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Interview : Dosseh suite et fin

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La suite de ça, pour ceux qui ont pas bien suivi. Vers la fin ça parle de cheveux et de Jeopardy, on s’est pas foutu d’votre gueule.

Spleenter -Vous vous êtes trompés ?

Dosseh -Non. C’est juste que comme c’est un remix, on voulait pas remettre la même phrase. On voulait réactualiser le truc avec une phrase bien caillera et cette phase de Kery tombait à pique. En plus de ça, vu que Sofiane était et est encore sûrement très proche de l’équipe Kilomaître, on s’est dit direct que si on décidait de faire un clip, y avait moyen de ramener un Kery James dedans.

Teobaldo -Certains disent que t’es quand même très pro black. Ça fait un peu faire la grimace à des gens. T’en penses quoi de ça ?

D -(il n’a pas l’air au courant) Bah franchement, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Les gens qui pensent ça, bah qu’ils continuent de faire la grimace. Si ce genre de choses ça leur donne envie de faire la grimace, qu’ils fassent la grimace et qu’ils restent figés à vie. Après, ça me dérange pas. Tout est question de perception. Y a des gens, quand ils vont t’écouter, ils vont capter que ces phases là. Donc, eux, ils auront cette image à de moi. Moi après, ça me dérange pas, c’est pas un problème, c’est pas un truc qui est spécialement rabaissant. Je m’en bats les couilles.

T -Le truc, plus précisément, c’est que souvent, le reproche c’était que tu faisais plus de feats avec des renois qu’avec des rebeus, par exemple.

D -Déjà, d’une, on s’en fout.

S -En plus, plus t’avances dans le temps et plus c’est faux.

D -Et voilà, de deux, c’est même pas vrai.

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T -Vu que dernièrement t’as souvent posé avec Niro, avec Sofiane, avec Seth… Bon, Seth il est pas rebeu, mais il est pas noir, non plus, donc ça compte.

D -Voilà. Donc qu’est-ce que tu veux que je réponde à ça ? S’ils pensent ça, ça veut surtout dire qu’ils m’ont pas écouté. Ou pas vraiment. S’ils sont tombé sur un son comme… Je vois même pas quel son pourrait faire penser ça, en fait, là maintenant.

T -C’est plus des phases dispersées par ci, par là. C’est plutôt comme un mec comme Booba, il a un peu cette étiquette parce qu’il y fait 2, 3 références de temps en temps.

D -Ouais. Moi, je suis un renoi, donc c’est tout à fait normal que je parle des choses qui concernent les noirs. Ça me touche, c’est normal. Donc une phrase, là, une autre là. Ouais. Mais si y a des gens qui n’entendent que ça et ils se disent que je suis un pro black en grimaçant. Qu’ils grimacent. Grimacez.

T -t’as jamais featé de chinois, non plus.

D -Oui mais ça c’est à cause du Dalai Lama (Rires)

S -Quand tu fais des références comme ça, en plus, sur les renois, je dirais que t’es plus à l’Américaine.

D -C’est exactement ça. C’est simple, ce sont mes réelles influences. Je me bute à ça. Ça me plait. J’analyse. Les rappeurs comme Jay Z ou n’importe quel autre, ils ont tous en eux cette espèce de cause renoie. Mais sans forcément en faire des ceaumors « Ouais il faut faire ci ! il faut faire ça ! » Non. C’est un truc qu’est en eux, ça se ressent même sans qu’ils en parlent. Et moi c’est exactement ça, j’ai pas forcément la volonté d’en faire tout un ceaumor. Après, je peux en faire un, c’est pas ça le problème. Mais je tiens pas à être le mec relou qui va te saouler sur tout un album, black panther à vie. Mais je glisse quelques phases. Peut être que dans mon attitude, mon imagerie, ça se ressent.

S -Je trouve aussi que t’en joues un peu, mais à un autre niveau, quand tu dis des trucs comme « Bosse comme un noichi… »

D -« … Gère le bizness comme un juif. C’est comme ça que je conçois le métissage »

S -C’est ça. C’est le genre de phase qu’a rien de choquant quand tu l’entends en Anglais dans un son US, mais en Français personne ne dit ça. Enfin c’est plus rare, ça arrive seulement. Lentement. Ça te démarque un peu, c’est pour ça que je dis que t’en joues.

D -C’est bien possible.

T -Y a peut être aussi eu le passage sur « 1001 questions » quand tu parles un peu de Dieudonné. Même si c’est juste de la réfléxion. Voire même de l’introspection. Mais y a des gens qu’ont quand même mal pu le prendre.

D -C’est pour ça que j’ai rien à répondre à ce genre de personnes là. Parce que, quoi qu’il se passe, ce sera un dialogue de sourds si en entendant ça tu te dis « Lui, il pense du mal des autres » c’est que t’as rien compris. C’est que t’es con en fait. Mais vas-y, pas de souci. Et on m’a dit « Je parle pas aux cons, ça les instruit » OK. Alors je leur parle pas, pas de problème. C’est même pas un truc péjoratif, pour moi. Ouais, j’ai dit ça. Et alors ? C’est une bonne réponse, ça. Les gens qui te diront « Il est pro black » en faisant la grimace. Tu leur répondras « Et alors ? » (Rires)

S -Sans transition. C’est quoi les questions les plus connes qu’on t’a posé sur ton frère ?

T -Est-ce que ça te saoule ? Est-ce que tu trouves ça normal qu’on t’en parle ?

D -Non. C’est la vie. Je vais pas te dire que je kiffe. À force, je vois aucun intérêt à ce qu’on me pose des questions sur ça. Mais ça me dérange pas.

T -Quand on comprend bien, en plus, toi t’es sur Orléans et avant tu nous as dit que t’étais plutôt vers Meaux, à l’ancienne, et Pit il est du 19ème, donc vous avez même pas grandi ensemble ?

D -En fait, on est demis frères. On a le même daron mais pas la même daronne et moi j’ai grandi avec ma daronne. Mais c’est normal qu’on me pose des questions sur mon frère.

T -Quand t’étais plus neujeu et que lui il explosait vraiment, tes potes ils devaient te casser les couilles pour lui demander de vous prêter une limousine ou une merco pour aller en boite, non ?

D -Ah bah ouais. Un peu. Mais vu que j’ai grandi de mon côté, même mes potes, ils étaient pas à fond sur ça. Ils le savaient, normal, mais il s’en battaient les couilles. On vivait nos vies à nous.

S -Et dans le même genre. Est-ce que, quand t’as posé sur Autopsie puis l’album de Booba, c’était clair dans ta tête qu’on te poserait des questions là dessus pendant 3 ou 4 ans ?

D -Ouais, ouais. Je te dis, c’est pas des trucs qui me gênent. C’est le jeu. C’est comme si demain, je vais à Secret Story et qu’après je suis choqué si on me parle de télé réalité. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est le jeu, mon frère.

S -Encore aujourd’hui, y a des interviews de toi avec Booba dans le titre…

D -Ça c’est juste pour faire de la vue. C’est pas un secret, ça attire les clics. Moi je m’en bats les couilles.

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T -Mais ça donne vraiment l’impression que pour trop d’acteurs du rap en France, le mec est vu comme une espèce de Rahel qui descend de son vaisseau une fois par an pour ses albums ou ses mixtapes Autopsies et qu’il embarque 3, 4 élus à chaque fois.

D -C’est ça.

T -Du coup, toi qui es monté dans le vaisseau spatial, elles sont comment les chiottes là haut ? T’as déjà vu des extraterrestres ?

D -Mais c’est exactement ça.

T -Tu trouves pas que ça peut être un problème, des médias qui fonctionnent comme ça ?

D -Un problème ? Non. Tout dépend comment tu te places. Comment tu voudrais que ce soit ? Comment tu veux que ce soit d’autre ? On fait du peura. Je vais te dire comment je vois le truc et quelle est ma philosophie : Si on me parle encore de ça après 3 piges, c’est que j’ai pas encore fait de bruit qui dépasse ça en 3 piges. Tu vois ? Donc c’est à moi de faire ce qu’il faut. Fin. Y a pas plus simple. Là je vais sortir mon bumal. J’espère qu’on le sortira dans les bonnes conditions marketings, j’espère que j’aurais le relai médiatique qu’il faudra et j’espère que les sons parleront aux gens de manière à ce que les gens écoutent Dosseh pour Dosseh, pour son univers, et pas par rapport au reste.

S -Et d’où t’est venue l’idée du freestyle Gangnam Trap Style ?

D -Le plus simplement possible. Un jour, ça devait passer à la télé, je l’ai entendu et j’ai appelé mon beatmaker Red Rum Music : « Hé gros, tente un délire. Prends la boucle de gangnam style et tu me fais ça en trap. » Aussi simple que ça.

T -Le délire trap, justement, ça t’as pris à quel moment ?

D -C’est seulement maintenant que je m’en rends compte. Mais pour moi c’est pas un virage du tout. Vu que je suis dedans depuis longtemps. Mais comme j’ai pas été trés présent ces derniers temps ça fait que j’ai pas préparé les gens à ça. Je m’en rends compte, là. Mais moi je me considère pas spécialement dans la trap. Je fais juste le son que j’aime. Il se trouve que mes derniers sons ont des sonorités trap mais je fais pas exprès. C’est ce que j’écoute. Donc j’ai choisi des instrus comme ça. Pour moi, y’a pas eu de revirement ou quoi que ce soit, je suis toujours dans le même délire.

S -C’était plutôt quoi tes influences à la base ?

D -J’ai toujours eu des influences très diverses. Là c’est un peu trap parce que c’est mon inspi du moment donc je le fais et j’essaye de le faire bien. Mais y a pas un truc en particulier qui m’a influencé. Ah mais, attends, si. Je suis un fou. Tupac c’était mon gars sûr. Tupac c’était Il Ducce. Lui, on peut dire qu’il m’a vraiment influencé. Après, le reste, j’ai toujours écouté plein de trucs aussi. Mon son c’est un mélange de plusieurs influences, je pourrais pas dire un truc en particulier. Ça peut partir de Nas, de Mobb Deep, de Jay Z. Tout ce que je kiffe, ça se mélange dans ma tête.

S -Et t’es plutôt du genre à donner des instructions trés précises à tes beatmakers ou tu te laisses surprendre ?

D -Ça dépend des sons. Je peux faire des commandes : je voudrais un son qui soit comme ça, que l’atmosphère soit comme ça. Et parfois on m’envoie des prods que je kiffe et je kicke. Y a pas de procédé précis. C’est au feeling.

T -Tu bosses avec qui, en prod, maintenant ?

D -Je bosse beaucoup avec Redrum Music qui a fait les prods de mes morceaux sur Karma et même sur Summer Crack 2, d’ailleurs.

S -Pendant toute une période, t’étais surtout avec Prodfather.

D -Ouais. Il est moins actif qu’avant mais il est toujours là. Toujours à ma gauche. Il est moins actif mais il aura sa place de choix sur mon album.

T -Qu’est-ce qui a fait qu’il est moins actif ? Ça l’a pas tenté de bosser avec d’autres mecs ?

D -Oui mais tu sais, c’est pas tout le monde qui est à fond dans le truc. Mais il est là. Y a pas eu de scission ou quoi entre nous. Lui c’est moi, moi c’est lui. Entre temps j’ai aussi rencontré Redrum Music, c’est un petit jeune de Belgique, il est très très très lourd et très complet. Quand je te dis qu’on a poussé la musicalité loin, j’espère que les gens pourront le percevoir à l’écoute de l’album.

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S -Dans une interview plutôt récente, tu t’es comparé à Ace Hood à un moment. Mais t’avais écouté son album avant de faire cette comparaison ?

D -Non, non. Pourquoi ?

S -Bah je sais pas, il est pas très…

D -Ah ouais ? Mais quand j’ai parlé de lui, c’était pas au niveau rap. Si Ace Hood dit qu’il fait un film, que dedans y aura Meek Mill, 2 Chainz et je sais pas qui d’autre encore, et bien quoi qu’il arrive, les médias là bas, ils feront le taff. Ils vont pas faire la sourde oreille ou faire les mecs. Mais je sais qu’ici, c’est le jeu. Je suis pas choqué, je suis pas surpris. Mais quand même, c’est dommage. En vrai, c’est pas normal. Les médias hip hop en France, tu sais…

T -Ils ont pas l’air de jouer le jeu.

D -Si tu veux mon problème c’est même pas que dans les interviews en elles mêmes, on ne parle pas que du film, c’est même pas à ce niveau là. Comment t’expliquer. Hormis mon interview, de moi, qui suis à l’initiative du projet ; c’est une info qui mérite d’être relayée. Indépendamment du fait que moi, je te contacte, pour en parler. Ça sort assez de l’ordinaire pour être relayé. En plus, ça concerne pas que moi. C’est pas un film où tu me vois marcher tout seul et ça parle que de moi. Y a aussi toute une partie de la scène actuelle. Rien que Seth Gueko, Sofiane et Niro, ils ont aussi sortis des projets à cette période là. Rien que par rapport à ça, ça devrait avoir un certain retentissement médiatique. Et moi je trouve qu’ils ont pas joué le jeu. En tout cas, pas à fond. Mais comme je t’ai dit, je savais avant que ça se passerait comme ça. J’ai pas été étonné ou déçu. Mais avec le recul, quand t’y penses, tu peux pas t’empêcher de penser que c’est dommage. Que c’est pas normal.

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T -Maintenant que t’en parles, Cramé c’est celui qui a fait le plus de bruit, pour moi. Mais c’est sûrement aussi parce qu’il était distribué par Neochrome qui était le gros label rue de l’époque. Les médias en ont parlé, mais pour eux c’était « Le film de Néochrome » t’avais déjà l’impression qu’il s’en foutait du film en lui même, que les sites étaient juste là pour buzzer sur Neochrome et qu’ils avaient pas fait le taff. Vu qu’en vrai c’était surtout le projet de La Cellule, le groupe de Caen. Maintenant que t’en parles, ça me fait penser à ça et non, ce n’est pas une question. (Un intervieweur de légende)

S -Oui mais si Karma a pas la même promo c’est peut être aussi à cause de son côté plus sérieux. Dans Cramé tu pouvais extraire 2, 3 scènes et en faire des extraits en disant « Regardez, c’est drôle, quand même ». C’est voulu. Tu peux le faire aussi dans « La vengeance » même si là on sait pas si c’est voulu. Ça donne des trucs pseudo cultes en 2 clics. Alors que toi tu peux pas faire une promo virale de ce type avec Karma. Mais effectivement, j’ai pas trouvé que les médias étaient à fond sur la promo.

D -Oui. Mais je suis conscient aussi qu’il faut le bon attaché de presse. Le truc serait sorti chez AZ, ça aurait été différent. Ça c’est des trucs qu’on sait. On fait avec. Tranquille.

S -Tu prends la mesure du truc.

D -Voilà. Mais dans l’absolu, c’est pas normal du tout. C’est pour ça que je me suis comparé à Ace Hood. Parce qu’Ace Hood c’est pas une figure majeure. C’est un mec qui est là, un peu comme moi, il est en train de se faire. Bon, J’ai pas écouté son album, toi tu me dis que c’est vite fait. Dommage pour lui. Mais ça reste un mec qui est en train de se faire, il a ses petits trucs et tout, mais c’est pas encore LE mec. Et même lui, malgré cette position là, si demain il fait son film, bien sûr qu’ils vont en parler. C’est « un truc de fou ». Parce que bien sûr que c’est un truc qui mérite d’en parler. C’est pas tous les 4 matins qu’un rappeur fait un film. Surtout en France. Avec le marché qu’on a. Parce qu’aux Etats Unis, un Ace Hood, même avec un album moyen, rien qu’avec un titre comme Bugatti et rien qu’avec Hustle Hard, il a rentré du biff. Donc ces mecs sont plus dans la capacité à faire des petits street films, comme ça. C’est moins exceptionnel, on va dire.

S -Alors qu’en France, ça se compte sur les doigts d’une main.

D -Tu vois ce que je veux dire. À un moment donné, les mecs, faut quand même respecter un peu le travail des gens.

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S -Pour le buzz, tu peux toujours faire une demande de mariage sur trace TV, à Liza Monet.

D -Au pire ! Si y’a que ça à faire.

T -Liza Monet, faudrait tomber bien bas.

S -Mais y a plus de Nicki Minaj en France.

T -Bah prends Shay. T’es pas obligé d’aller dans le film d’horreur, direct. D’ailleurs, un défaut de Karma, il n’y a pas de vrai personnage féminin bien présent dans le film.

D -Hmm hmm. Ouais. Avec cette expérience, on a vu aussi ce qu’on avait fait, ce qu’on avait bien fait, ce qu’on avait pas fait. En gros, on a vu les trucs qui pouvaient être améliorés. Donc si demain je suis amené à faire Karma 2 ou un autre projet, à ce moment là on mettra de la feumeu dedans. (Il sursaute presque) Ah mais en plus, je suis un ouf ! À la base, y’avait. Parmi les histoires qui gravitaient autour qu’on a pas gardé, il y en avait. À la base, on devait me suivre sur une mini série. Donc j’ai mes soucis dans la street, mais j’ai aussi mes soucis conjugaux. Dans la série, y avait 4 épisodes, on avait le temps de développer ça bien. Après, dans le film, il a fallu couper. On a zappé clairement plusieurs côtés du truc.

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T -Tu penses que si y avait des rappeuses plus douées en France, t’aurais plus facilement pensé à intégrer un personnage féminin ?

D -Bien sûr. Forcément. Parce que le fait que t’aies ses sons en tête, ça fait que tu penses à la personne. Alors que là, y en a pas. T’aurais voulu qui ? Parce que je suis pas contre, ça aurait pu être kiffant.

T -Bah dit comme ça, y’a Casey.

S -Oui mais là, ça va pas être un personnage de femme fatale.

T -Ah bah non, mais j’ai jamais parlé de femme fatale en particulier, juste de rôle féminin.

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T -Et du coup, t’as un Karma 2 en tête ?

D -Pas du tout. On verra. Pourquoi pas.

T -Y a pas beaucoup de comédiens de profession dans Karma.

D -Y en a même aucun. Pas de vrai comédien. C’est ça le truc. Même parmi les gens qui sont là et qui ne sont pas rappeurs, c’est pas des comédiens de métier du tout. C’est des gens, on leur a dit « Hey viens, tu vas faire tel truc. Tel rôle » Par exemple, la meuf qui est avec Esco, à l’hôtel, c’est pas une comédienne du tout. C’est juste une meuf qui peut tenir le rôle qu’était écrit. On lui a dit « essaie » et ça c’est bien fait. C’est vraiment un truc en mode artisanal de ouf, tu vois ?

S -Et pourquoi ne pas avoir fait une BO plus longue ?

D -Tu sais, la BO n’était même pas prévue à la base. Ça s’est fait en mode deuspi, vers la fin. Vu qu’à la base les mecs sont des rappeurs, c’est bien d’avoir le support musical.

S -Sur VIP (Very Insolent Personality) de DJ Bellek t’avais repris Disco Bitch. C’est toi qui l’avais choisi ?

D -Il m’a proposé plusieurs trucs et j’ai pris celui là. En fait ce son là, c’est pas Disco Bitch à la base. À la base, c’est un mec qui a fait ça en Français et elle elle a fait comme les mecs de la dance hall, elle a repris le ridim.

S -Donc tu reprenais pas « c’est pour la petite bourgeoisie… »

D -Non, non. C’était un délire (sourire)

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S -Maintenant on va passer à un questionnaire spécial. D’abord y en a un sur les petits frères du rap. C’est des trucs qui se sont passés mais avec d’autres.

PETITS FRÈRES DU RAP :

S -Si ton frère était en clash avec un autre rappeur, pour prouver que t’es pas dans l’histoire, est-ce que tu mettrais, sur les réseaux sociaux, une photo de toi qui tient l’album de ton frère dans une main et de son ennemi dans l’autre ?

D -Qui a fait ça ?

Les 2 -C’est Canardo.

D -…

S -C’était avant le truc de la baston, quand même.

D -Je me vois pas faire ça.

S -Est-ce que tu penses que seuls les fils de pute insultent les mères ? (Rire général et décès de Teobaldo)

D -Euh… En tout cas, c’était rant-ma.

S -Est-ce que, dans ta folle jeunesse, t’essayais de faire le fou avec une bécane dans les clips de ton grand frère ?

D -Non.

T -C’était qui, ça ?

S -Je crois que c’était le petit frère de Tyer.

T -Bigou.

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S -Est-ce que t’es toujours persuadé que ton grand frère est le meilleur rappeur du monde ?

D -Ah, ah. Non. C’était qui ça ?

S -Personne en particulier.

T -Pour moi, c’est Ikbal, ça.

S -Non, ça peut être T-killa, mais lui il a un peu raison. Est-ce que t’as été tenté de t’associer avec ton frère pour un projet commun, ou juste bizness ?

D -Non, pas spécialement. C’est déjà arrivé qu’on évoque ça, dans la conversation. Mais c’est vraiment resté au stade de la discussion.

S -Et est-ce que t’as jamais osé lui dire que dans Time Bomb tu préférais X Men et Lunatic et que dans le Secteur Ä tu préférais Ärsenik ? (Rires) Parce que, quand on t’écoute, y a pas mal de références à des phases cultes de Lunatic, d’X Men ou de Lino et finalement, très très peu voire jamais à Pit.

D -Je calcule pas. C’est que c’est celles là qui m’ont le plus marqué. Mais j’ai saigné son premier album comme tout le monde.

S -Est-ce que c’est arrivé que ça te desserve d’être son petit frère ?

D -Desservi ? Non. Ou en tout cas, pas que je sache. Moi, personne est venu me voir en me disant ça… En même temps personne va venir me le dire. Pas que je sache. Mais ça a déjà dû arriver. Tout arrive.

S -Ensuite, j’ai un questionnaire spécial sur TI vu que t’avais dit quelque part que t’es le sosie Français non officiel de TI.

D – J’ai jamais dit ça.

T -Je pense bien. C’est sur le Blavog que tu l’as lu ça. C’est moi qui l’avais mis.

S -T’es sûr ?

T -Oui, c’était dans L’arrêt de buzz.

D -Ah oui. Je l’avais lu, ça.

S -Et bien ça ne change rien.

QUESTIONNAIRE SOSIE FRINÇAIS NON OFFICIEL DE T.I.

S -Comptes tu te faire arrêter avec un lance roquettes dans les mois qui viennent ?

D -(confiant) Ça va arriver. Dès que j’ai une descente de buzz, c’est parti.

S -Que penses tu de la carrière au cinéma de TI ? Que peu de gens connaissent mais qui est extrêmement mauvaise.

D -Je l’ai vu dans Takers. Et ça va. C’est la seule fois où je l’ai vu en tant qu’acteur.

S -T’as jamais vu son film ATL donc ?

D -Non, je l’ai pas vu.

S -C’est dommage parce que ma question d’après c’était « Pourquoi au lieu de Karma, t’as pas fait un film sur le skate ? »

T -Et est-ce que ta cousine c’est la sosie non officielle de Ciara ? (Rires)

D -Ils sont vraiment cousins ?

T -J’en sais rien mais ils ont le même nom de famille.

D -Moi, j’étais pas au courant. Même pour les noms de famille.

S -Est-ce que tu comptes sortir un album « Dosseh vs La Famine » ?

D -Et bien… Non.

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S -Te considères tu comme le « king de la région Centre » ? Ou plus sérieusement, vu qu’il n’y a que toi et Niro qui ont percé pour le moment, est-ce qu’il y a une petite émulation entre vous ?

D -Ouais. Bah ouais, normal. Mais pas plus qu’avec Sofiane, par exemple. Y a pas une émulation spéciale de là bas. Niro il est fort donc y a une émulation, c’est ça le truc, pas la provenance.

S -Après j’ai un autre questionnaire mais c’est plus par rapport à des séries. Genre, est-ce que t’aimes bien The Wire ?

D -Ah ouais, mais je suis pas trop série, en fait. J’ai pas vraiment suivi.

S -Pour Sopranos, pareil ?

D -Pareil, je suis pas très série, donc bon.

T -Il parlait de Soprano, le rappeur. (Rires)

D -Non mais j’ai du mal à suivre une série. Y’a que Fouiny Story que je regarde. (Spleenter et Teobaldo mettent un petit temps à comprendre ce qu’ils viennent d’entendre puis éclatent de rire) Non, en vrai, je suis que films. J’ai du mal à me poser devant une série.

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(Ensuite, Spleenter essaie de lancer Dosseh sur tout un tas de films de super héros, mais c’est visiblement pas son terrain de prédilection)

S -Mais tu sais quand même qu’il va y avoir un Superman versus Batman ?

D -Ah non. Tu me l’apprends. Mais Batman il va forcément perdre.

T -Batman, il perd pas. C’est Batman. Même sans supers pouvoirs. C’est le plus malin.

S -Ouais, Batman c’est un petit enculé*. Il va se ramener avec une armure et de la kryptonite.

D -Non, j’étais pas au courant. Mais faut dire que je m’en fous, en fait. (Il dit ça l’air le plus diplomate et désolé qu’il peut)

S -Ah ouais, t’en as maté aucun. C’est pas du tout ton truc ? Même Batman ?

D -Si, j’ai bien aimé le dernier Batman. Le truc avec Bane, là.

T -Ah t’avais pas aimé celui avec le Joker ? Celui d’avant ?

D -Non mais ça, c’est des films, ça se regarde. C’est bien. Après je vais pas me le retéma, tu vois ?

T -Ah oui, je vois. (On sent Teobaldo qui essaie de se désolidariser du fanatisme de Spleenter, tel un fourbe petit espagnol albinos qu’il est) Mais celui là, en particulier, il m’avait marqué. Je trouve qu’il est au dessus. Au delà d’un bon film de super héros, c’est un bon film tout court.

D -Ah mais, de manière générale, je trouve que ces films sont archi bien réalisés. Ils sont bien. Y’a rien à dire dessus, mais c’est juste que c’est pas mon délire.

(Là encore il prend son ton le plus aimable, essayant de ne pas vexer ces gens étranges qui lui parlent)

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S -Bon… (l’amertume est totale) Quand on a interviewé Esco, on lui avait demandé sa définition de la punchline. Il déplorait le fait que le terme ait été vachement rabaissé. Et je me souviens aussi d’une interview de Niro où il ne comprenait même pas pourquoi on lui parlait de punchlines. Pour lui c’est un mot de travelo. Vu que tu connais les 2, où tu te situes dans ce truc ?

D -Je me situe entre les 2. Je vais t’expliquer pourquoi : parce qu’en effet, c’est dommage que le mot soit galvaudé. C’est devenu tout et n’importe quoi. Demain, un mec va faire une comparaison et tout le monde va dire que c’est une punchline. « Je suis frais comme une glace » « Ouais ! Punchline ! » Non. C’est une comparaison, point. Ça c’est une chose. De deux, quand Niro il dit que c’est un mot de travelo… (sourire) bon, c’est sa façon de voir les choses. J’ai vu l’interview où il dit ça. Je suis d’accord avec lui, justement, dans le sens où on dirait que les mecs veulent faire de la punchline juste pour de la punchline. Et en plus, en en faisant de mauvaises. En faisant des comparaisons. Des comparaisons ou des métaphores un peu foireuses aussi. Ce qui fait qu’au final, ça n’a plus d’intérêt. Parce que c’est que ça. Ça n’engage que moi, mais à mon sens en tout cas, c’est pas un truc obligatoire dans un texte de peura. Tu péras, tu racontes ce que t’as envie de raconter. Maintenant t’es pas obligé d’avoir une punchline à chaque mesure. Faire des phases de fou tout le temps, OK, mais parfois tu peux aussi parler normalement. Tu racontes ton truc. D’un point A à un point B. Et justement, ce qui met en valeur une punchline, c’est le fait qu’y en ait pas tout le temps. Si ton texte c’est que de la punchline de A à Z, ça tue le truc. À moins qu’elles soient toutes à un très bon niveau, mais c’est rare. C’est pour ça que j’étais d’accord avec Niro. Les mecs veulent trop faire que de la punchline, justement. Que de la punchline, que de la punchline. Ils veulent plus parler. Dire des vrais trucs. Des trucs qui vont parler aux gens, tout simplement. Ils veulent tous arriver en disant « Je rap comme un truc qui fait boum »… Ouais et sinon ?

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S -Et comment tu définirais ton style en tant que rappeur ?

D -C’est exactement ce que je t’ai dit tout à l’heure par rapport au sujet que j’aborde. J’ai du mal avec les cases. Si tu me demandes à moi comment je me définis, je suis incapable de te répondre. Parce que je sais pas quoi te dire. Pour moi, rappeur conscient ça veut rien dire, parce qu’y a pas de rappeur inconscient. Y a pas de cases où je me vois.

S -Quand tu te mets devant ta feuille, t’as pas ton petit schéma de rime ?

D -Non. Voilà. C’est à l’instinct. C’est par rapport à la prod ou peut être par rapport à ce que je vais raconter. Dans un morceau comme « 1001 questions » le but ce sera pas d’être technique. Ce sera de parler, de dire certaines choses. Dans un morceau comme « Igo » le but c’est d’avoir un gimmick. Chaque morceau a son utilité. Chaque morceau à son identité. le dénominateur commun de tout ça c’est que ça reste moi, la même voix, la même manière un peu énergique de péra, ça reste le même type d’écriture et ça reste mes références. mais comme tu dis j’ai pas de schéma d’écriture genre les 4 premières mesures sont comme ça, les 4 mesures après j’accélère, les 4 mesures d’encore après je fais un flow lent et je finis comme ça. Non. Je fais et c’est tout.

S -Et est-ce que t’as remarqué, qu’en fait, depuis que t’as le crane rasé, t’es devenu plus fort ?

D -Ahah ah ouais, tu trouves ?

S -C’est en me refaisant tous les clips que je me suis dit ça. Avant quand t’avais encore des petits veuchs sur la tête c’était bien mais c’est devenu sérieux quand t’as plus de cheveux.

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T -Moi, je trouvais aussi qu’au début, t’étais un peu trop scolaire dans ton débit. Quand t’as commencé à être plus « sale » ; ce qu’un puriste appelle être parfois pas dans les temps, ce que j’appellerais plutôt varier les temps. Perso, moi j’accroche mieux.

D -J’ai évolué, c’est comme tout. Comme t’as dit, c’était les débuts. C’est normal. Pour moi, c’est logique.

T -Et vu de l’extérieur, on a l’impression que tu te lâches plus et que tu t’amuses plus maintenant. Même niveau écriture sur certaines références.

D -C’est vrai. Mais c’est un truc auquel tu fais pas exprès. C’est naturel, tu grandis, tu vis ton truc, tu rencontres d’autres personnes, y a d’autres trips, d’autres références qui te viennent en tête.

T -Toi t’es du genre à écouter tes anciens projets avec du recul et te dire que là il manque ça, etc ?

D -Non. C’est rare que je réécoute mes anciens trucs. J’ai un petit peu du mal. J’ai pas besoin de réécouter pour me rendre compte de mes défauts. Je m’en rends compte déjà.

S -Et c’est ta marque les T-shirts « Niggers » ?

D -Non. C’est à des gens que je connais. Vous n’aurez pas de t-shirt gratuit.

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S – ton film sort chez Parabellum, t’es toujours en indé totale ?

D -Totalement, en indé totale. C’est sorti chez AZ/Musicast en fait.

T -Et pour Perestroika, du coup ?

D -Pour Perestroika, j’espère trouver un deal en édition. Un deal plus intéressant pour l’album.

T -Et si tu trouves pas, tu comptes tout faire en indé ?

D -Il faut, de toute façon. Le but c’est que non. J’espère que non. Normalement, t’aurais pas besoin de te poser ce style de question. Mais si jamais ça arrive. Ça arrive, c’est tout.

T -Je me demandais aussi, le son « Ricky » de Lalcko sur la BO de Karma, il a été enregistré quand ?

D -Là, pour Karma, justement. C’est un morceau récent. Avant de faire Ricky, ça faisait près de 2 piges qu’il avait pas fait de morceau. Et donc il a fait Ricky et là il a repris l’envie de faire des ceaumors. Donc pour tous ceux qui kiffent, il va reprendre du service bientôt, je pense.

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S -Quand tu parles du bled, il me semble que tu précises pas spécialement de pays, en général. C’est pour être plus universel ?

D -Quand je parle du bled, c’est l’Afrique de manière générale. je parle pas spécialement de mon bled à moi. Du Togo ou du Cameroun. Je parle du bled tout court. Parce que quand je vais parler d’un blème qui touche les renois, ça touche pas en particulier un Camerounais. Je vais parler d’un blème général. Pour un renoi Africain ou même Antillais. Donc quand je dis bled c’est pas forcément LE bled, le Cameroun, ma ville, Yaoundé. Non, c’est le bled d’une manière générale.

S -T’es plutôt amateur de Dieudonné, non ?

D -Oui, j’aime ces spectacles. Je les ai tous vus.

S -T’as pas essayé de l’avoir dans le film ? Vu qu’il était dans Cramé.

D -Bof, non.

S -Ça attire trop de problème ?

D -Même pas. De toute façon, le film je l’ai pas non plus sorti chez Sony pour avoir chaud de ça. Au contraire même. Ça aurait fait parler. Mais on a pas pensé à lui spécialement.

S -Un mot de la fin ?

D -Un mot de la fin pour les blavogueurs c’est qu’y a Karma qui est encore dans les bacs. Allez le pécho. L’album arrive.

S -Et dans cet album, t’as aussi casé des références comme Gandhi, Albert Camus, ou d’autres ?

D -Ah bah ouais. Bien sûr.

T -On pourra faire un jeopardy ou je sais plus comment ça s’appelle ce jeu où faudra retrouver les citations et de qui elles sont dans ton album.

D -À fond.

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S -tu penses quoi du Blavog ?

D -Moi, je suis tombé dessus par hasard. Ou alors, je crois qu’on m’avait envoyé un lien, par rapport à un truc que vous disiez sur moi. J’ai tapé des barres. L’intérêt du truc c’est l’humour décalé qu’il y a. Continuez à nous faire rire. Et franchement, les articles, ils sont bien tournés, c’est bien. Même le truc dont tu parlais « L’arrêt de buzz » c’est un truc con (rires). C’est un truc de con, mais tu rigoles. C’est marrant. C’est une manière différente d’amener des informations, c’est bien. Et en plus c’est pertinent dans l’analyse de la situation. J’aime bien le délire, il est poussé.

T -Cimer. Et cimer pour ton temps aussi.

D -Y’a pas de souci. Mais faut partir maintenant.

*Il faut quand même préciser qu’en sortant du studio, Batman attendait Spleenter pour lui casser la gueule et Teobaldo a alors fait un communiqué officiel disant que l’avis personnel de monsieur Ter, Spleen de son prénom, ne reflète pas l’opinion générale du Blavog et n’engage que lui.

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !)

Interview : Dosseh

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A un moment ça parle d’Albert Camus et du Dalai Lama, on s’est pas foutu d’votre gueule sur ce coup.

Spleenter -Dosseh ça te vient d’où comme pseudo ?

Dosseh -C’est mon prénom en fait, mon vrai prénom, celui que ma maman m’a donné.

S -T’es né à Orléans ?

D -Nan je suis né à Paris en fait, à la Salpêtrière. Pendant mon enfance j’ai grandi à Meaux dans le 77, et après je suis parti à Orléans.

Teobaldo -Et tu dirais que c’est quoi le plus campagnard ? Meaux ou Orléans ?

D -Ola pff.. Meaux c’est une petite ville de banlieue normale, et Orléans c’est une grande ville de province.

T -Ouais mais on m’a dit dernièrement qu’il y a des sangliers qui traversent la Loire, non ?

D -Ah j’sais pas moi j’en ai jamais vu en tout cas. Peut être dans les patelins autour , mais à Orléans t’inquiète pas, il n’y a pas de sanglier. Autour il y a des forêts et tout donc c’est possible, mais moi j’ai jamais vu ça.

S -Avant 2004 tu rappais déjà, mais pas vraiment sérieusement si ?

D -Non moi au début je rappais comme n’importe quel gamin dans sa chambre qui imite ce qu’il entend à la radio c’est tout. Je rappotais on va dire. Un jour il y a mes cousins et mon frère qui m’ont entendu freestyler, et de là est parti le délire de rapper pour de vrai.

T -Et le fait de voir ton frère, Pit Baccardi, faire quelque chose dans le rap, t’a motivé ?

D -Ouais bien sûr ! Quand t’es gamin, que t’as pas de recul, à première vue ça te motive. Tu te dis « ah ouais moi aussi j’veux être millionnaire à 20 piges » , puis après bon en avançant tu vois que c’est plus compliqué, qu’il y a d’autres paramètres qui entrent en compte. Mon frère est arrivé à la bonne époque, dans la bonne équipe, géré par le bon mec. Kenzy c’était un vrai stratège, il a mené sa barque loin. Même si au final ça s’est ramassé, mais tu vois quand ça tournait ça tournait pour de vrai.

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T -Tu penses que ça manque de mecs comme Kenzy aujourd’hui, ou il y en a encore ?

D -Le dernier mec qui me rappelle Kenzy aujourd’hui c’est Dawala. Dans le côté businessman qui vient monter son truc tout seul . Bon bien sur c’est grâce au talent de ses artistes mais surtout grâce à son mental qu’il a su quelle direction leur donner. On peut ne pas aimer, mais en tout cas moi sur le plan du business ce mec je le respecte à fond. Pour moi c’est lui le « kenzy des années 2000 ». Après dans un autre registre il y a Booba mais c’est pas vraiment comme Kenzy qui n’était que businessman. Booba lui, est artiste aussi. Mais en gros c’est les deux mecs qui sont aussi précis en terme de business.

T -Dans un son, Desperadoss il me semble, tu cites en références sur un même plan, Lunatic, les X men, et Alpha 5.20. j’ai trouvé ça très intéressant.

D -Moi je trouve que Alpha 5.20 c’est un mec qui a un bon mental, qui a su amener un truc. A son échelle aussi lui c’est un Kenzy. Un Kenzy du ghetto. Il a réussi à faire plus d’oseille que certains mecs plus médiatiques. Il a monté son business, musique, vêtements, je respecte. Artistiquement même j’trouvais qu’il avait un délire, avec son accent et tout. Ce qu’il disait quand tu creuses c’est pas n’importe quoi. Pour moi son premier album c’est un classique je le dis. « Vivre et mourir à Dakar » c’est super lourd. Moi je trouve que c’est un classique, et Alpha c’est un mec respectable.

T -Dans le clip de Matrix où tu tailles les renois avec des crêtes, t’as mis un renoi à crête, qu’est ce qu’il se passe ?

D -(Rires) Ouais on cherchait juste un mec avec un look de rockeur, bon il avait une crête ce sont des choses qui arrivent. On cherchait juste un figurant, il était là.

S -D’ailleurs les crêtes c’est un truc que tu combats depuis le début de ta carrière…

D -Enfin que « je combats », en vrai je m’en bats les couilles . J’croise un mec avec une crête dans la rue j’le calcule pas. Mais j’aime bien lancer des petites crottes de nez comme ça. Mais à l’époque de Bolide 2 et tout, c’était le début de ça. C’était surprenant de voir des renois en slim, avec de crêtes et des teintures. C’est spécial. Surtout les slims, encore aujourd’hui je comprends pas.  Les crêtes bon c’est juste une coiffure. Mais les slims je comprends pas. Chacun son truc. (rires)

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T -Sur Bolide 1, que j’ai découvert il y a pas longtemps, il y a Futuristiq, j’étais surpris. C’est votre seule connexion ?

D -Ouais c’est la seule, et encore ils ont fait un solo, c’est même pas un morceau ensemble. J’avais un cousin d’Argenteuil avec quelques connexions, c’est lui qui a ramené tout le monde, moi je connaissais personne. Il y avait du rap dans sa ville et connaissait un peu de monde. Il a ramené Futuristiq, moi je kiffais grave j’ai accepté direct. Il a ramené Lalcko aussi, pareil je le connaissais pas. A la base je connais personne dans le rap.

T -Et K.Ommando Toxic t’as un peu fait tes classes avec eux, comment ça se fait ?

D -En fait c’est des mecs que j’ai croisé en studio, comme nos trois grands frères étaient potos (NDLR : K.Ommando Toxik est le groupe de Bec Soul et T-killa qui est le petit frère de Calbo et Lino qui forment Ärsenik et donc connaissent bien Pit Baccardi, si tout ça te semble confus c’est que t’écoutes pas assez de rap). Après le feeling est passé tout simplement, donc on a continué. Quand le feeling passe on continue, surtout à cet âge là ! J’avais 18 ans à l’époque de Bolide 1. Je montais sur Paris , Orléans c’était pas le top.

T -Et aujourd’hui à Orléans c’est toujours difficile ?

D -Nan aujourd’hui il y a des trucs. Mais bon pour se professionnaliser t’es obligé de monter sur Paris.

T -Sur « Prototype » j’avais pas compris la phase sur Booba, « Va te faire niquer toi et tes livres comme dirait ce rappeur célèbre / j’crois que t’as oublié que t’étais nègre » , c’est bien deux phrases distinctes ?

D -Ouais ouais ça repart direct sur autre chose après la phrase sur Booba, c’est pas lié ! C’est même en entendant ce morceau là qu’il m’a appelé sur Autopsie.

T -T’as sorti Karma en été, comme les Summer Crack. Tu n’aimes pas l’hiver, c’est à cause de la neige ?

D -En fait les Summer Crack ça a pris naissance parce qu’il y avait des galères , il fallait que je trouve une solution pour ne pas rester sans rien faire pendant X temps. C’est né de là et ça m’a permis de tenir sans tomber dans les oubliettes totales.

T -D’ailleurs, ce sont de bons projets même si ça a plutôt été perçu comme des petits trucs qu’on écoute l’été et basta.

D -Pour que les gens perçoivent un projet comme devant vivre, il faut que toi même tu le fasses vivre. Pour Summer Crack j’ai fait qu’un seul clip, qui est loin d’être mon meilleur. Donc ça s’imprègne pas pareil dans la tête des gens. Si j’avais clippé le son avec Kaaris ça aurait eu un autre retentissement. Mais j’ai pas pu faire vivre le projet comme je voulais.

T -T’avais fait un autre truc avec Kaaris non ?

D -On avait enregistré un son ouais. Il taffait avec Galactik Beat à l’époque. Et donc ils m’avaient appelé pour une compilation. Au final la compile est pas sortie, donc le morceau non plus. Et il bosse plus avec eux. Mais « Pirates » ça s’est fait après ce morceau. C’était en 2011, le truc de Galactik Beat c’était fin 2010, début 2011.

S -Tu dois être un des seuls rappeurs à avoir invité Djé ! Il devient quoi ?

D -Ouais je crois bien !  Je sais pas ce qu’il devient. Moi à l’époque de Summer Crack je voulais inviter des mecs que j’aimais bien et qu’étaient pas mis en avant. Sofiane, Niro, Kaaris ils étaient pas connus encore. J’ai invité les mecs dont je kiffais bien le rap, Boysaf, Massassi tout ça. C’était intéressant d’inviter Djé, car à part sur les albums de Booba on l’entendait nulle part.

S -Sur l’album t’auras quel genre de feats ?

D -Il y en aura moins déjà, et ce sera bien précis, moins freestyle. C’est une autre aventure l’album. Les Summer Crack c’est vraiment dans un délire mixtape. Genre je t’appelle « ouais t’es op pour poser ? » et si t’es op boum tu viens et voilà on kicke. L’album c’est une autre réflexion. Tu pousses l’artistique plus loin, tu veux plus de musicalité, des trucs plus aboutis, plus intimistes sur certains trucs. Justement pour que ça traverse les époques.  Mais ça restera du Dosseh.

T -Mais t’es conscient que ce discours ça fait peur ? Presque à chaque fois qu’on entend un rappeur Français doué dire « Pour mon vrai album, ce sera plus sérieux » ça donne des albums formatés sans identité avec un morceau sur la daronne, un sur le racisme, un sur la tristesse etc.

D -Ah ouais nan mais moi c’est pas du tout ma perception du truc . Plus poussé, je veux dire même les morceaux qui tapent je vais les pousser plus. Aller plus loin, rendre le truc plus grand. Chercher des meilleures prods. Trouver le truc qui va faire la différence entre une mixtape gratuite et un album que les gens vont acheter. Il faut une plus-value tu vois ?

T -Par rapport à tes clips, t’as des côtés vraiment cinématographiques et travaillés. Et il y a un autre mec avec un délire cinématographique comme ça, c’est Escobar. Pourtant le jour où vous faites un clip ensemble, vous rappez juste sur fond vert… Pourquoi ?

D -C’est exactement ça ouais. Mais après faut demander à Esco. C’était son morceau, pour son projet donc c’est lui qui a organisé le clip. Je peux pas gérer le SAV sur ce coup !

T -Ouais, mais on a oublié quand on l’a vu… Ça fait 10 piges que t’es dans le rap, alors que t’es pas spécialement vieux. T’es un peu entre deux générations, entre les Seth Gueko, Lalcko, Escobar Macson, et les Niro, Sofiane, Kaaris etc. c’est pas chiant un peu ?

D -Nan moi je me rattache juste aux rappeurs que j’aime bien, sans parler de génération. A l’époque de Bolide je kiffais Despo, Smoker, Kalash L’afro, les mecs qui kickaient comme ça. Et aujourd’hui je côtoie les mecs qui kickent aussi. Sofiane par exemple que je fréquente hors rap. J’suis pas dans un délire ancienne école, nouvelle école. Je regarde juste si le mec tue. Je regarde ses prestations c’est tout. J’invite que les mecs que je kiffe.

T -Et aujourd’hui tu pourrais faire un Bolide 3, ou tu trouves le niveau trop faible ?

D -Si je fais un Bolide 3 il y aura forcément beaucoup d’invités.  Moi j’ai aucun problème à refaire des feats avec des mecs aux cotés desquels j’ai déjà posé. Si les morceaux étaient bons, m’ont plu et ont plu aux gens, je peux réinviter le mec. Je me sens pas obligé d’inviter un mec que j’ai jamais invité, quitte à ce que je l’aime pas trop. Regarde Niro et Sofiane on pose souvent ensemble ! Meek Mill et Rick Ross ils ont beau faire 10 feats on kiffe toujours ! L’important c’est que la musique soit bonne.

T -En parlant de Niro justement, au freestyle à Skyrock pour son Planète Rap, tu posais avec LMC click. Une connexion est envisageable ?

D -L’avenir nous le dira. On s’était jamais vus, on s’est croisé là-bas tranquille. Le feeling a l’air bon, si on est amené à se recroiser pourquoi pas.

S -Les provinciaux qui percent on a l’impression qu’ils prennent vachement plus le truc au sérieux que certains types d’Ile de France, tu partages cette vision ?

D -Il y a un truc qui est vrai, c’est que les mecs d’Ile de France ont tout à disposition. Ils sont au cœur du truc, ils ont les médias, les maisons de disques, les studios, le public de base. Il y a toute une détermination qu’ils n’ont peut être pas besoin d’avoir. Nous si on se sort pas les doigts du cul, on meurt. Il n’y a rien, on est obligé de s’accrocher . C’est possible que les mecs de Province aient plus dalle, juste par rapport à ça. Peut être que ça se ressent dans nos manières de faire ouais, c’est possible. Et puis quand t’es sur Paname, tu vas toujours croiser des mecs que tu connais quand tu viens d’Ile De France. Alors tu vas peut être te croire vachement buzzé. Nous il n’y a pas ça, peut être on garde plus la tête froide. Quand je monte sur Paname ouais j’suis un peu connu, mais hors de Paname vite fait et je le vois.

S -Dans un morceau tu racontes avoir vu ton disque chez un client de coke, et c’est le point de départ de ton film Karma, donc c’est une vraie anecdote ?

D -Ouais totalement. Et après c’est un peu romancé, mais oui c’est de là que ça part.

S -A la base ça devait être une série non ? Les rushs sont bouclés depuis longtemps ?

D -Depuis fin 2012, et le truc dormait dans un disque dur (comme cette interview, c’est pas beau ça ? NDLR), ça devait être série, on a décidé de tenter un montage film. On a trouvé que ça donnait bien, et on a voulu rester sur ça. On a grave raboté le truc, on a enlevé des petites histoires, et ça a donné le film. Il y avait d’autres personnages même, il y avait Mac Tyer et Kozi par exemple.

T -« Cramé » avait fait pas mal parler à sa sortie, tu avais regardé ça ? Seth Gueko il a un peu un rôle similaire dans les deux.

D -Moi « Cramé » je l’avais pas vu avant de faire « Karma ». Ouais Seth Gueko il est un peu pareil dans les deux, mais c’est une coïncidence. Avant « Karma » j’avais juste vu « African Gangster ».

S -T’as des anecdotes sur le tournage ?

D -A un moment donné on est dans une sorte de hangar, il y a un mec qui se fait buter au sol pendant que moi je prends un coup de pression. En fait ça ça s’est passé dans un parking privé du XVIIeme arrondissement. I l y avait souvent des habitants qui passaient, ils voyaient que des renois crânes rasés avec des armes. Il y avait des caméras des lumières et tout et ils ont appelé les flics quand même alors que c’était évident qu’on était en tournage. Le mardi qui suivait, les flics ont perquisitionné chez les gens, ils ont sauté toutes les armes, ils ont même analysé du faux sang pour voir s’il n’y avait pas eu de meurtre pour de vrai… Mais sinon il y a eu plein de trucs marrants sur le tournage.

T -On a interviewé Esco il y a quelques semaines et quand il te parle en vrai, t’as vraiment le même mec que dans le film. Les textes étaient écrits, ou c’était que de l’impro ?

D -En fait, c’est simple, pour pas que ça fasse surjoué, il fallait pas de texte écrit au mot près. Il y avait juste les informations clés, deux trois punchlines que je voulais qu’ils disent à tout prix. Puis après ils faisaient avec leurs mots à eux, ils brodaient autour, avec leur manière de parler. C’est pour ça que t’as le même mec à l’écran que dans ton interview. Ce n’étaient pas des rôles de compositions. C’était des mecs de quartiers qui se parlent comme des mecs de quartiers. C’est naturel.

T -T’as écrit les rôles en pensant aux gens ? Dans quel ordre t’as fait ça ?

D -J’ai d’abord écrit l’histoire. L’histoire existait déjà, puis en cherchant je me suis dit Esco je le verrais bien dans le rôle de Koffi, tel autre dans un autre rôle etc.

T -Esco le rôle lui va bien, le côté froid tout ça, mais il y a un truc nouveau par rapport au rappeur qu’on connaît c’est le coté avec les meufs, qu’on retrouve pas spécialement dans son rap.

D -C’est aussi ça l’intérêt du truc. Il s’agit pas de faire un film où on parle que de nous comme des caïds et tout. Moi qui suis à la base du projet, j’suis rappeur, je produis le truc, et j’me suis mis un rôle presque de victime, d’un mec qui se fait pressionner pendant tout le film. C’est aussi ça l’intérêt du film, on se met dans toutes les situations.

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T -Et tout le côté Karma justement, la vie qui te revient dans la gueule, c’était dans ton idée dès le début ou pas ?

D -Le titre en fait je l’ai trouvé vraiment à la fin . un soir je discutais avec les mecs avec qui j’ai fait le film, et on a trouvé ce titre. Mais l’histoire oui je voulais évoquer ça. Je voulais illustrer que la roue tourne , fais gaffe au retour de flamme.

T -Et le tournage a eu lieu à Paris, pas chez toi à Orléans, c’était parce que ça aurait été casse couille de le faire la bas ?

D -Non non même pas, si j’avais été à Marseille au moment du truc, et que tous les rappeurs habitaient à Marseille, on aurait fait le truc à Marseille tu vois. Là il se trouve qu’on était à Paname, tous les rappeurs que j’invite c’est des mecs de Paname , « l’équipe technique » (rires), c’est à dire mes deux potes , étaient à Paname. En gros tout était à Paname, donc j’allais pas ramener tout ça à Orléans juste comme ça. Ça coûte du biff. Sinon ça aurait pu être au Mont Saint Michel tu vois ce que j’veux dire ? (Rires de Teobaldo qui est originaire du Mont saint Michel et sait ce que c’est que de tourner là bas)

S -Et du coup ça c’est un projet d’été on va dire, mais c’est pas du tout du même calibre qu’une mixtape…

D -(Il coupe) Non bien sur que non ! Mais moi je le vois même pas comme un projet d’été. C’est un projet, tout court. Maintenant il se trouve que c’est sorti en été, comme ça aurait pu sortir au printemps.

T -Tu penses pas que ça aurait été mieux justement de le sortir au printemps, dans l’année ?

D -Ah tu sais il y a plein de trucs qui auraient été mieux. Moi j’ai fait le choix délibéré de le sortir là, cet été. Ca me permettait de refaire de l’actu jusqu’à la rentrée. C’était ça l’idée. Bien sur que si je m’étais dit « tiens je le sors en janvier 2014 » j’aurais eu le temps de faire plein de trucs en plus, ça je le sais. Mais j’ai fait ce choix. Les images elles dormaient dans les disques durs depuis septembre 2012. Donc à un moment donné j’allais pas le garder pendant deux piges. Même moi j’allais le voir vieillir je l’aurais pas sorti au final. Je me suis dit que le truc était honorable tu vois. C’est pas du Spielberg ou du Kubrick mais on a fait un truc. Avec les moyens qu’on a mis dedans, et le fait que ce soit nous, des mecs sans aucune expérience de quoi que ce soit en cinéma, je trouve qu’on a fait un truc honorable. Alors on l’a sorti puis voilà fin.

S -T’aurais pas voulu le défendre autrement ?

D -Moi j’aurais voulu mais j’avais pas le réseau cinéma. Le réseau du rap et celui du cinéma ce sont deux réseaux qui n’ont rien à voir du tout. Mais j’aurais kiffé comme tout le monde. Tu sors ton projet le but c’est qu’il soit vu par le maximum de monde. Mais l’idée de départ c’était pas du tout de le défendre comme un autre film. C’est un truc original pour le cinéma français, des renois avec des flingues.

T -Et si t’avais eu ce réseau t’aurais poussé le truc , tout en sachant que, comme t’as dit, c’est différent de ce qui se fait ici et ça n’aurait jamais connu les mêmes conditions de sortie qu’un film «normal» ?

D -Quand tu fais un projet comme ça, que tu es un rappeur, que tu sors un film, avec en plus que des gens qui ne sont pas professionnels, à aucun moment tu te dis « je vais faire une grosse production cinématographique et tout baiser dans les salles », non, c’est pas Intouchables. T’es pas dans cette logique là. A la base j’ai fait ça c’est juste pour amener du spectacle. Comme quand je fais un gros clip pour « Mon gang » sur Summer Crack tu vois. C’est de l’entertainment, fin. Juste histoire de venir avec un autre délire que Summer Crack 3, ou Pré-Perestroïka avant l’album…On fait un vrai délire, on va jusqu’au bout. Ca devait être la première série rap, street, française, puis c’est devenu ce film. Mais jamais on s’est dit on va tout baiser au JT, au festival de Cannes. On a fait du mieux qu’on a pu, notre premier public regarde le film, on l’a sorti. Je pense pas que tu rigoles en le regardant, même s’il y a des défauts, plein de trucs qu’on peut reprocher au film. Mais on s’affiche pas, tu te dis pas qu’on est ridicules dedans.

T -Ce n’est que mon avis hein, mais dans le film il y a des mecs qui jouent très bien, Lalcko, Escobar, Bassirou entre autres. Autant il y en a deux, dont celui qui joue le boss, des fois c’est dur… Autant il a un bon regard, tu veux pas l’avoir sur les côtes, autant quand il parle, parfois c’est fastidieux.

D -Bah après on dira que ça ça fait partie des reproches que tu fais au film. Mais comme je te dis on sait que ce n’est pas parfait. On est objectif, on sait où on se situe par rapport à telle ou telle référence. Quand je me place dans un contexte « film rap français » je sais que je me situe très bien avec Karma. Mais c’est sur si tu compares à des The Wire, des American Gangster ou quoi, forcément on est plus dans le même monde.

S -En gros, si on compare à La Vengeance, ça va…

D -(Rires) Nan, mais c’est quand même un truc tu peux le regarder tranquillement.

T -J’ai trouvé qu’il fait limite téléfilm, dans le sens où justement, ça fait pas cinéma gros budget, mais ça fait sérieux malgré tout. Puis la durée aussi y contribue.

D -Ouais on voulait pas faire un truc trop long, pas trop soulant. J’avais lu l’article de Captcha Mag là sur Karma, et je l’ai trouvé pertinent parce qu’à un moment donné ils avaient relevé un détail du truc en expliquant qu’on avait pallié au manque de moyen en faisant ci ou ça. C’était par rapport au fait qu’on voit pas de meurtre, de sang et tout. Pour que le truc soit crédible et beau, il aurait fallu une maquilleuse de ouf, et on pouvait pas, donc on l’a pas fait.

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T -Tiens d’ailleurs à un moment ton personnage drague une maquilleuse et on la revoit plus. Il la serre ?

D -Chacun se fait son interprétation ! Dans la version non coupée il se passe quelques chose mais ça a été jarté du truc.

S -Dans « Cliché » tu dis « j’avais pas d’autre choix que sortir de gros albums ». Tu parles de quel album ?

D -Je parle de celui qui va sortir ! Perestroïka ! La perestroïka c’est la politique qu’a mené Gorbatchev dans les années… Dans les années 80, pour relever la Russie. Ça veut dire reconstruction, restructuration. Ça signifie quelque chose dans mon histoire, et à ma connaissance, il n’y a qu’en Russie que le mec a réellement donné un tel nom à sa politique. C’est un truc historique la perestroika. « Restructuracion » en espagnol mais ça représente rien, même si ça veut dire la même chose.

S -Tandem au début arrêtait pas de dire ça.

T -Puis il y a le délire Sefyu aussi, ruskov. Les rappeurs français vous aimez bien Poutine ! (rires)

D -Nan après moi je trouve le mot il sonne bien, c’est frais. J’aurai pu appeler mon album « Restructuration » mais ça sonne pas aussi bien, ça amène rien. Il y a une dimension artistique, pas que du terre à terre, t’essaies de tout embellir, même le nom de l’album. Puis dans « Perestroika » il y a aussi le coté rigoureux, travailleur, comme tu dis (personne n’a dit ça). Moi dans mon rap ce que je prône de façon récurrente, c’est le charbon. Pleurer, se plaindre c’est pour les autres. Et si tu t‘es ramassé la gueule c’est que t’a fait une connerie c’est tout. Charbon, le travail, la dureté tu vois. On se reposera quand on aura des rhumatismes.

T -Charbonner, c’est un délire très à la mode dans le rap français. Mais est-ce que c’est qu’une mode ou est-ce que ça sert quelque chose ? Charbonner dans quel but ?

D -Chacun a ses projets de vie tu vois. Moi je sais ce que je recherche, ça me regarde , mais chacun a son truc. Il y en a qui veulent ouvrir leur chaîne d’hôtel au bled tout ça. Les gens qui me suivent vraiment, qui savent un peu mon délire, ils comprennent mon discours. Je prône vraiment ça le charbon, tout le temps, à fond. Dans tous mes textes il y a une phrase par rapport à ça. C’est ce qui m’anime. Chacun son ambition. J’ai des trucs précis en tête et je charbonne pour ça, la musique c’est un moyen, pas une fin.

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S -Et le titre de l’album tu l’as depuis le début de son histoire ? Vu que t’avais un album déjà à peu près prêt il y a trois ans, c’était déjà sous la forme de Perestroika ?

D -Non non justement c’est venu après, par rapport à ce qui m’est arrivé. Là j’estime que je suis dans une phase de reconstruction. J’ai eu un long passage à vide après Summer Crack 2, voire même depuis Summer Crack 1 si on va au bout de la réflexion, vu que c’est sorti pour pas tomber aux oubliettes. Donc Perestroika je l’ai trouvé suite à tout ça. Il a fallu repartir un peu depuis le début, recréer de l’activité, générer du flux, que les gens s’activent autour de ton blase. Parce que ça va vite, à plus forte raison quand comme moi tu n’es pas un rappeur confirmé, sans carrière aux fondations solides. Booba ou Rohff peuvent s’absenter pendant un an. Ils le font même pas. Ils pourraient s’ils étaient en galère, car ils ont 4 ou 5 albums derrière eux. Mais des mecs comme moi, un an d’absence c’est énorme. Il faut que tu reviennes pour de vrai. J’ai la chance d’avoir quand même pas mal charbonné dan le rap. Les gens ont l’image de moi comme un mec sachant rapper, c’est l’avantage. Je pars pas de zéro non plus.

T -Toi, t’as dû t’absenter, même si c’était pas une envie, mais est-ce qu’au niveau de la motivation, t’as été un peu refroidi ?

D -Non, même pas, parce que si je faisais du peura pour vivre, j’aurais perdu la motivation. Mais j’ai jamais été dans le peura pour faire des sous. Je veux dire que je serais content d’en faire, évidemment, mais j’ai jamais compté là dessus pour vivre. J’en fais parce que je pouvais, parce que je sais le faire. J’ai la possibilité de le faire, donc je le fais. Mais jamais je me suis reposé dessus. Donc si j’avais pu avoir une perte de motivation, ça n’aurait pas été pas par rapport au peura, ça aurait pu être par rapport à ce qui me fait vivre. Tout simplement. J’ai toujours été là, y a jamais eu de panne d’inspi ou quoi que ce soit. Après le syndrome de la feuille blanche, ouais. Tu peux l’avoir, ça dure une semaine, un mois. Mais j’ai jamais eu de panne d’inspi genre je sais plus quoi dire. J’ai toujours été dans le peura. Même quand j’étais pas là, j’étais là.

S -Ouais, y a toujours eu des feats par ci par là.

D -Voilà, mais même s’il y avait pas eu de feats, je continue toujours de rapper. C’est juste qu’il y a plus de trucs qui sortaient ou que j’étais plus au devant de la scène. Mais j’ai jamais arrêté de rapper. Y a pas eu de rupture genre un an sans rapper, sans écrire. C’est juste que j’étais moins actif. Du moins au devant de la scène, en tout cas.

S -Justement, j’ai peut être raté des trucs, mais j’ai l’impression que t’es pas super présent sur scène, concerts etc…

D -Niveau concert ? Je suis archi pas présent. De toute façon, c’est simple : en France c’est archi dur de faire des concerts. Si t’as pas de tourneur, c’est presque impossible. Parce que, quoi qui se passe, le peura ça reste une musique dure à vendre à des propriétaires de salles. Tout ça c’est compliqué et c’est aussi une histoire de réseau. C’est pareil. Si t’as un bon tourneur, tu tournes bien. Si t’as pas de tourneur, comme moi, c’est ponctuel. De temps en temps y a un plan. Une scène en Belgique qui se débloque. Ou à Montpellier. Ou je sais pas où. Mais vraiment, c’est rare. Tant que j’aurais pas de bon tourneur, ce sera comme ça. De toute façon, c’est comme ça, quand tu regardes ceux qui tournent grave bien : Youssoupha, Médine, Seth Gueko et d’autres, ils ont un bon tourneur. Y’a pas de secret.

S -Toi, c’est le genre de truc que tu voudrais mettre en place pour défendre ton album, par exemple ?

D -Mais bien sûr ! Tu sais, gros, je suis comme tout le monde, comme n’importe quel artiste, je kifferais faire des scènes tous les week ends. C’est bien. Tu rencontres les gens. Tu vois d’autres métiers. Tu vas dans d’autres délires. C’est très bien. C’est intéressant les concerts et puis c’est toujours mieux de voir le mec en vrai. Quand t’es auditeur, tu kiffes. C’est toujours mieux de voir le mec en face à face. Voir si il te procure le même effet que quand tu l’entends dans ses sons. Parce que parfois tu peux être déçu. D’habitude, tu l’entends : BAM BAM ! et là, il arrive sur la scène, il est tout chétif, il a chaud, il a peur, il ose pas trop. Il est là, on dirait une victime, un peu, alors qu’en son il est virulent de ouf, tu vois ? Moi j’aime bien ce truc là ! J’aime bien croiser les gens. Ils voient que je suis comme je suis sur leur CD.

S -J’ai remarqué dernièrement, plutôt dans les égotrips, t’as de plus en plus de tournures de phrase comme « Ta mère est une libertine » « Progéniture de tapin » On dirait que tu kiffes faire des insultes de base mais en les détournant avec des mots recherchés.

D -Ouais, ouais. Mais je fais même pas exprès, en vrai. Je calcule pas plus que ça. C’est un délire, histoire de changer un peu le truc. Je peux dire « Fils de pute » je peux dire « Nique ta mère », mais voilà « ta mère est une libertine » ça passe mieux.

S -Dans Holy Water, tu parles d’excès de sébum. Je crois que c’est la première fois que j’entends un rappeur dire ça. C’est des trucs qui t’ont marqué dans des pubs quand t’étais petit ?

D -(Rires) Non c’est juste de la vanne. Faut pas croire, on a du vocabulaire. Attention.

S -Et par rapport à un truc qu’on avait repris sur le Blavog, justement, quand tu cites Never Die Alone. C’est par rapport au livre ou au film ?

D -Au film. Je connaissais le livre, mais quand je l’ai écrit c’était par rapport au film.

T -C’est pas la seule citation que t’as reprise en plus. Y avait la phrase « Les gens qui sont derrière moi, je ne suis pas sûr de les guider. Les gens devant moi, je ne suis pas sûr de les suivre » d’Albert Camus.

D -Oui, je l’ai reprise dans Poètes Maudits avec Despo. Tu pousses, toi. Tu pousses loin.

T -Ah non, en fait c’est parce que je regarde du catch. Et y a un catcheur dont le gimmick c’est de faire le mec cultivé, hautain, tout ça (Damien Sandow) qui a cité cette phrase en disant que c’était d’Albert Camus. Et là je me suis dit « Mais c’est pas Dosseh, ça ? » C’est toi qu’es loin, en fait. T’en as beaucoup des phases comme ça ?

D -Ouais. Y a des petits trucs comme ça que j’ai en tête. Et quand ça s’y prête, je les reprends.

S -Tu te dis que tout le monde va capter la référence ?

D -Non, ce que je me dis c’est que ceux qui connaissent, ils vont dire « Ah ouais. respect » Et ceux qui connaissent pas…

S -Ils vont quand même se dire « La phrase elle claque »

D -C’est ça. Vu que la phrase est bien, ils vont quand même kiffer la phrase. Et le jour où la verront ailleurs, ils se diront « Ah ouais, mais ça vient de là ? Ah ouais, il est loin ». Exactement comme toi ça t’a fait avec Albert Camus.

S -Moi, pareil. Albert Camus, je savais pas. Mais le Dalai lama, quand je l’ai reconnu, j’ai tapé une bonne barre.

T -Mais est-ce que tu penses que le Dalai lama se balade dans l’Himalaya en reprenant tes phases à toi ?

D -Ahah je sais pas. Mais si il le fait, ça fait plaisir.

S -En plus, ce genre de références, on les attribue plutôt aux rappeurs conscients en général. Du coup avec toi c’est marrant parce que c’est surprenant et ça nuance ton univers aussi, si on peut dire.

D -À fond. Exactement. De toute façon, j’ai un petit peu de mal avec les cases. Rappeur comme ça, rappeur machin, rappeur truc. Je suis pas trop dans ça. parce que je pars du principe que quand tu fais de la musique, le Lundi tu peux écrire un morceau sur une situation reloue qui vient de t’arriver, t’as entendu un truc bien raciste, tu vas écrire sur ça. Mais le Mardi, tu sortiras de chez une meuf, tu vas pas écrire la même chose. T’écris selon tes humeurs, donc les cases, ce sont des postures. Et moi j’aime pas les postures. Je trouve que c’est pas honnête, c’est pas sincère. À partir du moment où tu fais ton fond de commerce d’une cause, t’es plus vraiment sincère. Moi je préfère être là et dire ce que je veux. Si je veux parler du massacre de telles tribus, je sais pas où, j’en parlerai. Si je veux parler d’une soirée en boite, je le fais. Si je veux faire un gros égotrip où y a pas de sens à chercher, je le fais.

T -Du coup, si un jour tu sais que dés que tu vas sortir le moindre son, ça va être grave écouté et décortiqué par tout le monde, t’as pas de thème en particulier que t’aimerais partager ?

D -J’ai des trucs qui me tiennent à cœur que je tiens à partager et que je vais faire, de toute façon. Que ce soit sur Perestroika ou même sur mes autres projets.

T -Tu te dis pas que si t’avais un poids et une influence considérable, ce serait mieux de parler de tel ou tel thème ?

D -Pas vraiment, vu que tout ce que j’ai envie de dire, je le dis déjà. Je dirais pareil. Ou peut être que je dirais d’autres choses parce que j’aurais vécu d’autres choses entre temps. Mais c’est toujours des choses que j’ai envie de dire, quoi qu’il arrive.

Coneheads_Poster

S -T’as beaucoup de phases genre « C’est pas un front que j’ai, c’est une tête d’ogive »

T -Ou « Front de bélier »

S -Tu t’es senti plagié quand Fababy a émergé ? (rires) Tu peux plus trop en faire comme ça. Pour les réseaux sociaux c’est lui, maintenant.

D -Ahahah, miskine il prend cher.

S -Autre question existentielle : Sur le refrain de Igo pourquoi tu dis pas « comme si c’était ma dernière chatte » ? Parce que ça rimerait avec « Droite ».

D -Bah je sais pas.

S -c’était trop vulgaire ? (le sujet lui tient visiblement à coeur)

D -Bah attends, on est pas à un gros mot près dans Igo. (Rires) Bah je sais pas, en fait. Le truc il m’est venu comme ça. Moi, la rime, je la voyais pas comme toi en « A ; ate ; a ; ate » moi c’était en « Oi ; oi ; oi ; oi » C’est « Droite » qui est l’exception.

S -C’est devenu un sport national de clasher La Fouine, mais t’es le seul qui l’a clashé avec 3 ans d’avance quand t’as dit « T’auras plus qu’à lancer des rumeurs sur ta propre mort pour récupérer ton buzz »

D -Ouais, je l’ai clashé par anticipation. Parce que je savais qu’en 2013 il allait faire ça, qu’y aurait ces histoires de clashs là. Je me suis dit « moi, je me positionne direct ! ». (Il reprend soudain son sérieux, réalisant que des attardés au fond de la salle peuvent vraiment prendre ça au 1er degré) Non mais c’est un hasard ou une coïncidence.

S -Et t’y as repensé quand c’est arrivé ?

D -Bien sûr que j’y ai repensé, j’ai repensé qu’à ça.

S -En plus, vu que c’était sur ton feat avec Booba…

D -Ouais, à fond. J’y ai repensé, ça m’a fait rire. Mais quand ce truc est arrivé, je me suis connecté sur twitter, j’avais reçu v’là les mentions. Pendant toute la journée, non. Pendant 2 jours où y a eu ce truc là, toute la Terre a défilé dans mes mentions Bam, bam, bam « Wow ! Dosseh il avait raison !! » etc… C »était marrant.

T -Le pire, c’est que quand t’as posé sur Expendables (Sur la compilation Mort Du Rap Game de Shone du Ghetto Fabulous Gang) quand tu dis « Tu serais même prêt à nous faire croire que ta propre mère est vierge pour augmenter ton nombre de vues » y a des génies qui ont réussi à voir un lien avec La Fouine…

D -Ouais. Mais ça c’était pas dans MDRG c’était dans le freestyle « BM Audi Merco Benz »

T -Ah ouais ? (C’est pas grave, Teo décidera de quand même laisser la pub clandestine pour MDRG)

D – ouais, exact, j’avais vu ça aussi. Mais maintenant, tu sais, les gens ils veulent ça à tout prix. Ils sont à l’affut, c’est un truc de ouf. Ils sont au taquet dés qu’il y a un truc.

T -D’ailleurs, finalement, à propos des clashs. C’est peut être pas dommage que t’aies pas eu d’actu à ce moment là. Y’avait presque plus de buzz pour personne. Sinon c’était très dur de parler d’autre chose. T’as eu un regard là dessus ? Ou tu t’es dit que c’était normal ?

D -Franchement je m’en bats les couilles. Je l’ai vu. Je l’ai vu passer. De toute façon je comptais rien sortir à ce moment là. Il se trouve qu’il y a eu ça. Je me suis mis en mode spectateur comme tout le monde, j’ai regardé. Round 1, round 2. Après voilà, ça s’est fini. Mais quoi qu’il se passe, ça c’est un truc qui peut pas monopoliser l’attention pendant x temps. 1 mois, 2 mois.. Parce que c’est l’actualité du moment. Mais à un moment donné, les gens veulent écouter du son aussi, quand même.

T -À force de parler de rappeur tout le temps, les gens veulent du rap, tu penses ?

D -Voilà. Quoi qu’il se passe, t’aurais pu sortir ton truc. Les gens t’auraient écouté quand même.

S -Par rapport à la reprise de « je boxe avec les mots » d’Ärsenik que t’as posé en feat avec Sofiane sur Blacklist 2, vous avez mis un scratch de Kery James. Pourquoi pas d’Ärsenik, justement ?

D -C’est juste parce qu’en fait il se trouve que… (il cherche ses mots)

35rj39la suite dans la partie 2 où la joie et la bonne humeur sont au rendez-vous (wouhou).

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !)

Dossehlai Lama

Une fois n’est pas coutume, derrière ce titre de billet peu inspiré se cache un petit hors-série dans la rubrique la phrase débile de la semaine, ainsi qu’une excuse pour vous faire profiter des photos trafiquées par les soins de @Asura__   Si vous suivez un peu le blavog, vous devez savoir qu’on apprécie pas mal Dosseh. Et si vous suivez pas le blavog bah vous le savez quand même puisque je viens de vous le dire.

En l’an de grâce 2009, sortait la mixtape Autopsie 3 de Booba, avec sa palette d’invités au niveau hétéroclite. Parmi eux, Dosseh, avec le morceau Non-stop, qui ne sera jamais clippé, faudra donc se contenter de ce superbe montage bâclé et amateur :

Venons-en maintenant à ce qui nous intéresse. A la fin du titre (vers 2’47), on peut entendre dans la tirade de Dosseh qui sert d’outro au son (il fait souvent ça Dosseh, il aime bien, y’en a qui vont réécouter leur couplet après avoir posé, lui il reste en cabine et il parle à un public imaginaire, c’est son truc) :

« On se nique la santé pour essayer de trouver de l’argent, plus tard on niquera de l’argent pour retrouver la santé. On vit dans l’excès comme si on allait jamais crever, puis un beau jour on crève, comme si on avait jamais vécu. »

C’est joliment dit, et c’est sympa comme conclusion, tout ça. Le problème c’est qu’un homme a déjà tenu presque exactement ces propos. En effet, lorsqu’on lui a demandé « Qu’est ce qui vous surprend le plus dans l’humanité ? », un certain Tenzin Gyatso a répondu :

« Les hommes… parce qu’ils perdent la santé pour accumuler de l’argent, ensuite ils perdent de l’argent pour retrouver la santé… et  penser anxieusement au futur, ils oublient le présent de telle sorte qu’ils finissent par ne vivre ni le présent ni le futur… ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu. »

Tenzin Gyatso, c’était anciennement Lhamo Dhondup (on ne se moque pas) mais il est désormais plus connu sous son blase de mc « le Dalai Lama » qui lui a permis de faire son buzz un peu partout dans le monde.

On entend déjà les plus malfaisants d’entre vous commenter « ah bah bravo, Pit Baccardi reprenait le slogan d’Adidas à son époque, au moins son petit frère il innove » ou « après Coluche, les punchlines des rappeurs cainris et les répliques de film, le rap français va toujours plus loin dans la reprise éhontée de lyrics », etc. D’autant plus que Dosseh La Famine a déjà utilisé des références assez folklo dans ses rimes.

Mais là je dis stop. C’est un peu facile quand même et ça repose sur des préjugés. Rien n’indique que c’est pas le Dalai Lama qui a lui-même pompé le rappeur d’Orléans en premier lieu. Quoi, parce que le mec est né en 1935, se fait appeler « sa sainteté » (un a.k.a pas super original je trouve) et a écrit des bouquins (rarement seul, il se fait ghostwriter à mort le gars), c’est impossible d’imaginer ça ? Réfléchissez deux secondes :

il se rase la tête depuis qu’il est en âge d’avoir des cheveux

il a pas de meuf mais vit avec un crew de mecs qui portent des sapes larges

il a des fans prêts à s’immoler pour lui

il a un discours de victime mais un public de bourges

il se plaint constamment du boycott de la Chine alors qu’il peut crécher dans n’importe quel autre pays, notamment les pays développés.

Ce mec a tout du rappeur hardcore en manque de buzz. On l’imagine très bien aux fourneaux, en train de cuisiner du crack, dispenser à ses bougs du Tibet quelques doctrines essentielles telles « soit t’es un homme soit t’es une pomme » ou encore « on va tous caner un jour, debout sur nos pattes ou à genoux comme des fiottes ». Sans parler de tous les égarés qui s’interrogent sur les conséquences de leurs actes et à qui il répond systématiquement, même à ceux en sandales « tant pis si les mains sont sales tant que les nike air sont propres ».  Alors qu’à la base c’est Dosseh qui a écrit tout ça. C’est vraiment dégueulasse.

Et on espère bien qu’un jour, Dosseh saura réclamer ce qui lui revient de droit.

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interview Lalcko (2)

alors cette fois les passages audios sont des bonus qui n’ont donc pas été retranscrits. ça me semblait assez évident mais les réseaux sociaux nous indiquent que nos lecteurs sont de plus en plus idiots, alors je précise. merci de votre attention.

Lalcko – Tout ça pour dire que tu peux pas te résumer à un seul angle. C’est ce côté là des parcours que je veux montrer. L’histoire de ton grand-père on peut en parler des heures par exemple tu vois. C’est pour ça que j’ai toujours refusé de voir les films comme Collision. Parce que c’est ça mon style d’écriture. Superposer plusieurs parcours différents. Arriver à tout mélanger harmonieusement pour avoir des gens, des vies superposées, qui composent une vision : ça c’est vraiment mon truc.

Spleenter – mais attends t’as vu forcément des films qui utilisent ce principe. Traffic, t’as pas vu ? Short Cuts, Magnolia ?

Lalcko – Non ! Dès que des films comme ça ont commencé à arriver j’ai évité de les voir. Tous. Quand j’ai vu ça, je me suis dit ça y est, ils l’ont ramené à l’écran. Quand j’écris, mon esprit est composé comme ça.

Spleenter – C’est marrant parce que Gueko on peut l’assimiler à un perso de comédie policière, Esco à un film d’horreur, Despo un drame urbain et toi je voyais pas trop… tu serais une sorte de narrateur d’un film-orchestre en fait.

Lalcko – Exactement. Et du coup, à chaque fois qu’on me ramenait un truc comme ça, avec les teasers et tout, je mettais de côté. C’est trop proche de ce que je fais. Je me suis dit « wow ». Parfois ça me faisait la même chose avec des sons de rappeurs américains… c’est pour ça que pendant toute une période j’avais un peu ce problème : je trouvais un truc, un titre, un concept et mes potes me disaient sors le tout de suite, ou dis au moins le truc publiquement parce qu’après d’autres l’auront fait entre temps. Et ça a pas manqué. Quand j’ai bouclé le titre l’argent du Vatican, j’ai commencé à… bon c’est peut-être l’inverse, c’est moi qui avais les yeux plus ouverts là-dessus qu’avant, mais je vois des unes de l’express et d’autres : « L’argent au Vatican », « Le Vatican et l’argent » (rires). Après je vois Raekwon qui fait une tape Vatican je sais pas quoi. Merde ! Le truc c’est que quand t’es dans l’air du temps, tu dois dominer ce genre de vitesse. L’autre problème c’est qu’en indé, des fois des titres sortent avec du retard. La 1ère version de Lumumba a été enregistrée époque 45, ça fait 3 ans de décalage avec la sortie.

Teo – Le gros problème de ce texte c’est que tu dis « cent Zannées » à un moment

Lalcko – ouais je sais mais bon. Ça fait partie de moi. Dans la vie je le dis comme ça aussi. Et en vrai, à un moment j’ai eu peur qu’on me prenne pour ce que je n’étais pas. Un genre d’intellectuel fou, qui prend plein de références un peu partout, qui les mixe et les fout partout. Je suis pas comme ça. Les mots que je dis je les comprends. Et comme je viens d’une culture orale, j’ai appris plein de mots dans des contextes où beaucoup n’ont jamais été. Quand la 1ère personne qui te parle de la Torah c’est un cousin qui vient de faire 15 ans de placard au Cameroun et qui l’a découvert là-bas, il te dit des trucs d’une façon… tu retiens des sonorités, c’est des années après que tu fais « ah ouais, Bar Mitzvah ça se dit comme ça». Mais tu gardes toujours comme référence la première fois où tu l’as appris. J’ai une grosse culture orale. J’ai lu un peu mais j’ai surtout une culture orale. Si je pouvais revenir et corriger la faute, je le ferai pas. Même les films, j’y fais référence…

Spleenter – les séries aussi

Lalcko – ouais, Tony Soprano c’est mon cousin (sourire). Quand je vois comment il graille, comment il se comporte chez lui, c’est un ours. On est pareils ! Même pas pour le concept gangster hein. Y’a une scène que je kiffe, c’est quand il dîne avec sa sœur et il supporte pas de la voir toute zen vu qu’il a l’habitude de se disputer avec depuis tout petit ; alors il lui lance des piques jusqu’à ce qu’elle éclate et là seulement il est content. Cette scène c’est une des scènes les plus gangstas de cette série. Si moi j’ai l’habitude que ma mère me crie dessus parce que je fais des trucs de ouf, et qu’un jour elle s’arrête, quelque part y’a un truc qui cloche, et limite tu te sens mieux seulement quand elle te crie dessus, parce que c’est comme d’habitude. Tu vois Tony, il a pas pu lâcher la criminalité, et moi c’est peut-être la même avec la musique. D’ailleurs même quand je faisais des conneries, je me suis jamais pris pour un cambrioleur ou je ne sais quoi. C’est seulement bien après, quand t’en reparles avec les autres que tu réalises et que tu distribues les rôles « ah, donc toi en fait t’étais grossiste ? Donc moi j’étais… Ah ouais ! » (rires) C’est pour ça que ma base, c’est le côté multi-facettes. Lumumba, au moins au niveau du clip je voulais être le 1er à le faire, bon je l’ai été qu’à moitié, y’avait Mactyer avec 93 tu peux pas test, mais c’était différent. Le concept c’était « l’universalité de la street » (slogan de Lalcko époque 45). C’est mon vécu.

Spleenter – « les vrais négros habitent l’histoire pas la géographie »

Lalcko – voilà. Moi à la fois je vais tourner Lumumba, en même temps j’ai des potes à new york, des ghanéens, nigérians dans les trafics que j’ai vus la dernière fois au Country Jail de Baltimore, à Paris d’autres encore sont dans des histoires, machin sort, l’autre prend tant d’années, pendant ce temps au Cameroun y’a aussi des trucs, je sais pas comment t’expliquer, moi je combine tout ça. C’est pour ça que je peux pas juste arriver et présenter qu’un côté, même si des fois je peux être impliqué avec des gens de façon directe, je dois tout prendre en compte sinon le film serait incomplet, il manquerait trop d’aspects.

Spleenter – T’as un côté un peu « Jackie Brown » en fait : tu racontes un truc qui à la base pourrait n’être vu que comme, en l’occurrence, une escroquerie de merde, sauf que tu le décris d’une certaine façon, du coup ça devient autre chose

Lalcko – Exactement.

Spleenter – D’ailleurs ça rejoint aussi ton sens de la formule, avec par exemple… bon le temps que je trouve, une question conne : d’où vient le nom Lalcko ?

Lalcko – roooooh non. Mais ce truc dont tu parles… tu vois les Iceberg Slim ? Des histoires de merde de mac tous pourris. Vu que la personne qui raconte est quelqu’un qui rentre dans les détails, le soin de l’écriture sublime le moment et ça crée un « instant » différent.

Teo – le style que tu décris, tu commençais déjà à bien le développer dans le 45, alors qu’un gars comme Hifi, avait à la base un délire bien à lui, mais dès qu’il a été dans 45, il a adopté le « style 45 », toi non. Comment ça s’est passé ?

Lalcko – Ça c’était une bataille de ouf. Tu demanderas à Jean-Pierre (rires). Ça pouvait aller loin. Je suis arrivé avec tellement de titres, sur certains il m’a aiguillé, il m’a appris énormément de choses. Pour d’autres, il comprenait pas : « mais c’est quoi ? C’est comme ce truc où tu rappes en italien… » (rires) pour Immobiliare. Ce qu’il voulait me faire comprendre à l’époque c’est que j’attirais l’attention sur moi et donc fallait aller à l’essentiel. Mais moi je suis arrivé avec une autre couleur, qui correspondait pas. Les gens me disaient t’es capable de faire un tir de sniper, fais un Deep Cover qui dure 3min et on tue tout le monde ! (rires)

Spleenter – Ça reste un morceau assez important pour toi, tu réutilises un peu la phase sur ta mère enceinte qui a « la rage au ventre »…

Lalcko – … qui devient « un 357 déguisé en femme enceinte », ouais. Dans 4916, je donne mon lieu de naissance aussi en disant « dans le 3-5 », même si peu le savaient, je donnais un truc en plus. C’est des clins d’œil pour ceux qui me suivent. Dans Blow c’est « je sors du ventre comme on sort d’une Chrysler ». A chaque étape de ma carrière, y’a un truc où je fais référence à ma naissance. Y’a plein de signaux comme ça que je mets sur mon chemin, pour me retrouver moi-même. Parfois je les redécouvre, y’a des trucs que mon esprit fait tout seul aussi.

Teo – Je t’imagine en petit poucet maintenant.

Lalcko – Ouais non, je suis plus l’ogre qui soulève le lit des enfants là. Pour leur faire peur, mais il les bouffe jamais. On nous fait comprendre qu’il faut buter l’ogre. Mais il a rien fait ! C’est toujours le même truc : si c’était les lions qui écrivaient l’histoire…

Teo – dans Jack et le haricot magique, c’est ça, il monte tout en haut, déjà on sait pas bien quel est le projet, il tombe sur le géant qui forcément veut le foutre dehors, comme toi tu vois une souris chez toi, t’en veux pas, mais Jack finira par tuer le géant.

Spleenter – Bah c’est l’amérique aussi

Lalcko – c’est la dictature des petits, ça s’appelle la démocratie : ils se mettent tous ensembles, pour qu’intellectuellement tu portes la faute. Si là, on te dit que y’a un gorille dans Asnières, première chose : on voudra tous le fumer, sans chercher à comprendre. Mais pour en revenir à l’écriture (on vous avait dit que Lalcko c’est le boss) la piste principale pour le prochain album, c’est le story-telling. Je veux vraiment venir sur le concept de narration, d’histoire racontée. Jusqu’ici y’a juste eu des bribes, mais c’est tout. Par exemple sur L’eau lave j’avais un morceau qui s’appelle Les Anciens, où je racontais un peu que j’ai rencontré tel mec à tel endroit, qui m’a dit ceci, etc. Ce morceau n’avait pas sa place. Il appelait le passé mais pas pour les bonnes raisons, il faisait sortir du contexte. Dans l’eau lave, à aucun moment t’échappes à l’ambiance principale : les pièges, le regard des gens sur toi, l’ambition… c’est vraiment un film. C’est comme ça que je l’ai conçu. Y’a des moments creux, des scènes que tu peux zapper mais peut-être que dans la scène que tu vas écarter tu vas louper quelque chose de crucial et t’y reviens du coup. Mais bon c’est pas un piège, c’est suffisamment ouvert pour que ton esprit s’échappe… bon ça c’est pour ceux qui ont vraiment une écoute « intellectuelle » d’un album.

Spleenter – Une écoute (il fait le bruitage de « au-dessus c’est le soleil« )

Lalcko – moi Dieudonné j’ai soutenu depuis le 1er jour. Son combat politique je ne le comprends pas, je pense qu’il a eu l’art de nous piéger aussi, il est provocateur, mais… le talent. Moi je soutiens son talent. Aujourd’hui on nous vend Céline à l’école. Quand j’ai lu certains passages, des mises en situation qu’il fait, je me suis dit que c’était un truc de ouf, niveau écriture. Mais je suis pas forcément rentré dans les idées de Céline. Après faut pas faire de syllogisme, Dieudonné n’est pas Céline. Je pense qu’il a quand même bien décomplexé les gens sur un certain nombre de sujets. On est en France, on est tous différents mais on est là, on échange.

(là Spleenter se lance dans un parallèle grotesque entre la provoc de Dieudonné et un vaisseau spatial kamikaze qui se sacrifie pour que le reste de la flotte puisse attaquer l’étoile noire de Star Wars : le premier s’éclate la gueule mais les autres peuvent s’engouffrer derrière)

Lalcko – Mais c’est ça. On ne peut pas faire évoluer les choses direct. C’est comme dans le rap, il faut une jurisprudence : créer des cas auxquels on peut se référer. Faut des pionniers, faut des 1ers mecs qui se plantent, des 1ers qui réussissent, des 1ers qui avaient tout pour réussir mais qui se sont plantés, faut aussi l’inverse, etc. Moi je comprends pas, les gens font comme si leur opinion régissait tous leurs actes. Mais dans ce cas là, ne bouffe pas. Les mecs par qui ce qui est dans ton assiette est passé, ils sont sûrement bien différents. On sait que Hariri, proche de Chirac a fait du finacement d’arme, y’a eu la guerre, beaucoup de morts, tu vas faire quoi ? Arrêter de bouffer Libanais ? A un moment je connaissais des gens qui me disaient « ouais c’est fini, j’achète plus telle marque ». Ok. Bah vas-y, fais la révolution. Fais la guerre à Coca-cola, bois Fanta. (rires). On vit dans un monde où il faut protéger son intégrité mais en la mettant sur des choses importantes et réelles. Si tu mets des barrières autour de trucs que tu ne maîtrises pas, le jour où elles s’écroulent, t’as plus rien. Y’a des gens aujourd’hui qui n’ont pas de principes, pas d’honneur, mais qui vont dire « ne me manque pas de respect » (rires) mais bien sûr que je te manque de respect ! C’est spécial. Donc ouais, Dieudonné c’est le plus doué des comiques, et ils le savent. Tu vois Al Peco, vu qu’il est à Toulouse il a produit une ou plusieurs dates dans le sud, pour un spectacle de Dieudonné. C’est simple, il m’a dit qu’en gros toute la communauté artistique de Toulouse, des responsables etc venait le voir, mais en cachette quoi. C’est dramatique. Mais le problème avec Dieudo c’est que tu vas lui tendre la main, il va te mettre dans la merde en disant un truc de ouf ! (rires) C’est pour ça que mon jugement s’arrête sur scène : là, c’est un tueur. Là où tu vois qu’il est très fort c’est qu’il arrive à te tirer l’essence du Français, le terroir, sans forcément agresser tout le temps. L’essence de l’Africain en France, il te la tire, de l’Asiat… tu sais pas comment il vise juste à chaque fois. Parce que si seuls les occidentaux rigolaient quand il imite un Africain…

Spleenter – ce serait du laurent gerra

Lalcko – c’est ça, mais les africains aussi sont morts de rire : « c’est un gamin, lui ! ». Quand il fait le président camerounais ! « Le moteur ! » Je crois qu’il a perçu cette fascination, qui existe chez les Camerounais et plus généralement en Afrique Subsaharienne, cet attrait pour le mécanisme, dans le langage. Tu as des gens qui vont dire « tu es le piston de ma vie », tu vois ? Je pense que Dieudonné a dû entendre une phrase du style qui l’a fait rire, et il a dû creuser à partir de là. Y’a plein d’expressions comme ça : « le gros cœur ». Parce que le cœur c’est l’équivalent du moteur. Imaginons que je te vends un sweat, et le soir je reviens te demander de me le prêter parce que je vais en soirée. Tu vas me dire « mais t’as le cœur comme une montagne toi ! ». Ce genre là, toujours une comparaison avec un élément immense. C’est de là que vient le morceau avec Escobar sur mon album.

Spleenter – « le président a le cœur comme une piscine » sur ce son, ça veut dire quoi ?

Lalcko – C’est pareil, c’est genre, le président qui a le cœur comme la piscine, c’est grand, ça veut dire que ça coule, il peut te noyer, c’est sans pitié tu vois, il a un gros cœur, une ambition démesurée. C’est le gars qui vient chez toi, qui s’en bat les couilles. Après tu finis en slip, tu vas nager, quoi. Et là où tu vois l’intelligence de cette façon de parler, c’est quand une personne va te faire une comparaison hyper précise pour décrire quelqu’un, en associant au cœur quelque chose qui pourtant en est super éloignée. C’est complexe à expliquer. J’avais déjà le concept du morceau mais j’ai vu le sketch bien sûr, entre-temps. J’ai expliqué le truc à Escobar et lui l’a retranscrit à sa manière.

Spleenter – Surtout qu’en plus, lui aussi aime bien Dieudonné

Lalcko – Escobar, il aime tout ce qui fait rire (donc si y’en a qui se demandaient, ça doit être pour ça qu’il est juge à rap contenders). Tu restes avec lui une journée, il va te faire rigoler de trucs qui ne sont pas marrants. C’est un ouf. Tu vois le genre de mec : il te fait la blague, tu rigoles, mais lui il rigole pas. Donc t’es forcé de rigoler encore plus. Pour les Camerounais, j’avais entendu un constat qui disait : le plus aimé des français c’est un Camerounais…

Spleenter – Yannick Noah.

Lalcko – Ouais. et le plus détesté c’est un métisse camerounais…

Spleenter – Joachim Noah ?

Lalcko – Mais non, pourquoi, il est pas aimé Joach’ ?

Spleenter – C’est juste que ça commence à faire chier qu’on me dise que je lui ressemble (rire général)

Lalcko – Mais c’est curieux quand même que ce soit un camerounais dans les 2 cas, le plus détesté pour Dieudonné et le plus aimé pour Noah. Je me dis que peut-être on est des bons entertainers. On arrive à provoquer un truc chez les gens.

Spleenter – Oui. L’envie de tuer.

Lalcko – Yannick noah ne donne pas envie de tuer.

Teo – ça dépend des chansons.

si vous voulez entendre une blague consternante sur Ice-T, savoir pourquoi Ill est le Alain Juppé du rap, être déprimé en apprenant que plusieurs duos Lalcko/Dany Dan auraient pu voir le jour, ou encore écouter des gens rapper du Mala en choeur, ça se passe ici :

la 1ère fois que des potes ont écouté du Wu-Tang, vu qu’ils étaient à la base plus orientés west, ils trouvaient que les mecs étaient pas calés. Déjà, le débat du pas calé : « ils rappent hors-beat ! ». Arrêtez. La notion que vous avez du beat c’est la caisse claire. Un beat ça a plusieurs dimensions : le rythme imposé par la basse, celui de la mélodie, etc. C’est pas « boom boom tchak ». Le rap s’arrête pas à Prodigy. Mais même Prodigy ne rappe pas exactement comme ça. Seulement comme il met très peu de mots par phrase, les français en ont déduit que c’était comme ça. Y’en a plein qui me disaient « RZA est pas dans la musique ». Je répondais « écoute les charleys ». RZA rappait sur les charleys. Le truc c’est d’avoir l’oreille pour découvrir de nouvelles façons de kicker. Tu peux être surpris la 1ère fois, surpris la 2e, mais le diktat de la caisse claire en France, ohlala… les débats sur le off-beat… là faut savoir que Lalcko est dépité et en parle comme d’une épidémie, la preuve :

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interview Lalcko (1)

il est à noter que cette interview date du mois d’août, et au cas où tu te poserais la question, l’intro s’arrête ici.

Spleenter -(Il va poser une question sûrement intéressante quand il tique sur un détail) Attends un peu ? T’as 3 téléphones ?

Lalcko -Ouais. J’ai 3 téléphones : Y’en a un, c’est une puce Lebara, pour appeler l’Afrique. Pour appeler tout le temps. Un autre, c’est un nokia double puce. C’est les trucs d’Arabie Saoudite. De Dubai. J’ai une puce du bled dedans et une puce SFR pour le boulot. Et l’autre, c’est un téléphone pour laisser un message.

Spleenter -D’accord, donc t’es Libanais. La seule personne que je connaissais comme ça, c’était un Libanais.

Teo -Ils ont grave des téléphones, les Libanais.

Spleenter -Ah peut-être. Lui c’était un Libanais du Sénégal.

Teo -Donc t’es devenu vraiment pro, maintenant ?

Lalcko -Pro ? Dans quel sens ?

Teo -Pour t’avoir, faut envoyer un mail à telle adresse. Après une femme te rappelle, etc…

Spleenter -C’est une secrétaire ?

Lalcko -Non. C’est pas une secrétaire. C’est une collaboratrice, elle travaille avec moi.

Spleenter -T’aurais dû dire secrétaire. Ça pèse plus.

Lalcko -Non, je vais pas te dire ce qui est pas vrai, tu vois ?

Teo -C’est un peu rabaissant, en plus, secrétaire.

Spleenter -Ça c’est parce qu’on est des blancs. (Spleenter n’est qu’à moitié blanc, en fait. Mais les gens qu’aiment pas le blavog disent qu’il est blanc, alors il tente le coup des fois)

Lalcko -Elle fournit beaucoup de boulot, énormément de boulot. Donc c’est vraiment une collaboratrice à part entière. Elle apporte autant en stratégie qu’un manager. Parce que moi j’ai pas vraiment de management. Au début j’ai eu Jean-Pierre Seck, pendant le 45. Après j’ai travaillé avec quelqu’un d’autre. Mais maintenant, je préfère prendre mes affaires plus ou moins en main ; y a des gens qui sont là pour prendre les décisions avec moi. Parce que prendre les décisions seul… tu vois. À la fin c’est toujours moi qui ai le dernier mot. C’est pas parce qu’on est indé qu’on fait pas les choses bien. Ma boîte, je la monte vraiment, c’est une vraie boite. Mon album, c’est un vrai album. Mon label, c’est un vrai label. C’est pas que je sois plus organisé maintenant qu’avant, c’est juste qu’on se met dans les conditions. J’ai eu des petits soucis et j’ai pas pu venir la semaine dernière comme c’était prévu. C’est normal qu’elle prévienne. C’est plus rassurant pour moi. Si vous avez affaire à moi directement, les mecs, vous allez galérer.

Teo -Ouais, t’es un rappeur, quoi. On a l’habitude aussi.

Lalcko -Ouais, mais je préfère pas. Je prends au sérieux le taf que vous faites ; et puis on a rigolé sur vos blagues. Si je dis que je viens, je me déplace vraiment. C’est ou je viens ou je viens ap, en fait. Y a pas de hiérarchie entre tel ou tel truc. Parce qu’on a reçu un message de quelqu’un : « C’est peut-être parce que je suis un p’tit blog ou quoi ? » Ça n’a rien à voir, frère ! C’est juste que voilà…

Teo -T’es beaucoup sollicité ? Et par quel genre de truc ?

Lalcko -Beaucoup sollicité… Après, je connais pas la situation des autres. C’est pas non plus le buzz de Rick Ross ou je sais pas qui.

Teo -Bah on est en france…

Lalcko -Ouais mais même en france, y a des mecs qui sont à un autre degré. Booba, Rohff, etc… ils sont 4, 5. Ça fait déjà beaucoup quand même. La france, c’est pas un pays où y a des milliers de journalistes, on est pas nombreux dans le rap. Il en faut très peu pour être busy, que tout le monde t’appelle. Donc c’est une question de proportion. Là on m’appelle, les gens veulent faire des interviews. On veut savoir comment je me sens après cet album. Est-ce que j’ai été contraint de le faire comme ça ? Est-ce que c’est un échec, une réussite ? Parce que les gens se fient beaucoup à l’image qu’on leur donne ; ils arrivent pas à se faire une impression eux même. C’est grave, hein ! Ils achètent un album, ils sont journalistes parfois, ils écoutent et ils aiment bien. Mais ils se disent « est-ce que c’est normal que j’aime bien ? En même temps, j’en ai pas entendu parler… » Alors que c’est une question de ressenti. Ce qu’on a perdu en journalisme, aujourd’hui, c’est que les gens arrivent plus à découvrir. Le taf que vous faites, je te dis la vérité, si télérama ou je sais pas qui le faisait, il vendrait 3 fois plus. Parce qu’il se prendrait la tête à se dire « Le mec il écrit comme ça, il a telles références. Pourquoi il est toujours à côté ? Bah si il est toujours à côté c’est qu’il a fait le choix d’être à côté. » Et bien cette lecture là, les gens ne l’ont plus. Les gens ont la lecture de masse. Ce qui sort de la masse, on prend. Tout le monde lève le pousse de Jules César : « Ah ça c’est terrible ! » Alors qu’avant, tout le monde disait que ça pue…

Teo -C’était plus courant avant, les gens qui se prennent la tête. C’est même pas qu’on se prend la tête, en fait. C’est juste on écoute le son.

Spleenter -On se prend pas la tête 10 ans.

Lalcko -c’est sûr. Mais ce que je veux dire c’est qu’avant, on disait que la compétence était dans la « musique urbaine. » On l’avait. On avait le kiff, on avait la passion. Tous les autres milieux l’avait perdue. Ils étaient dans le pognon, dans les trucs et les machins, ils en avaient rien à foutre de nous. Et nous, comme on avait rien, on s’est intéressé aux choses, on était créatifs. Je dis pas que c’était mieux avant ; mais, nous, ce qu’on vivait à l’époque…

Spleenter -Tu vas pas nous sortir le T-Shirt, quand même ?

Lalcko -Non ! Non, non. Ce truc là, je suis pas d’accord. Enfin, je m’en bats les couilles. Ce que je voulais dire, c’est triste à dire, mais la variété qui a connu une grosse crise en france a aspiré nos façons de faire, nos façons de penser. Ils ont dû se réinventer : « Voilà, on va essayer de redécouvrir des trucs, mettre en peu plus de passion. On va prendre des risques sur des artistes… » Parce que t’as des artistes, des mecs comme la tortue ou je sais pas qui. À la base c’est des mecs tout pétés ! Y’a 5 ans, il aurait pas franchi la ligne. Y a 5ans il fallait avoir la coupe de cheveux bien, nanani, le t-shirt qui déborde pas, les muscles, les trucs, etc… Aujourd’hui, ils sont en train de chercher les artistes atypiques ou alors des gens « différents » et ils essayent de marketer des choses différentes à un grand public. Et ça marche… Ils font des chansons toutes pourries parfois qui ont pas de refrains… Je dis pas tout le monde fait comme ça dans la variet, mais parfois j’entends des trucs qu’ont pas de sens. Pourquoi ils ont choisi ça comme tube ? Finalement, y a pas de refrain comme La danse des canards, parce que cette compétence qu’on avait, qu’ils nous ont envié pendant des années… Bah… comme d’habitude.. Ils sont arrivés et ils nous ont pillé et ils sont partis avec. Nous, aujourd’hui, on est dans le conformisme avec je ne sais quelles maisons de disques qui font je ne sais quoi… c’est dommage. Y’a des mecs qui ont des dates de sortie mais pas d’album… Et le contraire aussi !

Teo -Beaucoup le contraire.

Lalcko -Aussi. Si tu regardes, les plus gros artistes, parfois c’est le marché qui dicte. « Pour l’Eté, il faut un disque ! » Et des mecs se grattent la tête : « Comment je vais faire ? j’ai pas de thème » Y’a des rappeurs en france qui ont pas de thème ! C’est chaud ! Regarde le rap américain, y a 3ans on s’en moquait. Mais ils trouvent toujours un moyen de se réinventer. T’as vu les mecs qui se sont développés en marge comme les Jay Electronica. C’est pas des trucs que j’écoute, mais Jay Electronica, tu peux le croiser en soirée avec Jay Z. Et ils vont échanger sur la musique ! Les B.O.B ou autres qui ont influencé des artistes mainstream qui ont un peu pompé leurs trucs… Mais en france, jamais tu verras ça. Aux states, ils ont ce côté là. Ça marche pas toujours, mais ils s’inspirent de ce qui est bon. Quand un truc est bon, ils le prennent.

Teo – Ici si une tête d’affiche fait un son comme des petits gars du gouffre qui cartonnent, tu vas avoir 500 vidéos internet de mecs qui vont dire : « c’est un enculé ! »

Lalcko -Ou alors, ils font un son avec lui.

Teo -Mais ça se fera pas non plus, ça, en france.

Lalcko -Mais ils devraient ! Si le mec est bon ! Après, y’a aussi des trucs qui sont pourris qui sont applaudis… Mais un truc qui est bon : t’invites le mec ! Pourquoi pas ?

Teo – Ce que t’as dit pour les auditeurs, c’est valable aussi pour certains rappeurs : ils savent plus écouter. Si tu prends un petit, bon allez je vais dire Dosseh.

Spleenter -Bah il a posé avec Booba, entre temps.

Teo -Justement, maintenant on va te dire qu’il défonce.

Lalcko -Booba, je sais pas quelle direction il est en train de prendre, mais sur les autopsies, de ce que j’ai vu des Autopsie, c’est un peu cet esprit là. C’est un peu la compil des mecs qui montent.

Teo – Booba on peut lui reprocher plein de trucs, mais il joue le jeu. Mais avec les règles américaines…

Lalcko -Mmmmouais… Après, chacun sa logique. Je pense que c’est un bon rappeur et un bon entertainer. On peut pas lui retirer ça.

Spleenter -Pour rebondir sur ce qu’on disait, Rohff, par exemple, ça a pas l’air d’être son délire.

Teo – si, dans « Le cauchemar du rap français », il avait ramené un petit de Grigny qui s’appelle Mzé. Il s’est rien passé derrière…

Lalcko -Ils ont fait un titre ensemble ?

Teo -Ouais.

Lalcko -C’est déjà ça ! Mais faut pas dire ça parce que, Rohff, y’a quelques années il avait fait « Code 187. » Alibi Montana, Sefyu, Kamelancien. Les 3 ont fait quelque chose ! Le problème c’est plutôt le nombre de fois que ces expériences ont été répétées. Si ça arrivait plus souvent… Mais faut pas regarder que Rohff et Booba, faut aussi regarder les classes intermédiaires.

Spleenter – Alpha 5.20, le nombre de gens qu’il a featé… je dis pas qu’ils sont tous des Jay Z en puissance. Mais il avait cette démarche là.

Lalcko -Et cette démarche qu’il a eu, ça lui a permis d’entretenir une machine, de faire émerger des têtes et parmi, si ça se trouve, y aura un putain de rappeur. Ça commence comme ça. Quand tu vois que Rick Ross il a commencé derrière les Trick Daddy et tout ça… Il était backeur pour Trick Daddy. C’est pas le même style de musique ! A un moment, faut bien faire émerger les choses et les gens sont bien marrants à se plaindre, mais ils font rien pour. Ils savent même pas faire d’affaires, parce que c’est comme ça qu’on génère de l’argent. Si on pouvait faire de l’argent tout seul, ça se saurait. Les américains sont pas fanatiques de leurs voisins, ils sont pas amoureux de leur prochain. Mais s’ils intéressent des gens à leurs affaires, ça multiplie les compétences, ça ouvre des territoires. Ça permet de pénétrer d’autres univers musicaux. Un mec de Philadelphie avec un mec de New York sur le remix d’un mec de Miami, imagine ce que ça peut provoquer comme mini séisme dans la rue. Les gens écoutent. Si on réagissait comme ça, ça fait super longtemps qu’on aurait gagné tous un peu plus. Parce que là, les gens parlent d’argent, en france, on est les rois pour parler de l’argent mais on le déteste. C’est pour ça aussi que j’ai appelé mon album comme ça, d’ailleurs.

Spleenter -Ou alors, on en veut mais on en parle pas.

Lalcko -Non, ça c’est la nouvelle mentalité. Je te promets que plusieurs fois, on a ramené le moyen de faire de l’argent aux gens et non. Y’a eu un repli, sur les fondamentaux. « Non. Nous ici, c’est comme ça. » Faut faire un choix… L’oseille c’est une façon de faire. Regarde, c’est simple : Dans la zic, combien de gens essaient de penser aux rappeurs ? je suis pas là pour faire un documentaire sur les rappeurs, mais c’est le milieu dans lequel je suis. Combien ont favorisé leur orgueil, souvent un orgueil mal placé, à la possibilité de faire des choses ? Ça passe par des excuses genre « Ouais mais moi je suis un vrai ! », « Moi je suis un truc » etc… Mais ils sont vrais quand ça les arrange. Ça veut rien dire, c’est comme le coup de « On sort pas avec la sœur du poto » mais « On peut se marier avec. » Chacun a sa version… « Oui la weed » mais « Non la C' » et puis ça devient « Non à l’héro » mais « Oui la cec’ ! » Tu vois ?… On évolue… Tous les 5ans on franchit un pas.

Spleenter – Ça me fait penser, Kenzy sur Allmade disait qu’à la base, le featuring avec Johnny aurait pu se faire beaucoup plus tôt ; mais qu’ils avaient tous dit « Non, attends… On peut pas, pour notre image… »

Lalcko -Ça c’est autre chose, parce que c’est vrai qu’ils étaient peut être pas prêts et que leur public non plus. Eux, je peux les comprendre, parce que c’est la première génération.

Spleenter -Je dis pas que je peux pas les comprendre. Mais ce que je veux dire, c’est qu’après, quand tu le refais…

Lalcko -Exactement, ou tu le fais ou tu le fais pas. Tu sais, on a beaucoup craché sur les anciens…

Spleenter – Gynéco il est toujours dans mes oreilles. (Ce n’est pas sale)

Lalcko -Pour moi, des mecs comme Mysto… c’est un mec bien plus intègre que les gens qui se foutaient de sa gueule quand il faisait « Gangster d’amour » ou ces trucs là. Il assumait des délires artistiques. Parce que le Ministère, à l’époque, ils étaient dans un délire. Moi aujourd’hui, je suis Mysto. Pas forcément sa façon de rapper, mais sur son parcours, je trouve. Je lui tire mon chapeau parce qu’il a réussi à faire de cinéma, sans faire son cinéma, tu vois ? Il a pas fait tout un cinéma sur « je vais être comédien », il a eu des vrais rôles. Il est respecté dans ce milieu là. Dans la musique, aujourd’hui, il est pas le plus fort mais il peut continuer à faire des albums pour se faire plaisir. Je pense que c’est un des rappeurs qui vieillit le mieux. Et quand tu le vois en soirée, il est là il fait ce qu’il a envie de faire. À un moment, c’est ça être intègre : « faire ce que t’as envie de faire. » C’est pas le genre à s’auto brimer pour ensuite faire des virages à 360 incompris.

Spleenter – le retour avec son dernier album était sympa.

Lalcko -Et Escobar lui a écrit un titre dessus.

Spleenter – y avait le remix avec Lino, Despo, Alpha etc… Et ça faisait plaisir, parce que tu voyais la filiation.

Lalcko -Exactement. Et c’est étrange de voir que ces rappeurs se reconnaissent dans un mec comme ça. Qu’ils reconnaissent avoir été influencés par un mec comme ça, aujourd’hui et qu’ils le disent. Parce qu’y a quelques années, je peux te dire qu’on entendait beaucoup « Ouais mais Stomy… hein… » Mais la force de la boxe, c’est quoi ? Le rap c’est comme la boxe ! La boxe, c’est revenir. C’est se manger un punch et revenir !

Teo -C’est une phase de Lino. « L’important c’est pas combien de coups tu donnes, c’est combien t’es prêt à en encaisser »

Lalcko -C’est ça ! Donc ils nous font bien rigoler. C’est facile d’être dans une bonne position, de mettre une bonne droite, gagner son 1er match par KO et s’arrêter là. C’est là que tu vois que dans ce game, au Etats Unis, je parle beaucoup des states vu que c’est là bas que ça a commencé, là bas on respecte la longévité.

Spleenter -Ça me rappelle un truc de The Wire où t’avais Cutty (temps d’arrêt) que tu me rappelles un peu, d’ailleurs, là que je t’ai en face de moi. Dans la scène où il montre un match de boxe aux jeunes…

Lalcko -C’est Mohammed Ali.

Spleenter – un des jeunes fait « l’autre mec c’est une fiotte. » Cutty dit « Non, un mec qui encaisse comme ça pendant tant de rounds, c’est pas une fiotte. Parce que ça veut dire qu’il est monté sur le ring, en sachant que l’autre était plus fort que lui et qu’il allait se faire taper. »

Lalcko -Bah oui ! Ça veut dire que c’est un stre-mon. C’est un stre-mon ! Moi je suis croyant. Que fait la génétique ? Y’en a qui ont plus d’attributs que d’autres. Et finalement, elle est où la bravoure à être tombé sur un mec qui est plus faible que toi ? La bravoure elle est là : un jour tu tombes sur un mec plus faible que toi, tu gagnes, mais un jour tu tombes sur un mec plus fort que toi, tu te tapes ! Après je vais pas jouer au super héros, le mec qui va jouer à l’Irlandais ou je sais pas quoi. Dans le rap c’est ça. Tout le monde est focalisé sur la carrière des artistes, mais moi j’essaie de voir sur la longueur : avec tout ce qui arrive dans la vie, quelle musique t’es encore capable de produire après tout ça ? Et c’est sur ça que je fais mon jugement. Je vais pas juger sur les 3 trous que t’as dans le corps, j’en connais qui en ont plus. Je vais pas juger sur la misère que t’as vécue, ça m’intéresse pas. Ça compose ta musique mais c’est pas ta musique. Parce qu’à ce compte là, tire dans une cabine et t’as le son de l’année !

Teo -C’est de la matière brute, mais il faut la raffiner.

Lalcko -Exactement. C’est sur cette longueur là que je juge. Et c’est pour ça que je dis que le rap français est pas forcément en train de mal évoluer, il y a quand même de bons punchers en tête.

Teo – est-ce que ça tourne pas un peu en rond ? Parce qu’Escobar est quand même très fort. Dans certaines interviews, tu le vois tomber le masque, un peu, tu le sens un peu dépité même si en même temps il continue parce qu’il aime ça.

Lalcko -Pour ce qui est du cas d’Esco, c’est un frère. Et c’est pas vraiment le masque qui tombe, en fait, mais il affine sa façon qu’il a de se battre avec les moyens qu’il a. Faut savoir qu’à côté de ça, il a un métier.

spleenter -On l’a compris quand on l’a vu freestyler en costard.

Lalcko -C’est ça. Il a son métier où ça se passe très bien, donc c’est un mérite qu’il accorde encore du temps à la zic. Je pense qu’il aime faire les choses bien, en sniper ! Pour éviter de tourner en rond. Y’a une différence entre quand on a débarqué et maintenant. La façon de voir les choses évolue. Mais je pense pas qu’il ait perdu son mojo, parce que c’est une véritable affaire de le voir en studio. Tu lui mets un son et… de toute façon on se transforme tous. Moi j’ai beau faire le mec speed, qui a toujours des trucs à faire ; tu me mets dans un studio avec un bon son…

Teo -Tu restes toute la nuit si il faut.

lalcko -Voilà ! Tu vois, je fais mon morceau.

Spleenter -Ça reste la passion.

Lalcko -Ouais, voilà. Je kiffe le faire. J’espère qu’avec Esco et les autres, on sera un exemple pour une autre génération de rappeurs qui vont arriver. Des mecs qui se diront : « J’ai mon taf, j’ai mes affaires à côté. J’aurais préféré que ce soit le rap qui paye tout comme ça je le ferais à 15 000% mais voilà. Alors comment je dois faire pour rester toujours opérationnel dans le rap à 300% ? » C’est une forme de schizophrénie, presque. Faut se dépasser. Parce qu’à un moment, quand tu branches le micro, tu te dis : « Ça y est. J’ai déjà été dans les affaires toute la journée… Faut que je me refocalise ! » Parce que les gens attendent LAL ou bien Esco, ils veulent pas le savoir ! S’ils trouvent ça nul, ils le diront ! Pour faire cet album, j’ai pris du temps. J’ai mis tout à côté. Pour essayer de mettre plusieurs étages dans mon concept, que ça soit meilleur que ce que j’avais fait avant. Même si les gens le perçoivent pas tout de suite.

Spleenter -On a l’impression qu’y a une nouvelle étape de franchie. Mais on peut pas trop la définir.

Lalcko -Mais c’est plein de petites choses ! Diamant noir, c’était vraiment le produit brut. Diamants de conflit c’était plutôt un truc en éclosion ; t’as des morceaux qui brillent déjà un peu plus que d’autres. Comme des Lumumba ! Dans Diamant noir, t’avais aucun truc qui sortait du lot, t’as pas des titres qui portent le projet à eux seuls.

Teo -Qui portent, peut-être pas. Mais tu prends des sons comme Extension du territoire

Lalcko -Voilà ! C’est peut-être un très bon son, mais ça porte pas…

Spleenter -Ou le truc avec Esco. De toute façon, y’a toujours un truc avec Esco donc c’est pas difficile.

Lalcko -Voilà. Mais sur Diamants de conflit, y a Lumumba. Et le truc, c’est ça : Lumumba a porté Diamants de conflit à lui tout seul ! Pour ceux qui connaissaient pas le projet. Pour ceux qui connaissaient pas Lalcko. Pour moi c’est devenu un tampon : « Le clip avec le mec en Afrique ? Ah ouais ! » Le clip, le titre, ça ajoute. C’était un ensemble en fait. Et pourquoi c’était un street ? Dans la définition et la profondeur du thème. Y a des morceaux qui étaient vraiment bien, mais dans le thème général, c’était pas assez…

Teo -Défini ?

Spleenter -T’as une vraie exigence au niveau de l’album.

Lalcko – Voilà. C’est comme un tableau. Si je prends une photo là et après je te ramène un tableau et tu vois que j’ai rajouté une troisième personne. Tu vas dire « Ton tableau il est faux. » Y a une vraie exigence au niveau de l’album que je pourrais pas vraiment expliquer. Avec le recul, y a des choses qu’on peut toujours faire mieux mais ça je suis pas fan. Parce que je veux toujours laisser une part d’excitation, une part d’erreur qui fait la beauté du truc. quand tu fais pas d’erreurs, quand les morceaux sont tout bien comme tu voulais… C’est pas surprenant…

Spleenter – Quand le clip Lumumba est sorti, je croyais que ça annonçait l’album. Et ça a quand même pris vachement de temps.

Lalcko -bah, c’est des aventures : tu rencontres des gens, vous allez faire le truc ensemble… Puis finalement, tu réalises que t’es en train de t’ajouter du poids. Y’a toute une métrique, en fait, en indé. C’est l’art de mettre chacun à sa place. Aux grandes structures, ça leur a pris des 10aines, des 20aines d’années… Ils ont des services de ressources humaines ! Tu vas pas prendre un plombier et lui dire de faire la maçonnerie. Et comme on avait toujours le fantasme de réussir en équipe, c’est le fantasme de la bande. On est né et on a grandi avec ce truc là ! Je crois que dans chaque équipe, tu pouvais imaginer qui était Tom Hagan, qui était Vito, etc… On avait un peu ce côté là, le fantasme de l’organisation. Mais forcément, les choses comme vous les voyez ne sont pas forcément ce que vous devez faire. Donc on fait une fois, on se casse la gueule. On essaie de faire les choses différemment, ça marche pas forcément. Jusqu’à ce qu’on trouve la bonne métrique.

Spleenter –On tombe pour mieux se relever.

Lalcko -Exactement ! Mais moi j’aime pas tomber. Je suis trop lourd.

Spleenter -Tu vois d’où vient ce proverbe ou pas, toi ?

Teo -Ouais, de Batman.

Spleenter -Ouais.

Lalcko -C’est pas dans The dark knight, ça…

Spleenter -c’est dans Begins. Mais je sens que tu voulais parler du Joker, alors vas-y (le piège se referme).

Lalcko -Ah ! Le Joker ! Il est fou ! C’est le rôle des rôles ! Mon frère le regarde tous les 2 jours.

Spleenter -Et je ne suis pas son frère, pourtant…

Lalcko -Pourtant…

Teo -Tu pourrais.

Lalcko -Franchement, c’est un putain de film. Comme on en fait très peu en ce moment. Le pire, c’est que tu passes au travers de la violence ! C’est pour ça que c’est un putain de film.

Teo -Ouais, c’est quand tu le revois après « Mais c’est vrai qu’y a beaucoup de morts ?! »

Lalcko -Il est très violent et justement, c’est comme quand on parlait du Parrain. Mon père insistait pour me le faire voir quand j’étais tit-pe. Moi je comprenais pas. On tuait des gens et tout. Et mon père me disait « Regarde ! C’est bien ! » Pourtant, il voulait pas que je regarde Starsky & Hutch. Mais quand l’histoire, l’écriture et le jeu des acteurs est au-dessus, c’est du bon.

Spleenter -Quand y a la qualité, ça peut sublimer le truc.

Lalcko -Exactement. c’est le principe de la qualité, ça fait dépasser les a priori. Quand tu tombes sur un projet ou un truc de qualité, la plupart du temps, tu laisses tomber tes barrières. Y’en a beaucoup qui tombent malheureusement dans ce piège, qui sont trop sublimés par la qualité. Ou par l’intelligence. c’est pour ça qu’il y a des politiques qui ont réussi à enrôler des gens pendant un nombre d’années incroyables. Comme Mitterrand, quand tu le rencontrais, il te parlait, t’étais sublimé, tu vois ? C’était un gang !

Teo -Mon grand père était en prison avec Mitterrand pendant la 2nde guerre mondiale, donc ils ont discuté ensemble. Mon grand père il est devenu prof de philo, donc c’est déjà qu’il était porté sur la gamberge. Il me disait que c’était un mec indémontable.

Lalcko -je vais te raconter une histoire que mes parents m’ont raconté quand j’étais encore petit. Je suis né à Rennes, moi…

Teo -À Rennes ??!!

lalcko -Ouais.

Spleenter -t’es pas né à Rouen ?

Lalcko -Non, à Rennes…

Teo -À Rennes ??!!

Spleenter -Mais t’as été à Rouen après ?

lalcko -ouais, à un moment j’y suis passé, oui. Mais je suis né à Rennes.

Teo -À Rennes ??!!

Lalcko -Mes parents étaient étudiants à Rennes.

Teo -Je suis né à côté, je suis né à Avranches.

Lalcko -Ah bah voilà. Salut voisin.

Spleenter -C’est le complot des provinciaux.

Lalcko -Mais non. Donc tu vois, mes parents m’ont dit qu’ils ont vu Mitterrand arriver. Il parlait d’économie, de choses sérieuses mais il prenait les gens avec ses mots. Et quand il a vu mes rents-pa assis avec les cle-ons et leurs potes, forcément, des renois avec des grandes touffes. Mitterrand a jeté un œil, il a commencé un discours sur l’Afrique, sur l’intégration. Le mec était un monstre ! Mais c’était un ouf ! Parce que dans une phrase, il a fait coexister 2 sujets qui n’avaient rien à voir juste parce qu’il voulait capter notre attention pendant 5 minutes ! Quand tu rencontres des gens comme ça, mais des espèces de gourous… qui ont un charisme qui, à un moment, les surélève ; après ils peuvent faire n’importe quoi ! C’est pour revenir sur le concept de l’excellence, parfois ça peut être un piège. Il est vraiment bon, tu vois ? (il montre l’affiche de TDK avec le Joker) Mais à un moment, je me sentais tellement piégé dans les films que je préférais regarder Rambo. Rambo, c’est pose ta tête. Commando ! Tous ces bails là ! Tu rigoles ! Le mec il meurt jamais ! Quand tu penses à Sylvester Stallone, après tu tapes Dolph Lundgren, Schwarzenegger, vraiment véner. Tu vois les Michael Dudikoff, tous les American Ninja, tous les bails ?

Teo -D’ailleurs, Le Stallone contre Dolph Ludgren, c’est le sample de « L’esprit des rois » ?

lalcko -Ouais.

Teo -c’est la scène de Rambo 4.

Lalcko -Non, c’est rocky.

Teo -Rocky 4, c’est ça ! (sacré Teo…)

lalcko -Ouais. Moi je suis né à rennes, après mes parents sont rentrés en Afrique. (Lalcko il est génial parce qu’il oublie pas les questions que tu lui poses même si toi t’étais déjà parti sur autre chose) On les a suivis. au Cameroun. Mon père était un opposant au système. Ils l’ont mis au placard. Quand il était en prison, je suis resté un peu, il a mis quelques années. Quand il est sorti, voilà, moi je suis revenu. Région Parisienne. Après, trop têtu, on m’a envoyé chez un autre oncle à Rouen.

Spleenter – dans tout ça, le rap il intervient quand ?

Lalcko -Le rap. Il a toujours été là. Je peux pas te dire quand ça a commencé parce que moi j’ai commencé à en écouter super jeune. Super jeune. Et j’ai fait plusieurs petits essais. tu vois même en région parisienne, ici. À Asnières même ! À Gabriel Péri ! J’étais chez une tante, tu vois, j’étais petit.

Teo – t’étais partout, en fait ?

Lalcko -Ouais, le truc c’est que ça retrace aussi l’histoire de beaucoup de familles africaines, ici, en france. À la recherche de logements. Parce que t’hérites pas d’une maison où ton grand père habitait, par exemple. Donc la plupart du temps, t’as un cle-on, quand il est étudiant, il a un HLM. Une fois qu’il se barre, il rend jamais le HLM ; il le passe à sa reuss qui a plus d’enfants. Elle vient, les enfants grandissent là. Y en a un qui est un peu têtu, on l’envoie chez un cle-on un peu mieux placé pour lui tirer les oreilles. On a un peu grandi comme ça. Si tu demandes aux rappeurs d’origine africaine, y en a beaucoup qui vont te défendre une ville parce qu’ils y ont des attaches plus fortes. Mais ils vont te dire : « Je suis né à Asnières, j’ai grandi à machin. Après je suis allé là bas, j’avais 12ans et je suis parti. » Donc y’a eu beaucoup de déplacements comme ça. Et Rouen c’est vraiment l’étape où j’ai commencé à me dire que je pouvais faire un truc bien.

Teo -C’est du rap Normand…

Lalcko -Euh.. Ouais… Du rap Normand, non, tu vois. Parce que, ce qu’il faut savoir c’est que ça peut pas être du rap Normand, parce que le rap Normand c’est très caillera.

Teo -Ça dépend où.

lalcko -Non, c’est très caillera : la vraie vie des quartiers en province, c’est un truc de ouf ! Et y a rien à faire ! rien…

Teo -Y’a des coins entiers en province où y’a rien à faire tout court.

lalcko -Ouais, tu vois. Et quand tu vois des régions avec une histoire, parce que la Normandie a une histoire, tu te dis que c’est là où les bateaux arrivaient, donc tous les petits enfants de tirailleurs sont là. T’as énormément de familles manjaques. T’as des cités où t’as que des manjaques ! Comme Rouen, Le Havre jusqu’à Val de Reuil, Elboeuf, ça se colle avec la région parisienne. Tout le côté Mantes La Jolie, tout ça. Du 78 au 76, c’est super caillera parce que c’est un peu le même genre… Beaucoup de jeunes ont énormément d’énergie mais y’a rien ! Donc le truc, c’est que quand y’aura un concert, une soirée, y’aura fusillade, frère ! Parce tout le monde attend ce jour là pour régler ses affaires. Des trucs qui ont rien à voir. C’est pour ça que moi, quand je suis revenu en région parisienne…

Spleenter -Juste un truc. Quand t’étais à Rouen, Casey était repartie ?

Lalcko -Elle était repartie. en fait, les 1ères années où j’y allais, je pense qu’elle était encore là. Mais après, quand j’y suis allé pour faire mon lycée, non, elle avait déjà bougé. Mais on connaissait des têtes en commun. Parce qu’on guettait à peu près les mêmes secteurs : Grand’Mare, Sapins, tout ça. Y’a des anciens qui l’ont vue passer. J’en ai jamais parlé avec elle, mais je sais qu’elle était là. Dans la ville, je sais très bien où elle habitait. Après, si un autre passe par Rouen, ils lui diront : « Kolal, il habitait là. » etc…

Spleenter – tu penses quoi de son parcours ?

Lalcko – pour moi, Casey c’est un des meilleurs parcours du rap français, franchement. Elle est allée jusqu’au bout de ce qu’on peut faire avec ce type de musique. On va dire qu’à un moment tu peux trouver que les musiques sont souvent les mêmes, tu peux trouver les thèmes redondants. Mais à chaque album c’est de plus en plus précis ! Ça fait mal où il faut. Ça m’étonne pas qu’elle est évoluée de cette façon et qu’elle arrive à flirter avec le mouvement rock un peu alternatif et tout ça. Parce que finalement c’est très… je vais pas dire « Punk » comme attitude mais c’est respectable.

Spleenter -Oh si, on peut dire punk, quand même.

Teo -Y’a le côté un peu nihiliste.

Lalcko -Ouais, mais c’est bien géré ! L’autre que je voyais avoir une carrière comme ça et je lui souhaite, si jamais il continue, bah c’est Despo.

(faut préciser que l’avenir de la carrière musicale de Despo Rutti était un peu floue mais qu’entre temps, depuis cette interview, il a repris les chemins du studio. Et on s’en réjouit !)

Lalcko -Le gens imaginent Despo dans un concept rap de rue. Oui, mais…

Spleenter – c’est plus que ça.

Lalcko -C’est bien plus. C’est pas pour dire que le rock c’est mieux, mais Despo, pour moi, c’est une rock star. Tu vois, un peu, dans son délire ? Il a la rock attitude.

Teo -C’est sur ton album qu’il le dit : « Nos phases de punk. » Il le sait.

lalcko -Ouais et il le développe…

Spleenter -Il a un peu ce côté « Dieudonné du rap. »

Lalcko -Ouais, il est plus loin que les autres. Tu vas pas l’arrêter ! c’est pas pour rabaisser ou pour comparer, mais c’est pas Sefyu. Tu vois ? Despo, tu vas pas l’enfermer dans le truc 93. Despo peut porter le 93 à la planète. Il peut parler du 93 à New York. Avec ses futs bizarres qu’il aime bien, avec les poches sur les côtés. Il mettait pas de jean’s ! déjà le mec il avait une attitude. Il portait des bails bizarres. Mais c’est toujours le même problème dans le rap… C’est pour ça que je disais « j’espère qu’on sera une source d’influence pour les prochains. » Despo nous parlait beaucoup avec Escobar. On se parlait énormément et il nous demandait, comme nous on est arrivé un peu avant, comment ça se passait. le truc c’est quoi ? C’est que moi j’ai eu la chance de rencontrer dans gens comme Jean-Pierre Seck qui m’ont montré les bases, à un moment. Mais il a fallu que je sois moi-même mon producteur, mon manager, que j’arrive à voir plus loin que les autres. La plupart du temps, y a un artiste qui arrive avec un talent et y a un mec en face qui dit : « Lui, je peux l’amener là. » Moi, en tant que Cesar Sharp (nom du label de Lalcko), c’est à moi de porter Lalcko. C’est à Escobar, à Makila Mizik de le porter. Faut du temps pour avoir le recul, la vision, bien peser le truc. Et gérer de l’autre côté la partie artistique. Apprendre à se montrer sous son meilleur jour et choisir son meilleur angle de tir. c’est pas le plus facile.

Teo -vous avez jamais pensé à faire une sorte de structure, de label commun à vous 3 ou avec d’autres ?

Lalcko -Non, au niveau structure c’est compliqué. Mais on peut très vite s’entendre. C’est pas le problème. Il était même question, je te cache pas, qu’on fasse un album à 4.

Spleenter -Avec Seth Gueko ?

Lalcko -Avec Seth. Après, il est parti dans ses albums, dans ses machins. Donc on s’est dit « on va le faire à 3. » Juste après avoir enregistré Esprit Crapuleux, on s’est dit « On y va ! » Mais après, la sortie de l’album de Despo l’a presque surpris. On lui a dit : « On a trouvé un deal. PAF ! Ça sort là ! » Ça a repoussé le truc, et puis de « après » en « après »… Mais on est pas à l’abri. Déjà un Lalcko/Esco, c’est sûr ! On peut le faire, mais…

Spleenter -c’est sûr qu’on peut le faire ou c’est sûr que ça va arriver ? c’est pas pareil.

lalcko -Non. « c’est sûr que ça va arriver » je peux pas te dire ça. Parce que demain je peux arrêter la musique. et je sais pas pour Esco, mais ça peut être la même pour lui aussi. Je pense qu’on s’accompagne beaucoup.

Spleenter -Ouais, dans le délire des 3 voix monstrueuses.

Teo -Je trouve qu’y a Dosseh qui arrive aussi avec ce côté là, un peu.

Spleenter -Il a un côté un peu brut, aussi une façon de formuler.

lalcko -Mais Dosseh c’est un artiste. C’est ça, l’art de se montrer sous son meilleur jour. C’est ça finalement l’entertainment. Quand tu regardes, les plus gros ont mis du temps à se montrer sous leurs meilleurs jours. Rick Ross ça a mis du temps pour choisir les bonnes lunettes. Dans le rap français, y en a plein qui ont essayé, qui sont passés par du large. Après ils sont arrivés sur Louis Vuitton.

Spleenter -Si tu t’amuses à faire les modes sur les rappeurs, on a pas fini…

Lalcko -Mais c’est ça. La mode fait partie de tout ça. De se montrer sous son meilleur jour ! Ça peut passer par un pseudo. Moi j’ai de la chance d’avoir trouvé mon « option de développement » depuis super longtemps. Les discussions qu’on avait dans le 45, je m’en rappelle : « Ouais, mais non, la street, l’Afrique, c’est compliqué ! » Non les mecs. Non, c’est pas compliqué, parce que c’est la vie de beaucoup plus de gens que vous ne l’imaginez. Y a des gens qui sont nés au Liban pendant la guerre ou qui ont des souvenirs de la guerre par leurs parents. Ça les a marqué. Ils sont arrivé ici qu’il y a 8ans. En france, ils étaient à l’école avec des Arméniens aussi, donc ils ont appris quelque chose. Et après bim ce mec finit à Aulnay sous bois dans le 93, ou je sais pas où. Mais tu vas pas résumer ce mec à Aulnay ! Son parcours est trop long. En fait, c’est ça que je veux montrer : c’est l’autre face des parcours. Moi, tu vois, toute ma famille est dans le 94. je pourrais faire le mec du 94 toute ma vie, aller dans d’autres villes, pour essayer d’être proche de mecs dont j’ai pas envie d’être proche…

Teo -Tu gueules « Capitale des brakos » de temps en temps…

Lalcko -J’ai fait un son comme ça dans la compil « Départements : 94 »

Spleenter – t’en as fait un autre dans « Tête brulée » qui reprenait « Guerre » de Mafia K’1 Fry.

Lalcko -Oui ! Mais bon…c’était plus pour l’exercice de style que pour représenter quoi que ce soit.

Teo – « La police a des flingues de la taille du christ »

Lalcko -Ouais, ouais.

Spleenter -Mais t’as une mémoire de fou furieux, toi !

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Classé dans Interview (et ouais mon pote !), Lalcko

La Saint Valentin dans une seringue


à exactement 2’17, on peut entendre :
jeune homme recherche top model, pas pour faire un by de love / mais pour en faire sa los-bo comme dans Never die alone

vous avez été nombreux à ne pas vous être demandé ce que le jeune dosseh a bien voulu dire avec cette phrase. Le blavog vient donc vous éclairer.

Never die alone est un roman noir (mais vraiment très noir) de Donald Goines, qui date de 1974. Il raconte l’histoire de Paul Pawlowski, un écrivain qui galère. Jusqu’au jour où il sauve un gangster noir, King David, qui, avant de clamser à l’hosto (ouais parce que “sauver” ça existe pas vraiment chez Donald Goines), lui lègue tout ce qu’il possède. Notamment son journal intime, où il raconte une grande partie de sa vie de crapule. Et, pour faire court, King David est un dealer de came, de l’héroïne surtout, si mes souvenirs sont exacts. A un moment il arrive à serrer une mannequin ou quelque chose d’approchant, en tout cas une fille bien sous tout rapport. Et il a très peur de ce qui lui arrive. Parce qu’il le sent vite fait le mec, une chose horrible est en train de lui arriver, et cette chose s’appelle l’amour. Ce sentiment inconnu sera décrit à peu de choses près comme une immonde maladie incurable et il est clair que King David ne s’est pas fait chier à faire tout son biff pour le partager, à vie, avec une pute. Sans parler des risques de MST tel que avoir des gosses et faire du shopping à ikéa. Alors il fait ce que tout homme sain d’esprit ferait dans sa situation : il rend la meuf totalement accro à l’héro, et finit par s’en débarrasser en lui injectant une dose mortelle de came merdique. Mais avant il la nique une dernière fois, histoire de.

Nous avons donc là, avec Dosseh, le grand vainqueur du concours de la phase la plus trash, bien que discrète, en ce qui concerne les amourettes, et sommes dans l’obligation de lui décerner la couronne d’expert en séduction pour l’année en cours. Et pourtant, comme on le verra demain, la concurrence était particulièrement rude.
C’est bien la preuve que ce petit gars est à suivre.

Dosseh est d’ailleurs le seul mc français à faire référence à cet auteur de polar (si vous en connaissez d’autres, faites signe, moi non). Mais il fait suite à une chiée de rappeurs U.S, avec parmi eux E40, Rza, 2Pac, Ghostface Killah, Ludacris ou récemment Vado.

(Bon, ok. En vrai, il est également probable que Dosseh ait vu l’adaptation filmée de Never die alone, une bouse direct-dvd avec DMX dans le rôle principal et un jeu d’acteur proche de la fosse sceptique, sans lire le bouquin. Mais que voulez-vous, la Saint-Valentin c’est aussi ça, une touche d’optimisme dans un monde de cons.)

RIP Donald Goines

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Le choc des ‘tits cons

Si vous lisez le blavog, il y a de fortes chances pour que vous sachiez très bien à quoi ressemble l’ANPE (ou Pôle Emploi, ou ce que vous voulez, ça change rien en fait).
Et bien pour sortir un album de rap frinçais c’est pareil, tu fais la queue dans la file qu’il faut et tu galères jusqu’à ce qu’on te mette une merguez. Cool non ?


Dans la file du 22 Novembre, Ali, Booba et LIM ne fêtent pas leurs retrouvailles et tentent au contraire de s’ignorer.
Ali -Tu pourrais au moins nous dire bonjour.
Booba -Ouais mais j’ai arrêté de fumer. J’arrête toutes les deux semaines.
LIM -Je ne comprends pas.
Booba -Pour dire bonjour, j’écrase mon mégot sur la main qu’on me tend. Donc là je peux pas, j’ai pas de mégot.
LIM -Non mais je comprends pas pourquoi t’arrêtes de fumer.
Ali -Surtout pour reprendre 2 semaines après.
LIM -Ça on s’en fout. Rien qu’arrêter, c’est naze.


Ali -Mais c’est bien qu’on soit rassemblés en ce jour.
Booba -Tu te prends pour un curé ?
Ali -J’aime ces moments là, on est là tous ensemble.
LIM -Ouais, ouais, les culs de joints dans le cendar, les regards qui se croisent et tout ça.
Ali -Ça colle bien avec mon album « Le rassemblement. »
Booba -Si tu dis ça pour avoir un feat, tu peux te gratter, sale assisté. Touche à ton cul et sens ton doigt. 2 fois.
Ali -Ah non, pas du tout. C’est pas ça le but du rassemblement.
LIM -C’est quoi le but alors ?
Ali -C’est de ne pas inviter de gens.
LIM -De quoi ?
Ali -Par exemple, dans mon Planète rap j’ai ramené Lino. Parce qu’il est vraiment très fort. C’est le meilleur en Frince, je me devais de ne pas l’inviter sur mon album.
LIM -?
Ali -Les Sages Po aussi. Sans eux, pas de rap à Boulogne, ce sont vraiment des grands. C’est un honneur pour moi de ne pas les avoir invités.
LIM -…
Ali –Cens Nino aussi, ton pote de la Movez Lang. Lui c’est typiquement le mec que je n’inviterai pour rien au monde.
LIM -Je comprends.
Ali -Et j’ai pas invité Cassidy non plus. Parce que les X Men et Time Bomb ont vraiment marqué l’histoire du rap. Dommage que Ill ne fût pas là. J’aurais vraiment voulu ne pas l’inviter lui aussi.
LIM -Ça n’a aucun sens.
Booba -Moi j’écoute pas.
Ali -Par contre, depuis planète rap, Youssoupha me harcèle pour un feat. Il n’a rien compris au principe de rassemblement…


Booba -Sors pas le même jour que moi, tu vas te faire tabasser.
Ali -…
Booba -Je déconne, n’aie crainte, je suis pas dangereux, j’ai ni cravate ni barbe.
Ali -Moi j’ai une barbe, je vois pas le rapport.
LIM -Et moi j’ai une cravate.
Booba -Ouais mais tu sais pas la mettre.


Booba -Mais t’inquiète, Ali, je t’aime bien. Lunatic c’est mon premier groupe.
Ali -C’est surtout ton seul groupe.
Booba -T’oublies un peu le bridge. Qu’on avait fait avec Oxmo et Pit.
Ali -Tout le monde a oublié ça. Ça a jamais vraiment existé.
Booba -Bah j’ai quand même invité le petit frère de Pit, Dosseh. Sur le son 45 Scientific.
Ali -Tu appelles ton album Lunatic et tu fais un son qui s’appelle 45 Scientific ?!
Booba -Pour 45, c’est parce qu’en fait j’ai invité Dosseh et qu’il est du 45.
Ali -C’est surtout le contraire, t’as invité Dosseh pour faire un son qui s’appellerait 45 Scientific.
Booba -Non ! pas du tout ! c’est pas vrai ! Je l’ai invité parce que je le trouve bon.
LIM -Ah ouais ?
Booba -Parfaitement ! Je fais pour lui ce que j’ai fait pour Mac Tyer ou Kennedy.
LIM -Tu vas niquer sa carrière ?

 

Ali -De toute façon, moi je sors plus tard finalement.
Booba -A L I tu as toute ma reconnaissance.
Ali -En fait c’est à cause de ma pochette, le photographe a fait tomber son appareil, on voit rien sur cette photo…
Booba -Plus qu’à m’occuper de LIM.
Shone -Hé ! Je suis là moi aussi.
LIM -Tu sors le 22 Novembre aussi ?
Shone -Ouais ! Et que le plus médiatisé gagne !
LIM -… Ouais mais non là…
Booba -Si si voilà, Izi. Boss du rap game.
LIM –Illicite, je le suis et je le reste. Nique ta mère si tu te prends pour le best.


Shone –Wesh Booba, moi je vis pas au ghetto à mi-temps. Ascenseur démonté, tu peux pas imiter.
Booba -Tu veux dire que t’es un assisté ? T’as le cul cloué à la cité et tu voudrais qu’on partage…
Shone -Non. Ghetto Fabulous Gang avait déjà du blé avant de rentrer dans le rap.
Booba -Tant mieux pour toi.
Shone –La bicrav est dans ma tête.
LIM -Avec un litron on peut devenir patron.


Rim’K -Nous on sort le 6 Décembre.
Mokobe -Personne ne veut sortir le même jour ? Histoire de ?
AP -J’ai une idée, les gros. On sort tous ensemble.
Rim’K -C’est à dire ?
AP -Bah toi, moi et Mokobe, on a qu’à sortir le même jour.
Mokobe -Ouais trop chaud ! Les jaloux vont maigrir.
Rim’K -Euh… Vous êtes certains là ?
AP -Mais ouais gros. Au pire on retarde d’une semaine et on sort en même temps que Rohff.
Rohff -Houlàlà ! c’est quoi ça ? Si c’est ça je quitte encore la Mafia K1 Fry définitivement. Je qui-quitte la plazza.
Mokobe -Tu peux pas, t’es pas encore revenu depuis la dernière fois que t’es parti définitivement.
Rohff -C’est parce qu’on a des relations de merde. Rela ! Rela ! Relation de merde.
Rim’K -Fuck ton pote.
Rohff -C’est toi fuck ton pote, sale jaloux.
Mokobe -Je peux te dire qu’on se pèse tous les jours et on est pas des jaloux.
AP -Sinon on maigrirait et c’est pas le cas.
Rim’K -C’est qui le gros ?! Hein ?! Hein ?! C’est qui le gros ??!!


AP -Calme toi, gros.
Rim’K -C’est qui le gros, putain !!!??
AP -C’est nous les gros.
Rim’K -OUAIS GROS !!!!
Mokobe -Calme toi, voilà un album d’Amel Bent. AP, mets lui dans les oreilles… Non mais mets les écouteurs dans ses oreilles, le CD c’est pour le lecteur…
AP -Ah pardon.
Rim’K -J’ai besoin qu’on calme mes pulsions meurtrières avec du R’n’B.
Mokobe -T’inquiète pas mon gros, on a plein de sons dansants sur notre album.
AP -C’est que t’as un sacré paquet de pulsions meurtrières, toi.
Mokobe -Rim’K a un bon fond. Et je veux dire par là qu’il est dangereux pour toute forme de vie sur cette planète.

Et dans le clip, elle fera souvent rempart entre rim'k et la caméra, c'est pour vous protéger.
Rim’K -Merci les copains.
Cortex -Ouais moi je te comprends ! Moi aussi j’ai un instinct meurtrier !
Rim’K -Et t’écoutes du R’n’B pour te calmer aussi ?
Cortex -Ouais. La seule chose qui me calme c’est l’album à Zaho.
Mokobe -Salut gros. Tu sors le 6 Décembre toi aussi ?
Cortex -Ouais ! Cortex ! Instinct meurtrier dans les bacs le 6 Décembre. Je nique les fachos, les keufs et tous les fils de putes !
Rim’K -Il m’est sympathique.
Cortex -Je nique Guerlain aussi. Florent Pagny et même le Roi Heenok. Je les insulte tous en vidéo.
AP -Tu fais beaucoup de vidéo dis donc.
Cortex -Je fais ce que j’ai à faire. C’est peut-être les autres qui en font pas assez.
AP -Moi je suis discret.
Mokobe -Et moi je suis mon Afrique.
Rim’K -…
Mokobe -Bah à toi, gros. Tu dois dire que toi t’es une famille nombreuse.
Rim’K -Mais on était pas du tout en train de dire les titres de nos albums, là.
Mokobe -Ah, désolé. Mais moi je suis comme ça. Promo, promo.

Cortex -En fait je fais des vidéos parce qu’il le faut. Quand j’entends un enculé à la télé, je mets mon costume, ma cape et je les insulte sur youtube et… Hé ! Toi là ! Tu fraudes pas dans les files d’attente !
Ali -Veuillez excuser mon arrivée brutale. Si ça a pu choquer des gens je m’en excuse.
Cortex -Ouais bah j’étais à 2 doigts d’aller chercher mon costume dans la voiture et de revenir te péter la gueule.
Ali -Si j’ai blessé des gens à cette époque, je me repens humblement.
Rim’K -C’était y a 5 minutes.
Ali -Oui mais j’ai été transféré tardivement. Je devais sortir le 22 Novembre mais j’ai repoussé à cause de la pochette.
Rim’k -C’est vrai qu’elle est à chier ta pochette, on dirait que t’ouvres une épicerie.
Ali -Ah non mais celle-là c’est la nouvelle.
Mokobe -Ah putain. Quand même…
Ali -Elle est pas bien non plus ?
Mokobe -Une pochette ça se travaille.
Cortex -Ah bon ?
AP -Regarde la nôtre par exemple. 113 Universel.
Ali -Tu fais quoi avec ta main ?
AP -La main sur le cœur, gros !
Ali -C’est de l’autre côté le cœur…
AP -Ouh merde !


Mokobe -si tu veux changer de pochette va falloir reporter encore ton album.
Ali -Je vais.
AP -C’est pas un peu chiant de repousser tout le temps comme ça ?
Ali -Mes auditeurs savent que je suis sur 45 Scientific, on les a habitué à pire.
Rim’K -Bah du coup va dans la file du 13 Décembre.
Rohff -Hachek !! Jamais ! JJJJamais !!! Hé mais toi ! Je vais sortir ma pelle ! Je te préviens !
Rim’K -Mouahahaha ! Je pense à toi, renoi. Les années noires tu les a fait avec moi.
Rohff -Tu te fous de ma gueule en plus ?!
Ali -Je vais plutôt sortir le 20, en fait. Je vais bien peaufiner ma pochette cette fois ci.
Rohff -C’est ça. Casse toi pauv’ con.


Rohff -Moi je sors pas n’importe quand ! Je sors le même jour que Michael Jackson, moi ! je vous baise en brochette.
Lino -C’est ici la file des gens qui sortent le 13 Décembre ? Hips !
Rohff -Quoi ? Tu sors aussi à ce moment là toi ?
Lino -Burps !
Rohff -Mais attends !? Tu sors un album ? Une mixtape ?
Lino -Hips !
Rohff -Mais ça va pas du tout ça. J’ai repoussé pour pas sortir avec Booba, c’est pas pour sortir avec Lino.
Lino -OK. Mais fuck it !
Et Monsieur putain de Bors n’en dira pas plus. On ne saura jamais ce qu’il a voulu sortir ce fameux jour. Une annonce de sortie et puis plus rien.


Rohff -Mais t’es qui toi ? Qu’est-ce que tu fais dans cette file. Je suis pas ton pote. Tu m’as pas consulté pour sortir le même jour que moi.
Macson -Mais qu’est-ce que tu racontes ?!
Rohff -Qui est dans la plazza ? On a pas été présentés.
Macson -On se vouvoie plus alors qu’on a pas encore baisé.
Rohff -Quoi ?
Macson -Je suis Escobar Macson. Plus de 93 kg de colère. On m’appelle Esco pour faire plus vite.
Rohff -S’Co ? Comme mon frère ?
Macson –M’appelle pas « mon frère » t’insultes ma mère.
Rohff -T’es un haineux, c’est ça ?
Macson -La haine, c’est sûr je l’ai.
Rohff -… je suis choqué…
Macson -Par exemple, moi aussi j’ai invité Dosseh, mais je lui ai dit de gueuler 45 000. On gueule pas 45 chez moi ! Ou tu toucheras les cieux ! Ali a bien fait de pas sortir aujourd’hui. Parce que je l’attendais avec ma planche.


Rohff -Qu’est-ce que tu fous là toi putain ?
Ol Kainry –Je me pavane.
Rohff -Non mais qu’est-ce que tu fous ici ! Là ! Tu sais où t’es ?
Ol Kainry -Oui. Je suis totalement au max !
Rohff -Faux ! T’es dans la file des gens qui sortent le 13 Décembre.
Ol Kainry -Voilà. Je sors le 13/12, sachez le. Demolition man ! Appelle moi la 10ème balle qui va flinguer Fifty.
Rohff -Moi c’est pas Fifty que je fuck, c’est Boo… C’est ses contrefaçons.
Cortex -Et moi c’est Ol Kainry que je baise. Ouais on te baise !
Ol Kainry -Me voir en galère, ça mon vieux, ça ne te gène pas.
Cortex -T’avais qu’à pas sortir le même jour que moi.
Ol Kainry -Mais on sort pas le même jour.
Cortex –Je te baise quand même.
Ol Kainry -…


Ol Kainry -Mon procès est fini. Alors je peux sortir Iron Mic. Dans le cul le boug christian. Ta grand mère la milf. Le morceau « Sexy Legging et Louboutin » sera pas sur le disque, mais ça a fait parler les bougzer. Maintenant ce vendeur de chaussures sera toujours associé à mon clip. Mercizer, enculézer.
Rohff -Mais pourquoi t’as pas juste changé le titre en « Sexy Legging et popotin » ?
Ol Kainry -Ah merde, pas con…
Rohff -Eh bah voilà, maintenant tu vas retourner en studio et sortir ton album plus tard.
Ol Kainry -De toute façon je sors plus Iron Mic.
Rohff -Ah bon ? Mais pourquoi tu m’emmerdes alors ? Tire toi de la file.
Ol Kainry -Mais ma colère a donné naissance à une nouvelle transformation.
Rohff -T’es ridicule comme Dragon Ball avec le recul.
Ol Kainry -En fait je sors Iron Mic 2.0.
Rohff -Hachek ?
Ol Kainry -Tchiiiip. Ça veut dire que ce sera un double album finalement.
Rohff -Toi aussi tu fais un double album parce que t’es un gogol qui s’ennuie ?
Ol Kainry -Sachez le !


Rohff prétexta d’avoir un trou à creuser pour s’esquiver. À l’abri des regards de jaloux de merde, il prend alors son téléphone pour appeler quelqu’un (en même temps il allait pas s’en servir pour se laver les mains).
Ol Kainry -Allo au max ?
Rohff -It’s me, Mandingo.
Ol Kainry -C’est un grand honneur, je connais tous vos films par cœur.
Rohff -Alors tu think every tout le monde can voler my name ? I’m gonna make you a procès au cul.
Ol Kainry -Oh non, totalement pas au max. J’aime pas me manger des procès, je préfère les miel pops. Sachez le.
Rohff – dirty rageux of merde. You will never sortir le 13 Décembre. Never ! Never ! NNNNever !!
Ol Kainry -Rohff ? C’est toi mon boug qui fais des blagues ?
Rohff -No ! It’s not me. It’s Mandingo. and if you’re pas content I will tartiner your gueule with my pelle !
Ol Kainry -Ahahahah ! T’as failli m’avoir.
Rohff -Mais non mais merde. Je suis vraiment Mandingo.
Ol Kainry -J’ai confiance qu’en 3 gars. Le 1er c’est moi, le 2ème c’est Bobby et le 3ème c’est pas toi.
Rohff -C’est qui Bobby ?
Ol Kainry –C’est ma bite.
Rohff -… Je vais raccrocher.


C’est à cet instant qu’Ali arrive dans la file du 27 Décembre avec une troisième pochette qui fait plus penser à un album d’Iznogoud que de rap.

Tiny Booba – Comme une étoile au piano/sans autotune

Faut pas faire chier somno Cortex dans les files d’attente :

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