Interview de Seno (des Sales Blancs) – Partie 2/3

Spleenter -Donc « Seno » ça t’est venu parce qu’à la base c’est le nom que tu tagguais.

Teo -Tu cherches un sens et tu ne trouves pas.

Spleenter -S. E. N. O. t’as déjà trouvé des trucs ?

Seno -Non, je trouve pas, j’ai déjà essayé. J’ai trouvé des trucs pourris ! J’ai pas gardé ça en mémoire. Tu sais, c’est comme tous les taggueurs, on cherche des lettres qui tournent, qui s’enchainent bien et je trouvais ça cool. J’ai taggué ça, je devais avoir 14, 15ans.

Spleenter -Et pour préciser, là t’as quel âge ?

Seno -J’ai 37ans. Donc ça fait bien plus de 20ans. Et aujourd’hui, je vois…

Spleenter -Non mais coupe l’interview, personne s’intéresse aux vieux. Fallait être plus jeune.

Seno -Mais on m’avait pas dit ?!

Teo -Dis que t’as 27. Grand maximum !

Seno -Oui, alors non. J’ai 27ans. c’est 27, pour la petite histoire. Dans ma ville, y a un mec qui taggue, qui s’appelle Seno, c’est un pote, je le connais. Et y a le fameux Seno qui défonce sur Paris, vers Saint Lazare depuis quelques années.

Spleenter -Donc y a plusieurs Seno. Parce que je me suis déjà demandé « est-ce que ce serait pas lui ? »

Seno -Non. Non. C’est pas moi. Mais moi c’était de la merde ce que je faisais.

Spleenter -T’as juste refait ton mur.

Seno -« Vous avez vu ? Ils ont repeint, là.
-Mais y a personne qui passe, là…
-Non mais on va tout défoncer ! Ça va être cool ! »
Et comme tous les mecs qui tagguent qui font n’importe quoi, je me suis fait serrer, j’ai payé une putain d’amende.

Spleenter – Toi c’était plus tag vandal.

Seno -Voilà. On volait des bombes et on allait tout niquer.

Spleenter -T’as jamais payé une bombe ?

Seno -Non.

Spleenter -Bah c’est cool ça. C’est la marque des vrais, normalement.

Seno -ouais, non, jamais. Surtout qu’à l’époque où on le faisait, y avait très peu de magasins. Ça commençait.

Spleenter -Si tu pouvais donner à peu près l’année, pour avoir un ordre d’idée.

Seno -Attends, je devais avoir 14ans, je suis né en 73, ça fait…

Spleenter -On comptera après.

Teo -Bah 87.

Spleenter – Les gens qui rappent de cette façon, c’est à dire plutôt influences West, sont rares. Comment t’en arrives à rapper comme ça ?

Seno -J’ai connu la grande époque du rap quand « c’était mieux avant », j’ai connu ce truc là.

Teo -L’âge d’or.

Seno -L’âge d’or… T’imagines ? Le précieux !

Spleenter -Les années 90.

Seno -Voilà. J’étais bien dedans. J’écoutais tout. Je kiffais, franchement c’était cool. À un moment donné, j’aimais bien Rockin Squat, Assassin, Je kiffais.

Spleenter -Ça c’est étonnant.

Seno -Mais j’aimais bien, franchement. J’avais les skeuds et tout. Et à un moment donné, je me suis dit « Il commence à me faire chier avec ses arbres… » Avec ce qui se passe ailleurs. Je suis pas trop comme ça, tu sais, à dire « Oh regardez, au Guatemala tout le monde meurt. » Ou je sais pas quoi.
Y a des gens qui meurent en bas de chez toi. Occupe toi déjà de ça.

Teo -Bah peut-être qu’en bas de chez Rockin Squat les gens meurent pas. Tu sais pas, ça.

Seno -Ouais, voilà. Moi j’aimais bien. NTM aussi, tu vois. Je trouvais ça bien en live, j’allais en concert. Qui d’autre ?… D Abuz ! D Abuz System. Et tu sais quoi ? Là, ce soir c’est le morceau avec lui qu’on va mettre. J’étais trop content de faire un morceau avec lui. Honnêtement, j’étais super content parce que c’était un mec que je kiffais à l’époque. Et faire un morceau avec lui, pour moi c’est vraiment un truc cool.

Spleenter -C’est un kiff.

Seno -Ouais, c’est un kiff. C’est un kiff artistique. C’est un mec que t’écoutais, un mec que t’achetais, c’est un mec qui fait partie de cette histoire.

Spleenter -C’est un peu comme quand Teo a interviewé Salif.

Seno -C’est pas volontaire mais y a des choses qui me parlent pas. Dans le rap Français ou même dans le rap US. C’est pour te dire comment je suis arrivé plus au délire West, c’est que j’écoutais tous ces trucs de rap français et après y a toute la vague Wu Tang, machin qui est arrivée et j’ai pas compris ça en fait.

Spleenter – Ça t’a pas parlé ?

Seno -Ça m’a pas parlé, je trouvais que c’était pas mélodieux, parce que je suis de la génération 73 donc moi j’ai grandi avec les Maritie, Gilbert Carpentier, les Mike Brandt, les Dalida, les Sheila. Enfin tu sais, toute la variété française. C’est ma culture musicale. C’est ça le problème aussi dans le rap, les mecs ils te disent « Alors tu vois, ma culture musicale c’est Curtis Mayfield, c’est James Brown, c’est toute cette scène. » Après ils vont te sortir des trucs de Nu Soul un peu pointus dont ils ont jamais écouté les albums. Ils vont te citer Curtis Mayfield parce que voilà. Parce que c’est ça…
J’ai écouté des trucs comme ça ! Mais plus tard !

Seno -Plus quand j’avais 20-25ans en fait. Mais j’ai grandi dans une famille où le Samedi soir on regarde Champs Elysées, on regarde Drucker et tout ça. Y’avait tout ce côté variété, tu sais, très années 80 avec les Corinne Charby avec les boules de flipper, toutes ces conneries là. Mine de rien, c’était des mélodies très gnan-gnan et y avait un côté qu’était cool là dedans.

Spleenter – De tout façon c’est lié à ton enfance donc c’est forcé. C’est comme si tu me demandes si j’aime bien Louis De Funes. Je vais être obligé de te dire : « Ouais. Bah quand même ! »

Seno -Tous les « Corniaud », les machins comme ça.

Teo -Ouais mais De Funes c’est différent. Il a beau avoir tourné beaucoup dans des merdes, lui, en tant que tel, tu le vois tu peux pas nier qu’il a du talent.

Spleenter -C’est pareil quand Gab’1 reprend du Tino Rossi ou du Joséphine Baker. Evidemment que c’est de la merde, en tant que tel. Mais…

Teo -Mais il a grandi avec.

Seno -C’est ses repères, ça fait partie de son histoire. C’est ça aussi qui permet de voir qui est l’artiste. Ça permet de cibler le personnage. Moi j’ai grandi avec ça donc j’ai tout le temps aimé les trucs avec des mélodies peut-être un peu facile. Et après, vu que je m’intéressais pas aux trucs qui étaient de New York, Mobb Deep, etc… Ça me parlait pas, quoi… Alors que mes potes, ils écoutaient, ils traduisaient les paroles et tout. Ils étaient oufs, du Wu tang, je comprenais pas. C’est des albums que j’ai réécouté après et que j’ai appris à apprécier après. Même Mobb Deep, y a des trucs où j’ai dit « ça défonce ! » Y’a un morceau que je kiffe, je me souviens plus du nom, mais ils ont samplé un truc français qui s’appelle Saint Tropez. C’est vraiment un truc français de l’époque. Ça ressemble à du Joe Dassin. Une espèce d’Eté Indien. Et ça a été repris par Mobb Deep et franchement le morceau est mortel, le sample est magnifique. Donc j’y suis revenu après. Tu vois, faut pas être bête.

Spleenter – t’as pas fait une croix dessus.

Seno -Ça me parlait pas, c’était pas ça. Après y a eu, plus ou moins en parallèle du Wu tang, tous les Snoop, etc… C’est là où, même en france, y avait 2 écoles.  Y avait tout le délire Death Row. Déjà, l’imagerie, pour moi, elle était plus forte.  Et je trouvais ça plus sympa, plus fun, plus marant. Et après, y avait le côté musical. Wow ! Les sirènes, les machins, Dr Dre, tout ça. J’ai fait « Wow  C »est lourd. » Et j’ai commencé à regarder les crédits sur les CDs. Qu’est-ce qui sample quoi ? À partir des samples, je trouvais les morceaux de base et c’est de là que tu te dis « Regulate, moi j’en ai rien à foutre. Je vais m’écouter le son de Michael McDonald… Ah les bâtards… »

Spleenter -Ça m’a fait ça avec, d’ailleurs j’ai perdu le nom du morceau.
Sur le même morceau, Dre a tiré « Nuthin but a G Thang » et un dernier, « The Wash« .

Seno -moi, j’ai kiffé sur les samples.

Teo -Tu rappais déjà à l’époque ?

Seno -Euh… J’ai commencé à rapper quand j’avais 17ans, à peu près. Mais c’était pas « on rappait. » C’était : Tu galères dehors avec tes potes, c’était plus du « Yo momma », tu vois ? Je me rappelle, on fait du stop pour aller à une soirée, pour aller à 20 bornes, pas de transports. C’est le soir, le truc pourri, tu galères avec tes potes et tu fais du stop. Pendant ce temps là, tu rappes et tu chambres sur la daronne de ton pote et lui c’est pareil. Et c’est chacun une rime, tu vois ? Un truc comme ça.
De la bonne grosse chambrette, quoi. Après j’ai des potes qui commencent à rapper de leur côté ; mais ils étaient carrément barré dans le truc New York. Je me suis un peu écarté de mes amis parce qu’on va dire que j’ai fait des choix… des erreurs. Je trainais plus trop avec les mêmes personnes, mais musicalement j’étais barré dans ce truc West, j’aimais bien ! L’imagerie me plaisait, les albums qui sortaient, à chaque fois je trouvais que c’était des dingueries. Y avait que ça qui sortait, blam, blam, blam. C’est une folie. Tu montais à Paris chez les jumeaux, à Street Sound, y avait que des dingueries. C’était complètement fou. C’était ça, quoi ! Et en parallèle je commençais de plus en plus à écouter de la soul, parce que j’écoutais les versions originales des trucs samplés. J’écoutais que ça, avec le temps j’ai commencé à écouter un peu plus loin. Descendre en dessous des années 70. 60, 50. J’aime beaucoup tout ce qui est Doo-wop, je suis un grand kiffeur de ça. Je suis cap de le faire. J’ai un morceau où j’ai fait une petite intro, un truc avec que du Chalala. Où je pose plein de voix.  En accapella. J’adore ça ! Franchement, j’adore ça.
Le Doo-Wop, j’adore, je peux écouter ça toute la journée. Chez moi souvent, ça tourne en fond sonore. Avec, tu sais, un côté rockabilly. Le truc vraiment années 50, 60, après t’as des groupes un peu plus vieux, fin 70.

Spleenter -Quand t’as des coups de cœur comme ça, tu les proposes pas à un producteur pour qu’il en fasse un beat, en samplant un truc à l’ancienne que t’écoutes en boucle  ?

Seno -Non, moi j’ose pas. J’y touche pas. Je veux garder un truc. Je veux pas y toucher.

Teo -C’est le jardin privé, quoi ?

Spleenter -Secret…

Teo -Tu te calmes.

Seno -C’est parce que c’est tellement… Ça m’emmène ! Je pourrais pas faire mieux ! Y a des trucs comme ça. Tu me dis « Viens on va faire une reprise de rap, de connerie. » Je le fais. Je m’en fous. Mais y a des trucs c’est tellement beau, faut pas y toucher. Autant je reprends des trucs de Bone Thugs, des conneries, je le fais.

Spleenter -C’est parce que c’est déjà du rap à la base.

Seno -Voilà. Mais y a des trucs, je sais pas. C’est beau, quoi ! J’ai pas envie, je ferai pas mieux. Je vais pas être à l’aise pour le faire. J’aime la musique avant tout. Si je fais tout ça c’est un peu parce que j’aime la musique quand même.

Teo -Tu t’es dit quand que t’allais faire de la musique, justement ? (Quand Teobaldo était à la conférence de presse de Odd Future, il a très distinctement entendu Tyler The Creator dire que ce genre de question c’était de la merde. Du coup, il s’adapte, il pose des questions de merde, comme un vrai journaleux)

Spleenter -Attends, parce qu’on est pas encore arrivé au moment où tu te dis « Quand moi je rapperai, ce sera Westeux. »

Seno -Bah en fait, c’est pas un truc prétentieux que je vais dire, mais j’ai vu que quand je rappais comme ça, bon c’était des conneries ce que je disais, c’était pas spécialement bien…

Spleenter -C’est toujours pas bien. Le viol c’est mal.

Seno -Ahah enculé ! Et comme j’écoutais beaucoup, beaucoup de musique on va dire que j’étais dans les temps. J’arrivais un peu à me placer. J’étais juste.  Le texte c’était pas encore ça mais j’étais dans le rythme. Après, dans les années 90, y a eu une période où y avait vraiment n’importe quoi dans le rap. Tu sais, des trucs à la Squeedgee, tous ces trucs là. À l’ancienne. Ça ressemblait un peu à des boys band qui faisaient du rap.

Teo -Les New Kids on the block. Mark Wahlberg !

Seno -Ils ont sorti Mark Wahlberg de là dedans.

Spleenter -Marky Mark. C’était comme des 2 be 3 qui faisaient du rap.

Seno -À un moment donné, je me suis dit : Franchement, j’entends des trucs qui sont juste impossible. Et ces gens là, ça marche. Donc moi, ce que je vais faire, c’est que je vais commencer à écrire des morceaux, aller au bout de ma connerie. Je vais essayer de faire un morceau. « Il est cool, il est bien. » Et voilà, après t’es le mec qui rappe parmis tes potes. C’est toi le rappeur « Ouais on a un pote qui rappe ! »

Spleenter -À l’époque t’étais donc dans le 78 ?

Seno -Ouais, et après je suis parti.

Spleenter -T’étais où dans le 78, en fait ?

Seno -J’étais à Meulan. À côté des Mureaux. Donc loin. Et je suis parti à Evreux. J’ai commencé comme ça, avec mes potes. Des potes du quartier commençaient à faire des trucs. C’était cool aussi, mais moi j’ai du mal à me mélanger avec les gens. J’ai commencé à faire mes morceaux tout seul. Après, c’était avec un pote, Joe Killa.

Teo -Qu’on retrouve sur Edition Collector.

Seno -Ouais, voilà. On rappait tout les 2. Et ça tournait bien, tu vois. Ce qui s’est passé c’est que lui, il a déménagé à Sarcelles. Donc, ce qu’on a fait, c’est que tous les week end, je prenais mon train, j’allais à Sarcelles, on passait le week end ensemble, on trouvait tout le temps un plan, chez un mec, chez un type, pour enregistrer un morceau. On continuait !

Teo -C’était en quelle année ça ?

Seno -Je peux pas te dire, franchement. C’est ça avec les vieux. Ah j’ai pas 12ans moi ! Je peux pas te dire. Je suis pas né hier.

Teo -C’était genre quelle période ? Ministère AMER avait pas encore explosé ? Est-ce que Sarcelles est déjà sur la carte du peura ou quoi ?

Seno -Non, pas encore ! Parce que je me rappelle : nous, on avait les maquettes. Moi j’avais les cassettes.

Teo -Les maquettes du Ministère AMER ?!

Seno -Ouais.

Teo -Yeah !

Seno -J’avais les cassettes d’Ärsenik aussi.

Teo -YEAH !!

Spleenter -Bah ça va !

Seno -Tu vois l’album d’Ärsenik ? Bah j’avais les maquettes de ça.

Teo -T’as du kiffer avant tout le monde.

Seno -J’avais un morceau de Stomy qui s’appelait « La maison du Diable. »

Teo -C’est sur quel truc ça ?

Seno -C’est pas sorti. Le morceau est pas sorti. j’avais un morceau de Passi… Je l’ai plus… Je vais regarder chez moi si je l’ai mais je crois que je l’ai plus… Un morceau de Passi où, si tu veux, il fait un peu « Je zappe et je matte » mais il faisait ça sur les dessins animés. Il parle de Cobra, de Capitaine Flamme, etc…

Spleenter -Ah putain ! Et t’as réussi à perdre ce son ?!

Seno -Et c’est toujours pas sorti. Pour te situer, on était à cette époque là. Donc on continuait, on rentre en studio. Après, mon pote, il a ramené un pote, qui a ramené un autre pote, etc… On s’est retrouvé à 4, 5. On fait un groupe. On a commencé à rapper et faire nos trucs. On faisait des morceaux, on faisait plein, plein de morceaux, on a jamais sorti d’album.

Spleenter -Il a un nom ce groupe ou même pas ?

Seno -Le groupe ça s’appelait 6Konirami. Parce qu’en fait mes potes c’étaient des Maliens. En Malien, ça veut dire « Le mélange des 3. » Joe et moi on faisait un groupe, un pote rappait solo et 2 autres qui étaient dans un groupe. Donc on a mélangé les 3 groupes (le lecteur attentif notera que ça fait que deux groupes + un solo et non 3 groupes, mais y’aura tellement plus consternant en bas de la page que c’est pas grave). Mais on s’est pas cassé la tête. Je me rappelle, on était dans un studio je sais plus où « Ouais, faudrait qu’on se trouve un nom de groupe… » Puis en 10 minutes c’est sorti, quoi. On voulait pas un nom comme ce qui se faisait à l’époque. C’était que des noms d’armes de guerre. « 357 magnum » « python machin truc » ou je sais plus quoi…

Spleenter -C’était quelle époque ça ?

Teo -Bah c’est toujours avant le Ministère AMER.

Spleenter -Donc en gros c’est des gens qu’on connait pas. S’ils ont pas percé, c’est qu’on les connait pas, on va pas s’emmerder.

Seno -c’était plus ou moins en même temps. Parce que quelques mois après, c’est sorti Ministère AMER. Mais nous on avait ces fameuses cassettes là.

Spleenter -Et à l’époque d’ailleurs, vous en pensiez quoi quand c’était pas encore sorti ?

Seno -C’était mortel ! Je vais te faire une confession, j’aurais kiffé être le blanc dans Ministère AMER. « Si y a un blanc, faut que ça soit moi, dans Ministère AMER. » Fallait que ce soit moi, ça c’est clair et net. Ouais, je kiffais grave. Même Passi, tu vois. Premier album c’était une dinguerie.
Doc Gyneco…

Spleenter -Doc Gyneco, pour moi c’est un classique, son premier.

Seno -Pour moi, c’est le meilleur album de rap français.

Spleenter –  carrément ?

Seno -Ouais. Pour moi « Première consultation » c’est le meilleur album de rap français.
Il a réussi à faire un truc qu’est westeux, qu’est pas westeux, il parle de plein de trucs.

Teo -Mais tout le monde kiffait cet album.

Spleenter -C’est le seul artiste solo qui a fait autant qu’IAM.

Seno -Tu vois ! À l’époque, quand c’est sorti, il avait fait presque un million.

Spleenter -au final il a fait le million je crois bien.

Seno – Quand il est sorti, allez, c’était comparable à Jean Jacques Goldman de l’époque en ventes. Il était Partout ! Partout ! Mais même, le clip de « Viens voir le docteur » il est magnifique. Le clip de « Nirvana » il est magnifique. Y a des morceaux comme « Né ici » ce sont de super beaux morceaux.

Spleenter – Nirvana,  ça parle quand même de suicide, mais le mec il te l’a placé crème, comme Renaud quand il te fait « Mimi l’ennui. »

Seno -C’était ça. Et aujourd’hui, quand je le réécoute, pour moi, l’album est parfait. Il vieillit bien musicalement.

Spleenter – En fait j’aimerais avoir le crédit des vrais producteurs. Dans le tracklisting déclaré, t’as un même nom qui revient tout le temps et ce nom n’existe que sur cet album. Tu l’as jamais vu nulle part, après, avant.

Seno -Et tu crois que c’est une banane ?

Spleenter -Bah évidemment que c’est une banane. J’avais demandé à Driver « Ouais mais c’est qui Ken Kessie machin truc ?
-Qui ?
-dans les crédits de l’album de Doc Gynéco. C’est qui ce producteur ?
-Mais non ?! Ils étaient plein sur le truc de Gynéco.

Teo -Exact, il nous avait sorti ça.

Spleenter -Mais oui, il avait dit ça direct. « Mais c’est qui ? » – « Oh, c’est compliqué. »

Seno -Pour en revenir au truc, on faisait ça. Je faisais des trucs avec mes potes. Y a du temps qui passe. Y a plusieurs années qui passent. J’avais pas besoin de plus que ça. Faire du son avec mes potes, c’est cool déjà. Ça restait un kiff, c’était cool.
Mais des fois, j’avais rendez vous en studio avec mes potes et, des fois, ils étaient pas là. En fait, on avait le studio, avec un mec qui nous faisait les prods et tout. Et y avait personne… Donc moi je prenais les heures. je me faisais un morceau solo, tu vois ? J’avançais dessus et j’ai commencé à ressentir l’envie de faire des trucs tout seul. Faire un morceau solo, 2 morceaux solos, 3 morceaux… Je me suis dit « Tiens ? Mais je pourrais faire un album… » Donc j’ai commencé à faire « Même les anges pleurent »

Spleenter -Le 1er album. Il est né comme ça.

Seno -Voilà. Donc je me suis branlé à le faire, j’ai mis au moins 2ans. J’ai commencé en 2000, alors qu’on arrive fin 90. avant ça, je devais avoir, entre mon groupe et moi, presque une centaine de morceaux de fait, à peu près.

Spleenter -Mais de ces trucs, rien n’est sorti du coup ?

Seno -Ouais parce qu’y a des trucs qui sont vite fait, y a des trucs qui sont pas finis. J’avais fait un truc que j’avais mis sur le net Edition Collector. J’avais mis une 15aine de sons, des maquettes, fonds de tiroir, etc…

Spleenter -C’est le truc où t’avais mis des instrus, non ?

Seno -Ouais. J’avais mis des instrus. J’ai gardé le meilleur de tout ça, faut dire aussi qu’y avait des CD qu’étaient rayés, qui marchaient plus… C’était l’époque des K7 ! Tu vois ? Je vais au studio avec des K7 ! CD ou K7. Puis on allait au studio et des fois on faisait pas graver le CD. Donc on mettait le son sur la cassette. Tu vois le délire ?! Parce qu’on prenait des heures, on prenait pas des journées complètes, on prenait 2 heures seulement donc ça allait vite. Et à la fin, y avait d’autres groupes qui arrivaient, fallait laisser la place, c’était compliqué.

Teo -Et vous les payiez ?

Seno -On les payait ! On les payait pas cher mais on les payait. Je sais plus, on payait peut-être 50 balles.

Teo -Et à plusieurs.

Seno -Ouais voilà. C’était rien.

Spleenter -Vous aviez des réductions parce que vous étiez blancs aussi…

Seno -Non, j’étais le seul blanc.

Spleenter -Ah bah oui c’est vrai ! C’était pas encore les Sales Blancs. (là c’est le signal : l’esprit de Spleenter a quitté son enveloppe corporelle)

Seno -À l’époque, on faisait des concerts. le groupe 6Konirami tournait bien, sur Garges Sarcelles.
On faisait plein de concerts et tout.

Spleenter -6 connards amis ?

Seno -Nirami. 6Konirami.

Spleenter -6Konirami ?

Seno -Voilà.

Spleenter -C’est quand même un nom de merde…

Seno -Noooon. si on avait fait un album qui avait pété, tu t’en rappellerais tout le temps.
On a pas fait d’album donc…

Spleenter -Ouais mais cite moi un album qui a pété et qui a un nom compliqué comme ça, genre 6Konirami.

Seno -Mais nous on disait le 6Ko.

Teo -Et moi je dis « Saian Supa Crew » en terme de n’importe quoi, pourtant les mecs ils ont pété.

Spleenter -Ouais mais t’as pas un 6 au milieu. T’as pas de…

Teo -Non mais Sa-Ian-Su-Pa-Crew et ça s’écrit même pas avec un y… Parce que si tu lis Dragon Ball, bon bah voilà, tu retiens mais c’est pas pareil.

Spleenter -Ouais, Super Sayan Supa Crew.

Teo -mais là t’as 2 fois super…

Seno -Nous on disait 6Ko, de toute façon.

Spleenter -Autant s’appeler Psyko c’est plus rapide pour tout le monde…

Seno -Donc j’ai fait « Même les anges pleurent. »

Teo -Donc ça c’est vers les 2000 ?

Seno -Ouais, 2000. Mais je mets du temps à le faire, je mets au moins 2ans à le faire. De 2000 à 2002.

Spleenter -Et au niveau des compos et des prods ?

Seno -Je bossais avec un ingé son qui s’appelle SCH, un ingé son de Pierrefitte. Et c’est là bas que j’ai commencé à croiser 4 21. Parce qu’ils allaient aussi là bas.

Spleenter -Tu vois, ça c’est du journalisme ! Ça c’est de la question ! Je rebondis sur les propos de l’autre.

Seno -Tac ! tac !

Spleenter -Apprends.

Teo -J’apprends, j’apprends… Donc 4 21 c’est Le Fou La Merde et Tombokarnage ?

Seno -Ouais. Va me chercher un truc à boire.

Teo -Je vous emmerde, moi ! Je suis comédien, moi ! À la baseuh !

Spleenter -Ouais c’est ça… ici, t’as un mec qu’est pas encore journaliste, un rappeur et un comédien. Tu sais que rien ne se passera dans cette pièce avant longtemps.

Teo -Tout à l’heure, j’interviewerai le mec qui a fait le clip de « Free Dominique. » (En fait, Teobaldo parle de lui même)

Spleenter -Non ! J’interviewerai le type qui a fait le clip ! Et peut-être que tu pourras interviewer le mec qui a écrit le texte… je sais pas encore…

Seno -Si j’ai à boire !

Teo -Donc 4 21, c’est Le Fou La Merde et Tombo.

Seno -Le fou la Merde et Tombo, oui.
On se croisait comme ça. Eux, ils préparaient leur premier EP.

Spleenter -Ah oui, alors, juste pour préciser, parce que c’est vrai que vous êtes quand même pas mal, y a qui ?

Seno -Pour les Sales Blancs ?

Spleenter -Ouais.

Seno -Alors y avait moi qui rappait en solo, t’avais Tombocarnage et Le Fou La Merde qui formaient 4 21, t’avais manol qui faisait partie d’un groupe qui s’appelait Contrefaçon où y avait aussi… attends que je me rappelle… Lexa et…

Spleenter -C’est pas des mecs qui ont arrêté le rap ?

Seno -Si, ils ont arrêté…

Spleenter -Alors on s’en fout !

Teo -Leçon de journalisme en direct.

Seno -Et y avait Gerald, le Babthug. Qui vient du 94, de Splifton. Du CSRD. Il est sur les premiers trucs d’Aelpeacha et tout ça. Il est de Club Splifton, plus précisement.
(Club Splifton, c’est le C et le S dans CSRD)

Spleenter -D’accord.

Seno -Donc eux ils faisaient leurs trucs « Juste un autre jour… (Dans la rue) » le EP. C’est un 7 titres de 4.21. Qui, pour moi, est leur meilleur truc. Pour moi, y avait la fraicheur du truc, y avait vraiment le mélange mecs de quartiers et flow west et tout.  dedans ils ont morceau, moi c’est mon morceau préféré. C’est « L’abécédaire gangster. » Frachement, j’ai surkiffé. Mais y a des circonstances parce que moi j’étais là quand ils le faisaient. Je me rappelle, eux, ils sortaient de sessions du stud et moi je rentre en session et le mec (SCH, son ingé son) me dit : « Ecoute ce que je viens de faire avec eux. » Je me prends le morceau ! Et à l’époque y avait pas trop de morceaux avec des sirènes de ouf Et Brrrrrah ! Je me prends ça !

Spleenter -Tu les connaissais pas avant ?

Seno -Non… On se disait « bonjour », on se serrait la main. « euh… ouais… salut… » Parce qu’on est des rappeurs, on est un peu cons. « Salut… ça va ?… Hun hun… Hun hun… Hun ! » Tu vois ? En hochant la tête « hun hun ?! »

Spleenter -« Tranquille ? »

Teo -« Wesh ? »

Seno -« J’ai écouté… Si si, bien ! »

Spleenter -C’est à dire que le mec il sait même pas ton nom, quoi…

Seno -Non mais on savait qu’on avait à peu près le même délire. Ça allait au delà du simple « salut ça va. » Après j’ai fait le morceau avec Ese Grouch, tu sais ? Le mec de San Diego. « Mi vida loca » un truc où je voulais dégainer, où je faisais du roulement. C’était ma grande période ‘je-veux-aller-vite-je-vous-emmerde-vous-comprenez-rien.’

Spleenter -Justement. Ça ça vient d’où ? le truc du roulement ?

Seno -C’est Bone Thugs !

Spleenter -Ouais, voilà.

Seno -Je savais que 4 21 aussi, c’était Bone Thugs.

Spleenter -Voilà. Parce que tu nous a dit que tu t’étais un peu déclenché sur la période Death Row, Dre, tout ça.

Seno -Et après, y a eu Bone Thugs ! Et quand y a eu Bone Thugs, y a plus rien eu à côté. Le rap a cessé d’exister, pour moi. Y avait que Bone Thugs. Pendant des années et des années, j’écoutais que ça. Même si tu me parlais même des autres trucs de la West. Y a des classiques de la West que j’ai pas écouté. Parce que j’ai raté la sortie. Parce que « Non ! T’es fou, c’est Bone Thugs ! Y a que ça ! »
Je voulais écouter que ça. Les autres c’étaient nul ! NUL !!

Spleenter -NUL !!!

Teo -NUL !!!!

Seno -Mais tu sais, autant je les ai adoré, autant aujourd’hui je veux plus les écouter ! Tellement je suis déçu. Ils m’ont déçu… Bizzy, j’ai envie de le prendre, de l’emmener au studio et de lui mettre des claques : « -Non ! C’est pas comme ça qu’il faut faire ! Non, les instrus, je choisis pour toi ; tu fermes ta gueule et puis tu rappes comme ça… » Et puis quand tu les vois aujourd’hui, avec tous les scandales qu’il y a eu, tout ce qu’ils ont fait… Ils se sont pris la tête… Là, récemment t’as Krayzie qui quitte le groupe. Krayzie et Wish partent ensemble parce que Krayzie monte sa structure…

Spleenter -Après c’est du biff, hein…

Seno -Ouais mais bon, il a porté le groupe sur ses épaules tout le temps, quoi.

Spleenter -Oui, c’est Krayzie Bone, on est d’accord. Mais même l’autre, Bizzy… Par exemple, t’as pensé quoi de l’album de Papillon ? En collab avec Bizzy Bone.

Seno -Je l’ai trouvé cool, mais j’ai trouvé que c’est dommage d’avoir un Bizzy qui est pas au top.

Spleenter -vu ce que tu décris, c’est normal qu’il soit pas au top.

Seno -Ouais enfin, moi ça m’aurait fait chier. Parce que moi, j’aurais pas fait le même album que Papillon.

Seno -Quand je fais un truc… Par exemple mon album Paradis artificiel, quand il est sorti c’était mon 2ème album. Les gens l’attendaient. Ils pensaient que j’allais faire un truc super G-Funk. Et il est dans une veine très Bone Thugs. Il a eu du mal, je te dis la vérité, il a eu du mal. Mais aujourd’hui, les gens me disent « Il est chanmé, c’est un classic dans la West. Cet album là, il défonce et tout, c’est mon préféré. » Mais au début, comment j’ai ramé ! Les 2, 3 premières semaines, pour en vendre, j’ai ramé. Les gens n’en voulaient presque pas. Parce que c’était pas ce qu’ils attendaient. Ma fan-base a eu du mal à prendre l’album, je te le dis franchement. Pourtant c’était un album produit par le A et tout.

Teo -C’est le public West français.

Seno -Ils attendaient un truc plus « poom clap ! poom poom clap ! » Plus G Funk. Mais moi, c’est pas ça. Paradis Artificiel, je le fais au feeling, j’en ai rien à foutre si j’en vends 4. Dedans j’ai fait un morceau de Bosa Nova. Y a le morceau « Alizé » où je fais une déclaration d’amour à la boisson alizé, sous forme de meuf. Y a des morceaux, c’est Cross roads, c’est du Bone Thugs. C’est des barres de rires, quoi. Mais quand on fait ces trucs là, des trucs super mélodieux, faut savoir que quand on le fait, avec Alpha, on est morts de rire. C’est un kiff. Tu te dis « Putain mais je suis en train de réaliser un rêve, là. Je me marre. »

Teo -Donc ça c’est sur ton 2e lp. Aelpeacha, tu l’as rencontré comment ?

Seno -Le morceau « Vida Loca » m’a connecté avec Pimp Cynik. J’ai rencontré Mimo qui ride avec le CSRD, à l’époque. Et il me dit « Y a un mec qui s’appelle Pimp Cynik, il fait un truc qui s’appelle ‘West Rider 2′ » Moi, je connaissais déjà ! West rider 1 et tout ça…

Teo -Il s’appelait déjà Pimp Cynik à l’époque ? Parce qu’il me semble qu’y avait une histoire comme quoi il avait changé de nom…

Seno -Il a changé un peu quand y avait Sinik.

Seno -Donc, je le rencontre. Il me fait écouter le morceau. Le morceau est cool, il est mortel.
En plus y avait un cainri. Je crois que j’ai été le premier dans la West à utiliser internet et faire un morceau. Pam pam ! Le mec il m’envoyait ses pistes. La claque ! Dans la West en france, hein ?! Dans notre niche.

Spleenter -C’était en quelle année ça ?

Seno -2000 et quelques.

Spleenter -Ah ouais. Mais non. Non. Ça marche pas. (si quelqu’un sait ce que Spleenter a voulu dire, c’est inquiétant)

Teo -Ça fait juste un quart d’heure qu’on parle de ce morceau, mais bon…

Spleenter -Non mais je rigole. (« Comme dirait mon pote Luciano : Joe, il rigole mais il rigole pas.« )

Seno -J’avais capté le délire. Ce qu’on pouvait faire. Ce qu’ils font tous en ce moment. Se connecter avec les ricains, tout ça. Après c’est pas une fierté, on s’en fout, hein. Mais dans notre petite niche, j’ai fait ce truc là. Ce qui était cool, c’est que sur West rider, y avait un cainri.

Teo -J’avoue, c’est classe.

Seno -Je sais pas si c’est classe mais…

Teo -Mais si c’est classe.

Seno -Après, je ramène pas Snoop, hein. Je ramène un chicanos de San Diego.

Teo -Rey Mysterio ? C’est classe.

Seno -Mais c’est un mec qui était dans un label, anciennement, chez Low Profile qui était quand même un gros label.

Spleenter -Ouais, c’est un mexicain que t’as ramassé dans la rue…

Seno -Voilà.

Seno -Mais pour le coup, pour l’époque, j’avais le swagg des années 90, début 2000.

Spleenter -Il avait des baskets Marty McFly, quoi…

Seno -Grâce à ce morceau là, j’ai pu rencontrer Pimp, ALPHA, un peu tout le monde. Et aussi parce qu’il y avait une réunion pour The Source France. Tous les groupes sont venus, tous les mecs qui étaient sur le double CD West Rider 2.

Teo -Y avait La Fouine, non ?

Seno -Non, ça c’était sur le West Rider pirate. Mais je me rappelle y avait même George Praxis de Lyon qui était monté, Rafcha, et tous les mecs DGC qui étaient là.

Spleenter -Putain ?! Rafcha était là ?!

Seno -Ouais !

Spleenter -Rafcha, le mec du docu de canal+ sur le crunk ?!

Seno -Ouais, voilà. Il était dans sa période chicanos, à l’époque.

Teo -Ça nous rajeunit pas tout ça…

Seno -Papillon était là aussi.

Spleenter -Forcément que Papillon était là.

Seno -Ce jour là, y avait tout le monde. Tout le monde a connecté. « Ça va bien, toi ? » Tu prends les numéros, bim bam boum. Après, tout le monde se voyait. Donc, ils ont enchainé. Y a eu l’album de 4.21, l’album éponyme. Suite à ça, ils ont fait le clip « Lalala » Ils m’invitent sur le tournage du clip. Parce qu’on m’invitait sur les clips à l’époque !…

Teo -Autre temps, autres moeurs.

Seno -sur le clip, le Fou La Merde me dit, parce qu’ils avaient déjà fait un son sur leur EP « Sales Blancs » :  « On veut faire le groupe les Sales Blancs. Dedans y a Manol, Gerald, Tombo, moi même Le Fou et toi ! Sérieusement, on bosse le truc ! » Moi je dis « Ok, ça marche ». Avec le Fou, j’ai vraiment appris. C’est un mec qui est super carré aussi, dans son taff. J’ai appris beaucoup de lui sur ce coup là, à être carré, à bosser, à trancher. Avant ça, j’étais du genre à faire un morceau et à me dire « Ouais, je sais pas… Je le mets de côté… j’en fais 5 versions. » Puis pas le sortir. Perdre un mois sur un morceau comme ça, pour rien. Mais j’ai appris à trancher. Une façon de travailler aussi. On l’a fait tellement sérieusement cet album. Entre temps, on a fait un street avant la sortie « Le Sale album de rue. » Et ça c’était mortel. On s’est enfermé tous les 5. C’est vrai en plus, ça parait faux quand on raconte ça. On s’est enfermé tous les 5 chez Tombo. On a fait un caddie de course. Et pendant une semaine, jours et nuits, on a enregistré.

Spleenter -Quand tu le dis comme ça,  ça parait vraiment très gay…

Teo -C’est un truc de blancs. Tu peux pas comprendre ça. On s’enferme avec de l’alcool et on sort plus.

Spleenter -Yé né peux pas.

Seno -Il faut préciser que Tombo avait un appartement, ou a toujours un appartement quand même assez grand.

Spleenter -Faut préciser parce que moi, dans ma tête, j’ai un studio.

Teo -C’était Clairefontaine ou vous pouviez amener vos meufs de temps en temps ?

Seno – Non mais y en a qui sortaient. Y’avait quelques petites escapades. On est arrivé avec des CD de faces B ; y a un étage chez Tombo, donc y en a un qui est bas avec le poste et ça écrit, en haut ça enregistre les morceaux. Et quand t’as fini, y en a qui dorment dans un coin. Franchement, on a tout enregistré en une semaine. J’ai trouvé ça bien. Tu fais la popotte, tu fais la cuisine… On voulait pas manger des kebabs tous les jours, on faisait les courses.

Spleenter -Personne ne veut manger des kebabs tous les jours.

Seno -Y a pas mieux pour consolider, renforcer les liens dans un groupe. c’est cool.

Spleenter -Du coup, vous êtes combien dans le groupe ?

Teo -Bah 5…

Spleenter -Ah d’accord… Donc c’est : toi ?… GG ?… Manol ?… Tombocarnage ?… et Le Fou ?
Le Fou qui avait les cheveux longs, des tresses collées… Enfin des tresses africaines quoi…

Teo -Là faudra vraiment préciser que Spleenter est complètement bouré.

Seno -À 22h20, on en est encore à dire qui est dans les Sales Blancs. Ça fait bien 3 fois ?!

Teo -3 fois ou 4. Je compte plus… J’ai pas assez de doigts… (et en fait non ! ça ne faisait que la seconde fois ! ahah, alors qui c’est qui rigole maintenant tas d’enfoirés?)

Seno -Alors va falloir s’organiser.

Spleenter -J’avais une vraie question, j’ai oublié.

Teo -Ils faisaient les courses.

Seno -Pour consolider les liens.

Teo -Et ils faisaient le mur parfois…

Spleenter -Pose des vraies questions en attendant. Fais diversion.

Seno -Vas-y, comble. Dis des conneries. Des trucs pas intéressant.

Teo – tu m’as dit que c’est sur ce truc là que t’avais ramené B-La.

Seno -Ouais, sur le sale album de rue, j’ai ramené B-La.

Spleenter – (en mode question pour un champion) Ouais, et y avait Tige La Rafale ! De Pierrefitte ! Tige La Rafale de Pierrefitte !

Seno -(Là Seno en peut plus, il est mort de rire) Mais fallait me le dire ! Fallait la filmer l’interview !!

Teo -Mais je te l’ai dit !

Spleenter – je lui avais demandé de te dire de ramener un camescope.

Teo –  je l’ai fait ! Il avait 2 camescopes, mais lil thug a pris les 2.

Spleenter – Quelle famille de merde !

Seno -En plus là, on aurait été avec une lumière tamisée. On aurait été bon. J’ai 2 canons, tu vois ?

Spleenter -c’est bien. Continue de nous dégouter comme ça..

Teo -Il lui a dit « C’est pour le blavog… » Le fiston lui a répondu « J’en ai rien à branler ! Autant te le dire ! »

Seno -« Qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Tu te la racontes avec ton DSK ! »

Spleenter -Mais j’aurais bien aimé des T-Shirts gratuits…

Seno -Houlà ! Ça devient compliqué. Heureusement que j’ai pas fait 10 albums sinon l’interview elle serait dure. On est même pas au 2ème album.

Spleenter -Je me rappelle d’un son où tu dis « Si j’avais mon portrait… euh… seraient peints tous les vices que j’ai fait » ou je sais pas quoi.

Seno -oui. Je vois. Mais alors, tu sais, ça c’est souvent…

Spleenter -Non, non, non. J’ai pas fini. C’est qu’en fait tu dis « serait… euh… serait on… »

Seno -Je pourrai avoir une copie de l’enregistrement après ? Je fais un album avec ! « 80 minutes de bonheur » je vais l’appeler.

Spleenter – J’aime répandre le bonheur autour de moi.

Seno -Ça marche !

Spleenter -mais tu fais quand même les liaisons entre « serait » et « t-on » sauf que c’était « saura » en fait, dans ta phrase. Donc tu dis « sera-t-on. »

Seno -Ah bah après, j’ai des lacunes…

Spleenter -« Quand est-ce que sera-t-on » et en gros tu fais la liaison alors que ce « t » n’existe pas dans la grammaire française.

Seno -Ah merde.

Spleenter -Et c’est pour ça que je voulais te dire que c’était de la merde !

Teo -Maître Capello n’est pas content. Il n’est pas content, il va ressortir de sa tombe ! Attention !

Spleenter -Ah oui, c’est vrai qu’il est mort, lui ?!

Teo -C’est l’interview de Ribery, ça l’a achevé.

Seno -Donc : on fait l’album de rue. On fait l’album des Sales Blancs.

Teo -Attends ! Rappelle nous d’abord l’histoire sur B-La… (lui, il a pas perdu le fil. Y avait un truc important, il s’en souvient)

Seno -Donc, B-La…

Spleenter -Et Tige La Rafale !

Seno -Je le connaissais pas à l’époque.

Spleenter -Bah c’est l’arabe qui a posé en roulements, on va pas se faire chier non plus.

Extrait de « ïle de France gangsta vol. 1 »

Seno -Ça c’est un morceau qui a été fait juste à la fin, le dernier jour.

Spleenter -En même temps, ça a pas l’air d’être un morceau qui a été fait le 1er jour « Ahah ! Salut ! On peut venir sur votre truc ? » voilà…

Seno -(Il tente d’ignorer Spleenter pour pas exploser de rire, mais c’est dur) On a fait venir tout le monde, pour faire un morceau spécial roulements. C’était sur une face B de Layzie Bone, je crois.

Spleenter -De Lizzy Bone ???

Seno -Layzie ! T’es bourré et tu comprends rien en plus !

Spleenter -Non mais t’as vraiment dit « Lizzy Bone ».

Toi aussi, vérifie avec tes oreilles et dis nous si Seno a bel et bien dit Lizzy Bone :

Ah ! il a bien dit LIZZY bone, on est d’accord ! on la ramène moins maintenant !

Teo -Oui bah c’est sa meuf, c’est tout, puis voilà…

(ensuite il y a un débat sur les bretons, les anglais et le feu. On comprendra jamais bien comment c’est venu là)

Seno -Donc, à l’époque, je connaissais B-La, je l’ai ramené pour…

Spleenter -Pour prendre des photos.

Teo -Tu l’as présentée à Dominique Straus Kahn ?

Seno -Euh… Non.

Teo -C’est dommage… On aurait pu avoir un témoignage…

Seno -Ça aurait pu la faire buzzer à l’époque.

Spleenter -Buzzer ! Ou ***ser !

Teo -Je pose la question !

Spleenter -Non mais vas-y, continue.

Teo -Ouais, continue. C’était sympa.

Seno -(il n’a plus aucune énergie ni conviction)… Je l’ai ramenée sur ce truc…

Teo -Je sens qu’on fait une grande interview.

Seno -C’est un grand moment. On écrit l’Histoire là.

Teo -On écrit l’Histoire !

Seno -Si ça se trouve, demain, le son il pète sa mère ! Je dois signer dans une major, je vais vous appeler : « Hé ! Vous sortez pas ce truc les mecs ! Vous le sortez pas ! Non non non ! J’ai dit trop de conneries ! »

Teo -Tu sais, le temps qu’on écrive ça, ça fera bien une semaine, plus personne ne saura qui t’es.

Teo -T’auras un crédit sur ta maison, tu vivras dans la rue en slip, c’est fini…

Spleenter -Ça dépend de DSK, en fait. Il a déjà fait une déclaration : « C’est pas moi.
Et tu lis sa déclaration et après tu vois sa défense… « Non, en fait j’étais pas là. Parce qu’en fait j’étais dans l’avion. Ah ? Vous avez changé l’heure ?! Bah en fait c’est consenti… »

Seno -« Mais entre temps j’ai été mangé avec ma fille. » T’as un peu 4 versions, déjà.

Spleenter -En exclusivité : l’avis de Seno ! Coupable ? Ou pas coupable ?

Seno -Sans faire de démagogie, je m’en fous grave. Comme je t’ai dit tout à l’heure, il a déjà fallu que j’aille sur le net pour savoir c’était qui. Par rapport à ses scandales, mais lui je savais que c’était le président du FMI. Un mec qui avait la côte pour les présidentielles.

Spleenter -Et donc t’as aucun avis sur l’affaire ?

Seno -Moi, je m’en fous.

Spleenter -Mais si on devait te demander ton avis ?

Seno – je vais te dire un truc : Quand je suis béton, DSK il a pas fait de chanson sur moi. Alors fuck.
Il a pas fait de chanson pour moi. Il était où, Dom ? Et c’est un peu une vengeance quelque part ! « Je t’avais dit ! Je t’avais prévenu ! »

Teo -« Tu te souviendras ! »

Seno -Vercingétorix, avec le vase de Soissons.

Teo -C’était Clovis.

Seno -Clovis ?

Teo -Et ouais, le vase de Soissons c’était Clovis. Je suis à peu près sûr.

Seno -Tu vois, j’ai des lacunes.Ça partait d’un bon sentiment.

Spleenter -Pour l’instant, je ne comprends pas du tout ce que vous dites…

(là ça part sur les Gaulois, Franco, le Senegal et les champions du monde de futbol)

Seno -Donc, DSK, je m’en fous. Même la politique et tout ça, j’en ai rien à foutre. Faut pas me demander pour voter parce que…

Spleenter -Attends 2 secondes ! Est-ce que tu votes ?

Seno -Non, je vote pas. On m’a enlevé mon droit de vote.

Spleenter -Ah ?! Ils te l’ont viré avec le truc ?!

Seno -Voilà.

Spleenter -C’est rare que ça arrive, ça…

Seno -Bah moi, je l’ai eu. Je viens de le récupérer, parce que pendant 12ans, je pouvais pas voter.

Teo -Au bout de 10ans, tu peux demander à te faire effacer ton casier, apparemment…

Spleenter -Sérieux ??!

Seno -Ouais.

Spleenter -Oh putain ! J’étais pas au courant de ça.

Seno -Il faut que tu fasses un courrier au procureur de la république.

Spleenter -Un courrier officiel ? Juste comme ça ?

Seno -C’est ça. En disant que ça fait 10ans que t’es devenu un bon citoyen, un bon mouton.

Spleenter -Genre tu t’es pas fait péter pendant 10ans et tu peux faire ça ? Et t’as un casier vierge ?

Seno -Voilà.

Teo -Faut te tenir tranquille pour encore 8ans.

Seno -La route est longue. Et semée d’embuches.

Clique enculé

Seno -Donc je pouvais pas voter.

Spleenter -Et maintenant que tu peux, est-ce que ça change quelque chose ?

Seno -Non. Ça change rien. Enfin si, on va être sérieux 2 minutes : Si, je vais voter pour le moins pire. Je vais voter blanc.

Les 2 -Laurent Blanc ?

Seno -Ouais.

Teo -C’est raciste ça.

Seno -Je vote Sale Blanc. Je voulais faire un truc nul, un bulletin avec écrit « moi » Un truc de gamin. Comme à l’élection des délégués.

Spleenter -C’est un peu ça.

Teo -C’est complètement ça.

Seno -Tu veux voter pour qui ? La peste ou le choléra, comme on dit ?

Spleenter -Alors, j’ai une question d’un pote Suisse, en fait. Est-ce que, comme tous les Westeux, tu voues un culte aux culs des Mexicaines ? Et il entend par là, des photos de culs de mexicaines encadrées avec des poupées vaudous, des bougies, etc…

Seno -Non.

Spleenter -Est-ce que tu te rases le crane pour avoir l’air d’un latino parce que t’as compris que tu serais jamais noir ?

Teo -C’est une question d’appoint. C’est un suisse, il est neutre.

Seno -Demande lui si c’est dans son pays, en Suisse, où ils font des paneaux avec un petit noir et un pied comme ça ? Ou un troupeau de moutons blancs avec un mouton noir au milieu ? Demande lui.

Teo -Ils sont neutres. C’est ça être neutre, maintenant…

Spleenter -Après on a le name dropping des blancs costauds au crâne rasé : Qu’est-ce que tu penses de Monsieur Propre ?

Seno -J’ai envie de te dire… Putain… Euh… Monsieur Propre ? C’est une icone gay.

Teo -Donc tu es homophobe ?

Seno -Non.

Spleenter -Mais non. Il a juste dit que c’était une icone gay…

Teo -Je rebondis sur la question comme tu m’as appris.

Spleenter – t’as encore beaucoup à apprendre.

Seno -De mémoire, Monsieur Propre c’est un mec un peu balaise, avec un anneau, chauve/crâne rasé et avec un t-shirt Jean Paul Gaultier ?

Spleenter -Après, y a Vic Mackey.

Seno -Ouais, il est cool Vic Mackey. Mais Vic Mackey, l’acteur, il avait joué dans une série policière. Il avait des cheveux, il était gros et tout. Je le connais depuis cette époque là, en fait.
Vic Mackey c’est pas mal, moi j’aimais bien. D’ailleurs ?! Il se suicide ou pas à la fin ?

Teo -Non !

Seno -C’est sa punition. Tu penses qu’il subit ? Il regarde la photo de ses gosses…

Spleenter -Il subit !

Teo -Non ! Il se reconvertit dans le porno et il se fait appeler Pierre Woodman. C’est totalement ça. C’est comme ça que j’ai vu la fin.

Seno -Non, non. S’il se reconvertit dans le porno il se fait appeler Dick Mackey.

Spleenter -Sortez de chez moi ! Je ne tolère pas les blagues sur les violeurs.

Seno -D’ailleurs, je ne cautionne pas.

Teo -C’est très important, ça. Dis leur !

Seno -Des questions rigolotes comme ça, c’est bien.

(Mais Spleenter en décidera autrement)

Spleenter -Dans ton interview de street-press, à un moment tu dis : « On a fait un montage vidéo pour renforcer le second degré. » Ouais… Et pourtant, t’as pas fait ce montage… C’est nous qui l’avons fait.

Seno -J’ai même dit : C’est des amis que j’ai, qui ont un site qui s’appelle « le Blavog » qui ont fait ce montage. Alors ferme ta gueule. Mais il l’a pas remis. Pour tout dire, il manque la moitié de l’interview… C’est dommage, moi j’essaye de placer les gens qui poussent.

Spleenter -Mais en même temps, je t’ai vu sur Twitter parler aux gars, là…

Teo -Les haterz ?

Spleenter -Ouais. Tu leur as dit « Vous pouvez faire ma pochette. » Qu’est-ce que c’est que ça ?

Seno -Mais c’est de la blague, ça.

Spleenter -Je m’en fous.

Seno -T’as pas vu leur truc ? Avec une bite ?

Spleenter -Ah bah oui, c’est marrant. Ils ont mis 3 jours pour faire un logo à la con. fais péter le champomy régis.

Teo -J’ai fait un clip, moi, monsieur. J’ai payé les soubrettes dedans. C’est ma chambre dans le clip !

Spleenter -Ça c’est un truc qui m’a bluffé : des gens pensent que c’était vraiment pour ce clip. Quand ils voient le truc d’informations…

Teo -Le truc des Taiwanais ?

Seno -C’est vrai que ça y est aussi.

Spleenter -Et ils appellent ça ‘le clip’…

Seno -Alors que c’est un montage. Mais ça c’est parce que, les medias, parfois, ils ont rien à se mettre sous la dent. Donc quand y a un truc terne, ils metent un nom brillant « Le clip ! » Ou encore « Risque de sida sur fond de rap. »

Teo -« Approchez ! Approchez ! Mesdames et messieurs, aujourd’hui, risque de sida sur fond de rap ! »

Spleenter -Maintenant on va revenir sur Tige La Rafale.

Seno -Alors. On fait le sale album de rue des sales blancs.

Spleenter -Et B-La.

Seno -B-La… C’est pas compliqué, je l’ai ramené au studio, elle est venue et elle a fait un couplet.

Spleenter -Et Tige La rafale, c’est pareil ?
Sauf que tu l’as pas dragué ? (là c’est ce qu’on appelle de l’autocensure, le verbe employé n’était pas « draguer » en vrai)

Seno -Ni l’un, ni l’autre. Ou ni l’une, ni l’autre.

Teo – Tige, c’est un mec de Pierrefitte, ils connaissaient déjà les autres qui étaient de Pierrefitte.

Seno -Ouais, voilà.

Spleenter -En même temps, le seul groupe récent de Pierrefitte, c’est MS13. C’est que des roulements.

Teo -C’est Hype qui disait qu’y’avait une secte là bas. Une secte de roulements.

Seno -C’est une école.

Spleenter – tant mieux. Parce que c’est devenu rare.

Seno -Mais il tue leur rap.

Teo -« Île de France gangsta vol. 1 » il est frais.

Seno -Ah ? C’est sorti ?!

Teo -En VPC, je crois.

Seno -OK. Donc ! On a fait, pour l’historique… Putain ! Il va être compliqué à restranscrire ce truc.

Teo -Ça va être la merde.

Spleenter -C’est toujours compliqué.

Teo -Et c’est toujours de la merde. Mais c’est pas grave.

Seno -L’historique : Le Sale album de rue, y a l’album de 4 21 qui sort, moi, entre temps, j’avais mon 1er lp déjà sorti, j’enchaine avec le 2e. je voulais bosser avec Aelpeacha.

Spleenter -Ça c’est venu de quoi, justement ? T’en as entendu parler ? T’as entendu des prods ?

Seno -À la base, je connaissais : CSRD, Club Splifton, quand y avait West Coast La. Je comprenais pas ce qu’il faisait !!… Je me suis dit : « Wow ! Ils vont trop loin ! » Parce que moi j’ai toujours été un mec de quartier, même si je faisais cette musique là, mes repères et mes codes étaient toujours là. Je le faisais à ma façon, tu vois ? Et je vois des mecs qui font autre chose, c’était complètement ouf. Après, on s’est checké avec ALPHA sur West Rider. Il a beaucoup bossé sur l’album des Sales Blancs. En 2008, je veux faire un album que je bosse avec lui. Je voulais un truc avec beaucoup de musiciens, je voulais beaucoup d’acoustique. C’est SOB qui a beaucoup joué, des basses, de la guitare, etc… ALPHA aussi. Dogg Master est venu jouer du clavier…

Teo -SOB, c’est vraiment pour Son Of a Bitch ?

Seno -Je sais pas… On a aussi eu un saxophoniste qu’est venu, des percus, etc… Franchement, on a fait un bon truc là dessus. Sur Paradis Artificiel, sorti en 2008. « J’en ai rien à foutre, je veux faire un truc comme ça. Avec des roulements, avec des trucs chantés, avec des guitares électriques, un morceau de bossa nova parce que c’est cool. » Je voulais vraiment faire ce que j’aimais, pas me prendre la tête.
je voulais faire un album comme ça, un peu un album à la Bone Thugs dans l’esprit.

Spleenter -Justement, c’est arrivé à quel moment le traumatisme Bone Thugs. À quel moment tu te le prends dans la gueule ?

Seno -Le EP qu’ils ont sorti : Creepin on ah come up. C’est peut-être ce qu’ils ont fait de mieux, y a rien à jeter, c’est 6, 7 morceaux, c’est que du bonheur. C’est pour ça, aujourd’hui, quand je les vois, ils me font mal au cœur. C’est devenu des mercenaires… Tu prends des gars comme Bizzy, comme Layzie, quand tu les vois dans des videos : « Viens sur mon album, je te paye tant. » t’as tous les potes qui sont là, qui filment au camescope, avec leurs I-phone. Et ça se retrouve sur le net… C’est pathétique. C’est triste… Ça sert à rien. Y a que Krayzie qui s’en sort, qu’a toujours sorti des projets à peu près potables, continué à évoluer, fait des morceaux avec Lil Jon, à l’époque, qui a fait un morceau avec l’autre là… qui a bien marché… je retrouve plus…

Spleenter -Phil Collins ?

Seno -Non, non.

Spleenter -Tu rigoles, Teo, mais ils ont vraiment fait un son avec Phil Collins.

Teo -Je sais. Je l’ai bouffé le clip

Seno -Mais je crois que ce morceau là, ils l’ont fait à cause des impôts en plus. Et tu les vois, les mecs ils viennent juste prendre leur bifton.
Et l’autre il le filme comme ça, en train d’écrire dans la cuisine du mec. c’est triste pour un groupe que t’aimes bien, qui a tout connu, qui a tout accompli. C’est pour ça qu’aujourd’hui quand ils font des trucs, je me dis « Mais ils se foutent de la gueule du monde. » J’ai pas envie d’écouter des trucs passables, tu vois ? Je préfère écouter leurs anciens. Mais le repère, la grosse claque c’est Creepin on ah come up.
Après, l’album Crossroads, lourd aussi. Le double album Art of war, un peu plus spécial mais y avait de bons morceaux aussi.
Et y a le Resurrection, super critiqué parce que c’est un peu un « Album MTV » comme on disait à l’époque. Très calibré MTV, les clips ou le discours très « Soyez gentils si vous voulez aller au Ciel. » Ils faisaient que des clips où y avait tout le temps un grand renoi dans le soleil qui tendait les bras. Avec une pyramide. Mais ils avaient même sorti, avant Creepin on ah come up, un plus vieil album. C’était plus old school, y avait pas encore ce truc qu’ils avaient. Donc voilà, si je kiffe Bone ça vient de là.

Spleenter -Mais c’est quoi qui t’a plu, exactement ?

Seno -Les mélodies.

Spleenter -Pas du tout les flows roulements ?

Seno -Si, le fait d’aller vite, tu vois ? Mais j’aimais bien les canons, les harmonies, les trucs. Et c’est ça que j’ai fait sur Paradis Artificiel, j’ai voulu beaucoup chanter, avoir des harmonies, me prendre la tête… On aurait pu prendre des gens et leur dire « Tu chantes, tu fais ça » mais on l’a pas fait. Je voulais le faire. Je voulais vraiment aller au bout de ma connerie Bone Thugs. C’est pour ça qu’après avoir fait les Sales Blancs, le sale album de rue, l’album de sales Blancs « Bâtards », Paradis Artificiel, j’ai commencé à un peu avoir ma dose des roulements et tout ça. J’ai commencé à me fatiguer, j’ai l’impression que j’ai un peu fait le tour du truc et que j’évoluerai pas plus que ça là dedans.

Spleenter -Ouais mais ce qui est marant c’est que quand toi t’as fait ce truc là, t’étais très sombre.

Seno -Ouais. Ça fait pas ressortir mon côté plus positif. Ça c’est clair. J’ai un côté très mélancolique. je suis un peu comme ça. C’est vrai que le fait d’aller dans des trucs comme ça, ça ressort mon côté assez tristounet.

Spleenter – tu tristounettais beaucoup à l’époque. Alors que pour cette forme de flow, tu pourrais aussi faire exactement l’inverse. La fête, etc…

Seno -Je sais pas le faire.

Seno -À un moment donné, ça m’a saoulé. Parce que moi, ce que j’aimerais faire c’est arriver à faire des roulements de oufs mais le problème c’est que quand je fais des roulements, super vite, y a beaucoup de forme, mais y a très peu de fond dans ce que je dis. J’y arrive pas.

Spleenter -Mais tu peux pas écrire du Marcel Proust et en même temps faire des roulements…

Seno -Ouais, mais je parle d’essayer de punchliner. J’ai remarqué que les gens se rappellent que t’es le mec qui rappe vite, mais ils se rappellent pas de ce que tu dis. Ensuite, si tu regardes, après Paradis Artificiel y a un petit peu de temps qui s’est écoulé. 2 ans, je crois. J’ai fait S.E.N.O après. Et bien là, c’est la 1ère fois que je voyais les gens qui mettaient des phases de ce que je disais, sur facebook ou autre.

Spleenter -Oui, parce que tu rappais « dur ».

Seno -Voilà. Et j’ai eu l’impression que c’était la 1ère fois qu’on m’entendait. C’est pour ça aussi que je l’ai fait. Je voulais un truc dur, je voulais plus d’ambiance gnan gnan. j’ai fait la part des choses, je me dis que c’est pas parce que tu kiffes certains trucs, que tu dois faire ce truc là. C’est pas parce que je kiffe des albums de doo-wop ou de soul que je vais faire des albums de doo-wop ou de soul. J’ai le droit de faire autre chose aussi. C’est pour ça que tout ça m’a saoulé… Je voulais plus… J’avais envie d’évoluer ; ça veut pas dire vendre des disques et devenir une star ou quoi. Mais je voulais évoluer pour moi, dans ma musique. Je voulais autre chose, m’épanouir. Parce que je m’amusais plus. Et c’est là que l’interview devient intéressante ! (pas trop tôt)

Teo  -Tin tin tin ! Jingle !

Spleenter – Et c’est là que je vais pisser. Mais continuez, hein ?!

Teo -Continue, l’interview !

(ça continue bientôt)

Publicités

6 Commentaires

Classé dans Interview (et ouais mon pote !), Seno

6 réponses à “Interview de Seno (des Sales Blancs) – Partie 2/3

  1. C’est du n’importe quoi. C’est très bien !

  2. Popo

    Je pense que Seno voulait parler de ce titre concernant Krayzie Bone http://www.youtube.com/watch?v=CtwJvgPJ9xw

  3. La Pillave

    J’peux vous le passer le morceau de Passi,avec un paquet de souffle MAIS j’peux vous l’passer bande d’enfoirés

  4. @popo : oui c’est ce son, ça correspond niveau époque

    @la pillave : bah pourquoi pas ouais ! passe par l’adresse mail qui est dans « about » (tout en haut à droite, c’est bien foutu), et on voit ça.

  5. La Pillave

    Watch ya box niggaz

  6. cimer tu cartonnes (ça veut dire merci tu es gentil, mais en hiphop).
    le refrain est du génie. va falloir faire un truc « club dorothée et rap frinçais ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s