Interview : Flynt (partie 2/3)

Flynt, l’interview Captcha x Blavog : la suite. Aujourd’hui, on parle flow, Thailande, politique et une question sur One Piece. Parce qu’on ne se refait pas.
1 pour la plume
Spleenter : Au niveau du flow, t’as moins le côté « rookie un peu fougueux ». C’est quelque chose de voulu, ou c’est des automatismes qui sont venus avec l’expérience ?

Flynt : On m’a beaucoup dit que mon flow sur J’éclaire ma ville était linéaire. Mon objectif, c’était de faire mieux. Donc d’être moins linéaire. Alors, oui, pour répondre à te question, ça a été une préoccupation pour moi. J’ai voulu tout faire mieux, donc mieux au niveau des textes, du flow, de la réalisation … mieux au niveau global, tout simplement. (il sort son paquet de clopes) Ca vous dérange si je fume ?

Spleenter : Au niveau des textes, tu sembles beaucoup plus centré sur toi-même. Est-ce que c’est dû au fait d’avoir 5 ans de plus, le fait d’être excentré de Paris, ou celui d’avoir une vie de famille bien remplie ?

Flynt : Je me suis affranchi de certaines thématiques un peu socio-politiques. Le pays, les difficultés du quotidien … tout un pan social en fait. C’est fait volontairement, après avoir fait notamment Ca fait du bien de le dire, La Gueule de l’emploi, ou même Rien ne nous appartient. Parfois je trouve ça un peu lourd, je voulais faire un truc un peu plus léger … même si je trouve qu’il est beaucoup plus dur au final.

Spleenter : C’est plus personnel en tout cas.

Teobaldo : Plus dense aussi.

Spleenter : Est-ce que c’est des trucs que t’aurais pas été capable de faire avant ? Explorer des thèmes aussi personnels ?

Flynt : Je sais pas, Tourner la page c’était quand même assez personnel. En fait, ce que j’aime bien, c’est quand les gens racontent ce qu’ils vivent vraiment. Ca peut amener quelque chose, parce que c’est ton expérience à toi, et même si elle ressemble à beaucoup d’autres, elle est quand même unique. L’originalité, c’est de pouvoir parler de ce que tu ressens vraiment, de ce que tu vis vraiment, ce qui peut t’amener à dire que tu fais le ménage et la lessive. Je prends cette phrase-là en exemple, parce qu’on m’a clairement dit « t’es ouf, ça se dit pas dans le rap ce genre de choses ! »

Hihihihih petit cong

Teobaldo : C’est justement cette phrase qui m’a fait faire le rapprochement avec Vasquez, dans un morceau il disait un truc du genre « à l’âge du pilotage de scooters, j’étais un pro de l’aspirateur ».

Flynt : J’aime bien.

Teobaldo : A un moment tu dis « ils signent un buzz, ils signent un nombre de vues » … qu’est ce que tu penses de Zifou par exemple ?

Flynt : Je serais plutôt mal placé pour en parler, parce que j’ai pas trop suivi, j’ai pas écouté …

Teobaldo : C’est un mec qui a même pas vingt ans, qui a fait un feat avec La Fouine qui a pas mal tourné, il a fait un buzz, et il a été signé pratiquement que là-dessus. Être signé en major, ça va le servir, le desservir ?

Flynt : Je sais pas si ça va le servir ou le desservir, c’est aussi à lui d’influencer sa propre histoire. Tu regardes un mec comme La Fouine, il est quand même arrivé avec Max de 109, qui était un radio-crochet, tremplin de Skyrock. Aujourd’hui, tu parles de La Fouine, tout le monde a oublié ça (NDLR : cette interview date d’avant les propos de Booba sur le sujet).

Teobaldo : Moi je m’en souviens (rires)

Spleenter : Pour être complet, il avait déjà fait un maxi avant ça, avec Casey, etc.

Flynt : Oui, mais c’est pas ça qui lui a permis de percer. Pour revenir à la question, effectivement aujourd’hui les directeurs artistiques, dans les maisons de disques, ce sont des gens qui ne savent développer et travailler un disque qu’à partir d’une certaine base : un nombre de vues. Même si c’est des vues-mytho ! Lui, s’il voit 400000 vues, un million de vues, bah il est content, il se dit qu’il peut faire quelque chose. Ils ne savent appuyer sur un bouton pour te faire décoller qu’à partir d’un certain pallier. Et tout ce qu’il y a en amont pour en arriver là, ils ne savent pas faire. J’ai rencontré un D.A dans toute mon aventure Itinéraire Bis. Un seul, dans un label d’une maison de disques parisienne. Un mec qui travaille dans cette maison de disque m’a appelé en disant « j’aime bien ce que tu fais, j’ai vu que tu sortais un album, ce serait bien si tu pouvais avoir un peu plus de moyens ». Il m’a proposé d’aller rencontrer un D.A, j’étais pas très chaud parce que j’avais déjà mon plan pour la sortie de mon disque, mais je me suis dit que j’allais essayer. Et donc, j’ai rencontré ce mec là, je lui ai fais écouter quelques morceaux, et il m’a dit « je ne sais pas quoi faire à partir de ça, va me faire 400000 vues sur internet, et après j’appuie sur un bouton ». A la limite, on a pas la même conception de la musique, c’est un fait. Mais lui, c’est même pas son rôle ! Lui il est juste là pour t’emmener plus haut. Mais un petit mec comme moi, qui va vendre 5000 disques … il sait pas faire.

Genono : Y’a cinq ans, tu le sentais déjà comme ça, ou c’est quelque chose qui a évolué très vite ?

Flynt : Aucune idée, y’a cinq ans j’ai pas du tout vu de mecs de maisons de disques. Mais c’est sûr que les choses ont beaucoup changé, avec le digital, avec la place qu’a pris Youtube, le streaming, avec le public qui a changé, les magasins de disques qui se cassent la gueule.

La crise du disque, sans merci

Spleenter : C’est pas aussi un problème d’image ? Y’a un rappeur américain qui disait, il y a quelques années, qu’il n’avait pas vraiment de « case » dans lequel on pouvait le ranger. Eminem était le mec révolté qui insultait sa mère, un autre le gangsta-rappeur. Toi c’est un peu pareil, à part « rap conscient », qui ne veut pas dire grand-chose …

Flynt : Je me reconnais pas là-dedans de toute façon.

Spleenter : Du coup, est-ce que ça rend pas plus dur la vente, le marketing ?

Flynt : C’est vrai que c’est peut-être plus simple de vendre un mec qui a une étiquette. Après, des étiquettes, j’en ai aussi : rap du 18, rap conscient, etc. Mais j’essaye de m’affranchir de ça, parce que comme je le dis dans cet album, et comme je le dis dans le précédent, je représente ceux qui se sentent représentés. Donc qui que tu sois, où que t’habites, si tu te sens représenté … c’est implacable comme logique, tu peux pas contredire ça. Je représente pas un quartier, je représente pas mon arrondissement, je représente même pas Paris. C’est grand Paris, et y’a des gens qui en ont rien à foutre de ce que je raconte, donc on peut pas dire que je représente ces gens là.

Teobaldo : Y’a un moment tu mettais un peu « Paris Nord-sale » en avant, c’est plus trop le cas.

Flynt : Ben déjà j’y habite plus depuis plus de 5 ans, donc forcément quand ton quotidien c’est plus ça c’est plus la même chose. Et puis ça, ça fait partie des codes du rap. Je ne suis pas totalement hors des codes du rap, par exemple j’écris des titres tout à fait égotrip, mais, avec le recul … Paris-Nord … mais si j’avais été ailleurs, j’aurais sûrement été le même. J’ai envie de m’affranchir un peu de ça. Je peux pas dire « je représente le 18ème » alors que peut-être mon voisin de pallier, qui lui aussi vit donc dans le 18ème, va être un gros facho ! Ou juste un mec qui aime le rap, mais pas ce que moi je fais. Donc je peux pas prétendre représenter ces gens-là ! Comme je n’ai pas envie de représenter des gens que je n’aime pas dans mon quartier en faisant croire qu’on est « la famille du 18 ».

Il se trouve que j’ai fait une compilation qui s’appelle «  Explicit 18 » en 1998. Alors oui, forcément on l’a mis en avant le 18 à cette époque et c’est tant mieux, mais on l’a fait  parce qu’on voulait réunir les gens, féderer les groupes du 18ème et mettre en avant ces groupes comme on pouvait, le concept était fort, le 18ème et le rap il y a une histoire … mais je ne suis ni le porte-parole, ni la mascotte d’un quartier. C’est pas mon projet, et ça l’a jamais été, même si c’était peut-être pas clair au départ. En tout cas, maintenant c’est clair. Quoi qu’il en soit j’ai vécu plus de 30 années dans le 18ème, j’ai juste une gamberge qui va au-delà du « J’représente mon quartier ».

Gribouillage party time

Spleenter : J’ai l’impression que pendant 5 ans, sans être totalement absent, t’étais quand même pas très présent ne serait-ce qu’au niveau des featurings. Est-ce que c’est moi qui suis passé à côté de plein de trucs ?

Flynt : Non, pas du tout même si j’ai quand même fait quelques combinaisons entre temps. Tout simplement, y’a eu beaucoup de travail sur J’éclaire ma ville. Tu sors de là, t’es un peu vidé. J’ai eu besoin de me nourrir d’une vie normale, d’un quotidien, avant de pouvoir faire de nouveaux morceaux. J’avais plus rien de spécial à dire, et puis j’avais pas tellement envie dans l’immédiat.

Y’a aussi le fait que j’écris pas vite. Ca dépend des morceaux, mais globalement je mets du temps. Dès que je fais un couplet, il faut que ce soit le meilleur que j’ai jamais fait, donc déjà c’est pas simple, c’est une pression que je me mets à moi-même. Même si au final ce sera pas forcément le meilleur, mais en tout cas je tends vers ça. Donc c’est du travail, c’est un peu un truc d’autiste, comme je le dis sur l’album. Je sais pas écrire un truc à la va-vite en studio, j’ai pas les capacités pour le faire.

Teobaldo : Ca t’es déjà arrivé d’être arrivé quelque part, et de pas arriver à pondre un couplet ?

Flynt : Nan, jamais, mais en général , j’évite de me mettre dans ce genre de situation. Donc non, j’ai pas fait beaucoup de choses. J’ai surtout fait des concerts en fait. J’ai passé beaucoup de temps là-dessus, à faire des repets, et à organiser moi-même les dates avec les organisateurs sur place donc j’estimais que je donnais déjà un tribut assez important au rap. Et puis je prends le rap comme quelque chose que je fais en plus, comme une corde supplémentaire à mon arc. C’est comme si toi, t’as une vie, et à côté, t’es champion de rubix-cube. Tu fais des concours de ça, et ça commence à devenir sérieux. C’est la même chose. Un truc que je sais faire, en plus, et que je cultive, parce que j’aime ça.

Genono : Artistiquement, t’écris de la musique. Tu te vois pas écrire autre chose ? Du cinéma, des romans …

Flynt : Je me suis posé la question assez souvent, en me disant « je sais écrire, et à partir de l’écriture, on peut faire plein de choses ». Bon, déjà, j’écris dans mon métier. C’est pas quelque chose d’artistique, c’est plutôt à tendance commerciale. Mon métier, c’est d’écrire ! Donc déjà, je m’estime très chanceux de pouvoir faire ce que j’aime, même si c’est pas du rap. Ce que j’aime, à la base, c’est écrire. Si c’est pas du rap, ça me dérange pas. Maintenant, scénario, bouquin … c’est autre chose. C’est d’autres techniques, c’est très compliqué. Déjà il faut une imagination débordante, que je n’ai pas. Mes morceaux restent assez …

Genono : … terre-à-terre

Flynt : Voila, mon quotidien, ma petite vie … Donc écrire un roman, j’aimerais bien, mais je m’y suis jamais essayé. Je suis fasciné par les scenarios des séries, les auteurs de Dexter, The Wire … c’est fascinant. Mais je pense pas avoir les capacités pour faire ça.

ça c'est pour imager terre à terre. Merci à tous

Spleenter : Du coup, c’est pour ça que t’as pas le côté rap-divertissement ?

Flynt : C’est toujours un peu du divertissement au final.

Spleenter : En gros, c’est pas ton truc, parce que t’as jamais privilégié ce côté-là du rap ? Ou l’inverse, dans le sens où même si t’essayais, de toute façon t’es pas fait pour ça ?

Flynt : J’en sais rien, je m’y suis jamais essayé vraiment. Je m’inspire beaucoup de ce que je vis sur le moment. Tu parles de trucs comme « ils sont cools » ?

Spleenter : Ouai, ou à l’inverse, un story-telling.

Flynt : Bah La gueule de l’emploi, c’en était un, même si c’était inspiré de la réalité. Quand tu s’ras mort, j’estime que c’est assez cinématographique comme morceau. C’est un peu mon story-telling sur cet album.

Teobaldo : J’aimerais que tu développes une phrase : « Les t-shirt c’était mieux avant ». (rires)

Flynt : Ah, tu vois que j’ai un potentiel comique! Tu vois, on rigole dans mon album ! (rires) Y’a un double-sens dans cette phrase. Déjà, le t-shirt « le rap c’était mieux avant », je suis pas du tout d’accord avec cette phrase, qui est placardée et érigée au rang de vérité. C’est faux. Mais ce t-shirt a un mérite, c’est le seul t-shirt qui a fait autant parler, et qui a ramené un vrai débat. Dans Rap Mag y’avait un dossier complet sur « est-ce que le rap c’était mieux avant ? ». Donc ça, c’est le côté positif de ce t-shirt. Le côté négatif ? Bah, mieux avant qui, mieux avant quoi ? Est-ce que les instrus sont moins bien, est-ce que quoi ? Je suis persuadé du contraire.

Ça s'arrête là

Ensuite, il se trouve aussi que les personnes qui ont sortit ce t-shirt sont des personnes avec qui j’ai bossé sur J’éclaire ma ville (Label Rouge). Aujourd’hui, on s’entend bien, mais y’a eu quelques trucs sur J’éclaire ma ville qui se sont moyennement passées, donc ma phrase c’était aussi une petite crotte de nez par rapport à ça. Mais essentiellement, c’est pour dire que leur phrase « le rap c’était mieux avant » … des barres.

Spleenter : Si tu veux continuer de prendre le contre-pied, tu peux arriver en concert avec un t-shirt « Flynt c’était mieux avant », nan ? (rires)

Flynt : (rires) Ouai, mais nan, parce que je pense pas que Flynt c’était mieux avant, je pense que c’est bien maintenant. En tout cas, bien ou pas bien, il est à sa place, et c’est l’essentiel.

Teobaldo : A un moment, tu dis « j’aimerais troquer ma casquette contre un chapeau de paille » … est-ce que tu es fan de One Piece ?

Flynt : Pas du tout. J’en ai entendu parler, mais je connais pas.

Spleenter : D’ailleurs, dans ce morceau (J’en ai marre de voir ta gueule), je me suis dit « il a pas fait exprès, mais il décrit le mode de vie de Seth Gueko », ses clips en Thaïlande.

Flynt : J’avoue que j’ai pas trop suivi Seth Gueko. Moi aussi, je suis parti en Thaïlande, donc j’ai écrit ce morceau en revenant de là-bas, et j’avais la chance de partir à Miami dans la foulée.

Spleenter : Ah donc les rappeurs, c’est vraiment Thaïlande et Miami !

Flynt : Même pas, j’ai un pote qui habite en Thaïlande, il vit là-bas depuis trois ans, et moi qui étais jamais allé en Asie, mon pote est là-bas, je vais le voir, c’est l’occasion. Et j’ai ma belle-famille qui habite à Miami. S’ils habitaient à San Francisco, je serais allé à San Francisco. Il se trouve qu’ils sont à Miami.

Respect pour ce montage

Teobaldo : Ils sont haïtiens ?

Flynt : Oui, et il y a une grosse communauté haïtienne à Miami. Je change de sujet, mais je voulais revenir sur ce que tu disais dans ta chronique, au sujet du featuring avec Taïro. Sur la pochette de l’album, il y a clairement écrit « avec la participation de Tairo », et pas « en featuring avec ». Bon, Taïro est reconnu dans ce qu’il fait, il est original, et on se connait depuis qu’on est jeunes. Et donc je l’ai appelé, je lui ai dis que j’avais un morceau sur lequel je chantonne pendant le refrain, et sachant que je sais pas chanter … je voulais qu’il vienne en studio pour me donner quelques conseils, m’aider à placer ma voix, me filer un coup de main quoi. Ce qu’il a apporté au morceau, c’est déjà que j’ai chanté juste. S’il avait pas été là, j’aurais pas chanté juste. Et il fait des appuis derrière qui ramènent encore de la justesse. Et puis Taïro il fait du reggae, donc forcément tu penses Jamaïque, îles, soleil … Et même s’il fait presque que des « woow » et des choeurs, bah je suis super content. Et je trouve ça plus original, effectivement, que le morceau avec Tiwony, où t’as refrain et couplet. Ca a donc été un soutien important pour me permettre de faire ce que j’avais envie de faire sur le refrain.

Et aussi, lui-même le sait pas encore, je lui ai pas encore dit, mais il est à un autre endroit sur l’album. Il est sur « Quand tu s’ras mort ». Le rire à la fin, c’est Taïro. Mais il a pas fait exprès pour ce titre (rires). On était en studio, en train d’enregistrer, pendant les prises de « J’en ai marre », bah il commence à rigoler à un moment je sais plus pourquoi. Et quand on était en train de réaliser le titre et de réécouter ses pistes, j’entends ce rire là, je me dis « c’est ça qu’il me faut pour Quand tu s’ras mort». C’est un rire sadique (rires).

Et si t’écoutes vraiment très bien, bon, c’est presque imperceptible, t’entends l’instru de « J’en ai marre » derrière.

"Je vous ai parlé de mon dernier feat avec faf Larage ? Mouahahaha"

Et si t’écoutes très très très bien, mais ça à mon avis, c’est que si on écoute les a capella, sur Le dernier seize, sur le premier couplet, t’entends un oiseau qui chante. Un oiseau s’était niché dans le toit du studio. Impossible de lui faire fermer sa gueule. Sur l’acapella, c’est flagrant, t’entends l’oiseau comme tu m’entends moi. Après, avec le son derrière, on l’entends quasiment pas. J’ai des featurings un peu improbables.

Spleenter : Dans le premier album, tu disais « du vécu pour au moins quatre ou cinq galettes ». Est-ce que, finalement, le fait d’avoir espacé autant tes sorties, c’est pas un mal pour un bien ?

Flynt : Bah de toute façon c’est pas voulu. Si je voulais écrire un album en deux semaines, j’y arriverais pas. C’est un mal pour un bien, oui, parce que je pense que pour sortir un bon album, il faut du temps. Trois ans, ça me parait pas être une dinguerie. Après, c’est long, et pour moi le premier. Quand j’avais qu’un ou deux morceaux, une ou deux idées de thèmes, et quatre ou cinq instrus, et sachant que je voulais aller au bout, je peux te dire que le temps passait pas vite. C’est dur, faut prendre son mal en patience. C’est une qualité essentielle dans la musique.

Au Bataclan, avant de monter sur scène, le public a repris un chant du PSG pour moi (il chantonne) « tu ne seras jamais seul, car nous deux c’est pour la vie » … c’est un truc de ouf !

Je zlatan ma ville

Spleenter : Surtout qu’il y a pas eu ça pour d’autres rappeurs parisiens quoi.

Flynt : Et moi je rentre derrière sur J’éclaire ma ville … C’était même pas fait exprès. Sur Haut la main, on l’avait jamais fait en live, on appréhendait un peu … et tu le vois dans le clip, ça a fonctionné. Donc oui, les gens m’ont pas vu pendant quatre piges. Quand j’arrive, ils sont contents ! C’est pas comme un mec qui sort un clip toutes les semaines, l’absence crée une attente. Donc c’était long, mais quand je suis entré en scène au Bataclan … il s’est passé un truc. Et quand on a fait La Miroiterie deux semaines derrière … j’avais jamais vécu ça. Y’avait des gens qui touchaient plus terre avec leurs pieds tellement c’était serré ! La Miroiterie c’est un peu particulier parce qu’il y a pas de loges, tu rentres par le bout de la salle, traverse  le foule, du coup j’ai eu droit à une entrée de boxeurs. Et pendant le concert, c’était tellement le bordel qu’il y avait des vagues de gens qui s’échouaient sur la scène. Tu voyais la vague arriver, et paf, les trois premiers du rang qui s’éclataient sur scène. C’était ouf.

Je voulais pas revenir encore avec la même salade, on avait déjà fait la Maroquinerie, le Trabendo … même le Trabendo, je trouvais que c’était une erreur de l’avoir fait avec le recul, avec le même show, plus ou moins le même concert, et au final j’ai regretté. Donc je me suis dit que si je devais refaire des concerts sur Paris, ce serait avec un nouvel album, un nouveau show. J’ai attendu deux ans. Le mal pour le bien il est là. C’était court à la Miroiterie, ça a duré quarante-cinq minutes, mais putain ça vaut les dix concerts d’une heure et demi que t’as pu faire avant. C’est pour ça que tu me vois peu, parce que je veux pas revenir tout le temps avec la même salade.

En province, ça marche. J’ai été à Rennes, c’était la première fois, c’était mortel. On m’a proposé Lille, ou d’autres villes que j’avais déjà fait, j’ai refusé, je voulais pas revenir avec la même sauce. Tant pis pour moi, j’ai qu’à être plus productif.

RT si t'es de vers Lille

Spleenter : Du coup, ton rapport à la scène est assez surprenant, parce que l’indé, c’est souvent « on compense le peu d’exposition qu’on a par beaucoup de scène ».

Flynt : C’est vrai que j’ai des potes qui, dès qu’ils ont l’occasion de faire une scène, la font. N’importe où, n’importe quand, n’importe comment, même si c’est dans la même salle, cinq ou six fois de suite, ça les dérange pas, ils foncent. Moi je vois pas ça comme ça.

Teobaldo : Surtout que financièrement, beaucoup tablent là-dessus.

Flynt : Ouai mais je me vois pas faire ça. Je me sentirais pas loyal envers moi, envers les gens. Si c’est dans des villes différentes, y’a pas de problème. Et dans mon projet, la scène est incluse. Avant, c’est moi qui organisais mes concerts. Je gérais tout moi-même avec les organisateurs à un moment. Là, à partir du concert de Nantes, je vais travailler avec  quelqu’un qui va s’en occuper. Pour être pro-actif, pour avoir plus de dates, et pour être plus libre. Bien sûr que mon objectif c’est de faire un maximum de concerts. Il faut aussi savoir créer l’événement, d’une certaine manière. Si tu fais tout le temps trop de concerts au même endroit, à un moment donné, ça se remplit plus. Bien sûr que je veux faire de l’argent, je le dis d’ailleurs « je veux m’enrichir sans salir la profession ». Mais pas n’importe comment. En tout cas, à ma manière. Pareil pour les featurings, j’aurais pu en faire certains qui m’auraient apporté une exposition, ou de l’argent … mais c’est pas ma manière. Il faut que ce soit bien amené, que ça ait un sens, que ça veuille dire quelque chose. Que je puisse me regarder dans une glace en me disant que j’ai été cohérent avec moi-même. Ca passe avant l’argent. Y’a de l’argent dans la musique. Les gens qui disent le contraire, soit ils sont pas organisés, soit ils mentent. Quand je vais négocier un cachet de concert, je le négocie bec et ongles. On bosse, et on n’est pas avec nos familles le dimanche et certains soirs parce qu’on va répéter. Ca vaut quelque chose. Si tu fais du gratuit tout le temps, le modèle ne tient plus. L’argent amène un cercle vertueux dans la musique. La dimension financière est importante, mais elle ne passe pas avant ma démarche, mon éthique, ma vision. Je suis en indé, l’important c’est la liberté. J’ai déjà suffisamment de contraintes, je m’autorise le luxe de faire uniquement ce que j’ai envie de faire. Et j’en profite. La liberté de faire et de ne pas faire. Je ne suis pas dépendant du rap, et c’est volontaire. Être tenu par un contrat, faire un album absolument dans l’année parce que t’as signé un papier … je pourrais pas.

La grande question arrive

Teobaldo : Toujours sur « J’en ai marre », tu dis « Champ de vision rétrécit, comme le tabac place de Clichy » … c’est quoi qui a rétrécit ? La vue qu’on a depuis le tabac, le tabac en lui-même suite à des travaux, ou comment ça se passe ?

Flynt : En fait je dis que le délire « quartier, quartier, quartier », c’est une vision rétrécie des choses. Si tu vois pas plus loin que le bout de ton quartier, alors que le monde nous tend les bras … Le tabac place de Clichy, avant c’était une grande brasserie, et ils ont vendu à Starbucks. Aujourd’hui, c’est un petit tabac où tu rentres juste pour payer tes clopes. Donc c’est juste une image ça.

Teobaldo : Dans le précédent album tu disais « On aurait pas la droite si on jouait les élections à l’applaudimètre » … Tu te considères comme un mec de gauche ? Genre Manuel Valls, ça te parle ?

Flynt : Non, pas du tout. C’est tous des cons pour moi, tous bords confondus. Ils ont tous les mêmes disquettes, les mêmes tactiques, les mêmes phrases. Dès qu’il y en a un qui dit un truc, forcément les autres sont pas d’accord. La campagne présidentielle, c’était quand même une vaste blague. Gauche, droite … et j’ai même l’impression que ça va devenir plus dur qu’avant. Alors oui, on a plus Guéant ou Hortefeux, mais on a Valls …

Genono : Est-ce que c’est mieux …

Flynt : Ca semble un peu mieux sur le papier, mais dans les faits … quelle blague ! J’y connais rien, et surtout, j’y comprends rien. J’ai parlé avec le maire de ma ville un jour en tête à tête. Je lui parle de trucs concrets, de mettre un ou deux dos d’âne dans la rue en pente qui mène chez moi parce qu’il y a pas mal d’enfants qui passent le matin pour aller à l’école et que  le matin les mecs bombardent dans cette rue pour aller à la gare  … un truc vraiment concret quoi ! Le mec me l’a fait à l’envers d’une manière … magnifique ! Après, je lui parle du nombre d’enfants dans les classes : « ils sont 35 dans la même classe, c’est compliqué pour le prof, et même pour les élèves » … il me répond (il imite une voix de politicien) « mais vous savez qu’en 1965, ils étaient 40 » … mais nique ta mère ! Nique ta mère avec ton 1965, je te parle d’aujourd’hui, de 2012, de mon gosse ! Ils sont trop forts pour te la mettre à l’envers.

Et moi dans mon métier, je forme des gens à la prise de parole médiatique. Clairement, on fait des simulations. Vous risquez d’être interviewé par tel journaliste de tel média, il risque de vous poser telle question, etc. Et le mec, on lui apprend à éviter les pièges, à faire passer ses messages-clefs en premier. Quelle que soit la question, tu sais déjà plus ou moins ce que tu vas répondre. Y’a des techniques, ça s’appelle le media-training. Les hommes politiques sont media-trainés à mort. Les sportifs le sont pas assez je crois, ils devraient l’être.

J’en peux plus de tous ces gens-là.

Genono : Puisque tu parlais politique, une question-Captcha, un peu spéciale … plutôt Goebbels ou Himmler ?

Flynt : Nan mais toi t’es dur … (rires de Teobaldo et Spleenter) Qu’est ce que ça veut dire d’ailleurs ton aka là ? Ca a forcément un sens.

Le Blavog, enculé

Genono : Tu trouves un sens dans « Fruits et Légumes nazis » ? (Teobaldo est sur le point de crever de rire)

Flynt : J’vais pas te dire que j’ai trouvé le sens, mais quand j’ai vu ça je me suis dit « mais il est fou lui ». Des fois je lis tes tweets, je me dis, mais t’es taré. D’ailleurs vous devriez, enfin peut-être que vous vous en foutez, mais je trouve que vous avez une plume, un truc, je sais pas où vous voulez aller avec, mais cultivez-le quoi.

Genono : Droit dans le mur !

Flynt : C’est pas tout le monde qui a un ton comme le votre.

Teobaldo : Ça fait toujours plaisir à entendre, après la question reste la même : qu’est ce qu’on en fait ?

Flynt : Vous avez un vrai talent, un vrai ton, une imagination, un regard sur les choses, je pense que vous avez des choses à faire. Je sais pas où vous voulez aller ?

Genono : Perso, j’ai plein d’idées, plein de projets, mais je suis un branleur. J’me sors pas les doigts.

Flynt : Et bah il faut, parce que personne va venir te les sortir. Quand je vous lis, j’me dis putain ! Y’a un truc, il se passe un truc, tu vois. La première fois que je suis tombé sur Le Blavog, je me suis dit « il se passe un truc ! ».

 La semaine prochaine : troisième et dernière partie, avec un interviewé qui devient intervieweur, une crotte de nez à Youssoupha, et album commun avec Sidi O.

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1 commentaire

Classé dans Flynt, Interview (et ouais mon pote !)

Une réponse à “Interview : Flynt (partie 2/3)

  1. Smirrrrrrrloooooo

    Oh merde les mecs ils se passent un truc la

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