Interview de Koffi Trop 2 Style (Absolut Treepsal)

Parce qu’on ne peut pas toujours interviewer une légende du rap frinçais (ça va on décoooooooooonne), nous avons rencontré Koffi Tro 2 Styl du groupe Parizien du 19ème (On sait que c’est ton arrondissement favori, fais pas de la psy) « Absolut Treepsal. »

Celui qui a coécrit Menace II Society avec sa bite n’est pas avare d’anecdotes, il aime aussi partager  sa musique, ses concepts, ses délires, ses expériences. Y a pas de branlette, il répond à tout. Je crois que c’est l’une des meilleures interviews de rappeur frinçais que j’ai jamais lue. Et je dis pas ça parce que c’est nous qu’on l’a faite, mais parce que c’est vrai.
Vous allez trouver que c’est un peu long mais sachez une chose. On a enlevé plus des 3/4 des « tu vois ou pas ? » sinon ce serait 2 fois plus long.

Teo -Question simple pour commencer, comment Absolut Treepsal est né ?

Koffi -En fait, moi j’ai commencé à rapper, on va dire, vers 97. À l’époque mon groupe c’était avec Sidi Omar et Kameni, c’était le groupe Roi De l’Asssos. Donc on a commencé les premières mixtapes Neochrome avec Loko, Yonea. Neochrome 1, Neochrome 2. c’était à l’époque où il faisait les freestyles.

Teo -les premières cassettes Neochrome.

Koffi -Voilà. Après avec le temps, Sidi Omar est passé un peu en solo. Et après ils ont fait une structure, comme ça marchait. Ils ont fait un label et eux, ils l’ont signé. À l’époque y’avait Sinik, Seth Gueko venait d’arriver, tout ça. Après moi j’ai continué de mon côté, j’ai fait un truc : Treepsal. Après y a eu des petits problèmes par rapport au premier CD qu’est sorti. Après moi j’ai fait un truc à part, j’ai fait mon groupe Absolut Treepsal. Là on a commencé à faire un 1er street album, on l’a pas réellement sorti parce que dans le groupe, y en a plein qui sont partis en prison. Et voilà, là je reviens maintenant. Pour taffer sur mon nouvel album, toujours avec les gars d’Absolut Treepsal mais on va dire que c’est plus mon album solo.

Teo -Donc c’est pas fini Absolut treepsal ?

Koffi -Non, non. On est toujours là. À côté on prépare un deuxième street. Mais là j’ai voulu faire vraiment un truc solo. Et celui qui rappe avec moi, de toute façon c’est un boug, Autop-C. Lui aussi il fait des tapes à côté. Il prépare aussi un street. Donc c’est pour avoir plusieurs produits en fait.

Teo -Vous partez chacun dans vos trucs.

Koffi -Voilà. Mais on est pratiquement toujours ensemble. Par exemple, dans mon street, on va dire à 70% il est toujours avec moi. 70% des morceaux il est là. Il fait des refrains, il fait des backs, il crie avec moi.

Teo -Ouais dans Absolut, on a l’impression que c’est surtout toi et Autop-C Après y a beaucoup de mecs qui gravitent autour.

Koffi -Ouais voilà, Kapacci, Krem, Express. Après, chacun fait les trucs de son côté, mais on va dire que la vraie ossature c’est moi et Autop-C. Comme nous on vient tous du même quartier, y’a pas d’embrouilles entre nous. On se connait depuis, on va dire, plus de 15 piges. On a toujours avancé ensemble. Treepsal on était ensemble. Absolut Treepsal on est encore ensemble. C’est vraiment au début, quand moi j’ai commencé à rapper de mon côté avec Sidi Omar et Kameni que j’étais vraiment à part. Parce que ça rappait pas beaucoup dans mon quartier. C’est après qu’ils ont commencé à rapper, quoi. Y en avait certains qui rappaient mais c’était des grands. Mais de ma génération, moins. Certains faisaient leur truc en cachette. Et après moi, quand j’ai commencé à revenir dans le quartier, par rapport à la musique, on a fait nos trucs ensemble. On a voulu avancer ensemble quoi.

Teo -C’est une histoire de potes avant tout, en gros ?

Koffi -Ouais. On était toujours ensemble, on trainait toujours ensemble. Donc après y a eu la musique, normal qu’on rappe ensemble. Même là maintenant, quand ils font leurs trucs de leur côté, je suis en studio, je passe les voir. Parce qu’en fait, on est ensemble mais, t’as vu, chacun sa couleur. Certains aiment plus des ambiances que d’autres. Certains développent plus de sujets que d’autres.

Spleenter -D’ailleurs, comment tu définirais un peu le style Absolut ? Parce que c’est vrai qu’en écoutant certains sons, on peut dire « ouais c’est plutôt West », d’autres sons « c’est plutôt nanana » (ça c’est de la question taffée avec amour) etc…

Koffi -On va dire que dans l’influence son c’est plus West, nous. Tu vois ? Mais New West. Façon les nouveaux sons de Dr Dre, tout ça. genre G-Unit, Fifty. Vraiment le nouveau West.

Teo -C’est West Coast mais pas G-Funk.

Koffi -Ouais non, c’est pas trop G-Funk. C’est plus le Nouveau west, ils ont donné un nom. Tu vois dans les nouvelles tendances, les nouvelles instrus de Dr Dre, etc…

Spleenter -Ouais, la New West, quoi.

Koffi -Voilà. Donc on a un peu les codes gangstas. Enfin, gangsta… nous on est Français, c’est un peu des trucs de cités, tu vois ?

Teo -C’est plus caillera que gangsta. Même si après y a des codes qui se retrouvent.

Koffi -Voilà !

Spleenter -Ah d’ailleurs, je voulais te poser cette question en dernier, donc je vais le faire là : la mort de Nate Dogg ?

Koffi -Franchement, c’est… c’était un bon artiste, t’as vu ? Il nous a fait kiffer. Moi j’avais kiffé sa première chanson avec Warren G, à l’époque. Et le reste qu’il a fait. Donc franchement, on doit tous partir un jour, mais quand ça arrive comme ça c’est toujours triste. Surtout comme lui. On le connait pas mais on le voit tout le temps. Il nous a un peu bercé. Ça fait toujours un choc.

Teo -Ah oui. J’ai une question de Spiro (big up à lui), d’où vient le nom Absolut Treepsal ?

Koffi -Treepsal, en fait, à l’époque, quand je trainais avec Sidi Omar et Kameni, moi j’étais toujours dans les ambiances meufs. Les gens me voyaient ils me disaient « Mais toi tu fais toujours des trips sales » après c’est resté dans le concept. Maintenant, quand on a voulu revenir avec un nouveau truc, on voulait toujours rester dans l’ambiance Treepsal. Parce que c’est un concept qu’on vit. On a trouvé Absolut parce qu’à l’époque c’était quand on a commencé à boire, donc on a pensé à Absolut Vodka. Là on a dit qu’on allait s’appeler Absolut Treepsal. Pour donner un côté luxueux à notre truc. Ça fait penser à un truc beau, un truc bien, tu vois ? Absolut ça pète, tu vois ?

Spleenter -Dans une vidéo que vous avez faite, on vous voit dans la rue… je sais plus comment elle s’appelle cette video. Peut-être « Absolut dans la rue » (une imagination débordante) ou un truc comme ça.

Koffi -« Fait kiffer » ? Quand on montre la bouteille de Smirnoff ?

Spleenter -Ouais ! Celle où vous dites « c’est ce que les negros du quartier ont dans les couilles, ça ! »

Koffi -Voilà ! (rire général) C’est par rapport à ce délire. Parce que franchement, nous, on est dans une ambiance « gangsta ». J’aime pas trop employer ce mot là mais on est vraiment gangsta. Mais quand je dis gangsta c’est pas comme les américains. Mais un peu comme tout le monde, tu vois ? Et nous on veut vraiment mettre ce côté là en avant. Fumer, boire, faire la fête, baiser. Comme tout le monde. Mais nous on le revendique vraiment. Certains rappeurs, je sais pas si c’est par rapport à la famille ou par rapport à la religion, ils aiment bien mettre ça en retrait, faire des trucs mais pas trop le dire. Alors que nous on préfère le dire directement. C’est plutôt ce côté là. Mais je vais pas dire qu’on est les seuls à le faire. Moi je sais que tout le monde le fait, mais y a certains rappeurs que je connais qu’aiment pas trop le dire. Ils ont une certaine image.

Spleenter -C’est vrai que c’est ce qui m’avait le plus accroché au début, c’était le solo d’Autop C sur « Mon arrondissement favori« . Genre « nous on est des sales races mais on s’assume »

Koffi -Ouais. C’est un peu notre concept.

Teo -Des phases comme « tu peux plaindre mes parents, mais j’en ai rien à branler. »

Koffi -Voilà, on essaie de travailler ce style là. C’est un côté egotrip mais tout le monde fait de l’egotrip dans le rap français. On essaie plus de sortir des phrases de tous les jours. Mais je répète bien : tout le monde le fait. Mais certains, c’est pas qu’ils ont pas les couilles, c’est plus par rapport à une certaine pudeur qui fait qu’ils le disent pas. Nous on a vu que c’était un truc que personne faisait, ou avait peur de faire. Ça fait des années qu’on s’est lancé dedans c’est pour ça que maintenant on balance toujours comme ça.

Spleenter -Ça c’est marrant parce que c’est un truc qui caractérise le 19ème, dans le rap.

Koffi -Franchement, ouais. On va dire qu’y a une nouvelle école dans le 19 là. Après qu’il y ait eu Oxmo ou Pit Baccardi qui étaient vraiment dans la fiction. En fait c’était du vécu mais eux ils te le montraient vraiment comme une fiction. Mais nous on essaye de jouer sur un autre truc.

Teo -C’est plus rentre-dedans, plus brut.

Koffi -Voilà, c’est plus brut. Comme ce qu’on écoute, t’as vu ? Du Dipset, du G-Unit.

Teo -Ou du Three Six Mafia ?

Koffi -Ouais ! Moi j’adore Three Six Mafia !

Teo -Parce qu’y avait eu une pochette qui ressemblait à celle de « On passe du shit à l’industrie du disque » (en fait c’était une pochette de Project Pat mais on va dire que c’est pareil).

Koffi -Si si. Moi j’écoute du Three Six Mafia. Déjà, tout ce qui est cainri, moi j’aime bien. Que ce soit West, que ce soit ATL, ça m’inspire toujours. Après c’est sûr que j’ai des préférences… Three six Mafia ils ont fait des bons trucs. Project Pat, tout ça, ils ont fait des trucs lourds ! Donc moi je connais. Tout ce qui est bon, moi j’écoute. Peut-être, en scred, c’est ça qui nous influence. On sait pas.

Spleenter -C’est vrai qu’au niveau du discours, du délire, c’est très Dipset. « Nous on arrive. On vend du crack, on s’amuse »

Teo -« Et on s’en bat les couilles. »

Koffi -Après, y a des gens qui aiment pas. Mais nous on insiste sur ce côté là. J’ai entendu toutes sortes de critiques « vous vous balancez tout seul, vous vous grillez, vous êtes des fous, vous mentez, vous exagérez… » Alors, peut-être qu’on exagère, mais ça reste de la musique. Quand tu fais de la musique, c’est comme quand tu vas voir un film. Dans un film Américain, ils mettent directement le gros paquet. Si tu veux une petite comédie française, ça me fait rire, mais quand tu veux un blockbuster, comme ils disent, tu mets du lourd. Nous on fait notre musique, on met du lourd. C’est à dire : si j’ai baisé une meuf, je vais te dire que j’en ai baisé 100 ! sinon où est l’intérêt de m’écouter ? (rires) C’est pour ça que nous on gonfle toujours. Si je vends une barrette, je vais te dire que j’en vends 100. C’est comme ça, faut faire kiffer les gens. quand tu restes toujours dans le minimum, moi je trouve qu’y a pas trop d’intérêt. Mais chacun son style. Y en a ils sont bons dans le rap conscient, l’introspectif. Certains ont plein de styles. Mais nous on essaie vraiment de développer ce truc là, egotrip avec du vrai rentre-dedans, comme vous avez dit.

Teo -Quand on écoute, au premier abord, on se dit que c’est vraiment du rap de rue. Ça parle de deal, de diez, de bizness, mais quand on écoute vraiment, ce qui revient le plus souvent c’est les meufs. C’est pas les backstreet boys non plus, mais ça revient presque à chaque morceau.

Spleenter -Surtout les meufs casées. (rires)

Koffi -Nous, quand on a commencé la musique, je te mens pas, on s’est toujours dit qu’il fallait déjà, comme t’as dit, qu’on arrive avec une truc rentre-dedans. Fallait qu’on en fasse toujours plus. Et surtout, nous on veut un public féminin. Parce que moi j’ai vu et y a certaines études, certaines statistiques qui montrent que les meufs, c’est elles qui achètent et c’est elles qui poussent à acheter. Sans faire le suceur, quand y a une meuf qui écoute quelqu’un, t’es là tu dis « T’écoutes quoi ? » elle t’énerve. Mais après : « Pourquoi t’écoutes celui là ? » Elle, elle peut t’amener à écouter quelqu’un. Souvent t’écoutes ton pote, il te dit « t’as vu, y a le dernier Project Pat » mais souvent, les meufs, c’est des dingues donc elles rentrent dans un autre concept. C’est pas des fanatiques mais plus des groupies. Elles te font écouter leur truc. Donc nous on essaye de vraiment toucher les meufs. Si t’arrives à avoir les meufs et les mecs, c’est opé. Nous on est là pour vendre ou au moins pour plaire. Et pour faire kiffer notre musique faut faire kiffer les mecs et les meufs. Donc c’est pour ça qu’on parle beaucoup de meufs, parce qu’il faut qu’on les touche. Parce que ce qu’on dit c’est quand même réel. Y a des meufs elles sont casées et elles déconnent, tu vois ou pas ? Et des meufs bien aussi. Comme nous on est parti sur un truc négatif et qu’on accentue toujours on est forcés de parler des meufs casées, qui font des bêtises. Nous on est là, comme ils disaient IAM, on est là pour le côté obscur (rire général). On est là pour ramener le côté obscur dans ce business.

Teo -Là tu prêches un convaincu. Les meufs casées c’est plus facile à pécho que les autres.

Koffi -Mais oui ! Une meuf casée c’est toujours plus simple à serrer.

Teo -Là on va revenir sur un truc que t’as dis tout à l’heure… en fait ça va être un peu anarchique cette interview.

Koffi -Y a pas de souci, c’est cool. Moi j’aime bien.

Teo -Tu disais que chacun amène sa couleur dans Absolut, t’amènes quelle couleur toi ?

Koffi -En fait, moi je bouge beaucoup en soirée. Ça va toujours dans le même délire, le délire Absolut Treepsal mais moi ça va plus être des sons club. Comme un peu Rick Ross, comme il faisait Biggie. C’est à dire la banane, je vais faire des sons qui bougent mais dans mes textes je vais toujours rester hardcore. Je vais te parler de meufs, de rue, de drogue, mais plus dansant. C’est pour ça que j’ai un délire Clubbanger.

Teo -C’est le nom d’un de tes morceaux.

Koffi -Dans « Mon arrondissement favori » oui.

Teo -Et y en a un second avec 2 autres gars.

Koffi -Avec 2 petits de chez moi : LOgbi et Rhod. Clubbanger c’est le concept que je vais faire. Sinon ça parle toujours de la même chose, mon street album il va s’appeler « Champagne & coke » (rire général). On va sortir les délires club, champagne et la coke. Coke, je parle des 2 côtés. Du vendeur et du consommateur.

Teo -Parce que tu consommes toi ?

Koffi -Coke, non. Shit, ouais. seum, ouais. Mais coke ça m’est déjà arrivé, avec des meufs… je me suis fait baisé, mais bon. Je vais pas te mentir, ça m’est arrivé 2 ou 3 fois. C’est pas un sujet tabou pour moi, de toute façon j’ai grandi dedans. Mais aller dire que je suis un consommateur, je pourrai pas. On peut dire que je fume du shit, mais on peut pas dire que je tape de la c. Mais si tu demandes, les gens qui me connaissent savent que j’ai déjà pris 2 ou 3 fois. Celui qui te dit qu’il a pris qu’une fois, c’est toujours le mec qui ment. Mais après, aller dire après que je suis un consommateur, non.

Spleenter -Ou le revendiquer dans tes textes…

Koffi -Non plus. Mais je peux revendiquer que je fume du shit parce que ça je le fais régulièrement. Je bois de l’alcool aussi régulièrement. Y a des trucs que je fais régulièrement. Mais dire que je suis tapeur de c, j’en vois pas l’intérêt vu que je fais pas ça tout le temps. Après si je le fais tout le temps, peut être dans mon prochain album je le dirai. Moi ce dont je parle dans mon album c’est que quand t’es dans le monde de la coke : tu vends, les gens ils consomment et souvent, sans faire exprès, t’en prends par rapport à d’autres délires Parce que quand tu vends de la coke…

Teo -Tu rencontres d’autres mecs qui sont dans d’autres trucs.

Koffi -Voilà. Et eux, sans faire gaffe, ils peuvent t’amener à ça. En fait, y a 2 types de consommateurs. Y a le consommateur qui vient acheter dans ta cité et y a le consommateur qui est sur les Champs. Lui il est là avec sa berline dans sa bête de maison avec des bêtes de gos. Tu viens, tu livres ton truc et après tu rentres chez toi. Mais un jour il te dit « Tu veux pas rester avec moi ? » Et toi t’es là « qu’est-ce qui se passe , mais qu’est ce qui se passe ? » Après il te dit « vas-y, y a des meufs. » Je reste. Après ça devient ton pote. Tu rentres dans d’autres délires. Tu vas en boite avec. C’est tout un monde. Ensuite c’est à toi de prendre du recul et te dire « je perds les pédales, je pète les plombs ou pas ? » Parce que eux c’est un style de vie qu’ils ont, ils habitent sur les Champs, ils sont plus riches que toi. Toi t’es le dealer tu viens donner ton truc. Faut voir, soit tu veux rester avec eux et faut assumer, parce que c’est un style de vie qu’ils ont. Peut-être c’est des chefs de publicités, des trucs comme ça. Toi t’es là, t’es qu’un dealer. Qu’on peut remplacer à la minute. J’en ai vu plein. C’est ça que je raconte aussi, y en a plein qui ont été donnés. Quand ils ont des couilles, ils balancent pas, ils tombent. Après un autre les remplace. Moi je parle un peu de tout. Et de champagne. En fait je dis champagne & coke parce que c’est un cocktail explosif pour faire la fête. Et c’est un cocktail explosif aussi pour être dans la merde. Moi je montre le côté festif mais aussi l’autre côté. Pour avoir du champagne et de la coke, les gens ils pètent les plombs. Le revers de la médaille. Ça finit pas forcément bien.

Spleenter -Justement, ce côté là, le côté sale, on s’assume, on a l’impression que c’est très typique au 19ème. On fait pas la morale et on y va à fond.

Koffi -En fait, je sais pas comment ça s’est développé, mais à partir d’Oxmo et de Pit, y a plus rien eu dans le 19ème. Et comme ils disent souvent dans le 94, ils revendiquent que ce sont des braqueurs. Je te mens pas, que tu sois blanc, noir, arabe ou chinois dans le 19ème, tout le monde a dealé, tu vois ou pas ? Tout le monde, au moins une fois dans sa vie. C’est un truc que tout le monde a fait, même si maintenant tout le monde fait autre chose, mais tout le monde a vendu au moins une barrette, une connerie. Ce qui fait que nous, quand on est rentré dans le truc et qu’on avait rien et qu’on était dans notre ghetto, on a créé une certaine école. Ce qui fait qu’entre nous, on était tous ensemble, chacun balançait ses textes et parlait de son vécu. Et nous on s’est lancé un délire, on parlait toujours de drogue, de drogue, de drogue. Ce qui fait que même les petits qui nous suivent, quand on balance des trucs à la radio ou sur internet, ça reflète toujours ce qu’on vit. Parce qu’en fait on nous a ghettoïsé. Si tu regardes bien, dans le rap français y a toujours la banlieue : 93, 94, 95…

Spleenter -92 !

Koffi -Tu vois ! Y a même le 18e mais on parle jamais du 19e.

Teo -Avant c’était le 20-1 mais c’est vrai qu’on entend moins ça, maintenant.

Koffi -Voilà, mais on a toujours été dans une sorte de ghetto, toujours à rapper dans nos salles, dans nos MJC, à galérer. À rapper dans nos voitures ou dans le hall, ce qui fait que maintenant y a une certaine école et chacun s’est passé le mot sans faire exprès. C’est à dire que nous on va parler de drogue en voulant peut-être copier un peu les mecs du 92, ceux qui bicravaient au Luth, à Asnières-Gennevilliers, des trucs comme ça. Nous on a voulu lancer un truc comme ça. Ça va être notre sorte de marque. Y a pas que ça dans le 19 mais ceux qui font vraiment du rap hardcore, je te mens pas, ils parlent de ce qu’ils font. Ils parlent de leur vécu ou de leurs amis, leurs proches, mais ça reste très drogue. C’est pour ça qu’on dit qu’on est le Harlem de Paris, ça vend beaucoup de drogue. Ça parle de meufs, d’embrouilles, de tout, mais tout le monde parle de drogue.

Teo -Ça me rappelle qu’à un moment je trainais souvent près de Jourdain, c’était un petit coin tranquille mais c’était un four. T’habites au rez-de-chaussée, t’as des petits de 17ans ou moins, ils sont assis sur le rebord de ta fenêtre, t’ouvres, tu demandes si quelqu’un à un 20, un 30, etc…

Koffi -Tu vois ? Je te mens pas, dans le 19ème tout le monde a vendu au moins une barrette et même si c’est pas toi, c’est ton pote, donc tu connais. Pour braquer, faut peut-être des couilles, mais dans le 19ème ça deale à l’école, en bas de chez toi. Ou même si t’es ce qu’on appelle un porte-avion, un petit que t’envoies chercher. Ou un grec frite. Ou même si tu prends pour un pote, y a toujours de la drogue dans tes mains. Même si après tu fais autre chose, tu joues au foot, tu peux même être avocat, mais tout le monde a de la drogue dans ses mains. Moi je suis là depuis 1993 et j’ai toujours vu de la drogue. Que ce soit les toxicos, l’héroine, le crack, les extas, la beuh, le shit, le marocain, j’ai toujours vu de la drogue. Même si j’étais pas à fond dedans, mais j’en entendais parler, je voyais des gens. Donc en rappant, c’est rentré dans nos textes. Comme les gens du 94 ils parlent de braquage, c’est comme ça.

Teo -C’est identitaire.

Koffi -Voilà. C’est notre identité. Après y a des gens ils essayent d’être un peu plus « hype », d’être un peu fashion, de faire des trucs stylés comme, par exemple, la Famille Haussmann avec qui je travaille beaucoup.

Spleenter -Ah oui, c’est vrai. Les Ghett Dip.

Teo -Ah bah les Ghetto Diplomats ils étaient quand même là pour représenter le 19e après Ox et Pit.

Spleenter -C’est toujours Cambrai ?

Koffi -Ouais ils sont toujours à Cambrai. Mais eux, c’était les petits d’Oxmo et Pit. Quand ils sont partis en couille, je veux dire quand ils se sont séparés de Time Bomb, ils les ont un peu laissés dans la merde. Les Ghetto Diplomats ils ont dû se débrouiller pour revenir.

Teo -Y a eu le truc commun avec les X-Men.

Koffi -Voilà. Ils ont été Jedis, après ils ont été Ghetto Diplomats.

Teo -Entre Jedis et Ghett Dip, y avait même Korporation Bordelik.

Koffi -Voilà, Korporation Bordelik. Ça veut dire qu’ils ont fait plein d’équipes avant de revenir en Famille Haussmann.

Teo -C’est un truc propre au rap Parisien ça. Absolut c’est donc toi et Autop mais avec plein de ramifications autours, récemment y’a la Sexion d’Assaut qui était un collectif avant avec le groupe 3ème Pro et des mecs en solo, y a l’Institut pas loin, maintenant t’as 1995 avec l’Entourage ou je sais pas quoi…

Koffi -Ouais, 1995, les mes de banlieue, là ?

Spleenter -Ils sont surtout de Panam.

Koffi -Ah ? Je savais pas. Y en a pas qui viennent de Gennevilliers ?

Spleenter -Si, je crois que t’en as un qui vient de Gégène, un autre de Villeneuve, ouais.

Teo – à l’ancienne y avait aussi ATK… Plein de gros collectifs avec plein d’affiliations, c’est une technique de base du rap parisien pour embrouiller les auditeurs ?

Koffi -Non mais Paris c’est petit. c’est une expression comme « fais de la psy » ou « c’est bavon » mais c’est vrai « Paris c’est petit« . Donc on se retrouve partout. On fait pratiquement les mêmes choses, ça fait du sport dans les mêmes clubs, certains le basket, certains le foot, on traine dans les mêmes cités, on a pas de mal de passer d’une cité à une autre, à moins d’une grosse embrouille. Mais ça veut dire que moi je peux trainer dans un coin, par rapport à des cousins, par rapport à des amis, on a les mêmes écoles. Donc dés qu’il y a quelque chose qui nous rassemble, on est tous partis ! Y a des affinités aussi, j’avoue. On a pas de mal à faire des connections. On est amenés à faire les mêmes choses sur Paris qui font que. On fait les mêmes boites, on fait les mêmes puces, y a Châtelet, y a Opéra, je sais pas, y a les Champs. Tout le temps ça gravite autour de ça. Les clubs c’est les mêmes. On rentre pas dans tous les clubs, mais le peu de club où on rentre, on va retrouver les mêmes gens. Donc à la fin on est potes. On se voit 2, 3 fois. À la 4ème fois « ah ça va mon pote ?« . Et voilà, c’est du direct.

Spleenter -Et d’où vient l’expression « tu fais de la psy ? » c’était là avant que t’arrives ?

Koffi -Ça c’est nous. Je te mens pas, nous à Cambrai on a inventé beaucoup d’expressions. Fais de la psy, ça vient de Cambrai. Comment t’expliquer… C’est un truc qui est réel, mais toi tu veux faire du cinéma. Par exemple, moi je te dis « Tu kiffes Booba ? » tu dis « Non » bah je te dis que tu fais de la psy. Après y en avait plein des expressions. « Réveille toi » ou « T’es sérieux« .

Teo -Celle là on les connait, mais faire de la psy c’est vraiment chez vous que ça se dit.

Koffi -Y a Cambrai et y a le 19ème, mais ‘fais de la psy‘ c’est vraiment de chez nous, de Cambrai. Comme je te dis, c’est un truc qui est sûr mais tu fais du cinéma. Y a toujours des gens qui font semblant. Au lieu de dire qu’on fait style, on dit faire de la psy.

Teo -Tu parles de Booba, tu parles de la Sexion, tu kiffes qui d’autres dans les têtes d’affiches du moment ?

Koffi -Ceux connus là ? Franchement j’aime bien Booba.

Teo -Même le dernier ? (c’est pas beau de vouloir influencer la réponse des gens, Teo)

Koffi -Toute sa carrière, même le dernier j’aime bien aussi. Sexion d’Assaut, ça va, j’aime bien. Après je dirais pas que c’est mon groupe préféré, mais j’aime bien et ça s’écoute. Moi je suis un rappeur, donc en tant que rappeur je trouve que les sons qu’ils utilisent et comment ils travaillent leurs morceaux, ils font un bon taf. Je kiffe pas tous les morceaux mais Booba, j’aime bien, La Fouine, j’aime bien. Rohff j’aimais bien… je vais dire j’aime bien. C’est le dernier album que je calcule pas trop mais sinon j’aime bien. Je vais pas le tuer pour un album, t’as vu. Nessbeal aussi j’aime bien.

Spleenter -Il avait posé avec un mec de chez vous Nessbeal.

Teo -Koussek, je crois.

Koffi -Ouais voilà. je le connais bien Nessbeal, par rapport à cette connexion là, maintenant on se connait. Parce qu’en fait il connaissait un grand à nous qui nous l’a présenté. Y a qui encore ? Je te parle des rappeurs connus, hein ? Y en a plein. Y en a d’autres que j’écoute mais ils sont pas connus. Comme on a dit, Joe Lucazz, la Famille Haussmann, Seth Gueko aussi j’aime bien. En fait, je suis pas à fond sur un rappeur à 100%, mais je me laisse toujours niquer par un morceau. Si tu rappes c’est que tu peux toujours sortir un bête de morceau. C’est comme si tu vas chez un mec qui fait des instrus, il peut t’en faire écouter 200, elles seront pétées. Mais y en aura une qui va te plaire. Je pars toujours de ce principe là. Quand tu vas chez un mec qui fait des sons, toujours il te saoule. Mais tu vas toujours tomber sur un où au pire tu vas lui dire « retaffe le un peu stp » mais y en a toujours un qui va te plaire. Pour moi c’est comme ça la musique, si t’es là et qu’on entend parler de toi sur internet c’est pas moi qui vais venir te dire que t’es pété. Je suis honnête, je dirai « j’aime pas – j’aime pas – j’aime pas » mais je me dis que si t’es là y a quand même quelque chose qui va me parler. Sexion d’Assaut au début je calculais pas mais je me suis dit « y a peut-être un morceau qui va me parler » après ça a été le cas. Maintenant, je serai pas toujours derrière eux. Par exemple si y a un concert de Sexion d’Assaut ou Booba, je te le dis, je préfère aller à celui de Booba. Je veux aller voir le spectacle. Mais si un pote me dit qu’il a été voir Sexion d’Assaut et que c’est bien. Peut-être j’irai au prochain.

Teo -Pourtant Booba sur scène y a moins d’énergie que la Sexion, non ?

Koffi -Ouais, mais moi je parle d’un côté artistique, d’un côté show. Parce qu’il a une manière de vendre sa musique.

Spleenter -Il va ramener des danseuses.

Koffi -Voilà. Sexion d’Assaut ils sont neuf sur scène. Ils ont chacun un couplet, ils tournent. Ils font les backs, tout ça. Eux même c’est des backeurs. Alors que Booba il est tout seul. Donc je suis plus amené à allé voir ce que booba il va donner ou pas. Ça veut pas dire que Sexion d’Assaut c’est pas bon, moi j’aime bien.

Teo -T’as un esprit très compétition, tu regardes ce que font les autres.

Koffi -Toujours. Je regarde toujours ce qui se passe, pas pour faire comme eux. Quand on te parle des autres c’est toujours mieux de pouvoir dire « je connais ». On peut pas tout connaitre mais souvent je vais sur internet. La dernière fois je vais sur facebook, je vois ça parle de 1995. Pourquoi ils parlent ? Je suis parti sur youtube, j’ai regardé. J’ai regardé leur truc, y a au moins une chanson qui m’a plu. Je me dis ça va, ils se débrouillent, tu vois ou pas ? Ça me fait penser au délire Sexion d’Assaut et même La Cliqua de revenir comme ça, sac à dos. Moi j’ai connu toute cette période. Donc voilà, je kiffe. Moi j’ai déjà mis les sacs à dos, on est partout, on tourne, on monte sur toutes les scènes alors qu’on n’est pas invités. On freestyle, on arrache le micro, tout ça.

Spleenter -C’est un côté qu’on imagine pas spécialement chez vous.

Koffi -Si si ! Je suis passé par là. Tu prends le RER, tu vas loin, tu vas à Cergy Pontoise, à l’époque y avait le truc à Bobigny, le festival XXL, tout ça. Tu prends ton sac à dos, t’es là t’as ta casquette. Je connais. Tu prends le métro à Châtelet, on est 20. J’ai fait la guerre, tu vois ou pas ? quand je revois des gens qui reprennent ces codes là, même si ils sont plus jeunes, je me dis que je suis passé par là. C’est quand même bien. Bon après, en grandissant, tu rentres dans un autre délire. Parce qu’à l’époque j’avais que mon sac à dos, j’étais pas trop dans le quartier, j’étais plus à aller voir si y avait des meufs à Châtelet, t’as vu ? J’étais à fond dans la musique, fallait aller voir si y’avait des studios pour poser. On avait pas l’argent pour prendre des studios donc quand y avait un plan, que quelqu’un posait, il fallait y aller direct. Y a des tapes où on s’imposait. Mais en grandissant t’as besoin d’acheter des habits etc.. Et comme j’étais dans le 19, comme je dis dans un texte qui sera dans mon album, sans faire exprès, je me suis mis à faire les stupéfiants. Je voyais déjà les gens faire, mais j’en voyais pas l’intérêt. Mes parents ils me donnaient un peu de billet, de l’argent vite fait. Pas beaucoup non plus, mais un peu d’argent de poche. Et un jour, je sors de chez moi et 2 ou 3 fois on me dit « t’as pas quelque chose mec ?« … Attends ! Après tu réfléchis, tu vois ou pas ? T’as même pas besoin de créer un terrain, d’être Tony Montana, juste tu descends. T’as pas besoin de créer un truc ou d’avoir une arme et de tuer des gens, juste tu descends en bas de chez toi pour acheter le pain pour ta maman et on te dit « hé mec, où est-ce que je peux avoir une barrette ?« .
Genre t’as juste à l’appeler dans un coin si t’as ta barrette, tu vois ? Après tu te mets dedans. Après, comme t’es un mec, t’es con. Tu te mets à vendre encore plus de truc. Moi c’est comme ça que c’est parti. Après tu commences à te structurer, à dire « hé mon pote, maintenant je fais du biff. Toi aussi tu fais du biff. Viens on se met ensemble on fait un gros truc. » Puis tu sors, y a les meufs, les bouteilles, les vacances, Thailande, Brésil, Etats-Unis, Afrique. Ça te pousse à en faire encore plus, jusqu’à ce qu’un jour, les keufs viennent. Après ça dépend si tu continues ou si tu t’arrêtes. Mais en fait, ce que je veux dire c’est que t’as une facilité pour en vendre, c’est même pas une question de couilles. C’est à toi de te prendre la tête, à avoir la bonne qualité, avoir les bons prix. Mais en vendre, tu vois, c’est pas un souci.

Spleenter -D’ailleurs, si c’est pas déjà fait, sur ce truc là faut que tu mettes en intro le passage de Traffic où t’as un mec qui dit exactement ça : « Imaginez si dans un quartier blanc pavillonaire, t’avais 100 noirs qui arrivent pour demander du crack. Le lendemain, tous les blancs ils en vendraient. »

Koffi -Grave ! Mais ça va vite, hein ? Plus t’avances dans ce délire là, plus t’auras des gens pour te demander des trucs, ce qui fait que tu t’arrêtes plus après. C’est toi qui te mets en mode stop « bon j’arrête. » Mais sinon t’es amené à voir d’autres gens qui te proposent d’autres structures. Par exemple, au début je faisais du shit et quand tu fais du shit y’a toujours un mec qui te dit « et au fait, t’as pas de la coke ?« . Toujours ! Et après toi t’es là et tu te dis « ah ouais ! La prochaine fois, je vais le faire ce billet là ! » (rire général) Et maintenant tu te mets à ça. Ça s’arrête pas. Donc à un moment fallait qu’on paye nos heures de studio, tout ça ça nous a aidé à sortir nos albums. Mais entre temps y en a certains… En fait, comme je te disais dans Asbolut Treepsal au début on était 5 ou 6. Et sans compter Kapacci et Express. Y’avait Freddy Crack, souvent je parle de lui dans mes textes, lui il est bé-ton. Y a Tony il est bé-ton, il est encore en taule là. Y en a plein…

Teo -Tony il avait posé sur L’Alien de Sir Doums ?

Spleenter -Ah, c’est celui là ?!

Koffi -Voilà, bah lui il est béton aussi. Après y a Autop-C, tu connais, y a des périodes dans le rap où t’arrêtes, comme t’as dit tout à l’heure, toi t’es auditeur et parfois t’arrêtes d’écouter du rap. Quand t’es rappeur aussi, parfois t’en as marre. Tu t’arrêtes puis tu reviens. Ce qui fait que même à Génération, un jour un mec nous a dit « Ouais mais vous faites tellement de bêtises, sortez un vrai truc. » Après on a dit « on va essayer. » Peut-être même que là, mon album là, il est fini à 75% et peut-être que je vais pas le sortir. Mais j’essaye de le terminer, de le sortir. J’ai commencé à faire des clips. On va voir.

Teo -T’as déjà commencé à en sortir ?

Koffi -Ouais, j’en ai mis sur facebook.

Spleenter – Par rapport à d’autres groupes qui sont pas diffusés, et qui maintenant prennent leur revanche sur le net, comment ça se fait que vous soyez pas plus présents ?

Koffi -Parce qu’on calculait pas trop, je te mens pas. On était plutôt dans la folie, on va dire. Moi je dis que ce qui nous a beaucoup manqué et qu’on va essayer de taffer là, c’est la structure. Ça nous a beaucoup manqué.

Spleenter -En attendant que Teobaldo trouve les clips sur youtube. Le nom il vient d’où ?

Koffi -Lequel ?

Spleenter -Koffi Trop 2 Style.

Koffi -Alors Koffi c’est moi. Je m’appelle vraiment Koffi. Et Trop 2 Style c’est par rapport à quand je trainais encore avec Sidi Omar et Kameni ; parce qu’avec les meufs, toujours, quand j’étais jeune on me disait tout le temps « Ouais mais arrête, toi tu fais trop de style, mec ! » (rire général, on s’est beaucoup marré dans cet interview) « Ouais mais toi t’es vraiment Koffi trop de style, enfoiré ! » Et c’est resté, tu vois ? (il regarde l’écran de l’ordinateur) Ah voilà. C’est celui là.

Teo -Donc ça c’est le clip de « Ok negro. »

Koffi -Ça normalement c’est l’intro de mon street album.

Spleenter -Ça va, il est propre quand même au niveau du grain de l’image. (et évidement, au moment où il dit ça, youtube plante…)

Koffi -Ouais. Ceux qui font les vidéos, là, c’est Les Grands Lacs. C’est ceux qui ont sorti « Mon arrondissement favori », c’est mes potes. Ils vont faire quelques uns de mes clips, parce que je suis parti pour en faire 20.

Spleenter -Tu vas tout clipper ?

Koffi -Ouais, tout, tout ! Comme t’as dit on était pas sur internet. Là on est obligé de revenir. Parce que la visibilité c’est dur. De toute façon on vise pas la signature, mais il faut du visu. Donc on va bosser sur ça.

Spleenter -Du coup c’est en indé ?

Koffi -Ouais, c’est en indé et on va essayer de chercher une distribution et au pire le balancer sur tout ce qui est téléchargement légal. Ce qu’ils appellent digital. I-Tunes, tout ça. C’est bon, j’ai un contrat avec un believe. Ça vous dit rien believe ?

Les 2 -Euh… (on reconnaît les cancres)

Koffi -C’est comme une distribution qui fait les plates-formes digitales : fnac, SFR, Nokia, Virgin, etc… J’ai un truc avec eux, on va voir, quoi.

Spleenter -T’as un label en indé ?

Koffi -Non, tout seul. Nous c’est que de l’auto-prod. Mais après, quand je vais terminer mon projet avec tous mes clips, tu sais, je vais aller voir des équipes, essayer de faire une co-prod. Mais là, comme nous notre rap il est un peu rentre-dedans comme t’as dit, les gens voient déjà les problèmes par rapport à ça. Ils veulent pas avoir cette image de bêtises, de drogues ou de meufs, tout ça. Donc je préfère tout terminer et comme moi j’ai quand même un côté artistique, je sais comment je vais essayer de le vendre aux gens. Je préfère tout terminer avant qu’on rentre dans mes affaires et me dire « fais pas ça. » Je préfère arriver avec le tout terminé et dire aux gens « Tu veux t’associer ou pas ? » Mais à la fin j’aurais peut-être quelques feats, c’est pour ça que je dis que c’est fini à 75%. Peut-être avec Joe Lucazz ou des plus connus comme Seth Gueko et Nessbeal. C’est ceux que je connais vraiment.

Teo -Justement, Joe est sur un morceau avec Kapacci sur Mon arrondissement favori, « Caillera caillera ». Un bon petit son. Mais y a jamais eu de vraie connexion Joe avec Absolut.

Koffi -Non. Enfin si, y en a eu, mais on les a pas encore sorti. Y’en a 2 ou 3 qui traînent.

Spleenter -Bah faut y aller là.

Koffi -Ouaaaaaaiiiiiis. Mais on va balancer là. On va balancer ! Déjà on va faire le clip sur le court métrage qu’il est en train de m’écrire, là. Ça va être tourné et on va prendre les images pour en faire un vrai clip. Et je serai en feat avec lui.

Spleenter -Tu peux déjà balancer le thème du court ou c’est trop tôt ?

Koffi -Ça parle d’un mec qui sort de taule et qui reprend les affaires. Ça parle de business encore. Mais de quelqu’un qui sort de taule qui a perdu son biz depuis, et qui revient un peu malgré lui aux affaires. Parce qu’il a des trucs à régler. Il vient pas pour se remettre directement dedans mais il y est amené indirectement par rapport à sa famille, ses cousins. Ça parle de truc comme ça.

Spleenter -C’est l’impasse version 19ème.

Koffi -Voilà ! Tu vois ou pas ?! Donc ça va durer entre 10 et 15 minutes.

(Youtube a enfin chargé la vidéo, on envoie. Vous noterez la référence biblique « avant la fin du jour tu me renieras par 3 fois » )

Koffi -Ça parle un peu de moi, je rappe à propos du fait que je me sois fait péter, dernièrement. Y a environ un an. Mais bon, je suis pas béton, je suis resté en contrôle judiciaire 8 mois jusqu’au jugement et là j’ai encore 5 mois de mise à l’épreuve et 1 an de sursis, par rapport au stupéfiants et je parle un peu de ça.

Teo -Ce son là il est très solennel. Y en avait déjà quelques uns avec Absolut même si c’est pas ce qui est mis le plus en avant.

Koffi -En fait ce son là c’est pour des personnes qui se reconnaissent. Parce qu’en fait moi, par rapport à mon histoire, on m’a balancé, tu vois ou pas ? (là Spleenter voit très bien) c’est à dire qu’y avait une commission, c’était une histoire où y a 10 personnes qui se sont faites arrêter. Ils m’ont arrêté à la fin. Et les personnes qui se sont faites péter communiquaient au téléphone quand ils étaient en prison et ils m’ont toujours dit que j’étais pas dans les histoires. Après on est venu quand même me péter. Donc je raconte un peu tout ça. Je parle un peu de zic, de tout. Et entre temps on a aussi perdu des potes, tu vois. C’est pour ça que c’est un peu solennel et je la mets un peu comme une intro. Y’a toujours un contraste, comme on avait un peu fait sur le premier album d’Absolut Treepsal. Sur l’album, y a le premier track, y a un mec là, le pasteur de Belly qui parle. (rire général)

Spleenter -Ah ouais, on allait t’en parler de ça.

Koffi -c’était pour montrer aux gens qu’on est pas si fous que ça. Après c’est comme votre blavog, ça dépend de comment tu le prends. Y a des gens qui disent qu’on est dingues mais il faut toujours un côté pieds sur terre. Alors t’apprécies, t’apprécies pas.

Spleenter -Ce passage du film, vous l’avez mis en intro et en outro.

Teo -Mais là où c’est fort, c’est que, déjà, c’est marqué interlude-intro et interlude-outro.

Koffi -La fin, c’est pour clôturer toutes les bêtises qu’on a dit au début. En fait le mec nous parle à nous. Parce qu’en fait nous on est ses negros, comme il dit, qui maltraitent les femmes, qui maltraitent les parents, qui maltraitent tout le monde. C’est pour montrer aux gens qu’on fait des bêtises, peut-être pas aussi accentuées que dans nos textes, mais on représente tout ça. Parce qu’y a des petits qui nous écoutent aussi, ils vont vraiment croire qu’on est oufs. Par exemple, toi tu m’écoutes tu te dis « c’est des oufs, mais normal« . Mais des petits, ils vont vraiment dire « Ah ! Putain ! Mais ils sont vraiment dingues ceux là ou quoi ? » Mais le truc à la fin, c’est une sorte de morale et le vieux, le pasteur, il nous parle à nous et à tous ceux qui kiffent notre album. Il est là pour dire « Vous êtes une génération qui partez en couilles, vous faites que des bêtises, vous maltraitez la femme, vous êtes des malades ! »

Teo -Vous avez quand même conscience de tout ça.

Koffi -Voilà.

Spleenter -On fait des conneries mais on le sait.

Koffi -Ouais, on le sait. C’est toujours ça. Même là, dans cet album qui arrive, j’ai une interlude dans le même délire. Toujours pour montrer aux gens que dans le mauvais y a du bon aussi mais on reste conscient de ce qu’on fait.

Teo -On savait plus de quel film ça venait, nous. Y’a un mois que je suis retombé sur Belly en VF et quand le pasteur arrive à la fin je me suis dit que je la connaissais presque par cœur sa tirade. « Tu représentes ce feu ! »

Koffi -Au début, l’entrée c’est pour montrer qu’on va commencer à dire des conneries. Parce qu’il le dit le mec. Et à la fin c’est la morale quand il dit à DMX « Vous avez foutu le bordel. Vous avez fait que des conneries. »

Teo -C’est un parallèle avec le personnage de DMX dans Belly ?

Koffi -Ouais un peu. Dans l’album on est des « mauvais » comme DMX un peu. T’as toujours le choix dans la vie mais par rapport à la musique que nous on fait, c’est pas qu’on est des comédiens mais c’est accentué dans la musique, si t’écoutes mon album, tu vas dire « c’est des sales races, c’est des pourris, c’est des oufs ces gens là, ils ont aucun respect et ils sont dingues. Ils sont fiers en plus de ce qu’ils font. C’est des cons mais ils sont fiers. » On est obligé de mettre un délire sérieux pour que les gens se disent « ils sont peut-être pas cons… Même si ils le font »
Après c’est au second degré, c’est quand même de la musique. Mais il faut toujours avoir ce message là. Enfin je pense. Dans le film avec Tony Montana y a quand même de la moralité. dans Scarface il fait le dingue jusqu’à la fin, dans tout le film mais quand on lui dit de tuer et qu’y a les enfants, tu te rappelles quand y a les enfants ?

Spleenter -Ah oui, quand il tue le mec de Sosa.

Koffi -Voilà. quand tu vois le film, tu te dis que c’est un dingue, mais c’est que vers la fin, dans ce passage, qu’il dit « je suis pas une merde, moi. Je tue pas les enfants. » Mais t’es un fou ! Pourtant il sait que sa carrière elle est morte, là. Donc même dans les mauvais films y a toujours une morale. On est obligé de mettre une morale dans l’histoire.

Teo -Quand j’avais fait écouter l’album autour de moi, je me souviens qu’y avait des gars pour dire « ouais mais ils sont racistes, t’entends ce qu’ils disent sur les blancs. »

Spleenter – Mais c’était pour les flics, y’avait une phase genre « Fouillés par la bac, ces fils de putes de blancs. »

Teo -Ou « j’aime le blanc que dans mon café »

Koffi -Ouais ! Ça c’est moi ! C’est une phrase que j’ai pris dans Malcolm X. Nous, le côté qu’on veut montrer, comme je t’ai dit, c’est le côté terre à terre. C’est à dire que nous on a vraiment une culture de films américains, quand ils disent « sales blancs », « sales noirs » parce que si t’écoutes bien l’album, souvent on dit « sale noir » « toi t’es qu’un sale negro ! » Tu vois ou pas ? Après « sale arabe » on le dit pas vraiment, je sais même pas pourquoi d’ailleurs.

Spleenter -C’est vrai que ça c’est le seul tabou dans le rap français (rire général)

Koffi -Maintenant, nous on le dit comme ils le disent dans les films US « t’es qu’un sale blanc », « t’as qu’un sale noir » parce que nous on est vraiment dans un concept cainri. Moi j’ai des potes blancs, c’est juste dans le concept on veut vraiment faire ricains et dire ça, parce que nous on est vraiment dans cette culture là. Par rapport à ça en tout cas. Je sais qu’on est pas tous dans la même culture en vrai et que certains peuvent mal le prendre mais maintenant y a des groupes commes les autres là, du 95/93 qui s’appellent « Les sales blancs. » Eux, ils sont dans ce concept aussi. Par exemple, un jour, j’étais sur facebook et eux ils ont une page et j’ai mis « j’aime les Sales Blancs », y a une meuf elle m’a dit « t’es un ouf ! Moi je suis une blanche, t’es un fou. » tout ça. Moi j’ai mis « hé ! hé ! va sur la page et tu verras. » parce que elle, elle avait vu que Les Sales Blancs et c’est tout. Mais après c’est vrai qu’on a pas vraiment fait grand chose pour contrecarrer ce que tu dis. Mais nous on dit vraiment « sale truc » etc… dans la vie. Mais c’est pas parce que je suis raciste. C’est comme quand on dit « sale enculé » ils me disent que je suis anti dep ou homophobe. Mais je suis pas homophobe, enculé ; mais t’es un enculé. Y’a plein de trucs où il faut expliquer. Et je t’en mens pas, si on me pose la question je m’explique. Mais si les gens se font leur avis sans me poser la question, c’est sûr, ils vont se dire que je suis un dingue, que je suis un raciste.

Teo -De toute façon, dans ceux qui captent pas ce délire là, t’as des mecs qui vont te dire que le rap c’était mieux avant et ils vont retourner écouter Ministère AMER où c’était déjà comme ça. Donc faut pas chercher à parler avec ces gens là. Ça n’a pas de sens.

Koffi -Tu vois ? Nous on a été bercés par des groupes, je te mens pas, c’était hardcore. Bon, La Cliqua ça va, mais Ministère AMER c’était hardcore, Démocrates D c’était violent, mon frère ! Avec « Le crime » ils disaient des trucs de dingues. Nous on est cool encore. Quand ils disaient « j’aime l’hémoglobine, le sang » je me rappelle de ça, moi.

Spleenter – « J’aime le sang, je n’ai aucun pas de sentiments ». (ce n’est pas une faute de frappe)

Koffi -Voilà ! Même Ärsenik au début, je sais pas si tu te rappelles quand il étaient 3, à la base. Avec Tony Truand.

Teo –L’Enfer remonte à la surface

Koffi -Mais c’était des oufs ! On écoutait du rap, c’était des oufs, mon frère. Donc nous, quand on dit sale noir, sale blanc, c’est comme si tu regardais Menace II society ou Boyz n the hood.

Teo -Y a des passages de films dans l’album. En plus du pasteur de Belly, y’a Adebisi dans le film de 50 Cent. Il s’appelle pas Adebisi dans le film, mais c’est Adebisi quand même.

Koffi -Get rich or die tryin, quand il raconte comment préparer sa came, là. Quand il donne des conseils.

Spleenter -Il parle de la dope comme d’une pute.

Koffi -C’est toujours pareil, on aime beaucoup tout ce qui est film. Le cinéma. On le fait parce qu’on aime bien mais c’est aussi pour montrer aux gens derrière que c’est pas que gratuit. C’est comme quand tu regardes un film d’horreur, y a du sang, ok, mais y a aussi un travail derrière. Même si on dit « fuck la police » je le dis pas tout le temps mais ça arrive, y a pas que ça. Derrière on pose sur des vrais sons, on essaye de respecter les 16 mesures, on écrit, on va en studio. On va peut-être dans les mêmes studios que Booba ou Obispo, tu vois ? Même si on dit « fuck la police » on va dans de vrais studios. C’est aussi pour montrer nos références cinématographiques et se faire plaisir.

Spleenter -On va rebondir là dessus. Dans tes références cinématographiques, y a quoi ? Si tu devais faire un top 5 des films qui t’ont vraiment bercé/ marqué.

Koffi -Un top 5 ça va être dur. Y en a plein. Parce que moi je regarde vraiment beaucoup de films. On va dire, dans le désordre, Menace II society, Pulp Fiction, Training day parce qu’on aime les flics mais les pourris (rire général)…

Après, Les affranchis. Après, franchement, je sais pas.

(ensuite Spleenter part sur un délire autour de « Il était une fois en Amérique » de Sergio Leone)

Koffi -J’ai dû le voir mais là ça me dit rien. Franchement comme 5ème film, je vois pas.

Spleenter -T’en es qu’à 3 de toute façon.

Koffi -Non, j’en suis à 4.

Teo -Je confirme, il en est à 4.

Koffi -Un cinquième maintenant…

Spleenter -T’as qu’à dire The Dark Knight sinon…

Koffi -Pourquoi pas. Mais je regarde trop de films, franchement, je regarde de tout. Non, ce que je suis pas c’est les films d’horreur. Mais sinon, que ce soit les petits budgets, les films à la française j’aime bien. Ah bah on va dire « Leon » tiens !

Teo -Grave !

Spleenter -C’est bien parce que tu commences par parler des petits budgets à la française pour finir sur Léon.

Koffi -C’est parce que je pense à ça, tout à coup. Mais le dernier film que j’ai vu, tu vois, c’est « Les petits mouchoirs »

Les 2 –Ah ouais ?! Carrément ?!

Koffi -Ouais ! Moi je regarde tout ! Parce que ça me permet de m’évader. T’as toujours des concepts à prendre, pas forcément pour la musique, même pour la vie de tous les jours. C’est toujours bien de voir des films.

Spleenter -On te prendra en photo et on fera un montage avec des petits cœurs autour. (là aussi, rires. Marrez vous chez vous aussi si vous le sentez)

Koffi -Ah ouais. T’as vu, c’est ça mon concept : je regarde beaucoup de films et j’écoute beaucoup de musique, un peu de tout. Tout ce qui m’ambiance : dance-hall, musique classique, afrobeat, rap, electro, house, ça dépend du concept.

Teo -Et qu’est-ce qui t’as donné envie de rapper ? Vu qu’à la base tu disais que ça rappait pas trop dans ton quartier.

Koffi -En fait c’est mon cousin, il avait un groupe à l’époque. Ça s’appelait Les Negres de +, là il continue à rapper il s’appelle Guiguipop. Il est plus en banlieue dans le 77. C’est pas trop connu, mais c’est lui qui a commencé à m’écrire mes 1ers textes. Je le regardais rapper, je kiffais. J’ai toujours voulu faire comme les autres, comme les américains. En plus, c’était l’époque de La Cliqua. C’était un peu avant Time Bomb. Avant y avait MC Solaar mais ça me disait vraiment pas grand chose. Mais j’aimais bien MC Solaar, à l’époque « Qui sème le vent récolte le tempo ». Après je me suis mis à rapper. J’ai retravaillé les textes que mon zinc me passait, je me suis lancé comme ça.
À l’époque où j’ai commencé à rapper, le rap c’était comme faire des bêtises, c’était comme voler des glaces.

Spleenter -T’allais pas dire à ta mère que t’allais poser en studio…

Koffi -Voilà ! Pour nous le rap c’était ça. On était à la cité et on répétait les textes des autres rappeurs. De La Cliqua, de Booba. C’est comme si c’était nous Booba. On rappait ses textes tac ! tac ! pendant qu’on jouait aux cartes, qu’on galérait. Y en avait d’autres qui jouaient au basket, nous on rappait, tu vois ou pas ? Donc après, t’es obligé de te mettre à rapper, c’est comme ça. C’est vite fait. C’est comme quand tu fais du vélo, c’est une culture. Tout le monde rappait. Même ceux qui rappent pas, ils rappaient les textes des autres.

Spleenter -Sur Mon Arrondissement Favori y a le fameux interlude de Gab’1 où il menace.

Koffi -C’est là où il dit que personne n’est allé au paradis, tout ça ?

Spleenter -Ouais. Donc lui étant aussi du 19ème, vous avez des connexions avec lui, ou pas du tout ?

Koffi -À la base, lui on le connaissait par rapport aux histoires qu’on nous racontait sur lui en grandissant. Parce que nous on a grandi quand lui il était déjà en taule. Après il est revenu dans le quartier et comme c’est un mec du 19, nous on lui donnait le respect comme à un grand. Après il est tout le temps avec nous, donc un jour on lui a demandé comme ça, quand il a commencé à rapper. « Est-ce que tu peux faire un truc avec nous. » Lui il a dit « pourquoi pas, vous êtes les petits du quartier. Ouais je vais le faire « . Lui c’est pas un mec compliqué. Surtout qu’on est des gars du 19.
Il a dit directement « je le fais » et vu que lui il aime bien partir dans des longs discours et se lâcher, il a fait son interlude de dingue. Lui faut l’arrêter, sinon il peut te faire tout un album. Pour le coup, il a toujours des histoires, il sait tout. Il connaît plein d’histoires sur tous les rappeurs.

Spleenter -Vous avez jamais eu l’envie de faire un son avec lui ? Ou peut-être que ça a pas pu se faire ?

Koffi -Non… Franchement j’aime bien ce qu’il fait, mais poser avec lui c’est compliqué un peu. Déjà, par rapport à ses prises de positions, de 2 lui il est compliqué, il rappe pas sur tous les beats. Il a un truc spécial à lui, en fait il parle. Il a pas vraiment un flow. Et avec le délire que nous on a, un peu arrogant, ça va pas vraiment coller avec lui. Moi je préfère l’écouter et si j’ai un projet je lui demande de poser un morceau ou faire un interlude. Mais en feat avec lui, ce serait pas trop ça. Mais j’aime bien, il est dingue lui aussi.

Teo -Je me rappelle que pendant l’une des grosses embrouilles Gab’1/ Rohff, y avait eu une vidéo avec des petits du 19ème qui soutenaient Gab’1 et insultaient Rohff.

Koffi -En fait c’est toujours pareil, à la base, Rohff on l’écoute mais s’il s’embrouille avec Gab’1, les gens vont bouger. Pas tout le monde. Pas tous les grands. Mais les petits, eux, ils vont suivre direct. Les grands c’est une autre histoire.

Teo -Puisqu’on évoque Rohff, même si ça a rien à voir, ça me fait penser à un son qui s’appelle « Bête 2 rageux ». C’est plutôt rare dans le rap de se revendiquer rageux, non ?

Koffi -C’est sur « Mon arrondissement favori » aussi. C’est aussi parce que dans nos textes on essaye de passer beaucoup de messages. Comme on dit chez nous, on est des mal aimés, les gens nous font pas croquer. Si tu mates bien, y a pas beaucoup de gens du 19 qui posent dans les projets. Ce qui fait qu’y a que par nos textes qu’on peut passer les messages, on est obligé de faire comme ça. Même si on dit pas les noms précis, les gens comprennent ce qu’on veut dire. C’était une sorte de freestyle egotrip. Bête 2 rageux c’était pour dire aux gens que nous on est relous. On a grandi comme ça, on est dans notre coin, les gens nous calculent pas. Après ça nous dérange pas, on fait ce qu’on a à faire. C’est juste par rapport à la musique, les gens nous invitent pas.

Spleenter -Mais c’est dû à quoi, selon toi ?

Koffi -Franchement, c’est par rapport à nos prises de position, par rapport à ce qu’on dit. C’est peut-être par pudeur qu’ils aiment pas. Parce que j’en vois faire des conneries, mais ils les revendiquent pas et quand nous on les revendique peut-être que ça passe pas encore en France. C’est pas à la mode, on est peut-être trop ouf.

Teo -Pourtant ça revient à la mode de partir dans des trucs plus décomplexés.

Spleenter -Y a quelques années encore, certains osaient juste dire qu’ils fumaient du shit et maintenant c’est l’inverse, on est arrivé à un stade où tout le monde dit vendre de la C.

Koffi -Héhéhé ! Grave !

Spleenter -Alors qu’y avait des groupes comme vous qui le font depuis v’là le temps.

Koffi -Ouais, nous on le faisait à l’ancienne tu vois.

Spleenter -Pourtant vous êtes toujours pas invités.

Koffi -Moi je pense franchement qu’on est boycottés. Pourquoi ? Honnêtement je sais pas. Mon explication ce serait parce qu’on est arrogant, on revendique trop de truc et pour certains ça passe pas. Mais maintenant que tout le monde le fait, je pense que c’est du boycott. Quand t’as fait semblant de pas calculer quelqu’un et que maintenant tu reprends son délire, tu peux pas l’inviter. Sinon tu les mettrais toujours en avant. Tu vas pas dire « Maintenant je fais ça et c’était eux les 1ers. » Dans tous les cas, t’es obligé de nous boycotter. Même si tu nous copies, hein.
C’est comme si toi t’as un style, moi je copie ton style ; si je te calculais pas avant je vais pas t’appeler et te dire « Hé maintenant je copie ton style. » Tu peux pas le faire. Dans tous les cas on est baisé. Mais bon, c’est pour ça qu’on essaye d’avoir nos propres réseaux et que sur cet album qui arrive, on va essayer de faire beaucoup de concerts. Et balancer sur le net, facebook, twitter, youtube, dailymotion et beaucoup de concerts ! Pour te dire j’ai remarqué que même les sites internet, c’est un délire avec eux. Les trucs comme Booska P, tout ça, ça commence à devenir compliqué.

Spleenter -C’est ce qu’on entend beaucoup dernièrement.

Koffi -Peut-être qu’ils font croquer que leurs potes, je sais pas. quand toi t’arrives, c’est compliqué aussi. Donc on fait nos trucs tout seul. Maintenant, y a un truc que tu peux pas contrôler c’est youtube ou facebook. Mais bon, quelqu’un qu’a son site, il veut pas t’inviter, y a pas de souci. C’est pour ça que vous, vous m’invitez, ça me fait plaisir. Parce qu’y a des gens, je les ai contacté carrément et rien. Je sais pas ce qu’ils me racontent.

Spleenter -Pour toi, c’est quoi la raison ? C’est juste le biff ? Ou c’est plus une histoire de sale réput comme ça a pu être pour des groupes comme Express D.

Koffi -Je te jure que je sais pas pourquoi parce que nous, quand y a un truc à payer, on paye. On a jamais fait les bâtards, en ce qui concerne la musique.

Teo -Peut-être que c’est l’exposition comme vous avez sorti qu’un seul vrai LP.

Koffi -Je vais dire que c’est ça, ouais. Mais en même temps, quand tu sors quelque chose, ils veulent pas te mettre en avant. Après, moi, je sais pas, t’as vu…

Spleenter -Que ce soit dans votre musique ou le manque de reconnaissance qui va avec, ça fait pas mal de points communs avec les mecs de Grigny.

Teo -C’est vrai que le DGC a aussi ce côté très west, jusque dans l’attitude qu’ils amènent. Même si on confond pas vos styles respectifs, y a des rapprochements.

Koffi -En plus c’est mes gars. On est boycottés pareil. Et quand Booba il a repris leur concept Ouest Side, il les a pas mis en avant. C’est ça que je te dis. Pourtant, Booba il sait très bien que eux, en Île de France, c’était eux les 1ers à faire ce concept. Mais il les a pas mis en avant. Ils avaient pris la rage, quand même. Moi je les connais un peu, j’avais entendu « c’est nous la vraie west side. C’est nous on faisait les conneries west side avant toi. » Après, qu’est-ce que tu veux que je te dises ? C’est comme ça. C’est pour ça que je te dis que maintenant on balance sur youtube, dailymotion. Là ils peuvent rien dire, les gens. Ils peuvent pas t’enlever ta vidéo. Là ils peuvent pas te boycotter. Sauf t’envoyer des critiques, mais moi je te mens pas, les feedbacks et tout ça là, je calcule pas. Tu peux même insulter ma mère, je te calcule pas. (riez !) Je te jure ! Je regarde, hein. Mais je calcule même pas, je réponds pas. Si tu rentres dedans, tu vas devenir dingue. Y’a tous ceux qui disent « nique ta mère ! t’es un fou ! t’es pété ! fils de pute ! » tu vas tomber dans les pommes. Moi ça me fait rire, carrément. Parce que je me dis qu’il a quand même pris le temps de regarder et de mettre « fils de pute. »

Spleenter -En parlant de clips, il a été tourné où celui de « Nouvelle cock » ?

Koffi -Nouvelle cock, c’est une partie à Lyon. Là où y’a toutes les meufs, c’est à Lyon. Et l’autre partie dans la cité. Mais le reste c’est Lyon, en boite.

Teo -Y a aussi le clip du clash contre Gyneco.

Spleenter -C’est parti de quoi ça ? Parce que dans ce son y a Express qui dit qu’il voyait Gyneco à l’ancienne, etc…

Koffi -Ouais parce que nous on allait à l’école dans le 19ème, pas loin. Et comme t’as dit, les stars à l’époque, c’était Ministère AMER. Puis Gyneco, à l’époque de Première consultation. Il baisait toutes les petites de là où on était. C’était même pas une caillera. À l’époque on appelait ça un scarla. Pour nous c’était une sorte d’exemple, il avait produit « Les sales gosses », pour nous c’était un délire de dingue. Et à la fin, on voit quoi ? Il est pour l’UMP. Et encore, nous ce qui nous a choqué, c’est pas vraiment l’UMP, c’est qu’il a dit « tous les gars dans les cités, dans les banlieues, c’est des clowns » C’est lui le clown. Parce qu’à la base, lui il s’est fait connaitre en faisant clown. Il est pas arrivé avec un rap de thug, c’est lui qui est venu en faisant le clown. C’est ce que les gens te diront. Moi j’aime bien, je respecte. Si je le vois je lui serre la main. C’est lui, si il est pas content il me le dira. Parce qu’on l’a revu après, il nous a dit « vous faites ce que vous voulez. » Mais sincèrement, pour moi, Gyneco, dans le rap Français, c’est un guignol. Il parle au ralenti, il est dingue, il veut se donner un genre. Mais pour les français, c’est plus un guignol qu’autre chose. Comment tu peux dire que les gens de cités sont des guignols ? Franchement, je peux très bien être pour l’UMP, mais j’irai pas dire que les gens de cités sont des guignols. Défends toi d’une autre manière. Dis « je vote pour l’UMP parce que je suis d’accord par rapport à ce qu’ils proposent ». Les impôts ou je sais pas quoi. Mais me dis pas que les gens de cités sont des guignols. C’est trop facile. Pourquoi clasher les gens de cités ? En plus, à l’époque où il l’a fait, les gens de cités avaient rien dit encore. C’est lui qui a devancé, les gens ont même pas eu le temps de dire « mais il est fou ce gars » c’est lui qui a commencé à dire « Vas-y, je vote UMP, vous allez faire quoi ? Vous êtes des clowns. » alors que personne a encore rien dit. Et la preuve que c’est un clown, c’est que ça a niqué sa carrière. Moi quand je le connaissais, c’était un grand mais il nous a jamais fait peur. Mais on le respectait pour ce qu’il a fait dans la musique. Parce que nous on était plus petit et c’est la même chose qu’on voulait faire. Tout le monde veut aller dans les grandes boites, signer et vendre un million d’album. Donc on le voyait vraiment bien. On se dit que c’est un gars bien. Toujours en se disant que c’est pas un ouf. Après il passe à la télé et il fait le fou. Après, les gars de Montfermeil ont fait un truc qui s’appelait « Explicit Politique. »

Teo -C’était en piste cachée à la toute fin.

Koffi -Je vais vous expliquer. Ils viennent nous voir, parce qu’ils me connaissent. Ils savent que nous on peut te faire un morceau sur le champagne ou sur le bedo. On va te faire tous les morceaux que tu veux. Ils viennent nous voir comme ça « on a truc politique« . Mais moi je suis pas dans la politique, les gars. Ils nous disent « mais si ! si ! le truc est grave. Peut-être Sarkozy il va passer. » C’était à l’époque, hein ?! Moi je leur dis « sarkozy il passe, il passe pas, je m’en fous. » Mais ils disent qu’ils ont besoin d’un morceau à nous. Bon OK, d’accord… (il réfléchit) Hum… Fuck Doc Gyneco ! « Vous êtes sûr que vous voulez faire ça ? » Mais on a rien à perdre de toute façon ! On fait le morceau. Et quand on fait le morceau, je me rappelle qu’y a que moi et Express qui posons. On leur passe le morceau, ils disent « ouais ouais ouais. » Le 2e jour, parce que eux c’était des gars de Montfermeil qui trainaient dans notre cité par rapport à des cousins à eux qui habitaient là, ils viennent nous voir et ils nous disent « Franchement le morceau c’est un truc de ouf. Y a déjà les 2 Bal et tous les autres groupes qui ont posé. Et franchement votre morceau c’est un truc de ouf, il est conceptuel mais il faut un 3e couplet. Un truc de ouf. »
Moi je dis « je reposerai pas, je laisse comme ça. » Parce que c’était un morceau, je m’en foutais. Je leur ai dit « Si vous voulez, le mettez pas, alors » parce que ça me cassait les couilles. Le morceau c’était un concept. Tu me dis « insulte Chirac » je l’insulte mais après je calcule plus. Pour moi c’est pas le morceau du siècle, je m’en fous, c’est un clash, c’est un diss comme disent les kainrys. C’est vite fait. Après ils vont voir Kappaci parce qu’ils s’entendent bien avec lui. Ils lui font écouter, là Kappacci dit que c’est un truc de dingue et lui c’est un vrai rappeur dans l’âme. Il me rappelle et il me dit « j’ai un couplet, je le pose« . Bon OK. J’ai reposé mon couplet, parce qu’en fait j’avais même pas un 16, j’avais posé un 12. Donc Kappacci pose son 16 aussi. Et après ils nous disent quoi ? « franchement il est violent le son. Faites un clip ! » Je dis « mais non ! vous abusez là ! »

Spleenter -Surtout que c’est le seul clip de la compil qui a vraiment tourné.

Koffi -Voilà ! Et après ils ramènent Booska P. Le jour du tournage, ils ramènent Booska P, ils font des vidéos. Ils disent que ça va être un truc de fous, tout ça. Et on le produit le clip, eux ils produisent rien. Ça veut dire qu’on le paye, nous. On le sort, Booska P le pose. Et eux ils vont à la radio pour le démarcher. À l’époque, Stomy il leur dit qu’il calcule plus Doc Gyneco. Passi leur dit qu’il calcule plus Doc Gyneco. Et Jacky dit qu’il calcule plus Doc Gyneco. Moi j’ai dit aux gars de Montfermeil : »ils font du cinéma. Ils font de la psy, ceux là. » Eux ils me disent que non, qu’ils le calculent plus, c’est tout. Ils ont même pas fait attention, chez Ardisson, Stomy il le dit « J’ai grandi avec Doc Gyneco mais il est devenu fou, je le calcule plus ». Ils ont pris le son, ils sont allés voir les émissions spés. Stomy leur a dit qu’il le passerait pas. Couvre Feu, ils le passent pas. À Génération, pareil. Même les gars de Génération qui calculaient pas Doc Gyneco ils ont dit qu’ils le passeraient pas. Ça veut dire que même dans le reste du rap Français, ils assument pas. Gyneco il aurait jamais rien fait, il faisait plus de rap, ni hardcore, ni façon west-coast. Il faisait plus rien, il est parti dans un autre délire. Dans des trucs chelous. Il faisait du théâtre. Ils ont tous refusé de le passer, alors que quand il s’agit de passer chez Ardisson et de dire « je calcule plus mon pote » ils font style. Moi je savais que c’était du cinéma. Après ils ont fait quoi ? Il nous ont boycotté, nous. Et dans la compil, on se retrouve en morceau caché. Et sur Booska P, ils ont appelé, ils ont enlevé le clip et même la video qu’on a fait pour la promo. Les même gars de Montfermeil. Parce qu’ils ont vu qu’ils pouvaient pas faire de biz sur notre morceau. que tout le monde leur fermait la porte. Ça me fout même pas la haine, je leur avais dit à la base que je m’en battais les couilles. C’est eux qui avaient fait tout un cinéma. Après, la haine, c’est peut-être pour le clip qu’on a payé. Pourquoi j’avais la haine ? Parce que si le clip était resté sur Booska P ça aurait fait de la promo, mais ils l’ont enlevé. C’est juste ça qui m’a véner. Mais, sinon j’ai vu que les gens dans le rap assumaient pas. Ils nous ont demandé un truc simple qu’on a fait simplement. Ils nous ont demandé un clip, on a tout fait. Et à la fin, ils vont voir les concernés et voilà… C’est pour ça que les Stomy, tout ça, je les calcule plus. Peut-être qu’ils ont fait des choses bien dans le rap, mais je les calcule pas. Tu peux pas passer chez Ardisson et dire que tu calcules pas un mec et nous dire après que t’aimes pas notre morceau. Parce que c’était ça. C’est même pas qu’ils ont pas de couilles mais c’est le fait que ça parle sur Gyneco, c’est ça qu’ils aimaient pas. Je croyais qu’ils le calculaient plus… Le seul qui était d’accord avec nous, c’est Jean Gab’1. Il a dit « franchement, je peux pas promotionner votre morceau. C’est Gyneco qui m’a sorti de la merde quand je suis sorti de taule et qui m’a mis dans la musique. Je cracherai pas sur lui parce que j’ai dormi chez lui » à l’époque où Gyneco avait acheté la maison à Johnny Halliday ou je sais plus quoi. Il était bien à l’époque. Donc Gab’1 nous dit « Il est chelou mais je peux rien dire. Parce que je mets pas de couteau dans le dos. » Parce que lui il a des principes d’ancien. Lui il a bien parlé. Mais les autres… Stomy qui va chez Ardisson pour faire de l’audimat et dire « je le calcule plus » alors que c’est encore leur pote. Dire n’importe quoi à la télé… Peut-être que c’est à partir d’histoires comme ça qu’on est boycotté. Parce que moi, quand je dis que quelque chose est clair, c’est clair. Je suis passé à autre chose, c’était un clash comme ça. À la base, les gens pensent qu’on s’est pris la tête sur Doc Gyneco. Mais non. On nous a demandé, on avait pas de concept. Ils nous ont dit de parler de politique. On a pas de sujets politiques ! Je connaissais pas le programme du PS, ni du parti communiste, ni de l’UMP. J’ai dit que je savais pas, moi. Ça tombe bien, c’était le truc du moment, on fait le truc sur Gyneco. C’est parti en couilles par rapport à ça. De toute façon, moi j’assume. On l’a revu Gyneco après, on pensait qu’on allait s’embrouiller. C’est lui qui nous dit « on va pas s’embrouiller pour ça. » Tout ça pour dire que, lui, il sait que c’est nous et il a pas fait tout une histoire. Mais c’est les choses de la vie. C’est ça l’histoire de ce putain de morceau.

Spleenter -Niveau prod, vous taffez avec Médeline.

Koffi -Ouais, Médeline, parce que c’est des gars du 19. Et j’ai grandi avec eux donc je les connaissais avant qu’ils fassent du son. Quand ils ont commencé à en faire, il nous ont balancé ça direct.

Spleenter -Vous étiez sur « Equipé Sport. »

Koffi -Ouais, puis ils ont fait une structure et ils ont sorti l’album « Illicite projet. » (la structure était composée du pôle de producteurs Médeline et du groupe Rédemption)

Spleenter -par contre, vous étiez pas sur celui là.

Koffi -Non, on est pas dessus. En fait, notre morceau pour Illicite projet s’est retrouvé sur le deuxième Narcobeat. C’est le morceau qu’on a remis sur l’album, « OP. » Il devait être sur Illicite projet mais finalement ils l’ont mis sur leur tape. Ensuite leur structure est morte. Maintenant ils sont séparés, Cid Youssef de Rédemption rappe tout seul, Gueye a fait Cash-game, Médeline, ils font du rap mais un peu électro maintenant.

Teo -Y a eu des rumeurs d’embrouilles avec Médeline.

Koffi -Quoi ? Nous ? Absolut Treepsal ? Non. Médeline, c’est mes gars sûrs et certains.

Teo -Faut dire qu’y a un mec bizarre qui pose des commentaires sur le blavog (on dira pas qui c’est, mais c’est une merde) qu’aime bien s’inventer des vies. Une fois il disait qu’Absolut c’était des gars du 19ème, de chez lui et qu’en gros vous aviez racketté des prods à Médeline et que donc y avait peu de chances pour qu’ils vous fassent d’autres prods à l’avenir.

Koffi -Non. En plus, ils me les donnent. Ils les font payer aux gens, entre 3 000 et plus, Nous ils nous les donnent comme on a grandi ensemble. En fait, ils sont 2 mais j’ai plus d’affinités avec l’un d’eux. Parce que lui j’ai vraiment grandi avec lui, on était tout le temps ensemble. Donc lui il est clean. Par exemple, je lui demande une instru, il m’en donne 50. C’est moi qui choisis, qui fait mes trucs. Y a aucune embrouille avec Médeline, ni avec personne de toute leur équipe, Odessa.

Teo -Donc tu taffes toujours avec eux.

Koffi -Ils m’ont encore passé des prods. Ils m’ont passé une dizaine de prods mais je vais en mettre 3 dans le street album. J’ai des prods d’un nouveau gars qui est affilié à la Famille Haussmann, Jimmy Jax. Et d’ailleurs, dans la Famille Haussmann, y a 2 frères, tu vois ou pas ?

Teo -Simsky et Kamal.

Koffi -Voilà. Et ils m’ont fait des sons aussi, les 2. Donc voilà, y a des sons de la Famille Haussmann, des sons de Médeline et des sons de gens pas trop connus mais qui m’ont fait des prods que j’aime bien. Dans mon délire.

Spleenter -Pareil pour la Famille Haussmann/ Ghetto Diplomats/ Jedi, même si vous vous connaissez y a pas trop eu de feats avec eux.

Koffi -Si, si, si. Dans « Treepsal volume 1 », ils avaient posé. Après on avait fait une mixtape « La Parizien », ils ont posé. Dans « Mon arrondissement favori » ils avaient un morceau mais je crois qu’il a sauté.

Spleenter -C’était des featurings directs ?

Koffi -si, si. Sur Treepsal vol. 1 on a fait des morceaux où on était tous ensemble. Dans Le Parizien ils posaient seuls. Et là, dans mon album, on pose ensemble. On a toujours posé ensemble.

Teo -Nous on connait surtout l’album « On passe du shit à l’industrie du disque », la compilation « Mon arrondissement favori » et quelques sons à droite à gauche. Mais y a eu combien de projets en tout ?

Spleenter -Si tu pouvais résumer. C’est une des premières questions qu’on aurait du te poser, en fait. (c’est là qu’on reconnaît les super pouvoirs de journaliste de Spleenter)

Koffi -Avant ça y a eu le premier Treepsal. C’était encore à l’époque Roi De L’Assos avec Sidi Omar et Kameni. Après y a Le Parizien. C’est une mixtape où y a que nous, les gens du quartier. Krem, Express. Ils clashent les Marseillais dedans, par rapport à une embrouille.

Spleenter -Ah ?! Mais c’est le truc où ça clash Bouga ?

Koffi – Ouais, ça c’est les projets vraiment à nous : Treepsal volume 1, Le Parizien et On passe du shit à l’industrie du disque. Ça fait 3. Mais entre temps on a posé sur d’autres projets : Narcobeat 1 Equipé sport, Explicit Politique, Explicit 18, le truc de clash de Bob de Génération.

Spleenter -Menace sur la planète rap. Vous clashiez qui là dessus ?

Koffi -Euh… Je sais même plus qui on clashait. (encore des rires) Je te jure, je sais même plus… Tellement on était fous. Sinon je vois pas, je crois qu’y a que ça.

Teo -Ça fait peu. C’est étonnant parce que quand on t’écoute on voit que t’es dans la musique depuis v’là le temps, tu connais du monde et t’es vraiment motivé, encore maintenant. Alors que quand on regarde la discographie, ça ressemble plus à une bande de potes qui font ça en dilettante. Y a un décalage.

Koffi -C’est ça le délire, à côté, comme je t’ai dit, y a toujours des couilles et toujours des trucs qui font que voilà, quoi… Après, je vais pas te mentir, je sais pas comment t’expliquer mais on est seuls donc si on s’motive pas, il se passe rien. En fait, y a des gens, t’as l’impression qu’ils font beaucoup de choses parce qu’ils sont partout. Toi t’as un truc, je pose sur ton truc. Mais comme t’as dit, les gens on les connait. Alpha 5.20, je connais, Ghetto Fab, Shone, tous ces gars là je les connais. Quand je les vois ils prennent des nouvelles. Mais m’appeler pour que je pose dans leurs trucs, ça s’est pas vraiment fait. L’S-Kadrille aussi je les connais, Pedro et Youss. Seth Gueko, tout le monde. Quand on se croise, on se parle. Mais peut-être que t’as dit un vrai truc, peut-être qu’ils nous prennent pas au sérieux parce qu’on sort pas assez de trucs. Je pense plutôt que ça vient de là. Parce qu’on est bien gentils mais les gens préfèrent poser avec des gens un peu connus, qui ont fait des trucs. Si personne nous invite, les gens veulent pas commencer et être les 1ers. Peut-être que si un jour on est connus, ils vont nous inviter. Parce que franchement je les connais tous. Et quand je dis connaître, c’est à dire qu’ils sont en studio, ils posent et moi je suis là. Je pose pas. En même temps, nous on aime pas poser avec tout le monde. C’est ça le délire aussi. Dans le rap français, là, sincèrement, à part peut-être Booba, La Fouine ou Nessbeal qui peuvent m’apporter quelque chose dans mon concept perso, j’irai pas inviter d’autres gens. Pas parce que j’aime pas mais j’en vois pas l’intérêt. Je préfère m’en sortir avec mon style, parce qu’on a un style vraiment précis. Alors pourquoi je te dis ces 3 là ? Parce que le rap c’est un biz : Booba ça peut faire écouter des gens, La Fouine si je fais un truc hardcore il va me faire un refrain qui glisse, Nessbeal c’est un pote et j’aime bien. Donc là je parle en question marketing. Mais sinon on est dans la merde, on a une culture, je me vois pas faire des morceaux pour faire des morceaux. Mais ça fait toujours plaisir que les gens t’invitent quand ils font des projets. Par contre on nous invite pas. Mais faire un feat pour faire un feat, je vois pas trop.

Teo -T’iras pas les appeler pour ton projet à toi.

Koffi -Non. Mais si ils m’invitent, je viendrai. Je suis pas un mec qui frime, mais à part les 3 noms que je t’ai dit, je vois pas qui pourrait m’apporter quelque chose. Sans dire que je suis le meilleur ou que je suis fou. Mais je préfère rester dans mon concept. Je pars du principe que les gens m’écoutent pas, qu’ils m’aiment pas, je pars dans un concept un peu comme les Dipset. Je fais mon truc, t’aimes ou t’aimes pas mais moi je vais te donner du bon son, des concepts, des clips, de l’image, de la photo après toi t’as tout le packaging c’est à toi de voir si ça te plait ou pas. Je vais pas faire plein de trucs avec les gens, parce qu’après les gens vont s’emmêler « c’est les petits à Sefyu ou à Seth Gueko ou à je sais pas qui. » On est dans notre délire, autant rester dans notre délire et ceux qui sont pas forcément dans notre délire mais qui peuvent apporter quelque chose c’est ceux que je viens de te citer. Kery James aussi, mais je suis pas dans le rap conscient alors si c’est pour qu’il me dise « hé mon frère« … Donc franchement : La Fouine, Nessbeal ou Booba. Rohff pas trop. Y a des gens que j’aime bien mais je me vois pas poser avec eux. Sauf si ils m’invitent, parce que si on m’invite, je viens. N’importe qui, hein ?! C’est pas grave. Ça tue pas de rapper. Mais faire des feats comme ça, ça me dit pas trop.

Teo -Vous avez pas envie d’être assimilés à d’autres.

Koffi -Voilà.

Teo -Et c’est pour ça qu’y a pas eu de feats avec Joe Lucazz plus tôt ?

Koffi -Non, Joe Lucazz encore, ça va. Lui c’est la famille, tu vois ou pas ? Y a pas de souci avec lui. Mais nous on s’est toujours dit qu’on aimerait bien se faire tous seuls. Mais Joe on le voit tout le temps. Donc pas de souci, la preuve il m’écrit même un truc. Ça dépasse le rap, c’est un court métrage. On est dans des « plus gros trucs », on essaie vraiment de partir sur des courts métrages et même des films en DVD, des trucs comme ça.

Teo -À la « Cramé » un peu ?

Koffi -Ouais, dans des concepts comme ça. Parce que j’ai un pote comédien aussi. Donc on essaie vraiment de partir sur des trucs comme ça, tu vois ? Le rap c’est juste une bande originale.

Teo -Je lui souhaite bon courage à ton pote. Moi ça fait 4 ans que je suis comédien et je touche rien.

Koffi -Sérieux ? Bah lui il galère, il fait que de la figu.

Teo -Je connais bien, j’en ai fait de la figu. À force, j’en fais même plus tellement ça me gonfle. Quand c’est rémunéré, c’est pas déclaré ; quand c’est déclaré, c’est pas rémunéré.

Koffi -Ah mais t’es à fond ?! Si tu veux je te le présente. Comme ça vous allez pouvoir vous donner des conseils. Surtout toi. Toi ça fait longtemps. Enfin, lui aussi, il est dedans depuis, mais il est à fond, on va dire depuis 1 an ou 2. Pour le moment il fait de la figu mais je pense qu’il va être saoulé au bout d’un moment. Il va dire « c’est bon ! » à un moment tu veux un rôle.

(s’en suit une conversation sur le métier de comédien et le milieu des acteurs frinçais, donc de cocaïne sur les Champs de nouveau, d’engrenage aussi, de pistons, de fils à papa. Bref, de tout ces trucs à la con et de savoir si le jeu en vaut la chandelle quand on téma la gueule du cinéma frinçais actuel… Koffi dira quand même « Si je dois jouer dans un film, faut que ce soit un vrai truc. Pas forcément un truc ghetto, mais un truc qui représente. »)

Teo -Du coup t’as un réalisateur ?

Koffi -Ouais, j’ai un pote réa.

Teo -donc c’est solide.

Koffi -Ouais, ouais. J’ai un pote réa, j’ai des potes qui ont de l’inspi comme Joe Lucazz. J’ai même d’autres gens qui écrivent vraiment. Ils sont pas forcément dans la musique, tu vois ? On va essayer de faire des trucs, on va voir. Mais j’aimerais plus me lancer dans des trucs comme ça, la musique c’est bien mais c’est un accompagnement, parce que moi je commence à vieillir, j’ai 30 piges et j’ai vraiment pas prouvé dans le rap. Je vais pas commencer à faire celui qui a la dalle au micro comme ceux qui ont 20ans. Comme Sexion d’Assaut. Moi je préfère faire des trucs plus carrés.

Comme vous le voyez, Koff a beaucoup de choses à dire. Vous pouvez rater vos tristes vies mais ne ratez pas la 2e partie. Et pour vous faire patienter, en guise de teaser voici un son de Koffi avec Les Sales Gosses (Papillon Bandana et Charlie Waits) Vous connaitrez l’histoire de ce morceau la prochaine fois :

Retrouver Koffi sur facebook : http://www.facebook.com/pages/Koffi-Trop-2-styl-officiel/197239043627969   et    http://www.facebook.com/profile.php?id=100001540918029

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10 Commentaires

Classé dans Interview (et ouais mon pote !), Koffi Trop 2 Style

10 réponses à “Interview de Koffi Trop 2 Style (Absolut Treepsal)

  1. Mytho, tu connais très bien son nom à Lupe.

  2. leblavog

    et c’est pas Fiasco.

  3. Oué, j’te rejoins sur ce que tu m’avais dis Teo, elle tue cette interview
    J’la préfère même à celle de Cass pour tout dire.

  4. J’ai jamais dis Fiasco, j’ai dis Fuentes !

  5. Guile18

    Bon j’avou c’était long mais c’était bon.
    Putain je vais perdre mon taf avec vos conneries à rester scotché sur votre site là.
    Alors d’abord j’avoue le delire d’Absolut est marrant, ca fait bien kiffer mais le problème (et je pense que c’est pour ça qu’ils sont « boycottés ») c’est qu’ils ne rappent pas très bien quand même. Putain s’ils avaient plus de flow et se calaient sur le beat ce serait chanmé, du Experty en plus hardcore quoi en gros.
    Mais il est chanmé l’interview et Koffi répond sans langue de bois, il hésite pas à citer des noms de rappeurs français qu’il kiffe pas comme tous les autres hypocrites du game qui n’ecoutent soit disant jamais de rap français.
    Sinon on apprend que Téo a tapé dans la C, c’est cool.

  6. leblavog

    C’est le milieu du cinéma sur Paris ça.
    T’y coupes pas, sinon tu bosses jamais.

  7. leblavog

    Et pour les flows, faut s’habituer au délire, après ça passe super bien.
    Ils ont poussé le concept de rap brut à fond.
    C’est un style quoi.

  8. La Pillave

    TU VOIS OU PAS ?

  9. midoban13

    A classer dans la même catégorie que Sinik et Booba sur le coup 🙂

  10. Pingback: Interview d’Express avec DJ Allstarzz (1/3) | Le Blavog

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