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FLYNT – Interview Rétrographie

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1. J’ai l’impression qu’il y a un petit côté « best-of » dans cette mixtape. Est-ce que c’est quelque chose de voulu ? Qu’est ce qui t’a motivé à sortir Retrographie ?

Oui c’est voulu puisqu’il n’y a pas de titres inédits crées pour l’occasion. Rétrographie c’est la contraction de Rétrospective et de Discographie, c’est une compilation de tracks et de couplets rares ou moins rares apparus à droite à gauche depuis 1998 et de quelques titres phares extraits de mes 2 albums. Un des points forts de Rétrographie c’est que tout est enchaîné et mixé comme si c’était un mix radio ou comme ce que l’on pouvait trouver en K7 il y a quelques années. Ce qui m’a poussé à sortir Rétrographie c’est l’envie de sortir un nouveau disque, de réunir des titres éparpillés sur un même support et d’avoir une actualité pour remettre un peu de lumière sur Itinéraire bis et pour aller chercher de nouvelles dates de concerts notamment. Après plus de 15 ans de rap et 2 albums il m’a semblé que c’était le bon moment pour le faire.

2. Tu as utilisé pas mal de scratchs en conclusion des morceaux. Ca se fait plus du tout en 2013, c’est pour donner une couleur « à l’ancienne » ? Pareil pour la cover, avec les polices d’écriture un peu old school ?

Je n’ai pas voulu donner de couleur à l’ancienne en particulier, c’est juste que mettre des titres bout-à-bout ne me semblait pas avoir grand intérêt. Là c’est un mix original et inédit, c’est vivant, il y a des versions des titres qu’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est une véritable valeur ajoutée et c’est bien plus agréable à écouter comme ça.

3. Pourquoi avoir remixé « Haut la main » ou « 1 pour la plume » ? Je trouve ça intéressant, parce que c’étaient des morceaux très énergiques, qui du coup changent complètement de rythme et de couleur musicale.

Parce que ce sont les premiers extraits de mes albums. Ce sont les morceaux que j’avais choisi pour être des locomotives. 1 pour la plume pour annoncer J’éclaire ma ville et Haut la main pour lancer Itinéraire bis. C’était plus intéressant de proposer des versions nouvelles. J’ai toujours laissé la porte ouverte aux remixs en rendant disponibles certains acapellas. Il y a eu des dizaines de remix de 1 pour la plume par exemple car j’avais sorti le titre en maxi à l’époque. C’est assez difficile de réussir un remix, les deux remixs présents sur Rétrographie sont très réussis je trouve.

4. Y’a-t-il eu d’autres remixs que tu n’as finalement pas gardé dans le tracklisting final ?

Oui un paquet !

5. DJ Safe et Nodey ont fait un gros boulot de dépoussiérage de tes vieux sons. Tu leur as donné des indications ou tu les as laissé opérer seuls ? Pareil pour le choix de la tracklist, tu l’as fait seul, ou en collaboration avec tes DJ ?

C’est DJ Safe qui a tout dépoussiéré et enchaîné et c’est Reptile qui a fait les mises à niveau, on a fait plus ou moins la sélection ensemble avec Safe mais il avait carte blanche, il a fait sa sélection en fonction de la pertinence des enchaînements, de la musicalité et des thèmes abordés. Au fur et à mesure qu’il avançait il me demandait certains acapella, certains instrus… Ca a pris du temps pour tout boucler et pour qu’on soit content du résultat. Ca fait 1 an qu’on est dessus, bon on n’a pas bossé dessus tous les jours hein, on bossait à distance car il habite au Havre, c’est pas du tout évident à distance. DJ Blaiz’, mon DJ sur scène, nous a beaucoup aidé aussi, quant à Nodey il a fait l’intro uniquement, mais quelle intro ! Il y a beaucoup de couplets qui ont été laissé sur le côté parce que musicalement ou pour d’autres raisons ça ne rentrait pas dans l’ensemble. Il a fallu se séparer de certains couplets et c’était pas forcément facile de prendre ces décisions. C’est un travail collaboratif dans tous les cas.

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6. Tu fais encore une fois appel à Nodey … Est-ce parce qu’en tant qu’asiatique, il est champion de ping-pong, une qualité non-négligeable dans le rap jeu en 2013 ?

On a fait une vidéo où on joue au ping-pong lui et moi, on voulait la sortir pour promotionner la mixtape mais il y a eu une autre vidéo sur le thème du ping-pong qui est sortie juste quand on allait la balancer donc on a dû changer nos plans.. Dégoûtés mais pas vaincus, on planche sur une vidéo où on nous voit jouer aux cartes là.

7. Un de tes fans m’a dit « quand tu as suivi Flynt depuis le début, cette mixtape n’a aucun intérêt ». Qu’est ce que tu peux lui répondre ?

D’abord je lui demanderais si il l’a écoutée… Et puis je le remercierai de me suivre depuis le début mais non, je ne suis pas d’accord avec lui et d’après les retours que j’ai eu d’auditeurs qui me suivent et qui ont écouté la mixtape, ils l’ont tous aimée parce que c’est bien réalisé, parce que tout est réuni sur un même support et parce que même ceux qui me suivent depuis des années ne connaissaient pas tous les couplets ou tous les titres. Je lui répondrais donc que je suis totalement en désaccord avec lui.

8. Tu as mis le live de J’éclaire ma ville. D’après ce que tu avais dit en interview, c’est un live qui t’avait particulièrement marqué, et on comprend que tu aies voulu qu’il apparaisse sur cette mixtape. Est-ce que tu n’as pas eu peur que la qualité sonore de l’enregistrement ne rebute certains ? Pourquoi ne pas avoir inséré plus de morceaux live ?

C’est un extrait du concert au New Morning à Paris en fait, enregistré en février 2012. Ce moment du concert était très fort. Toute la salle qui backe le couplet, et à la fin du couplet le public en transe se met spontanément à scander et à chanter « Ici c’est Paris, Paris c’est nous, Paris c’est nous… » tous en chœur. C’était beau. Là où je n’ai pas eu de chance c’est que l’enregistrement audio de ce concert a complétement foiré, inutilisable ! Du coup on a extrait le son caméra pour récupérer un bout un peu audible de ce concert. La qualité n’est pas top mais ça ne me dérange pas ça fait partie du truc, le son est crade et ça rend le moment encore plus authentique. A la base je voulais mettre beaucoup plus de passages de live mais l’enregistrement ayant foiré… J’ai mis ce passage à la fin parce que le live est important dans mon parcours et c’est un gros big up au public aussi. La plus belle récompense pour mes textes c’est d’aller sur scène, c’est ce que j’ai voulu signifier en mettant ce passage de live mythique à mes yeux pour conclure la mixtape.

9. Quels sont tes prochains projets ? Les retours (que j’estime positifs dans l’ensemble) sur Itinéraire Bis t’encouragent-ils à envisager un troisième album ?

Mes principaux projets sont des projets familiaux et professionnels actuellement. Côté musique, je dois écrire pour l’album de mon pote Nodey et pour la compilation de mon pote DJ Blaiz’ « Appelle moi MC 2 » notamment. J’ai un peu de mal à me remettre à écrire là. J’ai fait un track avec Lil Dap, PMD et AKH qui doit sortir sur la compilation du beatmaker Crown début février. Quant au 3ème album, j’ai hâte, ce que je vis avec Itinéraire bis depuis plus d’un an c’est génial. On a fait plus de 30 dates avec Blaiz’ et Nasme, on a joué au Bataclan, à l’Olympia, j’ai chanté au Zénith de Caen, on a fait des gros concerts à Lyon, à Brest, à Nantes, à Bruxelles, à Angers et j’en passe. Je récolte les fruits de mon travail, à mon niveau je profite de ce que la musique a de mieux à apporter alors forcément le 3ème album, j’en ai très envie. Itinéraire bis m’a fait beaucoup de bien, c’est pour moi le meilleur de mes 2 albums, j’espère faire encore mieux au prochain.

10. « C’est le rap de celui qui a dit non et va te faire enculer » est-ce que cette phase est celle qui résume le mieux ton style pour toi ? Et peux tu la développer ? Non à quoi ? Et qui doit se faire enculer ? Et pour quel motif ?

Non ce n’est pas la phrase qui résume le mieux mon style. Celle qui résume assez bien mon style c’est 1 pour la plume ex-aequo avec le gros son. Ce non, c’est le non au rap fast food et aux guignoleries du rap game, non à la soumission aux majors et au diktat de quelques radios, non à la réussite à tout prix. La phrase à laquelle tu fais référence je l’ai écrit il y a 5 ans pour un titre avec Le Rat Luciano et Gino qui n’est jamais sorti.

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11. Je pense aussi que « Moi je rap comme ce que j’aurais dit » te correspond bien. Tu penses que s’inventer un personnage est un piège trop fréquent dans le rap ?

Aujourd’hui je m’en tape de qui s’invente une vie ou non. Je pense quand même que c’est dangereux de s’inventer une vie dans le rap et de se créer un personnage que tu n’es pas réellement dans la vraie vie. Certains semblent prisonniers de leur image effectivement. Mais je vais te dire, même quand tu ne joues pas un personnage et que tu rappes qui tu es, tu peux te retrouver prisonnier de cette image aussi.

12. « Ma plume ferait du fric en faisant rimer là où j’habite avec ma bite » Tu n’as jamais été tenté de faire des mille et des cent avec ta musique ou bien tu y as renoncé avec le temps vu ton rap ?

Ca n’a jamais été ma motivation première. Et c’est vrai qu’avec le style de rap que j’ai, la gamberge que j’ai et la façon dont je suis organisé, c’est plus compliqué. Vu aussi les médias qu’on a en France et ce qui plaît au public et vu que je n’ai pas une major, un éditeur ou un label qui bosse derrière pour pousser mes titres au max… Par contre je n’ai aucun complexe à faire de l’argent avec mon rap, j’en fais et c’est bien normal, j’aimerais en faire plus même. Mes disques je les vends, mes concerts et mes t-shirts aussi donc il n’y a pas de renoncement, on bosse, on s’organise pour faire plaisir à ceux qui nous suivent et pour gagner de l’argent et ce par nos propres moyens. Il y a de l’argent pour tous dans la musique, il faut bosser et s’organiser comme partout. Il faut trouver son public c’est ça le plus important.

13. Sur ce projet, il y a des morceaux que tu aurais voulu mettre aussi mais que tu n’as pas mis pour certaines raisons ? si oui, lesquels ?

Je n’ai pas mis la majorité de mes premiers couplets apparus sur K7 à la fin des années 90 et début 2000, ça ne collait pas avec l’ensemble. Ca faisait pourtant partie du projet au départ, j’aurais voulu les mettre pour montrer l’évolution de mon rap et parce qu’ils font partie de ma discographie mais ils étaient compliqués à enchaîner avec les reste des tracks, du coup j’ai abandonné l’idée, ça fait une bonne vingtaine d’anciens couplets qui n’y figurent pas.

14. À l’inverse, y a-t-il des morceaux dont on reparle beaucoup dont toi tu n’es pas satisfait ?

Je ne suis pas fan de mon couplet sur le morceau Compte à rebours, que j’ai fait avec Ekoué, je ne l’ai jamais beaucoup aimé ce couplet, je le trouve plutôt faible. Sinon j’aime tous les couplets qui sont dans Rétrographie et dans mes albums.

15. Sur ce projet, on peut réentendre des vieux freestyles issus de mixtape (comme Splifflife, par exemple). C’est devenu plus rare de t’entendre sur ce genre d’exercice plus spontané (même si on t’a entendu sur Marche Arrière, dernièrement). Comment l’expliques tu ? Perfectionnisme ? Ou le fait qu’il y ait moins de mixtapes/ compilations de qualité qu’avant dans le rap ?

C’est une question de temps, on me propose beaucoup de projets et moi je suis le moins productif de France donc forcément ça coince. Pour le temps que je passe à faire du rap, je privilégie la création de mes albums, préparer mes concerts et faire des concerts. Tout ça ça prend du temps. Combien de mecs tu pourrais citer qui ont fait beaucoup de mixtapes et compilations et qui ne font presque jamais de concerts et qui n’ont pas d’albums ? Y en a plein. Moi si j’avais accepté tous les projets qu’on me proposait, j’aurais jamais sorti 2 albums. On parlait d’argent et de plaisir tout à l’heure, c’est avec un album que tu prends des sous et que tu te fais vraiment plaisir dans mon cas, pas sur les compilations ou les projets des autres à quelques exceptions près si tu poses sur l’album d’un mec qui vends des dizaines de milliers de disques. Pourtant je ne néglige pas les propositions qu’on me fait ni ceux qui me les font, c’est juste impossible de tout faire, c’est pas une question d’argent c’est une question de temps et de priorités. J’aimerais pouvoir croiser le mic avec d’autres MC’s plus souvent mais bon, j’ai déjà beaucoup de travail et c’est dur de m’en rajouter.

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16. Il y a 2 choses assez récurrentes qui s’opposent souvent dans tes textes tout en restant très cohérent : l’envie de voyager, de connaître une autre vie mais aussi le fait d’être très attaché à Paris et à ton contexte. Comment perçois-tu cette dualité ?

Voyager ça fait partie de ce que la vie offre de plus plaisant. Quand tu voyages tu te sens vivre. Et quand tu voyages ta ville te manque forcément, tes proches, ton train-train, ton quotidien. Pour moi ça ne s’oppose pas, ça se complète, j’ai besoin des 2 dans ma vie, les voyages et mes racines.

17. « Je ne suis pas bon qu’à pera, mais je suis là car je pense que le bon son manque dans mon pays, comme le Rat » ? le Rat Luciano est-il une de tes références ? As tu tout simplement des références en France ?

Oui le Rat et la FF, je les écoutais beaucoup quand j’étais plus jeune. Des références j’en ai beaucoup, mais pas toutes pour les mêmes raisons. Il y a des MC que je respecte pour leurs couplets, leur parcours et/ou leur vision, leur concept, et d’autres qui sont des références négatives. Ca dépend ce que tu entends par « références ». Dans un couplet je dis : « On m’demande quel est l’style que j’aime j’ai des références par centaine, dans l’authentique ou le clownesque, le rap faible ou le terrible, le réfléchi, l’immature, le mythomane, le crédible, celui qui pète le score ou pas plus haut qu’une naine, je puise dans toutes les disciplines de la culture urbaine… » Si ta question est de savoir qui j’aime bien écouter, je te répondrais spontanément Sidi O, Mac Tyer, Casey, Joe Lucazz, Orelsan, Nasme, Dino, C.Sen, Mapaula… Parmi les MC’s que j’ai découvert plus récemment j’aime bien S.Pri Noir et Volts Face. Bon j’en oublie, j’aime pas trop répondre à ce type de question parce que j’en oublie forcément.

18. Tu sembles beaucoup fonctionner à l’humain : tu collabores souvent avec les mêmes artistes qui reviennent (Nasme, Sidi Omar, etc…). Dernièrement on t’as entendu avec Orelsan. D’autres collaborations sont elles à prévoir ?

Oui mais à part le track avec AKH sur la compilation dont je parlais tout à l’heure parce qu’il va sortir et qu’il est enregistré, je préfère ne pas en parler parce que rien n’est fait encore sur les compilations de Blaiz’ et Nodey, on cherche toujours la direction du truc. A part ça je n’ai pas beaucoup d’autres projets à part attaquer un 3ème album puisque j’évite de m’engager dans des collaborations alors que je sais que je ne pourrai pas suivre par manque de temps.

19. « Sur mon album, moi j’aurais bien invité Nelson Mandela ? » Tu penses qu’il a un bon flow, Nelson ? Pourrait on dire qu’il fait du Dirty South Africa ? (ça c’est de la question)

Haha t’es con !

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20. « Si t’as pas de bons conseils, garde les, j’ai pas besoin d’eux. La raison est mon maître et je me domine du haut de mon mètre 82 » Beaucoup de gens t’ont donné de mauvais conseils dans ta carrière ? (C’était aussi pour le plaisir de ressortir cette phase que j’aime beaucoup)

J’me souviens pas des mauvais conseils. Et peut-être qu’on m’en a donné des bons que je n’ai pas suivi.

Super Bonus. La question raciste de Spleenter : Que penses tu du retour merdique d’Eminem ?

Eminem, je ne le suis plus depuis quelques années. J’ai lâché. Niveau instrus, je m’y retrouve pas aujourd’hui. On m’avait filé des places pour son concert au Stade de France et j’y suis allé. J’ai été plutôt déçu. Les concerts dans les stades je suis pas fan déjà mais j’ai trouvé qu’au-delà de sa performance qui reste celle d’un MC hors-norme, son filage, son intro, son rappel, sa sortie, certains choix… tout ça m’a laissé perplexe. Je n’ai ressenti ni magie, ni frisson. C’est pas bien c’que j’vais dire mais j’préférais son rap quand il se droguait et quand ça partait en couille dans sa vie.

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Fête de la zizic

Je me suis dit que ce serait bien de partager avec vous ma fête de la musique du 21 juin dernier. Pour ceux que ça intéresse, c’est juste en-dessous.

20h : On arrive à la block party de Noir Fluo, au skate park à côté de Bercy.

(par la suite je n’ai pas spécialement fait gaffe à l’heure tout au long de cette trépidante soirée, les horaires précis seront donc remplacés systématiquement par ça :

.

Merci de votre compréhension.)

. Peu de trucs à dire, y’a à peu près tous les Noir Fluo au complet, du son, et bientôt arrive le moment que tout le monde attendait depuis le début : le barbeuk de merguez. Par une sorte d’enchaînement de circonstances, à un moment les mecs qui s’occupaient du grill se barrent et je me retrouve à m’en charger et à servir les gens en en bouffant au passage parce que c’est quand même pour ça que je suis là (« c’est toi qui as fait le barbecue ? – non, moi je suis là pour les merguez et je dépanne le temps que les autres reviennent – ah pardon. On t’a déjà dit que tu ressembles au fils de Yannick Noah ? », etc).

. Test dit rapidement quand je lui parle d’un feat avec Joe Lucazz (je fais souvent ça quand je m’emmerde) que « ça va se faire ». Express fait le morceau Express est back en live, des badauds s’agglutinent au dessus du skate park pour profiter du spectacle, d’autres plus jeunes balancent des pétards.

. Vexé de n’avoir eu aucune merguez, Teo décide de rentrer chez lui comme un prince pour se sustenter, probablement avec des princes de LU et du magret de canard.

. Ça se confirme, Waslo est déjà parti et le morceau « ma Volvo » sera donc joué en live mais sans lui, au grand désespoir de Kicket.

. Je rejoins Daphné croisée par hasard, elle est avec Hifi, Cassidy, et Ill (c’est un peu leur manageuse et je dis « un peu » uniquement pour qu’on m’emmerde pas avec les détails et les appellations). 1er choc : Ill a des cheveux blancs, et n’est donc pas immortel. Cass a des grosses lunettes de soleil (détail crucial pour la suite).

. « Ill n’imite pas Dieudonné, c’est Dieudonné qui lui a tout piqué » Hifi

. Daphné explique à Hifi le concept du blavog, il a du mal à imaginer ce que ça peut donner concrètement alors je lui parle du billet assez vieux sur Time Bomb et Pit Baccardi, ce qui lui fait dire avec un demi-sourire : « mais c’est dangereux les trucs comme ça ».

. on va au Rex où y’a « une soirée de Dabaaz ». Hasard total, on croise Melopheelo devant l’entrée, qui du coup vient aussi avec ses potes.

. Devant le Rex, moment de flottement où personne dit trop rien. Pris d’une impulsion de crétin, je dis à Cassidy que c’était très sympa de s’être prêté pour de vrai au jeu de l’interview parce que du coup c’était la 1ère qu’on avait publiée sur le blavog. Sa réponse est édifiante :

mais tu m’as pas interviewé.
– …
– …
ah pardon je t’ai confondu avec Cassidy
pas de problème.

Cet instant sera mon grand moment de solitude de la soirée et me traumatisera durablement. Je ne sais pas vraiment si Cassidy je l’ai perdu de vue, ou s’il n’a simplement jamais été présent ce soir là.

. Une bande de gars reconnaît Ill et il reste avec eux 10 bonnes minutes. En revenant il m’explique (non pas spécialement que c’est à moi qu’il voulait parler, seulement y’avait que moi) être complètement las de ce genre de choses. Et là c’est vraiment un truc sans doute difficile à intégrer quand t’es un gros fan mais Ill sort ce qu’on appellera désormais « le théorème Lino ». C’est à dire qu’évidemment c’est super flatteur d’avoir tous ces gens qui viennent le féliciter, mais qu’en gros ils lui parlent d’une période de sa vie qui est révolue et qui date de plus de dix ans maintenant, du coup c’est gentil mais sur la longueur c’est limite déprimant. Je lui cite la phase de Lino « bors refais nous quelques gouttes » et il dit c’est exactement ça. Si vous aussi vous êtes rappeur, ne claquez pas vos thunes chez un psy, appelez-moi.

. Ill et Clément d’Animalsons font connaissance, Clément lui rappelle qu’il a travaillé sur l’album de Booba période 45, ce que Ill semble ignorer totalement. #rapfrinçais

. On me présente ensuite à Clément, ce qui donnera lieu au dialogue suivant
T’as produit pour Guizmo récemment, et ce qui m’étonne c’est…
c’est que je produise pour lui.

je réalise subitement que je porte
a) un sac à dos
b) un bonnet
Clément a donc logiquement dû me prendre pour une sorte d’immonde chieur extrémiste le-rap-c’était-mieux-lavande probablement révolté à l’idée qu’il produise pour Guizmo. Je lui explique que je suis simplement surpris qu’il travaille avec un jeune rappeur émergent. Pragmatique, Clément détaille un peu le processus : il a produit des sons qui dans ce cas précis passent en rotation radio, donc les royalties sont au rdv, donc tout va bien. Je lui demande s’il connaît le blavog, mais non. Je lui explique le concept, il éclate de rire et parle d’un délire de lui et Jim Profit (autre producteur) à l’époque de la rime de Booba sur Makelele : « on avait imaginé un casting avec des types qui se font mesurer la queue pour pouvoir entrer dans le 92i ». Vraisemblablement il parle du texte le mâle aimé de Olivier Catin. Curieux de savoir ce que devient l’autre moitié d’Animalson (Marc) je lui demande de ses nouvelles.
il fait ses affaires
en Jamaïque ?
c’est possible.
Voilà. Tels les deux milf guys de la saga American Pie, le duo de producteurs semble avoir appris à ses dépens que « l’amitié est une route à deux trottoirs » (non, ça ne veut pas dire grand-chose mais dans le dernier film c’est rigolo).

. Un type arrive, remarque qu’il y a quand même beaucoup de rappeurs au mètre carré, et décide de, roulements de tambour, faire une photo. Je m’écarte illico, mais Clément, qui était définitivement très gentil, ou très fatigué, me rappelle en disant « ah bah si, le blavog, sur la photo ». Je commence à me dire que finalement, cette soirée pourrait s’avérer plus intéressante que regarder un film tout seul chez moi.

. Dans un moment où apparemment personne n’avait rien d’intéressant à dire, Daphné explique à Ill le concept du blavog (il faut se rendre à l’évidence, elle explique tout ça bien mieux que moi, probablement qu’on la prendra en manageuse quand on sera riches et célèbres). Ill dit qu’il voit à peu près le principe et que ça lui rappelle une fausse interview des X-men qu’on lui avait fait lire à une époque. Bah oui, c’est ça, c’était nous l’interview. La moitié des X me regarde, choqué et calmé, puis fait à peu près le meilleur compliment qu’on puisse entendre quand on tient un blog de merde avec des faux dialogues entre rappeurs français dedans :
« mais… c’est spécial, parce que d’un côté c’est complètement abusé et d’un côté c’est un peu moi quand même. Du coup je comprenais pas, ça m’a surpris, parce que comme tout le monde je me considère comme quelqu’un d’unique, et là je vois un double imaginaire qui me ressemble un peu. Mes potes disaient que c’était bien, ça nous mettait en valeur moi et Cass, mais moi j’étais surtout très surpris, ça me ressemble pas mal alors que vous aviez aucun moyen de me connaître »
L’anecdote sur la réaction de Joe et Cross qui ont d’abord pensé qu’un de leur pote voire leur ingé son avait écrit le billet So Parano lui fait taper une barre, et s’ensuit un échange où j’explique d’où vient sa caricature à lui, que c’était aussi par rapport à son rap mais aussi ses fans, le côté « jay-z frinçais » (là faut savoir que ça le choque absolument pas) et le paradoxe avec le fait qu’il n’ait concrètement toujours rien sorti. Bref un bon moment, qui se conclura par un exercice de style pas piqué des hannetons :
mais si là tout de suite tu devais écrire un truc sur moi tu ferais quoi ?
Tout de suite ?! Ouais mais non, faut…
ah si ! C’est comme moi, les gens ils sont là  »fais un freestyle, fais un freestyle », à ton tour
ok (petit moment de silence et effort de concentration, mon ki augmente sans doute ostensiblement.) alors tu vois je ferais…
putain, déjà ?! Mais tu blagues pas toi !
En fait je te mettrais dans un truc où t’es au milieu de nouveaux rappeurs, tous ceux qu’on appelle « la relève », ils seraient tous là à dire ouais t’es une inspiration, sauf que toi tu les traiterais plus ou moins comme des merdes, et ce serait ça le gag
– …
– …
pas mal.

. Quelques temps plus tard, vaguement désœuvré, je décide de m’activer, ce qui chez moi consiste à rester bloqué devant une fille debout sur un siège en train de donner toute sa vie dans un bootyshake de bonne facture. Je ne suis pas seul, un type encore plus déterminé que moi a sorti son portable ou son appareil photo et la filme carrément. Une fois qu’il estime avoir filmé suffisamment il se tourne vers moi et on se check en riant : c’était Ekoué.
ça va finir dans un clip, ça !
Hahaha. J’ai écouté le dernier lp…
Il tue !!
ensuite j’essaie de glaner des infos sur leur projet de film, mais soit je n’entends pas ses réponses soit je ne les retiens pas (toujours pro).

. Une semaine plus tard (oui, je fais aussi des bonds dans le temps dans cet article, sortez les lunettes 3d) je découvre qu’Ekoué ne rigolait pas du tout : on peut voir cette jeune demoiselle se déhancher dans le clip Un soir comme un autre.

. Ekoué tombe par hasard sur Ill, les deux font les pitres comme des gamins en se reconnaissant et se pincent la joue en éclatant de rire (NO HOMO).

. Moment wtf : à la sortie, une meuf bien belle semble un peu paumée, et un peu désireuse de se faire voir aussi, bref elle sait pas trop où elle va, elle fait deux pas en avant, trois en arrière, manque de se casser la gueule et du coup s’accroche vite fait aux épaules de Ill (en train de parler) avant de partir en disant oups pardon, sans que PERSONNE ne remarque rien
J’étais le seul témoin mais les faits sont là : Ill avait séduit une femme en étant de dos.

. Melopheelo lui aussi se barre de là, mais il a #unevoiture et confirmera sa réputation de mec extracool en nous raccompagnant. Je sais plus bien où on était censé aller parce qu’on a remarqué 2 minutes après qu’on avait faim et Melo nous a gentiment déposé à côté d’une crêperie.

. Dans la crêperie, où y’avait Trace tv sur un écran derrière moi (détail de la plus haute importance). Ill fait éclater de rire les deux cuistots en sortant des blagues d’entrée de jeu.

. le côté baby-sitter (ou manager, dans le rap c’est un peu la même chose) de Daphné se met en marche, attention ça va très vite :

ce serait bien que tu taffes avec Clément
ouais je lui ai bien parlé… par contre j’ai pas pris son numéro
je l’ai pris.
Cool.
Et demain c’est séance photo pour Snatch.
ok.

#managementfrinçais

. ill évoque booba période Time Bomb et parle d’un long trajet dans le métro, avec l’ourson qui le raccompagne jusqu’à chez lui. Problème : Gilles Boulanger ne comprend que très peu de choses quand Elie Yaffa lui parle, il n’est pas habitué à son style d’argot et reste assez sidéré par son vocabulaire. Fin de l’anecdote.

. En revenant sur ses collègues de Time Bomb, Ill reconnaît évidemment le sens de la punchline de Booba et admet avoir eu une petite pression la première fois qu’il a écouté les Lunatic. Idem pour Oxmo qu’il décrit comme ayant vraiment une intelligence dans l’écriture et un sens de la formule de dingue.

. Ill confirme qu’en plus d’avoir des vues sur Lunatic, Kenzy est venu proposer aux X, à l’époque, de signer chez Secteur Ä, sauf que les 2 rappeurs venaient de quitter Time Bomb « donc c’était pas pour signer derrière avec un mec de notre âge, il allait pas devenir notre daron tu vois« . Là tu déduis qu’entre ça et Booba qui prend un RTT carcéral imprévu, Kenzy a dû légèrement maudire les ex-Time Bomb. Et se contenter de Pit Baccardi, mais ça, cela ne nous regarde pas.

. Parce qu’un peu d’humour ne fait jamais de mal, je lui demande également s’il connaît pas par hasard un groupe nommé 1995.
« c’est un groupe ? ça me dit rien, pour moi c’est une date. » Merci à tous.

. Lors d’un moment de silence où tout le monde mange (parce qu’il est impoli de parler la bouche pleine bande de malpropres), Ill lève la tête, regarde la télé et lâche : « je le trouve vraiment bizarre le rebeu de leur groupe, là. Il a une tête étrange quand même. » Je me retourne : c’était un clip de la Sexion d’Assaut et il parlait de Maska.

. Ensuite arrive un clip de Pitbull : « mais vous avez vu la vidéo où il cogne le mec qui le faisait chier dans le public ? Moi je pense que ce gars là, il est pas latino du tout. Il est d’Europe de l’Est. Tu vois les mercenaires sans âmes qui viennent de ce genre de pays, bah c’est ça. »

. Quand j’explique ce que je fais pour gagner ma vie, Ill a une définition qui lui vient immédiatement à l’esprit : « en fait ton métier c’est de réfléchir à la prochaine quenelle que tu vas glisser, et comment tu vas la glisser aux gens ». Une bonne définition du journalisme ma foi. La preuve, tu viens de lire un truc à peine mieux rédigé qu’un journal intime d’adolescente américaine qui vient d’avoir ses 1ers ragnagnas mais t’es content quand même.

y’a aussi eu un moment où ça parlait d’un concert en Suisse ou je ne sais où et j’ai pas pu résister à la question qui tue :  mais pourquoi pas Paris ? « parce que je dois m’entraîner avant de me produire à la maison, pour être sûr que ce soit bon« . Et il a pas menti, puisque le 4 juillet dernier y’a eu ça :

mais nous on y était pas, on matait American Pie 4.

THAT’S ALL FOLKS.

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 3

Et sinon, juste histoire de bien faire chier, pourquoi t’as jamais fait de son sur les meufs ou l’amour ? Mais on en a fait un avec Cross, sur rap de banlieusard 2 ! Si, le morceau « ce genre de filles ». Bah non, c’est un truc où vous parlez d’armes et les meufs servent de métaphore filée. Non, on parle vraiment de meufs aussi, en même temps, on dit qu’on aime les femmes. Cross a quand même une rime où il dit qu’il a un gun long comme sa bite… Ouais, bon, on en parle à notre façon, quoi.
Joe appellera ensuite Cross (« tu te souviens du Blavog ? Les mecs qui se foutaient de ta le-gueu ? Je suis avec eux là ») et d’autres potes dont son manager et le fondateur d’E.T.A & 357 (on a oublié le nom mais il me semble que c’est Nabil, ça doit être sur un des audios, démerdez-vous) n’oubliant pas de sortir des blagues dont lui seul a le secret (« en fait, là on attend des gens pour vous péter la gueule »). D’ailleurs le billet sur So parano, les concernés en avaient pensé quoi ? Alors en fait nous on était sciés, d’une part c’était marrant mais le pire c’est que ça ressemblait vraiment à la réalité. Au début on pensait que c’était l’ingé son qui avait écrit ça, ou un pote à nous. Donc là on repense à ce qu’on a écrit et on se dit deux choses : les sessions d’enregistrement ont dû être folklo, et Ill est vraiment perché. Dès son arrivée Cross demandera d’ailleurs direct « alors moi je veux savoir un truc : qui vous a renseigné », et un autre nous dira à peu près la même chose. Mais pourquoi vous m’avez fait parler comme une loque ? Bah parce que c’est tout ce qu’on a trouvé, le flow de Cross étant le plus posé de tous, alors que les autres sont déjà bien lents, et l’ovni Monsieur Cross 2 nous a marqué. Concernant ce son, et « l’instru de clown » (rires) en fait, sans me justifier hein, mais mon idée c’était de jouer sur le décalage entre mon flow, ma voix et l’instru qui est vraiment inhabituelle, on s’attend pas du tout à m’entendre dessus. Détail troublant, sans sa voix, difficile de reconnaître Cross, qui a non seulement une casquette, mais aussi beaucoup de cheveux. Spleenter sera profondément choqué par cette vision, ce qui donnera lieu à l’échange suivant :
Spleenter – et sinon t’as des projets ?
Cross – dans le rap, bah pas vraiment
Spleenter – non mais pour tes cheveux, tu comptes faire quelque chose ?
Cross – (rires) ah mais je vais te dire un truc : j’ai fait le ratio entre la longueur de cheveux et la quantité de meufs que tu serres, et je dois dire que j’y ai grave gagné.
Toujours au niveau capillaire, parce que c’est un sujet primordial dans le rap, Joe y va de son petit conseil technique. Au début ma mère était contre les locks, y’avait pas moyen que j’en ai. Alors le truc c’est que j’ai dit que ce serait juste pour les vacances, pendant l’été, tu vois. Sauf qu’à la rentrée j’ai dit bon ben on a qu’à dire jusqu’à la Toussaint, ce genre de conneries. Et forcément ça poussait, et au bout d’un moment bah elle a lâché l’affaire. Mais là j’ai coupé un peu, c’est plus aussi long qu’avant. Ça c’est de l’interview qu’a des couilles au cul, ou je m’y connais pas.
Son pote/manager/producteur, avec qui Joe nous explique qu’il veut monter une structure en totale indé, décrit le personnage à sa façon : Joe il a une plume, y’a vraiment quelque chose à faire avec lui. Bon le truc c’est que lui, c’est le genre… si y’a un concert et en même temps, une soirée, il va aller à la soirée (sourire).

The Wire vs Les Sopranos (bonus track)

Joe – C’est super dur, je sais pas franchement.  C’est une bonne question parce que je crois même qu’aux États-Unis y’a eu un genre d’étude des meilleures séries et c’était ces 2 qui ressortaient. The Wire j’adore, y’a plein de persos géniaux, mais de l’autre côté y’a Tony… The Wire c’est constant dans la qualité, mais Les Sopranos c’est autre chose, sans que tu saches pourquoi, des fois t’as un épisode de fou, comme quand Christopher et Paulie se paument dans la neige en voulant enterrer un Russe, et qu’ils perdent tous leurs moyens. C’est super comique parce que c’est des mafieux classiques mais là tu les vois dans une situation qu’ils maîtrisent pas, ils ont les cheveux en bataille, ils crèvent la dalle, ils sont gelés, ils s’embrouillent parce qu’un des deux a bouffé un supplément sauce du mac do alors que c’était le seul truc qui leur restait pour grailler…

Spleenter – ça faisait très Fargo, c’est un épisode réalisé par Buscemi je crois.

Joe – Sinon en ce moment y’a Boardwalk Empire, je sais pas si vous suivez.

Spleenter – Ouais, mais si je passe 50 minutes devant un épisode des fois je me fais chier. Alors que si je lis des pages wikipedias mal documentées sur certains persos de la série, je passe une bonne soirée. C’est quand même un gros problème. A part Capone, tous les persos de mafieux sont nuls.

Teo – Surtout Luciano et Lansky, l’un est un attardé impuissant et l’autre a une dégaine d’écolier. Au train où ça va, quand Siegel va débarquer, ce sera un autiste avec un yoyo en bois qui fait des clins d’œil aux meufs dans la rue (et effectivement, entre temps la saison 2 a été diffusée, et un personnage plutôt jeune appelé « Beanie » se distingue en faisant des grimaces d’enfant de 5 ans aux autres gangsters durant ses courtes apparitions)

Joe – ouais mais tu vois, déjà la série elle est pas vraiment sur ces mecs là. C’est sur le perso de Buscemi, et aussi le jeune là, Darmody. Lui il est très bon. Après ça me dérange pas qu’il affiche salement Luciano, avec le moment où il se fait avoir par la meuf qu’il baise. Parce que en vrai, à cet âge là, bah Luciano c’était un ptit con. Nous on a l’image finale du gros gangster mais ça s’est pas fait en un jour. Pareil pour Lansky. Tu vois c’est comme dans Malcolm X de Spike Lee. S’il le montre pas dans sa période de ptit con, en train de (il imite la démarche ridicule que Malcolm X tape à un moment au début du film), bah tu vois pas son évolution et ça a moins d’impact. C’est la réalité.

Il explique ensuite que c’est pareil chez les mafieux, en calant des références précises, notamment Genovese qu’il connait par cœur, avant que le tout débouche sur une interprétation très personnelle du rôle de la mafia dans le débarquement en Sicile : « faut quand même se dire un truc : sans Luciano, tu parlerais sans doute allemand. faut pas l’oublier ça ». Quand à son amour des bonnes séries, il n’en démordra pas « je vais te dire : c’est mieux que le sexe ».

Lucazz du siècle

Une anecdote sur Diomay, c’est cadeau, le rappeur préféré de Teobaldo.
Y’a tout un tas de trucs qui posent problème et qui font qu’on se prend la tête pour rien. A un moment je me suis dit pourquoi pas poser avec Diomay, je le contacte, et il répond via le net « ouais là c’est chaud je suis sur mon album », que son manager veut pas qu’il s’éparpille ou je ne sais quoi. C’est quoi ça. Moi ça m’avait plié de rire, parce que franchement si t’es un rappeur et que tu penses comme ça… La définition d’un rappeur, c’est de rapper. Les trucs « oui mais là c’est pas la bonne période », c’est n’importe quoi. Surtout que bon, je veux pas l’enfoncer, mais ça reste Diomay hein. C’est pas une tête d’affiche ou quoi. Le pire c’est que si ça s’trouve il a pensé que je lui en voulais vu que j’ai pas relancé. Non, j’en ai juste rien à foutre.
Sinon, pelle-mêle, on retiendra le patron de bar qui salue Joe et se fout de la gueule de Delarue : « faut être balaise pour passer de 20g à 0 par semaine. T’as vu sa vidéo d’excuses là ? il a pas seulement baissé son froc, il a tendu son cul en demandant si c’était assez bien ». Joe nous parlera aussi vite fait de Kenny Kenz, un rappeur belge ou suisse (ça date, faites pas chier) qu’il compte produire « il est tout frais et surtout, il est vrai, il fait que décrire son quotidien, il sait de quoi il parle, y’a pas de cinéma. C’est bien aussi de mettre des jeunes en avant, c’est comme ça que la musique se renouvelle. En France on a un peu du mal, mais aux states tu vois même des Lil Wayne, qui sont pas des anciens, ils pensent déjà à la relève, avec Young Money, Drake, Nicki Minaj. Drake c’est pas trop mon truc, mais je comprends la démarche, et Wayne a vu juste, il a ramassé le pactole avec lui, pareil pour Nicki Minaj, même si moi je suis un ancien donc je préfèrerai toujours Lil Kim, mais c’est cool. C’est comme Cory Gunz, il a vu qu’il était dangereux, il l’a signé» Et Rick Ross (ça c’est d’la transition) ? J’apprécie bien. Après le problème que j’ai c’est que c’est glacial, c’est une machine le mec, c’est presque… c’est trop parfait des fois. Tu sais que t’auras l’instru classieuse ici, le feat avec tel rappeur là, le refrain de John Legend là-bas… faudrait que ça respire plus, mais sinon chapeau. Concernant Kenny Kenz, on n’était déjà pas emballés à l’époque, et ça n’a malheureusement pas changé après écoute de leur mixtape commune. Et si on avait un doute sur tous ces gens qui arrêtaient Joe dans la rue alors que c’est même pas son quartier, l’intéressé clarifiera les choses avec une simplicité lucide « bah quand on était encore dans le biz on mettait bien beaucoup de monde, faut pas chercher plus loin hein ». Le même détachement qui lui fera dire en nous quittant « vous faites comme vous le sentez, vous êtes libres pour le texte, je veux pas avoir mon mot à dire dessus, tant mieux si ça pique des fois même ».

Par la suite j’ai revu Joe une fois, où au détour d’une conversation il lâchera tranquillement « moi si j’avais eu l’occasion de faire ça, j’aurais foncé direct. C’est vraiment génial d’être critique de film, ou sinon critique littéraire, c’est vraiment bien ». Bref, un rappeur qui gagne à être connu sans être enfermé dans une case, même si c’est évidemment peine perdue, parce que le public est un con. Cela rejoint d’ailleurs une réflexion qu’il avait eu quand on lui avait fait remarquer qu’il avait un côté très à l’ancienne, vieux Paris dans ses références, qui rejoignait le côté bien écrit de ses lyrics. Renaud, Gainsbourg, Coluche, ouais, si je les cite c’est parce que je me reconnais, je les ai découvert tout jeune et j’aime toujours bien. Desproges aussi, j’adore, Audiard, pareil. Et Dieudonné (ouais on lâche pas l’affaire) ? Ouais… (il hésite, comme s’il attendait qu’un agent du Mossad sorte des chiottes en hurlant putain on en tient un) Ouais. Ouais, j’aime bien également, c’est très bien, il est fort. Puis, après une hésitation, cette dernière phrase qui, à mon sens, résume bien le personnage : En fait, je déteste la bêtise.

Joe Lucazz et Kenny Kenz – Espèce Chaîne Gang

Joe Lucazz – Rencontre avec Joe

Joe Lucazz – Rap de banlieusard 2

Joe Lucazz – des sons à droite à gauche, de ci de là, cahin caha (avec Nakk, Alpha 5.20, Monseigneur Mike, Zekwe Ramos et d’autres gentils garnements, le tracklist est mal écrit, mal taggé, et chaotique, mais tu vas pas faire chier non plus)

Joe & Cross feat Despo & Escobar Macson – Crack music et bijoux de famille

ce morceau n’existe nulle part à la base, mais c’est pas ça qui va nous arrêter. Une production Blavog, unique et historique comme un god dans la chambre d’une bonne sœur (ça c’est bien, parce que god, godemiché, mais god, Dieu : un jeu de mot très classe qui conclut une année qui l’a été tout autant).

Et une bonne année bande d’enculés

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 2

Sorti du microcosme parisien, une connexion dénote un peu : le lien entre Joe et Le Rat Luciano.
En fait à une époque, des potes voulaient faire une tape où ils reprendraient des classiques du rap français. Ouais mais ça c’est Retour vers le futur et c’est le K.Ommando Toxik. Voilà, ils nous ont pris de court, du coup ça c’est jamais fait. Mais par la force des choses, c’est grâce à ça que j’ai rencontré le Rat Luciano, puisque parmi les reprises, y’avait la FF. Et là franchement on a accroché direct. Et le mec, alors que je suis un parisien qu’il connaît ni d’Adam ni d’Eve, je l’ai au phonetel « ouais t’as qu’à descendre à Marseille au quartier » et c’était pas une façon de parler, après il me traite comme un pote, et réciproquement quand il venait ici. Même quand chez lui c’était pas possible, parfois je dormais chez Don Choa… Tant que c’était pas chez Menzo, ce n’est pas sale. En fait le truc avec le rat, qui fait que de Marseille à Paris il est respecté, c’est pas seulement qu’il est fort, c’est qu’en plus, y’a aucune différence entre celui que t’as sur disque et celui que t’as en face de toi. Il est quartier pour de vrai. Autant, nous tous, même quand on colle à la réalité, on enjolive un peu… autant lui c’est vrai à la virgule près. Et tout le monde te le dira. Même Booba, un jour à une soirée, il me sort « le rat c’est le seul que je respecte dans ce rap game ». Moi à l’époque j’ai juste pensé  « attends que j’arrive, ptit enfoiré » (rires). Mais là j’ai vu que Luciano a fait un feat avec La Fouine On remarque une note très prononcée d’inquiétude dans sa voix, c’est la fin du monde tel qu’il l’a connu, et on le rassurera en lui disant que Luciano ne change apparemment pas de style dans l’extrait du morceau qui a filtré. « Et y’a Rohff aussi, il paraît qu’il a sorti un son qui s’appelle « C’est comment », pareil, j’ai pas écouté, mais ça fait chier, c’est un truc que je voulais faire ça, parce que cette phrase je la dis tout le temps ! » Effectivement, une moitié du Blavog confirme, pour avoir passé une soirée en sa compagnie, le nombre incroyablement élevé de « c’est comment » l’ayant obligé à répondre « pépèrement » une bonne centaine de fois. Cependant chez Rohff la phrase est juste le titre de l’intro de La Cuenta. « Alors c’est cool, tant mieux ». Tout est bien qui finit bien.

INTERLUDE
Là tout de suite faut préciser un truc essentiel. Tout au long de la soirée, Joe s’arrêtera fréquemment pour saluer des gens, et inversement, qu’il soit posé à un bar où simplement en train de marcher en pleine rue. Sa moyenne étant d’un serrage de main et une bise sur la joue toutes les 9,27 minutes, on les passera sous silence la plupart du temps, mais pas là. Parce que Joe s’interrompt brusquement dès l’entrée d’un homme dans le bar, qui le salue chaleureusement.
Le type – salut ça va ? Tu deviens quoi ?
Joe – bah ça va Yann tranquille et toi
Yann – (à nous) enchanté, Yann, Yann Le Bras.
Après avoir échangé quelques amabilités, cette personne revient sur moi, puis sur Joe et fait « ah mais on se connaît, c’est avec lui que vous êtes venu la dernière fois » Hein ? Mais non, pas du tout. Faut aussi préciser qu’être pris pour quelqu’un d’autre est un super pouvoir de Spleenter, qui au cours de sa triste vie s’est vu attribuer une ressemblance avec Mohammed Ali, Yannick Noah, Joachim Noah, Michael Jackson période Jackson 5, Marcel Desailly et même Ronaldinho. « Ah, pardon. Bonne soirée ». Donc c’était le fameux Maître Le Bras, on l’applaudit bien fort, l’avocat le plus name-droppé dans le rap français depuis Perry Mason. Alors comme ça on a le même baveux que B2O, on se fait pas chier. « Ouais, mais ça veut pas dire grand-chose, d’ailleurs c’est même possible qu’il fasse certains trucs pour Booba gratos, vu comment l’autre le fait connaître à tout le monde. » On en apprend tous les jours.

So Parano
Moi à la base je suis plus New York qu’autre chose. C’est ça qui me parle. Mais pourtant sur So Parano notamment, la sélection d’instru allait de faces B de Lil Wayne à Young Buck en passant par Mike Jones et Terrace Martin. Ça en fait c’est dû à Work, c’est lui qui a fait la sélection de beats. De nous tous c’est lui qui se tient vraiment le plus au courant de ce qui se fait actuellement aux U.S. Moi, du moment que ça sonne bien, je suis pas fermé, je pose dessus, le changement c’est toujours sympa. Le délire So Parano en lui-même, bon déjà on est tous fans des Sopranos, et on parle de ce qu’on connaît, de notre vécu, avec le côté business de rue, tout ça. Entre lui qui donne son prénom et son nom, et Work qui dit « on kiffe tellement le rap qu’on se poucav nous-mêmes comme des golmons sur disque » où est la limite à pas franchir pour pas se griller bêtement ? Joe reste pragmatique. C’est une petite tape, personne l’écoutera, même nos proches qui vont l’écouter, avec les flows, les expressions, ils comprendront pas tout, donc ça va. Pas si parano que ça du coup… Tout le délire So Parano c’est surtout parce qu’à l’époque c’était à fond le biz de C. Chacun finissait de poser il checkait son portable, « bon je dois bouger voir un mec, je reviens ». C’était vraiment notre ambiance, et on enchaînait les couplets au milieu de tout ça. De toute façon, nous notre façon de penser c’est que tout ce qu’on fait on devra le payer tôt ou tard. Donc c’est aussi pour ça qu’on se permet d’aller un peu loin dans les paroles, on fait que raconter nos vies, pas la peine de nous faire la morale derrière parce qu’on vous a pas demandé de nous plaindre non plus. On fait que décrire notre quotidien.
Spleenter – Mais par exemple, ta mère écoute ta musique ?
Joe – Ouais
Spleenter – Et elle dit quoi ?
Joe – Elle dit « t’es un con », en général. Mais sinon elle sait que dans la vie je suis plus dans les bêtises, elle est contente pour moi maintenant. Mais sinon quand j’ai eu mes problèmes avec le 36, bah c’est ma sœur qui m’a présenté Le Bras par exemple, comme quoi.

Une famille de boss, on peut le dire.

Joe & Cross : Les Clipse frinçais ?
The Clipse avaient repoussé lors d’un entretien l’étiquette « cocaïne rap » en mettant en avant leurs talents de lyricistes, les métaphores, doubles sens, etc, la vente de drogues étant une thématique générale plus qu’un style. C’était aussi le cas de Joe sur disque (« Classe-moi parmi les lyricistes ») et aussi dans une interview pour rap mag où il citait Talib Kweli comme une de ses références.
« Ouais, je me rappelle. Kweli ça me plaît parce que c’est rue, mais l’écriture reste soignée. Sinon par rapport à nous, ça faisait dix ans qu’on parlait de coke et à l’époque on nous le reprochait beaucoup. Maintenant limite si t’en parles pas t’es hasbeen, alors moi j’ai décidé d’en parler moins qu’avant. Dans mon album y’aura quand même 2-3 sons dessus mais sinon je les  laisse, qu’ils s’amusent à jouer les Scarface entre eux… Nous on savait de quoi on parlait et pourquoi on le disait ». Le mec dit ça comme un plombier qui déplore la piètre qualité des pièces importées d’Europe de l’Est. L’amour du travail bien fait, ni plus ni moins. Pourtant, dans leurs premiers sons, Cross comme Joe décrivait l’univers du deal de manière plus vague, et surtout d’un point de vue extérieur, puis peu à peu il y a eu glissement vers un discours où ils s’assument vendeurs. « Bah justement c’est aussi parce que nous au début on avait une certaine retenue par rapport à ça, puis le temps passe, tu vois des gens qui n’ont jamais été dans ça qui se mettent à parler comme s’ils s’y connaissaient alors qu’on sait que non. Donc là on s’est dit autant y aller, les gens verront bien qu’on s’invente pas de vie. » D’où des phases comme « ils parlent tous de 0.9, 0.9, comme s’ils étaient des chimistes » ? C’est ça, c’est ridicule cette mode.  Pour en revenir aux Clipse, c’est sympa, j’aime bien leurs wordplays, mais dans le genre je préfère D-Block par exemple. » New-York jusqu’au bout décidément. Désolé les gars, on aura vraiment essayé, mais Malice et Pusha T n’auront pas les faveurs du bonhomme de neige.

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Rencontre avec un bonhomme de neige (interview Joe Lucazz) – 1

Teobaldo – et on a interviewé Joe Lucazz aussi dernièrement

Lalcko – il est très bon lui. C’est dommage qu’il rappe plus.

Teobaldo – mais il a pas arrêté…

Lalcko – ah bon ?

Cet échange hautement confidentiel entre ces deux individus, qui a eu lieu dans l’escalier de mon immeuble, est certes anecdotique mais résume assez bien la position particulière de Joe dans le rap français. Respecté, estimé de ses pairs, mais totalement à la ramasse niveau promo, et limite absent de l’inconscient collectif du public rap frinçais (ça si c’est pas d’la phase de branleur je sais pas ce que c’est).

2e anecdote, toujours plus haut, toujours plus fort : lors de l’enregistrement de GB Paris vol 1, il s’est passé un truc assez marrant à un moment. Joe pose son couplet, et là un petit silence se fait, les autres rappeurs présents l’écoutent réellement. Alors que l’ambiance du studio et le nombre de mc au mètre carré étaient pas du tout adaptés pour ça. Shone et Miko diront d’ailleurs « Joe on a son skeud à la maison », et au-delà du fait que ça sous-entende que ces deux personnes habitent ensemble, une telle unanimité est en général soit synonyme d’hypocrisie soit carrément exceptionnelle. On était ici dans le second cas, avec un consensus parfois flou mais sincère, qui revenait à mettre tout le monde d’accord sur un point : Joe, il écrit pas avec son derche.

Il y a maintenant une petite dizaine de mois, on a eu la chance de pouvoir échanger tout plein de mots avec ce rappeur qu’on aime beaucoup ici, mais dont personne ne parle. Jamais. Surtout toi là-bas. Parce qu’un papier difforme vaut tous les tops de merde du monde, voici le récit pas piqué des hannetons d’une sacrée soirée, en version audio pour ce qu’on a pu sauver et écrite pour tout le reste. Avec des propos rapportés mais aussi de l’itw directe, parce que c’est comme ça, c’est Noël, et comme disait cette meuf qui avait de l’herpès « y’en aura pour tout le monde ».

Lucazz Begins

« En fait à la base j’étais avec Cross dans un crew et à un moment on devait tous se choisir nos blases. Cross à l’époque s’appelait Lupino (?), inspiré de Arsène Lupin (!) et moi, Lucazzi c’était pour Luca Brazzi en fait. C’était un moment où je voulais rendre mon flow plus fluide alors j’essayais au maximum d’enlever certaines lettres qui te font buter sur la prononciation, c’est pour ça que Luca Brazzi est devenu Lucazzi. Dans Le Parrain, ce perso m’a choqué dès le début : tu vois un type répéter pendant une heure une simple phrase de félicitations pour Corleone, ensuite il disparaît et quand Corléone se fait shooter et qu’ils font la réunion de famille tout le monde dit « ah si Luca Brazzi était là, il règlerait tout ça en 2-2 ». Mais tu sais pas bien qui c’est à part que c’est le plus fidèle des capos de la famille. Après t’as la fin, où il réapparait et se fait caner salement. Bref j’étais intrigué. Donc j’ai lu tous les bouquins de Puzo et le perso y est beaucoup plus développé et il m’a bien plu. Donc aucun rapport avec Frank Lucas. « Ca va pas non ? Pas du tout, en plus c’est une balance lui ».

Cam’ron sur Marche avec nous

Alors cette connexion à la base on l’a eu par DJ Battle qui a mixé notre album et qui était beaucoup aux States à ce moment là. A un moment il nous contacte et nous fait voilà j’ai moyen de vous avoir Cam’ron, mais pour un petit truc, ce sera pas forcément un couplet ni rien. Nous on s’en foutait, tu nous passes Cam’ron sur notre skeud, bien sûr que c’est oui. Donc voilà l’histoire de cette intro.

Méthode de travail

Alors mes potes, j’écoute leur avis, mais en vrai, je m’en fous. C’est d’abord moi seul qui compte. Mais attention, je suis super exigeant avec moi-même. La plupart des sons que je fais, je me mets des notes en fait. La plupart du temps, si je me mets pas plus de 14, je sors pas le son. Et ça arrive souvent. Du coup c’est l’inverse, c’est mes potes qui me disent mais t’es fou, ça c’est bien. Mais faut que ça me plaise à moi d’abord. Niveau écriture, le truc que j’aime bien faire c’est instaurer une continuité dans mes couplets, au moins sur la forme, même si ça va parler de tout et de rien au final. Si je te fais une comparaison en début de couplet sur, on va dire, le poker, je vais me démerder pour que ça revienne par la suite, et si possible finir sur ça aussi, mais de manière variée à chaque fois. Que quand t’écoutes, ça semble un enchaînement logique, pas des phrases interchangeables à l’infini.

Joe et le rap français

Il évoque dans un premier temps ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui, à commencer par Flynt. « si t’as une embrouille avec Flynt, t’as qu’à squatter les concerts de Mobb Deep, Infamous Mobb, tout ça, t’es sûr de le trouver. C’est vraiment son délire. C’est un mec en or, il est pas du tout comme moi. Flynt tu lui donnes rendez-vous à 15h, il est là à moins cinq, à 15h01 il t’envoie un texto et à 15h03 il t’appelle. » Évidemment, Joe aurait pu se contenter de dire « Flynt est blanc », mais il est comme ça, il a son sens de la formule bien à lui et il y tient. Quand il parle au naturel, il encule l’ensemble des slammeurs de ce pays. En parlant de ça, la seule fois où on a entendu un pic à des collègues, c’était pour Abd al Malik et Michael Youn nan ? « En fait j’aime pas les clash, je trouve ça bidon en France. Si j’ai un problème avec quelqu’un je vois franchement pas l’intérêt d’en faire un morceau. La phase sur Malik et Youn c’est pas un clash en vrai, c’est juste la vérité : l’un a vraiment zappé le rap pour du slam, et l’autre est un clown. C’est même pas une attaque. L’autre fois où je me suis retrouvé dans une histoire comme ça c’était avec Cen Safaraa, et alors là c’était n’importe quoi. Je pose sur un truc qui reprend la face B de Repose en paix au refrain. Avec Cross on se dit que c’est bien, je pensais même qu’on aurait pu appeler Booba pour qu’il dise quelques mots en intro. Je reviens au studio, et je vois les autres couplets. « Merde mais c’est un clash ça les mecs !? » (Joe dit vraiment ça comme le gars qui se réveille, qui voit la fille à côté de lui et qui fait « mais c’est une rousse, ça les mecs !? »), avec Kappacci qui s’est rajouté et tout. Et en plus ils voulaient le clipper. » Donc là ce qu’on retient c’est que si tu veux clasher quelqu’un mais qu’il te manque un couplet, t’appelles Kappacci, il insultera tout le monde sans rechigner. « Mais de toute façon, même les fois où les beefs ont dépassé le cadre de la musique, c’était déjà n’importe quoi. » Un exemple ? « Le truc de Gab’1 là. Avec Rohff et Kery qui le tapent ou je sais pas quoi. Et y’a sa vidéo le lendemain. Franchement si tu tombes sur un mec et que juste après il continue son délire en vidéo, c’est que déjà tu l’as pas assez tapé. En plus Gab’1 on le connaît c’est un mec du 19, on le voit rentrer en taxi de soirée, il est marrant. Mais sinon le délire c’est que maintenant même les têtes-têtes c’est fini. Normalement, si t’as un truc contre quelqu’un, et que tu le retrouves avec tes gars, c’est tes potes qui le règlent et qui sautent pour toi. C’est comme ça que les trucs se règlent, les histoires de duel de cour de récré, j’y crois pas. » En parlant du 19e, quid de ses petits camarades ? Les Ghett Dip, je les connais, on s’apprécie, leur délire Hausmann, c’est bien, c’est super classe mais le truc c’est que des fois ça va un peu loin. Quand Simsky fait sa rime « je suis juif, musulman, chrétien », bah non. T’es juste musulman. Ça sert à rien, tu vas pas rallier tout le monde juste parce que tu dis ça. C’est comme les délires Illuminatis. C’est la mode, les mecs foutent des signes et des trucs mystiques dans leurs sons et leurs clips, ils croient que ça va leur ramener un certain public. Mais ceux qui sont là-dedans, ça les intéresse pas un rappeur qui parle de ça. Y’a aussi des mecs qui se sont mis à parler de coke dans leurs morceaux parce que c’est devenu fashion. Les gens sont profondément stupides de croire que ça peut les booster. Joe n’est pas non plus très fan des théories du complot en tous genres. Non mais moi, les trucs sur le 11 septembre, les trucs secrets pour contrôler le monde… je suis réaliste. Pour moi c’est l’argent qui dirige absolument tout. Donc pas besoin de chercher très loin. Tu vois juste ceux qui profitent d’un truc et ceux qui y perdent et t’as tout compris. Pourquoi des gens se feraient chier à faire des manipulations de fou pour contrôler un truc alors qu’il suffit de l’acheter ? A part ça, il fréquentait pas mal Sinik et Kennedy durant une période non ? Bah Kennedy et Sinik c’était les petits de Diam’s. Bon Sinik je peux plus trop l’écouter mais Kennedy, lui son évolution est un gâchis. Il s’est racaillisé de fou, avec son accent et ses intonations qui lui vont pas du tout. Surtout qu’à la base c’est pas un ouf. En même temps Kennedy dès qu’il a posé sur Ouest Side il a cru qu’il faisait partie du 92i… C’est exactement ça. Tous ces mecs qui rappaient normal et qui se sont mis à prendre un flow caillera après Booba… (là, Joe imite l’accent caillera. C’est impossible à décrire, le mépris dégouline trop sur les syllabes déformées, on obtient le chaînon manquant entre le raclement de gorge et le gémissement) Mais c’est dommage c’est un petit qui aurait pu tout niquer… mais tous les petits qui peuvent tout niquer ils leur arrivent des trucs. Ce qui manque c’est un jeune qui a les dents longues et qui maque le game. J’ai cru que Sefyu pourrait le faire, mais il a pas les capacités. Certains morceaux je peux même pas les écouter. Son truc « s-s-s-s-s » là (molotov 4), c’est mort pour moi. Le truc des gimmicks c’est bien une fois, pas plus. Pourtant Joe lui aussi a fait un couplet comme ça, « Doom ». Ouais, un couplet sur un feat. Dans mon album solo aussi y’aura un morceau gimmick. Ça s’appellera Mimil. Parce que c’est vrai que je le dis tout le temps. D’ailleurs cette expression, ça vient d’où ? C’est un truc à l’ancienne ça. Moi je me rappelle que c’est à Rosny qu’on le dit beaucoup. Mimil’ c’est genre… tu vois les petits mecs des rues mais d’avant ? Les gavroches, les minots qu’ont même pas 15 piges mais qui ramassent les mégots des grands pour se les foutre dans la bouche, tu vois ce style là, très vieux Paris. Bah c’est ça Mimil’. Et chez nous c’est devenu une sorte de truc qu’on ajoute en fin de phrase, genre « allez arrête tes conneries, mimil… ». Retour au rap. « Ce qui est dommage aussi et qui explique que y’a pas de petits qui déclassent les grands, c’est que les grands quand ils montent ils ont des équipes de merde avec eux. Booba il est fort mais son équipe elle est dégueulasse. Et c’est loin d’être le seul. Du coup tu peux pas avoir de crew à l’américaine qui sont tous au top en même temps. Du côté du Blavog, on a un peu peur de l’évolution de Dosseh. « Je crois vraiment que Dosseh est moins con que les autres de son âge, et en plus il vient de province, il a pas été bousillé par le délire d’ici, il doit avoir plus de recul. »

Darys, Ill, Joe Lucazz – freestyle

La suite au prochain épisode, avec un invité surprise, du suspens et des effets spéciaux.

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Saturday night bâtard

Alors pour ceux qui se demanderaient, ce papier c’est une commande en fait. C’est pas qu’on a écouté le son hier et qu’on a écrit super vite. Non. Ça fait un mois qu’on l’a, c’est juste qu’on avait rien foutu avant.
Mais on a su mettre ce temps à profit pour mener une réflexion ethnologique sur les modes de vie de certaines peuplades. Enjoy.

Seno – ah, salut Joe, content de te voir
Joe – salut, mimil.
Seno – non, moi c’est Seno, le sale blanc bâtard.
Joe – ne sois pas si dur avec toi-même, négro.
Seno – non mais Sales Blancs, c’est le nom de mon groupe.
Joe – mais oui, tu as un groupe, ben voyons. et vous êtes tous des sales blancs. c’est ça… toi t’as pas besoin de drogue en fait.
Seno – c’est pas pour ça que je t’ai appelé. Je me suis dit que j’allais faire tourner des sons gratos, un peu comme mon fils quand il a lâché sa webtape et…
Joe – T’as un fils ?
Seno – Ouais.
Joe – Dis lui de pas traîner dans mes pattes, je risquerais de lui proposer de la came.
Seno – C’est une phase de Booba ça.
Joe – C’est surtout un réflexe.
Seno – bref, j’ai pensé qu’on pouvait remixer le son B.M.F (il lance l’instru).
Joe – tu veux rapper sur Jour de paye de Booba ? C’est pas super original…
Seno – mais non, c’est un son de Rick Ross…
Joe – Bien sûr, Rick Ross reprend des beats à Booba. T’as définitivement un problème toi.
Seno – t’occupe. L’idée c’est qu’on parte sur des couplets plutôt crus, rue, tout ça.
Joe – fallait le dire tout de suite mimil.

Et ni une ni deux, Joe pose son couplet.

Seno – c’est pas mal du tout. Par contre y’a un truc que je capte pas. La phase où tu dis que t’as les pieds sur le bureau, le rap français sous le bureau.
Joe – ouais ?
Seno – bah comment c’est possible que le rap te suce si t’as les jambes sur le bureau.
Joe – c’est un truc de renoi, ça. Tout est dans l’appui sur les genoux et les adducteurs. c’est pas plus surprenant que toi qui te vois en Mesrine ou en Ferrara au refrain.
Seno – bah quoi ?
Joe – tu connais beaucoup de gens qui rêvent d’être mort ou en taule à perpèt mimil ?

Soudain, la porte du studio s’ouvre sans prévenir. Comment une porte pourrait prévenir de quoi que ce soit ? C’est pas la question.

Myssa – alors ça parle de gangsta ? C’est une mission pour Myssa !
Joe – mais qu’est-ce que tu fous là ?
Myssa – j’ai entendu que ça parlait de putes, de guns, je suis venu.
Seno – Attends, là. T’es venu en 4e vitesse jusqu’à Evreux parce que t’as entendu un son gangsta depuis Grigny ? Ça n’a aucun sens.
Myssa – j’ai un 6e sens pour tout ce qui est OG. Ça ne s’explique pas, c’est comme ça c’est tout.
Joe – c’est cool, plus on est de négros plus on rit.
Myssa – enfin pour être exact, moi je suis métis.
Joe – à la fois un sale blanc et un négro sale.
Seno – balaise.
Joe – non seulement tu dois être fort au basket mais en plus tu connais tous les épisodes de Friends par coeur.
Myssa – c’est des clichés ça.
Seno – Myssa, on va prendre des photos pour immortaliser le truc. Va chercher ton béret et ta cravate.
Myssa – j’en ai pas putain de merde. Je porte des bandanas et des sweat capuches moi.
Seno – pour la dernière fois tu es à moitié blanc ! T’as forcément un béret.
Joe – comme à la fin de ce clip par exemple.
Myssa – fait chier…
Joe – et tu dis que t’as bac + 5 aussi.
Myssa – et ?
Joe – et alors t’es blanc.
Myssa – je suis aussi Camerounais.
Joe – alors t’as pas bac + 5.
Myssa – …

Seno pose son couplet.

Seno – alors ?
Myssa – frais !
Joe – non.
Seno – comment ça, non ?
Joe – tu dois rapper lentement. Ou alors tu vires mon couplet, j’ai pas envie de passer pour un con.
Seno – je vois pas le rapport.
Joe – tu m’avais pas prévenu pour les roulements et tout ça. Pour moi un rappeur blanc ça rappe pas comme ça. Ça rappe comme Cross.
Seno – non mais c’est pas une règle non plus. Surtout que moi j’ai grandi chez les westeux, j’ai pris leurs trucs.
Myssa – comme Mowgli dans Le Livre de la jungle.
Seno – …
Joe – …
Myssa – en tout cas moi je ferai des roulements. C’est pas négociable, je sais pas faire autrement.
Joe – normal, t’es à moitié noir. Mais Seno il a pas d’excuse.
Seno – la journée va être longue…

Seno, Joe Lucazz, Myssa – B.M.F. (mp3)

et bonus parce qu’on l’aime bien, Myssa – amuse gueules (webtape best-of)

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Interview de Cassidy des X-Men (Une vraie de vraie, et ouais) 1ère partie

Si vous vous souvenez bien, y a environ un an, on avait fait une fausse interview des X-Men. Et bien le vrai Cassidy est tombé dessus. Surpris, il s’est demandé ce que tous les rappeurs se demandent en nous lisant : « Qui sont ces gens ? », « Que veulent-ils ? » ou bien encore, le classique « Sont ils aussi laids et cons qu’on le prétend ? »  Et de fil en aiguille, on en arrive à une vraie interview de Cassidy des X-Men sur le Blavog (on est aussi surpris que vous). Cass’ face à face avec Teobaldo et Spleenter (Et aussi Hichem qui était là pour l’occasion, parce que c’est un bon pote et qu’il habite pas loin, c’est pratique) c’est parti !

Teo -Bah avant tout présente toi, pourquoi Cassidy ? pourquoi ce blase ? Par exemple.

Cass -Bah voilà, Cassidy, issu du groupe X-Men. Pourquoi Cassidy ? Bah vu qu’à la base on est partis sur le nom X-Men pour tout ce qui concerne l’histoire des mutants et de toutes ces histoires qu’on a lues petits, il se trouve que le seul renoi que j’ai trouvé dans toute la clique c’était Black Tom Cassidy. Quand j’ai regardé le bouquin j’ai dit « Tiens ça va être lui, ça me parle. » C’est parti de ça. D’ailleurs mon 1er nom c’était Black Tom Cassidy. Puis après on a viré et gardé Cassidy.

Teo -C’était le nom dans les crédits de « J’attaque du mike. »

Cass -Exact.

Teo -Sinon, y’avait eu aussi Cassi-Dinero.

Cass -Sur « Retour aux pyramides. » En fait on était partis sur un délire avec Oxmo où on était sur les déclinaisons de Cassidy, où je cherchais à faire des petites fantaisies et ça m’est venu comme ça. Ça a été un blase de circonstances mais voilà ça reste Cassidy.

Teo -Tes débuts, t’as commencé quand ?

Cass -Alors débuts… 95 avec le premier morceau qui était sorti, c’était « J’attaque du mike. »

Teo -Mais avant, t’avais commencé depuis longtemps ?

Cass -Allez, ça fait peut-être 2ans maximum qu’on avait commencé à prendre la plume. Ça a été rencontre avec Ill au collège, puis un peu plus tard Hifi aussi dans la street et les soirées du côté de Pigalle. Et voilà, le truc s’est fait, on a tripé, on a commencé à freestyler ensemble, on s’est dit on va faire des petites maquettes, la sauce a prise et voilà, les X-Men sont nés. Mais c’est vrai qu’avant « J’attaque du mike » on avait une année, peut-être 2 ans de rap dans les pattes.

Teo -Hifi faisait partie du groupe à la base ou ça a toujours été clair qu’il était solo ?

Cass – C’était clair, dés le début. En fait Ill et moi on se connaît aussi parce qu’y avait la géographie qui faisait qu’on était du même coin, le XXe. Donc on était amenés à se fréquenter assez régulièrement et Hifi est venu se greffer à l’ambiance ; même si ça reste un très bon soss, il savait d’entrée qu’il allait faire ses trucs solo. Donc on s’est dit voilà on se lance à 3 en tant qu’X-Men mais c’est vite devenu X-Men & Hifi en guest en fait.

(Subitement, Spleenter se réveille)

Spleenter -Mais t’es au courant que Black Tom Cassidy c’est pas un renoi dans la BD ?

Cass -Bah ils m’ont baisé dans la BD que j’ai eu parce qu’il était bien renoi, ou alors je suis daltonien !

Spleenter -C’est possible, mais c’est pas un renoi.

Cass -À vérifier alors. Je te ramènerai le bouquin parce que je l’ai gardé au cas où on émettrait des doutes.

Spleenter -Mais c’est un Irlandais.

Cass -Non mais ça je suis d’accord mais il est représenté renoi dans la BD. Après je sais pas, t’as peut-être raison, mais tu sais il peut y avoir des Irlandais renois aussi.

Spleenter -T’as aussi le délire Al Simmons, non ?

Cass -Ouais, ça c’est un autre côté que j’exploiterai plus tard justement, mais tu fais bien d’en parler parce qu’il existe, en effet.

Teo -La partie homme seul dans l’ombre

Cass -C’est ça.

Teo -Après « J’attaque du mike » y a toute la période Time Bomb, ça tout le monde connait à peu près. Par contre dernièrement, y a un truc qui est sorti, une compil de DJ Sek. Dessus y avait 2 inéditss des X. Y a beaucoup de sons comme ça qui traînent en réserve ?

Cass -J’espère pas en fait… Normalement on aurait du les récupérer ou au moins être au courant quand tout ça se met en place (rires)

Teo -Vous l’avez su qu’au moment où c’est sorti ?

Cass -Non, pas au moment où c’est sorti. Mais disons qu’on en a eu vent parce qu’en fait c’était des maquettes qu’on avait faites à l’époque juste avant « J’attaque du mike » où on devait signer avec le label Source. Donc on était en processus de maquettes. 4, 5 morceaux dont ceux qui réapparaissent dans la compil de Sek. Nous on pensait que ces morceaux avaient plus ou moins disparus jusqu’au jour où un pote me dit « écoute, y a un pote à moi qui a retrouvé ces bandes là » et il s’avère qu’au même moment Sek a retrouvé ces bandes là et à décidé de les sortir. Donc voilà…

Teo -C’est l’Arche perdu votre truc là.

Cass -Ouais c’était un peu ça. C’est marrant parce que c’est des morceaux qui ont été faits de manière spontanée, pas écrits à l’avance. On a écrit sur place en studio puis ça a donné ces morceaux avec des couplets que j’avais repris plus tard dans « On reste humble. » Je sais plus. C’était peut-être « un garçon discret… » que j’avais posé sur Sad Hill.

Teo -Non, non, attends… c’était sur… « La corde au cou » !?

Cass -Ouais exact !

Teo -Un truc genre « Loin devant au volant de ma hip-hop-mobile… »

Cass -« …Profil type des gars qui escroquent pour de gros deals » exactement.

Teo -Mais vous avez aucun droit sur ces sons là ?

Cass – on a des droits mais en tant qu’auteurs, interprètes et pas en tant que producteurs. Mais voilà, tu sais c’est un peu comme tout, on a fait ça à une époque où l’argent c’était pas le sujet donc ce qui fait que sur le papier, sur le contrat, ça a pas été géré de manière carrée. Allez, on va dire que c’est passé à l’as, quoi.

Teo -Après on arrive assez rapidement au 1er album. Là y a beaucoup de rumeurs qui circulent, on sait pas trop ce qui est vrai. Comme quoi y avait eu un procès avec Marvel par rapport au nom des X-Men. Que vous aviez arrêté le rap. Que le truc a été enregistré en 3 semaines seulement.

Cass -Pour reprendre dans l’ordre : Non. Pour l’histoire, on a été le 1er groupe de rap français signé chez Universal et vu qu’on arrivait avec le nom X-Men, forcément en tant que major, ils voulaient pas prendre le moindre risque en mettant dans les bacs le groupe X-Men, sachant que ça appartenait à Marvel. Donc on a juste anticipé pour éviter un procès, justement. Après, pour ce qui est des 3 semaines pour enregistrer l’album, c’est la vérité. Ça veut dire qu’avant de rentrer en studio, on savait pas ce qu’on allait poser. On arrivait le matin « Ok on part là dessus », on écrivait chaque jour un texte. Donc en 3 semaines. Et enfin, non. On a jamais arrêté le rap, c’est juste que tu prends un peu de recul à un moment donné, tu regardes un peu la scène, mais on a jamais arrêté, on écrit tous les jours. C’est notre gymnastique quoi.

Teo -les reproches qui sont faits sur cet album, comme quoi c’était pas forcément au niveau, que les flows étaient un peu fatigués etc…

Cass -Ouais. Ouais. Mais tout ça… Je peux le comprendre mais en même temps, quand on se retourne, c’est un album qui me donne le plus de satisfaction. Dans le sens où c’est un truc instinctif, tout ce qu’on dit dedans c’est vérifiable, c’est la réalité. Parce qu’on avait pas le temps de cogiter à 1 000 choses. on prenait les journées qui se passaient et on les a plaquées sur l’album. C’est clair qu’y a quelques erreurs de flow, on va pas mentir dessus. Mais ça fait presque partie du projet. On a aussi fait une réédition qui s’est bien passé.

Teo -Pourtant, peu de gens ont été au courant.

Cass -On est d’accord qu’au niveau de la promo, c’était pas super. On espère pouvoir rebalancer la sauce avec des vinyles. Et pour en revenir à l’album, j’te dis, c’est une expérience qui m’a marquée parce qu’elle a aura été formatrice dans le sens où écrire un album en 3 semaines en studio c’était pas évident. À la fin on est quand même contents du résultat.

Teo -Et maintenant une question à la con. Sur l’intro, à la fin, on entend bien une balle de ping pong ?

Cass -T’as tout compris, au moment où on faisait l’intro on jouait au ping pong (rires) C’est exactement ça parce que c’était une grande pièce de studio. Au studio Davoust.

Teo -Ça me hantait depuis longtemps…

Cass -C’est marrant parce que t’es le premier qui le soulève. On s’est dit ‘peut-être que les gens vont capter‘ mais finalement ça a mis le temps. Mais ouais, on faisait une partie de ping pong et je sais plus qui menait d’ailleurs. Mais c’est ça, dans la cabine.

Teo -C’est vraiment la meilleure intro du monde.

Cass -En plus, tu remarqueras que c’est synchro. La balle rebondit au bon moment, ça passe dans le rythme donc parfait. Génial. Niquel.

Teo -T’as des questions toi ?

Spleenter -Je les ai marquées sur une feuille, là. Passe la moi.

Teo -Tiens.

Spleenter -Alors, première question : « Spawn ? »

Teo -C’est pas une question ça…

Cass -OK. Section comics. Normal. Vas-y !

Spleenter -Alors pourquoi Spawn ? Tout connement. (Al Simmons étant le vrai nom de Spawn)

Cass -Bah tu sais quoi, quand j’ai vu ce film là, parce que je connaissais pas à la base…

Spleenter -C’est parti du film ?

Cass -Ouais c’est parti du film.

Spleenter -Mais il est à chier.

Cass -Ouais, selon toi. Moi j’ai kiffé en tout cas. Perso, j’ai aimé la description du personnage de Al Simmons. À savoir, un mec qui était engagé à un moment pour une mission du mossad. Plus ou moins forcé de le faire par les circonstances et du coup il bascule du mauvais côté, mais malgré tout avec un fond noble et sain. C’est un peu ce mix là qui m’a interpelé parce que je me définis un peu comme ça. Je suis double facette. Ça peut être le jour et la nuit. Beau temps et tempête. Mon côté homme seul dans l’ombre ; mon côté « Dexter » si tu veux.

Spleenter -Les films X-Men puent la merde, tu as une explication ? Tu l’as vécu comment ?

Cass -Ouais ça je suis d’accord, mais tu sais c’est comme tous les sujets qui, au delà du divertissement, traitent de vraies choses, à savoir le Viet-Nam et toute cette époque avec des revendications de mutations génétiques, Stan Lee etc… Et ils te passent ça en grand divertissement, donc forcément c’est toujours kitsh. Mais les BDs sont bien mieux, je conseille aux gens qui connaissent pas X-Men de se pencher sur les comics à l’ancienne et pas de se référer aux films sortis récemment. Ça reste du divertissement pur et dur, sans plus.

Spleenter -T’as participé au concert ‘Retour aux sources’ et heureusement on t’as pas encore vu, contrairement à ton collègue, porter un t-shirt « Le rap c’était mieux avant. » Tu penses quoi de ce slogan ?

Cass -Je l’ai déjà porté ce t-shirt, parce qu’à un moment donné j’étais là à me dire ‘Ouais c’est un peu chiant ce qui se fait, à l’époque on était unis, on était soudés, c’était génial, super, nanani nanana…‘ Mais les choses ont évolué, faut vivre avec son temps. Tu vois, je roule pas avec des 4L même si je trouve ça joli ou que ça a son charme. Ça commence un petit peu à s’essouffler mais je vais pas cracher sur les mecs qui pensent que le rap c’était mieux avant. Moi je suis acteur du rap, pas spectateur, donc à moi de faire une came solide pour que les gens disent « Ah ouais le rap c’est pas mal maintenant aussi » ou « c’est aussi bien« . Après, chacun pense ce qu’il veut, je suis pas défenseur des morales ou quoi…

Une serpillère est demandée à l'accueil

Spleenter -Après, quand tu dis « on était tous soudés etc… »

Cass -C’était le discours récurrent mais je suis sorti de ça. Je l’ai pensé à un moment, forcément y a un peu de nostalgie. Mais y a un moment donné où tu te réveilles, on est en 2011, faut faire les choses. On y est.

Spleenter -Ouais mais même à l’époque, quand Time Bomb a…

Cass –Explosé ?

Spleenter -Ouais, on va dire ça comme ça. On pouvait déjà dire qu’il y avait beaucoup de potentiel pour faire des choses.

Cass -Ouais mais c’était encore trop chaud pour nous, on était encore dans le feu de l’action. Même si Time Bomb venait d’exploser, malgré tout on restait pas isolés. C’était le nom Time Bomb qui était parti en éclat mais on continuait à voir les Lunatic, les Ghetto Diplomats, Oxmo. Le truc continuait. Ça a pas été aussi clair qu’une vraie rupture. On était tous encore dans la même sphère. Donc ça a mis du temps avant qu’on se dise que c’était une certaine époque.

(là faut préciser que Spleenter bataille pour formuler 2 mots mais personne ne saura jamais ce qu’il a bien pu vouloir nous dire)

Teo -Donc après l’album y a eu « Bing Bang » avec les Ghetto Diplomats. Volume 1.

Cass -Ouais. Y aurait du avoir mais y aura pas de 2. C’est pas prévu. Tu sais, c’est comme tout à l’époque, quand on a fait ce projet on pensait que ce serait bien de faire un deuxième mais la vie à fait que chacun a fait son parcours. Des directions artistiques un peu différentes pour certains. Qui sait ? Peut-être un jour, mais franchement c’est pas dans les projets à venir.

Teo -Dommage. Je le trouve vraiment frais ce truc là.

Cass -Pareil.

Teo -Le truc sonne vraiment bien, y a un gros mix dessus.

Cass -C’est un projet qu’on a fait dans un esprit famille dans le sens où on était régulièrement ensemble. Donc ça a pu se faire à ce moment là et ça a donné cette ambiance là parce qu’on était tout le temps ensemble et je pense qu’aujourd’hui ça donnerait pas la même chose.

Teo -Il a reçu quel accueil ?

Cass -C’était un projet indépendant, donc en tant qu’indépendant c’était satisfaisant. Mais niveau médiation, c’était pas plus que ça. Ça tournait pas en radio mais dans la street ça tournait.

Teo -Donc pas de volume 2… ?

Cass -Et non, dommage.

Teo -Et pourtant y a des sons qui ont été enregistrés et qui ne sont pas sur le projet final. Y a un son qui s’est retrouvé sur une mixtape des Ghett Diip « Ce  monde ne tourne pas rond. »

Spleenter -Y a même déjà DJ Battle qui gueule, c’est marrant.

Teo -C’est pas DJ Battle…

Spleenter -Je sais mais il gueule.

Teo -Le couplet de Simsky ça doit être le même qu’il a sorti sur « Poing levé tête baissée. »

Cass -C’est des morceaux qu’ont pas forcément été retenus tout de suite. Mais en effet, je me souviens de cette maquette là.

Teo -Donc y en avait d’autres.

Cass -Ouais.

Teo -Je peux les avoir ?

Cass -Non. On avait un petit stock de morceaux de côté mais c’est comme tout. Moi en fait, je pense que ce qui serait bien c’est qu’avec tous ceux de cette époque là, on se réunisse et qu’on fasse un vrai truc plutôt que de tous les sortir les uns après les autres. Ce serait bien de faire un truc cohérent, je suis d’accord. Donc avis à la population, à ceux qui se sentent concernés et à ceux qui se reconnaissent. (hein ?!)

Spleenter -D’ailleurs y en a combien des morceaux enfouis comme ça ?

Cass -Y en a pas tant que ça. Mais je dirais une dizaine de morceaux. Je pense.

Teo -Avec toutes ces périodes, Time Bomb, Universal, Bing Bang, etc… on a l’impression que vous avez fait plus de morceaux pas sortis que de morceaux sortis.

Cass -Ouais mais c’est tout à fait possible, parce que tu sais, on est des serials maquetteurs. Enfin on était des serials maquetteurs, un peu moins maintenant parce qu’on sait où on veut aller quand on pose des morceaux mais c’est vrai qu’y a plein de trucs posés, des freestyles, des 16 mesures, des refrains, des idées de morceaux qui sont en chantier, qui sont de côté, qui sont pas sortis.

Teo -D’ailleurs à cet époque là, on vous a entendu sur le EP des Bass Click. Kuizto vous a refait un son pour « Ghettosuperesta » (sur Bing bang vol. 1) et y avait aussi l’outro « Pour mes gars autour » qui était très laid back, californien un peu.

Cass -Produit par Jimenez.

Teo -Et dernièrement, on t’a vu reprendre un sample de je sais plus qui.

Cass -Bobby caldwell.

Teo -Ça reste très typé West Coast tout ça.

Cass -À fond.

Teo -Est-ce que t’as pensé à bosser avec les mecs de la ‘scène westcoast en France’ (les westeux quoi) ?

Cass -En fait, mon futur projet qui est prévu pour cette année tourne un petit peu autour de ça. Je reviens à ce que j’aimais vraiment, à savoir la musique, les accords, les trucs un peu west coast. Même si j’ai une culture plus New York… enfin non, d’ailleurs, c’est aussi bien Est que Ouest. Donc je vais revenir à des trucs plus basiques, on va dire. À base de samples. Et vu que là j’ai eu la chance de m’associer avec des musiciens pour pouvoir jouer les morceaux live, sur scène ça va donner une autre dimension qui se rapprochera un peu plus de Bing Bang. Donc je suis tout à fait dans le sujet en ce moment. Je reviens à mes premières amours.

Teo -Le prochain projet c’est un solo ou il y a celui en commun avec Atto qui arrive ?

Cass -Oui, y a le projet avec Atto « Visionnaire » qui est censé arriver bientôt. Mais tu sais, la musique c’est pas toujours comme on l’espère. Y a des décalages de temps, mais en tout cas le projet est en cours de préparation. Y a déjà la quasi totalité des morceaux. En fait hier, Atto était en mix sur un son. Le projet sortira cette année. Je sais pas si il sortira avant ou après moi. Mais en ce moment, je suis concentré sur la phase studio, travail avec les musiciens, pour sortir un projet carré à la rentrée 2011. Si tout se passe bien.

Teo -Atto qui fait partie des 2 LUX avec qui tu poses souvent. Y a aussi Suspects (Youssou et Stephen) avec qui tu poses régulièrement. C’est ton équipe , c’est des gens que t’aimerais pousser en avant ?

Cass -En fait, c’est les affinités que j’ai dans le quartier. artistiquement ça passe bien, humainement aussi. Et c’est un peu le but de « Métronome Concept » à terme. C’est de produire des groupes. Si c’est pas Suspects ou Atto ce sera d’autres personnes, parce qu’ils auront sûrement fait leurs trucs entre temps. Mais en tout cas j’ai vocation et j’aime donner la chance à des gens qui, pour moi, le méritent. Les jeunes talents de quartier, aussi bien chanteur, chanteuse, graphiste. Peu importe.

Teo -À ce propos, y a un son avec une rappeuse, Clara Pops, sur Menilcity 2, qui a un flow et un débit assez vif. Et c’est la première fois que je t’entends faire des roulements.

Cass -C’est bien possible.

Teo -C’est un peu sadique pour elle. C’est de la compétition ?

Cass -Ouais, elle m’a fait aller dans son délire, donc j’y suis allé volontiers. Elle m’a dit que c’était un morceau un peu up tempo, roulements. bah vaz-y je te suis, c’est pas un souci. Et voilà ça a donné « Vroum Vroum » qui est un peu surprenant, parce qu’on m’attendait pas forcément là dessus. mais ça fait parti de mes skills comme on dit.

Spleenter -D’ailleurs, comment on peut définir le style X-Men ? Parce que les Sages Po, par exemple, on voit bien, ils ont donné une école (Beat 2 Boul) mais vous pas vraiment…

Cass -Le truc c’est qu’on est durs à imiter. C’est à dire qu’y a plein de trucs… Enfin, c’est pas le discours que j’ai d’habitude, mais c’est à force de l’entendre ; il paraît qu’on a été parmi les premiers à faire du name droping, de citer des trucs, de faire des métaphores, avec retour aux pyramides, etc… Les petits qu’on a fait ils sont métis, ils sont pas facilement identifiables. Apparemment y a eu un avant et un après X-Men dans la manière d’amener le rap et de balancer son parlé.

Teo -Après, pour certains, les Jedis c’étaient les petits des X-Men…

Cass -Ouais exact. Je pensais même pas à eux mais ouais, forcément, on les a un peu influencés.

Teo –Joe & Cross, si on veut…

Cass -Ouais aussi, ils sont un peu dans la même vibes.

Teo -Elle était à chier ta question, en fait, Spleenter…

Spleenter -C’est la magie du direct.

Cass -Non mais je suis d’accord. C’est pas des trucs flagrants. Mais pour les citer, justement, je sais qu’à l’époque le groupe qui m’avait le plus choqué en terme de ressemblance c’était… attends que je dise pas de bêtises… la clique avec le beatmaker Drixxxé…

Teo –Triptik.

Cass -Ouais, surtout par rapport à Ill où y avait quelques rimes qui ressemblaient je crois. Avec les banana, nanana… (ce passage rend pas super bien à l’écrit) une manière de dire les trucs. Mais c’est pareil, je me dis « Et si c’est le cas ? Bah tant mieux. On aura inspiré des gens… »

Spleenter -Et ta rencontre avec Joe et Cross ?

Cass -Joe et Cross, pareil. C’est une histoire de quartier, tu sais, proximité XXème. Je pense que Ill les a cotoyé un peu avant moi puisqu’ils se sont captés en soirée. À un moment on s’est retrouvé dans la même pièce. Les mecs avaient du talent et des plumes, on a commencé à écrire puis à délirer et ça a donné une amitié solide, on va dire.

Teo -Et t’as pas eu envie de faire partie de l’aventure « So Parano » ? (projet réunissant Ill des X-Men, Joe Lucazz, Cross et Work).

Cass -Bah justement, pendant toute cette période, moi j’étais dans mon côté Al Simmons. C’est à dire que Ill était chez 45 scientific, enfin il en sortait plutôt, c’était un peu après, mais je sais que Ill, Cross et Joe se voyaient régulièrement. Moi j’étais vraiment dans mes projets persos, concentré sur mon rap et ce qui fait que je ne suis pas intervenu dans ce projet, non.

Spleenter -Et ça t’a jamais saoulé d’être un peu… comment dire ? Le Calbo des X-Men ? Qu’à chaque fois on te parle de Ill tout le temps ?

Cass -Je vais t’expliquer, c’est marrant parce qu’on m’en parle souvent et je le comprends parce que je vois aussi la même chose chez les autres groupes. Comme tu dis, le Calbo, le Lino dans le groupe. Le Ali, le Booba. Mais le truc c’est que moi je viens d’une formation qui est le sport, ça veut dire que c’est le terrain. C’est à dire que ce sont des choses que je comprends tout à fait et c’est normal, parce que si Ill a ce statut, y a une raison. On est venu à l’écriture ensemble et il avait certaine facilité à l’époque, il avait une langue en plus, il avait l’anglais, ce qui ouvre les oreilles, pour ceux qui capteront. Et ça ne m’a poussé qu’à bosser pour qu’aujourd’hui, si on ressort un album X-Men, les gens se poseront la question et verront eux même. C’est une compétition qu’on a entre lui et moi qui est saine. On s’est encore vus y’a pas longtemps et on se dose à base de rap parce que je sais qu’il a un certain « standing » mais j’arrive méchant. Voilà. J’arrive énervé.

Spleenter -Donc t’as parlé d’un nouvel album des X-Men, là ?

Cass -Ouais parce qu’on se voit régulièrement, on discute de choses et d’autres et notamment de ce fameux album, mais ça passe par des projets solo bien aboutis. C’est à dire moi avec un solo carré, une bonne promotion avec une bonne exposition. Lui, pareil, parce que ça fait longtemps. Et après on pourra faire un album X-Men.

Teo -D’ailleurs comment ça se fait que ça prenne autant de temps ? Parce que le dernier projet X-Men c’était Bing Bang, y a près de 10 ans.

Cass -Le dernier truc c’était « Retiens mon nom » sur la compil Mesrine, mais ça c’était qu’un morceau. Mais parce qu’on sait tous les 2 que pour faire un bon album, on a besoin d’énergie et de temps. On veut pas faire un album à distance, à savoir : j’ai fait un couplet, je te l’envoie, wesh qu’est-ce qui se passe ? Non. Pour nous, la vie va avec la musique donc on a besoin de vivre des choses ensemble, de partager les mêmes délires. En ce moment c’est pas le cas parce qu’il est concentré sur ces trucs, moi sur les miens. Une fois qu’on va mettre la machine en route et qu’on va se dire qu’on fait l’album, là vous serez au courant et ce sera du lourd de toutes façons mais on y est pas encore.

Spleenter -Puisque tu parles de la BO de « Mesrine », ça me fait penser à celle de « Ma 6-T va crack-er ». Y avait eu un truc comme quoi, vous aviez déjà posé le morceau et vous avez vu le film en disant « En fait c’est pas vraiment pour nous. »

Cass -Ouais, ouais, exact. On a été un peu surpris, parce que, comme tu dis, on a d’abord fait le morceau et après vu le film. À l’époque, quand c’est sorti, c’était un peu dans le sillage de « La haine », si je dis pas de connerie, et forcément l’impact était moindre. On s’attendait à un truc hypra-patate, même si ça reste ter-ter. Un truc qui reste la photo d’une époque. Mais c’est clair qu’à l’époque, ça nous a pas bouleversés plus que ça. c’était un bon doc, on va dire, sur ce qui se passait à ce moment là mais ça reste pas comme le film marquant pour moi.

Spleenter -Et vous aviez pas dit en gros ‘on veut pas être dessus’ ?

Cass -Non, non, pas du tout. Parce que malgré tout ça restait un beau projet avec les personnes dessus et le fait d’apparaitre sur une BO pour nous, à l’époque, c’était une chance. Donc non, on a foncé direct et sans regrets. D’autant plus que la séquence musicale de notre instru, c’est la scène d’émeute dans le film qui est une scène forte où ça tire dans tous les sens, donc non, c’était plutôt bien.

Teo -Et ce son, vous aviez pas conscience à l’époque de faire quelque chose qui allait rester, apparemment.

Cass -Pas du tout. Au contraire, on est sortis du studio, on était peut-être même un peu déçus. On était pas super satisfaits du truc. Enfin, tu sais, t’as pas forcément un avis objectif. On avait la tête dedans.

Teo -Tu les réécoutes tes anciens sons, en te demandant ce que les gens ont pu aimer en particulier ?

Cass -Ouais et non, je réécoute ces sons parce qu’ils sont dans mon téléphone mais j’arrive pas à capter forcément pourquoi. Parce que c’est un truc qui est encore chaud. Quand on réécoute les lyrics, pour nous y’a rien d’exceptionnel en soi. C’est une succession d’images, je veux pas enlever la valeur du morceau mais juste pour dire que pour nous c’était l’instinct. C’était un truc instinctif et sur le moment on est pas rentrés en studio avec une idée précise avant. On a écouté la musique, on a écrit directement dessus et c’est une part de nous qui est restée et qui fait que les gens ont accroché, je pense.

Spleenter -Et c’était ce morceau là que vous avez posé assis, non ?

Cass -Exact.

Spleenter -Mais c’est parti de quoi ?

Cass -C’est parti de quoi ? Bah on voulait être à l’aise. Dans de bonnes conditions. On s’est dit « Viens on va sortir des trucs classiques où il faut être debout, je sais pas quoi. On va s’asseoir. » On a demandé aux ingés si au niveau du son c’était bien. Ils ont dit OK. Et voilà c’est parti, on a posé le morceau comme ça.

Spleenter -Après c’était la question de merde bateau sur Paris qui revient, mais c’était à l’époque où j’aimais bien la Sexion d’Assaut. (sacré Spleenter, toujours le mot pour rire, celui là)

Cass -Moi j’étais comme toi, ça m’a fait plaisir que le rap Parisien soit de nouveau devant. Chauvinisme 100% mais j’étais content.

Teo -En parlant de rap Parisien y avait l’album de la Famille Haussmann (Ghetto Diplomats) qu’avait pas mal de choses pour fonctionner. Des gros feats, de bons clips, etc… et ça a pas spécialement buzzé.

Cass -Perso, j’ai pas accroché plus que ça à ce projet. Après, chacun se fait son avis mais j’ai pas particulièrement accroché.

Teo -On revient sur tes débuts en solo. Pendant toute la période où Ill est chez 45, toi on te voit pas trop. Puis tu reviens vers 2005 (à peu près) avec « Cass’Story » sur « Le journal du 20 », t’es sur les « Niroshima » aussi. Comment ça se fait qu’à un moment t’aies disparu puis que tu reviennes très lentement pour finalement enchainer une net tape puis plusieurs projets ?

Cass -C’est la réalité du terrain. Parce qu’on a beau être en France, pendant tout ce moment là où j’étais un peu dans ma période Al Simmons, j’essaie un peu de voir comment marche l’industrie du disque, voir par moi même vu que les gens ne font pas de cadeaux. Dans le sens où si t’arrives pour demander quoi que ce soit, faut que tu sois en mesure de tes attentes* pour pouvoir livrer des lyrics frais, une musique patate. Et j’étais pas forcément impliqué au maximum, ce qui fait que j’ai pris mon temps pour, justement, partir sur de nouveaux projets, écrire de nouveaux morceaux, reprendre le truc à zéro. Ça demande du temps, forcément. Plutôt que de faire des morceaux par ci, par là, je me suis dis je vais me poser, savoir ce que je veux, et voilà je suis reparti dans l’écriture et sur de nouveaux projets et ça a donné ‘Métronome Concept.’

*(alors, sur le coup, personne n’a percuté, mais il semblerait que « être en mesure de ses attentes » ça veut pas dire grand chose. Mais on le laisse parce que c’est rigolo)

Teo -Le reproche qui est souvent fait à cette net-tape c’est qu’y avait pas de tracklist, ni rien, ça faisait très anarchique.

Cass -C’est ça. Je suis d’accord, mais c’était même un parti pris quand on est parti sur la mixtape. On veut faire une plage entière pour que les gens l’écoutent d’un trait, mais en fait c’était une connerie. Je pense que les gens veulent sélectionner leurs morceaux et c’est tout aussi bien comme ça. Mais c’était des erreurs de stratégie à l’époque, ça arrive. Le truc c’est de pas les reproduire aujourd’hui. Et ça n’enlève rien à la qualité du son. Mais quand je me suis mis en mode auditeur et écouté mon propre projet, ça m’a fait chier aussi. Le fait de chercher une plage comme à l’époque du walkman et faire avance rapide… ça a son charme mais c’est dépassé.

Teo -Après on arrive à Menilcity 1 où y avait une partie des sons de Métronome Concept qui se retrouvent dessus. Et une autre partie sur X-Story. X-Story qu’on sait pas trop bien ce que c’est, d’où ça sort ?

Cass -Je vais tout vous expliquer.

Spleenter -Vous étiez signés sur Menace Records en tant que X-Men ?

Cass -En fait,à l’époque on croise Bayes qui voulait nous signer pour un album X-Men. On lui avait expliqué à l’époque « Si tu nous signes pour un album X-Men, c’est sous certaines conditions ; à savoir qu’on a besoin d’être cadré. » C’est à dire qu’on lui demande. On a besoin d’être cadrés, d’avoir un planning organisé et en fait le temps à passé, tout ça ne s’est pas mis en place et finalement ça n’a mené nulle part. Un projet qui est tombé à l’eau. On a peut-être posé 1 ou 2 morceaux en tant que maquette mais c’est pas allé plus loin… Et vu qu’y avait un « contrat » avec Menace Records, pour partir de manière « classe », le projet X-story a servi de monnaie d’échange. Vu que Bayes fonctionne en manière street, on s’est adapté à ses méthodes.

Teo -Il est marrant ce projet. Par exemple, y a Poing levé tête baissée qui a été coupé avant la fin…

Cass -Ça, vous demanderez à Bayes. Voilà, vous l’appelez, vous lui demandez pourquoi tout ça. D’ailleurs j’aimerais bien le capter pour lui parler de ce projet, donc si vous avez son contact au cas où, je veux bien. On pourra discuter de tout ça, ce serait sympa. Mais je le croiserai bien à un moment, y a pas de souci.

                —Donc le blavog passe cet appel à témoin, Bayes, si tu nous lis—

Teo -Alors, Menilcity. On sait pas trop si c’est un album, un street album, un machin.

Cass -J’avoue, y a eu beaucoup de branlette dessus. En fait, moi ce qui m’a perdu à un moment, c’est les définitions que tu devais donner aux projets. C’est à dire qu’un projet, au début c’est une mixtape, un street album… Pour moi, ça reste un album, mais aussi une compilation dans le sens où y a des morceaux qui étaient déjà sortis et des morceaux que j’ai faits pour ce projet. Donc pour moi c’est une sorte de compilation ou d’album concept. mais parler de street album ou de mixtape, c’était à peu près la même chose. La seule différence qui est importante pour moi, c’est la différence avec un album. Et ce que j’amène, le prochain, ça ressemblera pas à ce que j’ai fait avant parce que ce sera un projet cohérent du début à la fin, que des inédits. Pour moi un album c’est ça, c’est un concept pensé de A à Z.

Teo -Durant cette période, t’as pas mal de sons avec des Hollandais.

Cass -Exact. C’était ma période Hollande. En fait c’est parti du beatmaker qui a fait « Des guns et des roses » (Raheem) sur Menilcity et qui est une personne qui intervenait aussi sur le projet en tant que producteur et il s’avère qu’on a fait 1 ou 2 mouv du côté de la Hollande, on a rencontré quelques MCs tels que les Pan Africans. À un moment donné on passait, disons, allez, 2 à 3 fois par mois pour développer le business.

Spleenter (il a entendu business et Hollande dans la même phrase) -Uniquement pour la musique ?

Cass -Ben ouais, par rapport à la musique, plans, connections, concerts, radios et content de l’avoir fait parce qu’aujourd’hui, je connais quelqu’un qui s’est installé là bas ce qui est pratique pour faire des concerts, avoir des dates. ce qui m’a surpris en fait, c’est que les Hollandais connaissaient le rap français. Enfin y a un DJ qui m’a sorti des skeuds de l’époque « c’est justifiable », « retour aux pyramides » etc… Et vu qu’en plus j’aime bien bédav, ça tombe bien, c’est en Hollande, tout tombait pile poile. Un bon 360.

Teo -Sur « des guns et des roses » c’est marqué ‘feat sundance’ mais il fait quoi dessus ?

Cass -Il fait des petites interventions dans le refrain. Il y tenait. C’est des choeurs, des backs au refrain, ils font partie du truc. C’est vrai qu’on les entend pas super bien, mais ils ont leur importance.

Teo -Dans ce projet t’avais pas mal d’instrus syncopées, « Je demande pas la Lune » avec Octobre Rouge, « Joue pas » avec Logan, « Le cash » avec Sundance. Des rythmes limite électro, je saurai pas trop définir en fait (et oui, Teobaldo il y connait rien en vrai)

Cass -Je te dirais que c’était ma vibe du moment. J’étais dans cet état d’esprit là et ça a donné ça.

Teo -Et tu calcules ou pas les tendances ? Tu prends ce qui arrive ?

Cass -En même temps, ça se fait dans une certaine époque, donc les sons qui m’arrivent sont faits par des mecs qui écoutent un peu ce qui se fait à ce moment là. Mais je te dirais que non, y’a pas de calculs par rapport à ça. Si la musique me plaît et que ça me botte tout de suite, c’est parti.

Teo -Et tu donnes des indications sur ce que tu veux aux beatmakers ou tu prends vraiment ce que les gens te ramènent ?

Cass -Non, c’est pas exactement ça. Disons qu’y a des trucs que j’aime pas, ça c’est essentiel de le savoir, donc ça fait que je vais pas dessus. Pour ce qui est des choix des instrus de Menilcity 1, je te dirais que c’est allé vraiment au kiff. J’ai eu quelques commandes en fait. Parce que je savais exactement ce que je voulais pour un son comme ‘des guns et des roses’ mais sinon, pour le reste, les gens me connaissent et ils me font des propositions par rapport à mes goûts.

Spleenter -Mais t’as pas une orientation style, pour faire cliché, plus NY, plus LA, plus south ?

Cass -On va dire que mon prochain album sera plus orienté soul, funk, jazz… Enfin non, pas jazz. Plus soul, funk. Ça c’est pour mon solo. Plus dans l’esprit Chaka Khan avec J’attaque du mike, des gros samples, des trucs rejoués. Ça je pense que c’est ce qui me définit le mieux en fait. Parce qu’après tout ce temps, on finit par savoir vraiment et là je pense que c’est la came qui me parle vraiment. Après ça peut évoluer mais pour l’instant c’est ça.

Spleenter -T’anticipes comment la réaction des gens ? Par exemple, Nakk a gardé un certain flow, un certain esprit et des fans de la première heure ont mal accueilli son album, dernièrement. De même, y a sûrement des mecs qui vont dire « ouais mais cassidy qui revient en solo en 2011, ce sera jamais aussi bien qu’avant. »

Cass -Comme je dis, je viens du terrain, donc la musique va parler et le projet que je suis en train de mettre en place, j’ai confiance à 1000%, en tout cas en ce que j’ai fait et ce qui se prépare. Les gens jugeront, je peux pas me mettre à leur place mais je sais que je vais livrer un truc de qualité.

Spleenter -Ça t’a jamais emmerdé, en gros ?

Cass -Tu sais, si je devais m’inquiéter de tout ce que j’entends à chaque fois, vu qu’on est là depuis un moment, je pense que j’aurais beaucoup de cheveux blancs. Je me rase le crâne, soit, mais quand même. Je me protège un peu de tout ça. J’avance. C’est important de se remettre en question, je le fais parce que j’ai mon entourage qui est là pour me dire quand ça déconne, mais au delà de ça j’écoute pas tout ce qui se dit sur mon rap et tout ça. Je suis moi même, tous les jours, à la recherche de progrès dans ce que je fais. Là je suis satisfait de ce qui se passe, donc on verra avec ça.

Teo -2 ans après, y a Menilcity 2 qui arrive sans trop de promo, y a pas mal de sons qu’on connaît déjà. Peu d’inédits. C’était voulu comme ça dés le départ ?

Cass -En fait, Menilcity 2 c’était une manière de boucler la boucle avec toutes ces histoires de mixtape et de street album, justement. Un condensé de ce qui, pour moi, ces dernières années, m’avait marqué. Y a « des guns et des roses » qui revient dedans, le morceau avec JP. Quelque exclus, le morceau avec Gak et toute la clique, Aketo, Veust Lyricist, etc… C’est une manière de boucler la boucle et de dire que pour ce qui est des mixtapes, je vais mettre un point à tout ça pour, justement, me retirer, préparer un album, prendre le temps et balancer que des fraicheurs. que des fraicheurs. Que des fraicheurs.

Teo -T’as une question con, toi ?

Spleenter -Non, c’est juste par rapport à l’avenir des X-Men. Même si y a pas de dates et d’échéances au truc… est-ce que tu pourrais malgré tout donner une date et une échéance ?

Cass – (rires) Ça arrivera un jour, ça c’est sûr. Ça arrivera un jour. Je peux pas te donner de date, parce que ça ce serait des conneries. Mais c’est un truc qui me trotte dans la tête.

Spleenter -C’est pas comme le prochain album d’Express D.

Cass -Pourquoi ?

Spleenter -Parce qu’y en aura pas. (Référence aux propos de Weeedy au concert Retour aux sources)

S’en suit une conversation où on apprend qu’une réédition de « Guet-apens » pourrait voir le jour, avec quelques inédits de l’époque.

Teo -J’ai une question qui me tient à coeur. Y a une rumeur qui a l’air assez vraie quand même comme quoi t’aurais fait un son avec Dany Dan qui n’est jamais sorti nulle part.

Cass -Ah oui, je vois, exact. Mais au moment où vous parliez de ça (référence au billet « Les X-Men : bande d’enfoirés ! ») ça n’avait jamais eu lieu. Je crois qu’on s’était croisés avec Dany Dan mais on avait pas fait de morceau ni studio ni rien du tout. Par contre, récemment, pour l’album d’Hifi on a maquetté un morceau, justement, avec Hifi, Dany Dan et moi mais ça, ça date de l’année dernière. Mais pas au moment où vous faisiez l’article.

Daphnée -La rumeur c’était Hifi et Dany Dan. Et ça c’était pour le projet de Dany Dan.

(Daphnée en fait c’est la manageuse de Cassidy. On l’a pas présentée dès le début parce qu’on pensait pas qu’elle parlerait. Professionnel)

Spleenter -C’est sur « À la régulière », ouais.

Daphnée -Et la rumeur a été déformée. les gens parlaient de Cass, mais c’était pas ça.

Cass -J’étais pas au courant. C’est pour ça que j’ai pas compris, en lisant ce passage. J’ai fait « non, non. »

Note : à ce jour, le blavog n’a toujours pas reçu de preuve que Black Tom Cassidy eut été représenté noir un jour…

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