de ma ville un jour en tête à tête. Je lui parle de trucs concrets, de mettre un ou deux dos d’âne dans la rue en pente qui mène chez moi parce qu’il y a pas mal d’enfants qui passent le matin pour aller à l’école et que  le matin les mecs bombardent dans cette rue pour aller à la gare  … un truc vraiment concret quoi ! Le mec me l’a fait à l’envers d’une manière … magnifique ! Après, je lui parle du nombre d’enfants dans les classes : « ils sont 35 dans la même classe, c’est compliqué pour le prof, et même pour les élèves » … il me répond (il imite une voix de politicien) « mais vous savez qu’en 1965, ils étaient 40 » … mais nique ta mère ! Nique ta mère avec ton 1965, je te parle d’aujourd’hui, de 2012, de mon gosse ! Ils sont trop forts pour te la mettre à l’envers.

Et moi dans mon métier, je forme des gens à la prise de parole médiatique. Clairement, on fait des simulations. Vous risquez d’être interviewé par tel journaliste de tel média, il risque de vous poser telle question, etc. Et le mec, on lui apprend à éviter les pièges, à faire passer ses messages-clefs en premier. Quelle que soit la question, tu sais déjà plus ou moins ce que tu vas répondre. Y’a des techniques, ça s’appelle le media-training. Les hommes politiques sont media-trainés à mort. Les sportifs le sont pas assez je crois, ils devraient l’être.

J’en peux plus de tous ces gens-là.

Genono : Puisque tu parlais politique, une question-Captcha, un peu spéciale … plutôt Goebbels ou Himmler ?

Flynt : Nan mais toi t’es dur … (rires de Teobaldo et Spleenter) Qu’est ce que ça veut dire d’ailleurs ton aka là ? Ca a forcément un sens.

Le Blavog, enculé

Genono : Tu trouves un sens dans « Fruits et Légumes nazis » ? (Teobaldo est sur le point de crever de rire)

Flynt : J’vais pas te dire que j’ai trouvé le sens, mais quand j’ai vu ça je me suis dit « mais il est fou lui ». Des fois je lis tes tweets, je me dis, mais t’es taré. D’ailleurs vous devriez, enfin peut-être que vous vous en foutez, mais je trouve que vous avez une plume, un truc, je sais pas où vous voulez aller avec, mais cultivez-le quoi.

Genono : Droit dans le mur !

Flynt : C’est pas tout le monde qui a un ton comme le votre.

Teobaldo : Ça fait toujours plaisir à entendre, après la question reste la même : qu’est ce qu’on en fait ?

Flynt : Vous avez un vrai talent, un vrai ton, une imagination, un regard sur les choses, je pense que vous avez des choses à faire. Je sais pas où vous voulez aller ?

Genono : Perso, j’ai plein d’idées, plein de projets, mais je suis un branleur. J’me sors pas les doigts.

Flynt : Et bah il faut, parce que personne va venir te les sortir. Quand je vous lis, j’me dis putain ! Y’a un truc, il se passe un truc, tu vois. La première fois que je suis tombé sur Le Blavog, je me suis dit « il se passe un truc ! ».

 La semaine prochaine : troisième et dernière partie, avec un interviewé qui devient intervieweur, une crotte de nez à Youssoupha, et album commun avec Sidi O.

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Interview : Flynt (partie 1/3)

Quelques jours après la sortie de son deuxième album, Itinéraire Bis, nous avons rencontré Flynt. Un long entretien (3 heures) retranscrit intégralement, l’occasion d’évoquer Alchemist, Youssoupha, Booba ou encore Félina. Et aussi Genono, le mec de Captcha Magazine qui était avec nous, lui et ses lubies étranges.

Genono : J’ai lu les différentes interviews que tu as pu faire récemment (abcdr, lebonson, neoboto …), j’ai remarqué qu’on te posait quasiment toujours les mêmes questions, avec, fatalement, toujours les mêmes réponses de ta part. Est-ce que ça ne te casse pas un peu les couilles ?

Flynt : Bah celle là, on me l’avait jamais posée. Chaque intervieweur est différent, et n’a pas forcément lu toutes les interviews que j’ai faites. Quand tu sors un album, ce que les gens veulent savoir, ça tourne un peu autour de la même chose.

Et quand tu vas faire des concerts, tu chantes les mêmes chansons tout le temps. C’est un peu différent, mais je trouve ça normal, et non ça ne me pose pas de problème.

Teobaldo : Tu dis « peu importe ce que le public préfère, je défends ma culture comme Aimé Césaire ». Tu ne poses pas le public dans l’équation ?

Flynt : Si bien sûr mais ça parlera à qui ça parlera en fait. « Peu importe ce que le public préfère » signifie que je ne vais pas adapter mon discours, ma musique, mon rap de manière générale par rapport à ce que les gens peuvent aimer sur le moment, à une mode ou à leurs goûts tout simplement. Donc peu importe ce qu’il préfère, il aura ce que moi je sais faire et ce que j’ai envie de faire. « Je défends ma culture comme Aimé Césaire », simplement parce que c’est quelqu’un qui défendait sa culture, ce qu’il était, ses racines, sa couleur, ses convictions, envers et contre tous.

Teobaldo : Donc ta « culture », le rap, tu sens que c’est quelque chose qu’il faut défendre, tu la sens attaquée, en disparition ?

Flynt : Non, il ne faut pas prendre le mot « défendre » dans ce sens là. Je ne suis pas en guerre. C’est comme quand on me dit « tu vas défendre ton album sur scène » … mais non, je vais rien défendre du tout, je vais juste jouer mes morceaux pour des gens qui auront du plaisir à les écouter, je suis pas là pour me bagarrer. Ce qu’il faut entendre par « je défends ma culture » c’est plutôt « j’impose », j’impose mon truc à moi. Ca rejoint ce que je dis à la fin du morceau,  « je ne réponds pas à la demande, j’impose mon rythme et ma vision ».

Teobaldo : Dès le premier morceau de l’album, tu te mets en opposition avec le rap « racailleux » … Mais parmi les gens avec qui tu as rappé, il y a Joe Lucazz par exemple.

Flynt : Oui et non, c’est une phrase à remettre en contexte. Je ne me positionne pas en opposition au rap racailleux, ni dans l’album, ni de manière générale. J’en écoute même. Dernièrement j’ai été écouter Niro, et j’ai trouvé ça bien. Pour moi ce qui compte, c’est que le mec soit bon. Le mec peut être sur-racailleux, comme il peut être à l’opposé, tant qu’il est bon, ça me va . Je ne livre pas un combat, c’est ce que je dis dans « les clichés ont la peau dure », la musique n’appartient à personne, elle ne m’appartient pas à moi, que chacun fasse ce qu’il a envie d’en faire, comme il a envie d’en faire. Pour moi c’est ça le plus important. Chacun est libre de faire ce qu’il veut et c’est tant mieux comme ça. J’ai plus de plaisir à écouter certains rappeurs qu’on qualifie de « racailleux » parce que c’est bien fait que d’autres mecs que l’on pourrait penser proches de moi artistiquement parlant, mais chez qui je ne me retrouve pas du tout et dont les disques me font chier.

Après bien sûr que j’ai un message totalement opposé. Quand je dis « Je suis né à Colombes et ce n’est sûrement pas un hasard Je porte un message anti-guerre, anti-violence, anti-barbare », c’est vrai, je préfère tirer les gens vers le haut. Enfin, je ne sais pas si je les tire vers le haut, et je ne prétends même pas le faire, mais une chose est sûre, je ne veux surtout pas les tirer vers le bas. Maintenant, est-ce que le rap racailleux tire les jeunes vers le bas … (hésitation) peut-être pour certains qui sont plus influençables que d’autres, je sais pas.

Teobaldo : T’as pas cette fascination pour les gangsters, tu ne t’es jamais identifié à tel personnage de tel film ?

Flynt : Non, pas vraiment.

Teobaldo : Du coup, quels films t’ont marqué ?

Flynt : Les films dont je me souviens vraiment c’est des films comme Retour vers le futur, Indiana Jones, Star Wars. Les films d’aventure, quand t’es petit. Les films de gangsters, , j’aime bien, mais ça s’arrête là. La première fois que j’ai vu Scarface, je suis pas tombé de ma chaise quoi. Je me suis jamais identifié au personnage en me disant « ouais c’est mortel, il prend de la came, c’est sanglant, ça canarde »

Genono : On a entendu des sons à toi dans L’équipe du dimanche. Comment ça se passe, c’est eux qui te contactent en te disant « on voudrait utiliser telle instru » ?

Flynt : La première fois qu’un des mes instrus est passé à L’équipe du dimanche, j’étais pas au courant. C’est par la suite que j’ai rencontré un des monteurs de l’émission  qui avait placé des instrus à moi. J’ai fait connaissance avec lui, et je lui ai dit « je vais te passer un autre instru », il a répondu « ok ». Tout simplement. Je l’ai rencontré parce que j’ai été amené à travailler avec lui, complètement par hasard.

Teobaldo : Et au niveau des droits ?

Flynt : Hé gros, quand tu passes dans L’équipe du dimanche, tu te poses pas la question des droits.  En plus non, ça génère pas de droits, je ne touche pas d’argent, et puis de toute façon c’est des instrus donc dans tous les cas je pense que je toucherais rien. C’est juste … c’est juste mortel quoi ! Quand un pote t’appelle et te dit « putain je viens d’entendre ton instru sur le résumé du Barça ! ».

Donc comme j’ai eu la chance de rencontrer ce mec là, après je l’ai fourni en instrus quoi. D’ailleurs je viens de lui passer tous les instrus d’ Itinéraire Bis. Et ca y est ça commence à habiller les résumés des matchs européens et de certains sujets.  Mais pour revenir à la démarche, elle ne vient pas de moi, même si ça aurait  été intelligent de ma part de penser à faire cette démarche , en tant que producteur.

Teobaldo : C’est le genre de truc, quand c’est toi qui essaye, t’y arrives pas.

Flynt : Oui y a de grandes chances. Donc là c’est encore mieux, c’est venu à moi . Et forcément j’ai pas fermé la porte et j’ ai alimenté le truc.

Genono : Tu travailles avec une équipe restreinte de beatmakers. J’ai lu que, sur les instrus qu’on t’avait envoyé via internet, tu n’en avais récupéré que deux, et que tu aimais développer une relation de confiance avec le beatmaker. Est-ce que ne t’arrive jamais de recevoir une instru, de la trouver mortelle, de poser dessus et de la mettre telle quelle dans l’album ?

Flynt : Bah ça s’est produit. Sur le premier album, j’avais au moins dix beatmakers différents, sur le second j’en ai cinq. Parmi eux, seul Soulchildren était présent sur J’éclaire ma ville. On a donc : Soulchildren, Just Music, Nodey, Angeflex et Fays Winner. Je connaissais Soulchildren, j’ai enregistré et réalisé Itinéraire Bis chez eux, donc j’étais en première ligne pour recevoir leurs instrus, sachant que ces mecs sont pour moi le très très haut du panier en France. Ensuite, Nodey, on avait déjà fait un morceau ensemble, on s’entend super bien. Just Music, on se connaissait par relations interposées, on s’était rencontrés une ou deux fois. Angeflex et Fays Winner je les connaissais pas du tout. Ils m’ont contacté par internet, et le son a parlé quoi. Donc je peux travailler avec des gens que je connais, comme avec des gens que je ne connais pas du tout. L’important, c’est qu’on soit sur la même longueur d’onde, j’affectionne la relation avec les beatmakers. Je pense qu’une bonne collaboration, une bonne entente, ça fait des bons titres. Mais c’est pas genre « ok je prends ton instru, et quand disque sortira, je t’appellerai, et je te donnerai un CD ». C’est aussi leurs titres à eux ! Si j’avais pas d’instrus, je ferais du slam, ou je ferais rien. Le rap c’est de la musique, et qui fait la musique ? C’est pas moi. Moi je me charge des   textes et de sélectionner les musiques. Je leur dois beaucoup, et chaque rappeur leur doit aussi beaucoup. Quand le mec me passe son instru, je lui dis « ok, à partir de maintenant on va travailler ensemble, on va être en relation assez fréquemment, je vais te tenir au courant, etc ». Ca peut m’arriver de balancer un bout de couplet au beatmaker pour lui dire « tiens j’ai écrit ça, tiens le thème ça va être ça ». Les mecs sont au courant à toutes les étapes. Après, personne ne vient mettre son nez dans mes lyrics, je fais pas ça pour qu’ils aient leur mot à dire sur mes textes – et de toute façon ils ne le font pas, donc il n’y a pas de problème là-dessus – mais sur le morceau en lui-même. Un morceau ça parait simple comme ça, mais c’est compliqué. Je veux que les beatmakers soient impliqués et contents du résultat. Et aujourd’hui, je pense que tous les beatmakers qui sont sur l’album sont contents, parce qu’ils ont pu voir la construction du morceau du début jusqu’à la fin, ils ont pu donner leur avis sur le mix, sur le mastering.  Je sais pas comment les autres travaillent, mais moi c’est comme ça.

Pour le morceau avec Orelsan, Nodey était sur le coup pour faire l’instru. Il avait fait une v1, je lui ai dit que  je pensais qu’on pouvait obtenir quelque chose de meilleur , puis il a bossé sur une v2 sur laquelle  on n’était pas encore tout à fait satisfait, et paf il arrive avec une v3 mortelle. Il y a un échange, on en parle ensemble, c’est son morceau, c’est mon morceau.

Teobaldo : Justement, Orelsan, tu l’as rencontré comment ?

Flynt : Alors ça, c’est une question que tout le monde me pose.

Teobaldo : Alors le défi, c’est de répondre différemment.

Flynt : Je vais te répondre exactement la même chose, parce que de toute façon il y a qu’une seule version. Je l’ai rencontré par hasard au studio Haxo. J’allais voir mon pote AKI, qui enregistrait son album là bas, et il se trouve qu’Orelsan enregistrait « Le Chant des Sirènes » là-bas au même moment. On a discuté devant le studio, il m’a dit qu’il avait bien aimé mon premier album, je lui ai dit que moi aussi, j’avais bien aimé son premier album. Je l’avais saigné pendant les vacances, je trouvais ça original et drôle. J’aime bien ce qu’il ramène, et je trouve qu’il écrit bien. On a donc discuté pendant une petite heure devant le studio, on a échangé nos numéros, il m’a dit que ça pourrait être cool de faire un morceau ensemble. Je me suis dit « ok, c’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd », mais en même temps il faut que je m’entende un minimum avec la personne. Pour moi c’est essentiel. C’est très rare que je fasse des morceaux avec des gens que je ne connais pas du tout.

Quelques  mois plus tard je l’ai appelé, on a discuté pendant deux heures, et c’est pas forcément avec tout le monde que tu peux discuter pendant deux heures sans connaitre la personne, surtout au téléphone. Donc déjà, on s’entendait bien, tu vois. Je peux avoir une discussion intéressante avec lui, et je comprends donc en jactant avec lui que c’est un bon gars. Il est aussi super professionnel, ça je m’en suis rendu compte par la suite. Un mec cool. Ce qu’il a fait là, passer de banni de la musique à double victoire de la musique, chapeau.

Comme dans mon album j’avais des morceaux comme « Quand tu seras mort » et « En froid », je me suis dit que comme j’estime avoir  un potentiel comique en moi, il fallait le mettre en avant volontairement sur un titre. J’ai eu envie de faire un morceau un peu plus léger, et c’est vrai que j’ai pensé à lui de manière évidente à ce moment-là. C’était l’homme de la situation pour le morceau que j’avais envie de faire.

Teobaldo : C’est marrant que tu le trouves léger le morceau.

Flynt : C’est pas « en froid » quoi.

Teobaldo : Tu dis « mon pote faut pas qu’il déconne », « faut pas qu’il fasse ci, qu’il fasse ça » … ça a l’air compliqué d’être ton pote.

Flynt : En fait, au début je voulais faire un morceau un peu drôle, un peu léger, trouver un angle un peu différent. Je lui ai proposé, il a accepté, on a fait le titre.

Spleenter : Le thème, vous l’avez élaboré à deux ?

Flynt : Alors à la base, je cherchais l’instru. J’ai trouvé celui de Nodey, même s’il y a eu plusieurs versions, ça s’est fait vite. Ensuite pour le thème, on s’est échangé des mails, sachant que c’est souvent un casse-tête. C’est souvent difficile de trouver des thèmes. Donc je lui proposais 5-6 thèmes, et lui, en pleine tournée, il me donnait son avis, me proposait des trucs. Je l’ai trouvé très professionnel. J’aime travailler comme ça. Et puis un jour, j’ai pensé à « mon pote », je voulais faire un morceau sur l’amitié depuis longtemps en fait. J’ai écrit les huit premières mesures, je lui ai envoyé, il a aimé, il a enchainé. Je lui ai rien imposé, on a échangé beaucoup de thèmes avant par mail ou par téléphone.

Donc le morceau n’est pas si léger que ça en fait tu as raison, je dis par exemple « je te mettrais pas dans mes embrouilles, et si jamais je faisais le con, je te demanderais pas de rappliquer avec une pelle en pleine nuit sans poser de questions ». Je prends le contre-pied de cette expression. Je dis ça parce que, sur la thématique de l’amitié, si tu prends par exemple le titre « Brother » de Sinik, clairement je voulais pas faire un morceau comme ça. Je l’ai entendu après hein, récemment, quand son album est sorti. D’ailleurs pas mal de titre sur le thème « mon pote » sont sortis récemment.

Spleenter : C’est marrant parce que Sinik aussi voulait avoir Orelsan, lui aussi c’était inattendu, par contre lui il l’a pas eu.

Flynt : Ah bon, je croyais qu’ils devaient sortir un truc ensemble ?

Spleenter : Bah au final, non. Il le voulait, il l’avait même annoncé.

Flynt : Pour revenir au morceau, je dis aussi « j’ai pas scellé mon sort au sien ». Les choses sont claires, c’est pas parce que t’es mon pote que je vais te suivre dans toutes tes conneries. Si demain tu me dis « viens on va braquer un tabac », moi je m’en bats les couilles de ton tabac. Je sais que t’es mon pote, mais arrête tes conneries. C’est ma vision à moi, différente de celle que l’on entend dans certains morceaux sur l’amitié, des fois t’as l’impression que c’est « je te donnerai une couille s’il faut mon pote» … J’ai pas voulu tomber dans les clichés inhérents à ce thème, et je trouve que Orelsan n’est pas tombé dedans non plus.

Au final, je trouve que pour des gens qui ont deux univers très différents, qui évoluent dans des sphères tout à fait différentes, ont finalement beaucoup de points communs, et ça colle parfaitement. Pourtant, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres, sur le fait de faire un titre avec lui. Moi ça me semblait évident, rien que de par le fait que c’est un mec qui écrit super bien. C’est un morceau qui fait jacter … tant mieux, je trouve qu’il fait parler en bien.

Spleenter : Niveau featurings, Orelsan était le plus susceptible de faire parler, surtout ta base de fans de la première heure, mais y’a aussi Tiwony. C’est une volonté de ta part de …

Teobaldo : … faire chier tes fans de la première heure ? (rires de l’assemblée)

Spleenter : C’est une volonté de surprendre ?

Flynt : Pas vraiment. Chaque morceau a une histoire. Moi j’aime bien le ragga-dancehall, j’aime l’énergie que ça dégage. J’avais fait un morceau avec Lyricson à l’époque déjà ! J’avais envie de cette touche là, et j’avais envie d’avoir la voix de Tiwony quoi. Tout simplement. De mes deux albums, c’est le seul featuring que j’ai fait avec quelqu’un que je ne connaissais pas. J’ai pas l’habitude de faire ça. J’avais envie de son grain de voix à lui. Je pensais que ça allait coller, et je trouve que ça colle.

Teobaldo : Je trouve son grain de voix très proche de celui de Lord Kossity, particulièrement sur ce morceau.

Flynt : Je vois une différence. Niveau placement, grain de voix, il a son style à lui.

Spleenter : Tu entretiens quel rapport avec les puristes, c’est-à-dire, typiquement le genre de mec qui a du gueuler en entendant Orelsan, ou le scratch de Booba qui dit « nique ta mère » à la fin de « Quand tu s’ras mort » ? Tu te dis, au moins au départ, que ça risque de les brusquer ?

Flynt : Moi j’ai pas du tout pensé ça. Je pense qu’il faut qu’ils me fassent confiance. Regarde « Haut la main », c’est un morceau qui a été fait pour eux, pour leur dire « voila, j’ai pas changé de lyrics, j’ai pas changé de démarche, de discours, de style », et malgré ça, les mecs, enfin c’est peut-être 5% des mecs, me disent « ah ouai, mais l’instru ceci , l’instru cela » … mais l’instru, elle défonce !

Teobaldo : Je trouve qu’elle est dans la continuité des instrus de J’éclaire ma ville

Flynt : Mais moi aussi !

Spleenter : Je pensais surtout que c’était par rapport aux featurings, ou à la limite au scratch de Booba, mais les instrus ?

Flynt : Bah eux ils parlent surtout des instrus en fait. A part celui avec Orelsan, mais on me dit pas « ouais le feat avec Tiwony, c’est chelou » ou « ouais t’as fait un son avec une meuf, c’est chelou ». On me dit plutôt « ouais les instrus, c’est très différent, t’as pris une autre direction » … alors que pour moi c’est pas du tout une autre direction. Pour moi c’est une continuité absolue. C’est même pas une évolution presque, c’est vraiment une continuité. Si j’ai évolué, c’est plus dans le flow, dans les placements, dans la maturité. Je sens Itinéraire Bis beaucoup plus maitrisé que J’éclaire ma ville, parce que entre temps j’ai pris de la bouteille, j’ai fait des concerts … Mais j’ai pas voulu les brusquer. J’aime prendre les choses à contre-pied sur les thèmes, y’a plusieurs morceaux sur les clichés. Quand je commence l’album avec « j’aime mon fils, j’aime ma femme, j’aime ma mère », je te mets au défi de trouver un rappeur qui ouvre son album  en disant « j’aime ». Et tout au long de l’album, y’a ça. « Les clichés ont la peau dure », « En froid » : « j’ai jamais aimé claquer l’oseille dans les clubs, jamais voulu être un thug, moi je voulais avoir un DEUG » … c’est pas ce que t’entends dans le rap ! « Je fais le ménage et la lessive », t’entends pas ça dans le rap. Mais il se trouve que c’est ma vérité à moi. Y’a un mec sur twitter qui m’a dit « je vois pas l’intérêt de parler de tes galères d’indépendant ». Ce à quoi j’ai répondu : « t’inquiètes pas, au prochain album, je m’invente une vie ». Qu’est ce que tu veux que je te raconte ? Je suis en train de faire un disque, ma vie en dépend presque, parce que je me suis organisé pour sortir ce disque, j’ai dû trouver des sous, j’ai beaucoup travaillé, c’est ma vie, tu veux que je te parle de quoi ? De comment c’est en maison de disque ? Mais j’en sais rien moi ! Ou tu veux que je t’en parle pas ? Ok, mais dans ce cas-là je te parle pas vraiment de ma vie.

Je pense que les gens me connaissent pas très bien en vérité, c’est tout. Que les gens se disent « ouais, il a mis Booba » … moi j’aime bien Booba. Pourtant c’est pas du tout le même style que moi, mais j’aime bien, depuis toujours. J’ai toujours aimé écouter Booba. C’est un bon rappeur, il me fait golri, il rappe bien. C’est pas parce qu’il parle d’oseille, de meufs, etc, que j’aime pas. Ca rejoint la discussion qu’on avait au début. Je pense que les gens ne me voient pas du tout comme je suis en vérité.

Teobaldo : Il y a des gens avec qui il n’y a jamais eu de rapprochement, et je trouve ça étonnant. Des mecs comme Les 10 (Lindis et Lavocato), ou même Vasquez de Less du Neuf. Un morceau Flynt-Lindis, je serais assez preneur par exemple.

Flynt : Par exemple, sur « Quand tu s’ras mort », pour moi je prends personne à contre-pied. Toi, tu disais que c’était surprenant.

Genono : Bah, je t’avais jamais entendu sur un son comme ça.

Flynt : C’est peut-être juste que vous ne me connaissez pas encore assez bien. C’est même le premier texte que j’ai écrit pour cet album.

Teobaldo : C’est un thème auquel tu pensais depuis longtemps ?

Flynt : Pas tant que ça, il m’est venu comme ça.  Je me suis même dit que j’allais lancer le clip avant la sortie de l’album.

Teobaldo : Y’avait déjà des petits côtés haineux sur J’éclaire ma ville, par-ci par-là. T’as réuni toute cette haine dans un seul morceau. Dans un album qui est plutôt positif, c’est un peu la bouffée d’air, mais dans l’autre sens, le petit passage de haine qui fait bien plaisir.

Spleenter : C’était pour le plaisir de l’exercice de style ?

Flynt : En fait, j’avais fait une chanson d’amour dans J’éclaire ma ville, qui s’appelait J’ai trouvé ma place. Bon, déjà, faire une chanson d’amour, c’est pas évident, y’en a beaucoup qui se sont cassé les dents.

Genono : Kennedy ?

(rires)

Flynt : Et donc, après avoir fait une chanson d’amour, je me suis dit que j’allais faire une chanson de haine, d’ailleurs j’ai mis entre parenthèses « chanson de haine » sur la tracklist. C’est un peu l’antithèse de la chanson d’amour que j’avais écrit, sauf que c’est pas adressé à une femme. J’aime bien faire des morceaux où il n’y a pas de temps, pas de lieu, pas de sexe, pas d’âge, pas de personnage, et que chacun peut s’approprier. La chanson d’amour, tout le monde pouvait se l’approprier. J’ai même appris il y a peu de temps que des gens s’étaient mariés sur cette chanson ! Le mec a demandé sa femme en mariage, et derrière y’avait « j’ai trouvé ma place à tes côtés ». Et je me suis dit que c’était exactement pour ça que j’avais écrit cette chanson, pour que chacun puisse se l’approprier, ça m’a fait quelque chose d’apprendre ça.

Il y a un truc qui m’a marqué quand j’étais jeune, à la radio, c’était les dédicaces, tu sais quand les auditeurs appelaient pour demander à passer une chanson qu’ils dédiaient à telle ou telle personne. Et l’idée c’est ça, ma chanson d’amour, tu peux l’adresser à qui tu veux, tu peux appeler la radio et dire « passe cette chanson pour cette fille »! Et j’ai eu beaucoup de retours de couples, qui m’ont dit après les concerts « j’ai trouvé ma place c’est mortel, c’est notre chanson ». En gros, c’est ce que le mec voulait dire à sa meuf, mais il avait pas les mots. Et moi, avec ma chanson, je lui ai donné les mots. Et bah la chanson de haine, c’est pareil. C’est dédicacé à ton pire ennemi. Y’a pas de nom, pas de temps, pas d’embrouille décrite en particulier. Tu peux prendre le morceau comme ça, et te dire « ça c’est pour mon ennemi ». J’aime écrire ce genre de morceau, et oui effectivement, c’est un genre d’exercice de style.

Et je pense que cette chanson ne vient pas uniquement du fait que j’ai voulu écrire l’antithèse de la chanson d’amour, y’a aussi certainement des choses en moi qui poussent, jusqu’à tout vomir sur un morceau comme ça. Ceci dit, je joue pas non plus un psychopathe déglingué, je suis quand même lucide, et à la fin je dis que je pourrais te descendre si je n’avais rien à perdre mais  que comme j’ai beaucoup de choses à perdre dans cette vie, donc à la fin … je tue personne, chacun sa route, mais j’espère quand même que tu crèveras avant moi, fils de pute.

Spleenter : Je trouve ça sympa, parce que il y a toujours le cliché du rappeur conscient qui est forcément gentil.

Flynt : Mais moi je suis pas un rappeur conscient ! Rappeur conscient, je sais pas ce que c’est.

Teobaldo : Sortir ce morceau en premier, ça aurait donné une couleur d’album particulière.

Genono : Les puristes auraient fait la gueule.

Flynt : C’était pas une bonne idée. Mais à l’époque, quand j’ai écrit le texte, je me disais que ce serait rigolo. Après, les autres morceaux se sont enchainés, et il était bien sûr évident que ça ne pouvait pas être le premier extrait. En fait, à chaque titre que j’écrivais, je me disais « ça va être celui-là ! ».

Spleenter : Du coup tu vas pas le clipper, « Quand tu s’ras mort » ?

Flynt : Je sais pas, j’y pense. J’ai eu la chance de rencontrer Tcho, que je ne connaissais pas, je lui ai dit que j’avais un morceau à lui proposer … il était ok, puis il a écouté « Haut la main », et il m’a dit « non non, je veux faire Haut la main d’abord! ». (rires) Donc je sais pas si on va le faire, je pense plutôt que s’il y a un clip à faire, ce sera Mon Pote, tout simplement parce qu’il y a peut-être quelque chose d’intéressant visuellement à faire et que tout le monde me le demande.

Teobaldo : En plus de ça, c’est le clip qui a le plus de chances d’être relayé. Tu penses à ça ?

Flynt : Orelsan est un magicien. Le mec a un pouvoir, il suffit qu’il dise sur un réseau social « demain je vais aller m’acheter des pompes à 15h rue de Rivoli » … émeute dans la rue, direct ! Donc oui, y’a ça aussi. Mais j’ai pas fait le morceau pour aller chercher son public, c’est pas fait dans un esprit opportuniste. Je suis pas non plus idiot, le morceau est fait, on va pas se mettre des œillères non plus. On verra si on fait le clip ou pas, mais en tout cas, je suis pas arrivé avec ce morceau-là. J’aurais pu ! J’aurais pu balancer Mon Pote en premier extrait ! Faire le clip, mettre le paquet dessus … mais c’était pas mon choix. Ca aurait peut-être été une erreur. Au lieu de ça, j’ai clippé Haut la main, un morceau adressé à mon public. Faire le lien avec ce que j’avais fait auparavant. Toujours dans la continuité.

Spleenter : A propos de continuité, il y a un parallèle entre Les moyens du bord et La balade des indépendants …

Flynt : Ca, je m’en suis rendu compte après.

Spleenter : C’était pas voulu ?

Flynt : C’était inconscient. C’est après avoir fait La balade que je me suis dit « ça ressemble quand même pas mal aux Moyens du bord ».

Spleenter : Sur Les moyens du bord, tu revendiques beaucoup l’indépendance, tu en parles comme d’une fierté. Au contraire, sur La balade des indépendants, le discours est beaucoup plus cynique, blasé.

Flynt : En gros, c’est le même thème, mais traité différemment. Sur Les moyens du bord, j’expliquais comment j’avais découvert le rap, comment j’en suis arrivé à écrire mon premier disque, etc. Après, peut-être que ça se ressent pas, mais c’est toujours pareil pour moi. Je suis content de faire les choses de cette manière, c’est un choix de ma part, j’ai choisi d’aller tout seul au charbon. J’en suis fier. C’est un morceau qui m’a été inspiré par le public. J’étais à La Miroiterie pour un concert, et en sortant, les gens étaient là « alors ça sort quand ton prochain album, alors ça sort quand » … Et en leur répondant, j’ai compris que c’était un putain de thème pour faire un putain de morceau derrière ! Après, j’ai  appelé Nasme et Dino parce que eux aussi sont plus ou moins dans le même cas. Ils organisent des concerts en indé, sortent leurs disques en indé, ils le vivent vraiment quoi. Et je me suis inspiré de ce morceau pour faire le teaser. J’avais ramené un pote en studio qui filmait, parce qu’on voulait des images de l’enregistrement pour en faire un teaser, mais sans trop savoir où on allait. Et puis en enregistrant le morceau, j’ai eu l’idée : prendre mon couplet, le mettre à l’instant T, là où j’en étais, c’est-à-dire au mois de juin, avec l’album presque terminé, en répondant à cette question : ça sort quand ?  Moi je savais, à ce moment-là, que le disque allait sortir en octobre, parce que j’avais fait mon retro-planning.

On va expliquer à vos lecteurs ce qu’est un retro-planning : quand j’ai commencé, j’ai pris un calendrier , et je me suis dit « bon, je veux sortir à quelle date ? ». J’avais décidé de sortir début octobre 2012. Donc pour sortir début octobre, faut que j’ai mon disque fabriqué et dans les mains à telle date. Pour avoir le disque à telle date, il faut que j’ai fini le mastering à telle date, le mix à telle date, les enregistrements à telle date, et cætera, et cætera. C’est le seul moyen de sortir un disque car ça permet de caler tout le reste là dessus, la promo, les clips et dans le bon timing! Si tu fais pas ça, tu risque fort de te planter.

Dernièrement je parlais avec un ami rappeur, que vous connaissez mais que je ne citerai pas, il me dit « j’aimerais bien sortir en novembre ». On était mi-juillet. Je lui dit : Tu veux sortir le 15 novembre par exemple ? Donc il faut que tu aies tes disques  en main le 15 octobre si tu deales ça avec une distrib . Donc pour les avoir  le 15 octobre, il faut que tu te fixes de boucler  avec mixs et  mastering le 31 août pour être un petit peu large en cas de pépin. T’en es où là ? Il avait 2 titres prêts un truc comme ça…

Pour en revenir au teaser, c’était un moyen d’annoncer la sortie du disque, mais sans préciser de date. Et en même temps, les gens ne savaient pas que c’était un morceau qui était dans l’album. J’aime pas trop parler, je préfère suggérer, ou à la limite, parler mais juste quand il faut parler : quand il faut annoncer une date, on annonce une date, quand il faut balancer des morceaux, on balance des morceaux.. J’ai jamais mis la charrue avant les bœufs. En tant qu’artiste, on me dira ce qu’on voudra, on aimera, on aimera pas, mais en tant que producteur, j’estime que j’ai plutôt bien mené ma barque. A mon modeste niveau, avec mes petits moyens, j’ai réussi, étape par étape, à sortir deux albums. Avec un peu de chance aussi, mais c’est le travail qui a payé.

D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé ce que tu as dit dans ta chronique de l’album : « il faut s’affranchir un peu de J’éclaire ma ville ». Je pense que c’est la clef, moi aussi. C’est marrant, aujourd’hui, j’entends que J’éclaire ma ville c’est devenu « le classique absolu », « un truc cultissime » … Pendant cinq ans, on me disait que c’était un bon disque. Maintenant que le deuxième est sorti, le premier passe au rang encore au-dessus.

Genono : Pour moi, depuis sa sortie, il a toujours été dans mon top 10 rap français.

Flynt : Ca fait plaisir.

Genono : Mais je suis pas le seul !

Flynt : Oui, je voyais que c’était un disque qui avait plu. Même en concert ! Au mois de mai, j’étais à Rennes, 5 ans après la sortie de l’album, sans actu, sans rien … salle remplie, public à fond, donc oui, tu sens qu’il a eu un impact. Mais là, je lis des chroniques, y’a même un mec du Monde qui a dit un truc … genre « cultissime » …

Spleenter : Après, si c’est de la presse généraliste, t’as des consignes. Comme tu sais que les gens ne connaissent pas, il faut que tu gonfles le truc au maximum.

Flynt : Ouai je vois. Mais tu vois ce que je veux dire ? On dirait qu’il est passé à une espèce de postérité, tout à coup, tout ça parce qu’un nouveau disque arrive. Un autre truc qui m’a marqué : souvent, quand les gens font des commentaires, c’est « je ne suis pas du tout déçu ». Donc tu partais déjà en te disant que t’allais être déçu ? C’est ce que tu dis dans ta chronique ! S’affranchir du précédent album pour apprécier le second !

Genono : Le souci c’est que quelle que soit la qualité de l’album, tu vas avoir envie d’écouter le même que le premier. Si t’écoutes un deuxième album en te disant « je vais écouter le même que le premier » … ça sert à quoi ?

Flynt : Voila, c’est pour ça qu’il faut s’en affranchir. Et j’ai donc remarqué que les gens partaient battus, qu’ils se disaient « non mais de toute façon, il sera pas mieux ». Pourquoi tant de négativité dès le départ ? Laisse moi une chance ! Ou d’autres qui sont déçus à cause des instrus … parce que y’a que des instrus ? C’est un disque instrumental ? On me ressort que le négatif. Jamais le positif. Et moi, je pense très sincèrement que c’est mieux que le premier. C’est mon avis, il est peut-être pas partagé par tout le monde, c’est sûr. Mais je trouve les instrus meilleures, je trouve mon rap mieux maitrisé.

Fin de la partie 1/3. La suite la semaine prochaine.

 

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